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Archives d’Auteur: Elise Lignian

Le calendrier maudit du travailleur freelance

Je suis peut-être la seule dans le cas, mais j’ai parfois l’impression que mon agenda professionnel a été frappé d’une malédiction. Peut-être est-ce juste une question de chance, ou plutôt de malchance, mais je me demande quand même si une méchante fée ne m’aurait pas jeté un mauvais sort à la naissance :

« Quand des projets de vie privée tu auras, ta boîte e-mail se déchaînera, mais quand chez toi sagement tu resteras, le silence et le désert professionnel tu connaîtras. »

20200915_110407 (3)J’exagère légèrement, mais cela m’arrive souvent d’être complètement débordée alors que je retourne passer quelques jours dans ma famille et à l’inverse d’attendre désespérément qu’un projet me tombe dessus alors que je n’ai absolument rien de prévu dans les jours, les semaines, voire les mois à venir (à cause d’une pandémie qui bloque toutes les frontières et te force à rester cloîtrée chez toi, par exemple). Enfin non, en réalité, cela ne m’arrivait pas aussi souvent avant 2020, mais disons que je le ressens particulièrement en cette année maudite. Comme beaucoup, j’ai vu une diminution progressive de mon volume de travail au fur et à mesure que les entreprises et bureaux fermaient pour n’avoir pratiquement plus rien à me mettre sous la dent au mois de juin. Puis juillet est arrivé, amenant avec lui l’anniversaire de mon cher et tendre, l’anniversaire de notre rencontre et enfin l’ouverture tant attendue des frontières et la levée des quarantaines obligatoires, me permettant enfin de revoir ma famille (ou du moins une partie : merci les « bulles » du gouvernement belge). C’est bien sûr à ce moment-là qu’un véritable tsunami a déferlé sur ma boîte e-mail. Tous mes clients, je dis bien tous, m’ont proposé divers projets. Sachant que j’allais me noyer si j’acceptais de prendre trop de vagues d’un coup, et ne voulant plus retourner à l’état de burn-out de l’année passée, j’ai bien évidemment dû en refuser plusieurs.

Après un mois bien rempli et le retour dans mon petit chez moi, la mi-août s’est annoncée calme, très calme, trop calme… Tout le monde semblait être parti en vacances. Mon cher et tendre et moi-même ayant la bougeotte de ne pas avoir voyagé depuis des lustres et voulant profiter de cette accalmie pour changer un peu d’air, nous voilà à planifier un petit road trip de cinq jours en Cornouailles début septembre. La semaine précédant notre départ, j’ai reçu plusieurs e-mails, mais toujours loin du volume habituel ante-corona. Je pars donc l’esprit tranquille le samedi matin, passe un week-end revigorant à la campagne pour oublier ne serait-ce qu’un peu l’ambiance anxiogène actuelle, puis la semaine a redémarré… Je m’étais dit que trois jours de congé, ce n’était pas énorme. Mais sur ces trois jours, et ces trois jours uniquement, entendons-nous bien, cinq propositions de projets (urgents bien évidemment donc impossible à accepter), dont deux provenant d’agences qui ne m’avaient plus recontactée depuis des mois, ont atterri dans ma boîte e-mail. À mon retour, j’ai bien sûr recontacté ces agences pour leur signaler que j’étais à nouveau disponible, mais c’était sans compter ce sortilège : cela va faire une semaine que je suis rentrée et c’est à nouveau le silence. Enfin, je ne vais pas m’apitoyer sur mon sort. C’est également durant ces trois uniques jours de congé que j’ai appris qu’un gros projet que j’attendais depuis des mois (merci le corona) allait enfin pouvoir démarrer. Et j’ai l’intime conviction que quand je commencerai ce gros projet, tous mes clients se donneront le mot pour m’envoyer du travail pile à ce moment-là.

Alors si quelqu’un a une potion magique, une formule ou toute autre solution pour lever ce coup du sort, je suis preneuse. En attendant, je vais aller profiter du soleil de l’été indien. Qui sait, cela réveillera peut-être ma boîte e-mail ?

PS  : si mon billet sonne un peu trop conte de fées, c’est parce que j’ai récemment découvert le podcast Tales sur Spotify et que j’en suis fan ! Il vous invite à découvrir la version originale des contes que nous connaissons tous. Bon malheureusement pour les francophones, les histoires sont racontées en anglais. Cela reste toutefois un bon exercice d’audition si vous apprenez la langue de Shakespeare.

Vivre au temps du COVID-19

Publié le

Hier soir, je suis tombée sur un article intéressant qui mettait en garde contre le fait de considérer la période de confinement comme un temps pour accomplir mille projets (se remettre au sport, pratiquer le yoga, faire un gros nettoyage de printemps), ce que beaucoup d’entre nous, moi y compris, ont tenté de faire. L’auteur de l’article expliquait que tous ces projets n’étaient là que pour fuir les émotions qui nous submergent et que tant qu’on ne s’était pas posé un moment pour les affronter, on n’arriverait jamais à rien. Et c’est vrai. Je n’arrive pas à me détendre complètement lorsque je fais mon yoga, je n’arrive pas à me plonger complètement dans mon roman, j’ai du mal à me concentrer sur mon travail, tout ça parce que je n’ose pas regarder en face les émotions qui me rongent. Alors, ce matin, j’ai eu envie de prendre la plume et d’écrire ce que j’ai sur le cœur pour mieux affronter la réalité.

Vivre au temps du COVID-19, c’est se réveiller chaque matin la tête encore un peu dans le brouillard et se dire que non, ce n’est pas un cauchemar. C’est tenter d’éviter son téléphone pour ne pas tomber sur le nombre de nouveaux morts dans le monde, sur un article parlant de la détresse du personnel soignant ou sur une vidéo de personnes endeuillées ne pouvant pas assister à l’enterrement de leurs proches, mais c’est aussi guetter la moindre notification d’un message pour garder un contact avec la famille et les amis, pour se rassurer sur la santé de ses proches et pour retrouver un instant le sourire.

