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Les mots de l’année 2025

La fin de l’année approche, l’heure est au bilan pour beaucoup, y compris les grands dictionnaires, qui élisent leur(s) mot(s) de l’année. Le vocabulaire évolue avec la société et l’élection de ces mots en dit long sur les événements ou l’actualité de l’année écoulée. J’avais donc envie de m’y intéresser aujourd’hui.

Photo de Arturo Añez sur Pexels

Les mots de l’année chez les anglophones

Du côté anglophone, les mots de l’année sont fortement liés aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies. Merriam-Webster, le plus ancien éditeur de dictionnaires aux États-Unis, a ainsi couronné «slop» du titre de «Word of the Year». Il définit ce terme comme suit : contenu numérique de mauvaise qualité qui est généralement produit en grande quantité au moyen de l’intelligence artificielle (définition traduite par mes soins). En gros, ce sont toutes les absurdités créées par IA qui envahissent nos réseaux sociaux et Internet au global. Cela va des fausses informations aux livres entièrement rédigés par ChatGPT en passant par les vidéos improbables d’animaux aux comportements humains ou les images perturbantes générées par l’IA (qui me mettent toujours mal à l'aise quand il s'agit d'une représentation d'êtres humains). À l’origine, «slop» désignait une sorte de bouillie, un liquide pâteux peu ragoûtant qui fait « slop » quand il tombe par terre. Sur son site, Merriam-Webster indique que «slop» sous sa nouvelle définition est une sorte de pied de nez face à la menace de l’IA et qu’il «envoie un petit message à l’IA, lui disant que lorsqu’il est question de remplacer la créativité humaine, elle ne paraît parfois pas super intelligente» (traduction par mes soins). Et pour en savoir un peu plus sur «slop», je vous conseille ce court podcast.

L’ombre de l’IA plane aussi sur le choix du mot de l’année du Cambridge Dictionary. Il s’agit de l’adjectif «parasocial». Ce terme n’est pas nouveau, il était déjà présent dans les années 1950 avec l’essor de la télévision. Il désigne en effet la relation à sens unique que certaines personnes peuvent nouer par rapport à une célébrité (en l'occurrence, les présentateurs de leurs émissions préférées, comme l'explique ce podcast). Les liens parasociaux se sont accrus ces dernières années avec les réseaux sociaux et le sentiment d’instantanéité et de plus grande proximité que l’on peut ressentir par rapport à un(e) artiste, mais aussi avec la multiplication des influenceurs, YouTubeurs et toutes ces autres célébrités à plus petite échelle qui créent autour d’elles de vrais communautés de fans. S’il a plus de 70 ans, le mot est donc tout à fait d’actualité et il a même fait l’objet d’un pic de recherches sur le site du Cambridge Dictionary cet été. La raison ? Non seulement l’annonce du mariage de Taylor Swift, qui a entraîné une hausse de l’utilisation du terme par les «Swifties» (les fans de la chanteuse amérique), mais aussi la couverture médiatique sur les effets néfastes des robots conversationnels alimentés par IA, comme notre cher Grand Prédateur Technologique, sur les plus jeunes et sur la santé mentale. Ainsi, une relation «parasociale» désigne désormais aussi les relations virtuelles qu’une personne tisse avec une intelligence artificielle.

Quant à l’Oxford Dictionary, le concurrent britannique ancestral du dictionnaire de Cambridge, il a sélectionné l’expression «rage bait», après consultation d’un peu plus de 30 000 personnes. Cela désigne : du contenu en ligne délibérément conçu pour provoquer la colère ou le scandale en étant frustrant, provocateur ou offensant, généralement publié pour augmenter le trafic ou l’engagement sur une site Web ou un compte de média social en particulier (traduction par mes soins). En français, ça se traduit grossièrement par «pute-à-clics». D’après les données du dictionnaire, l’usage du mot a triplé au cours des 12 derniers mois. Cela n’est pas étonnant vu les événements mondiaux déplorables, inquiétants et agaçants qui nous sont tombés dessus depuis le début de l’année…

Les mots de l’année chez les francophones

Les grands dictionnaires de référence français que sont Larousse et Le Robert n’élisent pas de mot de l’année comme le font leurs équivalents anglophones. Cela dit, Le Robert a publié ce début du mois un top 10 des mots les plus consultés sur son dictionnaire en ligne en 2025. Les 3/4 de ces mots sont liés à des sujets politiques, y compris les 4 derniers de la liste : «vassal» (utilisé pour parler de la dépendance politique ou économique face aux États-Unis) ; «submersion» (terme dont l'extrême-droite raffole pour parler de l'immigration) ; «séditieux» (adjectif employé par Jean-Luc Mélenchon pour qualifier le risque de révolte contre l'autorité publique de l'appel à manifestation du Rassemblement national) ; et «gougnafier» (mot désuet signifiant «bon à rien» qui a été remis au goût du jour au Sénégal après avoir été utilisé par un ancien chef de cabinet pour insulter le président du pays). On trouve également des termes politiques à la 5e et à la 4e places, avec «entrisme» (qui désigne une technique d'influence qui consiste à faire entrer des individus dans un groupe pour le noyauter) et «eugénisme» (terme signifiant l'étude et la mise en œuvre de méthodes visant à "améliorer" l'espèce humaine par sélection génétique, qui a été brandi par les opposants à la loi sur le droit à l'aide à mourir adoptée au printemps). Deux ovnis dans cette liste, le mot «go» (interjection empruntée à l'anglais qui a déclenché une polémique au Canada) à la 6e place et «wesh», ce mot familier en provenance d’Algérie utilisé par les plus jeunes pour exprimer le questionnement, l’étonnement, le dépit, l’admiration ou tout simplement pour saluer quelqu’un(e), qui se hisse à la 3e place. Juste avant la 1ère place, l’élection du nouveau pape et la réforme des retraites en France ont augmenté le nombre de recherches du mot «conclave», qui désigne l’assemblée des cardinaux pour élire le nouveau pape, mais aussi par extension toute autre assemblée décisionnaire. Enfin, le mot numéro 1 de ce top ne fait que renforcer l’idée que 2025 a été une année de recul pour les droits des femmes à travers le monde. Il s’agit de «masculinisme», c’est-à-dire le mouvement qui promeut les droits et les intérêts des hommes au détriment de ceux des femmes. Les partisans de cette doctrine vont prétendre que c’est le contraire du féminisme, mais ils se trompent totalement. Le féminisme a toujours cherché l’égalité entre les hommes et les femmes et une amélioration de la place de la femme dans notre société patriarcale, ce n’est pas un mouvement contre les hommes.

Pour éviter de finir sur un thème qui plombe un peu l’ambiance, intéressons-nous maintenant aux nouveaux mots qui sont entrés dans le dictionnaire français d’Antidote. Bien qu’il soit d’origine québécoise, il s’intéresse à la langue française dans sa globalité et est un outil que j’utilise régulièrement. Vous trouverez le palmarès des 40 nouvelles entrées ici, mais j’avais envie de partager celles que je trouvais poétiques ou plus rigolotes. J’ai ainsi appris qu’on pouvait désormais manger des «brocofleurs» (un mix entre un brocoli et un chou-fleur), que l’on nettoyait les «larmes de sirène» dans les océans (expression poétique pour désigner les granulés de plastique qui polluent l'eau), que je fais face au «paradoxe du choix» quand je suis incapable de décider de la série ou du film à regarder face à la multitude de possibilités qu’offrent les plateformes, et que j’avais très peur de l’«écervelage», soit la détérioration de nos facultés humaines par l’utilisation des nouvelles technologies. Je vous donne ensuite un nouveau terme qui tombe à pile pour les fêtes de fin d’année avec le belgicisme «cacahuète de Noël». Alors, non, ne pensez pas que les Belges emballent les cacahuètes servis à l’apéro pour les mettre au pied du sapin. Cela correspond juste au «Secret Santa», soit offrir un cadeau (pas trop cher, d'où la cacahuète) à une personne tirée au hasard.

