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Archives d’Auteur: Elise Lignian

Vivre au temps du COVID-19

Publié le

Hier soir, je suis tombée sur un article intéressant qui mettait en garde contre le fait de considérer la période de confinement comme un temps pour accomplir mille projets (se remettre au sport, pratiquer le yoga, faire un gros nettoyage de printemps), ce que beaucoup d’entre nous, moi y compris, ont tenté de faire. L’auteur de l’article expliquait que tous ces projets n’étaient là que pour fuir les émotions qui nous submergent et que tant qu’on ne s’était pas posé un moment pour les affronter, on n’arriverait jamais à rien. Et c’est vrai. Je n’arrive pas à me détendre complètement lorsque je fais mon yoga, je n’arrive pas à me plonger complètement dans mon roman, j’ai du mal à me concentrer sur mon travail, tout ça parce que je n’ose pas regarder en face les émotions qui me rongent. Alors, ce matin, j’ai eu envie de prendre la plume et d’écrire ce que j’ai sur le cœur pour mieux affronter la réalité.

Vivre au temps du COVID-19, c’est se réveiller chaque matin la tête encore un peu dans le brouillard et se dire que non, ce n’est pas un cauchemar. C’est tenter d’éviter son téléphone pour ne pas tomber sur le nombre de nouveaux morts dans le monde, sur un article parlant de la détresse du personnel soignant ou sur une vidéo de personnes endeuillées ne pouvant pas assister à l’enterrement de leurs proches, mais c’est aussi guetter la moindre notification d’un message pour garder un contact avec la famille et les amis, pour se rassurer sur la santé de ses proches et pour retrouver un instant le sourire.

Vivre au temps du COVID-19, c’est entendre la boule au ventre les sirènes des ambulances qui brisent le silence d’une ville qui n’a jamais été aussi calme. C’est s’inquiéter au moindre petit rhume ou à la moindre fatigue d’un être cher, s’imaginant tout de suite le pire après avoir appris le décès d’un proche d’une connaissance ou de l’autre.

Vivre au temps du COVID-19, c’est ressentir un manque énorme pour les personnes qui vous sont les plus chères sans savoir quand vous pourrez les revoir et les serrer dans vos bras. Pourtant, le manque ça me connaît, moi qui ai déjà vécu plusieurs mois à l’étranger. La différence, c’est que là personne ne sait quand auront lieu les retrouvailles.

Vivre au temps du COVID-19, c’est donc pour moi vivre en permanence avec une angoisse, un sentiment d’impuissance et une mélancolie pour toutes ces petites choses qui composaient notre vie.

Mon but n’était pas de plomber l’ambiance, et j’en suis désolée, mais j’avais besoin d’extérioriser tout ça et vous invite à laisser vos émotions s’exprimer elles aussi, que ce soit par l’écriture, la musique, le dessin ou simplement en pleurant ou en hurlant dans un oreiller, comme le dit si bien l’auteur de l’article.

J’espère que votre journée sera douce. Prenez soin de vous et surtout

restez chez vous

Les Traducteurs, le film

Il y a quelques mois déjà, j’ai vu sur un groupe de traducteurs l’annonce d’un film sur les traducteurs, intitulé d’ailleurs simplement Les Traducteurs. Je vous avoue que j’ai d’abord cru à une blague, mais non : Régis Roinsard a bien réalisé un film sur nous. Je ne pouvais bien sûr pas faire sans aller le voir au cinéma. Deux jours après sa sortie, je me retrouve donc avec ma sœur (et pas plus de 6 autres personnes dans la salle, probablement tous des traducteurs…) devant ce thriller dont les héros sont des gens qui exercent la même profession que moi.

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Petit résumé pour ceux qui n’ont pas vu la bande-annonce : 9 traducteurs sont enfermés pour traduire le dernier tome de Dedalus, une série de romans à succès. Or, malgré les précautions de l’éditeur en coupant ses traducteurs du monde extérieur et en les plaçant sous haute surveillance, les dix premières pages du livre sont publiées sur Internet, accompagnées d’une demande de rançon pour empêcher que l’entièreté du roman ne se retrouve sur la toile. Commence alors une enquête pour trouver le coupable de la fuite.

