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Archives de Catégorie: Pêle-mêle

Vivre à tout prix

Bonjour à tous ! Si je n’ai pas écrit la semaine dernière, c’est que j’avais le cœur meurtri par la mort prématurée d’un proche. Mais aujourd’hui, au réveil de ce week-end cauchemardesque, je ressens le besoin d’écrire pour vous dire à tous de profiter de la vie au maximum car je n’ai que trop appris cette semaine qu’elle ne tenait qu’à un fil. On peut perdre la vie d’un claquement de doigt dans un accident tragique. On peut s’éteindre en quelques mois, rongé de l’intérieur par un cancer foudroyant. Et on peut mourir lors d’un concert ou à la terrasse d’un café, le corps criblé de balles par des êtres qui ont perdu toute humanité…

Aujourd’hui, je pense bien évidemment aux familles et proches des victimes qui sont tombées lors des événements tragiques qui se sont déroulés à Paris et à tous ceux qui ont survécu à l’horreur et qui vivront à jamais avec le souvenir de cette soirée éprouvante. Mais je pense aussi à toutes les autres victimes, celles dont on ne parle que trop peu dans les médias et qui connaissent pourtant les mêmes souffrances. Et je pense surtout aux victimes indirectes de ces attentats, ces migrants et musulmans que l’on accuse à tort de tous les malheurs du monde et pour qui ces attaques ne font qu’attiser la haine et le racisme auxquels ils font face. Ils vous le diront tous, les islamistes ne sont pas de vrais musulmans. Ils ne font que salir une religion qu’ils ne connaissent pas et dont ils ne sont pas dignes. Les attentats de Paris m’attristent au plus haut point mais l’escalade de réactions islamophobes que l’on peut entendre et lire sur les réseaux sociaux me donne la nausée et me révolte.

Ne faites pas d’amalgame et écoutez les migrants. S’ils ont quitté leur pays, ce n’est pas pour nous envahir ou, comme le prétendent certains, « islamiser nos enfants ». Ces gens ont dû tout laisser derrière eux car ils étaient menacés par ces mêmes extrémistes et avaient peur pour leur vie, pour la vie de leurs propres enfants.

En ces heures sombres, nous devons plus que jamais faire preuve de tolérance et nous unir car ce n’est que tous ensemble que nous pourrons combattre ces semeurs de terreur sans cœur ni pitié. Et la meilleure manière de le faire est de continuer à rire, à chanter, à danser, à aimer et à savourer chaque instant de notre passage sur terre.

Que votre semaine soit aussi douce que possible !

Le surtitrage

Oui, je suis toujours en vie et non, je n’étais pas en vadrouille. Désolée pour le gros retard mais j’avais pas mal de commandes de rédactions ces jours-ci et je ne trouvais plus l’inspiration ni le temps de m’occuper de mon blog. Mais me revoilà parmi vous !

Comme en ce moment j’ai beaucoup de traductions de présentations d’opéras et de ballets, j’avais envie de vous parler aujourd’hui d’une technique de traduction uniquement utilisée dans le domaine des arts de la scène : le surtitrage.

Les-sous-titres-debarquent-au-theatre

Qu’est-ce que le surtitrage ?

Le surtitrage est un procédé qui permet d’afficher au cours d’un spectacle vivant la traduction de ce qui est dit ou chanté sur scène. En somme, c’est un peu comme le sous-titrage, sauf qu’ici la traduction se trouve en haut de la scène et non en-dessous. Ce procédé est encore relativement récent puisqu’il ne serait apparu qu’au début des années 1980 (bon OK, ça fait déjà plus de 25 ans mais c’est quand même beaucoup plus récent que l’utilisation des sous-titres). Aujourd’hui, le surtitrage est en plein essor. Le public semble en effet s’intéresser davantage aux productions étrangères et souhaite les apprécier dans leur version originale.

