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Rencontre avec Salman Rushdie

Rencontre avec Salman Rushdie

Le mardi 23 octobre, j’ai eu le plaisir d’assister à une rencontre avec le grand Salman Rushdie dans le cadre du London Literature Festival.

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Première rencontre en 2013

J’avais déjà eu l’occasion de le voir il y a 6 ans à Bruxelles à l’occasion de la sortie de ses mémoires, Joseph Anton. Accompagnée d’une amie, j’avais alors bu les paroles de ce talentueux écrivain avant de pouvoir l’approcher pour obtenir, d’une main tremblante, sa précieuse dédicace. Assise face à la très belle scène du Royal Festival Hall de Londres, j’ai encore une fois été conquise par l’humilité, l’humour et la sagesse de ce génie des lettres au sourire bienveillant et au regard malicieux.

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The Satanic Verses

C’est grâce à un formidable professeur de littérature anglaise de l’EII (ce cher monsieur François pour ne pas le citer) que j’ai découvert Salman Rushdie, à travers la lecture de Haroun and the Sea of Stories. Amoureuse des contes et des jeux de mots à la Lewis Carroll, je suis directement tombée sous le charme de la plume poétique, cultivée et humoristique de cet auteur britannique originaire de Mumbai. Quelques années plus tard, alors que je parcourais son gigantesque pays natal en train, je me suis plongée avec délice dans plusieurs de ses œuvres, dont Luka and the Fire of Life, Imaginary Homelands et The Enchantress of Florence. Ce n’est que récemment que je me suis enfin laissée porter par The Satanic Verses, son œuvre la plus célèbre et la raison de la terrible fatwa prononcée contre lui par l’ayatollah Khomeini en 1989.

La rencontre à laquelle j’ai assistée mardi dernier concernait la sortie de son tout dernier roman, The Golden House (La Maison Golden dans la traduction française de Gérard Meudal).

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The Golden House

The Golden House dépeint un tableau extrêmement complet des États-Unis entre l’investiture de Barack Obama et l’arrivée d’un étrange Joker aux cheveux verts et au sourire malsain sur la scène des élections présidentielles. Si le nom de Trump n’est jamais prononcé dans son roman (Rushdie a déclaré lors de la rencontre qu’il n’avait pas envie de « polluer » son livre), on le reconnaît très bien, non seulement dans ce fameux Joker issu de l’univers de DC Comics, mais aussi dans le personnage au centre de l’attention du livre : Nero Golden, un vieillard arrogant et corrompu fuyant son sombre passé en Inde pour se retrouver à New York avec ses 3 fils et sa future jeune épouse, qui n’est autre qu’une immigrée slave plantureuse…

La première question de la rencontre, menée par l’auteure et critique américaine Erica Wagner, concernait cette similitude avec l’actuel président américain et son élection surprenante à la tête des États-Unis. Salman Rushdie a révélé qu’il avait terminé son roman bien avant les résultats de l’élection et qu’il faisait partie de ceux qui croyaient fermement qu’Hillary Clinton en sortirait victorieuse. Loin de vouloir faire dans la prémonition, il voulait simplement, au travers de ce livre, parler des divisions qui se creusaient aux États-Unis depuis l’investiture d’Obama et n’avait, au départ, aucunement l’envie de parler de Trump. Le personnage de Nero Golden lui trottait dans la tête depuis une dizaine d’années et, même s’il a rencontré ce cher Donald plusieurs fois au cours de sa vie, les nombreuses ressemblances de son personnage avec le président américain ne lui sont pas apparues tout de suite.

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La salle du Royal Hall Festival avant l’arrivée massive du public

