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Archives d’Auteur: Elise Lignian

Ça m’énerve : les fausses urgences

C’est étrange mais certains métiers, et de plus en plus de nos jours, vivent dans une autre dimension, où il est possible de rallonger le temps à sa guise pour pouvoir réaliser des projets colossaux en un délai record. Et c’est bien évidemment le cas de la rédaction et de la traduction où, c’est bien connu, tout projet est toujours à rendre la veille.

Évidemment, c’est une réalité de la profession à laquelle je me suis habituée au fil du temps. Mais ce qui a tendance à m’horripiler, ce sont les soi-disant projets « ultra-urgents » qui ne le sont absolument pas au final. Cela arrive très fréquemment dans la rédaction marketing.

Exemple : il faut absolument écrire une dizaine de pages pour un nouveau site car il sera publié à la fin de la semaine ! Tu passes donc des jours et parfois des nuits à bosser sur le projet « ultra-urgent », le stress au ventre et au bout des doigts.

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L’heure du délai approche et tu vois enfin le bout du tunnel. Heureuse, tu parviens à le rendre juste à temps, à la fois exténuée et soulagée, le visage terne et cerné rehaussé d’un sourire de vainqueur.

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Puis la semaine passe, puis une autre et une autre encore… Cela fait maintenant un mois, voire deux, voire trois que tu as rendu ce fameux projet pour lequel tu as gardé les yeux rivés sur ton écran pendant des jours. Et là, alors que tu es passé à autre chose depuis longtemps, tu reçois un e-mail sorti de nulle part pour te demander une modification sur un texte soi-disant urgent que tu as dû rendre il y a des mois…

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Je n’ai rien contre les modifications, surtout en rédaction, ce sont des choses qui arrivent. Mais recevoir des remarques ou des questions sur un projet que j’ai dû boucler en urgence il y a plusieurs mois, ça a légèrement tendance à m’énerver.

Bref, avant d’envoyer une proposition de projet « ultra-urgente » à votre traducteur ou rédacteur, posez-vous bien la question : est-ce que j’ai vraiment besoin de ce texte pour la veille ou vaut-il mieux attendre quelques jours pour qu’il mûrisse et prenne toute sa saveur entre les mains de mon chef étoilé des mots ? Mais je m’évade en métaphores, il est temps de vous laisser.

À bientôt !

 

Aujourd’hui, j’ai trente ans

Aujourd’hui, j’ai trente ans.

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« Trente », ce nombre sonne dans ma tête comme annonçant le glas de mes jeunes années. « Tr… », cette première paire de consonnes reste coincée dans ma gorge et me fait trembler d’effroi. À l’entendre, elle évoque la « tristesse », voire même le « trépas » (sans vouloir tomber dans le sinistre). C’est étrange de voir comment un simple nombre peut vous chambouler l’esprit (et je pense ne pas être la seule nouvelle trentenaire à le ressentir). Peut-être est-ce que parce que la société veut qu’à trente ans, on soit enfin une « grande personne », c’est-à-dire avoir réalisé ses rêves de jeunesse et être enfin entré dans le reste de sa vie avec l’attirail complet du parfait adulte : une bonne stabilité financière, une maison, un mariage, des enfants. Je suis loin de tout cela : indépendante, en location, heureuse en amour mais sans bague au doigt et sans désir ou besoin d’enfanter.

Mais « tr… », cela appelle aussi le verbe « trouver ». Avoir trente ans, c’est en effet aussi « se trouver », tel un point de repère dans la vie qui vous fait prendre conscience de ce que vous avez déjà vécu et vous donne un regard plus mature sur les années écoulées. Ainsi, je peux dire aujourd’hui que j’ai eu la chance de grandir entourée d’une famille artiste, tolérante et ouverte sur le monde, entourée de grands-parents exceptionnels, entourée de cousins et cousines complices dans les jeux et dans les confidences, entourée d’amis et connaissances diverses qui ont forgé celle que je suis à coup d’éclats de rire et d’éclats de larmes. Je peux dire aujourd’hui que j’ai eu la chance de faire des études qui me passionnaient tout en profitant de cette ère glorieuse de liberté nouvelle et festive qu’est la vie étudiante, que j’ai eu la chance de compter sur le soutien de mes parents et de mon compagnon pour me lancer dans le métier qui me fait vibrer, que j’ai eu la chance de garder des amis extrêmement précieux malgré la distance et que j’ai aujourd’hui la chance de partager la vie de mon cher et tendre et d’avoir parcouru avec lui près d’une quarantaine de pays du monde.

