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L’IA détruit des livres

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Vous avez sûrement vu passer cette information, qui avait chamboulé les bibliophiles fin juillet et qui a fait de nouvelles vagues cette semaine avec la prise en flagrant délit d’Amazon, qui achète des milliers de livres pour entraîner ses modèles de langage IA avant de les détruire. J’ai été horrifiée quand j’ai vu l’une de ces abominables vidéos montrant des livres anciens passés sous la guillotine et mis au bûcher après avoir nourri ces monstres technologiques. Impossible de rester muette face à cela…

Photo de Patt Vielma

Je n’ai jamais considéré les livres comme de simples objets. Je suis de celles et de ceux qui se refusent à corner leurs pages, à surligner certains de leurs passages au fluo ou à ajouter quelques notes dans leurs marges, même au crayon. Peut-être suis-je un peu trop extrême mais, pour moi, les livres sont sacrés. Ce sont des gardiens de la mémoire, des transmetteurs de connaissances, des portes sur de nouveaux horizons, des machines à voyager dans le temps et dans l’espace, voire des médicaments et des échappatoires au quotidien. Savoir que les géants de l’IA s’emparent de livres anciens pour alimenter leurs systèmes puis les jettent comme de vulgaires déchets une fois qu’ils les ont utilisés me donne littéralement envie de vomir. L’IA ne va donc pas seulement nous voler nos emplois, s’accaparer notre créativité, pomper toute l’eau de la planète et diminuer à petit feu notre capacité à réfléchir par nous-mêmes, elle détruit sans vergogne les sources de connaissances qu’elle n’avait pas encore pu atteindre…

Certes, tous les livres anciens ne sont pas en danger (du moins, j'espère), mais quand des individus s’en prennent aux écrits, cela n’annonce jamais rien de bon… La destruction délibérée de livres n’est pas nouvelle. Tout au long de l’histoire, des autodafés ont fait disparaître en fumée des livres, manuscrits et autres écrits ô combien précieux. Si l’exemple le plus mémorable date des années 1930 avec les bûchers de livres organisés par les universités allemandes en soutien à l’idéologie nazie, il ne faut pas remonter bien loin pour trouver d’autres bibliocides. Et quand ils ne sont pas brûlés, ils sont bannis ou jetés aux oubliettes. C’est le cas en Afghanistan, où les Talibans ont interdit tous les livres écrits par des femmes dans les universités, mais aussi aux États-Unis, où des dizaines de milliers d’ouvrages ont été supprimés car jugés indécents ou trop polémiques d’après le gouvernement Trump (livres abordant des thèmes aussi importants que le racisme, les droits des femmes, le genre ou la sexualité).

Il est vrai que, dans le cas de l’IA, les livres ne sont pas détruits par censure, mais le fait que les connaissances contenues dans ces ouvrages soient désormais détenues par l’intelligence artificielle pose fortement question. Quid du droit d’auteur et de notre liberté de consulter nous-mêmes ces ouvrages plutôt que de nous fier aveuglément à ce que l’IA va en tirer ? Le but de ces géants de l’informatique est-il de nous rendre complètement dépendants de leurs systèmes et de nous priver de notre sens critique ?

Plus l’IA « progresse », plus j’ai l’impression de me retrouver dans une dystopie qui va très mal finir. Et vous, quel est votre ressenti ?