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The Names, de Florence Knapp

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À la dernière réunion de mon club de lecture, nous avons discuté longuement de ce roman de l’autrice britannique Florence Knapp, sorti en 2025. Je lui ai attribué la note de 3,5/5 sur mon application de lecture, mais ai trouvé la conversation autour de ce livre tellement intéressante que j’avais envie d’en parler dans un billet Croque-Livre.

J’ai lu ce roman dans sa langue originale, l’anglais, mais vous pouvez le lire dans plus de 20 langues, y compris le français. Je vous donne ci-dessous la quatrième de couverture de sa version française, publiée aux éditions JC Lattès sous le titre Les Prénoms et qui a été traduite par Carole d’Yvoire.

Et si le choix de votre prénom déterminait le cours de votre vie ?

En 1987, au lendemain d’une grande tempête, Cora se met en route avec sa fille de neuf ans pour déclarer la naissance de son nouveau-né. Son mari, Gordon, médecin respecté, mais tyrannique et oppressant dans l’intimité du foyer, souhaite qu’elle perpétue la tradition familiale et que l’enfant porte son prénom. Pourtant, au moment crucial d’acter cette décision, Cora hésite. 

S’ouvre alors un récit en trois variations, trois trajectoires possibles, durant trente-cinq années.

C’est l’histoire de Gordon, Bear et Julian, de trois versions d’une vie et des possibilités infinies qu’une simple décision peut déclencher. C’est l’histoire d’une famille et de l’amour qui perdure, quoi que le destin réserve.

J’ai beaucoup aimé la structure du roman. Entre le prologue qui débute en octobre 1987 et l’épilogue qui amène le récit au 29 juillet 2022 se trouvent 6 parties, chacune intitulée par l’année qu’elle aborde (1987, 1994, 2001, 2008, 2015 et 2022). Chaque partie est à son tour divisée en 3 chapitres, intitulés tour à tour Bear, Julian et Gordon, chacun racontant une version de l’histoire du fils de Cora en fonction du prénom sous lequel il a été inscrit à la mairie (ou à la commune si vous êtes Belge). Les exemples de violence conjugale sont présents en nombre dans le roman, ce qui rend la lecture parfois difficile, mais les personnages sont attachants et le récit est bien ficelé.

La discussion autour de ce livre au sein de mon club de lecture a été quelque peu philosophique avec cette question principale : est-ce qu’un prénom peut influer sur votre caractère, vos relations avec les autres et votre destin ? Je me suis d’ailleurs demandé si les versions traduites reprenaient les mêmes prénoms ou s’ils avaient été adaptés, en particulier le prénom original de Bear (qui signifie « ours »). Cela dit, comme l’histoire se déroule en Angleterre, la modification des prénoms aurait dû s’accompagner d’une transposition totale dans le pays où la langue cible est parlée. En outre, l’autrice n’a pas nommé ses personnages au hasard puisqu’elle a fourni un lexique reprenant chaque prénom accompagné de sa signification. Par exemple, Cora signifie « the core of the story » (le cœur de l'histoire). Ce lexique a servi de base à plusieurs questions lors de la réunion du club de lecture car on peut comprendre le récit d’une autre manière si l’on se penche davantage sur la signification de chaque prénom. D’ailleurs, certaines membres du club ont dit qu’elles allaient probablement relire le roman pour avoir une autre perspective sur l’histoire de Bear, Julian ou Gordon.

Florence Knapp ne dévoile pas grand-chose sur sa vie privée, à part le fait qu’elle vit dans la banlieue de Londres avec son mari et son chien. Avant cette première œuvre de fiction, elle a publié 2 ouvrages autour du patchwork, et plus particulièrement sur la fabrication de courtepointes et l’art de l’English Paper Piecing (EPP), qui est une technique d’assemblage de patchworks sur des gabarits en papier. Comme elle est en plus une passionnée de couture, on peut dire qu’elle maîtrise l’art de tisser autant les fils que les histoires. J’espère donc qu’elle ressortira de nouveau sa plume pour nous confectionner un nouveau récit !

Avez-vous lu ce roman ? Qu’en avez-vous pensé ? Et croyez-vous que votre vie ait été influencée par le prénom qui vous a été donné ? N’hésitez pas à commenter !

Point culture trimestriel 2026 1/4

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Nous approchons déjà de la fin du mois d’avril, il était temps de vous publier mon premier point culture trimestriel de 2026. Voici un récapitulatif de mes lectures, séries, films, spectacles et autres coups de cœur culturels de janvier, février et mars.

LECTURE

Le premier trimestre de 2026 aura été riche en lectures puisque j’ai achevé 10 livres ces 3 derniers mois. N’ayant retrouvé mon club de lecture anglais qu’en février, j’ai pu bien avancer dans ma pile à livres. Outre Bien sûr que les poissons ont froid de Fanny Ruwet, Le coût de la virilité de Lucile Peytavin et La Chanson du Rayon de lune de Tonie Behar auxquels j’ai consacré des billets Croque-Livre, voici les ouvrages qui m’ont accompagnée en cette fin d’hiver.

  • Un Avenir radieux, de Pierre Lemaitre (ma note : 4,5/5)

Entamé fin 2025, le troisième volume de la saga romanesque des Années glorieuses de Pierre Lemaitre a de nouveau été un ravissement. Bien qu’il soit un peu plus dur que les autres, avec une scène de viol et de tortures en prison, j’ai encore été captivée par le talent de l’écrivain à rendre ses personnages aussi crédibles et vivants. C’est un vrai film qui se déroule au fil des mots. On suit toujours les membres de la famille Pelletier, que l’on retrouve en 1959. L’histoire se passe principalement en France, avec un crochet à Prague en deuxième partie de roman, François, le journaliste de la famille, partant en mission en Tchécoslovaquie, de l’autre côté du rideau de fer. J’ai ainsi de nouveau vécu un voyage dans le temps, le plus réaliste possible grâce aux recherches approfondies de l’auteur.

