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Le Silence et la Colère, de Pierre Lemaitre

Mes journées plus tranquilles d’avril m’ont enfin permis d’achever le deuxième volet de la dernière saga de Pierre Lemaitre consacrée aux Trente Glorieuses. Je l’ai dévoré, tout comme le premier tome, et ne pouvais donc pas faire sans le recommander, d’autant plus qu’il traite en partie d’un sujet brûlant d’actualité.

Alors que Le Grand Monde fait voyager les lecteurs et lectrices entre Beyrouth, Paris et Saïgon, Le Silence et la Colère se déroule principalement en France. On retrouve quand même Louis, le patriarche vivant au Liban, qui se met en tête d’aider un jeune boxeur sans talent à remporter un tournoi. Ses aventures ne me sont toutefois parues que comme un récit secondaire à l’histoire. Selon moi, le deuxième tome met davantage en lumière les personnages féminins. Hélène, la cadette de la famille, mène la danse. Devenue photo-reporter, elle est envoyée pour couvrir le sort funeste du village de Chevrigny, sacrifié sur l’autel du progrès. EDF a terminé la construction de son barrage et l’année 1952 annonce l’expulsion de ses habitants, le dynamitage de ses habitations et l’engloutissement final de la commune (une histoire basée sur celle du barrage du Tignes). On a ensuite Nine, l’amoureuse mystérieuse de François, le deuxième fils Pelletier, qui use de ses talents de journaliste pour résoudre les énigmes entourant l’élue de son cœur. De son côté, Geneviève, l’épouse tyrannique de Jean ou Bouboule, l’aîné Pelletier, est enceinte jusqu’aux dents et encore plus acariâtre que jamais, alors que son pauvre mari semble pour une fois être sur la voie de la réussite avec l’ouverture de son magasin Dixie. Le lancement de son nouveau concept est toutefois mis à mal par une grève générale de ses vendeuses, se plaignant de leurs conditions de travail. Les droits des femmes sont d’ailleurs l’un des thèmes centraux du roman, l’auteur dépeignant les épreuves endurées par celles cherchant à se faire avorter. L’histoire se déroule en 1952, bien avant la loi Veil. À cette époque (comme toujours d'ailleurs...),  « [s]i l’avortement était une affaire de femmes, sa répression restait principalement une affaire d’hommes ». J’ai particulièrement aimé ce deuxième tome pour cette raison-là. Avec ses recherches approfondies sur les sujets qu’il aborde, Pierre Lemaitre nous plonge dans la réalité des avortements clandestins des années 1950. Il explique d’ailleurs dans l’annexe du roman qu’il s’est largement inspiré de L’Événement d’Annie Ernaux (que je n'ai toujours pas lu...).

Bref, j’ai encore une fois été emportée par les aventures de la famille Pelletier, me faisant découvrir l’ambiance du début des années 1950 et la vie des femmes à cette époque. Il me tarde de lire le dernier volet de la trilogie des Années glorieuses dès qu’il sera publié !

Le Grand Monde, de Pierre Lemaître

Je n’ai pas écrit la semaine dernière car j’étais débordée, puis les récentes actualités mondiales ne m’ont pas incitée à prendre la plume. Quand le monde va aussi mal, je me réfugie encore plus dans les bouquins, et c’est comme ça que j’ai terminé une belle brique (sortie en 2022) qui méritait un billet Croque-Livre.

J’ai déjà parlé sur ce blog de la première trilogie de Pierre Lemaitre, Les Enfants du désastre. Il s’agit ici du premier tome d’une nouvelle saga familiale (d'ailleurs liée à la précédente), emmenant le lecteur au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans 3 villes différentes : Beyrouth, Paris et Saïgon. On y suit les aventures de la famille Pelletier, dont chaque membre est un personnage haut en couleur que l’on parvient sans peine à imaginer, l’auteur brossant admirablement leur portrait. On a d’abord Louis, le patriarche, fier propriétaire d’une savonnerie réputée à Beyrouth, et Agnès, son épouse aimante et discrète. Vient ensuite Jean alias Bouboule, l’aîné de la famille qui n’a pas les épaules assez larges pour assurer la relève dans l’entreprise de son père. Angoissé, peu sûr de lui et cumulant les échecs, il est marié à Geneviève, petite dame prétentieuse se pensant digne de vivre la grande vie et se plaignant sans cesse de la nullité de son mari, ce qui provoque chez lui des accès de colère plutôt problématiques… François, le deuxième fils Pelletier, ne vit que pour sa passion : le journalisme. Il va d’ailleurs percer dans le métier grâce à un fait divers sanglant : le meurtre d’une grande actrice dans un cinéma parisien. Fils cadet de la famille, Étienne est un amoureux de la vie et un amoureux tout court. Après plusieurs semaines sans nouvelles de son amant Raymond, soldat belge envoyé combattre le Viêt-Minh en Indochine, il décide de partir à sa recherche à Saïgon. Hélène est la petite dernière de la famille. Âgée d’à peine 20 ans, elle est en quête d’émancipation, quitte à se brûler les ailes, sa beauté n’attirant pas que des hommes bien intentionnés. Bien évidemment, les aventures que vivent ces différents personnages se recoupent toutes, formant à la fin un récit rocambolesque riche en suspense, retournements de situation et révélations inattendues.

