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Point culture trimestriel 2026 1/4

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Nous approchons déjà de la fin du mois d’avril, il était temps de vous publier mon premier point culture trimestriel de 2026. Voici un récapitulatif de mes lectures, séries, films, spectacles et autres coups de cœur culturels de janvier, février et mars.

LECTURE

Le premier trimestre de 2026 aura été riche en lectures puisque j’ai achevé 10 livres ces 3 derniers mois. N’ayant retrouvé mon club de lecture anglais qu’en février, j’ai pu bien avancer dans ma pile à livres. Outre Bien sûr que les poissons ont froid de Fanny Ruwet, Le coût de la virilité de Lucile Peytavin et La Chanson du Rayon de lune de Tonie Behar auxquels j’ai consacré des billets Croque-Livre, voici les ouvrages qui m’ont accompagnée en cette fin d’hiver.

  • Un Avenir radieux, de Pierre Lemaitre (ma note : 4,5/5)

Entamé fin 2025, le troisième volume de la saga romanesque des Années glorieuses de Pierre Lemaitre a de nouveau été un ravissement. Bien qu’il soit un peu plus dur que les autres, avec une scène de viol et de tortures en prison, j’ai encore été captivée par le talent de l’écrivain à rendre ses personnages aussi crédibles et vivants. C’est un vrai film qui se déroule au fil des mots. On suit toujours les membres de la famille Pelletier, que l’on retrouve en 1959. L’histoire se passe principalement en France, avec un crochet à Prague en deuxième partie de roman, François, le journaliste de la famille, partant en mission en Tchécoslovaquie, de l’autre côté du rideau de fer. J’ai ainsi de nouveau vécu un voyage dans le temps, le plus réaliste possible grâce aux recherches approfondies de l’auteur.

  • Giulietta Shakespeare, de Patricia Reznikov (ma note : 4/5)

Ce roman prêté par l’une de mes meilleures amies est tombé à pic. Je venais d’apprendre que le livre choisi pour le club de lecture de février était une fiction autour de la vie de Shakespeare et Giuletta Shakespeare poursuivrait ma plongée dans le mystère du plus grand dramaturge anglais. Outre la jolie plume de l’autrice, j’ai aimé la structure du roman. On passe ainsi tour à tour d’une enquête sur la véritable identité du Barde, que mènent Benjamin et son ami Andrea, à des extraits du journal d’un certain Scopritori, un spécialiste de Shakespeare qui prétend que le dramaturge serait en réalité un Italien du nom de Florio, et aux rêveries de Benjamin, qui imagine que le Barde avait une sœur qui l’aidait à écrire, une certaine Giulietta, version fantasmée de Juliet, son ex petite amie danoise qui l’a quitté sans crier gare. Étant loin de mon pays d’adoption lors de sa lecture, j’ai particulièrement aimé les descriptions de Londres à l’époque élisabéthaine. Puis ce petit côté féministe avec cette idée que derrière chaque homme, y compris un grand dramaturge comme Shakespeare, se cache probablement une femme… Bref, une fiction très agréable si vous êtes fasciné.e par le Barde !

  • Hamnet, de Maggie O’Farrell (ma note : 4,5/5)

Premier livre de l’année pour le club de lecture anglais, Hamnet m’a bouleversée. Se basant sur des documents historiques, l’autrice a imaginé que l’histoire d’Hamlet, la célèbre tragédie de Shakespeare, avait été inspirée au dramaturge par la mort tragique de son fils Hamnet. Plutôt que de suivre l’histoire selon le point de vue du Barde, le récit est axé sur Agnès (autre nom de la fameuse Anne Hathaway), un personnage féminin libre, puissant et indépendant, qui vit intensément ses émotions. À l’instar d’Un Avenir radieux, Hamnet est écrit comme un film, avec des scènes vraiment bien décrites et que l’on ressent au plus profond de soi. J’ai d’ailleurs terminé le livre les larmes aux yeux tant l’histoire est émouvante. Preuve de sa force, cet ouvrage a remporté plusieurs prix, dont ceux du meilleur livre 2020 par le New York Times et le Guardian. Vous pouvez le lire en français sous le même titre grâce à la traduction de Sarah Tardy. Et si vous préférez le cinéma, sachez que le roman a été adapté par Chloé Zhao et est sorti dans les salles obscures début 2026 (j'en parle plus bas).