Pour finir, sachez que la RTBF (radio-télévision belge), le journal belge Le Soir et des linguistes de l’université catholique de Louvain vous proposent de sélectionner votre mot de l’année parmi une liste de 10 termes. Je vous laisse les découvrir ici. À vos votes !

Les mots qui fâchent : coloniser

Si vous suivez l’actualité, vous n’êtes pas sans savoir que Londres a accueilli, il y a une semaine, l’une des plus grandes marches d’extrême-droite de son histoire. Le Royaume-Uni est mon pays d’adoption et voir une partie de son peuple manifester contre l’immigration est un coup dans le cœur. À la tristesse de voir ce monde devenir de plus en plus fermé sur lui-même s’ajoute la colère face à cette bêtise et de nouveau face à ces mots qu’on utilise à tort et à travers…

Photo de Puwadon Sang-ngern sur Pexels

Passons les portraits brandis en tant que martyr de l’extrémiste américain qui s’est fait tuer par plus extrémiste que lui ou l’intervention vidéo du soi-disant génie qui a l’étrange maladie de faire involontairement des saluts nazis et focalisons-nous sur l’invité d’honneur français, qui n’était autre que le Monsieur-Je-Me-Crois-Plus-Intelligent-Que-Tout-Le-Monde à la tête de gnome (je suis sûre que vous avez l’image…). J’ai entendu une petite partie de son discours et ça m’a hérissé le poil :

« Vous et nous, le peuple anglais et le peuple français sommes confrontés au même danger mortel. Vous et nous sommes colonisés par nos anciennes colonies. »

On va zapper le passage drama queen du « danger mortel » (alors qu'il n'y a rien de plus dangereux et mortel que les attaques de partisans de l'extrême-droite...) et se concentrer sur la deuxième phrase. La France et l’Angleterre seraient « colonisées ». Mais ça veut dire quoi « coloniser » au juste ?

Larousse : 1. Transformer un pays en une colonie, en un territoire dépendant d’une métropole. 2. Peupler un pays, une région de colons : les Anglais ont colonisé l’Australie. 3. Mettre un pays sous sa dépendance économique. 4. Occuper un lieu, l’envahir en s’installant en grand nombre dans des résidences secondaires, des propriétés : Les mauvais feuilletons colonisent le petit écran.

Le Robert : 1. Peupler de colons. 2. Faire d’un pays une colonie. 3. (au figuré) Envahir ; être omniprésent dans (un lieu, un domaine).

Alors, certes, les 3e et 4e définitions peuvent s’appliquer à l’Angleterre, et à Londres en particulier. Les étrangers, dont je fais partie, s’installent depuis toujours en grand nombre dans la capitale du Royaume-Uni, bien que beaucoup l’aient fuie depuis le Brexshit. C’est vrai aussi qu’il y a de plus en plus de kebabs, de restaurants indiens et de buffets asiatiques (de même que de grandes chaînes américaines, d’ailleurs, mais bizarrement, ça pose moins problème…). Oui, on peut entendre de l’espagnol, du bengali, du chinois ou du français dans le métro londonien, tout comme l’on peut y croiser, sur le même trajet, des femmes voilées, arborant des motifs africains colorés ou vêtues de salwar kameez. Mais est-ce que les Anglais ont disparu pour autant, tout comme le sont aujourd’hui d’innombrables peuples amérindiens ? NON.

Comment l’ignoble petit gnome français ose-t-il comparer la vague d’immigration actuelle aux colonies des siècles passés ? Certes, beaucoup de ces immigré.e.s arrivent par la mer, à l’instar des colons d’autrefois. Leurs intentions sont-elles toutefois similaires ? Les immigrés ont-ils imposé leur religion aux Britanniques comme l’ont fait les Britanniques, les Français, les Belges, les Portugais ou les Espagnols aux autochtones des territoires qu’ils ont envahis ? Ont-ils détruit des temples, exploité les terres, volé les richesses locales, appauvri les autochtones ? Ont-ils violé, mutilé, tué des Britanniques ? Et qu’on ne vienne pas me parler de ces quelques histoires de viols commis par des immigrés, c’est juste un moyen de détourner le public sur le véritable problème : la domination masculine au sein de nos propres foyers et la misogynie ancrée depuis des siècles dans le monde entier (mais c’est un autre débat). Les immigré.e.s d’aujourd’hui ont-ils ou elles l’intention de faire des îles britanniques la colonie de leur pays d’origine ? Clairement pas. Beaucoup cherchent simplement une vie meilleure, fuient des conditions déplorables, ou veulent rejoindre leurs proches.  

Comparer l’immigration actuelle aux colonies des grands empires d’antan, c’est un peu comme crier à l’antisémitisme face aux appels à la paix sur la bande de Gaza. Toujours ce côté « drama queen »… Et quand bien même ce serait le cas, que les anciennes colonies colonisent leurs anciens envahisseurs, ce ne serait qu’une question de karma, non ?

J’ai toujours adoré Londres pour son cosmopolitisme, le fait d’accéder à autant de cultures différentes dans une seule ville, et d’assister au mélange de ces peuples et aux richesses qui en découlent. Les manifestants britanniques de cette marche devraient s’en rappeler, eux qui entonnaient des chansons de Queen, l’un des groupes britanniques les plus emblématiques dont l’inégalable chanteur venait tout droit de… Zanzibar. Nos ancêtres ont voulu voyager et conquérir le monde, à nous d’en vivre les conséquences et arrêtons d’accuser les immigré.e.s de tous nos malheurs !

#Je suis arachnophobe

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Cette semaine a marqué la rentrée des classes en Belgique. Mais les petit.e.s écoliers et écolières n’ont pas été les seul.e.s à faire leur rentrée. La fin de l’été annonce aussi la rentrée… des araignées dans nos maisons. Depuis 2 semaines, j’enchaîne les rencontres effrayantes et vis dans un état de stress constant. J’essaye toutefois de me débarrasser de mon arachnophobie. L’un des moyens d’exorciser une peur est d’apprendre à mieux connaître l’objet de cette crainte. Comme j’adore les mots, je me suis donc intéressée à l’étymologie des termes « araignée » et « arachnophobie ».

Photo de Photo de Andrii Lobur sur Pexels

L’histoire du mot « araignée » est passionnante. Le terme français vient des mots latins araneus et aranea. Le premier, qui a donné « aragne », désignait le monstre à huit pattes, tandis que le deuxième se référait à sa toile. Le « i » précédant le « g » a été ajouté au XVIIe siècle non pas pour faire joli, mais pour donner une indication sur la prononciation de « -gne ». En effet, le « i » permettait de distinguer le « -gne » dur, comme dans « stagne », du « -gne » nasal, comme dans « montagne ». D’ailleurs, le terme « montagne » s’écrivait « montaigne ». Pendant tout un temps, les termes « araigne » et « aragne » ont coexisté. Et « araignée » alors ? Eh bien, au départ, on a ajouté le « -ée » pour parler de la toile que tissait l’aragne. Donc « araignée » désignait la toile et l’animal était nommé « aragne ». Puis de fil en aiguille, « aragne » a été mis de côté et le mot « araignée » l’a emporté, et l’on désigne désormais son filet par « toile d’araignée ». Je vous invite à regarder cette intéressante vidéo de Bernard Fripiat, qui explique tout ça bien mieux que moi. Si vous aimez la langue de Shakespeare, je vous invite à lire cet article qui explique l’origine de cobweb, tout aussi passionnante.

