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Archives de Tag: roman

Toute une moitié du monde, Alice Zeniter

Comme pour Le Jeune Homme d’Annie Ernaux, c’est lors d’un de mes passages dans une petite librairie de presse de la gare de Lille-Europe que j’ai acheté sur un coup de tête cet essai d’Alice Zeniter. Quelques semaines auparavant, j’avais vu un extrait d’interview de cette autrice et cela avait attisé ma curiosité. Voici donc mon billet Croque-livre sur Toute une moitié du monde.

Après avoir écouté Alice Zeniter sur France Culture et me fiant au titre de son ouvrage, je pensais qu’elle n’aborderait que la place des femmes en tant qu’écrivaines. Cet essai va toutefois bien plus loin que cela. Il s’agit d’une réflexion globale sur ce qu’est la fiction, non seulement dans le monde littéraire, mais aussi dans celui du cinéma. Elle explique dans son chapitre préliminaire qu’elle a commencé à l’écrire durant le confinement, période durant laquelle elle avait eu beaucoup de mal à se plonger dans un roman, alors qu’elle avait toujours été une grande lectrice (difficulté que j'ai également éprouvée durant ces mois d'isolement d'ailleurs). Elle a alors remis en question sa relation avec la fiction, en tant que lectrice, mais aussi en tant qu’autrice.

Les trois premiers chapitres m’ont particulièrement intéressée puisqu’ils abordent la place des femmes dans l’univers de la fiction. Le premier traite principalement de la difficulté d’Alice Zeniter à s’identifier à des personnages féminins, qui sont bien trop souvent passifs. Elle l’entame en parlant de sa découverte de l’existence du test de Bechdel (je vous mets le lien vers l'article Wikipédia qui l'explique si vous ne le connaissez pas), de la représentation des femmes dans la littérature et de l’absence du désir féminin dans les romans. Le deuxième est consacré à la difficulté d’être autrice, de s’imposer dans ce monde encore trop dominé par les hommes et de s’identifier soi-même en tant qu’écrivaine, ce terme ayant toujours été réservé aux hommes. Elle y parle du sexisme des écrivains et raconte quelques expériences glaçantes vécues dans le monde fermé de l’édition. L’autrice y déplore également le fait que les écrivaines ne sont élevées au rang de créatrices littéraires que lorsqu’elles sont panthéonisées. Elle dénonce enfin la pression que les autrices subissent pour être jolies ou féminines afin de pouvoir intéresser les lecteurs. Le troisième est quant à lui dédié à ce qu’elle appelle la « parade virile », soit qu’il faut être un homme, un vrai (à la manière d'Hemingway si l'on prend l'exemple le plus fragrant), pour être considéré comme un génie de la littérature.

Les chapitres suivants sont plus techniques. Alice Zeniter s’y penche davantage sur le roman en tant que forme de fiction et sur l’art de l’écriture. Elle se questionne notamment sur la manière de réinventer le roman, sur la place importante qu’y jouent les personnages, sur l’utilité de son métier, sur les relations conflictuelles sur lesquelles se basent toutes les œuvres de fiction (aussi bien littéraires que cinématographiques), sur l’absence de la nature dans les ouvrages ou encore sur comment bien terminer un livre, chapitre qui clore d’ailleurs son « essai » (que je mets entre guillemets tellement ce livre sort de l'ordinaire).

J’ai bien aimé plonger dans les réflexions de cette grande lectrice et autrice (traductrice qui plus est), même si les chapitres plus techniques ont parfois mis à mal ma concentration. C’est en effet une lecture extrêmement riche, qui se base sur une multitude de références littéraires. Cet ouvrage m’a d’ailleurs donné envie de lire d’autres autrices et surtout Toni Morrison, dont les extraits d’interview ponctuent Toute une moitié du monde.

Si vous êtes un(e) grand(e) lecteur/lectrice et que vous êtes passionné(e) par l’art de l’écriture, cet ouvrage saura vous combler.