Vivre au temps du COVID-19, c’est entendre la boule au ventre les sirènes des ambulances qui brisent le silence d’une ville qui n’a jamais été aussi calme. C’est s’inquiéter au moindre petit rhume ou à la moindre fatigue d’un être cher, s’imaginant tout de suite le pire après avoir appris le décès d’un proche d’une connaissance ou de l’autre.

Vivre au temps du COVID-19, c’est ressentir un manque énorme pour les personnes qui vous sont les plus chères sans savoir quand vous pourrez les revoir et les serrer dans vos bras. Pourtant, le manque ça me connaît, moi qui ai déjà vécu plusieurs mois à l’étranger. La différence, c’est que là personne ne sait quand auront lieu les retrouvailles.

Vivre au temps du COVID-19, c’est donc pour moi vivre en permanence avec une angoisse, un sentiment d’impuissance et une mélancolie pour toutes ces petites choses qui composaient notre vie.

Mon but n’était pas de plomber l’ambiance, et j’en suis désolée, mais j’avais besoin d’extérioriser tout ça et vous invite à laisser vos émotions s’exprimer elles aussi, que ce soit par l’écriture, la musique, le dessin ou simplement en pleurant ou en hurlant dans un oreiller, comme le dit si bien l’auteur de l’article.

J’espère que votre journée sera douce. Prenez soin de vous et surtout

restez chez vous

Les Traducteurs, le film

Il y a quelques mois déjà, j’ai vu sur un groupe de traducteurs l’annonce d’un film sur les traducteurs, intitulé d’ailleurs simplement Les Traducteurs. Je vous avoue que j’ai d’abord cru à une blague, mais non : Régis Roinsard a bien réalisé un film sur nous. Je ne pouvais bien sûr pas faire sans aller le voir au cinéma. Deux jours après sa sortie, je me retrouve donc avec ma sœur (et pas plus de 6 autres personnes dans la salle, probablement tous des traducteurs…) devant ce thriller dont les héros sont des gens qui exercent la même profession que moi.

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Petit résumé pour ceux qui n’ont pas vu la bande-annonce : 9 traducteurs sont enfermés pour traduire le dernier tome de Dedalus, une série de romans à succès. Or, malgré les précautions de l’éditeur en coupant ses traducteurs du monde extérieur et en les plaçant sous haute surveillance, les dix premières pages du livre sont publiées sur Internet, accompagnées d’une demande de rançon pour empêcher que l’entièreté du roman ne se retrouve sur la toile. Commence alors une enquête pour trouver le coupable de la fuite.

En plus d’être un bon thriller (il faut attendre la fin pour véritablement connaître toute l’histoire), ce film m’a énormément plu car il montre réellement le travail des traducteurs et les différents profils des personnes qui se tournent vers la traduction littéraire en particulier. Il y a les grands fans de l’auteur et de la littérature en général, ceux qui ne considèrent ce travail que comme un gagne-pain supplémentaire, ceux qui rêvent de devenir auteurs eux-mêmes ou encore ceux qui gagnent bien leur vie et ne voient cette traduction que comme un simple projet parmi bien d’autres. Ce film dépeint également le monde parfois impitoyable de l’édition, Lambert Wilson incarnant un éditeur uniquement motivé par le profit et ne considérant ses traducteurs que comme du bétail. Et quand on voit les miettes que récoltent les traducteurs littéraires après la sortie d’un roman qu’ils ont mis des mois à traduire, on est loin de la fiction. On voit d’ailleurs au début du film les traducteurs s’insurger contre les conditions de travail (aucun accès à Internet, ni au roman complet, ils doivent traduire une dizaine de pages à la fois, en respectant des horaires stricts…).

Je ne vais pas en dire trop au risque de révéler quoi que ce soit, mais ce film est un merveilleux coup de projecteur sur ces travailleurs de l’ombre qui ont la lourde tâche de transmettre le message et le style d’un auteur. Sans eux, nous passerions à côté de trésors de la littérature et du cinéma. Car oui, n’oubliez pas non plus que si vous pouvez comprendre ce film dans lequel 9 personnes parlent une langue différente, c’est aussi grâce à des traducteurs… Bref, que vous soyez traducteur ou non, courez voir ce thriller pour en apprendre plus sur ce magnifique métier !

Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

Ces derniers mois, je me suis décidée à prendre plus de temps pour lire et je me suis abonnée à un groupe Facebook de lecteurs pour me donner des idées de nouvelles lectures. Parmi les nombreuses propositions, l’une revenait souvent dans les conversations : Changer l’eau des fleurs, de Valérie Perrin. Je me suis donc finalement laissé tenter à mon tour par ce petit bijou de 672 pages que je recommande vivement.

Changer l'eau des fleurs

Deuxième roman de Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs nous emmène dans le quotidien de Violette, gardienne d’un petit cimetière de Bourgogne. Loin d’être lugubre et déprimant, le décor dans lequel Violette vit est rempli de couleurs, de fleurs et de douces odeurs. On y découvre les secrets, rêves et regrets des employés du cimetière et des personnes venues rendre visite à leurs proches décédés, mais aussi le passé plus sombre de Violette et son chemin de reconstruction. Si la mort est constamment présente au cœur de l’histoire, ce roman est surtout une ode à la vie. Au fil des pages, vous passez des rires aux larmes, vous laissant porter par la poésie et les personnages attachants que décrit Valérie Perrin. Débordant d’amour, ce roman est comme un délicieux bonbon à sucer, vous rappelant les petites joies du quotidien, la beauté du monde qui vous entoure et la force des souvenirs que laissent ceux qui nous ont quittés. Cela en fait donc une lecture idéale pour toutes les personnes en dépression et souffrant de la perte d’un proche. Changer l’eau des fleurs est en effet un « livre-médicament » qui apaise et parvient à redonner espoir quand tout semble noir autour de soi. Bref, j’ai vraiment eu le coup de cœur pour ce roman et je ne pouvais pas faire sans le partager avec vous.