  • Giulietta Shakespeare, de Patricia Reznikov (ma note : 4/5)

Ce roman prêté par l’une de mes meilleures amies est tombé à pic. Je venais d’apprendre que le livre choisi pour le club de lecture de février était une fiction autour de la vie de Shakespeare et Giuletta Shakespeare poursuivrait ma plongée dans le mystère du plus grand dramaturge anglais. Outre la jolie plume de l’autrice, j’ai aimé la structure du roman. On passe ainsi tour à tour d’une enquête sur la véritable identité du Barde, que mènent Benjamin et son ami Andrea, à des extraits du journal d’un certain Scopritori, un spécialiste de Shakespeare qui prétend que le dramaturge serait en réalité un Italien du nom de Florio, et aux rêveries de Benjamin, qui imagine que le Barde avait une sœur qui l’aidait à écrire, une certaine Giulietta, version fantasmée de Juliet, son ex petite amie danoise qui l’a quitté sans crier gare. Étant loin de mon pays d’adoption lors de sa lecture, j’ai particulièrement aimé les descriptions de Londres à l’époque élisabéthaine. Puis ce petit côté féministe avec cette idée que derrière chaque homme, y compris un grand dramaturge comme Shakespeare, se cache probablement une femme… Bref, une fiction très agréable si vous êtes fasciné.e par le Barde !

  • Hamnet, de Maggie O’Farrell (ma note : 4,5/5)

Premier livre de l’année pour le club de lecture anglais, Hamnet m’a bouleversée. Se basant sur des documents historiques, l’autrice a imaginé que l’histoire d’Hamlet, la célèbre tragédie de Shakespeare, avait été inspirée au dramaturge par la mort tragique de son fils Hamnet. Plutôt que de suivre l’histoire selon le point de vue du Barde, le récit est axé sur Agnès (autre nom de la fameuse Anne Hathaway), un personnage féminin libre, puissant et indépendant, qui vit intensément ses émotions. À l’instar d’Un Avenir radieux, Hamnet est écrit comme un film, avec des scènes vraiment bien décrites et que l’on ressent au plus profond de soi. J’ai d’ailleurs terminé le livre les larmes aux yeux tant l’histoire est émouvante. Preuve de sa force, cet ouvrage a remporté plusieurs prix, dont ceux du meilleur livre 2020 par le New York Times et le Guardian. Vous pouvez le lire en français sous le même titre grâce à la traduction de Sarah Tardy. Et si vous préférez le cinéma, sachez que le roman a été adapté par Chloé Zhao et est sorti dans les salles obscures début 2026 (j'en parle plus bas).

  • All About Love: New Visions, de bell hooks (ma note : 3/5)

Cela faisait longtemps que je voulais lire du bell hooks (l'absence de majuscules est voulue par l'autrice, explication dans ce podcast), à force de voir ou d’entendre son nom de plume dans tous les essais ou podcasts féministes que je consomme. J’étais en Allemagne lorsque j’ai acheté All About Love (traduit en français par Alex Taillard et Florence Zheng sous le titre À propos d'amour), son best-seller et l’un des seuls ouvrages anglophones de la librairie de Ratingen. Dans cet essai, elle démystifie l’amour (au sens large, pas uniquement romantique), le qualifie d’acte plutôt que de sentiment, tout cela sous un angle résolument féministe. J’ai été moins intéressée par les derniers chapitres, traitant beaucoup de foi religieuse, concept un peu trop américain vu l’origine de l’autrice. J’ai toutefois dévoré les premiers chapitres, où elle aborde les méfaits du patriarcat sur les relations amoureuses hétérosexuelles, l’amour familial ou encore l’amour de soi, dans lesquels j’ai repris pas mal de réflexions dans mon carnet de notes. Je vous en partage quelques-unes, traduites par mes soins à défaut d’avoir sous les yeux la version française officielle :

- "Most men feel that they receive love and therefore know what it feels like to be loved; women often feel we are in a constant state of yearning, wanting love but not receiving it."
« La plupart des hommes sentent qu'ils reçoivent de l'amour et savent donc ce que cela fait d'être aimé ; nous, les femmes, nous avons souvent l'impression d'être dans un état constant de désir, d'envie d'amour mais de ne pas en recevoir. »

- "All visionary male thinkers challenging male domination insist that men can return to love only by repudiating the will to dominate."
« Tous les penseurs masculins visionnaires remettant en question la domination masculine insistent sur le fait que les hommes ne peuvent revenir à l'amour qu'en reniant leur volonté de dominer. »

- "One of the best guides to how to be self-loving is to give ourselves the love we are often dreaming about receiving from others."
« L'un des meilleurs conseils pour savoir comment s'aimer soi-même est de se donner à soi-même l'amour que nous rêvons souvent de recevoir des autres. »

- "Although we live in close contact with neighbors, masses of people in our society feel alienated, cut off, alone. Isolation and loneliness are central causes of depression and despair. Yet they are the outcomes of life in a culture where thinghs matter more than people. Materialism creates a world of narcissism in which the focus of life is solely on acquisition and consumption. A culture of narcissism is not a place where love can flourish."
« Bien que nous vivions en contact étroit avec nos voisins, des tas de gens dans notre société se sentent rejetés, exclus, seuls. L'isolement et la solitude sont les causes principales de la dépression et du désespoir. Pourtant, ils sont la conséquence de vivre dans une culture où les choses ont plus d'importance que les personnes. Le matérialisme crée un monde de narcissisme où la vie est uniquement axée sur l'acquisition et la consommation. Une culture du narcissisme n'est pas un espace dans lequel l'amour peut prospérer. »
  • Où vont les larmes quand elles sèchent, de Baptiste Beaulieu (ma note : 3/5)

Autre auteur qu’il me tardait de lire, Baptiste Beaulieu m’a toujours beaucoup touchée lors de ses interventions sur des podcasts. Si vous ne le connaissez pas, il est avant tout médecin et est souvent invité pour son point de vue beaucoup plus humaniste sur les soins des patient.e.s, et sur les femmes en particulier. Peut-être n’étais-je pas au bon endroit moralement quand je l’ai lu, mais j’ai trouvé que l’on ressentait très fort la colère de l’auteur, ce qui me dérangeait parfois. J’avais aussi un goût de trop peu à certains moments, car il ne va pas toujours au bout de ses nombreux questionnements à propos de la vie et de la mort. Cela dit, j’ai aimé les histoires émouvantes de quelques-un.e.s de ses patient.e.s et ses passages où la poésie fait parfois surface. Je me permets également de partager quelques extraits pour indiquer le ton. Pour le contexte, il parle ci-dessous de 2 patients différents : M. Nord et Mme Sud :

Les souffrances ? Elles ne se comparent pas. Elles sont là l’une et l’autre, ces fichues douleurs. Tout le monde a mal. Et tout le monde souffre. Du Nord au Sud.

