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Les nouvelles entrées des dictionnaires en 2026

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Au mois de mai, les grands dictionnaires francophones que sont Le Larousse et Le Petit Robert ont annoncé les nouvelles entrées lexicales qui figureront dans leurs éditions de 2027. L’information date un peu, mais si elle vous a échappée, voici quelques-uns des nouveaux mots et expressions qui m’ont marquée.

Photo de Pixabay

Les mots qui entrent dans les dictionnaires sont toujours des témoignages de l’époque dans laquelle nous vivons et de l’évolution de nos us et coutumes. Sans grande surprise, face au raz-de-marée technologique qui nous submerge depuis des années, les mots liés à l’intelligence artificielle sont nombreux parmi les nouvelles entrées. Le terme « prompt », qui désigne d’après le Larousse une « instruction envoyée à un algorithme d’intelligence artificielle spécialisé dans la génération de contenu », a ainsi pris sa place dans les pages du Larousse et du Petit Robert, qui y ajoute le verbe « prompter ». L’IA n’étant pas sans défaut (loin de là), le Robert a également inscrit une nouvelle définition au terme « hallucination » afin de désigner un « résultat incorrect ou trompeur produit par une intelligence artificielle générative, avec une apparence de vérité » (si vous en voulez quelques exemples, je vous invite à (re)lire mes perles de traduction automatique). Fait assez rare pour être souligné, le Robert a opté pour une traduction française au lieu d’un anglicisme en intégrant dans son dictionnaire le terme « hypertrucage » alias les deepfakes (ces vidéos truquées par intelligence artificielle). J’avais d’ailleurs déjà vu ce terme plusieurs fois passer dans mes traductions pour les institutions européennes, qui l’ont également adopté.

En tant que féministe, je me réjouis de voir enfin les dictionnaires francophones reconnaître certaines réalités auxquelles les femmes sont confrontées, comme la « précarité menstruelle » (qui touche encore près de 4 millions de personnes qui ont leurs règles en France), l’existence de la « manosphère », cette communauté principalement en ligne de partisans du masculinisme, qui est, d’après le Robert, un « ensemble de revendications cherchant à promouvoir les intérêts des hommes dans la société au détriment de ceux des femmes », ou encore l’ajout de Gisèle Pélicot dans la future édition du Petit Robert des noms propres. Le mouvement #MeToo a aussi apporté de nouveaux métiers, comme celui de « coordinateur/coordinatrice d’intimité », dont la mission est de veiller au bien-être et au « respect du consentement des actrices et des acteurs durant les scènes de proximité corporelle » (d'après le Larousse).

Grâce au wokisme, la langue française a également ouvert les yeux sur certaines minorités et sur la diversité de notre monde. Le terme « neurodiversité », qui indique que les fonctionnements neurologiques des êtres humains sont divers et variés, ainsi que de multiples mots relatifs aux handisports ou parasports complèteront ainsi les éditions 2027 des dictionnaires francophones. J’étais d’ailleurs étonnée d’apprendre que le terme « paralympien » ne figurait pas dans les éditions précédentes.

À ce sujet, il faut savoir que les lexicographes (c'est-à-dire les personnes qui écrivent les dictionnaires et étudient l'évolution de la langue) ne sélectionnent que les termes qui perdurent dans le temps, qui sont utilisés fréquemment et qui sont compris par plusieurs générations. Parmi ces termes que l’on utilise depuis des années et qui font seulement leur entrée dans les dictionnaires cette année, on trouve « crush », « chill », le « syndrome de l’imposteur », le « glamping » ou encore les « food-trucks ». Cela n’empêche toutefois pas le Larousse d’avoir enrichi son édition de mots des nouvelles générations, comme « dinguerie », « gros » dans le sens d’ami ou encore « bader », qui veut dire « déprimer », « être stressé(e) » ou « angoisser ».

Je voulais enfin m’attarder sur quelques expressions imagées et poétiques (bien que certaines cachent parfois de tristes réalités). On a par exemple les « larmes de sirène », qui désignent les petites billes de plastique issues de la fabrication qui polluent les océans, les « feux zombies », qui sont des « feux de forêt estivaux éteints en surface, mais qui continuent de se consumer lentement et sans flamme sous terre durant l’hiver » (Larousse), ou « ensemencement des nuages », une technique qui consiste à provoquer des précipitations à l’aide de particules chimiques. En parlant de nuages, une petite mention spéciale à une expression québécoise entrée dans Le Petit Robert : « pelleteur de nuages » pour parler d’une personne qui tire des plans sur la comète. Autre terme venu d’ailleurs, de Suisse cette fois, on a le terme tout mignon de « champignonneur » pour une personne qui aime cueillir des champignons.