Et l’arachnophobie dans tout ça ? Étymologiquement, le terme vient de l’association des mots grecs φόβος (phóbos = la peur) et ἀράχνη (arakhnê = araignée). Arakhnê (ou Arachné), qui est également à l’origine du mot « arachnide » (c'est-à-dire la classe des arthropodes à laquelle appartiennent les araignées, mais aussi les scorpions et les acariens) est un personnage de la mythologie grecque. Voici son histoire, reprise dans les Géorgiques de Virgile et dans les Métamorphoses d’Ovide, racontée avec mes mots.

Il était une fois une jeune tisseuse du nom d’Arachné dont le talent était si grand que sa réputation a atteint le mont Olympe. Intriguée, Athéna a voulu observer de ses propres yeux le travail de cette surdouée du tissage. Sous les traits d’une dame âgée, la déesse des arts et des technniques rendit ainsi visite à Arachné. Sans connaître l’identité réelle de sa visiteuse, la jeune femme commit l’impair de se vanter d’être la meilleure tisseuse au monde et de surpasser les talents d’Athéna elle-même. Vexée, la déesse révéla alors son identité et lança à Arachné le défi de la surpasser lors d’un concours de tapisserie. Athéna choisit de représenter les dieux de l’Olympe dans toute leur gloire, tandis que la jeune tisseuse eut l’audace d’illustrer les relations amoureuses scandaleuses de ces divinités. Leur travail terminé, la déesse entra dans une colère folle, ne voyant aucun défaut sur l’ouvrage d’Arachné. Verte de jalousie, elle frappa la jeune tisseuse avec sa navette et détruisit sa tapisserie. Désespérée, Arachné choisit de se donner la mort et se pendit. Prise de remord, Athéna eut la bonté de lui redonner la vie, mais sous la forme d’une araignée, condamnée à tisser pour l’éternité.

Je vous épargne l’illustration traumatisante de ce mythe par Gustave Doré pour la Divine Comédie… Maintenant qu’on connaît l’origine étymologique de l’arachnophobie, que signifie exactement ce mot ? Est-ce que je peux me qualifier d’arachnophobe ? Intéressons-nous un peu aux symptômes :

Arachnophobie

Peur phobique des araignées se traduisant par une envie de fuir, une accélération de la respiration, une augmentation du rythme cardiaque, de la sueur, des douleurs dans la poitrine, des maux de tête, des pleurs et cris, de la paralysie et parfois une perte de connaissance.

Je n’ai jamais été jusqu’à perdre connaissance face à une araignée, mais je rappelle très bien d’un épisode où je suis restée bloquée en pleurs pendant plus d’une heure devant la porte des toilettes car j’avais vu une énorme tégénaire sur le mur juste à côté de la cuvette, exactement au niveau de ma tête quand je me suis assise sur le pot. Il était trop tard pour appeler mon super héros (papa, qui dormait déjà) et j’étais tiraillée entre l’envie pressante de me soulager et celle de m’enfuir le plus loin possible du monstre qui hantait les toilettes. L’une de mes meilleures amies qui a kotté avec moi m’a également retrouvée une nuit assise la tête dans les genoux sur une chaise dans la cuisine car une grosse araignée se baladait dans ma chambre et que j’étais incapable d’y dormir. Vous vous demandez pourquoi je ne les tue pas ou ne les mets pas dehors ? C’est parce que ma peur me paralyse. Tuer une araignée, de 1) c’est nul, elle n’a rien demandé, de 2) ça implique de devoir s’approcher d’elle, de la regarder pour bien viser et de risquer de la voir se mettre à courir dans tous les sens, ce qui me fait littéralement prendre la fuite. Ma peur ne se limite pas aux araignées réelles. Par exemple, je n’ai jamais pu regarder le passage dans la Forêt interdite dans le film Harry Potter et la Chambre des secrets (je me rappelle d'ailleurs m'être recroquevillée sur mon siège la tête dans les genoux à ce moment précis du film quand je suis allée le voir au cinéma, un horrible moment avec tous les bruits de pattes dans tous les sens 😭). Les illustrations, photos, même parfois les dessins animées d’araignées me mettent dans un état de malaise profond. La rédaction de cet article a d’ailleurs été compliquée par moment (avec tous ces sadiques qui s'amusent à inclure des photos d'araignée dans les articles traitant d'arachnophobie 😡).

Mais d’où vient cette peur irrationnelle des araignées ? Il existe plusieurs explications. On va oublier les inepties psychanalytiques de Freud, qui relie cette peur au sexe féminin et plus particulièrement à la mère phallique. En gros, l’araignée représenterait la méchante mère redoutée par son enfant. Si ça vous intéresse, je vous renvoie à cet article. Plus plausible, l’arachnophobie ferait partie des peurs innées ou fondamentales, tout comme l’ophiophobie (la peur des serpents), c’est-à-dire qu’elle proviendrait d’un mécanisme de survie que nos lointains ancêtres ont développé pour se protéger des morsures ou piqûres mortelles de ces animaux. Mais qu’est-ce qui expliquerait alors que certaines personnes n’ont absolument aucun problème avec les araignées et peuvent les prendre en main ou les considérer comme des animaux de compagnie ? Cela pousse apparemment certains chercheurs à considérer l’arachnophobie comme une peur héréditaire ou génétique. D’autres prétendent que l’arachnophobie serait une peur conditionnée, c’est-à-dire qu’elle serait la conséquence d’un traumatisme subi pendant l’enfance (ATTENTION, je vous renvoie à cet article en anglais, mais il comporte des photos d'araignée…). Je penche plutôt pour cette dernière explication, du moins en ce qui me concerne.

Je me rappelle ainsi que l’un de mes oncles s’amusait à faire semblant de me lancer dans la cave de chez ma grand-mère paternelle pour que j’aille rejoindre « les araignées » (merci tonton  🙄). Je ne les voyais pas, mais j’ai toujours eu horriblement peur de cette cave et d’y descendre. Cela dit, je ne me souviens pas d’avoir rencontré d’araignée chez ma grand-mère… Par contre, je me rappelle très bien la première rencontre traumatisante avec une araignée (je pense que c'était la première et les sensations sont encore vivaces…). Je ne sais pas quel âge j’avais, mais c’était à l’époque où je prenais encore des bains avec ma petite sœur. Nous avions un jouet en forme de baleine avec lequel nous n’avions plus joué depuis un certain temps qui traînait sur le bord de la baignoire. Et ce jour-là, nous avons voulu l’utiliser de nouveau… La baleine en question disposait d’un petit mécanisme qui permettait de faire jaillir de l’eau par son évent. Sauf que ce n’est pas de l’eau qui a jailli du trou, mais une énorme araignée noire qui s’est retrouvée entre nous deux dans la baignoire. Jamais nous ne sommes sortis aussi vite du bain, nos cris étant accompagnés par ceux de notre mère face à la vue du monstre à huit pattes se débattant dans l’eau. Depuis, je me rappelle en détail de chaque malheureuse rencontre avec une araignée.

Je tente toutefois de me soigner et je suis quand même fière de pouvoir dire que j’accomplis des progrès. Ainsi, je cohabite depuis plusieurs semaines avec une tégénaire dans ma salle de bain, que j’ai baptisée Jeanine (ça me fait penser à une voisine acariâtre qui passe son temps à t'observer derrière sa fenêtre, mais que tu dois quand même traiter avec politesse). Tant que Jeanine reste dans la salle de bain, je la laisse tranquille… Elle me fait généralement coucou le soir, je m’entraîne donc à me laver les dents et à me nettoyer le visage en sa présence, tout en la surveillant du coin de l’œil et en fermant bien la porte pour ne pas qu’elle se balade (je me rassure comme je peux). Et j’ai réussi à mettre dehors une araignée de plus petite taille comme une grande 😊. Je n’irai pas jusqu’à faire une thérapie (qui consiste à toucher d'énormes araignées pour vaincre sa peur...), ni à aller en Australie ou en Amazonie, mais je me soigne comme je peux.

