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2025 : acte X

Mon mois d’octobre n’a vraiment pas été sobre. Riche en rebondissements, il m’a fait vivre autant de joyeux moments que de désappointements. Plutôt calme au niveau professionnel, il a été bien rempli du côté personnel. Je prends enfin le temps de faire mon bilan, l’hiver se rapprochant tout doucement.

L’automne à Coventry

Sur le plan de ma profession, ce dixième acte a connu peu d’agitation et a surtout été consacré à la prospection. Il a aussi été dédié à l’étude linguistique, avec des leçons et podcasts en russe, espagnol et en langue germanique. J’ai également vécu une petite déception, m’étant préparée mentalement à passer un test pour une institution. L’agence qui m’avait demandé de le réaliser s’est totalement trompée sur la langue pour laquelle je pouvais être testée. Le vent semble toutefois enfin tourner, une agence plus sérieuse m’ayant contactée. Intéressée par mon expérience avec la Commission, elle m’a recrutée pour travailler sur des projets de traduction et post-édition pour cette institution. Les membres de son équipe m’ont très vite paru sympathiques. Espérons que la collaboration avec cette nouvelle agence me permettra de retrouver du travail en suffisance !

Dans ma vie privée, octobre a marqué le dernier acte complet passé chez les Anglais. Mon cher et tendre doit en effet rejoindre début novembre ses collègues européens et nous passerons l’hiver outre-Rhin. Le dixième acte a aussi été un mois de grand changement, mon cher et tendre ayant voulu passer à un autre mode de déplacement. Craignant devoir de nouveau subir les tempêtes hivernales en moto, il a passé cet été son permis voiture et a acheté en occasion une auto. C’est à Birmingham que nous sommes allés la chercher, partant en train le deuxième vendredi du mois pour la récupérer. Comme il s’agissait d’un véhicule d’occasion, mon cher et tendre avait prévu de changer la courroie dans un garage Peugeot des environs. Sur les 10 minutes de trajet entre les 2 destinations, notre excitation a fait place à la préoccupation, notre voiture montrant des signes de faiblesse à l’accélération. Expliquant chez Peugeot la raison de notre panique, le garage a effectué un petit diagnostic. Notre inquiétude s’est ensuite transformé en effroi quand le représentant nous a expliqué qu’il faudrait remplacer le moteur et qu’ils ne s’occuperont donc pas de la courroie. Les mécaniciens étaient toutefois moins dramatiques, nous conseillant une réparation au prix moins astronomique et nous disant que nous pouvions rentrer à Londres sans que ce soit catastrophique. Récupérant la voiture plus tôt que prévu, nous avons tenté de profiter de notre week-end autour de cette ville déjà connue.

Après avoir redécouvert celle que l’on surnomme la deuxième cité, nous avons repris la route pour dormir dans un hôtel historique étoilé. Nous avons ainsi découvert l’abbaye de Coombe sous le manteau de la nuit, son décor façon Poudlard nous ayant directement séduits. Le petit-déjeuner du lendemain nous a redonné de l’énergie, et nous avons pris le temps de nous balader dans le parc entourant l’abbaye avant d’explorer Coventry. Nous y avons fait une belle promenade automnale autour des ruines de sa cathédrale. Avant de retourner à London, nous avons fait un petit crochet à Stratford-upon-Avon. Je rêvais depuis longtemps revoir la ville natale de Shakespeare, mais le soleil couchant nous a poussé à rapidement partir. Le trajet jusqu’à notre appartement s’est déroulé sans incident majeur, même si notre voiture a eu du mal à grimper les hauteurs. Souhaitant la réparer avant notre grand périple sur le Vieux Continent, nous avons laissé notre automobile chez un garagiste de Basildon soi-disant compétent le mercredi suivant. Le reste du mois s’est déroulé sans voiture, ce fameux garagiste nous causant bien des soucis et des mésaventures… C’est donc dans un état d’incertitude et de stress que s’est terminé cet acte pourtant plein de promesses.

Octobre n’a heureusement pas été uniquement synonyme d’inquiétude, il m’a aussi offert des moments de béatitude. Avant mon retour sur l’île britannique, j’ai ainsi eu le plaisir d’avoir un repas en famille en Belgique. Avide de profiter de mes dernières semaines sur le sol londonien, j’ai ensuite fait le plein de sorties qui m’ont fait du bien. Je me suis accordée 2 soirées de ballet, des discussions et séances de lecture dans mon petit café et un dîner avec des amis pour leur dire au revoir en beauté.

Novembre est déjà bien entamé et s’annonce plus chargé. Les problèmes avec la voiture ne sont pas encore entièrement réglés, mais nous espérons pouvoir bientôt en profiter. Rendez-vous la première semaine de décembre pour le bilan de ce dernier mois d’ambre !