  • All About Love: New Visions, de bell hooks (ma note : 3/5)

Cela faisait longtemps que je voulais lire du bell hooks (l'absence de majuscules est voulue par l'autrice, explication dans ce podcast), à force de voir ou d’entendre son nom de plume dans tous les essais ou podcasts féministes que je consomme. J’étais en Allemagne lorsque j’ai acheté All About Love (traduit en français par Alex Taillard et Florence Zheng sous le titre À propos d'amour), son best-seller et l’un des seuls ouvrages anglophones de la librairie de Ratingen. Dans cet essai, elle démystifie l’amour (au sens large, pas uniquement romantique), le qualifie d’acte plutôt que de sentiment, tout cela sous un angle résolument féministe. J’ai été moins intéressée par les derniers chapitres, traitant beaucoup de foi religieuse, concept un peu trop américain vu l’origine de l’autrice. J’ai toutefois dévoré les premiers chapitres, où elle aborde les méfaits du patriarcat sur les relations amoureuses hétérosexuelles, l’amour familial ou encore l’amour de soi, dans lesquels j’ai repris pas mal de réflexions dans mon carnet de notes. Je vous en partage quelques-unes, traduites par mes soins à défaut d’avoir sous les yeux la version française officielle :

- "Most men feel that they receive love and therefore know what it feels like to be loved; women often feel we are in a constant state of yearning, wanting love but not receiving it."
« La plupart des hommes sentent qu'ils reçoivent de l'amour et savent donc ce que cela fait d'être aimé ; nous, les femmes, nous avons souvent l'impression d'être dans un état constant de désir, d'envie d'amour mais de ne pas en recevoir. »

- "All visionary male thinkers challenging male domination insist that men can return to love only by repudiating the will to dominate."
« Tous les penseurs masculins visionnaires remettant en question la domination masculine insistent sur le fait que les hommes ne peuvent revenir à l'amour qu'en reniant leur volonté de dominer. »

- "One of the best guides to how to be self-loving is to give ourselves the love we are often dreaming about receiving from others."
« L'un des meilleurs conseils pour savoir comment s'aimer soi-même est de se donner à soi-même l'amour que nous rêvons souvent de recevoir des autres. »

- "Although we live in close contact with neighbors, masses of people in our society feel alienated, cut off, alone. Isolation and loneliness are central causes of depression and despair. Yet they are the outcomes of life in a culture where thinghs matter more than people. Materialism creates a world of narcissism in which the focus of life is solely on acquisition and consumption. A culture of narcissism is not a place where love can flourish."
« Bien que nous vivions en contact étroit avec nos voisins, des tas de gens dans notre société se sentent rejetés, exclus, seuls. L'isolement et la solitude sont les causes principales de la dépression et du désespoir. Pourtant, ils sont la conséquence de vivre dans une culture où les choses ont plus d'importance que les personnes. Le matérialisme crée un monde de narcissisme où la vie est uniquement axée sur l'acquisition et la consommation. Une culture du narcissisme n'est pas un espace dans lequel l'amour peut prospérer. »
  • Où vont les larmes quand elles sèchent, de Baptiste Beaulieu (ma note : 3/5)

Autre auteur qu’il me tardait de lire, Baptiste Beaulieu m’a toujours beaucoup touchée lors de ses interventions sur des podcasts. Si vous ne le connaissez pas, il est avant tout médecin et est souvent invité pour son point de vue beaucoup plus humaniste sur les soins des patient.e.s, et sur les femmes en particulier. Peut-être n’étais-je pas au bon endroit moralement quand je l’ai lu, mais j’ai trouvé que l’on ressentait très fort la colère de l’auteur, ce qui me dérangeait parfois. J’avais aussi un goût de trop peu à certains moments, car il ne va pas toujours au bout de ses nombreux questionnements à propos de la vie et de la mort. Cela dit, j’ai aimé les histoires émouvantes de quelques-un.e.s de ses patient.e.s et ses passages où la poésie fait parfois surface. Je me permets également de partager quelques extraits pour indiquer le ton. Pour le contexte, il parle ci-dessous de 2 patients différents : M. Nord et Mme Sud :

Les souffrances ? Elles ne se comparent pas. Elles sont là l’une et l’autre, ces fichues douleurs. Tout le monde a mal. Et tout le monde souffre. Du Nord au Sud.

Edith a des allures de petite poupée en paille, elle appartient à cette grande famille des vieilles dames coquettes : celles qui passent une heure tous les matins à se maquiller, ce qui a pour résultat incroyable de rajeunir leur physique de femme de 88 ans en femme de 83 ans.