Le Jeune Homme, Annie Ernaux

Lors de chaque aller-retour vers Londres depuis la gare de Lille-Europe, j’ai pour habitude d’attendre mon bus en me rendant dans le rayon des nouveautés littéraires d’un petit magasin de presse. Comme certaines personnes ne peuvent s’empêcher d’acheter une nouvelle paire d’escarpins à chaque visite dans un magasin de chaussures (je ne vise personne 😉), je me retrouve pratiquement à chaque fois à la caisse avec un nouveau livre dans les mains.

Ayant déjà une énorme pile de bouquins à dévorer et devant absolument profiter de mon trajet de 6 heures en bus pour avancer dans mon projet de traduction à rendre dans quelques jours, je m’étais toutefois juré de ne rien acheter cette fois-ci. Je venais à peine de me faire cette promesse que j’ai aperçu un tout petit ouvrage au bandeau rouge indiquant en grandes lettres blanches « Ernaux ». Depuis l’annonce de la remise du Prix Nobel de Littérature à cette écrivaine française que je ne connaissais pas, j’ai très envie de découvrir son œuvre. Un coup d’œil à la quatrième de couverture a suffi pour faire envoler ma promesse :

Ce texte est une clé pour lire l’œuvre d’Annie Ernaux — son rapport au temps et à l’écriture.

Me voilà donc devant la caissière du magasin de presse avec un petit paquet de biscuits (au cas où mon ventre crie famine durant le périple en bus qui m'attend) et Le Jeune Homme d’Annie Ernaux (pour étancher ma soif de lecture et de découverte littéraire).

S’il compte moins de 40 pages, cet ouvrage m’a permis de me faire une première impression de cette autrice et professeure de lettres. Dans ce roman autobiographique, style qui caractérise la quasi-totalité de son œuvre, Annie Ernaux parle de la relation controversée qu’elle a entretenue avec un jeune homme de trente ans son cadet pendant 3 années au milieu des années 1990. Elle explique dès la première page du livre que « c’est peut-être ce désir de déclencher l’écriture du livre — [qu’elle] hésitai[t] à entreprendre à cause de son ampleur — qui [l’]avait poussée […] » à avoir une relation sexuelle avec un étudiant. L’ouvrage qu’elle redoutait d’écrire est L’Événement, autre roman autobiographique qui parle de son avortement clandestin. La relation avec ce jeune homme lui permet en effet de replonger dans ses propres années d’étudiante et de revivre ses souvenirs de jeunesse jusqu’à cette expérience traumatisante. Annie Ernaux nous fait ainsi voyager dans le temps, sautant du passé au présent d’un paragraphe à l’autre.

Si elle ne décrit que des « banalités », comme aiment à le dire ses détracteurs qui s’offusquent de la voir récompensée par le prestigieux prix Nobel alors qu’elle n’est pas un « grand écrivain » (au masculin, comprenez bien...), Annie Ernaux est parvenue à me faire voyager durant un trajet de métro. Assise sur mon siège, je découvrais tantôt la vie d’une étudiante dans les années 1960, tantôt celle d’une quinquagénaire déterminée à « ne pas cacher [s]a liaison avec un homme ‘qui aurait pu être [s]on fils’ quand n’importe quel type de cinquante ans pouvait s’afficher avec celle qui n’était visiblement pas sa fille sans susciter aucune réprobation ». C’est peut-être cela qui fait dresser les poils des détracteurs d’Annie Ernaux : elle est une femme comme toutes les autres, qui parle de sa vie et de ses désirs sans plus se soucier du qu’en-dira-t-on. Le Jeune Homme n’a donc fait qu’attiser mon envie de lire cette autrice, et particulièrement son roman phare, d’autant plus à une époque où le droit à l’avortement est compromis aux quatre coins du monde.

Ma pile de livres à lire peut continuer de s’allonger, je ne pourrai pas m’empêcher d’y ajouter L’Événement la prochaine fois que j’entrerai dans une librairie. Vous risquez donc d’entendre à nouveau parler d’Annie Ernaux dans un prochain billet Croque-livre.