Plus j’y pense, plus ce « tr… »  qui me donne des trémolos dans la voix tend de plus en plus vers « trésor ». Car trente ans, c’est aussi et surtout le commencement d’une nouvelle décennie, qui apportera son lot de surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Je sais que la vie ne sera pas toujours rose, je sais qu’elle me réservera encore des coups durs, des coups de gueule et des deuils douloureux. Mais je sais aussi que ce sont toutes ces étapes difficiles qui continueront de me construire et de constituer l’adulte que je serai demain.

À tous les nouveaux trentenaires qui ont du mal à passer le cap, tenez bon ! La vie est loin d’être finie 😉

Ça m’énerve : les faux projets de post-édition

Ça m’énerve : les faux projets de post-édition

Dans la rubrique des propositions de projets qui vous font perdre du temps, je cite les faux projets de post-édition ! Et j’en ai fait les frais dernièrement. Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite définition s’impose pour les néophytes.

La post-édition, kézako ? Il s’agit d’une nouvelle discipline de la traduction qui consiste à réviser une traduction réalisée par une machine. Car oui, même si les traductions automatiques s’améliorent, elles ne valent toujours pas le cerveau et les émotions d’un traducteur en chair et en os.

Si elle est moins rentable pour le traducteur qu’un travail de traduction pur et dur, la post-édition commence malheureusement à entrer dans le quotidien des traducteurs et de plus en plus d’agences proposent ce service à leurs clients. Ces derniers mois, j’ai ainsi reçu pas mal de propositions pour ce genre de projets. Loin de refuser la réalité, j’accepte les projets de post-édition sérieux, soit quand les textes sont extrêmement répétitifs, que la mémoire de traduction utilisée est conséquente et que le tarif est raisonnable.

Le problème avec la post-édition, c’est que certains clients en abusent juste pour pouvoir exiger une réduction de coût. Car en effet, le traducteur ne doit en principe « plus que » repasser derrière la machine pour apporter les corrections et rendre le texte intelligible aux lecteurs humains. Dans le cas de fiche de produits, modes d’emploi pour le même genre de produits ou certains domaines techniques, la post-édition peut être justifiable.  J’ai toutefois déjà eu de nombreuses propositions de projet de post-édition dans des domaines tout à fait incompatibles avec la traduction automatique ! Et dans ces cas-là, le texte à réviser est tout simplement catastrophique…

Cet été, j’ai par exemple reçu une proposition de ce type de projet dans le domaine du tourisme, mon interlocutrice m’assurant qu’il fallait simplement vérifier la grammaire et l’orthographe des textes. Un aperçu des textes m’a suffit pour remballer définitivement l’agence : une traduction mot à mot même pas digne de Google Translate. Et le tout proposé à un tarif de 0,015€/mot source. Merci, mais je ne suis pas un pigeon !

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Bref, si vous comptez faire post-éditer votre campagne marketing, votre futur roman, votre recueil de poésie, votre carnet de voyage, en gros n’importe quel texte plus rédactionnel faisant appel aux sentiments, allez voir ailleurs si j’y suis, je ne « post-éditerai » pas votre texte à un tarif réduit !

Carte postale : Bulgarie et Roumanie

Zdraveyitye / Buna ziua ! Cet été, j’ai eu la chance d’être invitée au mariage d’une de mes cousines à… Bucarest (et non Budapest), en Roumanie. Vadrouilleurs dans l’âme, mon cher et tendre et moi-même en avons profité pour explorer cette région que nous n’avions pas encore visitée et avons donc passé une dizaine de jours sur la côte de la mer Noire avant de rejoindre la capitale roumaine.