(Je trouvais la description ci-dessus mignonne jusqu'à sa conclusion, qui frôle un peu trop l'âgisme à mon goût…)

À la fac, un professeur nous avait dit, l’index levé et l’air docte : « N’oubliez jamais, derrière tout grand médecin se cache un grand cimetière. »

  • The Rubáiyát of Omar Khayyám, dans la traduction anglaise de Peter Avery et John Heath-Stubbs (ma note : 2/5)

Ce recueil de quatrains datant du XIIe siècle et écrit par l’écrivain et savant perse Omar Khayyam était un choix du club de lecture, à l’occasion de notre réunion spéciale autour du Nouvel An persan. Ma déception fut grande lorsque je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une traduction littérale des poèmes, ce qui n’avait donc aucun réel intérêt (hormis pour la recherche), le texte ayant perdu toute la force et la poésie d’origine (même si les traductions diverses n'atteindront jamais la hauteur du texte d'origine, la poésie étant le genre dont l'interprétation peut être multiple). J’ai relu par la suite les quatrains dans leur version anglaise la plus connue, celle d’Edward Fitzgerald publiée au XIXe siècle. Ils ont fait l’objet de plusieurs traductions françaises, la première réalisée par Jean-Baptiste Nicolas en 1867 (mais de piètre qualité apparemment). Vous pouvez écouter l’un des Rubâ’iyât de Khayyam en français ici.

  • Walk the Blue Fields, de Claire Keegan (ma note : 3/5)

Autre ouvrage choisi pour le club de lecture, ce recueil de nouvelles, dont la plupart sont basées dans les paysages d’Irlande, était plutôt agréable. Certaines nouvelles m’ont paru un peu trop longues, d’autres semblaient manquer de conclusion, mais j’ai aimé la présence de personnages féminins indépendants et libres (ou en quête de l'être). Les membres du club trouvaient que les histoires étaient un peu trop sombres, ou du moins qu’elles ne prêtaient pas vraiment à sourire. On est plus dans le drame que dans la joie. Néanmoins, j’ai apprécié les descriptions de paysages qui me donnaient l’impression d’être en Irlande et j’ai adoré la dernière histoire, Night of the Quicken Trees, inspirée des contes et du folklore irlandais. Vous pouvez lire ces nouvelles en français grâce à la traduction de Jacqueline Odin dans le recueil intitulé À travers les champs bleus. Notez aussi que la nouvelle Walk the Blue Fields (qui a donné son titre au recueil et qui compte parmi les histoires que j'ai appréciées) est en cours d’adaptation cinématographique et sera disponible sur Netflix dans le courant de l’année.

FILMS / SÉRIES

J’ai regardé plusieurs films avec mon cher et tendre, mais aucun ne m’a vraiment marquée… J’ai néanmoins été seule au cinéma pour voir un film qui m’a chamboulée et j’ai eu plusieurs séries coup de cœur.

  • Hamnet, film réalisé par Chloé Zhao (ma note : 5/5)

Si vous avez lu mes avis lecture plus haut, vous savez que j’ai dû lire Hamnet pour mon club de lecture. Le film adapté du roman (et dont le scénario est co-écrit par l'autrice) venait de sortir en salle au Royaume-Uni et je me suis empressée d’aller le voir après avoir achevé ma lecture. D’autres membres qui étaient allées le voir avaient conseillé de prendre des mouchoirs. Effectivement, j’ai pleuré comme une madeleine (à la limite du sanglot…) ! Il était intéressant de comparer le roman et le film. Alors que le premier est axé sur le personnage d’Agnès, le deuxième met un peu plus en lumière le personnage de Shakespeare et sa relation avec son fils. Le film n’en a été que plus poignant… On ressent pleinement toutes les émotions à travers le jeu des acteurs. J’ai aussi beaucoup aimé la lumière naturelle et la présence palpable de la forêt, si chère au personnage d’Agnès. La protagoniste du roman est d’ailleurs interprétée avec brio par Jessie Buckley, qui déploie toute la puissance des femmes et leurs émotions à vif dans des scènes crues, qui prennent vraiment aux tripes… Ce n’est pas un film de dialogues, c’est un film qui se vit par les sourires, les larmes, les cris de douleur, les rayons de lumière et le vent dans les arbres… un petit bijou cinématographique à mon sens (si vous parvenez à le voir à travers des yeux embués, car c'est impossible de ne pas pleurer…) !