En plus d’être un bon thriller (il faut attendre la fin pour véritablement connaître toute l’histoire), ce film m’a énormément plu car il montre réellement le travail des traducteurs et les différents profils des personnes qui se tournent vers la traduction littéraire en particulier. Il y a les grands fans de l’auteur et de la littérature en général, ceux qui ne considèrent ce travail que comme un gagne-pain supplémentaire, ceux qui rêvent de devenir auteurs eux-mêmes ou encore ceux qui gagnent bien leur vie et ne voient cette traduction que comme un simple projet parmi bien d’autres. Ce film dépeint également le monde parfois impitoyable de l’édition, Lambert Wilson incarnant un éditeur uniquement motivé par le profit et ne considérant ses traducteurs que comme du bétail. Et quand on voit les miettes que récoltent les traducteurs littéraires après la sortie d’un roman qu’ils ont mis des mois à traduire, on est loin de la fiction. On voit d’ailleurs au début du film les traducteurs s’insurger contre les conditions de travail (aucun accès à Internet, ni au roman complet, ils doivent traduire une dizaine de pages à la fois, en respectant des horaires stricts…).

Je ne vais pas en dire trop au risque de révéler quoi que ce soit, mais ce film est un merveilleux coup de projecteur sur ces travailleurs de l’ombre qui ont la lourde tâche de transmettre le message et le style d’un auteur. Sans eux, nous passerions à côté de trésors de la littérature et du cinéma. Car oui, n’oubliez pas non plus que si vous pouvez comprendre ce film dans lequel 9 personnes parlent une langue différente, c’est aussi grâce à des traducteurs… Bref, que vous soyez traducteur ou non, courez voir ce thriller pour en apprendre plus sur ce magnifique métier !

Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

Ces derniers mois, je me suis décidée à prendre plus de temps pour lire et je me suis abonnée à un groupe Facebook de lecteurs pour me donner des idées de nouvelles lectures. Parmi les nombreuses propositions, l’une revenait souvent dans les conversations : Changer l’eau des fleurs, de Valérie Perrin. Je me suis donc finalement laissé tenter à mon tour par ce petit bijou de 672 pages que je recommande vivement.

Changer l'eau des fleurs

Deuxième roman de Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs nous emmène dans le quotidien de Violette, gardienne d’un petit cimetière de Bourgogne. Loin d’être lugubre et déprimant, le décor dans lequel Violette vit est rempli de couleurs, de fleurs et de douces odeurs. On y découvre les secrets, rêves et regrets des employés du cimetière et des personnes venues rendre visite à leurs proches décédés, mais aussi le passé plus sombre de Violette et son chemin de reconstruction. Si la mort est constamment présente au cœur de l’histoire, ce roman est surtout une ode à la vie. Au fil des pages, vous passez des rires aux larmes, vous laissant porter par la poésie et les personnages attachants que décrit Valérie Perrin. Débordant d’amour, ce roman est comme un délicieux bonbon à sucer, vous rappelant les petites joies du quotidien, la beauté du monde qui vous entoure et la force des souvenirs que laissent ceux qui nous ont quittés. Cela en fait donc une lecture idéale pour toutes les personnes en dépression et souffrant de la perte d’un proche. Changer l’eau des fleurs est en effet un « livre-médicament » qui apaise et parvient à redonner espoir quand tout semble noir autour de soi. Bref, j’ai vraiment eu le coup de cœur pour ce roman et je ne pouvais pas faire sans le partager avec vous.

Une nouvelle année commence

Bonne année !