Comme dans chacun de ces romans, l’histoire de The Golden House est racontée du point de vue d’un merveilleux conteur, dans ce cas-ci René, un jeune réalisateur de cinéma en devenir s’étant pris de passion pour la mystérieuse famille Golden installée depuis peu dans son quartier. Salman Rushdie emploie donc un vocabulaire purement cinématographique pour dérouler son récit, créant ses chapitres comme des scènes de cinéma et intégrant une multitude de références à de grands classiques du 7e art, dont Le Parrain de Francis Ford Coppola et Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock parmi les plus flagrants. Ce choix du cinéma, Salman Rushdie l’explique par son enfance passée à Mumbai, la ville de Bollywood, mais aussi parce qu’il cherche toujours le meilleur moyen de raconter ses histoires. Il s’est ainsi remémoré l’un de ses professeurs d’Histoire à Cambridge (Salman Rushdie a en effet poursuivi des études d’historien en Angleterre), qui lui avait expliqué que pour raconter une histoire, il fallait avant tout « écouter les gens parler ». Depuis, Salman Rushdie s’attelle toujours à répondre à trois questions avant d’entamer l’écriture de ses romans. Qui raconte cette histoire ? Pourquoi ? Et surtout, comment doit-elle être racontée ? Il consacre donc un temps précieux à se renseigner sur la manière dont raconter son livre en faisant une foule de recherches. Une fois la structure réalisée, à l’aide de cartes retraçant les lieux et les dates de son récit, il considère son travail comme une partition de jazz, c’est-à-dire ouvert aux improvisations et lui laissant la liberté d’être emporté par l’histoire et par ses personnages tout en gardant un œil critique.

La rencontre s’est également intéressée aux éventuels liens entre les différents livres de l’auteur. Salman Rushdie a expliqué qu’il n’y en avait aucun, que c’était d’ailleurs plutôt une crainte pour tout écrivain de créer des répétitions involontaires et que les lecteurs les plus attentifs à ce genre de choses étaient… ses traducteurs. Il a également abordé le sujet de la traduction en répondant à une question sur le choix de ses titres. Salman Rushdie a expliqué qu’il est incapable de terminer un livre sans avoir trouvé son titre dès le début de son travail (car cela voudrait dire qu’il ne comprend pas lui-même le sujet) et qu’il prend toujours un soin extrême à les choisir. Pour Midnight’s Children, il a ainsi longuement hésité entre « Midgnight’s Children » et « Children of Midnight » tout en sachant pertinemment que cette mince différence ne serait pas traduisible dans certaines langues, comme le français, qui aurait été dans tous les cas Les Enfants de Minuit.

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Midnight’s Children (livre qui a bien voyagé…)

En poursuivant sur le sujet de ses titres de roman, Erica Wagner a cherché à savoir s’il y avait une raison pour que la plupart d’entre eux ressemblent à des titres de contes de fées. Salman Rushdie a alors admis qu’il était un lecteur à la concentration très courte et qu’il avait donc envie d’écrire ses histoires comme des contes pour enfants, en ajoutant une belle réflexion sur le fait que les enfants avaient une lecture beaucoup plus intéressante que les adultes car plus directe et portée sur l’histoire à proprement parler. Comme il l’a si bien déclaré : « Love of books starts with a love of stories » (l’amour des livres commence par l’amour des histoires). Tel un Shéhérazade des temps modernes, il cherche ainsi toujours à raconter des histoires poussant les lecteurs à vouloir tourner la page pour connaître la suite (ce qu’il réussit avec brio).

Au bout d’une heure d’entretien avec la journaliste, la parole a été laissée au public dont certains membres ont posé d’excellentes questions. L’un des spectateurs a ainsi demandé si Salman Rushdie pensait à ses lecteurs en écrivant ses livres et, dans le cas de The Golden House, s’il n’avait pas eu peur de perdre une certaine partie de son lectorat, qui aurait pu voter pour Trump. L’auteur a alors expliqué qu’il avait toujours cru que ses lecteurs vieilliraient avec lui et qu’il était toujours agréablement surpris de voir qu’il touchait plusieurs générations, issues de communautés très différentes. Il suffisait d’ailleurs de regarder le public composant la salle du Royal Festival Hall pour constater la popularité intergénérationnelle et internationale de Monsieur Rushdie. Quant à la crainte de perdre certains lecteurs pro-Trump, il a déclaré avec humour qu’il n’était pas sûr que Donald ait été élu par des gens qui savent lire.

Une autre spectatrice a voulu en savoir davantage sur le sujet de l’identité, qui est également un thème central de The Golden House. Le roman met en effet en scène un transgenre au mal-être profond au sein de la famille Golden. Salman Rushdie a expliqué qu’il y avait bien entendu la question de la transsexualité, sujet qu’il voulait déjà aborder depuis plusieurs années après avoir rencontré une communauté de hijras en Inde, mais aussi celle de l’identité à plusieurs autres niveaux. Son roman parle en effet aussi de l’immigration, de ce que c’est d’être un Américain aujourd’hui, de ce que c’est que d’être un Indien immigré à New York, etc.

