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Bel Canto, d’Ann Patchett

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Je ne pensais pas publier 2 billets Croque-livre à la suite, mais j’ai terminé hier le livre choisi ce mois-ci pour le club de lecture et ne pouvais pas faire sans écrire à son sujet. Le roman parlait en effet beaucoup de musique, de « traduction » et de langues et cultures variées. Voici donc mon avis sur Bel Canto, roman de l’autrice américaine Ann Patchett publié en 2001.

Pour info, le roman a été adapté au cinéma dans un film homonyme de Paul Weitz sorti en 2018, avec Julianne Moore et Ken Watanabe. D’après l’une des membres du club de lecture, il ne vaut toutefois pas le détour et n’arrive clairement pas à la cheville du livre. Je vous traduis ci-dessous la quatrième de couverture pour vous donner le contexte de l’histoire :

Quelque part en Amérique du Sud, dans la résidence du vice-président, une fête d’anniversaire somptueuse est organisée en l’honneur de M. Hosokawa, un homme d’affaires puissant. Roxane Coss, soprano la plus vénérée du monde de l’opéra, envoûte les invités par son chant.
C’est une soirée parfaite, jusqu’à ce que des terroristes fassent irruption dans le bâtiment et prennent l’ensemble des participants à la fête en otage, sous la menace de leurs armes. Ce qui démarre comme une panique de perdre la vie évolue lentement en quelque chose de très différent, un moment de grande beauté, alors que les terroristes et les otages tissent des liens inattendus et que des personnes de différents continents deviennent compatriotes, amis intimes et amants.

Le roman se déroule ainsi à huis clos, dans une riche demeure où terroristes issus des zones les plus pauvres du pays et personnes de la haute société provenant des quatre coins du monde se retrouvent enfermés. Deux personnages permettent de relier ces individus qui ne parlent pas tous la même langue : Gen, le « traducteur » de M. Hosokawa, et Roxane Coss, la soprano qui utilise le langage universel de la musique. Pourquoi traducteur entre guillemets (ceux qui ont déjà lu mes autres billets à ce sujet devraient avoir compris) ? Parce que Gen n’est pas « traducteur » mais « interprète » ! Durant tout le roman, il ne fait qu’interpréter les messages entre les uns et les autres, tout en se faisant appeler à gauche à droite « traducteur ». J’ai même noté un passage qui m’a agacée :

« He could write a letter instead, wouldn’t that be proper? The translator could translate. A word was a word if you spoke it or wrote it down. »

« Il pouvait écrire une lettre plutôt, ne serait-ce pas plus convenable ? Le traducteur pouvait traduire. Un mot était un mot qu’il fût parlé ou écrit. »

Alors, non. Interpréter un discours amoureux (c'est cela dont il s'agit dans le passage) et traduire une lettre d’amour, ce n’est pas la même chose. Les 2 exercices sont différents, le rendu ne sera pas pareil. Bref, je ne vais pas vous refaire tout le topo (à retrouver ici). L’autre chose qui m’empêchait de réellement croire au personnage de Gen est le nombre impressionnant de langues qu’il maîtrise et sa capacité surhumaine à interpréter toute la journée, sans véritable pause et avec des nuits extrêmement courtes, depuis et vers le japonais (sa langue maternelle), l’espagnol, l’anglais, le français, le danois, l’allemand et le russe (langue plus faible qu'il n'utilise soi-disant que pour lire Tolstoï ou Dostoïevski, ce qui n'est pas rien...). Il existe des polyglotes sur terre, mais cela reste rare, et que Gen soit capable d’interpréter sans s’arrêter en passant d’une langue à l’autre en ne montrant aucune faiblesse me paraît totalement improbable. Les 2 interprètes qui participaient avec moi au club de lecture étaient du même avis. L’exercice est déjà intense entre 2 langues, alors avec plus de 5, c’est un défi titanesque… Vers la fin du roman, on apprend que Gen est né de parents d’origines différentes, qui parlaient chacun 2 langues. Quand bien même, un tel personnage n’est pas vraiment plausible.