Si vous êtes arachnophobe et que vous passez par ici, je vous envoie tout mon courage. Plus que quelques semaines à tenir, on va survivre !

Les mots qui fâchent : pro-vie

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Le retour des vacances est toujours un peu rude quand on ouvre de nouveau les journaux et les réseaux sociaux. Préoccupée par la condition féminine dans le monde entier, je m’intéresse beaucoup aux grands sujets du féminisme. Depuis le renversement de l’arrêt Roe v. Wade et la réélection du clown orange à la Maison Blanche, l’avortement est au cœur des débats. Le guignol de 4 ans d’âge mental qui considère le monde comme sa plaine de jeux a été qualifié de « président le plus pro-vie de l’histoire » par l’hebdomadaire chrétien français La Vie. Ce terme, « pro-vie », m’a toujours horripilée. J’avais donc envie d’en parler aujourd’hui.

Photo de Alfo Medeiros sur Pexels

D’où vient le terme « pro-vie » et que signifie-t-il exactement ? Cette expression provient du terme anglophone « pro-life » apparu dans les années 1970 aux États-Unis, selon le Merriam-Webster. Dans le Cambridge Dictionary, le terme est défini comme suit :

pro-life (adjective): opposed to the belief that a pregnant woman should have the freedom to choose an abortion if she does not want to have a baby.

Traduction : pro-vie (adjectif) : opposé à la conviction qu’une femme enceinte devrait avoir la liberté de choisir d’avorter si elle ne veut pas avoir de bébé.

Le terme « pro-vie » ne semble pas être entré dans les dictionnaires académiques français. J’ai uniquement trouvé une définition sur le site de vulgarisation La langue française :

Pro-vie (adjectif) : qui s’oppose à l’interruption volontaire de grossesse et à l’euthanasie.

Il est intéressant de voir qu’en français, le terme « pro-vie » inclut aussi l’opposition à l’euthanasie. Étrange de savoir qu’un mouvement qui refuse de voir les gens mourir est prêt à sacrifier la vie d’une femme… car oui, ce qui m’embête dans ce terme, ce sont les mots choisis. Moi aussi je suis « pour la vie », une vie avec tous ses bonheurs et ses malheurs, mais dont le déroulement et la fin sont choisis en pleine conscience quand on en a la possibilité. Dire d’une personne qu’elle est « pro-vie » alors qu’elle veut empêcher les autres de vivre et de terminer leur vie comme ils et elles l’entendent me paraît totalement insensé.

Quel type de vie ces gens prônent-ils exactement ? Une vie dans laquelle une mère morte cérébralement est tenue artificiellement en vie pour donner naissance à un enfant prématuré dont la survie est incertaine ? Un enfant qui, s’il survit avec tous les séquelles qu’il risque d’avoir, subira le traumatisme d’apprendre plus tard qu’il a grandi dans le ventre de sa mère morte, comme s’il s’agissait d’une couveuse et non d’un être humain ? Je ne parle pas ici d’un roman ou d’une série dystopique, mais du cas d’Adriana Smith, une maman et infirmière de 30 ans maintenue artificiellement en vie pendant 6 semaines à cause l’interdiction de l’avortement après 6 semaines de grossesse dans l’État de Géorgie. Tout cela bien évidemment contre les souhaits de son mari et de sa famille, qui ont dû vivre un véritable cauchemar émotionnel (et ne parlons pas de son petit garçon de 7 ans)

Les pro-vies sont-ils favorables à ce qu’une mère victime d’une fausse couche meure parce que l’équipe médicale doit attendre qu’il n’y ait plus aucun battement de cœur du fœtus pour intervenir, laissant ainsi une petite fille orpheline et un mari veuf de son épouse de seulement 28 ans ? Là encore, je ne parle pas d’une héroïne de film d’horreur, mais de Josseli Barnica, victime des lois anti-avortement du Texas. Josseli est loin d’être la seule à travers le monde. En Pologne, Izabela est morte des suites d’une septicémie alors qu’elle en était à sa 22e semaine de grossesse parce que les médecins avaient peur d’enfreindre les lois anti-avortement strictes du pays.

Est-ce qu’être « pro-vie », c’est exiger d’une maman en deuil de porter son fœtus mort pendant plusieurs semaines et de continuer à ressentir les symptômes de grossesse alors qu’elle ne va jamais pouvoir prendre son bébé vivant dans les bras ? C’est ce qu’a vécu Elisabeth Weber en Caroline du Sud. Ancienne « pro-vie » elle-même, elle a vu son utérus se transformer en tombe, avec la peur de mourir à son tour, sans pouvoir rien faire à cause des lois anti-avortement qu’elle avait autrefois soutenues.

Je me rappelle aussi de ces militant.e.s soi-disant pro-vie au Brésil qui étaient contre l’avortement d’une petite fille de 10 ans, enceinte après les viols répétés de son oncle. Ces gens étaient-ils conscients qu’ils allaient condamner une enfant à un accouchement extrêmement à risque et à une vie totalement ruinée ? Certain.e.s ont même été jusqu’à se rendre à l’hôpital pour lui bloquer l’accès et la traiter de meurtrière alors qu’elle tenait des peluches dans les bras pour se rassurer. Ces personnes n’ont-elles aucune empathie ? La vie d’une fillette ou d’une femme est-elle aussi insignifiante à leurs yeux ?

Je cite ici de cas extrêmes, mais être « pro-vie », c’est vouloir simplement empêcher une femme de vivre sa vie comme elle l’entend, d’avoir des enfants quand et si elle se trouve dans la bonne situation (émotionnelle, amoureuse, financière...). Comme l’a si bien dit Simone Veil :

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. »

L’arrivée d’un enfant est un bouleversement total. Les femmes qui prennent la lourde décision d’avorter en sont bien conscientes. Elles connaissent les sacrifices qu’implique la venue d’un enfant dans ce monde. Elles connaissent leurs limites, leur santé physique et mentale, l’état de leur relation amoureuse, leurs envies et besoins actuels. Forcer une femme à garder un enfant, ce n’est pas être pro-vie, c’est l’empêcher de vivre sa propre vie.

Pourquoi se dire pro-vie quand on est en réalité contre elle ? À mon sens, on n’est pas « pro-vie » quand on nie à quelqu’un.e le droit de décider de sa propre vie ou mort. Tout comme on ne dit pas « pro-avortement » (toute femme préférerait ne pas tomber enceinte plutôt que de devoir être confrontée à cette décision), mais plutôt « pro-choix », je préconise l’emploi de « anti-choix », car tout est une question de choix finalement. Et aimeriez-vous qu’une autre personne vous impose ses choix ? Je ne crois pas.

Vous êtes seul.e maître de votre vie. Vivez donc la vôtre sans imposer vos choix à autrui !

Les mots qui fâchent : antisémite

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Je parle rarement de sujets d’actualité, sauf quand quelque chose commence à réellement m’agacer. Je sais que traîner sur les réseaux sociaux et lire les commentaires sont nuisibles à la santé mentale, mais je suis faible… Je voulais parler aujourd’hui d’un terme utilisé à tort et à travers ces derniers mois : « antisémite ».

Photo d’Efrem Efre sur Pexels.