Mon mari, de Maud Ventura

Publié le

Pour ce long week-end de Pâques, j’avais envie de vous partager un petit billet croque-livre. Un roman léger que l’on peut savourer comme un œuf en chocolat.

J’ai trouvé ce roman il y a déjà quelques mois, lors d’une petite journée shopping avec ma meilleure amie, qui m’a fait le cadeau de m’emmener dans une librairie et de me dire qu’elle m’offrait les livres que je voulais pour mon anniversaire (on avait plusieurs mois à rattraper 😷). Après de longues hésitations, je me suis décidée pour deux romans, dont celui-ci. J’avoue avoir été attirée par le bandeau, sur lequel s’affiche l’avis d’Amélie Nothomb : « Un délice irrésistible ! ». Étant fan des ouvrages de l’auteure belge au chapeau noir, je me suis donc laissé tenter. Et je n’ai pas été déçue !

Écrit à la première personne, Mon mari suit les états d’âme d’une femme dont la vie semble parfaite, mais qui connaît toutefois un fâcheux problème : elle est follement amoureuse de son mari. Après avoir expliqué son problème dans le prologue, la narratrice nous embarque dans sa semaine, le roman étant divisé en 7 parties, correspondant aux 7 jours. Elle semble souffrir de synesthésie car elle associe chaque jour à une certaine couleur, et donc à une certaine humeur. On découvre ainsi à chaque fois une nouvelle facette de ce personnage et de sa vision de l’amour, qui est loin d’être saine mais qui, pour reprendre les mots de l’auteure, correspond aux « vieux schémas patriarcaux qui persistent » encore aujourd’hui. Le tout écrit sur un ton léger et avec beaucoup d’humour, ce qui rend la lecture très agréable.

Si j’avais envie de parler de ce roman, c’est aussi parce que la protagoniste est (roulement de tambour 🥁) traductrice ! On apprend en effet à la page 17 qu’elle est professeure d’anglais, mais aussi « traductrice pour une maison d’édition ». Quatre pages (de la page 43 à 46) sont d’ailleurs consacrées davantage à son métier. Elle explique ainsi son processus de traduction et les difficultés qu’elle rencontre pour traduire le titre de l’ouvrage sur lequel elle travaille tout au long du roman. On retrouve également plusieurs réflexions sur la traduction, notamment lorsqu’elle parle plus loin de la chanson choisie pour leur mariage. Bref, je me suis plusieurs fois demandé si l’auteure était, elle aussi, traductrice ou si elle avait fait des études de traduction. Mais non, Maud Ventura a fait des études de philosophie puis de management et elle s’est ensuite dirigée vers le monde de la radio. Elle a d’ailleurs eu l’idée de son roman au cours des enregistrements de son podcast Lalala, consacré au sentiment amoureux.

Cela ne change toutefois rien à la qualité de son premier roman, qualifié par beaucoup de « féministe » (tiens donc, encore un ♀️). Alors qu’on se rend très bien compte de la dépendance affective maladive de cette femme et que ses réactions sont disproportionnées, on ne peut en effet pas s’empêcher de se retrouver dans certaines situations ou d’avoir eu le même genre de réflexion en tant que femme. C’est ainsi assez révélateur du caractère insidieux du patriarcat. L’auteure en parle mieux que moi donc je vous invite à l’écouter dans cette interview.

Cela vous aura peut-être donné envie de plonger dans son roman et de vivre à votre tour un délicieux moment de lecture.

Premier sang, d’Amélie Nothomb

Difficile de résister à l’achat du dernier Amélie Nothomb. C’est pendant mes vacances en Bretagne, lors de ma visite de Saint-Malo, et grâce à la bonne idée de mon cher et tendre de m’emmener dans une librairie que je l’ai directement repéré sur l’étalage et acheté aussitôt. Voici donc un nouveau billet croque-livre.