Une nouvelle année commence

Bonne année !

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Je sais que cela fait très longtemps que je n’ai plus rien publié sur mon blog (plus d’un an !), mais je voulais profiter de ce premier lundi de 2020 pour me remettre à écrire. Mon absence en 2019 s’explique non par un manque d’envie de reprendre ma plume, mais par une surcharge de travail tout au long de l’année. Tant mieux, me direz-vous, mais il y a quand même eu un revers de la médaille. Après un 2018 plutôt très calme, 2019 a démarré sur les chapeaux de roue. Je ne pouvais donc pas faire autrement que d’accepter pour compenser l’année écoulée. Si j’étais en pleine forme les premiers mois, ma motivation et mon inspiration ont malheureusement commencé à s’essouffler au mois de mai. Angoissée de vivre de longues périodes creuses dans les mois à venir, j’ai toutefois continué d’accepter et de cumuler les gros projets, jusqu’à ce que mon corps m’envoie des signaux d’alarme. Outre les maux de tête à répétition, les insomnies, les débuts de tendinite aux poignets et un calcul au rein qui n’est certainement pas indépendant du stress qui me rongeait en permanence, j’étais à fleur de peau, ce qui a mis mon couple et mes autres relations à mal. J’ai donc dû lever le pied pendant l’été pour me reprendre en main. Des cours d’initiation au yoga dans le parc près de chez moi et de longues vacances bien méritées début septembre, en me coupant totalement de ma boîte mail professionnelle pour une fois, m’ont fait un bien fou. Je suis donc revenue mi-septembre avec des résolutions que j’espère tenir tout au long de 2020.

Bref, mon intention n’était pas de raconter ma vie, mais plutôt d’expliquer qu’être freelance n’est pas toujours facile et que l’on peut aussi souffrir de burn out, même quand on est son propre patron. Alors je souhaite à tous ceux qui sont victimes de stress et de crises d’angoisse, qui se couchent et se lèvent en regardant leur boîte mail et qui pensent au boulot 24h/24 de pouvoir se reprendre en main en 2020, d’apprendre à relativiser et à dire non quand ils ont atteint leur limite et surtout de prendre du temps pour eux et pour ceux qu’ils aiment. Quant à moi, je compte reprendre le temps d’écrire pour mon plaisir car si c’est mon gagne-pain, l’écriture me fait aussi du bien.

Alors, j’espère, à très vite pour de nouveaux articles !

Rencontre avec Salman Rushdie

Rencontre avec Salman Rushdie

Le mardi 23 octobre, j’ai eu le plaisir d’assister à une rencontre avec le grand Salman Rushdie dans le cadre du London Literature Festival.

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Première rencontre en 2013

J’avais déjà eu l’occasion de le voir il y a 6 ans à Bruxelles à l’occasion de la sortie de ses mémoires, Joseph Anton. Accompagnée d’une amie, j’avais alors bu les paroles de ce talentueux écrivain avant de pouvoir l’approcher pour obtenir, d’une main tremblante, sa précieuse dédicace. Assise face à la très belle scène du Royal Festival Hall de Londres, j’ai encore une fois été conquise par l’humilité, l’humour et la sagesse de ce génie des lettres au sourire bienveillant et au regard malicieux.

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The Satanic Verses

C’est grâce à un formidable professeur de littérature anglaise de l’EII (ce cher monsieur François pour ne pas le citer) que j’ai découvert Salman Rushdie, à travers la lecture de Haroun and the Sea of Stories. Amoureuse des contes et des jeux de mots à la Lewis Carroll, je suis directement tombée sous le charme de la plume poétique, cultivée et humoristique de cet auteur britannique originaire de Mumbai. Quelques années plus tard, alors que je parcourais son gigantesque pays natal en train, je me suis plongée avec délice dans plusieurs de ses œuvres, dont Luka and the Fire of Life, Imaginary Homelands et The Enchantress of Florence. Ce n’est que récemment que je me suis enfin laissée porter par The Satanic Verses, son œuvre la plus célèbre et la raison de la terrible fatwa prononcée contre lui par l’ayatollah Khomeini en 1989.

La rencontre à laquelle j’ai assistée mardi dernier concernait la sortie de son tout dernier roman, The Golden House (La Maison Golden dans la traduction française de Gérard Meudal).

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The Golden House

The Golden House dépeint un tableau extrêmement complet des États-Unis entre l’investiture de Barack Obama et l’arrivée d’un étrange Joker aux cheveux verts et au sourire malsain sur la scène des élections présidentielles. Si le nom de Trump n’est jamais prononcé dans son roman (Rushdie a déclaré lors de la rencontre qu’il n’avait pas envie de « polluer » son livre), on le reconnaît très bien, non seulement dans ce fameux Joker issu de l’univers de DC Comics, mais aussi dans le personnage au centre de l’attention du livre : Nero Golden, un vieillard arrogant et corrompu fuyant son sombre passé en Inde pour se retrouver à New York avec ses 3 fils et sa future jeune épouse, qui n’est autre qu’une immigrée slave plantureuse…

La première question de la rencontre, menée par l’auteure et critique américaine Erica Wagner, concernait cette similitude avec l’actuel président américain et son élection surprenante à la tête des États-Unis. Salman Rushdie a révélé qu’il avait terminé son roman bien avant les résultats de l’élection et qu’il faisait partie de ceux qui croyaient fermement qu’Hillary Clinton en sortirait victorieuse. Loin de vouloir faire dans la prémonition, il voulait simplement, au travers de ce livre, parler des divisions qui se creusaient aux États-Unis depuis l’investiture d’Obama et n’avait, au départ, aucunement l’envie de parler de Trump. Le personnage de Nero Golden lui trottait dans la tête depuis une dizaine d’années et, même s’il a rencontré ce cher Donald plusieurs fois au cours de sa vie, les nombreuses ressemblances de son personnage avec le président américain ne lui sont pas apparues tout de suite.