  • Tehran, série créée par Moshe Zonder, Dana Eden et Maor Kohn (ma note : 4/5)

Mon cher et tendre a voulu regarder cette série israélienne disponible sur Apple TV après avoir vu que Hugh Laurie (alias Dr. House) y jouait (spoiler : il n'apparaît que dans la dernière saison…). On y suit Tamar Rabinyan, une Juive née à Téhéran devenue espionne pour le Mossad. Bien évidemment, il faut la regarder avec du recul, la propagande israélienne sous-tendant le scénario (les gros méchants qui veulent sortir l'arme nucléaire dans la série et qui tyrannisent leur peuple, c'est l'Iran). Cela dit, j’ai eu plus de sympathie pour les personnages iraniens, les responsables israéliens du Mossad apparaissant comme totalement insensibles au sort de leurs agents et des êtres humains en général. J’ai trouvé les acteurs vraiment excellents, l’histoire pleine de rebondissements (on est tenu en haleine tout du long) et surtout, j’ai adoré le fait que la série est en 3 langues (farsi, hébreu, anglais). J’ai d’ailleurs été bluffée par l’actrice Glenn Close, qui a appris le farsi pour jouer son rôle dans la 2e saison. J’aimais également beaucoup la musique du générique, composée par Mark Eliyahu (qui me reste en tête à l'heure où j'écris ces lignes). Pour le contexte, on a regardé la série bien avant l’actuelle guerre en Iran… Je ne pense pas que je l’aurais autant appréciée si je la regardais maintenant. J’en parle quand même dans ce point culture car elle m’a marquée ce dernier trimestre.

  • Stranger Things, série créée par Matt et Ross Duffer (ma note : 5/5)

Série phare de Netflix, Stranger Things a enfin sorti sa saison finale sur la plateforme de streaming. Et quelle saison ! J’ai vécu une montagne russe d’émotions. Depuis le début, j’aime le style années 80, l’histoire bien ficelée et ses personnages attachants. Je sais que certains s’attendaient à mieux, beaucoup ont préféré la saison 4 et sont un peu déçus. Mais la dernière saison m’a vraiment beaucoup émue. L’amitié est au cœur de l’histoire et c’est ressorti d’autant plus dans la finale. J’ai pleuré à plusieurs occasions… C’était si beau de voir à l’écran de jeunes garçons déclarant leurs amitiés si sincèrement (le passage entre Dustin et Steve 😭), la force de lionne d’une mère pour sauver ses enfants, les questionnements, les doutes et le courage que demande un coming-out… Puis cette nostalgie au dernier épisode, quand ils jouent une dernière fois à Donjons et Dragons et que les plus vieux de la bande refont le monde autour d’une bière sur un toit en évoquant le passé… Outre l’aspect fantastique de l’histoire et ce dénouement tant attendu, c’était beau, touchant, vraiment une belle façon de dire adieu à ces personnages qui nous ont accompagnés depuis 10 ans (déjà…).

  • Dark, série créée par Baranbo Odar et Jantje Friese (ma note : 4/5)

Sortie en 2017, cette série allemande m’a plu dès que j’ai entendu les premières notes de son générique (la bande-son de la série est totalement le genre de chansons mélancoliques qui se retrouvent dans ma playlist 😅). J’ai été passionnée par l’histoire, certes un peu tirée par les cheveux et pas toujours évidente à comprendre (ce qui alimente le mystère jusqu'au bout). Ça parle de disparitions inquiétantes, d’apocalypse nucléaire, de mécanique quantique et de voyage dans le temps. Mon cher et tendre a moins accroché car il y a beaucoup de personnages, présentés à différentes étapes de leur vie et dans différentes époques (1920, 1953, 1986, 2019 et 2053). Quand on n’est pas physionomiste, ça peut être difficile à suivre, déjà que l’intrigue est complexe. Comme mon cher et tendre a fini par décrocher, j’ai terminé la série seule et, pour lier l’utile à l’agréable, je l’ai regardée en allemand. La fin m’a cependant laissée sur ma faim, plusieurs questions restant en suspens, à moins de ne pas avoir tout compris… ce qui me donne envie de regarder une nouvelle fois la série dans son entièreté pour mieux comprendre. En résumé, Dark n’est pas une série qu’on peut visionner pour se détendre, elle pousse à la réflexion, et ça, j’aime beaucoup !

SPECTACLES / EXPOS

J’ai eu le plaisir de voir un spectacle chaque mois durant le premier trimestre de 2026. Voici mes impressions.

  • Peter Pan, spectacle de Ballet of Lights (ma note 3,5/5)