Petit contexte avant d’entrer dans le vif du sujet : j’ai regardé l’Eurovision le samedi 17 mai. Je sais, j’aurais pu boycotter l’événement, mais l’Eurovision a toujours été l’un de mes petits plaisirs coupables. Cela fait plusieurs années que je le regarde en échangeant des commentaires avec ma belle-famille sur chacune des prestations, toujours avec cette petite rivalité belgo-française. Bien sûr, c’est kitsch, c’est du strass et des paillettes, ce n’est pas de la grande chanson (sauf quand la Belgique a envoyé Hooverphonic), mais c’est aussi l’un de ces événements qui nous rappellent la magnifique diversité de l’Europe, chaque pays présentant une petite part de sa culture. J’adore quand les interprètes chantent dans leur langue ou incluent des rythmes ou instruments locaux. On voyage un peu par la musique le temps d’une soirée. Bref, je n’ai pas pu résister.

Comme l’an dernier, la tension était palpable en raison de la participation d’Israël au concours. La nervosité a atteint son paroxysme à l’attribution des points. Contre toute attente, la chanteuse israélienne a obtenu la note du public la plus élevée de la soirée. Mon cœur n’a jamais battu aussi vite à l’annonce des derniers points : Israël était toujours en tête, l’Autriche devait récolter plus de 100 points pour gagner. Organiser un concours qui célèbre l’union par la musique dans un État en pleine guerre qui enfreint les droits humains ? Est-ce vraiment ça que veut l’Europe ? Je comprends que la chanson de l’Israélienne, rescapée du 7 octobre, ait pu toucher pas mal de personnes, mais lui attribuer la victoire, ne serait-ce pas fermer les yeux sur la politique militaire de son pays, voire l’approuver ? Beaucoup ont prié pour que ce cauchemar ne se réalise pas. Au grand soulagement de la majorité du public présent et des téléspectateurs, c’est le jeune contre-ténor autrichien qui a remporté le trophée.

Au lendemain de la compétition, les points obtenus par Israël ont été remis en question par plusieurs pays participants, la quasi-victoire de la chanteuse israélienne faisant même réagir le premier ministre espagnol et différents partis politiques dans plusieurs nations de l’UE. Loin des hautes sphères, des débats se sont aussi enflammés sur les réseaux sociaux. Il n’était pas rare de voir se faire accuser d’antisémitisme des personnes exprimant leur soulagement, s’interrogeant sur la popularité soudaine de la chanteuse au moment des votes ou réclamant l’exclusion du pays à la prochaine édition en raison de sa participation à un conflit. Bien évidemment, il y a toujours des gens qui font des amalgames et qui sont trop virulents, en attaquant directement la chanteuse israélienne ou les personnes qui aimaient réellement sa chanson. Toutefois, depuis le début de la guerre, certain.e.s recourent automatiquement au terme « antisémite » pour réagir aux propos dénonçant le massacre en cours dans la bande de Gaza. Il me semble donc qu’une petite leçon de vocabulaire s’impose.

Revenons aux bons dictionnaires :

Antisémite

Le Larousse : hostile aux juifs.

Le Robert : inspiré par la haine des Juifs.

Vu que certain.e.s confondent « juif/juive » et « israélien.ne », deuxième petite définition :

Juif, juive

Le Larousse : 1. Dans l’Antiquité, habitant du royaume de Juda. 2. Personne qui professe la religion judaïque. 3. Personne appartenant à la communauté israélite, au peuple juif.

Le Robert : 1. Personne appartenant au peuple hébreu, peuple sémite monothéiste qui vivait en Judée (Israël et Cisjordanie actuels) ; personne descendant de ce peuple ; personne de religion judaïque.

Vous allez me dire que Le Robert parle d’Israël, mais il s’agit ici uniquement d’une précision géographique. La Judée ou le royaume de Juda occupait le territoire d’Israël et de la Cisjordanie, point. J’entends déjà certain.e.s faire des raccourcis : « Israélite, ça veut bien dire d’Israël, non ? » Vérifions.

Israélite

Le Larousse : 1. Relatif à l’Israël biblique, à son peuple. 2. Synonyme de juif.

Le Robert : 1. Personne qui appartient à la communauté, à la religion juive.

Là encore, il s’agit de l’Israël biblique, soit celui qui apparaît dans l’Ancien Testament, pas de l’État moderne proclamé en 1948. En résumé, quand on utilise le terme « antisémite », on parle d’une personne qui hait les pratiquant.e.s de la religion judaïque ou les descendant.e.s de ce peuple ancien. Cela ne qualifie absolument pas une personne qui s’oppose à la guerre et aux atrocités commises par l’État d’Israël. Le seul cas dans lequel l’utilisation du terme est correcte est lorsqu’une personne fait des généralités et accuse l’ensemble du peuple israélien de vouloir tuer les Palestinien.nes (tout comme une personne qui pense que tous les musulmans sont des terroristes peut être qualifiée d'islamophobe) ou qui se met à insulter chaque membre de la communauté juive qu’elle croise, prétextant qu’ils soutiennent automatiquement Israël. Il faut séparer une population de l’État qui la gouverne ou des extrémistes de la religion qu’ils professent. En dehors de ces cas-là, se révolter contre le bombardement d’hôpitaux, le massacre d’innocent.e.s, la destruction de leur lieu de vie n’est pas de l’antisémitisme, c’est du bon sens

J’ai lu dans certains commentaires que le peuple juif avait déjà trop souffert et qu’il avait le droit de se défendre. Je ne nie pas les attaques du Hamas, elles ont aussi ravagé la vie d’innocent.e.s. Je ne nie absolument pas non plus le génocide perpétré par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. C’était une abomination qui ne devrait plus jamais être commise (et qui risque pourtant de l'être vu la direction effrayante que prend le monde aujourd'hui). Mais est-ce qu’avoir été victime est une bonne excuse pour devenir bourreau ? Vous imaginez si tous les peuples opprimés commettaient un génocide en disant qu’ils en ont le droit car ils ont trop souffert ? Le sort infligé aux Palestinien.ne.s n’est-il pas semblable à celui que les nazis ont réservé aux Juifs ? L’histoire n’est-elle pas en train de se répéter avec un autre bouc émissaire ?

Tout comme un grand nombre de musulman.e.s dénoncent les actes des islamistes commis soi-disant au nom de leur religion, des survivant.e.s de la Shoah prennent la parole contre l’État d’Israël qui prétend agir au nom de la leur. Si vous utilisez le terme « antisémite » à tout va, prenez le temps de les écouter. Puis ressortez un peu vos dictionnaires. Les mots ont un sens, ne les utilisez pas sans réfléchir.

Vendredi 13 : jour de malchance ou date porte-bonheur ?

J’avais envie d’écrire un billet plus léger aujourd’hui, du moins pour ceux et celles qui ne sont pas paraskevidékatriaphobes. Ma publication d’article tombe cette fois-ci un vendredi 13. Un peu superstitieuse et adorant tout ce qui se rapporte aux mythes et au folklore, j’ai voulu en savoir plus sur l’origine de cette fascination pour les vendredis 13, une date crainte par certain.e.s mais très attendue par d’autres qui pensent avoir plus de chances de gagner à la loterie. Voici donc un petit billet culture.

