Archives d’Auteur: Elise Lignian

J’avais 8 ans…

La semaine dernière, la Belgique a commémoré la Marche Blanche, qui avait rassemblé plus de 300 000 personnes dans les rues de Bruxelles le 20 octobre 1996 en soutien aux familles de Julie, Mélissa, An, Eefje, Laetitia et Sabine… Six prénoms qui ont hanté une partie de mon enfance, une période où une part de mon insouciance s’est envolée et qui est remontée directement à la surface de mes souvenirs en revoyant au journal télévisé ce torrent de personnes tenant des ballons blancs et le visage en pleurs de Sabine qui remercie la foule. À la veille d’Halloween, j’avais besoin d’exorciser ces fantômes et ce « monstre » qui les a molestées…

Photo de Ilya Perelude

Je pense que je n’oublierai jamais les photos de Julie et Mélissa, l’une avec son blouson bicolore et son serre-tête, l’autre aux cheveux longs avec son pull rouge et ses jolies boucles d’oreille. Elles avaient quasiment le même âge que moi. Leurs photos étaient placardées partout, même dans ma petite école, et elles passaient régulièrement à la télévision. Je revois aussi très bien les visages de leurs parents, les traits tirés par l’inquiétude et la colère qu’ils ressentaient face à la lenteur de l’enquête. Je me rappelle aussi la peur que j’ai ressentie aux sorties d’école peu après ça… Pour contexte, mon école primaire se trouvait juste derrière chez moi, je devais marcher quelques minutes pour rentrer à la maison et j’étais toujours accompagnée sur la moitié du chemin avec ma meilleure amie de l’époque, qui vivait dans la même rue. Avec des mots d’enfants, on s’était demandé s’il y avait un risque d’être enlevées là, dans notre petit village… Puis Sabine a été kidnappée, à environ 15 minutes à pied de la maison de ma grand-mère paternelle, sur un chemin où ma marraine nous emmenait parfois en balade, ma sœur et moi. La peur a subitement monté d’un cran. Je me souviens d’ailleurs d’une après-midi où j’avais retrouvé ma meilleure amie dehors pour jouer dans la rue, comme on en avait l’habitude dans notre petit village (non loin, lui aussi, du lieu de disparition de Sabine) et de nouveau cette inquiétude. Est-ce qu’on est vraiment en sécurité ici ? Peu après, il y a eu l’enlèvement de Laëtitia, qui a confirmé que le kidnappeur utilisait une camionnette blanche. Un véhicule commun en apparence, mais qui a traumatisé toute ma génération. Je pense que je suis loin d’être la seule enfant ayant grandi dans les années 1990 qui ressent encore une sorte de malaise en entrant seul.e dans une rue et qu’une camionnette blanche passe… Le mois d’août 1996 aura heureusement été marqué par une bonne nouvelle avec la libération de Sabine et de Laetitia. Je me souviens parfaitement du soulagement de voir Sabine retrouver sa famille. Puis de l’espoir de retrouver également Julie et Mélissa, suivi de l’abattement total quand on a appris qu’elles étaient mortes… J’étais encore petite, mais je me rappelle la colère que j’avais ressentie en apprenant que des policiers avaient entendu leurs voix lors d’une perquisition chez Dutroux et qu’ils n’avaient pas cherché plus loin. Puis 7 ans ont passé et il y a eu le procès, où l’on a découvert toutes les horreurs subies par les victimes. J’étais adolescente à ce moment-là et je pensais encore que les pédophiles et les violeurs étaient des « monstres » rares, qui se déplaçaient en camionnette blanche et qui emprisonnaient leurs victimes dans leur cave. Mais j’ai grandi…

Depuis, il y a eu #MeToo, qui a permis la libération de la parole des femmes, puis des victimes de violences sexuelles en général. J’ai ainsi découvert que les pédophiles, tout comme les violeurs, n’étaient pas tous des prédateurs qui rodent dans la rue et attaquent des inconnues… Non, les pédophiles et les violeurs ont parfois le visage d’un chanteur vedette, d’une star de cinéma, d’un présentateur télé, d’un prêtre ou de tout homme ayant une once de notoriété ou de pouvoir suffisante pour lui donner l’impression qu’il a le droit de toucher et d’agresser des femmes, surtout quand elles sont jeunes, voire très jeunes… Un comportement souvent expliqué par la société plus « permissive » de l’époque, preuve en sont les œuvres à tendance pédophile de nombreux grands artistes. Puis 2021 est arrivé avec #MetooInceste et un déferlement de témoignages glaçants. Parce que oui, bien plus souvent qu’on ne croit, le « monstre » vit sous le même toit que sa victime ou prend les traits d’un oncle, d’un grand-père, d’un ami de la famille, d’une personne qu’on connaît bien et qui inspire confiance. Certes, ils ne kidnappent pas leurs victimes à l’image de Dutroux, mais ils leur font vivre un calvaire tout aussi intenable. D’après un sondage réalisé pour le collectif Patouche, 7 % des Belges déclarent avoir été victimes d’inceste. En France, le dernier rapport de la commission d’enquête de l’assemblée nationale sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants indique que près de 160 000 enfants sont victimes chaque année d’inceste ou de violences sexuelles et que « l’agresseur appartient à la famille » dans 81 % des cas. Alors, oui, les « monstres » comme Dutroux existent et il faut continuer de dire aux enfants de « ne pas accepter de bonbons de la part d’inconnus », mais il faut aussi prendre conscience que le loup est souvent déjà au sein de la bergerie et rester attentif et attentive à tous les signes qui peuvent indiquer un mal-être.

Je termine ce billet en ayant une énorme pensée pour les familles des victimes de bourreaux tels que Dutroux et pour tous ces petits anges dont l’innocence et la vie ont été volées bien trop tôt, mais aussi à toutes les victimes d’actes de violence sexuelle au sein-même de leur foyer ou de leur cercle familial et dont la parole n’est pas encore assez entendue.

L’adolescence du perroquet d’Amélie Nothomb

Mon traditionnel billet nothombesque a tardé à arriver, mais je n’ai pu me procurer le dernier roman d’Amélie Nothomb qu’au début du mois d’octobre, à nouveau acheté dans une gare juste avant de repartir à Londres. Je l’ai lu la semaine dernière en à peine 1h30 dans le confort du petit café de ma librairie préférée. Retour sur ma lecture.

La quatrième de couverture, « L’amour n’est pas un dû. », dévoile le sujet principal du roman : le besoin d’être aimé.e. Le titre pourrait paraître mystérieux, mais l’écrivain1 belge aux cheveux d’ébène y parle réellement de l’adolescence d’un perroquet. Petit résumé de l’histoire pour comprendre : Alban est un jeune journaliste devenu orphelin à 17 ans qui va se retrouver propriétaire d’un psittacidé (merci Amélie de continuer d'enrichir mon vocabulaire), à savoir un Gris du Gabon dénommé Jo. Pris d’un amour parental pour cet éloquent perroquet au plumage gris, Alban va plonger dans le désarroi que connaît tout parent d’un adolescent face à la révolte et au désamour de sa progéniture.