Hormis ce « petit » détail, j’ai beaucoup apprécié l’un des messages du roman : nous sommes tous et toutes des êtres humains et il y a toujours en nous quelque chose qui nous relie. Dans Bel Canto, la musique, et l’opéra en particulier, est l’élément fédérateur. L’une des membres du club de lecture trouvait que ce n’était pas crédible que toutes les personnes prises en otage et que l’ensemble des terroristes soient émerveillés par le chant de la soprano. J’ai toutefois fait un parallèle avec une autre situation que nous avons connue il y a déjà 5 ans : les confinements durant la pandémie du virus-dont-on-ne-veut-plus-entendre-parler. En lisant ces passages de temps suspendu, lorsque tous les personnages se retrouvent autour du piano pour écouter Roxane chanter, je me suis souvenue de ces musicien.ne.s, chanteur.se.s ou DJ qui avaient fini par jouer, chanter ou se produire sur leur balcon ou avec leurs fenêtres ouvertes pour apporter un peu de joie à leurs voisins durant ces périodes de solitude extrême. La musique a ce pouvoir d’apaiser, de se reconnecter à soi, d’oublier les temps sombres ou de se laisser transporter par les émotions.

Dans le roman, les hommes d’affaires ou politiques pris en otage durant des mois dans cette demeure finissent par apprécier cette période hors du temps, loin de leurs obligations ou vie bien remplie. Certains se mettent à apprendre une nouvelle langue, d’autres à cuisiner, à faire le ménage, ou à simplement se reposer et apprécier les choses simples comme l’envol d’un oiseau ou un rayon de soleil. Lire ce roman en ce premier trimestre de 2025 m’a rappelé cette sensation ressentie durant les confinements. Certes, cette période était horrible, être loin de mes proches était très dur à vivre, sans oublier toutes ces personnes qui ont perdu la vie ou qui souffrent encore du Covid long. Ici, je repense plutôt à cet arrêt soudain de l’activité frénétique du monde. Avoir du temps pour soi, être dans une sorte de bulle où les heures ne comptent plus, puis redécouvrir la préciosité des petits bonheurs de la vie, tout cela avait été bénéfique pour pas mal de personnes.

Je pense que face à l’actualité effrayante de ces derniers temps, cette bulle me manque un peu… C’est probablement pourquoi j’ai vraiment plongé dans l’histoire du roman et vécu avec ses personnages durant toute ma lecture. Peut-être que cela vous ferait du bien de le lire si vous ressentez la même chose en ce moment. La fin est toutefois brutale, comme un opéra qui se termine dans un terrible drame. Je ne vous en dis pas plus, à vous de la découvrir !

Mes lectures de 2024

Dans mon billet de la semaine dernière, j’expliquais que je n’avais lu que 14 ouvrages selon mon application de suivi de lecture. J’avais envie aujourd’hui de parler de cette application et de ces livres dont je n’ai pas parlés sur ce blog.

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Avant tout, petite explication sur ce qu’est une application de suivi de lecture. Il s’agit d’une application mobile qui permet de recenser les livres lus, mais aussi de calculer le temps de lecture, de se fixer des objectifs de lecture, d’ajouter des notes et avis sur les livres lus ou encore de dresser une liste d’envies de lecture (plutôt que de prendre des photos des couvertures de bouquins qui m'intéressent dans les librairies, je scanne leur code-barre pour les ajouter directement dans mon appli). J’utilise Bookmory, mais il existe bien d’autres applications dédiées à la lecture, avec diverses fonctionnalités. Ci-dessous, un petit aperçu de mon interface.

Bon, comme nous sommes en janvier, mes statistiques annuelles ne sont pas très élevées, mais je voulais parler ici de mes lectures de 2024.

D’après mon application, j’ai lu 14 livres, auxquels j’ai consacré au total 106 heures et 46 minutes, avec en moyenne 8 heures et 53 minutes de lecture par mois et un peu moins de 20 minutes par jour (j'ai tendance à lire le soir dans mon lit, donc j'ai tendance à m'endormir 😅). J’ai ces estimations de temps car l’application dispose d’un chronomètre à activer lorsque l’on lit. Il m’arrive bien évidemment de ne pas l’enclencher, mais vous pouvez toujours corriger le tir en ajoutant manuellement l’estimation du temps de lecture. Cessons toutefois de parler chiffres : quels livres ai-je donc lus en 2024 ?