Similarités avec le sous-titrage

Le surtitreur est soumis à des contraintes similaires à celles que rencontre le sous-titreur. En effet, puisque l’on met plus de temps à lire un texte qu’à l’entendre, le passage d’un texte oral à un texte écrit impose des contraintes d’espace, de temps et de rythme. En d’autres termes, le traducteur doit veiller à ce que ses sous-titres ou surtitres :

– ne dépassent pas un certain nombre de caractères pour pouvoir être affichés à l’écran ou au-dessus de la scène ;

– puissent être lus rapidement par les spectateurs ;

– soient diffusés en parfaite simultanéité avec le discours qui se dit à l’écran ou sur scène.

Si les normes de longueur des surtitres sont moins strictes que pour les sous-titres (qui doivent impérativement faire moins de deux lignes de 35 à 40 caractères), le surtitreur doit toujours veiller à traduire ce qui se dit sur scène avec le moins de mots possibles. Il sera donc parfois contraint de supprimer des éléments ou de les reformuler afin de condenser au maximum le message sans qu’il soit incompréhensible pour les spectateurs.

Une autre des similarités que le surtitrage partage avec le sous-titrage est la présence d’éléments visuels et sonores auxquels le traducteur doit tenir compte pour réaliser sa traduction. Le jeu des acteurs, les gestes, les intonations, les décors, les accessoires peuvent en effet lui permettre de couper certains passages sans que le spectateur ne perde le sens de la scène qui se déroule sous ses yeux. Les surtitres et les sous-titres doivent toujours interagir avec le son et les images.

Un exercice ardu

Si le surtitrage ressemble en de nombreux points au sous-titrage, il présente également des difficultés qui lui sont propres. Contrairement au sous-titreur qui a devant lui un texte source définitif, puisqu’il reçoit le film quand il est déjà tourné, le surtitreur doit faire face à un texte en perpétuel mouvement. Il ne peut en effet pas traduire « simplement » (je le mets entre guillemets car traduire n’est jamais simple) les dialogues écrits par l’auteur de la pièce de théâtre car ce texte est susceptible de changer à tout moment. Le texte d’une pièce de théâtre n’est jamais figé car il dépend du jeu des comédiens et de l’interprétation que lui donne le metteur en scène. Pour fournir une traduction de qualité, le surtitreur se doit donc d’assister aux répétitions pour se familiariser avec le jeu des comédiens et rester en phase avec la mise en scène, tout en sachant que sa traduction ne sera jamais définitive (il est toujours possible que le metteur en scène décide de couper un passage ou de modifier certaines scènes d’une représentation à l’autre).

Notons également que les dialogues de pièces de théâtre sont de nature plus littéraires que ceux de film. Bien sûr, tout dépend du film me direz-vous mais le surtitreur doit toutefois veiller à préserver autant que possible la poésie du langage, sans toutefois trop s’éloigner du texte source pour éviter de gêner la compréhension des spectateurs. Par exemple, il ne peut pas prendre la liberté de changer le nom des personnages car les spectateurs liraient un nom qu’ils n’entendraient pas sur scène.

Et le dernier point qui différencie les surtitreurs des sous-titreurs : le traducteur doit faire défiler lui-même ses surtitres durant la représentation. En effet, contrairement à un film ou tout autre matériel audiovisuel, une pièce de théâtre est un spectacle vivant qui peut changer de rythme d’une représentation à l’autre. Le surtitreur doit donc être présent à chaque représentation pour veiller à ce que ses surtitres s’affichent au moment voulu. Bref, plus qu’un métier, c’est tout un art !

Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, voici une étude très intéressante sur le surtitrage et la stratégie de traduction employée : https://traduire.revues.org/288#ftn11

Une autre sur la place du surtitrage comme mode de traduction : https://journals.lib.unb.ca/index.php/tric/article/view/7068/8127

Et un petit article sur les surtitreurs, ces auteurs de l’ombre : http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Le-surtitrage-au-theatre-bien-plus-qu-un-accessoire-_NG_-2010-02-17-547039

À la semaine prochaine pour un autre article !

