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Le bilan de 2025

La première semaine complète de janvier se termine, les fêtes de fin d’année semblent déjà loin et l’heure en est venue au bilan de l’an dernier et à la prise de bonnes résolutions. Voici donc mon retour sur 2025, une année assez difficile

Professionnellement parlant, 2025 a été extrêmement dure. Je suis d’ailleurs loin d’être la seule dans le cas, vu l’un des grands articles du Moustique apparu dans ma boîte mail le 2 janvier. Je vous cite le titre : « IA : une traductrice perd une grande partie de ses revenus ». Mon bilan comptable de 2025 est en effet pitoyable. J’ai enchaîné les mois trop calmes, survivant uniquement grâce à mes projets récurrents. Je ne sais pas si l’IA est l’unique responsable ou si je n’ai eu simplement pas de chance l’année dernière. La cause principale de ma baisse de revenus est l’arrêt de ma collaboration avec l’agence de rédaction pour laquelle je travaillais depuis le début de mon activité et qui me doit encore plusieurs factures. À ce jour, je n’ai toujours pas récupéré l’entièreté de mon , bien que l’agence ait redoublé d’efforts ces dernières semaines pour me payer au maximum de ses capacités. L’IA est en partie coupable, plusieurs clients finaux de l’agence ayant dû mettre la clé sous la porte à cause de la baisse de demande de rédaction humaine. À cela s’est ajoutée la difficulté de prospecter. J’ai reçu beaucoup de propositions de projets, mais bien souvent liées à la formation de systèmes IA (ce que je refuse de faire par principe…) ou payés à des tarifs au ras des pâquerettes. Toutefois, l’été et surtout la fin de l’automne m’ont redonné un peu d’espoir. J’ai ainsi été contactée par 2 agences plus sérieuses qui travaillent pour les institutions européennes et, après avoir collaboré avec elles sur quelques projets, je suis un peu plus sereine pour 2026. J’ai néanmoins une nouvelle angoisse en ce début d’année, avec un gros changement dans l’un de mes projets récurrents (qui m'avait justement permis de tenir la tête hors de l'eau). Espérons que 2026 soit un peu plus douce et plus lucrative, avec une charge de travail plus stable…

Au niveau personnel, 2025 a commencé avec un enchaînement de mauvaises nouvelles familiales. J’ai en outre perdu l’un de mes repères en Angleterre, voyant le café de ma librairie préférée se séparer de sa gérante que j’adorais et connaissant de très mauvais jours, avec la menace de complètement fermer. L’existence de mon club de lecture a également été mise en péril, ce qui n’a fait que me déprimer davantage. Toutefois, j’ai pris l’habitude, depuis quelques années, d’écrire chaque fin de semaine les moments qui m’ont fait sourire sur des petits papiers colorés. Le fait d’écrire en plus chaque fin de mois mes bilans et de publier des récapitulatifs photographiques et vidéo sur mes réseaux personnels m’a cependant permis de voir les bons côtés de 2025. Et je peux dire qu’elle m’a apporté de très beaux instants et des souvenirs inoubliables.

Mes petits papiers de 2025

En 2025, j’ai ainsi eu le bonheur d’avoir la visite de mes 2 meilleures amies et de l’une de mes cousines chéries à Londres, 3 parenthèses de bonheur, parfois dans les mois les plus sombres. J’ai également eu le grand plaisir de retrouver une amie que je n’avais plus vue depuis longtemps, même si ce n’était que pour quelques heures. 2025 a aussi donné lieu à de belles fêtes de famille, autant du côté de mon cher et tendre que de la mienne. Je chéris ainsi le souvenir des 40 ans de ma belle-sœur et de son premier Noël dans sa nouvelle maison, ainsi qu’un merveilleux dîner de famille sous le soleil d’été dans la nouvelle demeure de l’une de mes cousines. L’année dernière a aussi vu la naissance et le renforcement de nouvelles amitiés et la fierté d’avoir sauvé le club de lecture.

2025 a aussi été remplie de surprises, à commencer par ce voyage inattendu en Chine, organisé par mon cher et tendre à la dernière minute, qui m’aura fait oublier mes soucis et la dépression du début d’année le temps de 2 semaines. L’année écoulée m’a également donné la joie de revisiter Budapest et Vienne (et d'assister à un concert dans la sublime salle du Musikverein) et de découvrir de nouvelles destinations britanniques, de Rye à Chelmsford en passant par la vallée de Chess. Nous avons aussi fait un petit séjour improvisé dans les Midlands de l’Ouest en Angleterre, ce qui m’a permis de découvrir la jolie ville de Coventry sous les couleurs de l’automne et de dormir dans une ancienne abbaye au décor de Poudlard. L’année m’a également offert de jolies rencontres avec la faune dans mon quartier londonien, des tableaux célestes absolument splendides et de belles découvertes littéraires, chorégraphiques et musicales.

Je n’ai pas vraiment pris de résolutions pour 2026. Je n’en vois même pas l’intérêt vu que l’on ne peut jamais savoir ce que la vie nous réserve et qu’il est très difficile de les tenir quand tout est chamboulé. J’ai toutefois des envies, comme celle de lire davantage (je n'ai pas assez écrit de billets Croque-livre à mon goût l'an dernier), de retrouver un cours de danse (cette discipline qui a toujours fait partie de moi et qui me redonne du peps quand ça ne va pas), d’écrire pour moi encore et toujours plus et de continuer mon métier vaille que vaille…

Nous verrons ce que les prochains mois nous apporteront, mais j’espère qu’ils seront porteurs de bonnes nouvelles et de doux moments pour chacun de vous.