J’ai commencé l’année avec l’un des livres que l’une de mes belles-sœurs m’a offerts à Noël : Le Gaslighting ou l’art de faire taire les femmes, d’Hélène Frappat (qui se retrouve bien évidemment dans ma collection de livres sur le féminisme). Il contenait plusieurs passages extrêmement intéressants, notamment plusieurs qui parlaient de la traduction et du langage (un essai qui parle de féminisme, de traduction et de langage, c'était le combo gagnant pour moi 😁), mais je ne lui ai accordé que 2 étoiles car le livre est basé en grande partie sur le film Gaslight de George Cukor, que je n’ai pas vu. Je pense qu’il faudrait que je le relise après le visionnage du film pour mieux comprendre plusieurs passages. J’ai ensuite attaqué un autre petit essai qui traînait dans la bibliothèque familiale (je n'avais pas d'autre livre sous la dent à ce moment-là et comme je déteste m'endormir sans avoir lu...). Préhistoire intime. Vivre dans la peau des Homo sapiens, de Sophie Archambault de Beaune, m’a moyennement conquise. J’ai mis comme note qu’il était très intéressant mais un peu trop scientifique à mon goût. Il aurait été plus adapté à ma sœur, qui a étudié l’histoire de l’art avec une spécialisation dans la préhistoire. Je ne vais pas ici reparler de Sorcières, essai indispensable de Mona Chollet, ni du Silence et la Colère de Pierre Lemaître, qui ont chacun fait l’objet d’un billet Croque-livres.

Vient ensuite La Danseuse, de Patrick Modiano. Attirée par le titre, je l’avais acheté dans une librairie lors d’un de mes voyages entre deux pays. C’est toutefois ma plus grosse déception de l’année. J’ai indiqué dans ma note qu’il n’y avait pas vraiment d’histoire, qu’il ne parlait pas non plus de la danse en soi et que plusieurs récits restent en suspens. Bref, je n’ai pas du tout été emballée (je déteste entamer un livre sans le finir...). À l’inverse, Yellowface de Rebecca F. Kuang, le premier livre que j’ai lu pour le club de lecture, m’a vraiment enchantée. J’en ai d’ailleurs écrit un billet Croque-livres.

J’ai profité de l’été pour lire un maximum. Il a commencé avec un autre ouvrage proposé dans le club de lecture : Baumgartner de Paul Auster. Je l’ai dégusté lentement tel un bonbon à sucer lors de mes vacances en Crète. La quatrième de couverture m’avait fait croire que ce roman ne parlerait que de l’amour d’un homme pour sa femme disparue, mais ce livre est une véritable ode à l’amour en général. On y suit les pensées d’un vieil homme, qui raconte sa vie en dépeignant avec mélancolie, douceur et humeur les personnes qu’il croise et les événements qui l’ont marqué. J’ai vraiment adoré, d’où ma note de 4,5 étoiles. Il a été traduit en français sous le même titre par Anne-Laure Tissut. Essayant d’alterner entre mes lectures anglophones et francophones, j’ai lu également Beauté fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine de Mona Chollet. Un autre essai féministe de cette autrice que j’aime tant. Je pensais d’ailleurs en écrire un billet Croque-livres, d’où une prise de notes excessive. Elle y aborde énormément de sujets, du it-bag aux actrices égéries, en passant par l’obsession de la minceur, l’enfer des castings pour les mannequins, la suprématie blanche, la femme-objet… Bref, un essai hyper intéressant ! Je le recommande. On passe ensuite à The Harpy de Megan Hunter, autre livre proposé par le club de lecture anglais. Ce roman parlant d’une mère de famille qui se transforme, métaphoriquement, en harpie à la suite de l’adultère de son mari n’a pas fait l’unanimité parmi les participants du club, moi y compris. La fin était assez bizarre et perturbante. Certaines lectrices plus férues de mythologie y ont vu un chef-d’œuvre, mais ce n’était pas mon cas. Si vous voulez vous faire votre propre avis, il a été traduit en français sous le titre Harpie par Cécile Roche. J’ai terminé le mois d’août par un autre livre offert par ma deuxième belle-sœur à Noël, un autre roman féministe : Toutes des filles en jaune de Florence Hinckel. Je ne vais pas en parler trop ici car je compte le détailler un peu plus dans un billet Croque-livres, qui sortira probablement autour du 8 mars. Il a fait partie de mes meilleures lectures de 2024.