C’est ainsi que nous partons le 14 juillet pour Bourgas (Бургас), ville bulgare qui m’a directement replongée dans l’atmosphère des cités communistes de l’Est aux larges avenues. Dès la sortie de l’aéroport, mon cerveau tente de se brancher en mode russe pour pouvoir communiquer avec la population locale. Le bulgare a en effet de nombreuses similitudes avec la langue de Pouchkine et je parviens à me faire comprendre. Le soir même, nous avons la surprise de pouvoir assister gratuitement à un concert des participants de l’émission The Voice nationale, événement assez kitsch avec chanteuses plantureuses en petites tenues et rappeurs en combi casquette-jogging-basket. En bref, nous nous serions cru à l’Eurovision !

C’est toutefois le lendemain que nous commençons à nous sentir vraiment en vacances. Nous prenons en effet le bus pour aller à Nessebar (Несебър), station balnéaire réputée pour sa vieille-ville classée à l’Unesco où nous passerons cinq jours.

Necrolog

Exemple de « necrolog »

À notre arrivée dans notre chambre d’hôtes, nous sommes surpris par ce qui ressemble à un avis de décès affiché sur le portail. Durant notre première balade dans la ville, nous en apercevons d’autres, soit accrochés sur les portes, soit collés sur les parois des stations de bus, voire même cloués à des arbres. Le plus étonnant est que ces avis de décès ne sont pas récents puisqu’ils indiquent à chaque fois depuis combien de temps le défunt a disparu. Il s’agit en fait de « necrologs », des avis de décès publics pour commémorer les morts. Et l’on en trouve absolument partout en Bulgarie.

 

 

Mais revenons-en à Nessebar. Dès notre première visite de sa presqu’île historique, nous tombons sous le charme de ses rues pavées bordées de maisons en bois et d’églises byzantines. Les couchers de soleil sous les ailes de son vieux moulin en bois, au bord de son port et du haut de ses remparts nous offrent de beaux moments romantiques. Nous nous prélassons également sur ses plages, en ayant une préférence pour celles du sud, plus calmes et familiales, plutôt que celles longées de discothèques au nord de la ville. Nous passons aussi une journée dans le très beau (et très grand) parc aquatique d’Aqua Paradise (que je recommande en passant).

Après 5 jours de détente absolue, nous reprenons la route vers le nord et rejoignons Varna (Варна), l’une des plus grandes stations balnéaires de la mer Noire. Nous y retrouvons l’atmosphère d’une ville moderne et dynamique avec de larges avenues arborées, une multitude de bars et de restaurants et surtout l’immense Jardin maritime, que nous parcourons lors de notre séance de jogging quotidienne. Hélas, les différences de température entre les intérieurs climatisés et la chaleur parfois étouffante de l’extérieur ont raison des poumons de mon cher et tendre, qui commence une mauvaise toux. Heureusement, nous logeons dans un superbe appartement AirBnb (que je vous conseille vivement tant pour son confort que pour la gentillesse de son propriétaire) qui lui permet de se retaper quelque peu avant de poursuivre notre route.

Le 22 juillet, nous voilà partis à bord d’un minibus de grand luxe (c’est-à-dire équipé de ceintures) pour rejoindre notre dernière destination bulgare, Baltchik (Балчик). Cette petite station balnéaire attire les touristes en raison de ses jardins botaniques et de son château où a résidé la reine Marie de Roumanie dans les années 1920. Nous passons notre première journée sur l’une de ses petites plages, où nous tentons d’éviter les méduses (car oui, les méduses sont apparemment nombreuses sur la côte de la mer Noire, ce qui n’inquiète pas le moins du monde les nageurs russes et locaux). Le lendemain, après une matinée tombée à l’eau à cause d’un gros orage qui nous aura trempés littéralement jusqu’aux os, nous profitons d’une fin d’après-midi tranquille au bord de la mer en rencontrant de nombreux chats et chiens errants, ces derniers portant une étiquette à l’oreille. Une triste réalité à laquelle nous faisons face depuis le début du voyage. Le lendemain, après une dernière nuit sur le sol bulgare, nous passons notre matinée dans les allées colorées des fameux jardins botaniques de Baltchik avant de connaître nos premiers énervements avec les transports roumains…