2025 : acte VII

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Tout comme juin était guilleret, juillet a été un mois très ensoleillé. Bien qu’il ait connu quelques orages, il a été riche en moments heureux et se termine par un petit voyage. Retour sur un acte estival qui a fait du bien au moral.

Ce sixième acte a commencé de manière intense avec un gros projet du Parlement européen pour une nouvelle agence. Cela m’a permis de ne plus trop penser à mes petits accrochages avec l’agence de rédaction à laquelle j’ai dû faire du chantage. Ayant beaucoup de mal à lui faire encore confiance, j’ai décidé de ne lui rendre mes textes qu’après réception de leur échéance. Comme tout tombe à chaque fois de manière synchronisée, il a bien évidemment fallu que je gère l’écriture et la livraison de ces rédactions en même temps que mon gros projet. J’ai ainsi passé 2-3 jours à ne quasi par dormir pour parvenir à tout finir… Avant de prendre mes congés, j’ai aussi eu une hausse de volume de mes projets de post-édition réguliers, ainsi que plusieurs traductions de ma cliente espagnole à finaliser. Mon mois professionnel a donc été plutôt rempli, mais est resté un peu gris. J’attends encore à ce jour le règlement d’une énième facture, émise auprès de l’agence qui me mène la vie dure…

Entre ces périodes de surproductivité, j’ai heureusement eu beaucoup de moments pour me reposer et d’occasions à célébrer. Mon cher et tendre a soufflé son 37e printemps et nous avons fêté notre longue relation de 17 ans. J’ai aussi eu le plaisir d’avoir eu de la compagnie, passant 3 jours de visite dans Londres avec l’une de mes meilleures amies. Le mois a également été ponctué de virées à travers l’Angleterre, à Cambridge, Greenwich, Rye puis en bord de mer. Ma belle-sœur nous avait donné rendez-vous le premier samedi du mois dans la célèbre ville universitaire, afin d’offrir à son frère un repas au restaurant pour son anniversaire. Notre visite a coïncidé avec plusieurs célébrations de remise de diplôme dans les universités, l’occasion de voir un peu du folklore de cette belle cité. Le samedi suivant, nous sommes allés à Greenwich pour un festival de musique accessible gratuitement. Le lendemain, nous avons enfourché notre monture pour partir à l’aventure. C’est à Rye que nous nous sommes d’abord arrêtés, une jolie cité médiévale avec une magnifique rue couverte de vieux pavés. Hastings a été notre prochaine destination, pour un dîner sur la plage face au soleil et à ses dernières illuminations. La météo étant plus instable le week-end suivant, il a été plus reposant. J’ai juste profité de quelques rayons de soleil le dimanche après-midi pour aller lire dans le parc proche de notre ancien nid.

Il a ensuite fallu plier bagages, vu que nous terminons le mois par un petit voyage. Je suis partie avec mon cher et tendre quelques jours en Hongrie, avant de rejoindre en Autriche ma belle-famille. Nous avions déjà visité Budapest et Vienne par le passé, mais nous avons eu le bonheur d’y retourner. Pour ajouter une escale à notre voyage en train, nous nous sommes également arrêtés à Győr pour 2 jours sereins. Je vous donnerai plus de détails dès mon retour au bercail.

J’espère qu’août m’apportera autant de satisfactions quotidiennes, il commence dans tous les cas en beauté dans la magnifique capitale autrichienne. Rendez-vous pour un nouveau bilan dans 5 semaines en vous souhaitant une deuxième partie d’été sereine !

Perles de traduction automatique et coquilles II

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Cette semaine a été particulièrement dure niveau professionnel et j’avais envie de la terminer sur un ton plus léger. Le 1er avril est déjà un peu loin, mais il n’y a pas d’heure pour rire un peu. Voici donc un petit millésime des dernières perles de traduction automatique récoltées lors de mes projets récurrents de post-édition.

Photo de cottonbro studio sur Pexels

Au registre des noms de marques qui ne sont pas censées être traduits, j’ai eu droit à « Pierre Roulante » pour Rolling Stone et à « Taureau Rouge » pour Red Bull 🐂. Bon, on ne va pas lui jeter la pierre (qui roule 🪨), la machine a reçu l’ordre de traduire et elle a traduit. Dans la même catégorie, la machine donne parfois son avis sur la pertinence des noms de marque. J’ai par exemple trouvé « Trop Vague » pour traduire Overshadow (c'est vrai qu'il y a mieux comme nom de marque).

Par moments, la machine traduit un peu trop littéralement. Par exemple, bell pepper (un poivron) est devenu « poivre de cloche » et slice of blood orange (une tranche d'orange sanguine) est devenu « tranche de sang orange » 🩸 . La traduction automatique a parfois aussi tendance à inventer des mots. Elle m’a ainsi proposé « micromanipuines » pour micromachines, « unsucré » pour unsweetened, « décarbonatation » 🏊‍♂️ pour decarbonation ou encore « dénersoufflerie » pour whistleblower reports (ce qui veut dire « signalements de lanceurs d'alerte »).

Je dois toutefois mes plus beaux éclats de rire aux moments où la machine n’a apparemment aucune idée de la signification d’une expression et qu’elle crée des associations de mots totalement farfelues. On va commencer en douceur avec carbon foot printing qu’elle a traduit par « impression de pieds de carbone » 👣 (on parle bien évidemment d'empreinte carbone). Je la pardonne, le terme était mal écrit et de « empreinte » à « pied », il n’y a qu’un pas 😁

On a ensuite « robe de changement de vitesse » pour shift dress (une robe droite). La machine a probablement pensé que shift provenait de gearshift, terme automobile qui signifie « changement de vitesse ». Cela dit, c’est vrai qu’une robe droite peut être à la fois rapide ou lente à enfiler…👗

La machine est aussi un peu dyslexique. Elle a traduit creams against soreness (crèmes antidouleur) par « crèmes contre le tri » ♻️. Elle a probablement la vue trouble et a lu to sort, qui veut dire « trier ». Dans le même genre, elle a réussi à me sortir « services de tir à l’arc pour huîtres » 🦪🏹pour traduire hatchery services for oysters. Elle a confondu hatchery (élevage) avec archery (le tir à l'arc).