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Je n’ai étrangement pas enregistré de lecture en septembre. J’ai toutefois terminé le mois avec Orbital de Samantha Harvey, un autre roman proposé au club de lecture. Bien qu’il ait remporté le Booker Prize en 2024, il n’a pas eu la faveur de la majorité des participant.e.s du club. On y suit six astronautes dans la Station spatiale internationale et leurs pensées par rapport à la vie qu’ils ont laissée sur terre. Nous étions beaucoup à trouver qu’on ne pouvait pas bien s’identifier aux personnages, qui ne dévoilent pas réellement leurs sentiments, alors qu’on parle quand même de décès d’une mère sur terre. C’était aussi un peu trop scientifique ou répétitif au goût de certains. Cela dit, le débat autour du livre était très intéressant car quelques lectrices avaient adoré la lecture et m’ont permis de porter un autre regard sur son écriture. Si cela vous intéresse, il est disponible en français sous le titre Orbital, une journée, seize aurores, dans la traduction de Claro. L’automne coïncide toujours avec la lecture du dernier roman d’Amélie Nothomb, dont j’ai bien évidemment parlé dans un billet Croque-Livres. C’est aussi durant cette saison que j’ai lu mon meilleur roman de l’année, Lilith: the heroine women have waited six thousand years for, de Nikki Marmery. J’ai eu un tel coup de cœur pour ce livre féministe que je lui consacrerai un billet entier prochainement. Il s’agit en gros d’une réinterprétation du mythe de la première femme d’Adam (car non, ce n'est pas Eve...), qui a bien sûr été considérée par la suite comme une sorcière (on y revient toujours...). Décembre ayant été trop intense, j’ai terminé mon dernier livre de l’année en novembre. Il s’agissait de l’essai A Short History of Myth de Karen Armstrong, traduit en français par Jean-Louis Chevalier et Delphine Chevalier sous le titre Une brève histoire des mythes. Le sujet me fascine, j’avais adoré la première partie, qui explique plusieurs mythes apparus durant la préhistoire, ainsi que les dernières pages dans lesquelles l’autrice compare les romans à des mythes et les auteurs/autrices à des prêtres. Je l’ai toutefois trouvé un peu trop complexe par moments, mais peut-être qu’il est plus accessible dans la version française.

Voilà pour mon petit bilan de lectures en 2024. En avez-vous lu quelques-uns de ma liste ? Quelle a été votre plus belle lecture cette année ? N’hésitez pas à les partager en commentaire !

Ma première expérience dans un club de lecture

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Je vous écris ce billet à chaud, au retour de ma première expérience dans un club de lecture. Cela faisait des mois que je voyais les propositions de livres et les dates des réunions lorsque je me rendais dans le petit café de la librairie anglaise que je fréquente régulièrement. Je me suis enfin lancée il y a quelques semaines en m’inscrivant sur la liste des membres du club. Ce jeudi 20 juin aura été ma première participation, et j’en suis ravie !

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De nature timide et manquant toujours un peu de confiance en moi, je stressais à l’idée de me retrouver dans un groupe entièrement composé de passionnés de lecture anglophones. Je lis des livres dans la langue de Shakespeare (celle qu'il nous a léguée, pas celle de son époque 😅) depuis plus de 20 ans, je suis traductrice professionnelle depuis l’anglais depuis plus de 10 ans, mais j’ai toujours ce syndrome de l’imposteur au fond de moi. Puis, d’un point de vue pratique, j’étais souvent en Belgique le jour de ces réunions ou le bouquin proposé ne m’attirait guère. Bref, je me cherchais des excuses pour ne pas y aller, mais j’ai finalement sauté le pas et je ne regrette pas.