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La salle du Royal Hall Festival avant l’arrivée massive du public

Comme dans chacun de ses romans, l’histoire de The Golden House est racontée du point de vue d’un merveilleux conteur, dans ce cas-ci René, un jeune réalisateur de cinéma en devenir s’étant pris de passion pour la mystérieuse famille Golden installée depuis peu dans son quartier. Salman Rushdie emploie donc un vocabulaire purement cinématographique pour dérouler son récit, créant ses chapitres comme des scènes de cinéma et intégrant une multitude de références à de grands classiques du 7e art, dont Le Parrain de Francis Ford Coppola et Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock parmi les plus flagrants. Ce choix du cinéma, Salman Rushdie l’explique par son enfance passée à Mumbai, la ville de Bollywood, mais aussi parce qu’il cherche toujours le meilleur moyen de raconter ses histoires. Il s’est ainsi remémoré l’un de ses professeurs d’Histoire à Cambridge (Salman Rushdie a en effet poursuivi des études d’historien en Angleterre), qui lui avait expliqué que pour raconter une histoire, il fallait avant tout « écouter les gens parler ». Depuis, Salman Rushdie s’attelle toujours à répondre à trois questions avant d’entamer l’écriture de ses romans. Qui raconte cette histoire ? Pourquoi ? Et surtout, comment doit-elle être racontée ? Il consacre donc un temps précieux à se renseigner sur la manière dont raconter son livre en faisant une foule de recherches. Une fois la structure réalisée, à l’aide de cartes retraçant les lieux et les dates de son récit, il considère son travail comme une partition de jazz, c’est-à-dire ouvert aux improvisations et lui laissant la liberté d’être emporté par l’histoire et par ses personnages tout en gardant un œil critique.

La rencontre s’est également intéressée aux éventuels liens entre les différents livres de l’auteur. Salman Rushdie a expliqué qu’il n’y en avait aucun, que c’était d’ailleurs plutôt une crainte pour tout écrivain de créer des répétitions involontaires et que les lecteurs les plus attentifs à ce genre de choses étaient… ses traducteurs. Il a également abordé le sujet de la traduction en répondant à une question sur le choix de ses titres. Salman Rushdie a expliqué qu’il est incapable de terminer un livre sans avoir trouvé son titre dès le début de son travail (car cela voudrait dire qu’il ne comprend pas lui-même le sujet) et qu’il prend toujours un soin extrême à les choisir. Pour Midnight’s Children, il a ainsi longuement hésité entre « Midgnight’s Children » et « Children of Midnight » tout en sachant pertinemment que cette mince différence ne serait pas traduisible dans certaines langues, comme le français, qui aurait été dans tous les cas Les Enfants de Minuit.

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Midnight’s Children (livre qui a bien voyagé…)

En poursuivant sur le sujet de ses titres de roman, Erica Wagner a cherché à savoir s’il y avait une raison pour que la plupart d’entre eux ressemblent à des titres de contes de fées. Salman Rushdie a alors admis qu’il était un lecteur à la concentration très courte et qu’il avait donc envie d’écrire ses histoires comme des contes pour enfants, en ajoutant une belle réflexion sur le fait que les enfants avaient une lecture beaucoup plus intéressante que les adultes car plus directe et portée sur l’histoire à proprement parler. Comme il l’a si bien déclaré : « Love of books starts with a love of stories » (l’amour des livres commence par l’amour des histoires). Tel un Shéhérazade des temps modernes, il cherche ainsi toujours à raconter des histoires poussant les lecteurs à vouloir tourner la page pour connaître la suite (ce qu’il réussit avec brio).

Au bout d’une heure d’entretien avec la journaliste, la parole a été laissée au public dont certains membres ont posé d’excellentes questions. L’un des spectateurs a ainsi demandé si Salman Rushdie pensait à ses lecteurs en écrivant ses livres et, dans le cas de The Golden House, s’il n’avait pas eu peur de perdre une certaine partie de son lectorat, qui aurait pu voter pour Trump. L’auteur a alors expliqué qu’il avait toujours cru que ses lecteurs vieilliraient avec lui et qu’il était toujours agréablement surpris de voir qu’il touchait plusieurs générations, issues de communautés très différentes. Il suffisait d’ailleurs de regarder le public composant la salle du Royal Festival Hall pour constater la popularité intergénérationnelle et internationale de Monsieur Rushdie. Quant à la crainte de perdre certains lecteurs pro-Trump, il a déclaré avec humour qu’il n’était pas sûr que Donald ait été élu par des gens qui savent lire.

Une autre spectatrice a voulu en savoir davantage sur le sujet de l’identité, qui est également un thème central de The Golden House. Le roman met en effet en scène un transgenre au mal-être profond au sein de la famille Golden. Salman Rushdie a expliqué qu’il y avait bien entendu la question de la transsexualité, sujet qu’il voulait déjà aborder depuis plusieurs années après avoir rencontré une communauté de hijras en Inde, mais aussi celle de l’identité à plusieurs autres niveaux. Son roman parle en effet aussi de l’immigration, de ce que c’est d’être un Américain aujourd’hui, de ce que c’est que d’être un Indien immigré à New York, etc.