La paraskevidékatriaphobie a bien évidemment été alimentée par la série de films d’horreur américains Vendredi 13, dont le premier volet est sorti en 1980. Si les vendredis 13 sont craints comme des jours de malchance, c’est aussi en raison de la sortie en 1907 du roman Friday, the Thirteenth de l’auteur américain Thomas W. Lawson, racontant comment un boursier a créé la panique sur Wall Street en cette date fatidique. Il existe toutefois des explications plus anciennes à la terreur que peut causer l’association du vendredi et du nombre 13. La plus courante est liée à la religion chrétienne. Le vendredi est déjà considéré comme un jour maudit dans la Bible. C’est le jour de la semaine où Adam a été chassé du Paradis, celui où Caïn a tué Abel, et bien sûr celui durant lequel Jésus a été crucifié. Le nombre 13 apparaît dans ce dernier épisode biblique. La veille de son arrestation, Jésus a en effet pris son dernier repas avec ses 12 apôtres, dont son traître, Judas. Se retrouver 13 à table est encore aujourd’hui synonyme de malheur pour les superstitieux. Selon la croyance, le plus jeune des convives d’une tablée de 13 est condamné à mourir dans l’année. Cette superstition n’est toutefois pas d’origine chrétienne mais proviendrait de la mythologie nordique. Loki, le dieu de la discorde, se serait incrusté à un banquet. S’ajoutant à une tablée comptant déjà 12 dieux, il a apporté le chaos, entraînant le meurtre du fils d’Odin.

Restons d’ailleurs dans la mythologie nordique pour la suite, car c’est passionnant. Savez-vous que le mot anglais « Friday », pour vendredi, provient du nom de la déesse Frigg (tout comme « vendredi » en français vient de Vénus) ? Épouse d’Odin, cette puissante divinité nordique est associée à l’amour, au mariage et à la maternité. Il était d’ailleurs de bon augure de se marier un vendredi dans les peuples scandinaves et du reste de l’Europe du Nord. Quant au nombre 13, il n’était pas forcément considéré comme un mauvais présage, mais était plutôt lié à la lune et… aux cycles menstruels. Une femme peut en effet avoir 13 cycles au cours d’une année. L’article que j’ai lu avant d’écrire ce billet présente la Vénus de Laussel comme témoinage de ce lien entre le nombre 13 et le pouvoir féminin de donner la vie. Cette figurine gravée sur un bloc calcaire datant de plus de 25 000 ans représente une femme potentiellement enceinte portant une corne d’abondance ou un croissant de lune arborant 13 encoches, que certain.e.s chercheurs/chercheuses ont reliées aux 13 cycles lunaires ou menstruels. Alors pourquoi le vendredi, jour de la déesse de l’amour, et le 13, nombre pouvant se rapporter à la fertilité féminine, forment-ils ensemble une date tant redoutée ? Eh bien parce que la religion chrétienne et le patriarcat sont passés par là 🙃. Cherchant à éliminer les croyances païennes et à se débarasser de Frigg et des autres divinités féminines, les pouvoirs chrétiens ont diabolisé toutes ces déesses. Les légendes autour de Frigg ont été modifiées, la déesse transformée en sorcière réunissant chaque vendredi 11 consœurs maléfiques ainsi que le diable (soit 13 personnes au total) pour jeter des mauvais sorts. Quant aux femmes qui osaient encore croire à ces divinités féminines, elles ont, elles aussi, été traitées de sorcières, subissant les atrocités que l’on connaît (je vous renvoie à mon billet Croque-livre sur Sorcières, essai de Mona Chollet que je ne peux que vous recommander chaudement).

Le vendredi 13 vous fait toujours aussi peur ? Déménagez alors en Italie ou en Espagne ! Pour nos voisins du sud, ce sont respectivement les vendredis 17 et les mardis 13 qu’il faut craindre. Et si vous faites partie de ceux qui croient que le vendredi 13 porte bonheur, tentez votre chance au Loto ! Dans tous les cas, je vous souhaite de passer une excellente (fin de) journée.

« Childfree », un terme anglais en manque de traduction

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Contrairement au français, plus rigide et toujours réticent à s’adapter à l’évolution de la société, l’anglais est une langue flexible, qui ne cesse de créer des néologismes. Ces mots nouveaux sont souvent plus difficiles à traduire. C’est le cas du terme « childfree ».

Photo de Reed Naliboff sur Unsplash

L’idée de cet article m’est venue lors de l’écoute d’un épisode du podcast On s’tient au jus de Camille et Justine. L’invitée du jour était Fiona Schmidt, journaliste et essayiste qui a notamment écrit Lâchez-nous l’utérus : en finir avec la charge maternelle. Elle expliquait que l’anglais disposait de 3 termes pour distinguer les personnes qui n’ont pas d’enfants : « childless », « childfree » et « no kid ». Si les deux derniers désignent les personnes qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfant, le premier se rapporte aux personnes qui en désirent, mais qui sont dans l’incapacité d’en avoir. D’ailleurs, permettez-moi de faire une légère digression par rapport à cette question terminologique : si vous avez pour habitude de demander « Pourquoi tu n’as pas d’enfant ? » aux femmes qui approchent de la trentaine, et plus particulièrement de l’âge fatidique des 35 ans (la soi-disant date de péremption des ovaires), par pitié, arrêtez ! Certaines femmes auront peut-être fait une fausse couche, d’autres essayent en vain de tomber enceintes, d’autres encore ont appris qu’elles sont stériles ou atteintes d’une maladie qui les empêchent d’avoir un bébé… Bref, cette question 1) est hyper intime, 2) peut être ressentie comme un coup de poignard dans le cœur pour certaines et 3) peut être particulièrement énervante pour les « childfree » comme moi, qui en ont marre de devoir justifier leur choix de ne pas vouloir d’enfant, de se faire traiter d’égoïstes ou de s’entendre dire « tu changeras d’avis », « ça viendra avec le temps », et j’en passe.

Bref, revenons-en au problème linguistique. Si vous sondez notre cher ami Google Translate en tapant « childless » et « childfree », vous aurez exactement la même traduction française : « sans enfant ». Une expression qui ne comporte aucune notion de choix, contrairement à l’anglais. « Childless » exprime un manque, tandis que « childfree » évoque la liberté. J’ai appris sur le blog de Bettina Zourli, créatrice du compte Je ne veux pas d’enfant sur Instagram, que le terme « childfree » était apparu pour la première fois en 1972, dans un article du Time qui traitait de la National Organization for Non-Parents (organisation nationale des non-parents) en Californie. Ce terme existe donc depuis plus de 50 ans et il n’y a toujours pas de traduction française

J’ai cherché sur IATE, la banque terminologique de l’UE, mais aucune piste. Il y a par contre le terme « childlessness », qui est traduit par « impossibilité d’avoir des enfants ». Dans le podcast de Camille et Justine, le terme « nullipare » a été évoqué. Je l’ai d’ailleurs retrouvé dans plusieurs articles qui traitaient de ce sujet. Il s’agit toutefois d’un terme médical dont la définition est simplement « qui n’a jamais porté d’enfant et accouché » (alors, ça ne veut pas non plus dire qu'on est « nulle », c'est un mot qui vient du latin nullus qui veut dire « aucun » et de parere qui veut dire « enfanter »). Il n’implique donc aucune notion de choix. L’une des expressions que l’on retrouve fréquemment est « sans enfant par choix », ce qui est assez long et sonne avec moins de légèreté que « childfree », qui signifie littéralement « libre d’enfant ».

Au cours du podcast, Fiona Schmidt s’est également indignée contre l’emploi de l’expression « non-désir d’enfant », comme si l’envie de ne pas vouloir d’enfant ne pouvait pas être considérée comme un désir à part entière, mais comme une absence de désir, un trou à devoir absolument combler, alors que les femmes qui ne veulent pas d’enfant sont souvent justement assez comblées dans leur vie pour ne pas ressentir ce besoin d’enfanter. Pour poursuivre dans les termes utilisant la négation, on a aussi « non-parent ». Or, on revient toujours au même problème : où est la notion de choix dans ce terme ? Je suis aussi tombée sur « non-maternité », qui me dérange non seulement pour la même raison, mais aussi parce que cela implique que l’on ne peut donc pas ressentir d’amour maternel. Cependant, on peut très bien connaître une forme de maternité sans pour autant vouloir d’enfant. De nombreuses personnes considèrent leurs animaux de compagnie comme leurs enfants, par exemple. Je peux ainsi très bien être maternelle avec ma tortue (oui, je fais dans l'originalité, mon bébé n'a pas de poils, mais une carapace 🐢). Après tout, je la nourris, j’en prends soin, je m’inquiète quand elle ne va pas bien et je l’aime (et dans le cas d'une tortue, je l'aurai à charge pendant plus de 18 ans...). Traitez-moi de folle si vous voulez, mais quand je pars, je lui dis d’ailleurs toujours que « maman » va revenir (et je suis sûre que je suis loin d'être la seule à faire ça avec son compagnon à 4 pattes 😏).