La perle de traduction automatique suivante m’a fait rire jaune. Les stéréotypes sont tellement ancrés dans les logiciels de traduction automatique et d’IA que le terme matriarch (ajoutez juste un e pour avoir le mot français) a été traduit par « voûte plantaire ».

Je termine par 3 propositions de traduction automatique complètement WTF (je ne trouve pas d'équivalent français assez fort pour exprimer ce que j'ai ressenti quand je les ai vues) : « papier pour volant d’inertie » pour flypaper (papier tue-mouche), « soucoupe de la ruche » pour hidradenitis suppurativa (une maladie de la peau appelée « hidrosadénite », je cherche toujours le lien...) et, le meilleur pour la fin, « publication de livres de thon à l’utérus »  🐟 pour Audaces fortuna iuvidat, un proverbe latin qui veut dire « la fortune sourit aux audacieux ». Certes, pour parler de « thon à l’utérus », il en faut de l’audace 😅.

Vu que l’erreur est humaine et que je ne suis pas non plus à l’abri des coquilles, je termine par une faute que j’ai moi-même commise. Je me suis surprise à trouver « écus » 💰 au lieu de « EUR » à la relecture de ma traduction. Je devais avoir fait un voyage dans le temps au moment de mon 1er jet.

Envie de rigoler un peu plus ? J’avais déjà rassemblé plusieurs perles de traduction automatique ici (et le florilège suivant est ) !

Bel Canto, d’Ann Patchett

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Je ne pensais pas publier 2 billets Croque-livre à la suite, mais j’ai terminé hier le livre choisi ce mois-ci pour le club de lecture et ne pouvais pas faire sans écrire à son sujet. Le roman parlait en effet beaucoup de musique, de « traduction » et de langues et cultures variées. Voici donc mon avis sur Bel Canto, roman de l’autrice américaine Ann Patchett publié en 2001.

Pour info, le roman a été adapté au cinéma dans un film homonyme de Paul Weitz sorti en 2018, avec Julianne Moore et Ken Watanabe. D’après l’une des membres du club de lecture, il ne vaut toutefois pas le détour et n’arrive clairement pas à la cheville du livre. Je vous traduis ci-dessous la quatrième de couverture pour vous donner le contexte de l’histoire :

Quelque part en Amérique du Sud, dans la résidence du vice-président, une fête d’anniversaire somptueuse est organisée en l’honneur de M. Hosokawa, un homme d’affaires puissant. Roxane Coss, soprano la plus vénérée du monde de l’opéra, envoûte les invités par son chant.
C’est une soirée parfaite, jusqu’à ce que des terroristes fassent irruption dans le bâtiment et prennent l’ensemble des participants à la fête en otage, sous la menace de leurs armes. Ce qui démarre comme une panique de perdre la vie évolue lentement en quelque chose de très différent, un moment de grande beauté, alors que les terroristes et les otages tissent des liens inattendus et que des personnes de différents continents deviennent compatriotes, amis intimes et amants.

Le roman se déroule ainsi à huis clos, dans une riche demeure où terroristes issus des zones les plus pauvres du pays et personnes de la haute société provenant des quatre coins du monde se retrouvent enfermés. Deux personnages permettent de relier ces individus qui ne parlent pas tous la même langue : Gen, le « traducteur » de M. Hosokawa, et Roxane Coss, la soprano qui utilise le langage universel de la musique. Pourquoi traducteur entre guillemets (ceux qui ont déjà lu mes autres billets à ce sujet devraient avoir compris) ? Parce que Gen n’est pas « traducteur » mais « interprète » ! Durant tout le roman, il ne fait qu’interpréter les messages entre les uns et les autres, tout en se faisant appeler à gauche à droite « traducteur ». J’ai même noté un passage qui m’a agacée :

« He could write a letter instead, wouldn’t that be proper? The translator could translate. A word was a word if you spoke it or wrote it down. »

« Il pouvait écrire une lettre plutôt, ne serait-ce pas plus convenable ? Le traducteur pouvait traduire. Un mot était un mot qu’il fût parlé ou écrit. »

Alors, non. Interpréter un discours amoureux (c'est cela dont il s'agit dans le passage) et traduire une lettre d’amour, ce n’est pas la même chose. Les 2 exercices sont différents, le rendu ne sera pas pareil. Bref, je ne vais pas vous refaire tout le topo (à retrouver ici). L’autre chose qui m’empêchait de réellement croire au personnage de Gen est le nombre impressionnant de langues qu’il maîtrise et sa capacité surhumaine à interpréter toute la journée, sans véritable pause et avec des nuits extrêmement courtes, depuis et vers le japonais (sa langue maternelle), l’espagnol, l’anglais, le français, le danois, l’allemand et le russe (langue plus faible qu'il n'utilise soi-disant que pour lire Tolstoï ou Dostoïevski, ce qui n'est pas rien...). Il existe des polyglotes sur terre, mais cela reste rare, et que Gen soit capable d’interpréter sans s’arrêter en passant d’une langue à l’autre en ne montrant aucune faiblesse me paraît totalement improbable. Les 2 interprètes qui participaient avec moi au club de lecture étaient du même avis. L’exercice est déjà intense entre 2 langues, alors avec plus de 5, c’est un défi titanesque… Vers la fin du roman, on apprend que Gen est né de parents d’origines différentes, qui parlaient chacun 2 langues. Quand bien même, un tel personnage n’est pas vraiment plausible.