Enfin, pour conclure cette rencontre, une spectatrice a demandé quel était l’intérêt de raconter des histoires. L’auteur a alors déclaré très poétiquement : « Man is a storytelling animal » (l’homme est un animal conteur) en ajoutant que nous sommes la seule espèce au monde à raconter des histoires. Nous vivons avec les histoires, nous grandissons avec les histoires. Chaque famille, chaque communauté, chaque ville, chaque pays a ses propres histoires à écouter et à transmettre. Il a donné pour preuve que l’un des premiers désirs de l’enfant, outre manger, c’est qu’on lui raconte une histoire. Les temps troubles que nous connaissons à l’heure actuelle avec le Brexit, la montée du fascisme en Europe, les divisions aux États-Unis, les conflits au Moyen-Orient sont en outre, d’après lui, la conséquence de récits conflictuels, d’histoires que plusieurs communautés se racontent sans pouvoir trouver de point de rencontre. Raconter des histoires serait donc absolument central à l’être humain et nous en avons tous besoin pour vivre. Et je trouve cette conclusion tellement belle que je vais arrêter ce billet sur ce point, en vous invitant à lire The Golden House, ainsi que tous les autres chefs-d’œuvre de Sir Salman Rushdie.

Aujourd’hui, j’ai trente ans

Aujourd’hui, j’ai trente ans.

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« Trente », ce nombre sonne dans ma tête comme annonçant le glas de mes jeunes années. « Tr… », cette première paire de consonnes reste coincée dans ma gorge et me fait trembler d’effroi. À l’entendre, elle évoque la « tristesse », voire même le « trépas » (sans vouloir tomber dans le sinistre). C’est étrange de voir comment un simple nombre peut vous chambouler l’esprit (et je pense ne pas être la seule nouvelle trentenaire à le ressentir). Peut-être est-ce que parce que la société veut qu’à trente ans, on soit enfin une « grande personne », c’est-à-dire avoir réalisé ses rêves de jeunesse et être enfin entré dans le reste de sa vie avec l’attirail complet du parfait adulte : une bonne stabilité financière, une maison, un mariage, des enfants. Je suis loin de tout cela : indépendante, en location, heureuse en amour mais sans bague au doigt et sans désir ou besoin d’enfanter.

Mais « tr… », cela appelle aussi le verbe « trouver ». Avoir trente ans, c’est en effet aussi « se trouver », tel un point de repère dans la vie qui vous fait prendre conscience de ce que vous avez déjà vécu et vous donne un regard plus mature sur les années écoulées. Ainsi, je peux dire aujourd’hui que j’ai eu la chance de grandir entourée d’une famille artiste, tolérante et ouverte sur le monde, entourée de grands-parents exceptionnels, entourée de cousins et cousines complices dans les jeux et dans les confidences, entourée d’amis et connaissances diverses qui ont forgé celle que je suis à coup d’éclats de rire et d’éclats de larmes. Je peux dire aujourd’hui que j’ai eu la chance de faire des études qui me passionnaient tout en profitant de cette ère glorieuse de liberté nouvelle et festive qu’est la vie étudiante, que j’ai eu la chance de compter sur le soutien de mes parents et de mon compagnon pour me lancer dans le métier qui me fait vibrer, que j’ai eu la chance de garder des amis extrêmement précieux malgré la distance et que j’ai aujourd’hui la chance de partager la vie de mon cher et tendre et d’avoir parcouru avec lui près d’une quarantaine de pays du monde.

Plus j’y pense, plus ce « tr… »  qui me donne des trémolos dans la voix tend de plus en plus vers « trésor ». Car trente ans, c’est aussi et surtout le commencement d’une nouvelle décennie, qui apportera son lot de surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Je sais que la vie ne sera pas toujours rose, je sais qu’elle me réservera encore des coups durs, des coups de gueule et des deuils douloureux. Mais je sais aussi que ce sont toutes ces étapes difficiles qui continueront de me construire et de constituer l’adulte que je serai demain.