Blogs à suivre

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Bonjour à tous ! Ce jeudi, je m’envolerai pour une dizaine de jours de vacances en Croatie, en faisant un petit détour par Venise (oui, je sais, encore…). En bref, je ne suis pas sûre de pouvoir écrire de billet ces deux prochaines semaines, même si je compte bien évidemment vous écrire une ou deux cartes postales.

Pour vous faire patienter, voici une petite liste de blogs que je suis, que je lis, que je dévore et qui m’inspirent, me guident et m’instruisent. Je vous les conseille de même, du moins si vous êtes traducteur, linguiste ou que vous êtes intéressé par les langues et ce fabuleux métier qu’est la traduction.

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(Not Just) Another Translator

J’entame cette liste par l’un des tout premiers blogs que j’ai consultés lors de mes recherches de renseignements en tous genres avant de me lancer comme traductrice indépendante. Traducteur français travaillant à partir de l’italien et de l’anglais, Laurent Laget donne pas mal de trucs et astuces pour les jeunes qui veulent se lancer, tout en parlant de son boulot de traducteur. Je me rappelle d’ailleurs être tombée sur son site en cherchant comment établir un devis et une facture en bonne et due forme. Je ne sais pas s’il prend encore le temps de publier des articles, son dernier billet remontant à février, mais son blog pourrait en intéresser plus d’un !

Ma Voisine Millionnaire

Autre blog que j’ai suivi assidûment les mois qui ont précédé mon lancement, Ma voisine millionnaire ne s’adresse pas uniquement aux traducteurs, mais à toutes les personnes désirant prendre un statut de travailleur indépendant. Son site regorge de conseils pour créer et faire vivre son entreprise (la boîte à outils) et d’anecdotes sur la vie d’indépendant et surtout la vie de traducteur (ne manquez pas les billets de la catégorie Vivre avec un traducteur !).

Les piles intermédiaires

Traductrice spécialisée dans le sous-titrage, Les piles parle de « langues et traduction, cinoche et audiovisuel, littérature et chaussures, futilités et autres anecdotes sans intérêt » avec humour. Je vous invite à découvrir le sympathique « déversoir » de ses réflexions et coups de gueule et, tant qu’on y est, à la suivre sur sa page Facebook !

QC Translator

Amoureux des langues, mon collègue canadien Dwain Richardson partage sur son blog ses réflexions sur le langage, les événements liés à la traduction au Québec et la bonne utilisation de mots et d’expressions anglaises, une mine d’or pour les étudiants qui apprennent la langue de Shakespeare !

Nomad’s Heart

Et pour terminer en beauté cette petite liste de blogs, mon coup de cœur : Nomad’s Heart. Sur ce très beau site agrémenté de superbes photos, Anissa, traductrice et rédactrice franco-allemande, raconte la belle aventure qu’elle vit depuis le début de son activité de freelance. J’aime particulièrement ce blog car, tout comme moi, Anissa aime voyager et a toujours une valise à portée de main. Son blog vous donnera définitivement envie de prendre votre envol afin de concrétiser vos rêves !

J’espère que ces quelques blogs vous aideront à mieux supporter mon absence ^^

À bientôt !

Inspirez, écrivez

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J’avais envie aujourd’hui de vous parler de l’inspiration, cette amante infidèle qui s’en va et s’en vient sans crier gare et se cache dans les endroits les plus inattendus.

En tant que rédactrice web, j’ai déjà souvent vécu cette expérience frustrante et angoissante de la page blanche. Pour surmonter cette épreuve, le mieux à faire est de ne surtout pas s’acharner à regarder son ordinateur dans le blanc des yeux en attendant qu’une idée surgisse de nulle part. C’est même entièrement contre-productif dans mon cas puisque, énervée de n’avoir aucune idée pour entamer mon texte, je finis par procrastiner en lisant des articles sur tout et n’importe quoi ou par vérifier mon fil d’actualité Facebook toutes les cinq minutes (oui, ça ne sert à rien d’autre qu’à vous faire perdre encore plus de temps…). Au contraire, pour réparer une panne d’inspiration, il faut fuir son ordinateur et sortir prendre l’air ou faire n’importe quoi d’autre.