Cadeau d’anniversaire de l’une de mes meilleures amies, ce ballet a été la première représentation « Ballet of Lights » à laquelle j’ai assisté. Comme j’adore Peter Pan, j’ai directement accepté quand elle me l’a proposé. Nous sommes allées le voir à l’Espace Lumen de Bruxelles le 9 janvier. La salle n’est pas très grande et se remplit assez vite (bon à savoir car les places ne sont pas numérotées et si vous réservez une place au balcon, il vaut mieux arriver tôt pour bien voir la scène). La chorégraphie était assez chouette, la musique était constituée de morceaux d’autres grands ballets classiques et les danseurs étaient doués (je n'ai malheureusement pas d'information sur le ou la chorégraphe, ni le nom du danseur et des danseuses). Les représentations de « Ballet of Lights » sont surtout connues pour leurs jeux de lumière. Ainsi, les danseurs principaux (Peter Pan, la fée Clochette, Wendy et le capitaine Crochet) portent des costumes ou accessoires qui s’illuminent à certains moments. J’ai toutefois trouvé que cela perturbait mon appréciation de la chorégraphie… Ce genre de représentation est probablement plus approprié pour les enfants, les personnes qui n’ont jamais vu de ballet (ou celles comme Timothée Chalamet qui trouvent que le ballet, c'est dépassé et qu'il faut donc des artifices supplémentaires pour inciter les gens à aller à l'opéra). Cela dit, certains danseurs étaient vraiment doués, je tire d’ailleurs mon chapeau à l’interprète du capitaine Crochet, qui s’est avéré être une femme (elle avait tellement bien interprété son rôle que nous n'avons pas compris tout de suite pourquoi il y avait soudainement 5 danseuses aux côtés de l'interprète de Peter Pan lors des saluts).

  • Pikovaïa dama (La Dame de Pique), opéra de Piotr Ilitch Tchaïkovski sur un livret de Modest Tchaïkovski avec une mise en scène de Marie Lambert-Le Bihan et une chorégraphie de Danilo Rubeca (ma note : 3/5)

Il s’agit d’un autre cadeau, de mon autre meilleure amie (j'ai des amies en or), cette fois-ci un opéra russe en 3 actes vu le 27 février à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège. J’avoue que je ne connaissais pas du tout l’œuvre, basée sur la nouvelle homonyme de Pouchkine. Elle raconte l’histoire d’Hermann, un officier sans le sou qui tombe amoureux de Lisa, la petite-fille de la Comtesse. Lisa est malheureusement promise à un homme plus aisé. Hermann apprend d’un camarade que la Comtesse détiendrait un secret permettant de toujours gagner aux cartes et de s’assurer la fortune. Désespéré de ne pas épouser sa bien-aimée faute d’argent, Hermann devient obsédé par le jeu, allant jusqu’à tuer la Comtesse pour découvrir le secret des 3 cartes gagnantes et à entraîner le suicide de Lisa, folle de chagrin. En somme, un drame bien russe 😅. La mise en scène nous a laissées un peu perplexes, notamment au 2e acte où l’on retrouve Lisa dans sa chambre, entourée par un chœur de femmes, toutes déguisées en poupées grandeur nature (c'était un peu glauque sur le coup, mais après lecture de l'intention de la metteuse en scène, j'ai compris qu'elle voulait représenter avec ces poupées le jeu de rôle de Lisa, enfermée dans le carcan de la femme-objet…). J’ai bien aimé le fait qu’il s’agisse d’un opéra russe (3h de pratique en musique, heureusement avec l'aide du surtitrage), j’ai apprécié les chœurs, mais je n’ai pas totalement accroché à la mise en scène, un peu trop contemporaine à mon goût… Petit aperçu ici des costumes et de la représentation.

  • Giselle, ballet de Marius Petipa sur une musique d’Adolphe Adam, éditée par Lars Payne (ma note : 4/5)

Ce dernier spectacle du trimestre m’a également été offert, cette fois-ci par l’une de mes belles-sœurs. Et elle a fait le bon choix car je n’ai jamais été vraiment attirée par Giselle et ne serait jamais allée le voir par moi-même. Il s’agit de l’un des plus vieux ballets romantiques. Giselle est une jeune paysanne amoureuse d’Albrecht, qui l’aime en retour mais lui cache sa réelle identité : il n’est autre que le duc de Silésie, qui est fiancé à la fille d’un autre duc. Quand Giselle apprend la vérité, elle meurt de folie. Elle se retrouve ainsi au royaume des Wilis, les esprits vengeurs des fiancées mortes de chagrin d’amour avant leur mariage. Pour l’avoir dansée dans ma première compagnie de danse, en particulier les parties avec les Willis, j’ai toujours trouvé la deuxième partie de ce ballet ennuyeuse… Néanmoins, voir le ballet en direct interprété par une compagnie aussi prestigieuse que le Royal Ballet de Londres, c’était au-delà de mes attentes. La première partie m’a enchantée par son ton plus joyeux et ses passages incontournables, dont la célèbre variation de Giselle à l’acte I, qui comporte une diagonale impressionnante de sautés sur pointes exigeant force et équilibre (que vous pouvez voir ici à partir de 1 minute). Le deuxième acte, plus sombre, lent et fantastique, m’a totalement ensorcelée. Voir sur scène cette armée fantomatique de Wilis qui semblent flotter dans les airs avec leurs longs tutus romantiques et leurs voiles vaporeux… c’était sublime ! Puis, j’ai trouvé un petit côté féministe à l’histoire, avec ces femmes trahies hantant Albrecht et les hommes qui leur ont brisé le cœur… Même si je préfère les ballets plus « modernes » de MacMillan (Roméo et Juliette étant mon ballet préféré de tous les temps), j’ai été envoûtée le temps d’une soirée et ça m’a réconciliée avec ce grand classique. J’ai en plus eu le plaisir d’assister à l’une des premières représentations de Mayara Magri dans le rôle de Giselle et de voir à l’œuvre le talentueux Matthew Ball, l’une des stars du Royal Ballet.