Inutile de dire que j’ai adoré ce premier tome de la nouvelle saga familiale de Pierre Lemaitre, intitulée Les Années glorieuses. Comme dans la trilogie précédente, les décors sont tellement bien plantés, les personnages tellement bien travaillés qu’un vrai film de cinéma se déploie sous vos yeux à la lecture. Cela ne m’étonnerait d’ailleurs par que ce nouveau roman soit lui aussi adapté sur grand écran.

Si vous avez envie de vous évader un peu en ce moment, je ne peux que vous le recommander. De mon côté, j’espère pouvoir plonger rapidement dans le tome suivant, Le Silence et la Colère, déjà sorti en janvier 2023 (j'ai plusieurs mois de retard 🤭).

La trilogie des Enfants du désastre, de Pierre Lemaitre

Autre roman dévoré après Les Impatientes de Djaïli Amadou Amal, dont je vous ai parlé il y a deux semaines, Miroir de nos peines a mis le point final à la trilogie des Enfants du désastre de Pierre Lemaitre que j’avais entamée deux ans plus tôt. J’avais donc envie de vous en parler.

Au revoir là-haut

Oui, il a un peu morflé vu que je le trimballais partout…

J’ai démarré cette trilogie après avoir lu beaucoup d’éloges sur Pierre Lemaitre dans un groupe de lecture suite à la sortie du deuxième tome. Curieuse, je me suis donc lancée dans la lecture du premier roman : Au revoir là-haut, récompensé par le prix Goncourt en 2013. Je n’étais au départ pas très emballée par le thème (le retour à la vie «normale» de deux soldats rescapés de la Grande Guerre), mais j’ai très vite été conquise. L’écriture est tellement fluide, les décors si bien plantés, les personnages si réels et vivants que je voyais l’histoire se dérouler sous mes yeux comme si j’étais au cinéma. D’ailleurs, ce premier roman a été adapté à l’écran par Albert Dupontel en 2017. On y suit les aventures d’Albert Maillard et d’Édouard Péricourt en découvrant certaines réalités de la fin de la Première Guerre mondiale, comme le calvaire physique et moral des gueules cassées et le trafic de cercueils des soldats tombés au front.

Couleurs de l'incendie

À peine le premier roman achevé que je me suis plongée dans sa suite, Couleurs de l’incendie, paru en 2018 et dont l’adaptation cinématographique réalisée par Clovis Cornillac devrait sortir cette année. Ce deuxième tome se déroule entre 1927 et 1933 et a pour personnage principal Madeleine Péricourt, la sœur d’Édouard. Il aborde davantage la situation des femmes de l’époque, mais aussi l’instabilité financière et la montée du totalitarisme durant les années 1930. Tout comme pour Au revoir là-haut, l’envie de tourner les pages était plus forte que l’appel de mon oreiller et je l’ai dévoré.

Miroir de nos peinesC’est donc avec impatience que j’ai ouvert Miroir de nos peines, dernier tome sorti en 2020, qui embarque cette fois le lecteur au début de la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement au moment de l’exode de Paris. On y retrouve Louise Belmont, petite fille qu’Albert Maillard et Édouard Péricourt avaient connue dans Au revoir là-haut, désormais devenue une jeune femme en quête de vérité sur sa famille. Le roman suit également quatre autres personnages : Gabriel et Raoul, deux soldats envoyés sur la ligne Maginot, Fernand, le garde mobile amoureux qui ne pense qu’à rejoindre sa femme, et enfin Désiré, incroyable caméléon que l’on retrouve sous différents métiers tout au long du roman. Les liens entre tout ce beau monde sont bien évidemment révélés à la fin d’une épopée riche en rebondissements. Bref, je me suis encore une fois régalée !

Outre l’écriture extrêmement fluide de l’auteur, j’apprécie également la richesse de sa langue. J’ai ainsi pu découvrir des mots perdus ou oubliés comme les verbes voussoyer (qui est plus correct que vouvoyer) ou apparoir. Le travail de recherche historique derrière chaque roman mérite le respect. Les détails sont tellement précis que l’on se retrouve littéralement plongé dans l’entre-deux-guerres comme si on y était. Bref, cette trilogie a été un coup de cœur du début à la fin et je ne peux que la recommander.