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Je sais que cela fait très longtemps que je n’ai plus rien publié sur mon blog (plus d’un an !), mais je voulais profiter de ce premier lundi de 2020 pour me remettre à écrire. Mon absence en 2019 s’explique non par un manque d’envie de reprendre ma plume, mais par une surcharge de travail tout au long de l’année. Tant mieux, me direz-vous, mais il y a quand même eu un revers de la médaille. Après un 2018 plutôt très calme, 2019 a démarré sur les chapeaux de roue. Je ne pouvais donc pas faire autrement que d’accepter pour compenser l’année écoulée. Si j’étais en pleine forme les premiers mois, ma motivation et mon inspiration ont malheureusement commencé à s’essouffler au mois de mai. Angoissée de vivre de longues périodes creuses dans les mois à venir, j’ai toutefois continué d’accepter et de cumuler les gros projets, jusqu’à ce que mon corps m’envoie des signaux d’alarme. Outre les maux de tête à répétition, les insomnies, les débuts de tendinite aux poignets et un calcul au rein qui n’est certainement pas indépendant du stress qui me rongeait en permanence, j’étais à fleur de peau, ce qui a mis mon couple et mes autres relations à mal. J’ai donc dû lever le pied pendant l’été pour me reprendre en main. Des cours d’initiation au yoga dans le parc près de chez moi et de longues vacances bien méritées début septembre, en me coupant totalement de ma boîte mail professionnelle pour une fois, m’ont fait un bien fou. Je suis donc revenue mi-septembre avec des résolutions que j’espère tenir tout au long de 2020.

Bref, mon intention n’était pas de raconter ma vie, mais plutôt d’expliquer qu’être freelance n’est pas toujours facile et que l’on peut aussi souffrir de burn out, même quand on est son propre patron. Alors je souhaite à tous ceux qui sont victimes de stress et de crises d’angoisse, qui se couchent et se lèvent en regardant leur boîte mail et qui pensent au boulot 24h/24 de pouvoir se reprendre en main en 2020, d’apprendre à relativiser et à dire non quand ils ont atteint leur limite et surtout de prendre du temps pour eux et pour ceux qu’ils aiment. Quant à moi, je compte reprendre le temps d’écrire pour mon plaisir car si c’est mon gagne-pain, l’écriture me fait aussi du bien.

Alors, j’espère, à très vite pour de nouveaux articles !

Rencontre avec Salman Rushdie

Rencontre avec Salman Rushdie

Le mardi 23 octobre, j’ai eu le plaisir d’assister à une rencontre avec le grand Salman Rushdie dans le cadre du London Literature Festival.

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Première rencontre en 2013

J’avais déjà eu l’occasion de le voir il y a 6 ans à Bruxelles à l’occasion de la sortie de ses mémoires, Joseph Anton. Accompagnée d’une amie, j’avais alors bu les paroles de ce talentueux écrivain avant de pouvoir l’approcher pour obtenir, d’une main tremblante, sa précieuse dédicace. Assise face à la très belle scène du Royal Festival Hall de Londres, j’ai encore une fois été conquise par l’humilité, l’humour et la sagesse de ce génie des lettres au sourire bienveillant et au regard malicieux.

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The Satanic Verses

C’est grâce à un formidable professeur de littérature anglaise de l’EII (ce cher monsieur François pour ne pas le citer) que j’ai découvert Salman Rushdie, à travers la lecture de Haroun and the Sea of Stories. Amoureuse des contes et des jeux de mots à la Lewis Carroll, je suis directement tombée sous le charme de la plume poétique, cultivée et humoristique de cet auteur britannique originaire de Mumbai. Quelques années plus tard, alors que je parcourais son gigantesque pays natal en train, je me suis plongée avec délice dans plusieurs de ses œuvres, dont Luka and the Fire of Life, Imaginary Homelands et The Enchantress of Florence. Ce n’est que récemment que je me suis enfin laissée porter par The Satanic Verses, son œuvre la plus célèbre et la raison de la terrible fatwa prononcée contre lui par l’ayatollah Khomeini en 1989.

La rencontre à laquelle j’ai assistée mardi dernier concernait la sortie de son tout dernier roman, The Golden House (La Maison Golden dans la traduction française de Gérard Meudal).

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The Golden House

The Golden House dépeint un tableau extrêmement complet des États-Unis entre l’investiture de Barack Obama et l’arrivée d’un étrange Joker aux cheveux verts et au sourire malsain sur la scène des élections présidentielles. Si le nom de Trump n’est jamais prononcé dans son roman (Rushdie a déclaré lors de la rencontre qu’il n’avait pas envie de « polluer » son livre), on le reconnaît très bien, non seulement dans ce fameux Joker issu de l’univers de DC Comics, mais aussi dans le personnage au centre de l’attention du livre : Nero Golden, un vieillard arrogant et corrompu fuyant son sombre passé en Inde pour se retrouver à New York avec ses 3 fils et sa future jeune épouse, qui n’est autre qu’une immigrée slave plantureuse…