Pour conclure mon point culture de ce premier trimestre, je vous partage mon coup de foudre musical pour Anya Nami, une mystérieuse artiste pop d’Europe de l’Est. Je l’avais découverte avec Closer to the Moon, qui apparaissait de temps en temps dans ma radio Spotify dédiée à AURORA, Paris Paloma, Kiki Rockwell (mon coup de cœur du dernier point culture de 2025) et consœurs, et je m’y suis plus sérieusement intéressée après avoir été obsédée par son titre Wake Me Up (qui m'est resté des jours et des jours en tête). La chanteuse brouille les pistes quant à son origine avec son prénom russe et son style japonais, mais on détecte dans certains de ses morceaux des motifs slaves, comme dans Folk Rush ou Bread (oui, elle a écrit une chanson sur le pain 😆) ce qui ne fait qu’augmenter mon attrait pour son univers !

Et vous ? Quelles ont été vos belles découvertes culturelles ces derniers mois ?

Point culture trimestriel 2025 3/4

Le troisième trimestre de l’année 2025 s’est déjà écoulé, l’occasion de revenir sur mes coups de cœur culturels durant ces 3 mois d’été.

LECTURE

Les livres du club de lecture ont occupé la majorité de ma bibliothèque ces derniers mois. Ils sont 3 sur les 4 ouvrages lus dernièrement, même si j’ai aussi poursuivi entretemps la lecture des essais de Salman Rushdie dans son recueil Languages of Truth. J’ai par contre une pile à lire énorme donc j’ai hâte de profiter des mois plus cosy de l’automne pour me remettre plus assidûment à la lecture.

  • The Silence In Between, de Josie Ferguson (ma note : 4,5/5)

Moins de 10 heures de lecture m’ont été nécessaire pour terminer le premier roman de cette autrice suédoise qui a vécu une bonne partie de sa vie à Londres et habite désormais à Singapour. Son livre ne nous embarque pas dans cette destination exotique, mais dans le Berlin à l’époque de l’édification du mur. Je vous traduis la quatrième de couverture pour vous donner plus de contexte :

« Berlin 1961. Lisette est à l’hôpital avec son bébé. Les médecins lui disent de rentrer chez elle et de se reposer, mais quand elle se réveille, tout a changé. Pendant la nuit, la frontière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest s’est fermée, divisant la ville en deux. Lisette est emmurée dans l’Est, son bébé est dans l’Ouest. Ce n’est cependant pas la première fois qu’elle vit dans une ville divisée. Elly, la fille adolescente de Lisette, a toujours eu du mal à comprendre la distance entre elle et sa mère. Elles vivent toutes les deux pour la musique, mais si Elly entend des notes autour de chaque personne qu’elle rencontre, la musique a disparu pour sa mère. Elly peut-elle désormais trouver un moyen de combler ce silence ? Se déroulant sur deux époques, la Seconde Guerre mondiale et les événements tumultueux de 1961, The Silence in Between explore les liens indestructibles de la famille, la résilience des femmes, et jusqu’où elles iront pour protéger ceux qu’elles aiment. »

J’ai vraiment adoré l’histoire, même si certains éléments étaient un peu trop faciles à deviner. J’ai aime découvrir un pan de l’Histoire que je ne connaissais pas, à savoir comment les Allemands ont vécu la fin de la guerre. Le récit est passionnant et la lecture est agrémentée de jolis passages poétiques, dans lesquels l’autrice use de métaphores, comme « My slippers sink deep down into the snow, winter’s white hands grabbing at my ankles » (ma traduction : « Mes chaussons s'enfoncent dans la neige, les mains blanches de l'hiver saisissant mes chevilles ») ou « The afternoon stretches lazily like a cat, uninterested in the passing of time, ignorant of my need for it to speed up » (« L'après-midi s'étirait paresseusement comme un chat, indifférent au temps qui passe, ignorant mon besoin de le voir s'accélérer »). Bref, une belle découverte, malheureusement pas encore accessible en français, à ma connaissance.