(J’ouvre ici une parenthèse pour parler de nos mésaventures, mais vous pouvez passer  directement au paragraphe suivant qui vous amènera directement à Constanta (Constanța). Nous avions vu sur Internet que deux compagnies de bus roumaines assuraient plusieurs fois par jour la liaison entre Baltchik et Constanta, ville roumaine où nous comptons loger quelques jours avant de partir à Bucarest. Or, pour réserver ces bus, il faut appeler, ce que mon cher et tendre avait fait la veille. Le problème est que les employés de ces compagnies ne parlent que roumain. Au bout de 3 appels, nous parvenons quand même à nous faire comprendre en anglais et apprenons que le bus partira le 24 juillet à 14h en face du « Castel Regina Maria », soit en bord de mer. Nous arrivons donc le jour J à 13h30 à l’endroit convenu et attendons… 14h sonnent et toujours pas de bus. Mon cher et tendre rappelle donc la compagnie pour savoir si nous sommes au bon endroit. Son interlocutrice lui explique que le bus a pris du retard à Varna mais qu’il arrivera bien au « Castel Regina Maria ». 14h30 : toujours aucun signe du bus. Nous commençons donc à demander à plusieurs passants si quelqu’un parle roumain pour pouvoir rappeler la compagnie et obtenir des informations plus fiables. Au bout de quelques minutes, nous tombons sur une Roumaine qui accepte de jouer les interprètes. Elle nous apprend alors que le bus devrait arriver dans 5 minutes, non au « Castel Regina Maria » comme notre interlocutrice nous l’a répétée maintes fois, mais au « White Rock Castle », un hôtel qui se trouve tout en haut de la côte, soit à quelques mètres de notre hôtel et non au bord de la plage… Ni une, ni deux, nous remontons la flopée de marches reliant la plage aux hôtels et arrivons en face du White Rock Castle Hotel à bout de souffle, les mollets en feu et le dos trempé… Une heure se passe et toujours aucun bus à l’horizon. Mon cher et tendre rappelle à nouveau la compagnie, en espérant pouvoir monter dans le bus prévu à 16h. Et là, il entend son interlocutrice se moquer ouvertement de nous à ses collègues de bureau avant de nous dire qu’il n’y a plus de bus avant demain matin et de nous raccrocher au nez… Notre premier contact avec les Roumains est donc loin d’être positif. Nous tentons alors la deuxième compagnie de bus, qui nous dit qu’il n’y a plus de bus avant demain matin mais dont le site Internet indique un dernier départ à 16h45 depuis la gare de Baltchik. Nous tentons quand même notre chance et dépensons nos derniers levs bulgares (nous avions déjà échangé nos billets locaux contre des lei roumains la veille) pour prendre un taxi. Une fois à la gare, nous tentons de demander à la femme derrière le guichet d’où partent les bus pour la Roumanie en lui montrant le site Internet de la compagnie. Après nous avoir répété qu’il n’y avait pas de bus roumain au départ de Baltchik et qu’il fallait retourner à Varna, elle se fait interrompre par un homme qui nous conseille d’attendre devant la station de bus située en face de la gare. Chose que nous faisons pendant une demi-heure avant de nous faire à l’idée de devoir trouver un hôtel pour la nuit et de prendre le bus demain matin. Mon cher et tendre rappelle donc la compagnie pour confirmer les horaires du lendemain quand l’interlocutrice lui demande si nous voulons partir aujourd’hui car il est encore possible de prendre le bus de « fourteen forty five (14h45) » (indice : il y a une erreur de traduction ici) qui a pris du retard à Varna et qui devrait être là dans les 15 minutes. Sans trop y croire, nous restons donc sur place et miracle ! À 17h15, nous apercevons enfin un minibus portant fièrement l’inscription « Bulgaria – Romania » sur son pare-brise. Le chauffeur a l’air énervé mais nous montons et partons sur le champ pour arriver enfin à Constanta en début de soirée. Une première mésaventure qui aura mis nos nerfs à rude épreuve et qui présage d’autres péripéties avec les transports roumains…)