Enfin, pour conclure cette rencontre, une spectatrice a demandé quel était l’intérêt de raconter des histoires. L’auteur a alors déclaré très poétiquement : « Man is a storytelling animal » (l’homme est un animal conteur) en ajoutant que nous sommes la seule espèce au monde à raconter des histoires. Nous vivons avec les histoires, nous grandissons avec les histoires. Chaque famille, chaque communauté, chaque ville, chaque pays a ses propres histoires à écouter et à transmettre. Il a donné pour preuve que l’un des premiers désirs de l’enfant, outre manger, c’est qu’on lui raconte une histoire. Les temps troubles que nous connaissons à l’heure actuelle avec le Brexit, la montée du fascisme en Europe, les divisions aux États-Unis, les conflits au Moyen-Orient sont en outre, d’après lui, la conséquence de récits conflictuels, d’histoires que plusieurs communautés se racontent sans pouvoir trouver de point de rencontre. Raconter des histoires serait donc absolument central à l’être humain et nous en avons tous besoin pour vivre. Et je trouve cette conclusion tellement belle que je vais arrêter ce billet sur ce point, en vous invitant à lire The Golden House, ainsi que tous les autres chefs-d’œuvre de Sir Salman Rushdie.

Ça m’énerve : les fausses urgences

C’est étrange mais certains métiers, et de plus en plus de nos jours, vivent dans une autre dimension, où il est possible de rallonger le temps à sa guise pour pouvoir réaliser des projets colossaux en un délai record. Et c’est bien évidemment le cas de la rédaction et de la traduction où, c’est bien connu, tout projet est toujours à rendre la veille.

Évidemment, c’est une réalité de la profession à laquelle je me suis habituée au fil du temps. Mais ce qui a tendance à m’horripiler, ce sont les soi-disant projets « ultra-urgents » qui ne le sont absolument pas au final. Cela arrive très fréquemment dans la rédaction marketing.

Exemple : il faut absolument écrire une dizaine de pages pour un nouveau site car il sera publié à la fin de la semaine ! Tu passes donc des jours et parfois des nuits à bosser sur le projet « ultra-urgent », le stress au ventre et au bout des doigts.

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L’heure du délai approche et tu vois enfin le bout du tunnel. Heureuse, tu parviens à le rendre juste à temps, à la fois exténuée et soulagée, le visage terne et cerné rehaussé d’un sourire de vainqueur.

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Puis la semaine passe, puis une autre et une autre encore… Cela fait maintenant un mois, voire deux, voire trois que tu as rendu ce fameux projet pour lequel tu as gardé les yeux rivés sur ton écran pendant des jours. Et là, alors que tu es passé à autre chose depuis longtemps, tu reçois un e-mail sorti de nulle part pour te demander une modification sur un texte soi-disant urgent que tu as dû rendre il y a des mois…

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Je n’ai rien contre les modifications, surtout en rédaction, ce sont des choses qui arrivent. Mais recevoir des remarques ou des questions sur un projet que j’ai dû boucler en urgence il y a plusieurs mois, ça a légèrement tendance à m’énerver.

Bref, avant d’envoyer une proposition de projet « ultra-urgente » à votre traducteur ou rédacteur, posez-vous bien la question : est-ce que j’ai vraiment besoin de ce texte pour la veille ou vaut-il mieux attendre quelques jours pour qu’il mûrisse et prenne toute sa saveur entre les mains de mon chef étoilé des mots ? Mais je m’évade en métaphores, il est temps de vous laisser.

À bientôt !

 

Aujourd’hui, j’ai trente ans

Aujourd’hui, j’ai trente ans.

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« Trente », ce nombre sonne dans ma tête comme annonçant le glas de mes jeunes années. « Tr… », cette première paire de consonnes reste coincée dans ma gorge et me fait trembler d’effroi. À l’entendre, elle évoque la « tristesse », voire même le « trépas » (sans vouloir tomber dans le sinistre). C’est étrange de voir comment un simple nombre peut vous chambouler l’esprit (et je pense ne pas être la seule nouvelle trentenaire à le ressentir). Peut-être est-ce que parce que la société veut qu’à trente ans, on soit enfin une « grande personne », c’est-à-dire avoir réalisé ses rêves de jeunesse et être enfin entré dans le reste de sa vie avec l’attirail complet du parfait adulte : une bonne stabilité financière, une maison, un mariage, des enfants. Je suis loin de tout cela : indépendante, en location, heureuse en amour mais sans bague au doigt et sans désir ou besoin d’enfanter.

Mais « tr… », cela appelle aussi le verbe « trouver ». Avoir trente ans, c’est en effet aussi « se trouver », tel un point de repère dans la vie qui vous fait prendre conscience de ce que vous avez déjà vécu et vous donne un regard plus mature sur les années écoulées. Ainsi, je peux dire aujourd’hui que j’ai eu la chance de grandir entourée d’une famille artiste, tolérante et ouverte sur le monde, entourée de grands-parents exceptionnels, entourée de cousins et cousines complices dans les jeux et dans les confidences, entourée d’amis et connaissances diverses qui ont forgé celle que je suis à coup d’éclats de rire et d’éclats de larmes. Je peux dire aujourd’hui que j’ai eu la chance de faire des études qui me passionnaient tout en profitant de cette ère glorieuse de liberté nouvelle et festive qu’est la vie étudiante, que j’ai eu la chance de compter sur le soutien de mes parents et de mon compagnon pour me lancer dans le métier qui me fait vibrer, que j’ai eu la chance de garder des amis extrêmement précieux malgré la distance et que j’ai aujourd’hui la chance de partager la vie de mon cher et tendre et d’avoir parcouru avec lui près d’une quarantaine de pays du monde.