Et pour finir, mes préférés : « supercentenaire » pour désigner une personne de plus de 110 ans, le « bien-vieillir » (qui est le fait de vieillir de dans bonnes conditions), la « bordélisation » (qui est l'action de semer le chaos) et « aplaventrisme » (qui est une attitude de soumission devant une personne ou un pays afin d'éviter un conflit ou d'en tirer parti). Vous me comprendrez donc quand je dirai que j’espère que la communauté internationale cessera son aplaventrisme face à la bordélisation du monde causée par certains États pour que nous puissions tous et toutes profiter du bien-vieillir et avoir plus de chances de finir supercentenaire.

Cette sélection de mots est minime, vu qu’ils sont 150 à avoir été ajoutées au Larousse et au Petit Robert. Je vous invite à consulter les articles sur lesquels je me suis appuyée pour rédiger mon billet si vous en voulez plus.

Les mots de l’année 2025

La fin de l’année approche, l’heure est au bilan pour beaucoup, y compris les grands dictionnaires, qui élisent leur(s) mot(s) de l’année. Le vocabulaire évolue avec la société et l’élection de ces mots en dit long sur les événements ou l’actualité de l’année écoulée. J’avais donc envie de m’y intéresser aujourd’hui.

Photo de Arturo Añez sur Pexels

Les mots de l’année chez les anglophones

Du côté anglophone, les mots de l’année sont fortement liés aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies. Merriam-Webster, le plus ancien éditeur de dictionnaires aux États-Unis, a ainsi couronné «slop» du titre de «Word of the Year». Il définit ce terme comme suit : contenu numérique de mauvaise qualité qui est généralement produit en grande quantité au moyen de l’intelligence artificielle (définition traduite par mes soins). En gros, ce sont toutes les absurdités créées par IA qui envahissent nos réseaux sociaux et Internet au global. Cela va des fausses informations aux livres entièrement rédigés par ChatGPT en passant par les vidéos improbables d’animaux aux comportements humains ou les images perturbantes générées par l’IA (qui me mettent toujours mal à l'aise quand il s'agit d'une représentation d'êtres humains). À l’origine, «slop» désignait une sorte de bouillie, un liquide pâteux peu ragoûtant qui fait « slop » quand il tombe par terre. Sur son site, Merriam-Webster indique que «slop» sous sa nouvelle définition est une sorte de pied de nez face à la menace de l’IA et qu’il «envoie un petit message à l’IA, lui disant que lorsqu’il est question de remplacer la créativité humaine, elle ne paraît parfois pas super intelligente» (traduction par mes soins). Et pour en savoir un peu plus sur «slop», je vous conseille ce court podcast.

L’ombre de l’IA plane aussi sur le choix du mot de l’année du Cambridge Dictionary. Il s’agit de l’adjectif «parasocial». Ce terme n’est pas nouveau, il était déjà présent dans les années 1950 avec l’essor de la télévision. Il désigne en effet la relation à sens unique que certaines personnes peuvent nouer par rapport à une célébrité (en l'occurrence, les présentateurs de leurs émissions préférées, comme l'explique ce podcast). Les liens parasociaux se sont accrus ces dernières années avec les réseaux sociaux et le sentiment d’instantanéité et de plus grande proximité que l’on peut ressentir par rapport à un(e) artiste, mais aussi avec la multiplication des influenceurs, YouTubeurs et toutes ces autres célébrités à plus petite échelle qui créent autour d’elles de vrais communautés de fans. S’il a plus de 70 ans, le mot est donc tout à fait d’actualité et il a même fait l’objet d’un pic de recherches sur le site du Cambridge Dictionary cet été. La raison ? Non seulement l’annonce du mariage de Taylor Swift, qui a entraîné une hausse de l’utilisation du terme par les «Swifties» (les fans de la chanteuse amérique), mais aussi la couverture médiatique sur les effets néfastes des robots conversationnels alimentés par IA, comme notre cher Grand Prédateur Technologique, sur les plus jeunes et sur la santé mentale. Ainsi, une relation «parasociale» désigne désormais aussi les relations virtuelles qu’une personne tisse avec une intelligence artificielle.