À tous les nouveaux trentenaires qui ont du mal à passer le cap, tenez bon ! La vie est loin d’être finie 😉

Vivre à tout prix

Bonjour à tous ! Si je n’ai pas écrit la semaine dernière, c’est que j’avais le cœur meurtri par la mort prématurée d’un proche. Mais aujourd’hui, au réveil de ce week-end cauchemardesque, je ressens le besoin d’écrire pour vous dire à tous de profiter de la vie au maximum car je n’ai que trop appris cette semaine qu’elle ne tenait qu’à un fil. On peut perdre la vie d’un claquement de doigt dans un accident tragique. On peut s’éteindre en quelques mois, rongé de l’intérieur par un cancer foudroyant. Et on peut mourir lors d’un concert ou à la terrasse d’un café, le corps criblé de balles par des êtres qui ont perdu toute humanité…

Aujourd’hui, je pense bien évidemment aux familles et proches des victimes qui sont tombées lors des événements tragiques qui se sont déroulés à Paris et à tous ceux qui ont survécu à l’horreur et qui vivront à jamais avec le souvenir de cette soirée éprouvante. Mais je pense aussi à toutes les autres victimes, celles dont on ne parle que trop peu dans les médias et qui connaissent pourtant les mêmes souffrances. Et je pense surtout aux victimes indirectes de ces attentats, ces migrants et musulmans que l’on accuse à tort de tous les malheurs du monde et pour qui ces attaques ne font qu’attiser la haine et le racisme auxquels ils font face. Ils vous le diront tous, les islamistes ne sont pas de vrais musulmans. Ils ne font que salir une religion qu’ils ne connaissent pas et dont ils ne sont pas dignes. Les attentats de Paris m’attristent au plus haut point mais l’escalade de réactions islamophobes que l’on peut entendre et lire sur les réseaux sociaux me donne la nausée et me révolte.

Ne faites pas d’amalgame et écoutez les migrants. S’ils ont quitté leur pays, ce n’est pas pour nous envahir ou, comme le prétendent certains, « islamiser nos enfants ». Ces gens ont dû tout laisser derrière eux car ils étaient menacés par ces mêmes extrémistes et avaient peur pour leur vie, pour la vie de leurs propres enfants.

En ces heures sombres, nous devons plus que jamais faire preuve de tolérance et nous unir car ce n’est que tous ensemble que nous pourrons combattre ces semeurs de terreur sans cœur ni pitié. Et la meilleure manière de le faire est de continuer à rire, à chanter, à danser, à aimer et à savourer chaque instant de notre passage sur terre.

Que votre semaine soit aussi douce que possible !

Le surtitrage

Oui, je suis toujours en vie et non, je n’étais pas en vadrouille. Désolée pour le gros retard mais j’avais pas mal de commandes de rédactions ces jours-ci et je ne trouvais plus l’inspiration ni le temps de m’occuper de mon blog. Mais me revoilà parmi vous !

Comme en ce moment j’ai beaucoup de traductions de présentations d’opéras et de ballets, j’avais envie de vous parler aujourd’hui d’une technique de traduction uniquement utilisée dans le domaine des arts de la scène : le surtitrage.

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Qu’est-ce que le surtitrage ?

Le surtitrage est un procédé qui permet d’afficher au cours d’un spectacle vivant la traduction de ce qui est dit ou chanté sur scène. En somme, c’est un peu comme le sous-titrage, sauf qu’ici la traduction se trouve en haut de la scène et non en-dessous. Ce procédé est encore relativement récent puisqu’il ne serait apparu qu’au début des années 1980 (bon OK, ça fait déjà plus de 25 ans mais c’est quand même beaucoup plus récent que l’utilisation des sous-titres). Aujourd’hui, le surtitrage est en plein essor. Le public semble en effet s’intéresser davantage aux productions étrangères et souhaite les apprécier dans leur version originale.

Similarités avec le sous-titrage

Le surtitreur est soumis à des contraintes similaires à celles que rencontre le sous-titreur. En effet, puisque l’on met plus de temps à lire un texte qu’à l’entendre, le passage d’un texte oral à un texte écrit impose des contraintes d’espace, de temps et de rythme. En d’autres termes, le traducteur doit veiller à ce que ses sous-titres ou surtitres :

– ne dépassent pas un certain nombre de caractères pour pouvoir être affichés à l’écran ou au-dessus de la scène ;

– puissent être lus rapidement par les spectateurs ;

– soient diffusés en parfaite simultanéité avec le discours qui se dit à l’écran ou sur scène.

Si les normes de longueur des surtitres sont moins strictes que pour les sous-titres (qui doivent impérativement faire moins de deux lignes de 35 à 40 caractères), le surtitreur doit toujours veiller à traduire ce qui se dit sur scène avec le moins de mots possibles. Il sera donc parfois contraint de supprimer des éléments ou de les reformuler afin de condenser au maximum le message sans qu’il soit incompréhensible pour les spectateurs.