Le langage est l’un des autres thèmes principaux du roman. L’histoire se déroule en grande partie lors du confinement, Alban se retrouvant avec pour seul interlocuteur son fameux perroquet. Il va d’ailleurs tenter de « traduire » les imitations de bruit et expressions que produit Jo en espérant, un jour, pouvoir entretenir de vraies conversations avec le volatile. Mais avant de tenter de dialoguer avec son protégé à plumes, Alban apprécie l’attention auditive que lui porte Jo. Petit passage pris à la volée qui m’a marquée :

« Un oiseau qui parle ? D’abord un oiseau qui écoute. Contrairement aux humains, il parle parce qu’il écoute. Un humain qui écoute, cela se voit peu. Jo écoute de son puissant regard latéral. C’est son œil qui avertit de son écoute. Dès qu’il entend un son, et de préférence un son de l’ordre du langage, un éclair jaillit dans sa prunelle. »

Par rapport à son précédent roman, Tant mieux, que j’avais adoré, L’adolescence du perroquet m’a un peu moins plu. J’ai trouvé la conclusion un peu trop abrupte et je suis restée sur ma faim. Je préfère davantage les autofictions d’Amélie Nothomb, qui me semblent plus émouvantes. Cela dit, on peut retrouver dans ce 35e roman des éléments plus personnels de ses autres œuvres. Le protagoniste humain est un orphelin, comme Amélie l’est désormais également, et il adopte un animal du règne aviaire, créatures pour lesquelles Amélie ne cache pas sa fascination, comme elle l’avait déjà fait dans Psychopompe. Comme l’explique le journaliste Pascal Schouwey dans son entretien avec l’écrivain, L’adolescence du perroquet est une autre brique de la cathédrale littéraire qu’Amélie Nothomb continue d’ériger année après année. Peut-être faudra-t-il que je le relise plus tard à la suite de ses autres romans pour comprendre toute la mécanique de l’univers nothombesque.

À lui seul, le roman ne m’a pas assez emportée pour que je lui attribue plus de 3 étoiles, mais j’ai quand même hâte de voir ce qu’Amélie nous réservera à la prochaine rentrée littéraire !

  1. Mis au masculin volontairement car c’est ainsi que se présente Amélie Nothomb. ↩︎

Point culture trimestriel 2026 3/4

Nous voilà déjà à la mi-octobre et au moment où je vous partage mes coups de cœur littéraires, musicaux, cinématographiques et autres de ces 3 derniers mois. N’hésitez pas à partager les vôtres en commentaire !

LECTURE

Ma capacité de concentration a dû fondre sous la chaleur de cet été, le calendrier de mon application de lecture n’affichant que 3 ouvrages terminés entre juillet et fin septembre. J’en ai entamé 2 autres pour le club de lecture, mais que j’ai grand mal à finir (je n'abandonne toutefois pas, je déteste ne pas terminer un bouquin, d'où le retard pris sur ma pile à lire…). L’un de ces 3 livres est Theo of Golden d’Allen Levi, gros coup de cœur littéraire de cette année auquel j’ai consacré un billet Croque-Livre. Voici mon avis pour les 2 autres.

  • Célèbre, de Maud Ventura (ma note : 3/5)

J’avais acheté ce deuxième roman de l’écrivaine française Maud Ventura en espérant être aussi conquise que je ne l’avais été pour son premier roman, l’excellent Mon Mari, sur lequel j’avais écrit un billet Croque-Livre. Célèbre ne m’a pas toutefois pas autant séduite. J’ai aimé retrouver la plume de Maud Ventura et j’ai apprécié de nouveau la fin surprenante de son roman, mais le thème ne m’a pas autant parlé… Elle y raconte, à la première personne, l’histoire de Cléo, une jeune femme devenue superstar qui fait le point sur sa montée au sommet lors de vacances en solo sur une île déserte. Je pense que si j’ai moins accroché, c’est parce que Cléo est un personnage qui cherche à tout prix à accéder à la célébrité, quitte à en devenir détestable. Difficile de ressentir de l’empathie pour elle. Mais c’est une volonté de l’autrice vu qu’elle voulait montrer le monstre dans lequel le statut de star peut transformer n’importe qui.

  • No Friend to This House, de Natalie Haynes (ma note : 3/5)

Livre choisi par mon club de lecture pour le mois de juillet, No Friend to This House est le dernier roman en date de l’historienne et autrice anglaise Natalie Haynes. Son titre français, Le Songe de Médée (traduit par Manon Malais) permet de mieux comprendre le sujet du livre, qui est une réinvention du mythe de Médée. J’ai beaucoup aimé le début du roman, qui m’a permis de découvrir les histoires de personnages moins connus du mythe de la Toison d’or. Il faut cependant attendre la dernière partie du roman pour que l’action démarre réellement. Petite difficulté supplémentaire, il y a énormément de personnages dans le roman, qui débute d’ailleurs par 3-4 pages récapitulatives sur les différents noms apparaissant dans l’histoire, ainsi que les liens entre ces derniers. La multitude de points de vue (il n'y a pas qu'un seul narrateur) m’a lassée au bout d’un certain temps et j’ai eu du mal à suivre le fil (difficulté que je n'étais apparemment pas la seule à avoir éprouvée vu les avis similaires des autres membres du club). Je ne connaissais en outre pas vraiment la tragédie de Médée, que 2 membres du club avaient étudiée à l’université. Ces derniers ont confirmé que Natalie Haynes permettait de considérer Médée d’une façon très différente, en ne la présentant pas comme une folle, mais comme une femme qui fait des choix conscients et réfléchis. Un autre membre du club, fan de l’autrice, nous a recommandé A Thousand Ships, son troisième roman, qui raconte l’histoire de la guerre de Troie selon le point de vue des femmes. J’ai aussi vu que Natalie Haynes avait écrit un roman consacré à la Méduse, Stone Blind. Si la mythologie grecque revue de manière féministe vous intéresse, sachez que vous pouvez lire ces romans en français grâce aux traductions de Manon Malais, sous les titres Les Invaincues et Dans les yeux de Méduse respectivement.