Avec son vieux casino Art Nouveau dont la beauté se laisse dégrader par le vent et les embruns de la mer qui se déchaîne à ses pieds, Constanta dégage une ambiance particulière. La partie historique de la ville se pare en effet d’une élégance surannée qui tranche avec l’animation du centre et de ses longues plages de sable. Notre unique journée dans cette station balnéaire roumaine est donc marquée par des balades très agréables. Cette première visite sur le sol roumain nous permet également de nous confronter à la langue roumaine. Nous parvenons à déchiffrer les panneaux et autres indications écrites, mais impossible pour moi de comprendre les habitants. Toutefois, beaucoup de Roumains parlent et comprennent le français, l’ayant appris à l’école. Il est d’ailleurs beaucoup plus facile pour eux de communiquer dans la langue de Molière que dans la langue de Shakespeare. Vous voilà donc prévenus si vous souhaitez explorer le pays. Ayant perdu plus d’une après-midi dans les transports la veille, nous décidons de prendre le train pour rejoindre Bucarest (București), pensant éviter les désagréments des voyages en bus locaux. Là encore, j’ouvre une longue parenthèse. Libre à vous de passer directement à Bucarest.

(Grossière erreur… Arrivés à la gare, nous faisons face à une file monstre devant les guichets. Au bout de 20 minutes, pensant enfin acquérir les billets pour le train de 14h, la guichetière nous annonce qu’il n’y a plus de place avant 14h45 et qu’elle n’accepte que les paiements par cash, malgré les logos de carte de banque collés sur la vitre et le lecteur de carte mis bien en évidence, juste à côté de son ordinateur… N’ayant plus assez d’argent liquide, nous tentons de réserver nos billets sur le site Internet des transports ferroviaires roumains, en vain. Nous finissons donc par retirer de l’argent et refaisons à nouveau la file pour arriver devant le guichet. Pensant obtenir des billets pour le train de 14h45, nous apprenons qu’il n’y a plus de place et qu’il faudra attendre 17h… Légèrement énervés, nous nous tournons à regret vers les bus. Nous en voyons justement un dont le chauffeur nous assure qu’il part à Bucarest dans la demi-heure. Nous mettons donc nos bagages en soute, montons à bord et nous rendons compte qu’il n’y a plus aucune place assise… Retour à la case départ. Nous récupérons nos bagages et demandons à l’un des chauffeurs de bus en stationnement s’il sait quand aura lieu le prochain départ pour Bucarest. Au moment où il nous répond qu’un bus partira à 15h, il commence à pleuvoir à grosses gouttes et nous faisons la rencontre de deux touristes qui sont tout aussi désespérés que nous à trouver un moyen d’aller à Bucarest. Un peu avant 15h, un minibus arrive enfin, plusieurs personnes se ruant à l’intérieur pour échapper à l’averse. Nous les imitons. À peine installés, nous voyons les passagers redescendre en vitesse pour récupérer leurs valises et monter à bord du bus que nous avions abordé plus tôt. La troisième fois que nous déposons nos bagages en soute est heureusement la bonne et nous partons enfin pour Bucarest vers 15h30. C’était toutefois trop beau pour être vrai. Après une bonne heure de route, le bus ralentit pour s’arrêter complètement dans un bouchon monstre. Nous voilà coincés pendant plus d’une heure sur l’autoroute en raison d’un accident. C’est donc seulement vers 20 heures que nous arrivons enfin à Bucarest, où je retrouve ma sœur et ma tante (qui a elle aussi connu des mésaventures, mais c’est une autre histoire, trop longue à expliquer et il y a déjà trop de parenthèses dans cette carte postale). Note pour ceux qui souhaitent voyager en train en Roumanie : achetez vos billets bien à l’avance ! J’ai appris par notre hôte Airbnb à Bucarest que les trains étaient en fait gratuits dans l’ensemble du pays pour tous les étudiants, ce qui réduit donc énormément les places disponibles. Vous voilà prévenus !)