Hormis ce « petit » détail, j’ai beaucoup apprécié l’un des messages du roman : nous sommes tous et toutes des êtres humains et il y a toujours en nous quelque chose qui nous relie. Dans Bel Canto, la musique, et l’opéra en particulier, est l’élément fédérateur. L’une des membres du club de lecture trouvait que ce n’était pas crédible que toutes les personnes prises en otage et que l’ensemble des terroristes soient émerveillés par le chant de la soprano. J’ai toutefois fait un parallèle avec une autre situation que nous avons connue il y a déjà 5 ans : les confinements durant la pandémie du virus-dont-on-ne-veut-plus-entendre-parler. En lisant ces passages de temps suspendu, lorsque tous les personnages se retrouvent autour du piano pour écouter Roxane chanter, je me suis souvenue de ces musicien.ne.s, chanteur.se.s ou DJ qui avaient fini par jouer, chanter ou se produire sur leur balcon ou avec leurs fenêtres ouvertes pour apporter un peu de joie à leurs voisins durant ces périodes de solitude extrême. La musique a ce pouvoir d’apaiser, de se reconnecter à soi, d’oublier les temps sombres ou de se laisser transporter par les émotions.

Dans le roman, les hommes d’affaires ou politiques pris en otage durant des mois dans cette demeure finissent par apprécier cette période hors du temps, loin de leurs obligations ou vie bien remplie. Certains se mettent à apprendre une nouvelle langue, d’autres à cuisiner, à faire le ménage, ou à simplement se reposer et apprécier les choses simples comme l’envol d’un oiseau ou un rayon de soleil. Lire ce roman en ce premier trimestre de 2025 m’a rappelé cette sensation ressentie durant les confinements. Certes, cette période était horrible, être loin de mes proches était très dur à vivre, sans oublier toutes ces personnes qui ont perdu la vie ou qui souffrent encore du Covid long. Ici, je repense plutôt à cet arrêt soudain de l’activité frénétique du monde. Avoir du temps pour soi, être dans une sorte de bulle où les heures ne comptent plus, puis redécouvrir la préciosité des petits bonheurs de la vie, tout cela avait été bénéfique pour pas mal de personnes.

Je pense que face à l’actualité effrayante de ces derniers temps, cette bulle me manque un peu… C’est probablement pourquoi j’ai vraiment plongé dans l’histoire du roman et vécu avec ses personnages durant toute ma lecture. Peut-être que cela vous ferait du bien de le lire si vous ressentez la même chose en ce moment. La fin est toutefois brutale, comme un opéra qui se termine dans un terrible drame. Je ne vous en dis pas plus, à vous de la découvrir !

2025 : acte II

Le mois de février m’aura presque fait vriller. Il a été un enchaînement de mauvaises nouvelles, autant sur le plan perso que professionnel. Ce fut aussi un mois de transition, quittant l’ouest de l’Allemagne pour repartir en Albion. Retour sur un deuxième acte dont j’aurais bien aimé me passer et qui m’a, sur la fin, quasiment déprimée.

Lever de soleil sur Harold Hill, UK

L’acte le plus court de l’année avait pourtant bien commencé. Le 1er jour du mois, mes beaux-parents sont venus visiter nos quartiers allemands pour la première fois. Après une balade dans les parcs de Ratingen couverts de gelée, c’est dans le centre de Düsseldorf que nous les avons emmenés. J’ai cependant dû quitter l’Allemagne dans l’après-midi pour pouvoir vivre un autre moment familial, cette fois dans ma patrie pour un repas dominical. Le lendemain midi, je célébrais en effet l’anniversaire de mon papa au restaurant avec ma petite famille. Le samedi suivant a aussi été l’occasion de faire la fête, mon ancienne compagnie de danse organisant un dîner à la bonne franquette. Puis est venu le temps de dire au revoir à notre résidence temporaire allemande pour embarquer à bord d’un ferry depuis Hoek van Holland. Au bout de 7 heures de traversée, nous revoilà sur le sol anglais. C’est hélas depuis ce débarquement que je n’ai connu que des désenchantements… Impatiente de retrouver mes habitudes dans mon petit café, j’ai appris que sa formidable serveuse en chef avait pris congé pour une durée indéterminée. L’ambiance dans le café de la librairie était plus pesante sans le sourire contagieux de sa sympathique gérante. Quelques jours après, j’apprends que le club de lecture ne sera plus organisé. Très déçus, les membres du club et moi-même nous sommes toutefois battus. Nous continuerons entre nous d’organiser les réunions, et la librairie a accepté que l’on occupe le café les mêmes soirs que le club de lecture de science-fiction. Le mois s’est toutefois terminé par une autre mauvaise nouvelle, cette fois-ci plus personnelle…

Au niveau du boulot, mon moral n’a pas volé beaucoup plus haut. Si, par rapport à janvier, il a été un peu plus productif, il n’a pas été très lucratif. J’ai ainsi appris que le gros projet qui avait été reporté avait finalement été complètement annulé. Le fameux client qui m’avait causé tant de tracas a déclaré à l’agence qu’il résiliait son contrat. Moi qui espérais un plus gros revenu au printemps, me revoilà à nouveau sans projets d’envergure sous les dents. Je pensais également pouvoir reprendre enfin les projets de post-édition pour les institutions avec une nouvelle agence, mais je n’ai reçu aucune commande malgré ma disponibilité et mon expérience. Je n’ai pu donc compter que sur mes projets récurrents, ainsi que sur quelques petites commandes sans honoraires conséquents.