Plus j’y pense, plus ce « tr… »  qui me donne des trémolos dans la voix tend de plus en plus vers « trésor ». Car trente ans, c’est aussi et surtout le commencement d’une nouvelle décennie, qui apportera son lot de surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Je sais que la vie ne sera pas toujours rose, je sais qu’elle me réservera encore des coups durs, des coups de gueule et des deuils douloureux. Mais je sais aussi que ce sont toutes ces étapes difficiles qui continueront de me construire et de constituer l’adulte que je serai demain.

À tous les nouveaux trentenaires qui ont du mal à passer le cap, tenez bon ! La vie est loin d’être finie 😉

Ça m’énerve : les faux projets de post-édition

Ça m’énerve : les faux projets de post-édition

Dans la rubrique des propositions de projets qui vous font perdre du temps, je cite les faux projets de post-édition ! Et j’en ai fait les frais dernièrement. Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite définition s’impose pour les néophytes.

La post-édition, kézako ? Il s’agit d’une nouvelle discipline de la traduction qui consiste à réviser une traduction réalisée par une machine. Car oui, même si les traductions automatiques s’améliorent, elles ne valent toujours pas le cerveau et les émotions d’un traducteur en chair et en os.

Si elle est moins rentable pour le traducteur qu’un travail de traduction pur et dur, la post-édition commence malheureusement à entrer dans le quotidien des traducteurs et de plus en plus d’agences proposent ce service à leurs clients. Ces derniers mois, j’ai ainsi reçu pas mal de propositions pour ce genre de projets. Loin de refuser la réalité, j’accepte les projets de post-édition sérieux, soit quand les textes sont extrêmement répétitifs, que la mémoire de traduction utilisée est conséquente et que le tarif est raisonnable.

Le problème avec la post-édition, c’est que certains clients en abusent juste pour pouvoir exiger une réduction de coût. Car en effet, le traducteur ne doit en principe « plus que » repasser derrière la machine pour apporter les corrections et rendre le texte intelligible aux lecteurs humains. Dans le cas de fiche de produits, modes d’emploi pour le même genre de produits ou certains domaines techniques, la post-édition peut être justifiable.  J’ai toutefois déjà eu de nombreuses propositions de projet de post-édition dans des domaines tout à fait incompatibles avec la traduction automatique ! Et dans ces cas-là, le texte à réviser est tout simplement catastrophique…

Cet été, j’ai par exemple reçu une proposition de ce type de projet dans le domaine du tourisme, mon interlocutrice m’assurant qu’il fallait simplement vérifier la grammaire et l’orthographe des textes. Un aperçu des textes m’a suffit pour remballer définitivement l’agence : une traduction mot à mot même pas digne de Google Translate. Et le tout proposé à un tarif de 0,015€/mot source. Merci, mais je ne suis pas un pigeon !

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Bref, si vous comptez faire post-éditer votre campagne marketing, votre futur roman, votre recueil de poésie, votre carnet de voyage, en gros n’importe quel texte plus rédactionnel faisant appel aux sentiments, allez voir ailleurs si j’y suis, je ne « post-éditerai » pas votre texte à un tarif réduit !

Carte postale : Bulgarie et Roumanie

Zdraveyitye / Buna ziua ! Cet été, j’ai eu la chance d’être invitée au mariage d’une de mes cousines à… Bucarest (et non Budapest), en Roumanie. Vadrouilleurs dans l’âme, mon cher et tendre et moi-même en avons profité pour explorer cette région que nous n’avions pas encore visitée et avons donc passé une dizaine de jours sur la côte de la mer Noire avant de rejoindre la capitale roumaine.

C’est ainsi que nous partons le 14 juillet pour Bourgas (Бургас), ville bulgare qui m’a directement replongée dans l’atmosphère des cités communistes de l’Est aux larges avenues. Dès la sortie de l’aéroport, mon cerveau tente de se brancher en mode russe pour pouvoir communiquer avec la population locale. Le bulgare a en effet de nombreuses similitudes avec la langue de Pouchkine et je parviens à me faire comprendre. Le soir même, nous avons la surprise de pouvoir assister gratuitement à un concert des participants de l’émission The Voice nationale, événement assez kitsch avec chanteuses plantureuses en petites tenues et rappeurs en combi casquette-jogging-basket. En bref, nous nous serions cru à l’Eurovision !

C’est toutefois le lendemain que nous commençons à nous sentir vraiment en vacances. Nous prenons en effet le bus pour aller à Nessebar (Несебър), station balnéaire réputée pour sa vieille-ville classée à l’Unesco où nous passerons cinq jours.

Necrolog

Exemple de « necrolog »

À notre arrivée dans notre chambre d’hôtes, nous sommes surpris par ce qui ressemble à un avis de décès affiché sur le portail. Durant notre première balade dans la ville, nous en apercevons d’autres, soit accrochés sur les portes, soit collés sur les parois des stations de bus, voire même cloués à des arbres. Le plus étonnant est que ces avis de décès ne sont pas récents puisqu’ils indiquent à chaque fois depuis combien de temps le défunt a disparu. Il s’agit en fait de « necrologs », des avis de décès publics pour commémorer les morts. Et l’on en trouve absolument partout en Bulgarie.

 

 

Mais revenons-en à Nessebar. Dès notre première visite de sa presqu’île historique, nous tombons sous le charme de ses rues pavées bordées de maisons en bois et d’églises byzantines. Les couchers de soleil sous les ailes de son vieux moulin en bois, au bord de son port et du haut de ses remparts nous offrent de beaux moments romantiques. Nous nous prélassons également sur ses plages, en ayant une préférence pour celles du sud, plus calmes et familiales, plutôt que celles longées de discothèques au nord de la ville. Nous passons aussi une journée dans le très beau (et très grand) parc aquatique d’Aqua Paradise (que je recommande en passant).