FILMS/SÉRIES

Peu de séries m’ont vraiment marquée ces derniers mois. Quant aux films, il y en a 3 qui me sont restés en tête :

  • Project Hail Mary, film réalisé par Phil Lord et Christopher Miller (ma note : 4,5/5)

Le titre anglais ne vous dit peut-être rien, mais il s’agit du film de science-fiction Projet Dernière Chance sorti au printemps de cette année. Le synopsis ne m’attirait pas vraiment au départ : un professeur de sciences qui se retrouve seul à bord d’un vaisseau spatial et qui doit sauver l’humanité. J’avais l’impression que ça allait encore être un énième film dans l’espace où le personnage principal va finir par cultiver des patates (oui, j'ai trouvé Seul sur Mars ennuyeux à mourir 😅). Bref, je pensais que ça allait être du vu et du revu. J’ai toutefois été très agréablement surprise car plutôt que de jouer cavalier seul à bord de son vaisseau spatial, le héros incarné par Ryan Gosling va faire la rencontre d’un extraterrestre (pas l'un de ces bonshommes verts ou des fameux Gris que l'on voit partout, mais un alien qui ressemble plus à un crabe constitué de gros cailloux), qui se retrouve lui aussi seul à bord de son vaisseau et loin de ses congénères. Mon attention s’est accrue lorsque l’homme et l’alien tentent de communiquer (oui, on parle un peu de traduction dans ce film). La seule chose qui m’a semblé un peu tiré par les cheveux est la vitesse à laquelle ils ont pu se comprendre, mais bon, cela reste de la science-fiction après tout ! Je ne m’attendais pas à être aussi touchée par cette histoire. C’est un joli conte sur la tolérance et le besoin viscéral d’avoir une connexion quand on est un être humain (ou un tas de rochers en forme de crabe 😝). Une petite douceur qui fait du bien en ces temps sombres où l’Autre est vu comme une menace plutôt que comme un monde à découvrir.

  • L’Odyssée, de Christopher Nolan (ma note : 3/5)

Je n’allais pas faire sans parler du film événement de cet été, que je suis allée voir avec mon cher et tendre au cinéma. Je ne l’ai pas vu en Imax 70 mm, format dans lequel le réalisateur a tourné son film, mais cela n’a rien enlevé à la majesté de certaines scènes. Par contre, je dois avouer que j’ai été un peu déçue. À force de voir Zendaya et Anne Hathaway sur tous les tapis rouges, sans oublier le débat exécrable sur l’incarnation d’Hélène de Troie par Lupita Nyong’o, je m’attendais à ce que ce film qui suit le retour d’Ulysse vers Pénélope mette un peu plus en avant les personnages féminins. Hormis Anne Hathaway qui joue Pénélope, les autres actrices n’avaient que peu de scènes ou de paroles. J’ai notamment été un peu déçue de la représentation de Circé, qui est censée être une puissante magicienne et qui apparaît comme une femme plus âgée rongée par la peur des hommes. Et ne parlons pas d’Athéna, incarnée par Zendaya, qui ne fait que quelques apparitions non pas sous la forme de la guerrière et déesse de la sagesse, mais comme une femme un peu tristoune qui ne devient qu’une oreille attentive pour Ulysse. Bref, je suis sortie de là en étant un peu mitigée…

  • Marty Supreme, de Josh Safdie (ma note : 3,5/5)

Je ne pensais pas qu’un film sur un pongiste cherchant à devenir athlète de son sport me tiendrait en haleine, mais cela a été le cas grâce au très bon jeu d’acteur de Timothée Chalamet. Je n’aimais pas son personnage (encore quelqu'un prêt à tout pour accéder à une certaine célébrité), mais il l’incarne à merveille ! J’ai aussi aimé découvrir un peu plus le monde méconnu du ping-pong, un sport plus complexe qu’il n’y paraît. Bref, ce fut un bon moment de cinéma qui m’a évadée de mon quotidien.

SPECTACLES / EXPOS

Je n’ai pas vu de spectacles cet été. Par contre, j’ai eu l’occasion d’explorer un très chouette musée lors de mon séjour à Berlin début septembre et ne peux que vous le recommander. Il s’agit du :

  • Musée de la RDA (ma note : 5/5)

Ce musée m’avait été recommandée par l’une des serveuses du café de la librairie où je vais fréquemment. Elle avait passé ses vacances dans la capitale allemande et avait adoré l’endroit. Je suis ravie d’avoir suivi son conseil car je l’ai trouvé absolument passionnant. J’ai pu découvrir tout un pan de l’histoire que je ne connaissais pas bien en plongeant dans le quotidien des habitants de l’Allemagne de l’Est. Les explications sont hyper claires, les faits sont exposés de manière interactive à l’aide de quizz, séquences audio ou vidéo et de la reconstitution d’un appartement typique de la partie orientale derrière le rideau de fer. Le musée comporte même une ancienne Trabant, voiture phare de la RDA, avec une simulation de conduite. J’ai passé 5 heures dans le musée tant il y avait d’activités à faire et d’informations à lire. Je ne peux donc que vous le recommander, que vous soyez intéressé.e ou non par la politique, car il est vraiment très accessible !

PODCASTS

Je me suis dit que j’allais dédier une rubrique aux podcasts car je finis toujours par en ajouter au moins un dans mes points culture. Cet été, je me suis régalée de la série audio Espagne : l’écho du silence de L’Heure du Monde. Elle suit la journaliste Garance Muñoz dans son enquête sur le lieu où repose le corps de son arrière-grand-père, membre de la résistance sous le régime franquiste. En plus de nous partager ses recherches, Garance Muñoz nous raconte cette sombre page de l’histoire espagnole avec beaucoup d’émotions. C’était à la fois passionnant et touchant d’entendre cette journaliste renouer avec ses origines. Je recommande si vous aimez l’histoire !

Et je termine de nouveau un point culture avec un coup de cœur musical, cette fois-ci pour une jeune autrice-compositrice-interprète américaine du nom de Josie Edwards. Je l’ai découverte avec son titre good girls, une ballade folk qui m’a happée par sa mélodie accrocheuse, mais surtout par la très jolie voix de la chanteuse. J’ai ensuite écoutée ses autres titres, comme Dog Prophecies ou kitchen light qui ont rapidement rejoint mes chansons préférées. Bref, je suis devenue en quelques jours une fan absolue de Josie Edwards. J’admire la puissance de ses mélodies et sa voix folk tellement douce. Une jeune artiste très prometteuse !

Et vous, avez-vous eu des coups de cœur culturels cet été ? Partagez-les en commentaire !

2026 : acte IX

Nous approchons déjà de la moitié du 2e mois aux feuilles d’ambre, mais je n’ai pas encore publié mon bilan de septembre. L’acte de mon anniversaire a pourtant été extraordinaire. Retour sur ce mois qui m’a fait prendre de l’âge et m’a offert un joli petit voyage.