Inspiration

Combien de fois ne m’est-il pas arrivé de trouver LA phrase que je cherchais ou le schéma d’un texte en faisant tout autre chose ? J’ai d’ailleurs eu l’idée de ce billet dans la salle de bain. Cela m’arrive d’ailleurs souvent d’attraper au vol une phrase s’écoulant comme par miracle du pommeau de douche alors que je la cherchais en vain sous les touches de mon clavier (peut-être devrais-je investir dans un carnet de bain et un stylo waterproof…).

Outre la douche, il y a aussi d’autres endroits où l’inspiration peut venir frapper à ma porte quand je m’y attends le moins. Diabolisé par certains (ou plutôt de nombreux) navetteurs lassés de ses retards intempestifs (vive la SNCB), le train reste pour moi l’un des meilleurs « lieux » pour trouver l’inspiration. Et je suis loin d’être la seule dans le cas ! Beaucoup de traducteurs et d’auteurs rencontrés à la Foire du Livre de Bruxelles disaient aimer écrire en voyageant en train. Je me rappelle également d’une conférence du grand traducteur André Markowicz qui avait dit avoir résolu le style de Dostoïevski en se laissant bercer par le rythme cadencé de la locomotive. Rythme qui m’a également énormément inspirée durant mes nombreux voyages en train à travers l’Inde et me donnait l’irrésistible envie de coucher sur le papier tout ce que je voyais et ressentais. Ces moments suspendus entre deux destinations sont parfaits pour laisser vagabonder son esprit. Voir défiler les paysages est selon moi idéal pour ouvrir son imagination et amadouer l’inspiration. Notez que cela fonctionne aussi dans les trams (du moins quand ils ne sont pas bondés) ou durant une balade en pleine nature.

Bref, tout ça pour dire que si vous faites face à une page blanche, il faut, non pas spécialement prendre le train ou une douche, mais prendre le recul nécessaire pour la vaincre et ne surtout pas s’acharner. L’inspiration, c’est un peu comme l’amour. C’est quand on y pense le moins qu’elle nous tombe dessus ! Alors, allez prendre l’air, baladez-vous, cuisinez, faites n’importe quoi d’autre pour occuper votre esprit et elle viendra tout naturellement à vous. Pensez juste à vous équiper d’un carnet et d’un crayon pour tout noter quand elle se manifestera !

Et vous, quels sont les endroits où vous trouvez le plus facilement l’inspiration ?

La Foire du Livre de Bruxelles

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Si je n’ai pas publié de billet hier, c’est parce que j’ai passé la journée à la Foire du Livre de Bruxelles (ceux qui me suivent sur ma page Facebook étaient d’ailleurs au courant). Comme chaque année, la FLB organise divers débats et rencontres, dont plusieurs consacrés à la traduction. D’habitude, il n’y a qu’une seule séance sur la traduction par jour mais cette année, la plupart étaient regroupées le dernier jour de la Foire. J’ai donc passé toute ma journée sur le site de Tour et Taxis au milieu des livres et de tout ce beau monde qui fait vivre la littérature, traducteurs compris ! Je vais donc vous faire un petit résumé des séances sur la traduction auxquelles j’ai assisté.

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Publier une première traduction littéraire en Fédération Wallonie-Bruxelles