Quant à l’Oxford Dictionary, le concurrent britannique ancestral du dictionnaire de Cambridge, il a sélectionné l’expression «rage bait», après consultation d’un peu plus de 30 000 personnes. Cela désigne : du contenu en ligne délibérément conçu pour provoquer la colère ou le scandale en étant frustrant, provocateur ou offensant, généralement publié pour augmenter le trafic ou l’engagement sur une site Web ou un compte de média social en particulier (traduction par mes soins). En français, ça se traduit grossièrement par «pute-à-clics». D’après les données du dictionnaire, l’usage du mot a triplé au cours des 12 derniers mois. Cela n’est pas étonnant vu les événements mondiaux déplorables, inquiétants et agaçants qui nous sont tombés dessus depuis le début de l’année…

Les mots de l’année chez les francophones

Les grands dictionnaires de référence français que sont Larousse et Le Robert n’élisent pas de mot de l’année comme le font leurs équivalents anglophones. Cela dit, Le Robert a publié ce début du mois un top 10 des mots les plus consultés sur son dictionnaire en ligne en 2025. Les 3/4 de ces mots sont liés à des sujets politiques, y compris les 4 derniers de la liste : «vassal» (utilisé pour parler de la dépendance politique ou économique face aux États-Unis) ; «submersion» (terme dont l'extrême-droite raffole pour parler de l'immigration) ; «séditieux» (adjectif employé par Jean-Luc Mélenchon pour qualifier le risque de révolte contre l'autorité publique de l'appel à manifestation du Rassemblement national) ; et «gougnafier» (mot désuet signifiant «bon à rien» qui a été remis au goût du jour au Sénégal après avoir été utilisé par un ancien chef de cabinet pour insulter le président du pays). On trouve également des termes politiques à la 5e et à la 4e places, avec «entrisme» (qui désigne une technique d'influence qui consiste à faire entrer des individus dans un groupe pour le noyauter) et «eugénisme» (terme signifiant l'étude et la mise en œuvre de méthodes visant à "améliorer" l'espèce humaine par sélection génétique, qui a été brandi par les opposants à la loi sur le droit à l'aide à mourir adoptée au printemps). Deux ovnis dans cette liste, le mot «go» (interjection empruntée à l'anglais qui a déclenché une polémique au Canada) à la 6e place et «wesh», ce mot familier en provenance d’Algérie utilisé par les plus jeunes pour exprimer le questionnement, l’étonnement, le dépit, l’admiration ou tout simplement pour saluer quelqu’un(e), qui se hisse à la 3e place. Juste avant la 1ère place, l’élection du nouveau pape et la réforme des retraites en France ont augmenté le nombre de recherches du mot «conclave», qui désigne l’assemblée des cardinaux pour élire le nouveau pape, mais aussi par extension toute autre assemblée décisionnaire. Enfin, le mot numéro 1 de ce top ne fait que renforcer l’idée que 2025 a été une année de recul pour les droits des femmes à travers le monde. Il s’agit de «masculinisme», c’est-à-dire le mouvement qui promeut les droits et les intérêts des hommes au détriment de ceux des femmes. Les partisans de cette doctrine vont prétendre que c’est le contraire du féminisme, mais ils se trompent totalement. Le féminisme a toujours cherché l’égalité entre les hommes et les femmes et une amélioration de la place de la femme dans notre société patriarcale, ce n’est pas un mouvement contre les hommes.

Pour éviter de finir sur un thème qui plombe un peu l’ambiance, intéressons-nous maintenant aux nouveaux mots qui sont entrés dans le dictionnaire français d’Antidote. Bien qu’il soit d’origine québécoise, il s’intéresse à la langue française dans sa globalité et est un outil que j’utilise régulièrement. Vous trouverez le palmarès des 40 nouvelles entrées ici, mais j’avais envie de partager celles que je trouvais poétiques ou plus rigolotes. J’ai ainsi appris qu’on pouvait désormais manger des «brocofleurs» (un mix entre un brocoli et un chou-fleur), que l’on nettoyait les «larmes de sirène» dans les océans (expression poétique pour désigner les granulés de plastique qui polluent l'eau), que je fais face au «paradoxe du choix» quand je suis incapable de décider de la série ou du film à regarder face à la multitude de possibilités qu’offrent les plateformes, et que j’avais très peur de l’«écervelage», soit la détérioration de nos facultés humaines par l’utilisation des nouvelles technologies. Je vous donne ensuite un nouveau terme qui tombe à pile pour les fêtes de fin d’année avec le belgicisme «cacahuète de Noël». Alors, non, ne pensez pas que les Belges emballent les cacahuètes servis à l’apéro pour les mettre au pied du sapin. Cela correspond juste au «Secret Santa», soit offrir un cadeau (pas trop cher, d'où la cacahuète) à une personne tirée au hasard.

Pour finir, sachez que la RTBF (radio-télévision belge), le journal belge Le Soir et des linguistes de l’université catholique de Louvain vous proposent de sélectionner votre mot de l’année parmi une liste de 10 termes. Je vous laisse les découvrir ici. À vos votes !