Pour celles et ceux comme moi qui sont passionné.e.s de lecture mais n’osent pas s’inscrire dans un club, je vais expliquer comment se déroule une séance. Dans ma librairie, un nouveau livre est proposé tous les mois. Le rendez-vous est fixé chaque troisième jeudi du mois pour en discuter. Comme je n’ai pas été dans mon petit café depuis 10 jours, je suis au rendez-vous 2 heures avant la séance. Je vois donc arriver au compte-goutte les participants. Au début, il s’agit principalement de personnes âgées. Les plus jeunes arrivent quelques minutes avant la séance. Nous finissons par former un groupe très hétérogène (bien que majoritairement féminin, mais c'était soir de match), avec des membres de tous âges et de différentes origines (la beauté du multiculturalisme à Londres). Après avoir installé rafraîchissements et petits gâteaux, l’animateur ouvre la discussion. Il demande tout d’abord nos avis sur le roman, en l’occurence Yellowface de Rebecca F. Kuang (traduit en français sous le même titre par Michel Pagel). Il pose ensuite plusieurs questions abordant les différents thèmes du livre et laisse le débat ouvert sur la protagoniste assez polémique du roman (pour résumer l'intrigue : une écrivaine blanche en difficulté plagie le futur roman d'une auteure chinoise à succès, morte inopinément). J’ai envie de prendre la parole à chaque question, mais je n’ose pas élever la voix face aux autres membres plus volubiles du cercle. Je suis aussi impressionnée par la culture littéraire des membres, parlant de romans ou d’auteurs que je ne connais pas (mais je lis énormément en français donc ma culture littéraire est forcément plus francophone). Ce n’est que vers la fin de la séance, lorsque l’animateur demande si quelqu’un a quelque chose à ajouter, que je prends enfin la parole. Bien évidemment, je bafouille ("pardon my English 😅") mais mon message est bien accueilli. Le sujet du roman du jour clos, l’animateur propose 2 suggestions de lecture pour la prochaine séance. Les 2 livres passent entre les mains des participants, lisant attentivement la quatrième de couverture, et l’heureux élu est voté à main levée. Cela marque la fin de la séance, certains participants poursuivant la discussion ou parlant de leurs lectures prochaines ou actuelles. J’ai ainsi fait la connaissance d’une jeune femme qui travaille dans une maison d’édition (et qui s'avère être la serveuse adorable qui m'avait servie lors de ma première séance de travail au café il y a 2 ans).

Vous l’aurez compris, cette expérience m’a enchantée. C’est tellement agréable de pouvoir échanger avec d’autres personnes amoureuses de littérature. C’est une belle manière de rencontrer des gens de tous horizons. Si vous êtes un rat de bibliothèque et que vous cherchez un moyen de faire de nouvelles rencontres, je ne peux que vous conseiller de vous inscrire dans un club de lecture. Je me suis déjà procuré acheté le roman à lire pour la prochaine séance et j’ai hâte d’y retourner 😊

Le Silence et la Colère, de Pierre Lemaitre

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Mes journées plus tranquilles d’avril m’ont enfin permis d’achever le deuxième volet de la dernière saga de Pierre Lemaitre consacrée aux Trente Glorieuses. Je l’ai dévoré, tout comme le premier tome, et ne pouvais donc pas faire sans le recommander, d’autant plus qu’il traite en partie d’un sujet brûlant d’actualité.

Alors que Le Grand Monde fait voyager les lecteurs et lectrices entre Beyrouth, Paris et Saïgon, Le Silence et la Colère se déroule principalement en France. On retrouve quand même Louis, le patriarche vivant au Liban, qui se met en tête d’aider un jeune boxeur sans talent à remporter un tournoi. Ses aventures ne me sont toutefois parues que comme un récit secondaire à l’histoire. Selon moi, le deuxième tome met davantage en lumière les personnages féminins. Hélène, la cadette de la famille, mène la danse. Devenue photo-reporter, elle est envoyée pour couvrir le sort funeste du village de Chevrigny, sacrifié sur l’autel du progrès. EDF a terminé la construction de son barrage et l’année 1952 annonce l’expulsion de ses habitants, le dynamitage de ses habitations et l’engloutissement final de la commune (une histoire basée sur celle du barrage du Tignes). On a ensuite Nine, l’amoureuse mystérieuse de François, le deuxième fils Pelletier, qui use de ses talents de journaliste pour résoudre les énigmes entourant l’élue de son cœur. De son côté, Geneviève, l’épouse tyrannique de Jean ou Bouboule, l’aîné Pelletier, est enceinte jusqu’aux dents et encore plus acariâtre que jamais, alors que son pauvre mari semble pour une fois être sur la voie de la réussite avec l’ouverture de son magasin Dixie. Le lancement de son nouveau concept est toutefois mis à mal par une grève générale de ses vendeuses, se plaignant de leurs conditions de travail. Les droits des femmes sont d’ailleurs l’un des thèmes centraux du roman, l’auteur dépeignant les épreuves endurées par celles cherchant à se faire avorter. L’histoire se déroule en 1952, bien avant la loi Veil. À cette époque (comme toujours d'ailleurs...),  « [s]i l’avortement était une affaire de femmes, sa répression restait principalement une affaire d’hommes ». J’ai particulièrement aimé ce deuxième tome pour cette raison-là. Avec ses recherches approfondies sur les sujets qu’il aborde, Pierre Lemaitre nous plonge dans la réalité des avortements clandestins des années 1950. Il explique d’ailleurs dans l’annexe du roman qu’il s’est largement inspiré de L’Événement d’Annie Ernaux (que je n'ai toujours pas lu...).