Edith a des allures de petite poupée en paille, elle appartient à cette grande famille des vieilles dames coquettes : celles qui passent une heure tous les matins à se maquiller, ce qui a pour résultat incroyable de rajeunir leur physique de femme de 88 ans en femme de 83 ans.

(Je trouvais la description ci-dessus mignonne jusqu'à sa conclusion, qui frôle un peu trop l'âgisme à mon goût…)

À la fac, un professeur nous avait dit, l’index levé et l’air docte : « N’oubliez jamais, derrière tout grand médecin se cache un grand cimetière. »

  • The Rubáiyát of Omar Khayyám, dans la traduction anglaise de Peter Avery et John Heath-Stubbs (ma note : 2/5)

Ce recueil de quatrains datant du XIIe siècle et écrit par l’écrivain et savant perse Omar Khayyam était un choix du club de lecture, à l’occasion de notre réunion spéciale autour du Nouvel An persan. Ma déception fut grande lorsque je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une traduction littérale des poèmes, ce qui n’avait donc aucun réel intérêt (hormis pour la recherche), le texte ayant perdu toute la force et la poésie d’origine (même si les traductions diverses n'atteindront jamais la hauteur du texte d'origine, la poésie étant le genre dont l'interprétation peut être multiple). J’ai relu par la suite les quatrains dans leur version anglaise la plus connue, celle d’Edward Fitzgerald publiée au XIXe siècle. Ils ont fait l’objet de plusieurs traductions françaises, la première réalisée par Jean-Baptiste Nicolas en 1867 (mais de piètre qualité apparemment). Vous pouvez écouter l’un des Rubâ’iyât de Khayyam en français ici.

  • Walk the Blue Fields, de Claire Keegan (ma note : 3/5)

Autre ouvrage choisi pour le club de lecture, ce recueil de nouvelles, dont la plupart sont basées dans les paysages d’Irlande, était plutôt agréable. Certaines nouvelles m’ont paru un peu trop longues, d’autres semblaient manquer de conclusion, mais j’ai aimé la présence de personnages féminins indépendants et libres (ou en quête de l'être). Les membres du club trouvaient que les histoires étaient un peu trop sombres, ou du moins qu’elles ne prêtaient pas vraiment à sourire. On est plus dans le drame que dans la joie. Néanmoins, j’ai apprécié les descriptions de paysages qui me donnaient l’impression d’être en Irlande et j’ai adoré la dernière histoire, Night of the Quicken Trees, inspirée des contes et du folklore irlandais. Vous pouvez lire ces nouvelles en français grâce à la traduction de Jacqueline Odin dans le recueil intitulé À travers les champs bleus. Notez aussi que la nouvelle Walk the Blue Fields (qui a donné son titre au recueil et qui compte parmi les histoires que j'ai appréciées) est en cours d’adaptation cinématographique et sera disponible sur Netflix dans le courant de l’année.

FILMS / SÉRIES

J’ai regardé plusieurs films avec mon cher et tendre, mais aucun ne m’a vraiment marquée… J’ai néanmoins été seule au cinéma pour voir un film qui m’a chamboulée et j’ai eu plusieurs séries coup de cœur.

  • Hamnet, film réalisé par Chloé Zhao (ma note : 5/5)

Si vous avez lu mes avis lecture plus haut, vous savez que j’ai dû lire Hamnet pour mon club de lecture. Le film adapté du roman (et dont le scénario est co-écrit par l'autrice) venait de sortir en salle au Royaume-Uni et je me suis empressée d’aller le voir après avoir achevé ma lecture. D’autres membres qui étaient allées le voir avaient conseillé de prendre des mouchoirs. Effectivement, j’ai pleuré comme une madeleine (à la limite du sanglot…) ! Il était intéressant de comparer le roman et le film. Alors que le premier est axé sur le personnage d’Agnès, le deuxième met un peu plus en lumière le personnage de Shakespeare et sa relation avec son fils. Le film n’en a été que plus poignant… On ressent pleinement toutes les émotions à travers le jeu des acteurs. J’ai aussi beaucoup aimé la lumière naturelle et la présence palpable de la forêt, si chère au personnage d’Agnès. La protagoniste du roman est d’ailleurs interprétée avec brio par Jessie Buckley, qui déploie toute la puissance des femmes et leurs émotions à vif dans des scènes crues, qui prennent vraiment aux tripes… Ce n’est pas un film de dialogues, c’est un film qui se vit par les sourires, les larmes, les cris de douleur, les rayons de lumière et le vent dans les arbres… un petit bijou cinématographique à mon sens (si vous parvenez à le voir à travers des yeux embués, car c'est impossible de ne pas pleurer…) !