Cette rencontre était animée par Mélanie Roland et Anne Leloup, deux éditrices belges qui consacrent une petite partie de leur catalogue aux traductions, Anne Cohen-Beucher, une jeune traductrice, Françoise Wuilmart, présidente du Centre Européen de Traduction Littéraire, du Collège de Seneffe et traductrice chevronnée et Karine Vachon, éditrice québécoise (le pays mis à l’honneur cette année à la Foire étant le Canada, plus particulièrement le Québec). Le public, principalement constitué de traducteurs, a ainsi pu avoir un bel aperçu de la relation qu’entretiennent les traducteurs (ou plutôt traductrices) avec leurs éditeurs (ou plutôt éditrices), des aides et subventions accordées à la traduction en Belgique et en Europe (qui ne cessent malheureusement de baisser) et bien sûr de la difficulté pour un jeune traducteur d’entrer dans le monde de l’édition. Karine Vachon a quant à elle pu expliquer la situation au Canada où il existe de nombreuses aides pour la traduction et où les échanges entre littérature canadienne anglaise et québécoise sont extrêmement riches. Le conseil principal donné aux traducteurs souhaitant se lancer dans la traduction littéraire est d’essayer de contacter les petits éditeurs, plus faciles à approcher, plutôt que de s’attaquer aux grosses boîtes d’éditions qui, comme le dit Françoise Wuilmart, ont perdu en quelque sorte la passion des débuts et ne considère plus l’édition que comme un business comme un autre. Il faut également éviter d’envoyer un manuscrit directement à un gros éditeur qui ne se gênera pas pour le donner à l’un de ses traducteurs déjà bien établis plutôt que de donner sa chance à un jeune traducteur. Anne Cohen-Beucher a quant à elle souligné que le plus important était de persévérer. Si l’on est suffisamment passionné, il y a toujours moyen d’y arriver. Ne perdons donc pas espoir ^^

Traduire les langues rares : l’exemple de l’islandais

Rencontre avec Eric Boury, traducteur de l’islandais, venu nous parler avec humilité et passion de son amour pour l’islandais qu’il traduit depuis maintenant des années. Interrogé par Emmanuelle Sandron, également traductrice chevronnée, Eric Boury nous a expliqué qu’il aimait l’Islande non seulement pour ses vastes paysages, mais aussi et surtout pour la population locale qui vit en communauté restreinte et avec qui il est très facile de tisser des liens. Preuve en est le lien exclusif qu’il entretient avec les auteurs qu’il traduit et qui sont même devenus des amis au fil du temps. Il nous a également raconté comment lui, ce prof d’anglais qui menait une vie tranquille avec sa femme, ses enfants et son chat, s’est vu proposer de traduire un livre horriblement drôle et rempli de grossièretés car l’éditeur trouvait qu’il écrivait extrêmement bien. Et il nous avoue très humblement qu’il n’avait vraiment pas confiance en lui et qu’il avait même refusé par peur de « mal faire ». C’est l’éditeur qui l’a convaincu qu’il avait les capacités de traduire, même si, encore aujourd’hui, il ne voit toujours pas quelles sont ses qualités. Une belle leçon d’humilité pour un grand traducteur…

Que se passe-t-il dans la tête d’un traducteur quand il traduit ?

Un public encore une fois principalement composé de traducteurs s’est ensuite rassemblé autour de Rose-Marie Vassalo, grande traductrice principalement spécialisée dans la littérature jeunesse (elle a notamment traduit la série des Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire) qui est loin d’être plus simple que la littérature pour adulte. Pour le prouver, elle s’est proposée de traduire sans filet un texte tiré d’un livre jeunesse qu’elle découvrait en même temps que le public pour partager avec lui son mode de pensée, ses hésitations et ses méthodes de travail. Malgré quelques petits problèmes techniques, cette rencontre, qui ressemblait plutôt à un atelier de traduction comme ceux auxquels j’assistais lors de mes deux années au Centre Européen de Traduction Littéraire, était très sympathique et passionnante, comme le sont toutes les conversations entre traducteurs (bon, OK, c’était peut-être moins jouissif pour les non-initiés mais ça n’en restait pas moins une expérience intéressante). Et cela m’a en plus permis de revoir bon nombre de connaissances du CETL.