Bref, j’ai encore une fois été emportée par les aventures de la famille Pelletier, me faisant découvrir l’ambiance du début des années 1950 et la vie des femmes à cette époque. Il me tarde de lire le dernier volet de la trilogie des Années glorieuses dès qu’il sera publié !

Toute une moitié du monde, Alice Zeniter

Comme pour Le Jeune Homme d’Annie Ernaux, c’est lors d’un de mes passages dans une petite librairie de presse de la gare de Lille-Europe que j’ai acheté sur un coup de tête cet essai d’Alice Zeniter. Quelques semaines auparavant, j’avais vu un extrait d’interview de cette autrice et cela avait attisé ma curiosité. Voici donc mon billet Croque-livre sur Toute une moitié du monde.

Après avoir écouté Alice Zeniter sur France Culture et me fiant au titre de son ouvrage, je pensais qu’elle n’aborderait que la place des femmes en tant qu’écrivaines. Cet essai va toutefois bien plus loin que cela. Il s’agit d’une réflexion globale sur ce qu’est la fiction, non seulement dans le monde littéraire, mais aussi dans celui du cinéma. Elle explique dans son chapitre préliminaire qu’elle a commencé à l’écrire durant le confinement, période durant laquelle elle avait eu beaucoup de mal à se plonger dans un roman, alors qu’elle avait toujours été une grande lectrice (difficulté que j'ai également éprouvée durant ces mois d'isolement d'ailleurs). Elle a alors remis en question sa relation avec la fiction, en tant que lectrice, mais aussi en tant qu’autrice.

Les trois premiers chapitres m’ont particulièrement intéressée puisqu’ils abordent la place des femmes dans l’univers de la fiction. Le premier traite principalement de la difficulté d’Alice Zeniter à s’identifier à des personnages féminins, qui sont bien trop souvent passifs. Elle l’entame en parlant de sa découverte de l’existence du test de Bechdel (je vous mets le lien vers l'article Wikipédia qui l'explique si vous ne le connaissez pas), de la représentation des femmes dans la littérature et de l’absence du désir féminin dans les romans. Le deuxième est consacré à la difficulté d’être autrice, de s’imposer dans ce monde encore trop dominé par les hommes et de s’identifier soi-même en tant qu’écrivaine, ce terme ayant toujours été réservé aux hommes. Elle y parle du sexisme des écrivains et raconte quelques expériences glaçantes vécues dans le monde fermé de l’édition. L’autrice y déplore également le fait que les écrivaines ne sont élevées au rang de créatrices littéraires que lorsqu’elles sont panthéonisées. Elle dénonce enfin la pression que les autrices subissent pour être jolies ou féminines afin de pouvoir intéresser les lecteurs. Le troisième est quant à lui dédié à ce qu’elle appelle la « parade virile », soit qu’il faut être un homme, un vrai (à la manière d'Hemingway si l'on prend l'exemple le plus fragrant), pour être considéré comme un génie de la littérature.

Les chapitres suivants sont plus techniques. Alice Zeniter s’y penche davantage sur le roman en tant que forme de fiction et sur l’art de l’écriture. Elle se questionne notamment sur la manière de réinventer le roman, sur la place importante qu’y jouent les personnages, sur l’utilité de son métier, sur les relations conflictuelles sur lesquelles se basent toutes les œuvres de fiction (aussi bien littéraires que cinématographiques), sur l’absence de la nature dans les ouvrages ou encore sur comment bien terminer un livre, chapitre qui clore d’ailleurs son « essai » (que je mets entre guillemets tellement ce livre sort de l'ordinaire).