Revenons-en à cette quête de la traduction parfaite. Personnellement, je préfère dire « non désireuse d’enfant », même si ça reste beaucoup moins élégant que « childfree ». Si l’on se tourne vers nos racines grecques, on pourrait dire « pédolibre » ou « pédo-éleuthère », mais on est d’accord que c’est très moche. S’il y a des latinistes dans l’assemblée, j’accueillerai volontiers leurs suggestions. Pour l’instant, je n’ai pas de solution idéale. Beaucoup de mes pairs utilisent d’ailleurs le terme anglais pour se qualifier. L’absence de traduction en français reste toutefois déplorable. C’est comme si la culture française refusait d’accepter notre existence, alors qu’elle est tout aussi légitime que les personnes qui ont fait le choix d’avoir des enfants.

Je n’ai pas de réponse à la fin de cet article, mais si vous aimez créer des mots nouveaux et que vous avez une bonne idée de traduction, n’hésitez pas à la partager ! En attendant, force à toutes les mamans, qu’elles aient voulu l’être ou non, qu’elles le regrettent ou pas, qu’elles désespèrent de l’être, qu’elles attendent de trouver le partenaire idéal ou qu’elles aient décidé de braver les préjugés en faisant un bébé toutes seules 🧡

« Journée de la Femme », une erreur de traduction

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À moins de vivre dans une grotte et de ne pas suivre les actualités, vous avez sans doute entendu parler des nombreuses manifestations qui ont eu lieu dans le monde entier ce 8 mars. Appelée « International Women’s Day » en anglais, cette journée consacrée aux droits des femmes a pendant de longues années été qualifiée par erreur de « Journée de la Femme ». Avant ma prise de conscience féministe, j’utilisais moi aussi à tort cette expression. Petit retour sur l’histoire de cette journée et cette fameuse erreur de traduction.

Photo de Pixabay

La première fois que j’ai réellement pris conscience de l’existence d’une « Journée de la Femme », c’était en 2009, lors de mon voyage d’échange de 5 mois en Biélorussie. Ce jour-là, qui est férié dans plusieurs pays de l’Est, les femmes reçoivent habituellement des fleurs et des cadeaux par les hommes de leur entourage (et ont droit à une journée de congé à la maison, les tâches ménagères étant assurées par les hommes du foyer pour cette occasion... vous avez dit sexiste ?🙃). Lors de mon séjour, j’avais également appris l’existence d’une « journée de l’homme », célébrée le 23 février, date qui correspond à la « Journée du défenseur de la patrie et des forces armées » en Biélorussie (les Slaves aiment les stéréotypes sexistes...) et durant laquelle ce sont les femmes qui offrent des cadeaux à leurs maris, garçons, amis et collègues masculins (j'ai d'ailleurs appris au cours de mes recherches que cette « journée de l'homme » avait été instaurée quelques années après cette « journée de la femme » car les hommes étaient jaloux...🙄). À l’époque, en 2009 donc, j’étais plutôt agréablement surprise de voir qu’il existait une journée consacrée aux femmes et, à mon retour, j’ai pris l’habitude de souhaiter « bonne fête » à toutes les femmes de ma vie le 8 mars, comme le faisaient mes amies biélorusses. Puis, j’ai commencé à me pencher de plus en plus sur la question de l’égalité des genres et me suis rendu compte de cette fameuse erreur de traduction…

D’après le site des Nations unies, la toute première journée nationale dédiée aux femmes a eu lieu en 1909 aux États-Unis. Sa date de célébration n’était toutefois pas le 8 mars, mais le dernier dimanche de février. Un an plus tard, lors d’une conférence internationale à Copenhague, la journaliste et militante féministe allemande Clara Zetkin propose de créer une journée internationale des femmes afin de « rendre hommage au mouvement en faveur des droits des femmes et [de] favoriser l’obtention du suffrage universelle pour les femmes » (source ici). Cette journée sera célébrée pour la première fois le 19 mars 1911 dans 4 pays : l’Allemagne, le Danemark, l’Autriche et la Suisse. Il faudra attendre 1977 pour que l’ONU officialise enfin l’« International Women’s Day ». Quant au choix du 8 mars pour la célébrer, il trouve ses origines dans la lutte pour le droit de vote des femmes en Russie. En 1917, face à la perte de millions de soldats durant la guerre, les femmes décident de faire grève et manifestent dans les rues de Petrograd (l'actuelle Saint-Pétersbourg) pour réclamer du pain et la paix. Au bout de 4 jours, les femmes ont réussi à faire abdiquer le tsar et à enfin obtenir le droit de vote. Cet événement historique avait eu lieu le 23 février 1917 selon le calendrier julien, ce qui correspond au 8 mars dans le calendrier géorgien que nous utilisons aujourd’hui.

Et cette erreur de traduction, alors ? Eh bien, elle aurait été commise par les services de l’ONU de l’époque qui auraient traduit « International Women’s Day » par « Journée internationale de la femme » en français. Vous me direz que la seule erreur est d’avoir mis « femme » au singulier au lieu du pluriel et que ce n’est pas bien grave. Sauf que cette utilisation du singulier peut changer complètement le sens. Cela réduit les femmes à un seul type de femme, comme si nous n’avions qu’une seule identité distincte, identité à laquelle se raccrochent encore aujourd’hui bien trop de stéréotypes dégradants. En entendant « Journée de la femme », les agences de marketing sortent des slogans et publicités sexistes à tirelarigot. Un robot de cuisine en promotion par-ci, des réductions sur de la lingerie par-là, et j’en passe (je vous donne ici le lien d'un autre article intéressant sur le sujet). La ministre française Yvette Roudy avait pourtant voulu rectifier le tir en 1982 en demandant à ce que le 8 mars soit officiellement dénommé « Journée internationale des droits des femmes », expression également adoptée en Belgique. J’ai aussi vu plusieurs occurrences de « Journée internationale de lutte pour les droits des femmes » sur divers sites, une dénomination qui me semble encore plus juste. Si cette journée internationale vise en partie à célébrer les activistes qui défendent l’avancée des droits des femmes dans le monde entier, elle est surtout un rappel que les droits des femmes sont toujours une lutte.

Une lutte d’autant plus d’actualité ces dernières années face au recul constant de nos droits dans toutes les régions du monde. En Ukraine face aux viols perpétrés par les soldats, aux États-Unis face aux législateurs qui font disparaître le droit à l’avortement, en Afghanistan face au régime taliban qui les prive d’éducation et de vie en dehors de la maison, en Iran face à la police des mœurs qui les défigurent et les tuent seulement pour avoir osé montrer leurs cheveux et réclamer leur liberté, partout ailleurs face aux harceleurs, aux pseudo-dragueurs et aux conjoints cogneurs… les femmes luttent et continueront de lutter, non seulement le 8 mars, mais tous les jours de l’année.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Nous ne l’oublierons jamais, Madame de Beauvoir, vos mots résonnent avec encore plus de force de nos jours ♀️

Chamaillerie linguistique franco-belge

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Si vous ne le saviez pas encore, mon cher et tendre est Français et je suis Belge, ce qui donne parfois lieu à des petites incompréhensions linguistiques. Bien que de plus en plus rares, puisque cela fait déjà des années que j’ai troqué mes « essuis » contre des « serviettes » (j'ai toutefois toujours du mal à lâcher notre « à tantôt » qui est quand même beaucoup plus court que « à tout à l'heure »), des chamailleries peuvent encore survenir, comme ce fut le cas il y a quelques semaines.