Après 5 jours de détente absolue, nous reprenons la route vers le nord et rejoignons Varna (Варна), l’une des plus grandes stations balnéaires de la mer Noire. Nous y retrouvons l’atmosphère d’une ville moderne et dynamique avec de larges avenues arborées, une multitude de bars et de restaurants et surtout l’immense Jardin maritime, que nous parcourons lors de notre séance de jogging quotidienne. Hélas, les différences de température entre les intérieurs climatisés et la chaleur parfois étouffante de l’extérieur ont raison des poumons de mon cher et tendre, qui commence une mauvaise toux. Heureusement, nous logeons dans un superbe appartement AirBnb (que je vous conseille vivement tant pour son confort que pour la gentillesse de son propriétaire) qui lui permet de se retaper quelque peu avant de poursuivre notre route.

Le 22 juillet, nous voilà partis à bord d’un minibus de grand luxe (c’est-à-dire équipé de ceintures) pour rejoindre notre dernière destination bulgare, Baltchik (Балчик). Cette petite station balnéaire attire les touristes en raison de ses jardins botaniques et de son château où a résidé la reine Marie de Roumanie dans les années 1920. Nous passons notre première journée sur l’une de ses petites plages, où nous tentons d’éviter les méduses (car oui, les méduses sont apparemment nombreuses sur la côte de la mer Noire, ce qui n’inquiète pas le moins du monde les nageurs russes et locaux). Le lendemain, après une matinée tombée à l’eau à cause d’un gros orage qui nous aura trempés littéralement jusqu’aux os, nous profitons d’une fin d’après-midi tranquille au bord de la mer en rencontrant de nombreux chats et chiens errants, ces derniers portant une étiquette à l’oreille. Une triste réalité à laquelle nous faisons face depuis le début du voyage. Le lendemain, après une dernière nuit sur le sol bulgare, nous passons notre matinée dans les allées colorées des fameux jardins botaniques de Baltchik avant de connaître nos premiers énervements avec les transports roumains…

(J’ouvre ici une parenthèse pour parler de nos mésaventures, mais vous pouvez passer  directement au paragraphe suivant qui vous amènera directement à Constanta (Constanța). Nous avions vu sur Internet que deux compagnies de bus roumaines assuraient plusieurs fois par jour la liaison entre Baltchik et Constanta, ville roumaine où nous comptons loger quelques jours avant de partir à Bucarest. Or, pour réserver ces bus, il faut appeler, ce que mon cher et tendre avait fait la veille. Le problème est que les employés de ces compagnies ne parlent que roumain. Au bout de 3 appels, nous parvenons quand même à nous faire comprendre en anglais et apprenons que le bus partira le 24 juillet à 14h en face du « Castel Regina Maria », soit en bord de mer. Nous arrivons donc le jour J à 13h30 à l’endroit convenu et attendons… 14h sonnent et toujours pas de bus. Mon cher et tendre rappelle donc la compagnie pour savoir si nous sommes au bon endroit. Son interlocutrice lui explique que le bus a pris du retard à Varna mais qu’il arrivera bien au « Castel Regina Maria ». 14h30 : toujours aucun signe du bus. Nous commençons donc à demander à plusieurs passants si quelqu’un parle roumain pour pouvoir rappeler la compagnie et obtenir des informations plus fiables. Au bout de quelques minutes, nous tombons sur une Roumaine qui accepte de jouer les interprètes. Elle nous apprend alors que le bus devrait arriver dans 5 minutes, non au « Castel Regina Maria » comme notre interlocutrice nous l’a répétée maintes fois, mais au « White Rock Castle », un hôtel qui se trouve tout en haut de la côte, soit à quelques mètres de notre hôtel et non au bord de la plage… Ni une, ni deux, nous remontons la flopée de marches reliant la plage aux hôtels et arrivons en face du White Rock Castle Hotel à bout de souffle, les mollets en feu et le dos trempé… Une heure se passe et toujours aucun bus à l’horizon. Mon cher et tendre rappelle à nouveau la compagnie, en espérant pouvoir monter dans le bus prévu à 16h. Et là, il entend son interlocutrice se moquer ouvertement de nous à ses collègues de bureau avant de nous dire qu’il n’y a plus de bus avant demain matin et de nous raccrocher au nez… Notre premier contact avec les Roumains est donc loin d’être positif. Nous tentons alors la deuxième compagnie de bus, qui nous dit qu’il n’y a plus de bus avant demain matin mais dont le site Internet indique un dernier départ à 16h45 depuis la gare de Baltchik. Nous tentons quand même notre chance et dépensons nos derniers levs bulgares (nous avions déjà échangé nos billets locaux contre des lei roumains la veille) pour prendre un taxi. Une fois à la gare, nous tentons de demander à la femme derrière le guichet d’où partent les bus pour la Roumanie en lui montrant le site Internet de la compagnie. Après nous avoir répété qu’il n’y avait pas de bus roumain au départ de Baltchik et qu’il fallait retourner à Varna, elle se fait interrompre par un homme qui nous conseille d’attendre devant la station de bus située en face de la gare. Chose que nous faisons pendant une demi-heure avant de nous faire à l’idée de devoir trouver un hôtel pour la nuit et de prendre le bus demain matin. Mon cher et tendre rappelle donc la compagnie pour confirmer les horaires du lendemain quand l’interlocutrice lui demande si nous voulons partir aujourd’hui car il est encore possible de prendre le bus de « fourteen forty five (14h45) » (indice : il y a une erreur de traduction ici) qui a pris du retard à Varna et qui devrait être là dans les 15 minutes. Sans trop y croire, nous restons donc sur place et miracle ! À 17h15, nous apercevons enfin un minibus portant fièrement l’inscription « Bulgaria – Romania » sur son pare-brise. Le chauffeur a l’air énervé mais nous montons et partons sur le champ pour arriver enfin à Constanta en début de soirée. Une première mésaventure qui aura mis nos nerfs à rude épreuve et qui présage d’autres péripéties avec les transports roumains…)