La première question de la rencontre, menée par l’auteure et critique américaine Erica Wagner, concernait cette similitude avec l’actuel président américain et son élection surprenante à la tête des États-Unis. Salman Rushdie a révélé qu’il avait terminé son roman bien avant les résultats de l’élection et qu’il faisait partie de ceux qui croyaient fermement qu’Hillary Clinton en sortirait victorieuse. Loin de vouloir faire dans la prémonition, il voulait simplement, au travers de ce livre, parler des divisions qui se creusaient aux États-Unis depuis l’investiture d’Obama et n’avait, au départ, aucunement l’envie de parler de Trump. Le personnage de Nero Golden lui trottait dans la tête depuis une dizaine d’années et, même s’il a rencontré ce cher Donald plusieurs fois au cours de sa vie, les nombreuses ressemblances de son personnage avec le président américain ne lui sont pas apparues tout de suite.

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La salle du Royal Hall Festival avant l’arrivée massive du public

Comme dans chacun de ses romans, l’histoire de The Golden House est racontée du point de vue d’un merveilleux conteur, dans ce cas-ci René, un jeune réalisateur de cinéma en devenir s’étant pris de passion pour la mystérieuse famille Golden installée depuis peu dans son quartier. Salman Rushdie emploie donc un vocabulaire purement cinématographique pour dérouler son récit, créant ses chapitres comme des scènes de cinéma et intégrant une multitude de références à de grands classiques du 7e art, dont Le Parrain de Francis Ford Coppola et Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock parmi les plus flagrants. Ce choix du cinéma, Salman Rushdie l’explique par son enfance passée à Mumbai, la ville de Bollywood, mais aussi parce qu’il cherche toujours le meilleur moyen de raconter ses histoires. Il s’est ainsi remémoré l’un de ses professeurs d’Histoire à Cambridge (Salman Rushdie a en effet poursuivi des études d’historien en Angleterre), qui lui avait expliqué que pour raconter une histoire, il fallait avant tout « écouter les gens parler ». Depuis, Salman Rushdie s’attelle toujours à répondre à trois questions avant d’entamer l’écriture de ses romans. Qui raconte cette histoire ? Pourquoi ? Et surtout, comment doit-elle être racontée ? Il consacre donc un temps précieux à se renseigner sur la manière dont raconter son livre en faisant une foule de recherches. Une fois la structure réalisée, à l’aide de cartes retraçant les lieux et les dates de son récit, il considère son travail comme une partition de jazz, c’est-à-dire ouvert aux improvisations et lui laissant la liberté d’être emporté par l’histoire et par ses personnages tout en gardant un œil critique.

La rencontre s’est également intéressée aux éventuels liens entre les différents livres de l’auteur. Salman Rushdie a expliqué qu’il n’y en avait aucun, que c’était d’ailleurs plutôt une crainte pour tout écrivain de créer des répétitions involontaires et que les lecteurs les plus attentifs à ce genre de choses étaient… ses traducteurs. Il a également abordé le sujet de la traduction en répondant à une question sur le choix de ses titres. Salman Rushdie a expliqué qu’il est incapable de terminer un livre sans avoir trouvé son titre dès le début de son travail (car cela voudrait dire qu’il ne comprend pas lui-même le sujet) et qu’il prend toujours un soin extrême à les choisir. Pour Midnight’s Children, il a ainsi longuement hésité entre « Midgnight’s Children » et « Children of Midnight » tout en sachant pertinemment que cette mince différence ne serait pas traduisible dans certaines langues, comme le français, qui aurait été dans tous les cas Les Enfants de Minuit.

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Midnight’s Children (livre qui a bien voyagé…)

En poursuivant sur le sujet de ses titres de roman, Erica Wagner a cherché à savoir s’il y avait une raison pour que la plupart d’entre eux ressemblent à des titres de contes de fées. Salman Rushdie a alors admis qu’il était un lecteur à la concentration très courte et qu’il avait donc envie d’écrire ses histoires comme des contes pour enfants, en ajoutant une belle réflexion sur le fait que les enfants avaient une lecture beaucoup plus intéressante que les adultes car plus directe et portée sur l’histoire à proprement parler. Comme il l’a si bien déclaré : « Love of books starts with a love of stories » (l’amour des livres commence par l’amour des histoires). Tel un Shéhérazade des temps modernes, il cherche ainsi toujours à raconter des histoires poussant les lecteurs à vouloir tourner la page pour connaître la suite (ce qu’il réussit avec brio).