Une autre des similarités que le surtitrage partage avec le sous-titrage est la présence d’éléments visuels et sonores auxquels le traducteur doit tenir compte pour réaliser sa traduction. Le jeu des acteurs, les gestes, les intonations, les décors, les accessoires peuvent en effet lui permettre de couper certains passages sans que le spectateur ne perde le sens de la scène qui se déroule sous ses yeux. Les surtitres et les sous-titres doivent toujours interagir avec le son et les images.

Un exercice ardu

Si le surtitrage ressemble en de nombreux points au sous-titrage, il présente également des difficultés qui lui sont propres. Contrairement au sous-titreur qui a devant lui un texte source définitif, puisqu’il reçoit le film quand il est déjà tourné, le surtitreur doit faire face à un texte en perpétuel mouvement. Il ne peut en effet pas traduire « simplement » (je le mets entre guillemets car traduire n’est jamais simple) les dialogues écrits par l’auteur de la pièce de théâtre car ce texte est susceptible de changer à tout moment. Le texte d’une pièce de théâtre n’est jamais figé car il dépend du jeu des comédiens et de l’interprétation que lui donne le metteur en scène. Pour fournir une traduction de qualité, le surtitreur se doit donc d’assister aux répétitions pour se familiariser avec le jeu des comédiens et rester en phase avec la mise en scène, tout en sachant que sa traduction ne sera jamais définitive (il est toujours possible que le metteur en scène décide de couper un passage ou de modifier certaines scènes d’une représentation à l’autre).

Notons également que les dialogues de pièces de théâtre sont de nature plus littéraires que ceux de film. Bien sûr, tout dépend du film me direz-vous mais le surtitreur doit toutefois veiller à préserver autant que possible la poésie du langage, sans toutefois trop s’éloigner du texte source pour éviter de gêner la compréhension des spectateurs. Par exemple, il ne peut pas prendre la liberté de changer le nom des personnages car les spectateurs liraient un nom qu’ils n’entendraient pas sur scène.

Et le dernier point qui différencie les surtitreurs des sous-titreurs : le traducteur doit faire défiler lui-même ses surtitres durant la représentation. En effet, contrairement à un film ou tout autre matériel audiovisuel, une pièce de théâtre est un spectacle vivant qui peut changer de rythme d’une représentation à l’autre. Le surtitreur doit donc être présent à chaque représentation pour veiller à ce que ses surtitres s’affichent au moment voulu. Bref, plus qu’un métier, c’est tout un art !

Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, voici une étude très intéressante sur le surtitrage et la stratégie de traduction employée : https://traduire.revues.org/288#ftn11

Une autre sur la place du surtitrage comme mode de traduction : https://journals.lib.unb.ca/index.php/tric/article/view/7068/8127

Et un petit article sur les surtitreurs, ces auteurs de l’ombre : http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Le-surtitrage-au-theatre-bien-plus-qu-un-accessoire-_NG_-2010-02-17-547039

À la semaine prochaine pour un autre article !

Blogs à suivre

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Bonjour à tous ! Ce jeudi, je m’envolerai pour une dizaine de jours de vacances en Croatie, en faisant un petit détour par Venise (oui, je sais, encore…). En bref, je ne suis pas sûre de pouvoir écrire de billet ces deux prochaines semaines, même si je compte bien évidemment vous écrire une ou deux cartes postales.

Pour vous faire patienter, voici une petite liste de blogs que je suis, que je lis, que je dévore et qui m’inspirent, me guident et m’instruisent. Je vous les conseille de même, du moins si vous êtes traducteur, linguiste ou que vous êtes intéressé par les langues et ce fabuleux métier qu’est la traduction.

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(Not Just) Another Translator

J’entame cette liste par l’un des tout premiers blogs que j’ai consultés lors de mes recherches de renseignements en tous genres avant de me lancer comme traductrice indépendante. Traducteur français travaillant à partir de l’italien et de l’anglais, Laurent Laget donne pas mal de trucs et astuces pour les jeunes qui veulent se lancer, tout en parlant de son boulot de traducteur. Je me rappelle d’ailleurs être tombée sur son site en cherchant comment établir un devis et une facture en bonne et due forme. Je ne sais pas s’il prend encore le temps de publier des articles, son dernier billet remontant à février, mais son blog pourrait en intéresser plus d’un !