Je ne veux cependant pas terminer ce bilan sur un ton négatif, essayons de voir aussi le positif. Retourner en Angleterre m’aura permis d’observer presque quotidiennement des cerfs. Renouer avec mes habitudes au petit café m’a quand même donné la joie de discuter avec d’autres clients habitués. Voir les membres du club de lecture si unis m’a redonné foi en sa survie. Visiter le salon de la moto avec mon cher et tendre nous a fait penser aux futures excursions que nous pourrons bientôt reprendre. Puis les nuages gris et pluvieux du milieu du mois ont laissé la place à un beau ciel bleu où le soleil flamboie. J’ai même eu une réponse encourageante à mes questions existentielles par l’apparition courte mais réconfortante de 2 arcs-en-ciel. Le vent finira bien par tourner, ce mauvais épisode va passer.

Espérons que le troisième acte de l’année soit plus clément avec l’arrivée du printemps. Il me promet déjà plusieurs moments de joie que j’attends depuis des mois. Prions qu’il me donne aussi plus de boulot, réponse d’ici une trentaine de dodos (rime peu heureuse, je vous l'accorde...).

2024 : acte XI

Décembre est déjà arrivé, mais laissez-moi revenir un temps sur les 4 semaines écoulées. Si le dernier mois de l’automne a été, professionnellement parlant, plutôt monotone, il m’a apporté de grandes félicités dans le domaine de ma vie privée. Retour sur un acte passé entre 3 nations, mon cher et tendre ayant quitté temporairement son bureau anglais pour l’entrepôt allemand et son appartement de fonction.

Balade en forêt dans l’Aaper Wald de Rath, Allemagne

Après un mois de bataille (que j'explique ici en détail), novembre m’a presque mise sur la paille. J’avoue, j’utilise un peu trop vite les grands mots, mes projets récurrents m’ont aidée à garder la tête hors de l’eau. Cela faisait toutefois longtemps que je n’avais plus connu de période aussi creuse, et cela m’a plongée dans une humeur ténébreuse. Désœuvrée, il fallait que je passe autrement mes journées. Les 20 premiers jours de novembre ont été principalement consacrés à la prospection et au visionnage de plusieurs webinaires de formation. L’IA était bien évidemment au cœur de mes préoccupations, elle était d’ailleurs le sujet central du Forum européen de la traduction. Ma prospection auprès de nouvelles agences s’est accompagnée d’un syndrome de l’imposteur intense. Doutant de mes compétences linguistiques, je me suis remise plus assidûment à leur pratique. Plusieurs heures de mes journées ont été ainsi dédiées à l’écoute de podcasts en russe, espagnol, allemand et anglais. Après quasi un mois de torpeur, j’ai enfin pu reprendre le travail avec vigueur. Le projet qui m’avait causé tant de tracas a repris avec fracas, remplissant de suite les dernières cases de mon agenda. Décembre démarre donc sur les chapeaux de roue, mais je ne vais pas faire la moue.

Mes journées de travail plus légères ont aussi été salutaires. Durant mes derniers jours sur le sol anglais, j’ai fréquenté plus régulièrement mon petit café. Droguée au Pumpkin Spice latte, j’étais fière des relations amicales que j’avais réussi à y tisser. L’une des clientes habituelles m’a d’ailleurs proposé de poursuivre nos conversations par courriel. Passer début novembre sur le territoire britannique m’a donné l’occasion d’assister à quelques festivités sympathiques. Éclats d’artifices et feux de joie ont illuminé les premières soirées du mois. Souhaitant rendre visite à nos chers voisins cervidés, nous avons passer le dernier week-end à nous balader dans leur endroit préféré. Ils sont venus à leur tour nous dire au revoir, apparaissant sous notre balcon le matin de notre départ.

Après mon arrivée outre-Rhin, j’ai voulu passer du temps auprès des miens. Fin d’après-midi chez Mamy, repas entre cousines, retrouvailles avec mes meilleures amies, j’ai fait une bonne dose de dopamine. Mes jours en Belgique se sont terminés de manière parfaite : soirée de ballet à l’opéra de Liège et dégustation de raclette. J’ai profité du reste de novembre pour arpenter les parcs allemands ornés de feuilles d’ambre. La première neige a sonné l’heure de visiter les premiers marchés de Noël, mon cher et tendre m’ayant emmenée à Düsseldorf pour une échappée belle. Shopping, sirotage de vin chaud, bingsu coréen et soirée cinématographique ont été au programme de notre petite virée romantique. Le mercure grimpant subitement le dimanche suivant, nous nous sommes promenés sous 15 degrés dans un bois époustouflant. Rien de tel qu’une balade automnale en forêt pour me changer les idées ! Les journées raccourcissent mais je tiens à profiter au maximum de ces couleurs flamboyantes qui me ravissent.

Décembre s’annonce intense avant de pouvoir faire bombance. Espérons que j’arriverai à garder pied pour profiter sans stress des fêtes de fin d’année. Nous verrons cela au dernier bilan, qui sera publié après le Nouvel An !

Translating Europe Forum 2024

La semaine dernière s’est tenu à Bruxelles le Translating Europe Forum (ou TEF pour les intimes). Je n’étais pas sur place, mais il était possible de s’inscrire pour assister en ligne à plusieurs conférences. Cet événement gratuit destiné à l’ensemble des acteurs et actrices du secteur du langage en Europe existe depuis 2014, mais c’est la première fois que je m’y suis intéressée. Je suis loin d’être la seule vu le nombre record de participant.e.s cette année. Rien d’étonnant compte tenu du thème : l’influence de l’IA générative sur les métiers de la traduction.