Mes beaux-parents, qui vivent dans les Hauts-de-France, venaient d’installer leurs nouveaux w.-c. (il se passe tellement peu de chose en confinement que l'événement le plus banal du monde devient un sujet de conversation) et nous avaient envoyé une photo accompagnée de la légende « nouveau toilette installé ». Nous étions en train de déjeuner un samedi matin et j’ai failli avaler mon thé de travers. J’avais déjà cru entendre ma belle-famille dire « le toilette » ou « le chiotte », mais je me disais que j’avais sûrement mal compris ou que c’était simplement leur langue qui avait fourché. Or, là, je le voyais écrit en toutes lettres : « nouveau toilette ». Surprise, je demande directement à mon cher et tendre s’ils ont toujours fait la faute. Mon cher et tendre de me répondre que ça me choque simplement parce qu’on ne dit pas la même chose en Belgique. Alors oui, dans ce plat pays qui est le mien, on a davantage tendance à dire « aller à la toilette » plutôt que « aller aux toilettes » (personnellement, j'ai toujours utilisé les deux, je ne sais pas si mes chers compatriotes le font aussi). Il y a d’ailleurs une blague à ce sujet qui dit que si les Français disent « aller aux toilettes », c’est parce qu’ils doivent toujours en visiter plusieurs avant d’en trouver une propre (alors qu'objectivement, c'est exactement la même chose d'un côté ou de l'autre de la frontière, on ne sait jamais sur quoi on va tomber dans les toilettes publiques).

Je rebondis sur sa remarque en expliquant que oui, les Français utilisent le pluriel et non le singulier, mais que je ne comprenais toujours pas pourquoi ses parents avaient écrit « nouveau toilette ». Mon cher et tendre riposte alors qu’ils ont probablement oublié de le mettre au pluriel. Or, ce n’est pas l’absence du pluriel qui me choque ici, mais bien l’emploi du masculin ! Et mon cher et tendre d’ajouter qu’en France, on dit « nouveaux toilettes », que c’est courant. Moi, brandissant mon dictionnaire : « Mais c’est un nom féminin ! » Et mon cher et tendre de rétorquer : « Peut-être, mais on ne vit pas dans un dictionnaire, c’est entré dans la langue, c’est tout. » J’en parle à ma meilleure amie (encore plus belge que moi vu qu'elle est née dans le fin-fond de la Belgique, alors que j'ai grandi à 2 kilomètres de la frontière française) qui me dit qu’elle a déjà entendu le mot « toilette » utilisé au masculin dans des émissions françaises (regarder des émissions de décoration intérieure la calme durant son congé de maternité). Du coup, j’ai fait quelques petites recherches et il s’avère que cette erreur de langage est en effet courante chez nos voisins outre-Quiévrain. Elle s’expliquerait d’ailleurs par le fait qu’ils disent toujours « aller aux toilettes », la forme plurielle ne permettant pas de distinguer clairement le genre du mot, contrairement à notre expression belge « aller à la toilette ». Cela dit, comme les mots masculins se terminant par « -ette » sont extrêmement rares (hormis squelette et quintette, je n'en ai pas d'autre qui me viennent à l'esprit), j’ai du mal à comprendre la logique. Tout comme je ne sais toujours pas pourquoi ils se compliquent la vie avec leurs soixante-dix et quatre-vingt-dix (mais ça c'est une autre histoire...). Enfin bref, voilà le genre de question existentielle qu’une traductrice-rédactrice se pose le samedi matin.

Du coup, si des Français passent par ici, je voulais savoir si vous dites inconsciemment « toilette » au masculin ou si c’est uniquement typique des Hauts-de-France ? En tout cas, dorénavant, j’utiliserais plutôt « le trône » ou « les w.-c. » quand j’irai chez mes beaux-parents. En espérant ne pas vous avoir donné d’envie pressante, je vous dis à bientôt !

Poème de métro 4

Bonjour à tous ! Désolée de ne plus avoir écrit pendant quasi 3 semaines (!!!) mais les clients semblent être enfin sortis de leur hibernation et les demandes n’ont pas cessé de pleuvoir depuis le premier jour de février. Je profite donc d’une légère accalmie pour enfin poster un petit billet.

Malgré mon agenda surchargé, j’ai quand même pu m’accorder, la semaine dernière, une après-midi de papotage avec une amie venue s’installer récemment à Londres et que je n’avais plus vue depuis un bon moment puisqu’elle était en voyage durant plus d’un an en Asie. Mais passons les détails. Pour la retrouver dans la City, j’ai bien évidemment pris le métro et je suis à nouveau tombée sur une annonce de Transport for London. Voici donc, pour changer, un exercice de traduction d’un autre poème de métro.

Transport for London

Voici le texte en anglais :

We really don’t mean to chide

But try to move along inside,

So fellow travellers won’t have to face

An invasion of their personal space.

Explication pour les non-anglophones : par cette annonce, la société Transport for London demande aux passagers de ne pas tous se regrouper dans la rame de métro mais de s’espacer un maximum pour ne pas rendre le trajet des autres passagers inconfortable, ce qui est assez difficile durant les heures de pointe car vous avez beau avancer, vous vous retrouverez toujours le nez sous l’aisselle de quelqu’un (bon allez, j’exagère, le métro de Londres, ce n’est pas non plus celui de Minsk mais quand bien même, on se sent parfois à l’étroit).

Voici ma première proposition, peut-être un peu trop proche de l’original :

On ne veut pas jouer les professeurs

Mais tentez de bouger à l’intérieur

Pour que les autres passagers n’aient pas à affronter

Une invasion de leur intimité.

Je ne suis pas convaincue par mon deuxième vers, trop vague, et encore moins par la dernière strophe dans laquelle le rythme n’est pas du tout respecté. Pour régler ce problème, voici ma proposition suivante :

On ne veut pas vous en demander de trop

Mais quand vous montez dans la rame de métro

Essayez de vous distancer des autres passagers

Pour éviter une invasion de leur intimité.

Je m’éloigne dans ce cas-ci un peu trop du verbe chide qui veut dire « réprimander » et le terme « intimité » ne me semble au bout du compte pas vraiment approprié pour parler de l’espace vital d’une personne. Voici donc ma dernière solution, trouvée vers la fin de mon trajet :

On ne voudrait pas exagérer

Mais dans le métro il faut s’espacer

Pour que les passagers n’aient aucun mal

À préserver leur espace vital.

Outre la phrase inversée écrite dans le style de Maître Yoda, le rythme du poème est mieux respecté. Mais je ressors néanmoins du métro sans être satisfaite de ma traduction. J’avoue que ce poème m’inspire en effet moins que les trois autres et il a fallu que j’écrive ce billet pour enfin trouver une solution potable :

On ne voudrait pas vous faire la leçon

Mais dès que vous entrez dans le wagon

Déplacez-vous pour ne pas assiéger

L’espace vital des autres passagers.

Un beau quatrain d’alexandrins qui, je l’espère fait passer le message… Si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires !

À la semaine prochaine ! Et pour ceux qui sont sur Bruxelles, ne manquez pas les différentes rencontres de la traduction de la Foire du Livre, lundi 22 février (n’hésitez pas, c’est gratuit) !