Arrivés le 26 juillet au soir, nous avons une bonne journée devant nous pour visiter Bucarest avant le mariage samedi et notre retour sur le sol britannique dimanche. La capitale roumaine est une belle surprise. Nous sommes en effet charmés par ses gigantesques avenues où vieux bâtiments dégradés se mêlent à des bijoux historiques et curiosités architecturales modernes. Un méli-mélo détonnant traversé par les eaux tranquilles de la Dâmbovița. Nous explorons son quartier historique et admirons son imposant palais du Parlement avant de flâner et de dîner en compagnie de ma sœur et de ma tante au parc Herăstrău.

Enfin, le samedi 28 juillet, nous retrouvons le reste des invités du mariage dans la superbe Biserica Italiană pour assister à l’échange des alliances avant de faire la fête jusqu’aux petites heures du matin dans le décor pittoresque de la Casa Universitarlor. Un mariage parfait (si l’on fait abstraction des « Champions du monde » chantés à tue-tête par la majorité des amis français des mariés à chaque discours…) et une fête qui nous aura permis de découvrir une autre région du monde. Merci donc à ma chère cousine pour ce voyage haut en couleurs sur le littoral de la mer Noire !

Et pour conclure cette carte postale déjà bien longue, quelques petites perles linguistiques et photos des nombreux bureaux de traduction croisés en chemin (car oui, en Bulgarie et Roumanie, les traducteurs font encore leur publicité dans la rue).

Dovijdanie / La revedere !

Ça m’énerve : les mauvais relecteurs

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Je vous avais déjà parlé dans un autre billet du rapport parfois ambigu entre les traducteurs/rédacteurs et les réviseurs/relecteurs. Si la majorité d’entre eux font bien leur travail, certains veulent absolument corriger des erreurs là où il n’y en a pas. Et j’ai eu le cas il y a quelques semaines avec un magnifique pléonasme dans un titre, ce qui a eu le don de m’énerver.

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Moi en voyant « optimiser au mieux » dans mon texte

D’après un sondage sur ProZ, 59% des traducteurs ont parfois l’impression que les réviseurs/relecteurs apportent des modifications à leur texte « juste pour dire de changer quelque chose ». Screenshot_20180522-121036Il est vrai que la révision/relecture peut être un exercice ardu. J’ai par exemple déjà eu l’impression de gagner de l’argent à ne rien faire en relisant une traduction sans aucune erreur. Donc je peux comprendre que certains réviseurs/relecteurs se sentent « obligés » de changer quelque chose. Mais ce qui m’énerve ici, ce sont ceux qui corrigent un texte là où il n’y a pas lieu d’être. Je me rappelle encore d’un cours au Centre Européen de Traduction Littéraire à Bruxelles dans lequel un traducteur avait expliqué que l’une de ses collègues, qui avait travaillé sur un livre du même style que La Disparition de Georges Perec (roman ayant la particularité de ne contenir aucun mot composé de la lettre e) s’était déchaînée sur le relecteur en voyant qu’il avait modifié des passages sans tenir compte de cette caractéristique majeure. D’où l’importance de toujours communiquer, si possible, avec son réviseur/relecteur pour défendre ses idées, surtout dans le cas de la traduction littéraire.

En ce qui concerne le reste, si vous êtes réviseur/relecteur, pensez à toujours bien vérifier ce que vous corrigez. À bon entendeur…

Ça m’énerve : les projets en attente

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Si quand ils sont confirmés, les projets de rédaction ou de traduction sont toujours à rendre pour hier, il faut parfois patienter longtemps entre l’envoi du devis et le démarrage effectif du projet. Et c’est ce qui m’arrive justement en ce moment…

En une semaine, une agence de rédaction avec qui je collabore régulièrement me propose plusieurs gros projets à étaler sur le mois. Contente d’avoir enfin du travail un peu plus conséquent que ces dernières semaines, j’accepte volontiers et envoie rapidement les premiers textes pour que les différents clients puissent approuver le ton et le style, la présentation, etc. Et c’est là que commence l’attente

Première règle à bien retenir : le client mettra toujours plus de temps à lire ton texte et à donner son avis que toi à l’écrire. Un jour, deux jours, trois jours, une semaine passe et toujours pas de nouvelle. Je recontacte donc l’agence pour savoir ce qu’il en est. Finalement, au bout de 10 jours, mon texte est validé.