  • Tehran, série créée par Moshe Zonder, Dana Eden et Maor Kohn (ma note : 4/5)

Mon cher et tendre a voulu regarder cette série israélienne disponible sur Apple TV après avoir vu que Hugh Laurie (alias Dr. House) y jouait (spoiler : il n'apparaît que dans la dernière saison…). On y suit Tamar Rabinyan, une Juive née à Téhéran devenue espionne pour le Mossad. Bien évidemment, il faut la regarder avec du recul, la propagande israélienne sous-tendant le scénario (les gros méchants qui veulent sortir l'arme nucléaire dans la série et qui tyrannisent leur peuple, c'est l'Iran). Cela dit, j’ai eu plus de sympathie pour les personnages iraniens, les responsables israéliens du Mossad apparaissant comme totalement insensibles au sort de leurs agents et des êtres humains en général. J’ai trouvé les acteurs vraiment excellents, l’histoire pleine de rebondissements (on est tenu en haleine tout du long) et surtout, j’ai adoré le fait que la série est en 3 langues (farsi, hébreu, anglais). J’ai d’ailleurs été bluffée par l’actrice Glenn Close, qui a appris le farsi pour jouer son rôle dans la 2e saison. J’aimais également beaucoup la musique du générique, composée par Mark Eliyahu (qui me reste en tête à l'heure où j'écris ces lignes). Pour le contexte, on a regardé la série bien avant l’actuelle guerre en Iran… Je ne pense pas que je l’aurais autant appréciée si je la regardais maintenant. J’en parle quand même dans ce point culture car elle m’a marquée ce dernier trimestre.

  • Stranger Things, série créée par Matt et Ross Duffer (ma note : 5/5)

Série phare de Netflix, Stranger Things a enfin sorti sa saison finale sur la plateforme de streaming. Et quelle saison ! J’ai vécu une montagne russe d’émotions. Depuis le début, j’aime le style années 80, l’histoire bien ficelée et ses personnages attachants. Je sais que certains s’attendaient à mieux, beaucoup ont préféré la saison 4 et sont un peu déçus. Mais la dernière saison m’a vraiment beaucoup émue. L’amitié est au cœur de l’histoire et c’est ressorti d’autant plus dans la finale. J’ai pleuré à plusieurs occasions… C’était si beau de voir à l’écran de jeunes garçons déclarant leurs amitiés si sincèrement (le passage entre Dustin et Steve 😭), la force de lionne d’une mère pour sauver ses enfants, les questionnements, les doutes et le courage que demande un coming-out… Puis cette nostalgie au dernier épisode, quand ils jouent une dernière fois à Donjons et Dragons et que les plus vieux de la bande refont le monde autour d’une bière sur un toit en évoquant le passé… Outre l’aspect fantastique de l’histoire et ce dénouement tant attendu, c’était beau, touchant, vraiment une belle façon de dire adieu à ces personnages qui nous ont accompagnés depuis 10 ans (déjà…).

  • Dark, série créée par Baranbo Odar et Jantje Friese (ma note : 4/5)

Sortie en 2017, cette série allemande m’a plu dès que j’ai entendu les premières notes de son générique (la bande-son de la série est totalement le genre de chansons mélancoliques qui se retrouvent dans ma playlist 😅). J’ai été passionnée par l’histoire, certes un peu tirée par les cheveux et pas toujours évidente à comprendre (ce qui alimente le mystère jusqu'au bout). Ça parle de disparitions inquiétantes, d’apocalypse nucléaire, de mécanique quantique et de voyage dans le temps. Mon cher et tendre a moins accroché car il y a beaucoup de personnages, présentés à différentes étapes de leur vie et dans différentes époques (1920, 1953, 1986, 2019 et 2053). Quand on n’est pas physionomiste, ça peut être difficile à suivre, déjà que l’intrigue est complexe. Comme mon cher et tendre a fini par décrocher, j’ai terminé la série seule et, pour lier l’utile à l’agréable, je l’ai regardée en allemand. La fin m’a cependant laissée sur ma faim, plusieurs questions restant en suspens, à moins de ne pas avoir tout compris… ce qui me donne envie de regarder une nouvelle fois la série dans son entièreté pour mieux comprendre. En résumé, Dark n’est pas une série qu’on peut visionner pour se détendre, elle pousse à la réflexion, et ça, j’aime beaucoup !

SPECTACLES / EXPOS

J’ai eu le plaisir de voir un spectacle chaque mois durant le premier trimestre de 2026. Voici mes impressions.

  • Peter Pan, spectacle de Ballet of Lights (ma note 3,5/5)

Cadeau d’anniversaire de l’une de mes meilleures amies, ce ballet a été la première représentation « Ballet of Lights » à laquelle j’ai assisté. Comme j’adore Peter Pan, j’ai directement accepté quand elle me l’a proposé. Nous sommes allées le voir à l’Espace Lumen de Bruxelles le 9 janvier. La salle n’est pas très grande et se remplit assez vite (bon à savoir car les places ne sont pas numérotées et si vous réservez une place au balcon, il vaut mieux arriver tôt pour bien voir la scène). La chorégraphie était assez chouette, la musique était constituée de morceaux d’autres grands ballets classiques et les danseurs étaient doués (je n'ai malheureusement pas d'information sur le ou la chorégraphe, ni le nom du danseur et des danseuses). Les représentations de « Ballet of Lights » sont surtout connues pour leurs jeux de lumière. Ainsi, les danseurs principaux (Peter Pan, la fée Clochette, Wendy et le capitaine Crochet) portent des costumes ou accessoires qui s’illuminent à certains moments. J’ai toutefois trouvé que cela perturbait mon appréciation de la chorégraphie… Ce genre de représentation est probablement plus approprié pour les enfants, les personnes qui n’ont jamais vu de ballet (ou celles comme Timothée Chalamet qui trouvent que le ballet, c'est dépassé et qu'il faut donc des artifices supplémentaires pour inciter les gens à aller à l'opéra). Cela dit, certains danseurs étaient vraiment doués, je tire d’ailleurs mon chapeau à l’interprète du capitaine Crochet, qui s’est avéré être une femme (elle avait tellement bien interprété son rôle que nous n'avons pas compris tout de suite pourquoi il y avait soudainement 5 danseuses aux côtés de l'interprète de Peter Pan lors des saluts).