Au bout d’une heure d’entretien avec la journaliste, la parole a été laissée au public dont certains membres ont posé d’excellentes questions. L’un des spectateurs a ainsi demandé si Salman Rushdie pensait à ses lecteurs en écrivant ses livres et, dans le cas de The Golden House, s’il n’avait pas eu peur de perdre une certaine partie de son lectorat, qui aurait pu voter pour Trump. L’auteur a alors expliqué qu’il avait toujours cru que ses lecteurs vieilliraient avec lui et qu’il était toujours agréablement surpris de voir qu’il touchait plusieurs générations, issues de communautés très différentes. Il suffisait d’ailleurs de regarder le public composant la salle du Royal Festival Hall pour constater la popularité intergénérationnelle et internationale de Monsieur Rushdie. Quant à la crainte de perdre certains lecteurs pro-Trump, il a déclaré avec humour qu’il n’était pas sûr que Donald ait été élu par des gens qui savent lire.

Une autre spectatrice a voulu en savoir davantage sur le sujet de l’identité, qui est également un thème central de The Golden House. Le roman met en effet en scène un transgenre au mal-être profond au sein de la famille Golden. Salman Rushdie a expliqué qu’il y avait bien entendu la question de la transsexualité, sujet qu’il voulait déjà aborder depuis plusieurs années après avoir rencontré une communauté de hijras en Inde, mais aussi celle de l’identité à plusieurs autres niveaux. Son roman parle en effet aussi de l’immigration, de ce que c’est d’être un Américain aujourd’hui, de ce que c’est que d’être un Indien immigré à New York, etc.

Enfin, pour conclure cette rencontre, une spectatrice a demandé quel était l’intérêt de raconter des histoires. L’auteur a alors déclaré très poétiquement : « Man is a storytelling animal » (l’homme est un animal conteur) en ajoutant que nous sommes la seule espèce au monde à raconter des histoires. Nous vivons avec les histoires, nous grandissons avec les histoires. Chaque famille, chaque communauté, chaque ville, chaque pays a ses propres histoires à écouter et à transmettre. Il a donné pour preuve que l’un des premiers désirs de l’enfant, outre manger, c’est qu’on lui raconte une histoire. Les temps troubles que nous connaissons à l’heure actuelle avec le Brexit, la montée du fascisme en Europe, les divisions aux États-Unis, les conflits au Moyen-Orient sont en outre, d’après lui, la conséquence de récits conflictuels, d’histoires que plusieurs communautés se racontent sans pouvoir trouver de point de rencontre. Raconter des histoires serait donc absolument central à l’être humain et nous en avons tous besoin pour vivre. Et je trouve cette conclusion tellement belle que je vais arrêter ce billet sur ce point, en vous invitant à lire The Golden House, ainsi que tous les autres chefs-d’œuvre de Sir Salman Rushdie.

Ça m’énerve : les fausses urgences

C’est étrange mais certains métiers, et de plus en plus de nos jours, vivent dans une autre dimension, où il est possible de rallonger le temps à sa guise pour pouvoir réaliser des projets colossaux en un délai record. Et c’est bien évidemment le cas de la rédaction et de la traduction où, c’est bien connu, tout projet est toujours à rendre la veille.

Évidemment, c’est une réalité de la profession à laquelle je me suis habituée au fil du temps. Mais ce qui a tendance à m’horripiler, ce sont les soi-disant projets « ultra-urgents » qui ne le sont absolument pas au final. Cela arrive très fréquemment dans la rédaction marketing.

Exemple : il faut absolument écrire une dizaine de pages pour un nouveau site car il sera publié à la fin de la semaine ! Tu passes donc des jours et parfois des nuits à bosser sur le projet « ultra-urgent », le stress au ventre et au bout des doigts.