Traduire la littérature de jeunesse

Pour terminer en beauté cette enfilade de rencontres sur la traduction, le public a pu découvrir un tandem auteur-traducteur très lié. Anne Provoost, auteur néerlandophone qui écrit énormément de littérature jeunesse, était en effet accompagnée de sa traductrice, Emmanuelle Sandron, pour parler de Ma tante est un cachalot, livre sorti au début des années 1990 mais dont la traduction française n’a été publiée que récemment et qui parle d’un sujet encore tabou aujourd’hui : l’inceste. Emmanuelle Sandron nous a expliqué avant tout le coup de cœur qu’elle a eu pour ce livre et ce sentiment qu’il fallait absolument qu’elle le traduise, que c’en était presque devenu un engagement. Elle avait rencontré l’auteur lors d’un salon du livre à Paris il y a une vingtaine d’années et avait tout de suite eu un coup de foudre pour le style d’Anne Provoost. Pendant dix ans, elle avait essayé sans relâche de convaincre le directeur d’Alice éditions (petite maison d’éditions belge) d’acheter les droits de Ma tante est un cachalot jusqu’à ce qu’il accepte enfin de lui donner la traduction. Elle nous a ensuite parlé du travail à quatre mains qu’a représenté la traduction de ce livre. Anne Provoost a en effet énormément participé à la traduction de son roman en relisant chaque chapitre pour faire ses remarques sur les passages qui ne lui semblaient pas tout à fait justes, tandis qu’Emmanuelle Sandron, qui est aussi une auteur bien établie, lui faisait part des morceaux du texte qui tenaient moins bien la route et qu’il faudrait changer pour une réédition (Anne Provoost avait en effet écrit ce roman au tout début de sa carrière d’écrivain, dans un « autre temps » comme elle aimait le dire, et avait donc commis quelques erreurs de débutante). C’était donc un très bel échange qui leur a permis à toutes les deux d’approfondir leurs connaissances de la langue et du style de l’autre. Le respect qu’avait Anne Provoost pour sa traductrice était touchant, tant il est rare qu’auteur et traducteur soient mis sur un même pied d’égalité.

Après cette série de débats sur la traduction, j’ai passé un certain temps au stand des éditions du Hazard, une petite maison qui rassemble des ouvrages consacrés à la traduction, à la traductologie et à tout ce qui touche aux langues, bref le paradis du traducteur. J’en suis repartie avec Dans la forêt du miroir : essais sur les mots et sur le monde d’Alberto Manguel, traduit par Christine Le Bœuf. Puis j’ai flâné à travers les étals chargés de livres, en résistant à la tentation de ne pas repartir avec une tonne de bouquins sous le bras. Je me suis limitée à La Petite Fille qui avait mangé un nuage grand comme la tour Eiffel, le dernier roman de Romain Puértolas, l’auteur de L’extraordinaire voyage du fakir qui était coincé dans une armoire Ikéa dont j’avais déjà parlé précédemment. Bref, de la lecture et de nouveaux billets Croque-Livre en perspective 🙂

À la semaine prochaine pour un nouveau billet !

Les belgicismes

Comme on dit chez moi, « il m’en est arrivé une belle » (comprenez : il m’est arrivé quelque chose d’étonnant) ! Il y a quelques jours, une cliente espagnole, qui venait d’apprendre que j’étais Belge, a en effet voulu savoir si j’utilisais le français « pur » de France dans mes traductions et rédactions car elle avait entendu dire que le français de Belgique était différent. « J’en suis resté paf » (comprenez, « ça m’a déstabilisée »), c’était bien la première fois que l’on me posait cette question ! Loin d’être vexée, cela m’a plutôt fait rire et cela me donne en plus l’occasion de parler des belgicismes.

Belgicismes une fois

Alors oui, il existe des petites différences entre le français de France et le français en usage en Belgique, mais non, il n’y a pas de véritable « parler belge » comme il n’existe pas d’accent belge unique (n’en déplaise aux Français qui s’échinent à tenter de l’imiter sur les plateaux télé et qui pensent que les Belges terminent toutes leurs phrases par « une fois »). La Belgique est peut-être petite mais elle est riche d’un patrimoine et d’une culture aux mille et un visages et donc d’un langage, ou plus précisément d’un lexique, qui varie d’une région à l’autre. Je m’en suis bien rendu compte lors de ma première année à l’université lorsque j’ai rencontré l’une de mes futures meilleures amies qui vient du fin fond de la région liégeoise. Bien sûr, je la comprends parfaitement mais nous n’utilisons pas toujours les mêmes termes pour désigner telle ou telle chose. Par exemple, un « bonbon » devient une « chique », tandis qu’un « biscuit » devient un « bonbon ». Le français parlé en Belgique est donc bien plus complexe qu’il n’y paraît.