  • Pikovaïa dama (La Dame de Pique), opéra de Piotr Ilitch Tchaïkovski sur un livret de Modest Tchaïkovski avec une mise en scène de Marie Lambert-Le Bihan et une chorégraphie de Danilo Rubeca (ma note : 3/5)

Il s’agit d’un autre cadeau, de mon autre meilleure amie (j'ai des amies en or), cette fois-ci un opéra russe en 3 actes vu le 27 février à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège. J’avoue que je ne connaissais pas du tout l’œuvre, basée sur la nouvelle homonyme de Pouchkine. Elle raconte l’histoire d’Hermann, un officier sans le sou qui tombe amoureux de Lisa, la petite-fille de la Comtesse. Lisa est malheureusement promise à un homme plus aisé. Hermann apprend d’un camarade que la Comtesse détiendrait un secret permettant de toujours gagner aux cartes et de s’assurer la fortune. Désespéré de ne pas épouser sa bien-aimée faute d’argent, Hermann devient obsédé par le jeu, allant jusqu’à tuer la Comtesse pour découvrir le secret des 3 cartes gagnantes et à entraîner le suicide de Lisa, folle de chagrin. En somme, un drame bien russe 😅. La mise en scène nous a laissées un peu perplexes, notamment au 2e acte où l’on retrouve Lisa dans sa chambre, entourée par un chœur de femmes, toutes déguisées en poupées grandeur nature (c'était un peu glauque sur le coup, mais après lecture de l'intention de la metteuse en scène, j'ai compris qu'elle voulait représenter avec ces poupées le jeu de rôle de Lisa, enfermée dans le carcan de la femme-objet…). J’ai bien aimé le fait qu’il s’agisse d’un opéra russe (3h de pratique en musique, heureusement avec l'aide du surtitrage), j’ai apprécié les chœurs, mais je n’ai pas totalement accroché à la mise en scène, un peu trop contemporaine à mon goût… Petit aperçu ici des costumes et de la représentation.

  • Giselle, ballet de Marius Petipa sur une musique d’Adolphe Adam, éditée par Lars Payne (ma note : 4/5)

Ce dernier spectacle du trimestre m’a également été offert, cette fois-ci par l’une de mes belles-sœurs. Et elle a fait le bon choix car je n’ai jamais été vraiment attirée par Giselle et ne serait jamais allée le voir par moi-même. Il s’agit de l’un des plus vieux ballets romantiques. Giselle est une jeune paysanne amoureuse d’Albrecht, qui l’aime en retour mais lui cache sa réelle identité : il n’est autre que le duc de Silésie, qui est fiancé à la fille d’un autre duc. Quand Giselle apprend la vérité, elle meurt de folie. Elle se retrouve ainsi au royaume des Wilis, les esprits vengeurs des fiancées mortes de chagrin d’amour avant leur mariage. Pour l’avoir dansée dans ma première compagnie de danse, en particulier les parties avec les Willis, j’ai toujours trouvé la deuxième partie de ce ballet ennuyeuse… Néanmoins, voir le ballet en direct interprété par une compagnie aussi prestigieuse que le Royal Ballet de Londres, c’était au-delà de mes attentes. La première partie m’a enchantée par son ton plus joyeux et ses passages incontournables, dont la célèbre variation de Giselle à l’acte I, qui comporte une diagonale impressionnante de sautés sur pointes exigeant force et équilibre (que vous pouvez voir ici à partir de 1 minute). Le deuxième acte, plus sombre, lent et fantastique, m’a totalement ensorcelée. Voir sur scène cette armée fantomatique de Wilis qui semblent flotter dans les airs avec leurs longs tutus romantiques et leurs voiles vaporeux… c’était sublime ! Puis, j’ai trouvé un petit côté féministe à l’histoire, avec ces femmes trahies hantant Albrecht et les hommes qui leur ont brisé le cœur… Même si je préfère les ballets plus « modernes » de MacMillan (Roméo et Juliette étant mon ballet préféré de tous les temps), j’ai été envoûtée le temps d’une soirée et ça m’a réconciliée avec ce grand classique. J’ai en plus eu le plaisir d’assister à l’une des premières représentations de Mayara Magri dans le rôle de Giselle et de voir à l’œuvre le talentueux Matthew Ball, l’une des stars du Royal Ballet.

Pour conclure mon point culture de ce premier trimestre, je vous partage mon coup de foudre musical pour Anya Nami, une mystérieuse artiste pop d’Europe de l’Est. Je l’avais découverte avec Closer to the Moon, qui apparaissait de temps en temps dans ma radio Spotify dédiée à AURORA, Paris Paloma, Kiki Rockwell (mon coup de cœur du dernier point culture de 2025) et consœurs, et je m’y suis plus sérieusement intéressée après avoir été obsédée par son titre Wake Me Up (qui m'est resté des jours et des jours en tête). La chanteuse brouille les pistes quant à son origine avec son prénom russe et son style japonais, mais on détecte dans certains de ses morceaux des motifs slaves, comme dans Folk Rush ou Bread (oui, elle a écrit une chanson sur le pain 😆) ce qui ne fait qu’augmenter mon attrait pour son univers !

Et vous ? Quelles ont été vos belles découvertes culturelles ces derniers mois ?

La Chanson du Rayon de lune, de Tonie Behar

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Ce roman sorti en 2021 était sur ma liste d’envies de lecture depuis un certain temps. J’avais été attirée par sa couverture, son titre poétique et sa quatrième de couverture prometteuse. Quand ma belle-mère m’a demandé ce que je voulais pour Noël, je n’ai donc pas hésité à l’ajouter aux livres que j’aimerais voir sous le sapin. La Chanson du Rayon de Lune a accompagné mes soirées durant la dernière semaine de mars et m’a vraiment enchantée. En voici donc un petit billet Croque-Livre.