Se déroulant du 6 au 8 novembre 2024, le Translating Europe Forum de cette année avait pour titre « Words Matter: Translators at the Forefront of AI-Driven Data, Terminology and Technology » (ce qu'on pourrait traduire par « Les mots comptent : les traducteurs en première ligne des données, de la terminologie et des technologies alimentées par l’IA »). Il se composait de discours, séances de questions-réponses, ateliers en ligne, débats de spécialistes ou encore de conférences dites « TEF-talk ». L’événement, organisé par la DGT (comprenez la direction générale de la traduction de la Commission européenne), incluait également un salon dédié aux jeunes arrivant sur le marché de la traduction. Je n’ai pas pu assister à l’ensemble des conférences et débats, mais les quelques-uns auxquels j’ai pu participer ont été très enrichissants.

J’ai suivi attentivement les divers ateliers et sessions en ligne qui expliquaient comment utiliser l’IA dans la traduction, comment écrire de bons prompts, mais aussi ceux qui visaient à nous préparer à l’avenir. L’inquiétude était palpable dans les conversations en ligne et au sein du public présent sur place. Certaines conférences m’ont donné un peu d’espoir, d’autres m’ont carrément déprimée, d’autres encore m’ont fait prendre conscience de la chance que j’ai eue d’avoir pu pratiquer le métier que j’aimais pendant plusieurs années, chose que ne pourront peut-être pas connaître les actuel.le.s étudiant.e.s en traduction(en gros, notre métier ne va pas disparaître complètement, on aura toujours besoin d'êtres humains pour vérifier le travail exécuté par l'IA, mais on ne pourra plus vraiment parler de « traducteurs » ou « traductrices », ce qui revient quand même à une disparition à mon sens...). Plusieurs intervenant.e.s ont tiré la sonnette d’alarme et interpelé les responsables sur les questions de la confidentialité des données, du manque de fiabilité de l’IA, du droit d’auteur, ou encore de la dégradation de nos conditions de travail. Le débat « Freelancers and language service providers: different views, same goals?  » (soit « Freelances et fournisseurs de services linguistiques : différentes opinions, mêmes objectifs ? ») était quelque peu enflammé, la traductrice Tina Shortland reprochant à un moment aux agences de traduction d’avoir contribué à la baisse de la rémunération des freelances en se pliant aux exigences des clients, toujours en quête de tarifs plus bas et de délais de livraison plus courts, sans comprendre la quantité de travail supplémentaire que peut parfois demander la post-édition. Une project manager du public a pris la parole lors de la séance de questions-réponses pour dire que cela pouvait aussi avoir des répercussions négatives sur les agences car certains traducteurs prétendent pouvoir post-éditer 8 000 mots par heure (ce qui est évidemment impossible...) et remplissent donc les mémoires de traduction de passages incorrects, peu précis, etc. Bref, une baisse de tarifs est synonyme de baisse de la qualité (pas toujours évidemment, mais la motivation est moins grande quand on est payé moitié prix).

Outre ce débat, 2 interventions m’ont particulièrement marquée. La première était une conférence donnée par Giulia Tarditi, une professionnelle de la localisation et membre du groupe d’experts de l’industrie du langage LIND, qui conseille la direction générale de la traduction. Très motivante et inspirante, elle expliquait comment protéger son avenir en tant que prestataire de services linguistiques. Bon, son message principal était qu’il fallait se réorienter, se former dans divers sujets et ne pas se limiter strictement aux langues, mais elle a donné plusieurs clés. La deuxième était un discours de Marina Pantcheva, directrice des services d’IA linguistique du groupe RWS, un géant du monde de la traduction, auquel appartient notamment Trados. Avec beaucoup d’humour, elle a expliqué les failles existantes de l’IA et souligné la relation complémentaire entre les traducteurs et cette nouvelle technologie, nous encourageant à devenir des pilotes de cette évolution, et pas simplement des superviseurs du travail de l’IA.

J’ai ajouté les liens des interventions que j’ai citées, mais vous pouvez retrouver l’ensemble des conférences, ateliers, tables rondes et discours de l’édition 2024 du TEF sur la chaîne YouTube de Translating for Europe (uniquement en anglais, mais je suppose que cela n'intéressera que mes homologues). Bonne écoute !

L’évolution du métier de traducteur-traductrice

Ce lundi 30 septembre, le monde a célébré la Journée internationale de la traduction. Cette année, le thème choisi par la Fédération internationale des traducteurs est « Traduire, tout un art à protéger ». Il faut dire que l’ambiance est particulièrement anxiogène depuis début 2024 avec l’amélioration de l’intelligence artificielle générative. Les plus grands admirateurs de l’IA ne cessent d’ailleurs de prédire la disparition de divers métiers, dont la traduction, prétextant que l’humain est remplaçable. Ce n’est toutefois pas la première fois que les traducteurs et traductrices se voient prédire leur extinction

Je ne vais pas dire que la traduction existe depuis la nuit des temps (vu qu'il faut attendre au moins l'arrivée de l'écriture pour pouvoir parler de traduction de textes, à ne pas confondre avec l'interprétation, qui existe probablement depuis les premières rencontres entre différents peuples), mais il s’agit quand même d’un des plus vieux métiers du monde. Certains articles parlent ainsi de l’existence de glossaires bilingues en éblaïte et sumérien datant du IIIe millénaire avant J.-C. en Syrie, mais sans avoir vraiment de preuves de traduction à proprement dite. La première grande traduction la plus documentée en Occident est la Septante, la traduction en grec de la Bible hébraïque entreprise à Alexandrie au IIIe siècle avant J.-C.. L’Antiquité voit plusieurs traductions du grec au latin, y compris par Cicéron, qui considère déjà la traduction comme un art et privilégie la traduction du sens plutôt que des mots. C’est notre fameux Jérôme de Stridon qui va instaurer cette façon de traduire comme la règle à suivre au IVe siècle de notre ère. Il a toutefois fallu attendre le XIXe siècle pour qu’elle soit vraiment considérée comme la norme.