Translating Europe Forum 2024

La semaine dernière s’est tenu à Bruxelles le Translating Europe Forum (ou TEF pour les intimes). Je n’étais pas sur place, mais il était possible de s’inscrire pour assister en ligne à plusieurs conférences. Cet événement gratuit destiné à l’ensemble des acteurs et actrices du secteur du langage en Europe existe depuis 2014, mais c’est la première fois que je m’y suis intéressée. Je suis loin d’être la seule vu le nombre record de participant.e.s cette année. Rien d’étonnant compte tenu du thème : l’influence de l’IA générative sur les métiers de la traduction.

Se déroulant du 6 au 8 novembre 2024, le Translating Europe Forum de cette année avait pour titre « Words Matter: Translators at the Forefront of AI-Driven Data, Terminology and Technology » (ce qu'on pourrait traduire par « Les mots comptent : les traducteurs en première ligne des données, de la terminologie et des technologies alimentées par l’IA »). Il se composait de discours, séances de questions-réponses, ateliers en ligne, débats de spécialistes ou encore de conférences dites « TEF-talk ». L’événement, organisé par la DGT (comprenez la direction générale de la traduction de la Commission européenne), incluait également un salon dédié aux jeunes arrivant sur le marché de la traduction. Je n’ai pas pu assister à l’ensemble des conférences et débats, mais les quelques-uns auxquels j’ai pu participer ont été très enrichissants.

J’ai suivi attentivement les divers ateliers et sessions en ligne qui expliquaient comment utiliser l’IA dans la traduction, comment écrire de bons prompts, mais aussi ceux qui visaient à nous préparer à l’avenir. L’inquiétude était palpable dans les conversations en ligne et au sein du public présent sur place. Certaines conférences m’ont donné un peu d’espoir, d’autres m’ont carrément déprimée, d’autres encore m’ont fait prendre conscience de la chance que j’ai eue d’avoir pu pratiquer le métier que j’aimais pendant plusieurs années, chose que ne pourront peut-être pas connaître les actuel.le.s étudiant.e.s en traduction(en gros, notre métier ne va pas disparaître complètement, on aura toujours besoin d'êtres humains pour vérifier le travail exécuté par l'IA, mais on ne pourra plus vraiment parler de « traducteurs » ou « traductrices », ce qui revient quand même à une disparition à mon sens...). Plusieurs intervenant.e.s ont tiré la sonnette d’alarme et interpelé les responsables sur les questions de la confidentialité des données, du manque de fiabilité de l’IA, du droit d’auteur, ou encore de la dégradation de nos conditions de travail. Le débat « Freelancers and language service providers: different views, same goals?  » (soit « Freelances et fournisseurs de services linguistiques : différentes opinions, mêmes objectifs ? ») était quelque peu enflammé, la traductrice Tina Shortland reprochant à un moment aux agences de traduction d’avoir contribué à la baisse de la rémunération des freelances en se pliant aux exigences des clients, toujours en quête de tarifs plus bas et de délais de livraison plus courts, sans comprendre la quantité de travail supplémentaire que peut parfois demander la post-édition. Une project manager du public a pris la parole lors de la séance de questions-réponses pour dire que cela pouvait aussi avoir des répercussions négatives sur les agences car certains traducteurs prétendent pouvoir post-éditer 8 000 mots par heure (ce qui est évidemment impossible...) et remplissent donc les mémoires de traduction de passages incorrects, peu précis, etc. Bref, une baisse de tarifs est synonyme de baisse de la qualité (pas toujours évidemment, mais la motivation est moins grande quand on est payé moitié prix).

Outre ce débat, 2 interventions m’ont particulièrement marquée. La première était une conférence donnée par Giulia Tarditi, une professionnelle de la localisation et membre du groupe d’experts de l’industrie du langage LIND, qui conseille la direction générale de la traduction. Très motivante et inspirante, elle expliquait comment protéger son avenir en tant que prestataire de services linguistiques. Bon, son message principal était qu’il fallait se réorienter, se former dans divers sujets et ne pas se limiter strictement aux langues, mais elle a donné plusieurs clés. La deuxième était un discours de Marina Pantcheva, directrice des services d’IA linguistique du groupe RWS, un géant du monde de la traduction, auquel appartient notamment Trados. Avec beaucoup d’humour, elle a expliqué les failles existantes de l’IA et souligné la relation complémentaire entre les traducteurs et cette nouvelle technologie, nous encourageant à devenir des pilotes de cette évolution, et pas simplement des superviseurs du travail de l’IA.

J’ai ajouté les liens des interventions que j’ai citées, mais vous pouvez retrouver l’ensemble des conférences, ateliers, tables rondes et discours de l’édition 2024 du TEF sur la chaîne YouTube de Translating for Europe (uniquement en anglais, mais je suppose que cela n'intéressera que mes homologues). Bonne écoute !