Avec son vieux casino Art Nouveau dont la beauté se laisse dégrader par le vent et les embruns de la mer qui se déchaîne à ses pieds, Constanta dégage une ambiance particulière. La partie historique de la ville se pare en effet d’une élégance surannée qui tranche avec l’animation du centre et de ses longues plages de sable. Notre unique journée dans cette station balnéaire roumaine est donc marquée par des balades très agréables. Cette première visite sur le sol roumain nous permet également de nous confronter à la langue roumaine. Nous parvenons à déchiffrer les panneaux et autres indications écrites, mais impossible pour moi de comprendre les habitants. Toutefois, beaucoup de Roumains parlent et comprennent le français, l’ayant appris à l’école. Il est d’ailleurs beaucoup plus facile pour eux de communiquer dans la langue de Molière que dans la langue de Shakespeare. Vous voilà donc prévenus si vous souhaitez explorer le pays. Ayant perdu plus d’une après-midi dans les transports la veille, nous décidons de prendre le train pour rejoindre Bucarest (București), pensant éviter les désagréments des voyages en bus locaux. Là encore, j’ouvre une longue parenthèse. Libre à vous de passer directement à Bucarest.

(Grossière erreur… Arrivés à la gare, nous faisons face à une file monstre devant les guichets. Au bout de 20 minutes, pensant enfin acquérir les billets pour le train de 14h, la guichetière nous annonce qu’il n’y a plus de place avant 14h45 et qu’elle n’accepte que les paiements par cash, malgré les logos de carte de banque collés sur la vitre et le lecteur de carte mis bien en évidence, juste à côté de son ordinateur… N’ayant plus assez d’argent liquide, nous tentons de réserver nos billets sur le site Internet des transports ferroviaires roumains, en vain. Nous finissons donc par retirer de l’argent et refaisons à nouveau la file pour arriver devant le guichet. Pensant obtenir des billets pour le train de 14h45, nous apprenons qu’il n’y a plus de place et qu’il faudra attendre 17h… Légèrement énervés, nous nous tournons à regret vers les bus. Nous en voyons justement un dont le chauffeur nous assure qu’il part à Bucarest dans la demi-heure. Nous mettons donc nos bagages en soute, montons à bord et nous rendons compte qu’il n’y a plus aucune place assise… Retour à la case départ. Nous récupérons nos bagages et demandons à l’un des chauffeurs de bus en stationnement s’il sait quand aura lieu le prochain départ pour Bucarest. Au moment où il nous répond qu’un bus partira à 15h, il commence à pleuvoir à grosses gouttes et nous faisons la rencontre de deux touristes qui sont tout aussi désespérés que nous à trouver un moyen d’aller à Bucarest. Un peu avant 15h, un minibus arrive enfin, plusieurs personnes se ruant à l’intérieur pour échapper à l’averse. Nous les imitons. À peine installés, nous voyons les passagers redescendre en vitesse pour récupérer leurs valises et monter à bord du bus que nous avions abordé plus tôt. La troisième fois que nous déposons nos bagages en soute est heureusement la bonne et nous partons enfin pour Bucarest vers 15h30. C’était toutefois trop beau pour être vrai. Après une bonne heure de route, le bus ralentit pour s’arrêter complètement dans un bouchon monstre. Nous voilà coincés pendant plus d’une heure sur l’autoroute en raison d’un accident. C’est donc seulement vers 20 heures que nous arrivons enfin à Bucarest, où je retrouve ma sœur et ma tante (qui a elle aussi connu des mésaventures, mais c’est une autre histoire, trop longue à expliquer et il y a déjà trop de parenthèses dans cette carte postale). Note pour ceux qui souhaitent voyager en train en Roumanie : achetez vos billets bien à l’avance ! J’ai appris par notre hôte Airbnb à Bucarest que les trains étaient en fait gratuits dans l’ensemble du pays pour tous les étudiants, ce qui réduit donc énormément les places disponibles. Vous voilà prévenus !)

Arrivés le 26 juillet au soir, nous avons une bonne journée devant nous pour visiter Bucarest avant le mariage samedi et notre retour sur le sol britannique dimanche. La capitale roumaine est une belle surprise. Nous sommes en effet charmés par ses gigantesques avenues où vieux bâtiments dégradés se mêlent à des bijoux historiques et curiosités architecturales modernes. Un méli-mélo détonnant traversé par les eaux tranquilles de la Dâmbovița. Nous explorons son quartier historique et admirons son imposant palais du Parlement avant de flâner et de dîner en compagnie de ma sœur et de ma tante au parc Herăstrău.

Enfin, le samedi 28 juillet, nous retrouvons le reste des invités du mariage dans la superbe Biserica Italiană pour assister à l’échange des alliances avant de faire la fête jusqu’aux petites heures du matin dans le décor pittoresque de la Casa Universitarlor. Un mariage parfait (si l’on fait abstraction des « Champions du monde » chantés à tue-tête par la majorité des amis français des mariés à chaque discours…) et une fête qui nous aura permis de découvrir une autre région du monde. Merci donc à ma chère cousine pour ce voyage haut en couleurs sur le littoral de la mer Noire !

Et pour conclure cette carte postale déjà bien longue, quelques petites perles linguistiques et photos des nombreux bureaux de traduction croisés en chemin (car oui, en Bulgarie et Roumanie, les traducteurs font encore leur publicité dans la rue).

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