J’ai acheté il y a quelques mois un dictionnaire des belgicismes qui explique très bien la situation. S’il existe des « mots ou des sens qui, jusqu’à présent, n’ont été repérés que dans le français des Belges francophones […] certains termes n’ont rien de spécifiquement « belge » : on les retrouve dans d’autres pays francophones, y compris dans certaines régions de France. En outre, l’histoire des langues en Belgique impose de distinguer la situation de Bruxelles, ville dont la population est aujourd’hui très majoritairement francophone, alors qu’elle était majoritairement flamande au XIXe siècle, et la Wallonie romane où la présence du français est multiséculaire. » Ainsi, le vocabulaire utilisé par les Bruxellois diffère de celui des Wallons.

Pour « foutre le brol » encore plus (comprenez « pour compliquer davantage le problème ») , le lexique des Wallons change quelque peu d’une région à l’autre. En effet, il existait auparavant « quatre langues régionales romanes […] : le wallon, le picard, le gaumais et le champenois ». Si les deux dernières langues ont pratiquement disparu, le wallon et le picard sont encore très vivaces et influencent le lexique actuel. Il ne faut pas oublier non plus que « la Wallonie, dans un passé récent, présentait de profondes différences économiques et sociales. » Ainsi, les mineurs du Borinage ont développé un lexique différent de celui des agriculteurs-éleveurs des Ardennes. Bref, vous l’aurez compris, on ne peut pas vraiment parler de « français belge ». Mais l’on peut toutefois distinguer des termes et expressions qui ne sont utilisés qu’en Belgique (ou uniquement dans certaines régions) et que l’on appelle donc des « belgicismes ».

Pour rassurer mes clients français (même s’ils ne se sont jamais inquiétés de mon niveau de langue), j’ai toujours appris à éviter d’utiliser des belgicismes dans mes traductions. À l’université, nos professeurs nous ont vite corrigé ces « fautes de langage » pour n’utiliser que le français de référence dans nos travaux. Ainsi, j’évite systématiquement les « septante » et « nonante » (même si personnellement j’ai toujours trouvé qu’ils étaient plus logiques que les « soixante-dix » et « quatre-vingt-dix » si chers aux Français) et les « mauvaises » utilisations d’expression telles que « Au plus… au plus… » qui deviennent simplement « Plus… plus… » selon les règles de l’Académie Française.

Je ne vais pas m’étendre plus longtemps sur le sujet (même si j’ai énormément d’exemples à vous citer puisque mon cher et tendre est Français et qu’il a fallu un petit temps d’adaptation pour comprendre nos petites différences lexicales) et vous conseille ce fameux Dictionnaire des belgicismes* car il est très bien conçu et vous apprendra beaucoup de choses sur la culture de « ce plat pays qui est le mien » et dont je suis fière (je vais encore donner raison à mon cher et tendre qui prétend que les Belges sont plus chauvins que les Français mais tant pis ^^).

Et pour terminer, je vous propose ce lien très intéressant, que j’avais déjà publié sur ma page Facebook (un petit « j’aime » s’il-vous-plaît), qui reprend une bonne liste de belgicismes et vous en expliquera davantage sur le français que l’on parle en Belgique.

Si vous avez des questions, souhaitez partager une opinion, une anecdote ou simplement parler de vos belgicismes préférés, n’hésitez pas à commenter l’article !

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* Dictionnaire des belgicismes, Michel Francard, Geneviève Geron, Régine Wilmet et Aude Wirth et publié aux éditions De Boeck Duculot

À tes souhaits !

Avec ce vent glacial qui souffle ces derniers jours sur la périphérie londonienne (car oui, je suis à Londres en ce moment), votre traductrice dévouée a attrapé un rhume et ne cesse donc d’éternuer. À force d’entendre God bless you et « à tes souhaits », j’ai commencé à me demander d’où venait cette formule de politesse car, comme vous le savez déjà, j’adore découvrir l’origine des expressions.