Au Tiergarten de Berlin

Professionnellement, septembre a été constant. Ce fut un mois plutôt bien équilibré, les semaines enchaînant les projets sans me demander de travailler le week-end ou en soirée. Il a aussi été porteur d’une bonne nouvelle sur le plan financier, l’agence de rédaction qui me devait de l’argent ayant enfin envoyé la dernière somme de son échéancier. Me voilà donc enfin payée pour des travaux réalisés au début de l’année passée. Le mois s’est aussi terminé avec la perspective d’un nouveau client institutionnel, ce qui m’a fait me sentir pousser des ailes.

Du côté de la vie perso, septembre m’a donné l’impression d’avoir gagné le gros lot. Il a débuté en Allemagne, mon cher et tendre devant retourner 2 semaines auprès de ses collègues outre-Rhin et désirant que je l’accompagne. Souhaitant se rendre à l’IFA de Berlin, il m’a emmenée pour un long voyage en train. Dresde fut notre première destination, une ville charmante que j’ai découverte avec fascination. Nous avons ensuite rejoint celle que l’on surnomme la Ville grise, mais qui, sous le soleil, m’a quand même conquise. Le samedi suivant, j’ai pu faire un arrêt prolongé chez mes parents. J’en ai profité pour participer à un cours de danse dans mon ancienne compagnie, avant d’assister avec ma mère à un spectacle sur la Grand-Place de Tournai plein de magie. À notre retour en Albion, nous avons continué d’aménager notre nouvelle maison et de mettre à notre goût sa décoration. L’éclosion dans le jardin de nouvelles fleurs a fait mon grand bonheur. L’arrivée de l’automne m’a aussi apporté une grande joie après cet été monotone. Les relents de la canicule ne m’ont toutefois pas donné le plaisir de ressortir mes pulls… Ce soleil envahissant a cependant été apprécié le jour de mon nouveau printemps. Je l’ai passé dans Londres à résoudre des indices lors d’une chasse aux trésors sur le thème d’Alice. Le lendemain s’est déroulé en grande partie dans le célèbre magasin de meubles suédois, où j’ai pu trouver LA bibliothèque qui ornerait mon chez-moi. Septembre s’est terminé avec un retour aux origines, après une soirée chez ma sœur, une nuit chez mes parents et une après-midi chez Mamy pour revoir oncles, tantes, cousins et cousines.

C’est en beauté que le mois d’octobre a débuté et il promet d’être rempli de beaux moments familiaux partagés. Rendez-vous à la fin de la 1ère semaine de novembre pour le bilan de ce 2e mois d’ambre !

Prière à saint Jérôme

Cher saint Jérôme, je te prie de bien vouloir m’excuser car, je l’avoue, je t’ai un petit peu oublié. On célébrait ta fête ce 30 septembre et je ne m’en suis souvenue qu’à l’heure où la couleur du soleil tire sur l’ambre…

Photo de Aleyna Demir sur Pexels

Il faut dire que tes traducteurs et traductrices se sentent un peu négligé.e.s et ont parfois l’impression que tu les a abandonné.e.s. Notre métier a connu bien des menaces, mais celle qui plane aujourd’hui semble plus tenace. Nos ancêtres ont survécu à l’arrivée de l’informatique, aux logiciels de TAO puis de la traduction automatique, mais c’était sans compter l’IA et les dérives technocratiques.

Notre travail consiste de plus en plus à faire de la post-édition, nous privant du plaisir de la traduction. L’IA générative a ainsi rendu nos journées moins actives et dénuées d’ivresse créative. Et comme beaucoup pensent que l’IA facilite notre boulot, nos rémunérations partent à vau l’au. Nombre d’entre nous ont fini par quitter le navire, voyant leur gagne-pain s’amenuir. Beaucoup d’autres pensent à la reconversion, ne sachant combien d’années encore résistera notre profession. On en vient parfois à regretter de ne pas vivre en ton temps, où notre travail était pris plus sérieusement. Penses-tu pouvoir nous donner un peu de ta détermination pour nous aider à résister à cette nouvelle condamnation ?

Passionné par les Écritures, tu n’aimerais probablement savoir que l’IA s’attaque également aux vieux livres et au bonheur de la lecture. Plutôt que de laisser les mots les faire voyager, certain.e.s lecteurs et lectrices d’aujourd’hui remettent en question leur authenticité. Nous vivons dans un monde où nous ne sommes plus sûr.e.s de ce qui est réel et qui sème le doute de manière perpétuelle. Comme tu es également le saint patron des bibliothécaires, crois-tu pouvoir aussi veiller sur le monde littéraire ?

Tout ce que tes protégé.e.s souhaitent, c’est que notre société redevienne un peu plus esthète. Qu’elle accorde plus d’importance aux réalisations humaines sans continuer à se laisser miroiter par l’IA et ses créations si fausses qu’elles en deviennent obscènes.

Notre époque doit te sembler bien sombre, peux-tu nous aider à sortir de l’ombre ? De mon côté, je te promets de persévérer et de ne plus t’oublier ! J’espère que tu continueras de nous protéger…

Un livre primé écrit par l’IA ?

Je savais que j’allais parler de l’IA cette semaine après avoir reçu un e-mail ironique du Grand Prédateur Technologique ayant pour en-tête «Votre traducteur personnel» et après être tombée sur la vidéo d’un professeur désespéré de voir que ses élèves recopient bêtement ce que leur sort l’IA sans réfléchir une seconde à ce qu’ils écrivent. C’est finalement ma tante Dominique (merci 😊) qui m’a soufflé hier le sujet de mon billet, en me parlant du scandale autour du roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien. Fraîchement auréolé du prix Fnac 2026, cet auteur québécois d’origine haïtienne a été accusé d’avoir utilisé l’IA pour écrire ce livre à grand succès. Cette histoire qui fait grand bruit dans le monde de l’édition m’a renvoyée à une mauvaise expérience vécue il y a 2 ans, alors que le Grand Prédateur Technologique commençait à faire ses premières vagues. J’avais donc envie de donner mon avis et de partager mon vécu.