  • The Ghost Ship, de Kate Mosse (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour le mois d’août dans mon club de lecture était une petite brique de 486 pages, dévorées en une douzaine d’heures. Je ne connaissais absolument pas cette romancière britannique, mais beaucoup des membres du club avaient lu plusieurs de ses ouvrages, qui sont principalement des sagas historiques, dont la majorité sont traduites en français par Caroline Nicolas. The Ghost Ship est le troisième tome de ses chroniques sur la famille Joubert, et est disponible en français sous le titre La Cité des mers. Le fait qu’il s’agisse d’une saga ne m’a pas particulièrement dérangée car le roman pouvait se lire indépendamment des autres. Il m’a juste laissée sur ma faim vu qu’on ne sait pas ce qui se passe pour 2 personnages importants à la fin du roman… J’étais un peu moins fan de l’écriture, l’autrice utilisant plusieurs fois les mêmes expressions, mais l’histoire était assez passionnante pour me donner envie de tourner les pages. Cela m’a un peu rappelé les sagas historiques de Pierre Lemaitre, bien que je préfère largement ces dernières, beaucoup mieux écrites à mon goût. Si vous aimez les histoires de pirates, l’ambiance du XVIIe siècle et les conflits religieux, La Cité des mers devrait vous plaire.

  • En moi le ciel et la terre, de Fabrice Colin (ma note : 4,5/5)

Entre 2 bouquins anglais pour le club de lecture, je me suis fait plaisir avec un roman français qui avait attiré mon regard la dernière fois que je suis passée à la librairie Chantelivre de Tournai. Toujours en quête de découvrir de grandes oubliées de l’Histoire, je n’ai pas pu résister à cette sorte de biographie romancée d’Elisa Deroche, également connue sous les noms de Raymonde de Laroche ou simplement de La Baronne. Actrice, mannequin puis pilote d’avion figurant parmi les premières personnes à défier la gravité, cette femme méritait bien qu’on écrive un roman à son sujet. Et Fabrice Colin l’a fait avec une très belle plume et un riche vocabulaire, me faisant parfois ressortir mes dictionnaires face à des mots d’antan beaucoup moins usités. Son roman se lit comme un journal écrit à la première personne, passionnant durant une majeure partie du livre, mais qui m’a un peu déçue vers la fin, les belles phrases du départ se transformant en une simple suite d’informations sur les vols effectués par La Baronne à la fin de sa vie. Cela dit, la lecture de ces 56 pages ont été un beau moment.

  • All the Colours of the Dark, de Chris Whitaker (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour la réunion de mon club de lecture de septembre était un roman policier de 580 pages. Pas tellement attirée par ce genre littéraire, j’ai été vite happée par cette chasse au meurtrier en série et à la recherche de jeunes femmes disparues, mêlée à des histoires d’amour, dans l’Amérique des années 1970. Il aborde certains thèmes chers à mes convictions féministes, tels que le droit à l’avortement et la violence conjugale, et met en scène une femme résiliente qui force le respect. Certains passages étaient un peu longs ou me semblaient trop détaillés, mais j’ai vraiment adoré la fin, où toutes les petites informations disséminées au fil du livre se sont assemblées les unes aux autres comme un puzzle. Le dénouement de l’affaire criminelle était vraiment inattendu, ce qui montre le talent de ce jeune auteur britannique. Vous pouvez lire cette histoire en français sous le titre Toutes les nuances de la nuit grâce au travail de la traductrice Cindy Colin-Kapen, à qui je tire mon chapeau car certains passages ne me semblent vraiment pas simples à traduire !

FILMS / SÉRIES

Mon cher et tendre et moi-même avons toujours l’habitude de regarder une série ou un film en mangeant le soir. Si beaucoup de ces œuvres visuelles ne sont pas restées gravées dans ma mémoire, certaines m’ont particulièrement marquée. Je reprends donc ici celles dont je voulais absolument parler.

  • The Girlfriend, série réalisée par Robin Wright (ma note : 4,5/5)

C’est rare qu’une série me reste en tête, mais celle-ci m’a vraiment tenue en haleine durant ses 6 épisodes (disponibles sur Prime Video). Elle est adaptée du premier roman de l’autrice américaine Michelle Frances, devenu un best-seller, traduit en français par Antoine Guillemain sous le titre La Petite Amie. Je n’ai jamais lu le livre donc je ne sais pas s’il suit la même structure que la série, mais c’est surtout cela que j’ai apprécié. L’histoire tourne autour de 3 personnages principaux : Laura, une femme de la haute société pour qui tout semble réussir, Daniel, son fils adoré, et Cherry, la nouvelle petite amie de ce dernier, qui tente de cacher son passé. Chaque épisode est divisée en 2 parties, chacune exposant le point de vue de Laura, puis celui de Cherry, ou inversement. On voit ainsi les mêmes événements interprétés différemment par la mère ou par la petite amie de Daniel, ce qui empêche les spectateurs de vraiment savoir laquelle de ces femmes est problématique. J’ai beaucoup aimé cette façon de présenter les choses, car ça démontre bien comment chaque personne peut interpréter différemment les faits, en raison de ses propres traumas, de son propre vécu, ou de sa propre réalité. Bref, je ne peux que la recommander !