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L’expression « à tes souhaits » serait assez récente puisqu’elle n’est apparue sous cette forme que vers 1835. Avant cela, les gens utilisaient une formule semblable à celle employée par les anglophones : « Que Dieu te bénisse ! » (en France, certaines personnes plus âgées diraient même « Que Dieu te bénisse et te fasse le nez comme la cuisse ! »). La manière dont l’expression s’est transformée peu à peu en « à tes souhaits » reste obscure. Quant à la coutume de saluer une personne qui vient d’éternuer, elle remonterait à très loin.

Signe de vie

Selon la mythologie grecque, le tout premier réflexe de l’homme à la naissance est d’éternuer. En effet, Prométhée, le Titan qui avait sculpté l’homme à l’image des dieux, aurait animé sa sculpture en la faisant éternuer grâce à un rayon de soleil dérobé à Hélios. On retrouve également cette croyance dans le judaïsme puisque le premier geste d’Adam quand Dieu lui donna la vie fut d’éternuer. Comme l’éternuement était considéré comme un signe de vie et donc comme un souffle divin, il convenait de saluer toute personne qui éternuait pour qu’elle soit bénie par les dieux.

Signe de mort

Une autre version prétendrait qu’Adam aurait également éternué juste avant de mourir. Ainsi, l’éternuement serait non seulement un signe de vie mais aussi un signe de mort. Saluer une personne qui éternue reviendrait donc à demander à Dieu de la protéger en vue de sa mort prochaine. Cette croyance était également très vivante au XVIe siècle car l’on considérait que l’âme résidait dans le crâne et qu’à chaque éternuement, elle risquait de s’envoler.

Selon une toute autre explication, la coutume de saluer une personne qui vient d’éternuer remonterait plutôt au Moyen-Âge, époque où la peste ravageait villes et villages. L’un des premiers symptômes des malades étant d’éternuer, les gens avaient pour habitude d’implorer Dieu de les protéger. Dire « que Dieu te bénisse » servait donc à conjurer le mauvais sort.

Et dans d’autres langues, ça donne quoi ?

2014-04-30-tmgslideshow_xl1On retrouve une connotation religieuse dans de nombreuses langues, dont l’espagnol (¡Jésus!), l’arabe (Yarhamuk-Allah qui signifie « Qu’Allah t’accorde sa miséricorde ») et bien évidemment l’anglais et son God bless you (Que Dieu te bénisse). En parlant de l’anglais, il paraît qu’en Écosse et en Angleterre, les nourrices croyaient il n’y a pas si longtemps encore que les bébés qui n’avaient pas encore éternué étaient ensorcelés par des fées. Elles essayaient donc par tous les moyens de faire éternuer les enfants au moins trois fois pour chasser les mauvais esprits qui les habitaient.

D’autres langues font quant à elles plutôt référence à la santé comme le russe (будьте здоровы = boudtyé zdarovi), le néerlandais (gezondheid) et l’allemand (gesundheit). L’expression allemande serait par ailleurs de plus en plus utilisée dans les pays anglophones selon cet article en anglais.

Si les gens d’aujourd’hui sont de moins en moins sensibles aux formules de politesse, il est bon de savoir que par chez nous, on dit toujours « à tes souhaits » quand on éternue une fois, « à tes amours » quand on éternue deux fois et « qu’ils durent toujours » quand on éternue trois fois !

Si vous connaissez d’autres expressions de ce genre ou d’autres explications à cette coutume, n’hésitez pas à commenter !

Sources

http://www.lexpress.to/archives/5931/

http://www.expressio.fr/expressions/a-vos-souhaits.php

http://www.bmlisieux.com/curiosa/delusage.htm

http://www.pourquois.com/societe/pourquoi-vos-souhaits-lorsqu-on-eternue.html

http://www.slate.fr/lien/37167/a-vos-souhaits-eternue

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