Photo de Markus Winkler sur Pexels

Sorti le 19 août 2026 aux éditions Grasset, le premier roman de Thélyson Orélien s’est rapidement imposé sur les devantures des librairies et dans le haut des classements des meilleures ventes de livres en France. À peine un mois plus tard, le 21 septembre, la Fnac lui décerne son prix du roman 2026. Le succès est tel que l’ouvrage est en lice pour le prestigieux prix Goncourt, avant d’être retiré brutalement de la sélection aujourd’hui. La cause ? Un message publié sur X sous le compte «Balance ton Claude» indiquant que C’était ça ou mourir avait été rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle, une accusation avançant pour preuve le résultat à 100% d’utilisation d’une IA obtenu par le logiciel de détection Pangram. Ce tweet crée un véritable raz-de-marée dans le milieu littéraire, poussant l’Académie Goncourt à retirer de sa sélection le roman de Thélyson Orélien ce vendredi 25 septembre. Succès non mérité ou racisme déguisé ? Le débat est ouvert…

Que Thélyson Orélien ait véritablement utilisé l’IA ou non, cette accusation m’a renvoyée au sentiment de frustration intense que j’ai éprouvé il y a 2 ans, quelques mois avant de perdre l’un de mes principaux revenus depuis le début de mon activité à cause de l’engouement pour l’intelligence artificielle. La rentrée de 2024 avait été rude, l’un des gros clients de l’agence de rédaction avec qui je collaborais depuis plus de 10 ans exigeant que les rédacteurs et rédactrices travaillant sur ses textes utilisent l’IA, avant de revenir sur sa décision, déçu par la mauvaise qualité des nouveaux contenus. Il a voulu ensuite retourner à la rédaction classique (moment de joie), et c’est là que le cauchemar a commencé… Je n’ai jamais eu autant de retours sur mes textes qu’à partir de ce moment-là. Le client cherchait par tous les moyens à réduire ses coûts et analysait chaque texte à l’aide de logiciels de détection de contenus générés par IA, très peu fiables à l’époque. Chaque texte était ainsi accusé d’avoir été rédigé par une intelligence artificielle, prétextant que certaines tournures de phrase, expressions, voire des mots totalement normaux que j’employais depuis des années dans les textes pour ce client, étaient une preuve de l’utilisation de l’IA (alors que je la fuyais comme la peste…). Les PM de l’agence essayaient de nous soutenir mais, pour ne pas perdre ce gros client, n’arrêtaient pas de donner de nouvelles consignes, de plus en plus insensées. Toute une série de mots ont ainsi été interdits car ils faisaient trop «IA». Mais en quoi un mot fait-il plus IA qu’un autre ??? L’IA s’appuie sur des contenus créés par des êtres humains, sur une langue qui existe depuis des siècles, et elle inventerait des mots ou des expressions ??? Je devenais folle ! Je n’ai jamais passé autant de temps à réécrire des textes, des heures et des heures de travail, qui n’auront finalement été payées dans leur entièreté que cette année, la boîte de rédaction se retrouvant en grandes difficultés financières depuis 2 ans.

Dans le scandale autour du roman de Thélyson Orélien, je me sens ainsi un peu tiraillée entre les deux positions du débat. D’un côté, je me mets à la place de l’écrivain qui, s’il n’a véritablement pas utilisé l’IA, doit éprouver ce même sentiment de frustration et de découragement extrêmes de voir son travail piétiné par des gens qui croient que l’intelligence artificielle est supérieure ou de savoir que, peu importe le temps passé à remanier des phrases, à puiser dans son propre vécu, à partager ses émotions, il y aura désormais toujours un doute quant à leur authenticité chez certains lecteurs. De l’autre, si l’auteur a véritablement rédigé son texte avec l’IA sans l’avouer, je me sentirais trahie de ne pas avoir été au moins informée de cette aide. Et en même temps, tout nous pousse aujourd’hui à utiliser l’IA, qu’on le veuille ou non, et à l’apprivoiser si l’on ne veut pas rester de côté. L’une de mes belles-sœurs disait encore l’autre jour que dans sa boîte, on leur assénait régulièrement «Do AI or die», soit, pour faire un parallèle avec le titre du roman de Thélyson Orélien, «C’est utiliser l’IA ou mourir». Moi-même, si frileuse à cette idée, j’ai fini par l’employer dans mon travail, non pas pour rédiger ou traduire à ma place (car cela serait me priver de ce que j'aime faire par-dessus tout et que je tiens à maintenir mon cerveau en forme), mais simplement pour m’aider à trouver des informations, à comprendre certains sujets plus complexes, à réfléchir à une tournure de phrase qui me donne du fil à retordre ou à retrouver un terme qui me reste sur le bout de la langue, par exemple. Bref, je l’utilise comme un outil, tout en continuant à consulter principalement des sources fiables, comme mon guide Meertens ou les bases de données terminologiques des institutions européennes ou d’autres domaines spécialisés.

Enfin, le sentiment qui m’anime le plus, c’est une sorte de tristesse face à ce nouveau monde où l’on consomme du contenu sans plus savoir à 100% s’il est authentique ou non et où certaines personnes ont plus de mal à croire aux merveilles (qu'elles soient visuelles, musicales, littéraires, artistiques…) que peuvent réellement créer des êtres humains. Et je trouve un peu dommage qu’un roman abordant un thème aussi important et profondément humain que la migration se retrouve au cœur de ce scandale. Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous lu ou comptez-vous lire C’était ça ou mourir ?

Carte postale : Dresde – Berlin

2026 est l’année des petits voyages improvisés. Après une excursion à Maastricht en janvier et un petit week-end à Berck en juillet, c’est dans l’est de l’Allemagne que mon cher et tendre m’a emmenée. Souhaitant aller une journée au salon IFA de Berlin avec son patron pour des raisons professionnelles, il m’a proposé de passer un week-end prolongé dans la capitale allemande. Toutefois, en constatant le prix exorbitant des hôtels berlinois (sans pour autant qu'ils soient bien cotés…) en ce premier week-end de septembre, nous avons fini par ne réserver qu’une nuit dans la capitale et par opter pour un séjour dans une autre ville allemande des environs que nous n’avions pas encore visitée et dont les hôtels étaient plus abordables et mieux notés : Dresde. Voici donc mon récit de voyage à la (re)découverte de ces 2 villes allemandes.

Au départ de Düsseldorf le jeudi 3 septembre fin d’après-midi, mon cher et tendre et moi-même embarquons pour un voyage en train de plus de 6 heures à bord d’un Flixtrain. Si ce ne sont pas les trains les plus propres et confortables circulant sur le réseau ferroviaire allemand, ils ont le gros avantage d’être très abordables (autour de 25-30€ par personne et par aller contre près de 200€ avec les ICE). Il fait nuit noire quand nous descendons à Dresden Neustadt, où nous rejoignons notre studio pour 3 nuits, le Limehome Dresden à Tannenstraße, que je recommande vivement ! L’enregistrement s’est fait en quelques minutes, l’entrée est totalement autonome avec un code personnel pour la porte de l’immeuble et de la chambre, et le studio est propre, moderne et vraiment bien équipé, avec un petit coin cuisine disposant de tout le nécessaire. On dispose même d’un jacuzzi (pour environ 90€ la nuit, ça valait vraiment le coût) !