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Mais, deuxième règle à bien retenir : ne crie pas trop vite victoire car il faut encore que le client confirme la commande. Ça devrait arriver d’ici un jour ou deux… ou plutôt cinq… Pour ne pas rester sans rien faire, j’accepte bien sûr d’autres projets en attendant, en sachant bien que ces gros projets vont me tomber dessus d’un jour à l’autre et en ayant ce mauvais pressentiment que tout va se débloquer en même temps et au plus mauvais moment (genre quand je serai en plein déménagement ou que je préparerai mon road trip d’une semaine qui approche dangereusement à grand pas…).

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Car troisième règle à retenir : les projets n’arrivent jamais au moment le plus idéal pour toi. Bref, la vie de rédactrice/traductrice indépendante, c’est aussi pas mal de patience et de grosses périodes intenses !

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Des femmes traductrices : entre altérité et affirmation de soi

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Des femmes traductrices : entre altérité et affirmation de soi

9782343018485rOuvrage issu de ma récolte à la Foire du livre de Bruxelles de 2017, Des femmes traductrices : entre altérité et affirmation de soi a réveillé la féministe que je suis. Regroupant six études, il aborde les motivations ayant poussé les femmes auteures à traduire au XIXe siècle et tente de vérifier l’existence de différences de traduction entre les hommes et les femmes. Le sujet de l’ouvrage part d’ailleurs du principe de George Steiner, selon lequel les hommes et les femmes ne comprennent pas tous les mots de la même manière et ont leur propre façon de communiquer. Au vu des passages assez techniques, ce recueil d’études se destine principalement aux traducteurs, mais il peut également intéresser toute personne préoccupée par la question du sexisme. Car oui, la littérature et l’édition sont des milieux également régis par le patriarcat. Je parie que vous avez d’ailleurs plus de mal à citer des noms de femmes auteures que d’écrivains hommes. Cet ouvrage nous apprend que la traduction a aidé plusieurs femmes à entrer dans ce monde d’homme de manière discrète et, comme dans tous les domaines, qu’elles ont dû se battre pour y parvenir.

La première étude, Les traductrices littéraires dans la France du XIXe siècle, réalisée par Frédéric Weinmann, explique les motivations des femmes à traduire et lève le voile sur des noms de traductrices méconnues qui ont pourtant introduit de grands classiques dans leur pays. Au XIXe siècle, la plupart des femmes nobles se tournaient vers la traduction pour gagner un peu d’argent. À l’époque, la noblesse n’était en effet qu’un titre. « Toutes les traductrices sont des femmes qui travaillent, » dit d’ailleurs l’auteur de l’étude. Ces femmes semblent toutefois avoir utilisé l’excuse de vouloir gagner de l’argent pour quitter leur rôle de mère ou d’épouse et justifier ainsi leur besoin d’écriture et de reconnaissance. La plupart n’osent toutefois pas publier ce qu’elles traduisent par crainte du qu’en-dira-t-on ou par manque de confiance en soi. La traduction, et la littérature en général, est en effet encore un terrain réservé aux hommes. Par ailleurs, la traduction est considérée comme une écriture mineure et est donc plutôt considérée comme une nécessité. Ainsi, beaucoup de femmes de la noblesse utilisent leurs contacts pour être publiées d’abord en tant que traductrice, puis comme auteure. Toutefois, pour certaines femmes, le choix de traduire n’est pas motivé par un besoin d’argent ou de notoriété, mais dans un but éducatif. Dans ces milieux plus sérieux, comme l’histoire ou la science, beaucoup de femmes sont malheureusement obligées d’utiliser un pseudonyme masculin pour réussir à vendre.