Le roman débute en novembre 2019 et nous plonge dans le travail minutieux de sa première protagoniste, Amanda, une créatrice de bijoux. Cette jeune femme ambitieuse décide de faire rouvrir la cheminée condamnée de son appartement parisien du boulevard Montmartre et a la surprise d’y découvrir un coffret contenant une bague (le fameux Rayon de lune) et des lettres datant du XIXe siècle. Lorsqu’elle tombe sur ce trésor, elle est en compagnie d’Alexandre, un avocat pour le moins arrogant qu’elle fréquente depuis plusieurs mois. Ce dernier lui dit qu’il peut faire expertiser la bague auprès d’un spécialiste et part avec le précieux écrin. Amanda garde les lettres et fait ainsi la connaissance de Joséphine, une grisette (nom donné aux ouvrières parisiennes aux faibles revenus, en particulier aux couturières), qui vivait autrefois sous les combles de son immeuble, et de son amour naissant avec Antoine, un avocat dont le cabinet était installé dans son appartement. L’histoire se poursuit quelques mois plus tard, après la rupture entre Amanda et son avocat (qui ne lui a jamais rendu la bague), lorsque les habitants de l’immeuble se réveillent le 14 février 2020 face à une scène d’horreur dans la cour : le corps sans vie d’Alexandre, écrasé au sol. S’ensuit une enquête policière rocambolesque entrecoupée par le récit de l’histoire de Joséphine, racontée à travers sa correspondance avec Antoine.

J’ai vraiment beaucoup aimé le parallèle entre Amanda et Joséphine, toutes deux créatrices de bijoux (c'est le rêve de Joséphine) dont la vie est mise à mal par les actes de leurs amants (Alexandre et Antoine étant avocats). À travers la correspondance de Joséphine, on découvre les conditions de vie des femmes au XIXe siècle et les difficultés pour devenir indépendante à cette époque, ainsi que les réactions masculines face à l’envie d’épanouissement personnel des femmes. On remarque ainsi le changement de comportement d’Antoine, qui devient tour à tour allié ou opposé aux choix de Joséphine. Réalisant ce à quoi sa grisette fait face, il s’intéresse au statut juridique des femmes et va chercher à améliorer sa situation. Je reprends ici un passage d’une de ses lettres :

« Juridiquement, vous n’avez pas plus d’autonomie qu’un nouveau-né. De la tutelle du père qui a sur vous tous les droits, vous êtes censées passer à celle du mari qui en aura encore plus et surtout celui de s’approprier votre fortune, si par hasard vous en avez une. […] Quand vous n’avez point de mari, la société se charge d’y suppléer : patron, amant protecteur, asile, hôpital ou couvent. On s’accorde communément à dire que vous êtes vénales ? C’est parce que l’argent est aux mains des hommes et que vous devez passer par nous pour y avoir accès. Manipulatrices ? N’étant pas libre d’agir par vous-même, vous vivez votre destin par procuration. Fragiles ? Parce que vous n’avez aucun autre droit que celui de nous obéir. De haut en bas, la société est construite sur le pouvoir des hommes. »

Si j’ai tant aimé ce roman, c’est parce que son autrice a fait toutes les recherches nécessaires pour rendre son histoire la plus plausible possible. Autrice d’origine turque et vivant à Paris depuis ses 5 ans, Tonie Behar a été journaliste avant de commencer à écrire des histoires. Elle a ainsi mené un travail de fond auprès de spécialistes, notamment pour que toutes les scènes se déroulant au commissariat soient réalistes. D’ailleurs, la partie policière du roman est bien ficelée, je ne m’attendais pas à son dénouement. J’ai adoré passer du style d’écriture plus dynamique de l’enquête et des interactions d’Amanda aux jolies tournures de phrases d’antan dans la correspondance entre Joséphine et Antoine. Les personnages sont attachants (hormis Alexandre qui m'a agacée dès le début 😅) et révèlent une certaine sororité, les femmes jouant un grand rôle dans l’histoire.

J’ai appris que ce roman fait partie d’une saga autour des habitants de l’immeuble d’Amanda. Peut-être me laisserai-je donc tenter par une autre des histoires de Tonie Behar… Et vous ?

Le coût de la virilité, de Lucile Peytavin

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Samedi dernier, le 8 mars, des manifestations ont eu lieu dans le monde entier à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (et non la Journée de la femme). Aux alentours de cette date, j’aime vous partager un ouvrage féministe qui m’a plu. À Noël, l’une de mes belles-sœurs m’a offert un essai dont j’avais déjà beaucoup entendu parler : Le coût de la virilité: ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes, de Lucile Peytavin. Je l’ai dévoré cette semaine pour vous en faire un billet Croque-Livre.

Avant tout, un petit mot sur l’autrice. En plus d’être une essayiste et docteure en histoire économique et sociale, Lucile Peytavin est membre de L’Observatoire sur l’émancipation économique des femmes de la Fondation des femmes et une spécialiste de la prévention des violences. Inutile de dire qu’elle maîtrise son sujet. Le Coût de la virilité est son premier essai. Si elle ne l’a publiée qu’en 2021, elle avait déjà eu envie de creuser le sujet 3 ans plus tôt, alors qu’elle était en pleine rédaction de sa thèse de doctorat en histoire, consacrée à l’Histoire relationnelle du genre chez les artisan.e.s-commerçant.e.s de proximité au village (XIXe – XXe siècle). Au cours de ses recherches, elle avait été frappée par une statistique méconnue du public et pourtant révélatrice d’un problème de fond : la population carcérale en France est constituée à 96,3% d’hommes (à comprendre comme « individus de sexe masculin » et non comme « êtres humains »). Choquée de constater que la quasi-totalité des prisonniers français étaient des hommes, elle s’est mise à relever des statistiques sur les différentes catégories d’infractions. Sa thèse terminée, elle s’est penchée plus sérieusement sur le sujet en se demandant combien toute cette criminalité et violence presque exclusivement masculine coûtait à l’État français. Elle a alors élaboré une méthode de calcul et a entamé l’écriture de cet essai que j’estime d’utilité publique.