Jusqu’au XXe siècle, l’utilité de notre profession n’a pas été mise en cause. Les traductrices et traducteurs ont bien vu leurs outils de travail changer, passant de la plume et du parchemin à la machine à écrire, mais ce n’est qu’avec l’arrivée des ordinateurs puis la popularisation d’Internet que mes collègues d’antan ont commencé à se sentir menacé.e.s. Il faut dire qu’en parallèle de l’invention des ordinateurs au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des ingénieurs, développeurs et linguistes se penchaient déjà sur la traduction automatique. Les premiers logiciels étaient prometteurs, mais pas encore capables d’imiter le cerveau humain. C’est dans les années 1980, avec le développement de la technologie des mémoires de traduction (qu'utilise notre cher Trados), que les traducteurs et traductrices ont vu un tournant dans leur manière de travailler. Ces logiciels étaient encore basiques lorsque j’ai entamé mes études de traduction. Je me rappelle d’ailleurs de nos cours d’informatique à l’EII (École d'Interprètes Internationaux devenue la Faculté de Traduction et d'Interprétation de l'université de Mons), où l’on tentait d’apprivoiser certains de ces logiciels, sans jamais vraiment obtenir de résultats concluants. D’ailleurs, quand je me suis lancée en tant que traductrice indépendante, je rechignais au début à utiliser les outils de TAO. Puis j’ai rapidement vu qu’il était indispensable de les maîtriser si je voulais travailler avec les agences de traduction. Je les ai finalement adoptés également pour mes propres clients, mon travail étant grandement facilité grâce aux mémoires. J’ai passé à peu près 5 ans à travailler principalement de cette manière, traduisant les textes avec l’aide de Trados. On n’arrête toutefois pas le progrès… En 2018, je poussais mon premier coup de gueule sur l’autre bouleversement de notre métier : la post-édition. Je vous invite à (re)lire mon article à ce sujet pour comprendre de quoi il s’agit, mais il faut savoir que depuis lors, la post-édition devient de plus en plus la tâche principale de nombreux traducteurs et traductrices. Nous devenons des réviseurs de textes traduits par des machines et voyons avec effroi l’amélioration de ces traductions avec l’arrivée de l’IA.

Cela veut-il dire toutefois qu’on n’aura bientôt plus besoin de nous ? Je ne crois pas (du moins pas tout de suite). Les textes traduits par machine ont gagné en qualité, mais ils sont toujours imparfaits. D’ailleurs, voici un petit florilège de termes traduits automatiquement qui m’ont bien fait rire récemment :

Terme anglaisTraduction automatiqueTraduction correcte
carbon food printing impression de pieds de carbone empreinte carbone
(pour sa défense, le texte était extrêmement mal écrit et truffé de fautes d'orthographe)
matriarch voûte plantaire matriarche
(je n'ai pas compris le lien avec la voûte plantaire, mais c'est un fait avéré que l'IA a un petit problème de stéréotypes sexistes)
flypaperpapier pour volant d’inertiepapier tue-mouches
creams against sorenesscrèmes contre le tricrèmes anti-douleur
whistleblower reportsdénersoufflerierapports de lanceurs d’alerte (ça lui arrive d'inventer des mots quand elle ne comprend pas)
hidradenitis suppurativasoucoupe de la ruchehidradénite suppurée
(peut-être qu'elle a confondu les lésions cutanées de cette maladie avec des piqûres d'abeille...)

Il existe également encore certains domaines où la traduction automatique alimentée par IA n’est pas acceptable, comme la traduction littéraire, par exemple. Cela n’empêche toutefois pas certains donneurs d’ordres d’exiger un travail de post-édition lorsque cela ne s’y prête pas, juste pour diminuer leurs coûts (j'en parlais ici). Bref, nous sommes pour le moment à un point de l’histoire où l’IA fait le buzz, faisant miroiter un gain de temps extraordinaire dans de nombreux domaines, mais n’est pas suffisamment fiable pour que l’on se passe totalement du cerveau humain. Cela entraîne des frustrations et des luttes acharnées pour tenter de conserver nos tarifs et de prouver la plus-value d’une intervention humaine, mais cela passera (du moins, je l'espère), une fois que le buzz s’essoufflera.

Donc, oui, notre métier évolue, mais il ne disparaîtra pas complètement (pas de sitôt en tout cas). Alors, force et courage à mes collègues traductrices et traducteurs qui ne lâchent rien et continuent de pratiquer contre vents et marées notre si beau métier !

2024 : acte VI

Juin est déjà terminé depuis plusieurs jours, laissant le mois de juillet révéler ses plus beaux atours. À l’heure où vous lirez ce billet, je serai d’ailleurs en congé. Je voulais quand même prendre la peine de revenir sur ces 4 dernières semaines. Retour sur un sixième acte de l’année particulièrement chargé (c'est pourquoi il n'y a pas eu d'article la semaine passée).