J’ai bien aimé plonger dans les réflexions de cette grande lectrice et autrice (traductrice qui plus est), même si les chapitres plus techniques ont parfois mis à mal ma concentration. C’est en effet une lecture extrêmement riche, qui se base sur une multitude de références littéraires. Cet ouvrage m’a d’ailleurs donné envie de lire d’autres autrices et surtout Toni Morrison, dont les extraits d’interview ponctuent Toute une moitié du monde.

Si vous êtes un(e) grand(e) lecteur/lectrice et que vous êtes passionné(e) par l’art de l’écriture, cet ouvrage saura vous combler.

Travailler ailleurs : la British Library

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J’avais parlé il y a deux mois déjà des bienfaits de travailler de temps en temps hors de chez soi quand on est freelance et qu’il y a une petite perte de motivation ou d’inspiration. J’ai retenté l’expérience cette semaine et j’ai trouvé l’endroit idéal pour le rat de bibliothèque que je suis : la British Library de Londres.

Lundi matin, j’ai pris l’Eurostar pour rejoindre mon cher et tendre dans la capitale britannique. Comme je débarquais à 11 heures à St. Pancras International et que je n’avais pas tellement de travail cette journée-là, je me suis dit que j’allais faire un petit tour à la British Library, l’une des plus grandes bibliothèques au monde. Elle renferme des trésors absolument incroyables (si l'on est un tant soit peu passionné par la littérature ou même simplement par le pouvoir de transmission des écrits dans tous les domaines qui soient). J’y suis allée au départ pour faire un petit tour dans les galeries et suis restée émerveillée devant une partition signée par le jeune Wolfgang Amadeus Mozart, ai regardé avec admiration le bureau portable de Jane Austen et me suis émue devant une petite histoire imaginée par une suffragette dans sa cellule de prison. J’imagine que tout le monde ne s’extasierait pas devant un bout de papier, mais voir l’écriture manuscrite d’un virtuose de 9 ans, d’une grande écrivaine ou d’une femme qui s’est battue pour nos droits est quelque chose d’incroyablement inspirant.

Partition de W. A. Mozart pour sa composition vocale God is our Refuge

J’étais sur le point de poursuivre ma visite quand j’ai aperçu tous les bureaux éparpillés dans les espaces ouverts de la bibliothèque. Comme les examens approchent, l’ambiance était particulièrement studieuse. Et quel bel endroit pour travailler ! Les bureaux sont en effet répartis tout autour de la King’s Library, une immense tour de verre abritant la collection de livres et manuscrits du roi George III. La vue sur ces rangées d’ouvrages à la belle reliure en cuir m’a irrémédiablement donné envie de m’installer à une table. Comme j’avais mon ordinateur, mon casque anti-bruit et tous les autres accessoires nécessaires dans mon sac de voyage, je me suis trouvé une petite place et me suis mise à mon tour au travail. Être entourée d’étudiants, de probables auteurs et d’autres freelances de tous âges a stimulé ma productivité. J’étais totalement dans mon élément, comme un poisson dans l’eau 😄

Les bureaux autour de la King’s Library

Je suis restée au niveau de l’entrée, qui se présente comme une grande place avec des tables disposant de prises un peu partout, mais il faut savoir qu’il y a également plusieurs salles de lecture où travailler au calme. Celles-ci sont toutefois uniquement accessibles aux personnes disposant d’un « Reader Pass », une carte que l’on ne peut obtenir que sur présentation de certains documents. Je ne pense pas en faire la demande étant donné que ces salles sont plutôt réservées aux personnes qui font des recherches et ont besoin d’accéder à certains ouvrages, mais je suis bien déterminée à retourner à la British Library la prochaine fois que je serai en panne d’inspiration à Londres. J’en profiterai pour poursuivre la visite des galeries et pour voir les expositions temporaires qu’accueille régulièrement la bibliothèque.

Bref, si vous êtes de passage à Londres et que vous cherchez un endroit inspirant pour travailler, rendez-vous à la British Library ! Elle se trouve juste à côté des gares de King’s Cross et St. Pancras International et son entrée est totalement gratuite. N’hésitez donc pas à y faire un tour si vous prenez l’Eurostar pour traverser la Manche !