Après une première nuit dans le plus grand calme et un petit-déjeuner pris dans le studio, nous avons rejoint en tram la gare centrale de Dresde pour passer le reste de la journée à remonter tranquillement vers la Neustadt à pied. Dresde nous charme d’emblée ! Située à une quarantaine de kilomètres à peine de la frontière tchèque, la capitale de la Saxe nous rappelle un peu Prague. Son architecture baroque et rococo lui doivent cependant le surnom de Florence de l’Elbe. J’ai adoré découvrir les somptueux bâtiments de l’Innere Altstadt, le vieux quartier de la ville. Nous avons passé un bon moment à admirer la cour et les remparts du Zwinger, un magnifique palais baroque datant du début du XVIIIe siècle qui abrite divers musées, mais dont la cour intérieure et les promenades au-dessus des galeries sont libres d’accès.

En sortant du palais, nous avons contemplé la Theaterplatz, surplombée par son très bel opéra de style Renaissance. Nous nous sommes ensuite posés un instant dans la cour du Residenzschloẞ, le château des rois de Saxe dont la construction d’origine remonte au XVIe siècle, avant de nous enfoncer dans les ruelles de la vieille-ville, nous emmenant sur la très belle Schloßplatz, dominée par la sublime cathédrale de la Sainte-Trinité. Nous avons ensuite emprunté la célèbre Augustusstraße qui permet de longer le Fürstenzug, une fresque murale en porcelaine d’une longueur de 102 mètres représentant la procession des princes de Saxe. La rue mène jusqu’à la Neumarkt, où s’élève un autre bâtiment phare de Dresde : la Frauenkirche, symbole de la réunification allemande depuis sa reconstruction dans les années 1990.

Nous avons terminé notre visite de la vieille-ville par la montée sur la jolie terrasse de Brühl, qui doit son surnom de balcon de l’Europe à sa vue sur les flots de l’Elbe qui s’écoule en contrebas. Nous concluons notre balade en savourant une glace sur le pont Auguste et en assistant à un concert en plein air de cors de chasse sur la Theaterplatz avant de remonter tranquillement les rues plus modernes de la Neustadt en début de soirée. Après avoir mangé dans le confort de notre petit studio temporaire, nous sommes ressortis un peu plus tard dans le quartier, sous la pluie. La raison ? Je voulais aller voir l’une des curiosités de Dresde, une maison bleue ornée de réservoirs et tuyaux métalliques en tous genres qui créent de la musique quand il pleut… soi-disant. Nous avons donc fait une mini balade nocturne jusqu’audit bâtiment situé dans le Kunsthof Passage, qui est certes original, mais qui ne produit aucun son, du moins, nous n’avons rien entendu malgré les grosses gouttes qui tombaient du ciel (je n'ai d'ailleurs pris aucune photo, vu qu'il faisait nuit noire). Nous sommes donc rentrés bredouille, après avoir baigné quelques instants dans l’ambiance des bars allemands, devant lesquels les jeunes partagent des bières sur fond de musique rock. Encore fatigués du voyage de la veille, nous avons toutefois préféré rentrer nous coucher plutôt que de faire la fête.

Comme le temps est au beau fixe le lendemain, je décide d’embarquer mon cher et tendre pour une petite excursion à moins d’1 heure en train de Dresde, dans le parc national de la Suisse saxonne (ne vous méprenez pas sur le nom, c'est bien toujours en Allemagne). Au départ de la gare de Dresden-Neustadt, nous montons dans le S-Bahn pour 50 minutes de train jusqu’à la petite gare de Kurort Rathen (l'aller-retour revient à 19€ par personne). Arrivés au bord de l’Elbe, nous avons pris le bac à câble qui permet de rejoindre l’autre rive, du côté de Rathen, et qui assure la traversée toutes les 10 minutes du matin au soir, pour un billet aller-retour de 3€. Ensuite, c’est parti pour une petite ascension sympathique à travers la forêt pour atteindre le site qui m’avait attirée : le pont de la Bastei. La Bastei est un massif aux formes étranges qui se dresse à quelques mètres de l’Elbe et offre des panoramas époustouflants sur la courbe du fleuve. Un pont en grès y a été construit au milieu du XIXe siècle, non loin du site de l’un des plus grands châteaux-forts de la région, aujourd’hui en ruine. La balade est très agréable, la forêt faisant apparaître rapidement les roches caractéristiques du massif au fur et à mesure de l’ascension. Nous aurions aimé pouvoir faire le long circuit, mais les fortes chaleurs de l’été ont causé des dégâts et toute une partie du parc est fermée car trop dangereuse en raison du grand nombre d’arbres morts risquant de tomber. Nous passons quand même 4 bonnes heures dans ce coin plus vert, à contempler l’Elbe se dessiner près de 200 mètres plus bas, et à nous balader dans la charmante commune de Rathen, dont les maisons évoquent les chalets suisses. Le S-Bahn reliant Rathen à Dresde circulant toutes les demi-heures, nous repartons en fin d’après-midi vers la Florence de l’Elbe.

Nous descendons à la gare centrale pour profiter des derniers rayons de soleil de cette belle journée dans les jolies rues de la vieille-ville. Je prends de nouveau le temps de contempler les multiples détails des façades baroques de ses bâtiments avant que l’on se pose une demi-heure au soleil au pied de la statue équestre du roi Jean Ier, trônant sur la Theaterplatz. Deux mondes s’opposent, entre le chanteur de rue qui nous bercent de balades pop en toute décontraction et les spectateurs de l’opéra endimanchés attendant l’ouverture de la salle de spectacle. Nous rentrons doucement au studio pour manger notre repas avant de retourner dans le centre-ville une fois la nuit tombée pour l’admirer sous son manteau de lumière. Dresde semble alors encore plus mystérieuse et hors du temps… Je suis un peu triste de la quitter, elle m’a vraiment conquise !

Dimanche 6 septembre, nous nous levons de bonne heure pour nous rendre à la gare routière de Dresde. Notre Flixbus est en retard d’une heure, mais il nous amène à bon port à Berlin, un peu moins d’une heure avant que le patron de mon cher et tendre ne débarque à son tour dans la capitale allemande, ville que nous avions déjà visitée il y a plus de 10 ans. Nous posons nos bagages à l’hôtel (dont la nuitée coûtait plus que notre petit studio de Dresde, mais dont la vétusté ne justifiait clairement pas ce coût) et nous rafraîchissons un peu avant de ressortir. Nous retrouvons le patron de mon cher et tendre à la gare centrale de Berlin et décidons de faire un petit circuit touristique passant devant les sites phares de la ville. Je ne dirais pas que la capitale allemande est une « belle » ville, elle a d’ailleurs beaucoup moins de charme que Dresde, mais le soleil nous accompagne, ce qui apporte un peu plus de gaieté au décor de celle que l’on surnomme la Ville grise. Nous passons ainsi une bonne partie de l’après-midi à photographier la Fernsehturm, le palais du Reichstag, la porte de Brandebourg et les quelques pans du mur exposés sur la Postdamer Platz, avant de poursuivre notre balade jusqu’à l’hôtel en traversant l’immense parc du Tiergarten. Après le repas, mon cher et tendre et moi-même ressortons le soir en amoureux autour de l’avenue du Kurfürstendamm pour immortaliser le bout de clocher de l’Église du Souvenir en pleine nuit avant de rentrer nous coucher.