Cette année, Amélie Nothomb retourne à ses récits biographiques en racontant l’histoire de son père, Patrick Nothomb, mort en 2020. Comme elle l’explique dans cet entretien avec Léa Salamé sur France Inter, l’autrice belge s’est mise dans la peau de son père pour raconter son enfance rocambolesque jusqu’à l’épisode véridique de son simulacre d’exécution à Stanleyville, lors de la prise d’otage de 1964 au Congo. Si le récit est romancé à la sauce Amélie Nothomb, les faits sont bien réels, notamment l’étrange comportement de son père auquel le titre fait référence : son patriarche perdait en effet connaissance à la vue du sang. Cherchant à faire revivre son père le temps de l’écriture de ce roman comme elle n’avait pas pu lui dire adieu, Amélie Nothomb nous conte la naissance d’un héros surprenant avec beaucoup d’amour et d’espoir, mais aussi pas mal d’humour, reflétant ainsi l’esprit de ce grand diplomate belge.

Il ne s’agit pas de mon roman préféré de l’écrivaine aux cheveux d’ébène et aux chapeaux noirs, mais il m’a permis de passer deux belles après-midi de lecture sous le ciel étonnamment radieux de la Bretagne, tout en faisant voyager mes pensées vers ma Belgique natale grâce aux lieux que traverse Patrick Nothomb dans le roman de sa fille.

C’était donc ma petite lecture traditionnelle de la rentrée. À bientôt pour d’autres billets !

La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel

Publié le

Il y a deux semaines, je vous avais raconté ma journée à la Foire du Livre de Bruxelles, qui s’est terminée bien évidemment par l’achat de quelques livres à me mettre sous la dent. Parmi ceux-ci, le dernier roman de Romain Puértolas, auteur de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa, a été un véritable coup de cœur qu’il me fallait absolument partager avec vous.

L’histoireLa petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel

Providence Dupois, une grande et belle factrice blonde (même si elle préfère qu’on dise qu’elle est facteur), s’apprête à s’envoler de Paris Orly pour rejoindre Marrakech afin de venir chercher Zahera, une petite Marocaine orpheline atteinte de leucémie qu’elle vient tout juste d’adopter. Malheureusement, un volcan irlandais au nom imprononçable a décidé de se réveiller ce jour-là pour répandre un gigantesque nuage de cendres dans le ciel, forçant tous les avions à rester au sol pour une durée indéterminée. Après avoir pensé à toutes les solutions possibles pour tenir sa promesse de retrouver sa petite fille dans la journée et de la ramener à Paris, Providence songe à l’improbable : apprendre à voler comme un oiseau. Et croyez-le ou non mais elle y parviendra !

Mon point de vue

Romain Puértolas nous emporte à nouveau dans son univers décalé où tout semble possible. (Si vous voulez en savoir plus sur l’auteur, lisez son petit portrait ici). Comme dans son premier roman au titre à rallonge, il parvient à aborder des sujets graves, comme la mucoviscidose, avec humour, légèreté et surtout beaucoup de poésie. Au fil des pages, on passe ainsi du rire aux larmes et des larmes au sourire en suivant les aventures de son héroïne qui rencontre, tout comme le fakir dans son roman précédent, de nombreux personnages loufoques. En lisant ce roman où les petites filles avalent des nuages et où les mamans s’envolent comme des oiseaux pour venir les sauver, j’avais parfois l’impression de replonger dans un conte pour enfant (et venant de moi, c’est un compliment). Même si certaines aventures semblent complètement absurdes, Romain Puértolas réussit à nous faire croire à son histoire grâce à son talent indéniable de conteur. J’avais l’impression de vivre le voyage de Providence comme si j’y étais, en ayant également l’espoir qu’elle rejoigne la petite Zahera le plus vite possible. Tenue en haleine jusqu’à la fin, totalement inattendue, j’ai donc littéralement dévoré ce roman que je vous conseille vivement. C’est un véritable petit bijou !

La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel, Romain Puértolas, Le Dilettante, janvier 2015.

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