Le Coût de la virilité est un essai très bien structuré et extrêmement clair. Il est divisé en 3 parties principales, auxquelles s’ajoutent un prologue, une introduction et une conclusion. Dans la première partie, intitulée « La Fin des mythes », l’autrice cherche à savoir s’il existe réellement des différences scientifiquement prouvées entre les cerveaux masculins et féminins, qui pourraient expliquer la violence des hommes. Elle termine cette partie sur la conclusion que cette violence n’est pas naturelle mais culturelle, et enchaîne sur la deuxième partie, intitulée « Les Racines éducatives de la violence ». Enfin, dans la dernière partie, qui reprend le titre de l’essai, elle explique sa méthode de calcul et établit le coût de la virilité pour chaque catégorie d’infractions, allant des homicides et du viol aux injures ou aux cambriolages. Elle termine par ce constat : le coût total de la virilité en France est de 95,2 milliards d’euros par an. Une somme faramineuse… Je vous partage un petit résumé de son explication pourque vous compreniez mieux.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans cet essai est la précision de l’autrice. Elle étaye chacune de ses affirmations par des statistiques et des sources concrètes (il y a au moins 30 pages de notes à la fin du livre, de quoi faire taire les rageux qui prétendraient qu'elle inventerait certaines données). J’ai trouvé les 2 premières parties passionnantes, tant elles sont riches en informations. La deuxième partie sur l’éducation m’a particulièrement ouvert les yeux sur certaines choses insensées, mais qui nous semblent totalement normales. Par exemple, le fait d’offrir aux petits garçons de fausses armes pour jouer. Donne-t-on inconsciemment aux enfants l’idée que faire la guerre, blesser ou tuer quelqu’un est quelque chose d’amusant ? C’est fou quand on y pense… J’avoue avoir juste eu un peu plus de difficulté à rester concentrée sur la dernière partie car elle est remplie de formules de calcul (et que j'ai une légère allergie aux mathématiques 😅), mais elle est parfaite pour tous ceux (oui, le masculin est voulu) qui veulent une démonstration par A + B des arguments féministes. Bref, cet essai est à la fois bien écrit et très convaincant.

Lucile Peytavin termine son ouvrage par des pistes pour résoudre ce problème, qui nuit non seulement aux femmes (les premières victimes des actes de violence masculine), mais aussi aux hommes. D’ailleurs, elle explique dans son prologue qu’il ne s’agit pas d’un livre « contre les hommes », qu’elle ne les prend pas pour cible, mais qu’elle cherche à déconstruire les mécanismes qui les rendent responsables de la quasi-totalité de cette violence. Elle termine ainsi par nous inviter toutes et tous à mettre fin, je cite, « à la virilité qui pervertit, qui viole, qui bat, qui tue, qui écrase, la virilité qui ruine » en expliquant que ce n’est pas une fatalité et qu’il faut changer nos mentalités. Un sujet d’autant plus brûlant d’actualité dans ce monde dirigé par des fous furieux qui s’amusent à jouer au Monopoly à coup de bombardements en prenant les civils pour de simples pions…

Je vous recommande donc chaudement cet essai si vous avez envie de comprendre comment changer les choses !

Bel Canto, d’Ann Patchett

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Je ne pensais pas publier 2 billets Croque-livre à la suite, mais j’ai terminé hier le livre choisi ce mois-ci pour le club de lecture et ne pouvais pas faire sans écrire à son sujet. Le roman parlait en effet beaucoup de musique, de « traduction » et de langues et cultures variées. Voici donc mon avis sur Bel Canto, roman de l’autrice américaine Ann Patchett publié en 2001.

Pour info, le roman a été adapté au cinéma dans un film homonyme de Paul Weitz sorti en 2018, avec Julianne Moore et Ken Watanabe. D’après l’une des membres du club de lecture, il ne vaut toutefois pas le détour et n’arrive clairement pas à la cheville du livre. Je vous traduis ci-dessous la quatrième de couverture pour vous donner le contexte de l’histoire :

Quelque part en Amérique du Sud, dans la résidence du vice-président, une fête d’anniversaire somptueuse est organisée en l’honneur de M. Hosokawa, un homme d’affaires puissant. Roxane Coss, soprano la plus vénérée du monde de l’opéra, envoûte les invités par son chant.
C’est une soirée parfaite, jusqu’à ce que des terroristes fassent irruption dans le bâtiment et prennent l’ensemble des participants à la fête en otage, sous la menace de leurs armes. Ce qui démarre comme une panique de perdre la vie évolue lentement en quelque chose de très différent, un moment de grande beauté, alors que les terroristes et les otages tissent des liens inattendus et que des personnes de différents continents deviennent compatriotes, amis intimes et amants.

Le roman se déroule ainsi à huis clos, dans une riche demeure où terroristes issus des zones les plus pauvres du pays et personnes de la haute société provenant des quatre coins du monde se retrouvent enfermés. Deux personnages permettent de relier ces individus qui ne parlent pas tous la même langue : Gen, le « traducteur » de M. Hosokawa, et Roxane Coss, la soprano qui utilise le langage universel de la musique. Pourquoi traducteur entre guillemets (ceux qui ont déjà lu mes autres billets à ce sujet devraient avoir compris) ? Parce que Gen n’est pas « traducteur » mais « interprète » ! Durant tout le roman, il ne fait qu’interpréter les messages entre les uns et les autres, tout en se faisant appeler à gauche à droite « traducteur ». J’ai même noté un passage qui m’a agacée :

« He could write a letter instead, wouldn’t that be proper? The translator could translate. A word was a word if you spoke it or wrote it down. »

« Il pouvait écrire une lettre plutôt, ne serait-ce pas plus convenable ? Le traducteur pouvait traduire. Un mot était un mot qu’il fût parlé ou écrit. »

Alors, non. Interpréter un discours amoureux (c'est cela dont il s'agit dans le passage) et traduire une lettre d’amour, ce n’est pas la même chose. Les 2 exercices sont différents, le rendu ne sera pas pareil. Bref, je ne vais pas vous refaire tout le topo (à retrouver ici). L’autre chose qui m’empêchait de réellement croire au personnage de Gen est le nombre impressionnant de langues qu’il maîtrise et sa capacité surhumaine à interpréter toute la journée, sans véritable pause et avec des nuits extrêmement courtes, depuis et vers le japonais (sa langue maternelle), l’espagnol, l’anglais, le français, le danois, l’allemand et le russe (langue plus faible qu'il n'utilise soi-disant que pour lire Tolstoï ou Dostoïevski, ce qui n'est pas rien...). Il existe des polyglotes sur terre, mais cela reste rare, et que Gen soit capable d’interpréter sans s’arrêter en passant d’une langue à l’autre en ne montrant aucune faiblesse me paraît totalement improbable. Les 2 interprètes qui participaient avec moi au club de lecture étaient du même avis. L’exercice est déjà intense entre 2 langues, alors avec plus de 5, c’est un défi titanesque… Vers la fin du roman, on apprend que Gen est né de parents d’origines différentes, qui parlaient chacun 2 langues. Quand bien même, un tel personnage n’est pas vraiment plausible.