Je passe le dernier jour de ce week-end prolongé improvisé en solitaire, mon cher et tendre et son patron passant la journée au salon de l’IFA. Comme j’adore passer du temps dans les musées et que je préfère les bâtiments baroques, je prends directement le métro pour me rendre jusqu’à la Museuminsel, l’île aux musées de Berlin. Je descends un peu avant pour flâner sur Unter den Linden, une splendide avenue bordée d’anciens palais. Je me pose ensuite un moment devant la cathédrale de Berlin pour prendre un petit-déjeuner en plein air.

Je me dirige ensuite vers un musée qui m’avait été conseillée : le musée de la RDA. Situé face à la cathédrale sur l’autre rive de la Sprée, cet espace muséal datant de 2006 plonge ses visiteurs dans la vie de l’Allemagne de l’Est depuis la construction du mur jusqu’à sa destruction. Je pensais y consacrer 2 ou 3 heures, j’y suis restée pendant 5 heures 😅 (j'ai bien rentabilisé les 13,50€ du billet d'entrée). Ce musée est vraiment passionnant. Je ne connaissais pas bien ce pan de l’histoire et j’ai pris le temps de tout lire (oui, je peux passer des heures dans un musée 😂). Ne pensez toutefois pas que l’exposition n’est qu’une succession de panneaux ennuyeux à lire, tout y est ludique et immersif. Il y a des quizz, des audio, des films, des animations, des artefacts de l’époque, mais aussi une voiture Trabant avec un simulateur de conduite et la reproduction d’un appartement typique de la RDA, dont les tiroirs et les armoires recèlent d’informations sur la vie quotidienne dans l’Allemagne de l’Est. Découvrir comment cette population vivait totalement isolée de l’ouest est fascinant. Je ne peux que vous le recommander vivement si vous visitez Berlin !

Comme il est déjà près de 15h quand je quitte le musée et que notre train de retour vers Düsseldorf est prévu à 16h40, je décide de suivre le cours de la Sprée jusqu’à la gare de Berlin, profitant encore un peu de mon moment en solitaire pour contempler les bâtiments illuminés par le soleil.

Voilà comment s’est terminé ce long week-end improvisé dans l’est de l’Allemagne. J’espère vous avoir fait voyager un peu !

2026 : acte VIII

Août aura été un mois très positif, à la fois productif et riche en événements jouissifs. Retour sur un acte marqué par la chaleur, mais aussi par le bonheur.

Jour de l’éclipse

Mon mois d’août n’aura pas été rongé par le doute. Retrouvant enfin une bonne vitesse de croisière, j’ai reçu des projets de traduction à cadence journalière. J’ai d’ailleurs dû enchainer les longues soirées de travail, nos week-ends étant consacrés à l’aménagement de notre nouveau bercail. Le huitième acte s’est ainsi déroulé à un rythme effréné, me laissant peu de temps pour vraiment souffler. Je ne vais cependant pas me plaindre, je préfère être très occupée que de voir ma motivation (et ma profession) s’éteindre.

Sur le plan de la vie privée, août aura aussi été bien chargé. Après avoir passé les 2 premiers week-ends à ranger et à nettoyer notre nouveau nid, nous avons accueilli pendant 5 jours une partie de ma belle-famille. Le jour de l’éclipse solaire, nous avons rejoint ma belle-sœur dans une réserve réputée pour sa faune aviaire afin d’assister à ce spectacle céleste extraordinaire puis de rentrer ensemble dans notre chaumière. Le lendemain dans la matinée, ce fut au tour de mes beaux-parents de découvrir notre nouveau foyer. Prenant bien soin du jardin de leur maison, ils ont voulu nous aider à redonner vie à notre terrain resté pendant des années à l’abandon. Nous avons également profité de leur visite pour explorer avec eux quelques coins d’Angleterre, à commencer par Windsor et son château multicentenaire. Notre deuxième excursion nous a emmenés au bord de la Manche, sur le chemin des Seven Sisters, la fameuse suite de falaises de craie blanche. Après le départ de ma belle-sœur et de mes beaux-parents, nous avons poursuivi notre emménagement. J’ai aimé passer du temps dans le jardin à découvrir ses fleurs, ainsi qu’à observer ses petits visiteurs. Si les daims ne peuvent pas accéder à notre verdure, nous avons le plaisir de voir 2 renards dès que le ciel devient plus obscur. Mais l’heure est ensuite venue de reprendre la route, mon cher et tendre devant retourner en Allemagne fin août. Le dernier week-end du mois s’est ainsi déroulé sur le continent, avec une visite chez ma grand-mère et un repas en famille chez mes parents avant notre périple jusqu’à l’appartement allemand.

C’est donc en Allemagne que je terminerai cet été, avec un programme plutôt chargé. Mon prochain bilan sera publié en automne et ne devrait, je l’espère, pas être monotone. Rendez-vous dans 1 mois, au moment où la couleur des arbres flamboie !

Les mots qui fâchent : woke

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Certains mots peuvent rapidement devenir des insultes quand ils sont mal compris. C’est le cas de « woke », mot anglais entré dans les dictionnaires français en 2022. Le terme est tellement à la mode qu’il est scandé à tout va, sans que les personnes qui l’utilisent comprennent réellement ce qu’il veut dire. Il me semble donc utile de revenir à l’origine de ce mot.

Photo de Danny Burke sur Unsplash

Le terme « woke » est souvent employé au moment des sorties de grands films attendus, comme les différents Disney (j'avais d'ailleurs écrit un billet sur le racisme ordinaire derrière la polémique autour de La Petite Sirène de Disney), et tout récemment L’Odyssée de Christopher Nolan. Le réalisateur britannico-américain a été traité de « woke » car il avait osé ajouter dans son casting l’acteur transgenre Elliot Page et qu’il avait choisi la sublime Lupita Nyong’o pour interpréter Hélène de Troie, qui est censée être la plus belle femme du monde et qui, dans les yeux des racistes, ne peut donc pas avoir une peau d’ébène et devrait plutôt être une blonde platine bien blanche (petit rappel, Hélène de Troie est un personnage mythologique, né dans un œuf à la suite des ébats entre Léda et le dieu Zeus, qui avait pris la forme d'un cygne, et même si Homère en donne une description dans l'Iliade et L'Odyssée, elle reste un personnage de fiction que chacun.e est libre d'imaginer à sa guise, sa couleur de peau n'ayant aucune incidence sur son histoire…). Je me rappelle aussi tout le foin qu’avaient fait certain.e.s fans de la saga Harry Potter lorsque Hermione a été incarnée par une comédienne noire dans la pièce de théâtre Harry Potter et l’Enfant maudit à Londres (alors que la peau d'Hermione n'est absolument pas décrite dans les romans). Bref, dès qu’on ose toucher à la représentation d’un personnage de la culture populaire en attribuant le rôle à une personne d’un autre genre ou d’une autre couleur de peau, certain.e.s crient au wokisme. Mais ça veut dire quoi exactement être « woke » ?