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L’heure du délai approche et tu vois enfin le bout du tunnel. Heureuse, tu parviens à le rendre juste à temps, à la fois exténuée et soulagée, le visage terne et cerné rehaussé d’un sourire de vainqueur.

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Puis la semaine passe, puis une autre et une autre encore… Cela fait maintenant un mois, voire deux, voire trois que tu as rendu ce fameux projet pour lequel tu as gardé les yeux rivés sur ton écran pendant des jours. Et là, alors que tu es passé à autre chose depuis longtemps, tu reçois un e-mail sorti de nulle part pour te demander une modification sur un texte soi-disant urgent que tu as dû rendre il y a des mois…

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Je n’ai rien contre les modifications, surtout en rédaction, ce sont des choses qui arrivent. Mais recevoir des remarques ou des questions sur un projet que j’ai dû boucler en urgence il y a plusieurs mois, ça a légèrement tendance à m’énerver.

Bref, avant d’envoyer une proposition de projet « ultra-urgente » à votre traducteur ou rédacteur, posez-vous bien la question : est-ce que j’ai vraiment besoin de ce texte pour la veille ou vaut-il mieux attendre quelques jours pour qu’il mûrisse et prenne toute sa saveur entre les mains de mon chef étoilé des mots ? Mais je m’évade en métaphores, il est temps de vous laisser.

À bientôt !

 

Aujourd’hui, j’ai trente ans

Aujourd’hui, j’ai trente ans.

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« Trente », ce nombre sonne dans ma tête comme annonçant le glas de mes jeunes années. « Tr… », cette première paire de consonnes reste coincée dans ma gorge et me fait trembler d’effroi. À l’entendre, elle évoque la « tristesse », voire même le « trépas » (sans vouloir tomber dans le sinistre). C’est étrange de voir comment un simple nombre peut vous chambouler l’esprit (et je pense ne pas être la seule nouvelle trentenaire à le ressentir). Peut-être est-ce que parce que la société veut qu’à trente ans, on soit enfin une « grande personne », c’est-à-dire avoir réalisé ses rêves de jeunesse et être enfin entré dans le reste de sa vie avec l’attirail complet du parfait adulte : une bonne stabilité financière, une maison, un mariage, des enfants. Je suis loin de tout cela : indépendante, en location, heureuse en amour mais sans bague au doigt et sans désir ou besoin d’enfanter.

Mais « tr… », cela appelle aussi le verbe « trouver ». Avoir trente ans, c’est en effet aussi « se trouver », tel un point de repère dans la vie qui vous fait prendre conscience de ce que vous avez déjà vécu et vous donne un regard plus mature sur les années écoulées. Ainsi, je peux dire aujourd’hui que j’ai eu la chance de grandir entourée d’une famille artiste, tolérante et ouverte sur le monde, entourée de grands-parents exceptionnels, entourée de cousins et cousines complices dans les jeux et dans les confidences, entourée d’amis et connaissances diverses qui ont forgé celle que je suis à coup d’éclats de rire et d’éclats de larmes. Je peux dire aujourd’hui que j’ai eu la chance de faire des études qui me passionnaient tout en profitant de cette ère glorieuse de liberté nouvelle et festive qu’est la vie étudiante, que j’ai eu la chance de compter sur le soutien de mes parents et de mon compagnon pour me lancer dans le métier qui me fait vibrer, que j’ai eu la chance de garder des amis extrêmement précieux malgré la distance et que j’ai aujourd’hui la chance de partager la vie de mon cher et tendre et d’avoir parcouru avec lui près d’une quarantaine de pays du monde.

Plus j’y pense, plus ce « tr… »  qui me donne des trémolos dans la voix tend de plus en plus vers « trésor ». Car trente ans, c’est aussi et surtout le commencement d’une nouvelle décennie, qui apportera son lot de surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Je sais que la vie ne sera pas toujours rose, je sais qu’elle me réservera encore des coups durs, des coups de gueule et des deuils douloureux. Mais je sais aussi que ce sont toutes ces étapes difficiles qui continueront de me construire et de constituer l’adulte que je serai demain.

À tous les nouveaux trentenaires qui ont du mal à passer le cap, tenez bon ! La vie est loin d’être finie 😉

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