Ma Voisine Millionnaire

Autre blog que j’ai suivi assidûment les mois qui ont précédé mon lancement, Ma voisine millionnaire ne s’adresse pas uniquement aux traducteurs, mais à toutes les personnes désirant prendre un statut de travailleur indépendant. Son site regorge de conseils pour créer et faire vivre son entreprise (la boîte à outils) et d’anecdotes sur la vie d’indépendant et surtout la vie de traducteur (ne manquez pas les billets de la catégorie Vivre avec un traducteur !).

Les piles intermédiaires

Traductrice spécialisée dans le sous-titrage, Les piles parle de « langues et traduction, cinoche et audiovisuel, littérature et chaussures, futilités et autres anecdotes sans intérêt » avec humour. Je vous invite à découvrir le sympathique « déversoir » de ses réflexions et coups de gueule et, tant qu’on y est, à la suivre sur sa page Facebook !

QC Translator

Amoureux des langues, mon collègue canadien Dwain Richardson partage sur son blog ses réflexions sur le langage, les événements liés à la traduction au Québec et la bonne utilisation de mots et d’expressions anglaises, une mine d’or pour les étudiants qui apprennent la langue de Shakespeare !

Nomad’s Heart

Et pour terminer en beauté cette petite liste de blogs, mon coup de cœur : Nomad’s Heart. Sur ce très beau site agrémenté de superbes photos, Anissa, traductrice et rédactrice franco-allemande, raconte la belle aventure qu’elle vit depuis le début de son activité de freelance. J’aime particulièrement ce blog car, tout comme moi, Anissa aime voyager et a toujours une valise à portée de main. Son blog vous donnera définitivement envie de prendre votre envol afin de concrétiser vos rêves !

J’espère que ces quelques blogs vous aideront à mieux supporter mon absence ^^

À bientôt !

Inspirez, écrivez

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J’avais envie aujourd’hui de vous parler de l’inspiration, cette amante infidèle qui s’en va et s’en vient sans crier gare et se cache dans les endroits les plus inattendus.

En tant que rédactrice web, j’ai déjà souvent vécu cette expérience frustrante et angoissante de la page blanche. Pour surmonter cette épreuve, le mieux à faire est de ne surtout pas s’acharner à regarder son ordinateur dans le blanc des yeux en attendant qu’une idée surgisse de nulle part. C’est même entièrement contre-productif dans mon cas puisque, énervée de n’avoir aucune idée pour entamer mon texte, je finis par procrastiner en lisant des articles sur tout et n’importe quoi ou par vérifier mon fil d’actualité Facebook toutes les cinq minutes (oui, ça ne sert à rien d’autre qu’à vous faire perdre encore plus de temps…). Au contraire, pour réparer une panne d’inspiration, il faut fuir son ordinateur et sortir prendre l’air ou faire n’importe quoi d’autre.

Inspiration

Combien de fois ne m’est-il pas arrivé de trouver LA phrase que je cherchais ou le schéma d’un texte en faisant tout autre chose ? J’ai d’ailleurs eu l’idée de ce billet dans la salle de bain. Cela m’arrive d’ailleurs souvent d’attraper au vol une phrase s’écoulant comme par miracle du pommeau de douche alors que je la cherchais en vain sous les touches de mon clavier (peut-être devrais-je investir dans un carnet de bain et un stylo waterproof…).

Outre la douche, il y a aussi d’autres endroits où l’inspiration peut venir frapper à ma porte quand je m’y attends le moins. Diabolisé par certains (ou plutôt de nombreux) navetteurs lassés de ses retards intempestifs (vive la SNCB), le train reste pour moi l’un des meilleurs « lieux » pour trouver l’inspiration. Et je suis loin d’être la seule dans le cas ! Beaucoup de traducteurs et d’auteurs rencontrés à la Foire du Livre de Bruxelles disaient aimer écrire en voyageant en train. Je me rappelle également d’une conférence du grand traducteur André Markowicz qui avait dit avoir résolu le style de Dostoïevski en se laissant bercer par le rythme cadencé de la locomotive. Rythme qui m’a également énormément inspirée durant mes nombreux voyages en train à travers l’Inde et me donnait l’irrésistible envie de coucher sur le papier tout ce que je voyais et ressentais. Ces moments suspendus entre deux destinations sont parfaits pour laisser vagabonder son esprit. Voir défiler les paysages est selon moi idéal pour ouvrir son imagination et amadouer l’inspiration. Notez que cela fonctionne aussi dans les trams (du moins quand ils ne sont pas bondés) ou durant une balade en pleine nature.