« Woke » n’a absolument rien à voir avec la poêle profonde utilisée dans la cuisine d’Extrême-Orient (quoique… un « wok » pourrait être utile pour assommer certain.e.s non-wokes 😅). C’est un adjectif qui découle du verbe to wake, signifiant simplement « (r)éveiller ». Un mot tout à fait banal avant qu’il ne prenne un sens politique vers la fin du XIXe siècle aux États-Unis. La communauté afro-américaine, toujours victime de racisme et de discrimination malgré la fin de l’esclavage, s’empare de ce mot pour parler d’un éveil des consciences face aux injustices qu’elle subit. S’il est déjà utilisé au début du XXe siècle, c’est vers 2013 que le terme prend son essor avec le mouvement Black Lives Matter. Lié au départ uniquement à la lutte contre le racisme, le wokisme englobe désormais plusieurs causes. Le dictionnaire de l’Académie française en donne cette définition :

Wokisme : courant de pensée, idéologie, nés aux États-Unis dans les années 2000, qui prônent l’éveil des consciences aux inégalités structurant les sociétés occidentales, et privilégient la lutte contre les discriminations notamment de nature raciste, sexiste et homophobe.

Et pour l’adjectif « woke », Le Robert indique ceci :

Woke : qui est conscient et offensé des injustices et des discriminations subies par les minorités et se mobilise pour les combattre, parfois de manière intransigeante (surtout péjoratif, par dénigrement).

Mais pourquoi les personnes qui défendent cette noble cause sont-elles si dénigrées ? Je pense que c’est tout simplement parce que les hétéros-cisgenres-occidentaux-blancs-valides n’ont pas envie de perdre leurs privilèges et qu’ouvrir les yeux sur les inégalités peut rendre mal à l’aise. Même la personne la plus à gauche et ouverte d’esprit peut avoir eu des propos racistes, sexistes ou homophobes et s’en rendre compte est parfois difficile à accepter. Féministe convaincue depuis mon « éveil » avec Sorcières de Mona Chollet, je sais que j’ai moi-même pu avoir des pensées sexistes (qui n'a jamais pensé qu'une fille habillée de manière plus aguicheuse était forcément une fille facile, pour ne pas dire autre chose, par exemple ?). Pourquoi ? Parce que la société dans laquelle nous vivons est sexiste, raciste, homophobe… Les « wokes » ne font que nous ouvrir les yeux sur une autre réalité, celle que les minorités vivent au quotidien. Et des fois, on a l’impression qu’ils ou elles exagèrent, qu’on n’a plus le droit de rien dire ou de rire de tout. Alors que non, il faut juste se rendre compte que notre société est inégalitaire et se mettre à la place des autres pour comprendre que telle remarque, telle blague, tel propos ou tel manque de représentation peut être insultant, blessant ou délétère.

Avant de traiter quelqu’un.e de woke, essayez donc d’écouter son argument et de comprendre en quoi cela peut-être une injustice pour lui ou pour elle. Peut-être que vous finirez vous aussi par être « éveillé.e » !

L’IA détruit des livres

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Vous avez sûrement vu passer cette information, qui avait chamboulé les bibliophiles fin juillet et qui a fait de nouvelles vagues cette semaine avec la prise en flagrant délit d’Amazon, qui achète des milliers de livres pour entraîner ses modèles de langage IA avant de les détruire. J’ai été horrifiée quand j’ai vu l’une de ces abominables vidéos montrant des livres anciens passés sous la guillotine et mis au bûcher après avoir nourri ces monstres technologiques. Impossible de rester muette face à cela…

Photo de Patt Vielma

Je n’ai jamais considéré les livres comme de simples objets. Je suis de celles et de ceux qui se refusent à corner leurs pages, à surligner certains de leurs passages au fluo ou à ajouter quelques notes dans leurs marges, même au crayon. Peut-être suis-je un peu trop extrême mais, pour moi, les livres sont sacrés. Ce sont des gardiens de la mémoire, des transmetteurs de connaissances, des portes sur de nouveaux horizons, des machines à voyager dans le temps et dans l’espace, voire des médicaments et des échappatoires au quotidien. Savoir que les géants de l’IA s’emparent de livres anciens pour alimenter leurs systèmes puis les jettent comme de vulgaires déchets une fois qu’ils les ont utilisés me donne littéralement envie de vomir. L’IA ne va donc pas seulement nous voler nos emplois, s’accaparer notre créativité, pomper toute l’eau de la planète et diminuer à petit feu notre capacité à réfléchir par nous-mêmes, elle détruit sans vergogne les sources de connaissances qu’elle n’avait pas encore pu atteindre…

Certes, tous les livres anciens ne sont pas en danger (du moins, j'espère), mais quand des individus s’en prennent aux écrits, cela n’annonce jamais rien de bon… La destruction délibérée de livres n’est pas nouvelle. Tout au long de l’histoire, des autodafés ont fait disparaître en fumée des livres, manuscrits et autres écrits ô combien précieux. Si l’exemple le plus mémorable date des années 1930 avec les bûchers de livres organisés par les universités allemandes en soutien à l’idéologie nazie, il ne faut pas remonter bien loin pour trouver d’autres bibliocides. Et quand ils ne sont pas brûlés, ils sont bannis ou jetés aux oubliettes. C’est le cas en Afghanistan, où les Talibans ont interdit tous les livres écrits par des femmes dans les universités, mais aussi aux États-Unis, où des dizaines de milliers d’ouvrages ont été supprimés car jugés indécents ou trop polémiques d’après le gouvernement Trump (livres abordant des thèmes aussi importants que le racisme, les droits des femmes, le genre ou la sexualité).

Il est vrai que, dans le cas de l’IA, les livres ne sont pas détruits par censure, mais le fait que les connaissances contenues dans ces ouvrages soient désormais détenues par l’intelligence artificielle pose fortement question. Quid du droit d’auteur et de notre liberté de consulter nous-mêmes ces ouvrages plutôt que de nous fier aveuglément à ce que l’IA va en tirer ? Le but de ces géants de l’informatique est-il de nous rendre complètement dépendants de leurs systèmes et de nous priver de notre sens critique ?

Plus l’IA « progresse », plus j’ai l’impression de me retrouver dans une dystopie qui va très mal finir. Et vous, quel est votre ressenti ?