Hormis ce « petit » détail, j’ai beaucoup apprécié l’un des messages du roman : nous sommes tous et toutes des êtres humains et il y a toujours en nous quelque chose qui nous relie. Dans Bel Canto, la musique, et l’opéra en particulier, est l’élément fédérateur. L’une des membres du club de lecture trouvait que ce n’était pas crédible que toutes les personnes prises en otage et que l’ensemble des terroristes soient émerveillés par le chant de la soprano. J’ai toutefois fait un parallèle avec une autre situation que nous avons connue il y a déjà 5 ans : les confinements durant la pandémie du virus-dont-on-ne-veut-plus-entendre-parler. En lisant ces passages de temps suspendu, lorsque tous les personnages se retrouvent autour du piano pour écouter Roxane chanter, je me suis souvenue de ces musicien.ne.s, chanteur.se.s ou DJ qui avaient fini par jouer, chanter ou se produire sur leur balcon ou avec leurs fenêtres ouvertes pour apporter un peu de joie à leurs voisins durant ces périodes de solitude extrême. La musique a ce pouvoir d’apaiser, de se reconnecter à soi, d’oublier les temps sombres ou de se laisser transporter par les émotions.

Dans le roman, les hommes d’affaires ou politiques pris en otage durant des mois dans cette demeure finissent par apprécier cette période hors du temps, loin de leurs obligations ou vie bien remplie. Certains se mettent à apprendre une nouvelle langue, d’autres à cuisiner, à faire le ménage, ou à simplement se reposer et apprécier les choses simples comme l’envol d’un oiseau ou un rayon de soleil. Lire ce roman en ce premier trimestre de 2025 m’a rappelé cette sensation ressentie durant les confinements. Certes, cette période était horrible, être loin de mes proches était très dur à vivre, sans oublier toutes ces personnes qui ont perdu la vie ou qui souffrent encore du Covid long. Ici, je repense plutôt à cet arrêt soudain de l’activité frénétique du monde. Avoir du temps pour soi, être dans une sorte de bulle où les heures ne comptent plus, puis redécouvrir la préciosité des petits bonheurs de la vie, tout cela avait été bénéfique pour pas mal de personnes.

Je pense que face à l’actualité effrayante de ces derniers temps, cette bulle me manque un peu… C’est probablement pourquoi j’ai vraiment plongé dans l’histoire du roman et vécu avec ses personnages durant toute ma lecture. Peut-être que cela vous ferait du bien de le lire si vous ressentez la même chose en ce moment. La fin est toutefois brutale, comme un opéra qui se termine dans un terrible drame. Je ne vous en dis pas plus, à vous de la découvrir !

Toutes des filles en jaune, de Florence Hinckel

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Demain, samedi 8 mars, des manifestations et marches féministes auront lieu dans le monde entier à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (et non la Journée de la femme). L’an dernier, j’avais tenu à vous partager un essai qui m’avait bouleversée et qui a renforcé mes convictions féministes : Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet. Cette année, je voulais vous parler d’un roman féministe bien ficelé, qui parle plus particulièrement de la place des femmes dans l’espace public : Toutes des filles en jaune de Florence Hinckel.

Le roman part d’un « fait divers » bien trop courant : sur une place fréquentée de Paris lors d’une fin de journée ensoleillée, une jeune femme vêtue d’une robe jaune se fait siffler par un homme. Adèle, la « fille en jaune », tente de passer outre, jusqu’à ce que l’insistance de l’homme et ses appels de plus en plus insultants la mettent à bout et qu’elle lui réponde : « Lâche-moi, connard ! » Pour garder la face et reprendre sa place de mâle dominant, le harceleur assène alors Adèle d’un coup violent, qui la fait tomber par terre et la blesse au visage. La vie reprend son cours pour la plupart des personnes présentes sur la place, mais elle changera définitivement pour Adèle et pour 3 autres témoins de la scène.

Dans son roman, Florence Hinckel analyse cette scène d’agression de rue à travers le point de vue de 4 personnages : Adèle, la victime, Myriam, une adolescente de 12 ans, Joaquim, un étudiant d’une vingtaine d’années, et Virginie, une enseignante de 55 ans qui a eu le réflexe de filmer la scène du haut de son balcon. Chaque chapitre est consacré à l’un des personnages, nous plongeant dans ses réflexions changeantes :

  • Adèle passe par toutes les étapes que peuvent connaître les victimes d’agression : le déni, la honte, la culpabilité, la perte de confiance en soi…
  • Myriam s’interroge sur son avenir en tant que femme, sa manière de se comporter avec les hommes.
  • Joaquim remet en question ses propres comportements de drague, les réflexions sexistes de ses proches, sa conception des relations avec les filles.
  • Virginie se demande quoi faire de la vidéo de l’agression, doutant de ses conséquences sur la victime, cherchant définitivement à l’aider sans la heurter davantage.

Le roman nous permet ainsi de suivre la prise de conscience féministe des personnages, tous d’âges et d’horizons différents, rappelant que la défense des droits des femmes et la question de la place des femmes dans l’espace public sont des problèmes qui nous concernent toutes et tous.

Autrice d’une cinquantaine d’ouvrages, la plupart destinés aux enfants, adolescents et jeunes adultes, Florence Hinckel tient toujours à dénoncer de manière pédagogique les inégalités sociales. Avec ce roman, elle espère faire prendre conscience aux lecteurs du problème des agressions sexistes. Comme elle le dit dans cet entretien, rien ne peut mieux aider à comprendre les questions d’inégalité de genres et à trouver des solutions que de lire des écrits féministes. Toutes des filles en jaune en fait définitivement partie. Je vous le recommande chaudement !