  • Wednesday (ou Mercredi), série réalisée par Tim Burton (ma note : 4/5)

Si vous avez lu mon point culture du dernier trimestre, vous devez savoir que j’ai toujours aimé l’univers de Tim Burton. Quand sa série sur la famille Addams est sortie en 2022, je n’étais que joie. Bon, ce n’est pas la meilleure série de tous les temps, clairement, mais je voulais en parler pour 2 passages que j’ai vraiment adorés, artistiquement parlant. Dans le premier épisode de la deuxième saison, j’ai ainsi eu le bonheur d’entendre mon morceau de musique classique favori de tous les temps, la Danse des chevaliers de Roméo et Juliette de Prokofiev, interprétée au violoncelle par Mercredi Addams. D’habitude, je suis toujours déçue par les reprises de ce morceau, mais là, j’ai tout simplement adoré. Mêler cette mélodie inégalable au décor burtonesque et au thème musical de Danny Elfman, c’était un petit bonbon audiovisuel pour moi (à l'exception d'un certain passage visuel incluant un monstre à 8 pattes) ! La deuxième surprise de la série a été chorégraphique. Lors du bal donné lors du septième épisode de la saison, les personnages de Enid et d’Agnes dansent sur la chanson The Dead Dance de Lady Gaga, qui apparaît d’ailleurs elle-même dans la série. J’ai aimé l’ingéniosité du chorégraphe, utilisant les pouvoirs d’invisibilité d’Agnes pour créer des portés spectaculaires. Si vous aimez Lady Gaga et Tim Burton, je vous invite aussi à découvrir le clip en noir et blanc de The Dead Dance que le réalisateur a dirigé pour la chanteuse, qui incarne une poupée de porcelaine dansant sur les pas de la chorégraphe Parris Goebel (qui m'avait impressionnée avec Abracadadra, dont j'ai parlé dans mon premier point culture trimestriel de l'année).

  • Le Comte de Monte-Cristo, film réalisé par Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (ma note : 4,5/5)

Sorti en 2024, ce long métrage était sur ma liste des films à voir depuis longtemps. Il était temps que le personnage du roman homonyme d’Alexandre Dumas soit joué par un acteur moins détestable que Depardieu… Et Pierre Niney l’incarne avec brio ! Je n’ai tout simplement pas vu passer les quasi 3 heures du film. Les décors sont grandioses, les acteurs excellents et le rythme de l’action captivant. Cela faisait longtemps qu’un film français m’avait autant passionnée. Un très beau film de cape et d’épée selon moi !

SPECTACLES / EXPO

Mon été a été marqué par un city-trip avec ma belle-famille à Vienne, où j’ai pu visiter de nombreux musées et assister à quelques spectacles. Je ne vais pas expliquer de nouveau ici en détail chaque lieu ou représentation, mais simplement citer mes 3 coups de cœur :

  • Le musée Sissi : beaucoup de pièces exposées, un parcours dans le palais de la Hofburg et un audioguide très complet.
  • Les concerts du Wiener Mozart Orchester au Musikverein : un régal pour les yeux et les oreilles, si l’on fait abstraction de l’entrée des retardataires dans la salle.
  • Light of Creation à la Votivkirche : un spectacle son et lumière de 30 minutes absolument splendide qui donne vie au décor de l’une des plus belles églises de Vienne.

Une fois n’est pas coutume, je termine par un coup de cœur musical pour une œuvre du XVIIIe siècle que j’ai découverte lors d’une de mes traductions pour ma cliente espagnole. Il s’agit des Élémens (pas de faute d'orthographe ici, c'est du vieux français), un opéra-ballet de Jean-Féry Rebel, et plus particulièrement de son premier mouvement, Le Cahos (orthographe ancienne de « chaos »). Tout comme Vivaldi avec ses Quatre Saisons, Jean-Féry Rebel traduit en musique les 4 éléments, ainsi que d’autres états ou émotions, dont le chaos. J’ai été surprise par sa modernité quand je l’ai écoutée. Je vous laisse découvrir si vous ne connaissez pas.

Et vous ? Avez-vous fait de belles découvertes littéraires, cinématographiques, muséales ou musicales durant cet été ? N’hésitez pas à les partager !