Bref, tout ça pour dire que si vous faites face à une page blanche, il faut, non pas spécialement prendre le train ou une douche, mais prendre le recul nécessaire pour la vaincre et ne surtout pas s’acharner. L’inspiration, c’est un peu comme l’amour. C’est quand on y pense le moins qu’elle nous tombe dessus ! Alors, allez prendre l’air, baladez-vous, cuisinez, faites n’importe quoi d’autre pour occuper votre esprit et elle viendra tout naturellement à vous. Pensez juste à vous équiper d’un carnet et d’un crayon pour tout noter quand elle se manifestera !

Et vous, quels sont les endroits où vous trouvez le plus facilement l’inspiration ?

La Foire du Livre de Bruxelles

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Si je n’ai pas publié de billet hier, c’est parce que j’ai passé la journée à la Foire du Livre de Bruxelles (ceux qui me suivent sur ma page Facebook étaient d’ailleurs au courant). Comme chaque année, la FLB organise divers débats et rencontres, dont plusieurs consacrés à la traduction. D’habitude, il n’y a qu’une seule séance sur la traduction par jour mais cette année, la plupart étaient regroupées le dernier jour de la Foire. J’ai donc passé toute ma journée sur le site de Tour et Taxis au milieu des livres et de tout ce beau monde qui fait vivre la littérature, traducteurs compris ! Je vais donc vous faire un petit résumé des séances sur la traduction auxquelles j’ai assisté.

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Publier une première traduction littéraire en Fédération Wallonie-Bruxelles

Cette rencontre était animée par Mélanie Roland et Anne Leloup, deux éditrices belges qui consacrent une petite partie de leur catalogue aux traductions, Anne Cohen-Beucher, une jeune traductrice, Françoise Wuilmart, présidente du Centre Européen de Traduction Littéraire, du Collège de Seneffe et traductrice chevronnée et Karine Vachon, éditrice québécoise (le pays mis à l’honneur cette année à la Foire étant le Canada, plus particulièrement le Québec). Le public, principalement constitué de traducteurs, a ainsi pu avoir un bel aperçu de la relation qu’entretiennent les traducteurs (ou plutôt traductrices) avec leurs éditeurs (ou plutôt éditrices), des aides et subventions accordées à la traduction en Belgique et en Europe (qui ne cessent malheureusement de baisser) et bien sûr de la difficulté pour un jeune traducteur d’entrer dans le monde de l’édition. Karine Vachon a quant à elle pu expliquer la situation au Canada où il existe de nombreuses aides pour la traduction et où les échanges entre littérature canadienne anglaise et québécoise sont extrêmement riches. Le conseil principal donné aux traducteurs souhaitant se lancer dans la traduction littéraire est d’essayer de contacter les petits éditeurs, plus faciles à approcher, plutôt que de s’attaquer aux grosses boîtes d’éditions qui, comme le dit Françoise Wuilmart, ont perdu en quelque sorte la passion des débuts et ne considère plus l’édition que comme un business comme un autre. Il faut également éviter d’envoyer un manuscrit directement à un gros éditeur qui ne se gênera pas pour le donner à l’un de ses traducteurs déjà bien établis plutôt que de donner sa chance à un jeune traducteur. Anne Cohen-Beucher a quant à elle souligné que le plus important était de persévérer. Si l’on est suffisamment passionné, il y a toujours moyen d’y arriver. Ne perdons donc pas espoir ^^

Traduire les langues rares : l’exemple de l’islandais

Rencontre avec Eric Boury, traducteur de l’islandais, venu nous parler avec humilité et passion de son amour pour l’islandais qu’il traduit depuis maintenant des années. Interrogé par Emmanuelle Sandron, également traductrice chevronnée, Eric Boury nous a expliqué qu’il aimait l’Islande non seulement pour ses vastes paysages, mais aussi et surtout pour la population locale qui vit en communauté restreinte et avec qui il est très facile de tisser des liens. Preuve en est le lien exclusif qu’il entretient avec les auteurs qu’il traduit et qui sont même devenus des amis au fil du temps. Il nous a également raconté comment lui, ce prof d’anglais qui menait une vie tranquille avec sa femme, ses enfants et son chat, s’est vu proposer de traduire un livre horriblement drôle et rempli de grossièretés car l’éditeur trouvait qu’il écrivait extrêmement bien. Et il nous avoue très humblement qu’il n’avait vraiment pas confiance en lui et qu’il avait même refusé par peur de « mal faire ». C’est l’éditeur qui l’a convaincu qu’il avait les capacités de traduire, même si, encore aujourd’hui, il ne voit toujours pas quelles sont ses qualités. Une belle leçon d’humilité pour un grand traducteur…

Que se passe-t-il dans la tête d’un traducteur quand il traduit ?