C’est d’ailleurs ce à quoi se consacre la deuxième étude, Ecrire ou traduire l’histoire quand on est une femme : un effacement volontaire ?, réalisée par Fiona McIntosh-Varjabédian. Elle prend pour exemple le cas de Mme Belot, dame du XVIIIe siècle s’étant attelée à la traduction d’Histoire d’Angleterre de David Hume, déjà traduit auparavant par l’abbé Prévost. Les critiques à l’égard de cette traductrice ne sont pas tendres car, pour l’époque, une femme n’a pas les connaissances suffisantes pour traiter d’un tel sujet. En effet, les femmes, tout comme les moines qui entreprennent la traduction d’ouvrages sérieux, ne peuvent soi-disant pas connaître les « ressorts de l’action » de l’histoire avec un grand « h » car leurs seules connaissances proviennent des livres et non du vrai monde. Après avoir bravé les mauvaises langues qui disaient qu’elle n’arriverait jamais à traduire un tel ouvrage, Mme Belot se fait voler son travail quelques années plus tard. Un certain M. Campenon, traducteur lui-même, reprend en effet l’entièreté de sa traduction, y ajoute une préface dans laquelle il se plaint des insuffisances du texte et la republie sans citer une seule fois le nom de Mme Belot. Le texte a ensuite été présenté comme une retraduction par ce M. Campenon et publié pendant des dizaines d’années sans aucune allusion à la traductrice ! Le pire dans cette histoire est que le cas de Mme Belot est loin d’être isolé… Cet ouvrage a donc aussi le mérite de rendre à César ce qui appartient à César et de rendre hommage à toutes ces femmes injustement oubliées.

Les quatre dernières études se consacrent à des femmes auteures et traductrices notables : Marguerite Yourcenar, Cristina Campo et Elfriede Jelinek.

Première femme à avoir été élue à l’Académie française, Marguerite Yourcenar a en effet traduit de nombreux ouvrages, surtout poétiques, et a la particularité de s’être attaquée à des textes écrits également dans des langues qu’elle ne maîtrisait pas du tout, comme le japonais (la quatrième étude du livre aborde d’ailleurs sa traduction des Cinq Nô modernes de Mishima). Celle qui considérait la traduction comme un « magnifique exercice » et une activité relaxante était surtout animée par l’envie de diffuser des œuvres et des auteurs, majoritairement féminines, pour lesquelles elle avait eu un coup de cœur. Les critiques sont toutefois très contrastés à son sujet. Pour beaucoup, elle adapte les textes plutôt qu’elle ne les traduit et impose sa propre interprétation en prenant de grandes libertés. D’autres louent son excellente qualité littéraire et la beauté de sa langue, tout en avouant que, quel que soit l’auteur traduit, les traductions de Marguerite Yourcenar restent toujours du Yourcenar. De son côté, la poétesse et écrivaine italienne Cristina Campo, de son vrai nom Vittoria Guerrini, a utilisé des pseudonymes tout au long de sa carrière pour faire publier ses traductions. Elle a ainsi discrètement mais largement contribué à la diffusion et à la mise en valeur de femmes auteures dans son pays. Enfin, Elfriede Jelinek, l’une des 14 femmes à avoir remporté le prix Nobel de Littérature (contre une centaine d’hommes…), a, quant à elle, fait connaître le vaudeville français, et plus particulièrement Feydeau, aux germanophones.

Ces dernières études sont un peu plus techniques mais permettent également de remettre en lumière des traductrices et auteures dont l’œuvre a été sous-estimée. C’est donc une lecture très intéressante qui nous rappelle à quel point nous, les femmes du XXIe siècle, sommes chanceuses par rapport à nos aïeules et devons poursuivre leur combat pour réellement atteindre l’égalité, également dans le milieu littéraire ! giphy

Pour terminer ce « court » billet Croque-livre, j’avais envie d’ajouter cette vidéo d’Emily Wilson, première femme à avoir traduit L’Odyssée en anglais, dans laquelle elle explique que ses nombreux prédécesseurs masculins avaient introduit des termes misogynes et sexistes qui n’existaient pas dans le texte grec original. Et pour ceux qui veulent la version longue (en anglais toujours), c’est par ici !

 

 

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