Harold Hill Central Park

Après un mois de mai très festif, juin a plutôt été productif. À peine avais-je annoncé mes dates de vacances que j’ai été sollicitée par les agences. Sautant sur l’occasion, j’ai accepté un grand nombre de missions. Plus mon départ approchait, plus l’on me proposait de projets. J’ai donc travaillé avec acharnement pour dire de me faire un maximum d’argent (car quand on est freelance, on n’est pas payé pendant ses vacances…). La dernière semaine a été assez intense, mais j’ai réussi à boucler un gros projet en urgence. J’ai également déjà bloqué plusieurs missions pour la fin du mois de juillet, de quoi me mettre du travail sous la dent dès mon retour de congé.

Si les actualités électorales ont pesé sur mon moral, sur le plan personnel, juin m’a offert des petits bonheurs occasionnels. Il a commencé avec la visite de mes beaux-parents venus passer quelques jours en Angleterre dans notre appartement. Est ensuite arrivée la fête des pères, célébrée autour d’un tiramisu glacé à tomber par terre (et j’adore les tiramisus donc ça méritait d’être noté). Juin m’a aussi donné l’occasion de participer à une autre célébration. La compagnie de danse à laquelle j’appartiens depuis son commencement a profité de son spectacle de fin d’année pour fêter ses 15 ans. Un moment de joie et de fortes émotions partagé avec toute ma « famille passion ». Le retour en Angleterre aura été plus délétère. L’attente interminable au port de Calais m’a fait rentrer à Londres seulement aux petites heures de la matinée. Ce retard m’aura quand même permis d’assister à l’un des plus beaux couchers de soleil de cette année. Mon sixième acte aura aussi marqué le début d’une nouvelle aventure : ma participation à un club de lecture. J’ai adoré l’expérience et je tarde de la réitérer à mon retour de vacances. Notre monture à deux roues ayant plusieurs soucis et le ciel anglais restant plutôt gris, nous n’avons pas vraiment fait de sorties. J’ai toutefois apprécié comme d’habitude mes séances de travail-papotage dans mon petit café et mes rencontres toujours aussi incroyables avec les daims de notre quartier.

Mon mois de juillet démarrant en Crète, le prochain acte de l’année sera plus riche en découverte. La Grèce avait fait l’objet de ma toute première Carte postale sur ce site, je vous partagerai donc mes impressions sur cette énième île du pays 10 ans après ma première visite. En attendant le prochain acte dans 4 semaines, je vous souhaite un mois de juillet dans une ambiance plus sereine.

Ça m’énerve : la déshumanisation des agences de traduction

Publié le

Comme expliqué dans mon billet précédent, mon mois d’avril est plutôt tranquille. Je continue donc à prospecter et à m’inscrire auprès de nouvelles agences. Je remarque cependant une chose : beaucoup d’entre elles ont désormais recours à une plateforme pour fournir du travail à leurs sous-traitants. J’en comprends l’utilité, mais je déplore aussi la diminution des interactions avec les gestionnaires de projets (ou Project Managers alias PM). Voici donc un nouvel article Ça m’énerve, rubrique que je devrais plutôt renommer « C’était mieux avant » (je deviens une vieille réac 😅).

Photo de Meruyert Gonullu

Je me rappelle mes premières années en tant que traductrice freelance. Les propositions de projets se faisaient toujours par e-mail, de même que le rendu des fichiers traduits. Pendant un temps, j’ai d’ailleurs eu le plaisir d’échanger des e-mails avec l’une de mes meilleures amies, qui travaillait comme PM à cette époque, des courriers qui égayaient toujours mes journées. De même, je parvenais à nouer plus facilement des relations professionnelles avec les autres PM, les courriers plus cordiaux étant quand même plus propices à établir une relation de confiance qu’un message expéditif. Après quelques années, cette agence a voulu modifier son système et a demandé aux traducteurs de passer directement sur une plateforme pour renvoyer les projets. C’était bien évidemment une question de sécurité. Malheureusement, certains PM ont un peu trop pris à la lettre cette obligation. Je me rappelle ainsi un « mauvais » PM qui m’avait rembarrée alors que je lui avais simplement demandé s’il avait bien reçu mon projet. Adieu les « bonjour » et les « merci », on clique simplement sur un lien dans l’e-mail pour accepter le projet et on renvoie la traduction directement sur la plateforme une fois le travail terminé.

Je comprends que les PM doivent gérer des dizaines de traducteurs, de clients et de projets, mais est-ce que 30 secondes de plus pour dire bonjour et demander comment ça va sont vraiment une perte de temps ? Le métier de freelance est déjà solitaire, alors si on n’a même plus ce petit semblant d’interaction sociale, la solitude se fait encore plus ressentir. En outre, ces petits échanges anodins a priori permettent aux 2 interlocuteurs de savoir s’ils peuvent compter l’un sur l’autre. Je m’explique : si un passage n’est pas clair, si Trados a décidé de vous lâcher en cours de route ou si une question de terminologie vous taraude, il est plus difficile de contacter un PM avec qui vous n’avez absolument jamais échangé auparavant… Et je le vois bien depuis que le système de l’agence principale avec qui je collabore a changé. Je n’ai plus jamais de réponse à mes questions terminologiques, malgré plusieurs envois via la plateforme… De plus, les e-mails automatiques peuvent parfois entraîner des malentendus ou autres problèmes, comme j’en avais déjà donné un exemple ici.

Bref, j’espère trouver encore des agences de traduction plus « humaines », qui prennent soin de leurs relations avec les traducteurs et traductrices assurant la réalisation de leurs projets car meilleures seront les conditions de travail du prestataire, meilleure sera la qualité du travail fourni. À bon entendeur…