Un public encore une fois principalement composé de traducteurs s’est ensuite rassemblé autour de Rose-Marie Vassalo, grande traductrice principalement spécialisée dans la littérature jeunesse (elle a notamment traduit la série des Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire) qui est loin d’être plus simple que la littérature pour adulte. Pour le prouver, elle s’est proposée de traduire sans filet un texte tiré d’un livre jeunesse qu’elle découvrait en même temps que le public pour partager avec lui son mode de pensée, ses hésitations et ses méthodes de travail. Malgré quelques petits problèmes techniques, cette rencontre, qui ressemblait plutôt à un atelier de traduction comme ceux auxquels j’assistais lors de mes deux années au Centre Européen de Traduction Littéraire, était très sympathique et passionnante, comme le sont toutes les conversations entre traducteurs (bon, OK, c’était peut-être moins jouissif pour les non-initiés mais ça n’en restait pas moins une expérience intéressante). Et cela m’a en plus permis de revoir bon nombre de connaissances du CETL.

Traduire la littérature de jeunesse

Pour terminer en beauté cette enfilade de rencontres sur la traduction, le public a pu découvrir un tandem auteur-traducteur très lié. Anne Provoost, auteur néerlandophone qui écrit énormément de littérature jeunesse, était en effet accompagnée de sa traductrice, Emmanuelle Sandron, pour parler de Ma tante est un cachalot, livre sorti au début des années 1990 mais dont la traduction française n’a été publiée que récemment et qui parle d’un sujet encore tabou aujourd’hui : l’inceste. Emmanuelle Sandron nous a expliqué avant tout le coup de cœur qu’elle a eu pour ce livre et ce sentiment qu’il fallait absolument qu’elle le traduise, que c’en était presque devenu un engagement. Elle avait rencontré l’auteur lors d’un salon du livre à Paris il y a une vingtaine d’années et avait tout de suite eu un coup de foudre pour le style d’Anne Provoost. Pendant dix ans, elle avait essayé sans relâche de convaincre le directeur d’Alice éditions (petite maison d’éditions belge) d’acheter les droits de Ma tante est un cachalot jusqu’à ce qu’il accepte enfin de lui donner la traduction. Elle nous a ensuite parlé du travail à quatre mains qu’a représenté la traduction de ce livre. Anne Provoost a en effet énormément participé à la traduction de son roman en relisant chaque chapitre pour faire ses remarques sur les passages qui ne lui semblaient pas tout à fait justes, tandis qu’Emmanuelle Sandron, qui est aussi une auteur bien établie, lui faisait part des morceaux du texte qui tenaient moins bien la route et qu’il faudrait changer pour une réédition (Anne Provoost avait en effet écrit ce roman au tout début de sa carrière d’écrivain, dans un « autre temps » comme elle aimait le dire, et avait donc commis quelques erreurs de débutante). C’était donc un très bel échange qui leur a permis à toutes les deux d’approfondir leurs connaissances de la langue et du style de l’autre. Le respect qu’avait Anne Provoost pour sa traductrice était touchant, tant il est rare qu’auteur et traducteur soient mis sur un même pied d’égalité.

Après cette série de débats sur la traduction, j’ai passé un certain temps au stand des éditions du Hazard, une petite maison qui rassemble des ouvrages consacrés à la traduction, à la traductologie et à tout ce qui touche aux langues, bref le paradis du traducteur. J’en suis repartie avec Dans la forêt du miroir : essais sur les mots et sur le monde d’Alberto Manguel, traduit par Christine Le Bœuf. Puis j’ai flâné à travers les étals chargés de livres, en résistant à la tentation de ne pas repartir avec une tonne de bouquins sous le bras. Je me suis limitée à La Petite Fille qui avait mangé un nuage grand comme la tour Eiffel, le dernier roman de Romain Puértolas, l’auteur de L’extraordinaire voyage du fakir qui était coincé dans une armoire Ikéa dont j’avais déjà parlé précédemment. Bref, de la lecture et de nouveaux billets Croque-Livre en perspective 🙂

À la semaine prochaine pour un nouveau billet !

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