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Tant mieux, d’Amélie Nothomb

Il y avait longtemps que je n’avais plus écrit de billet Croque-livre, mais je ne pouvais pas faire sans parler de ma lecture habituelle du dernier Amélie Nothomb. Quatre ans après avoir romancé la vie de son papa dans Premier Sang, l’autrice belge livre un récit émouvant sur l’enfance et la jeune vie d’adulte de sa maman, dont elle a tu le décès pendant longtemps. Contrairement à l’ouvrage consacré à son père, qui m’avait un peu moins plu, j’ai vraiment adoré ce dernier roman.

« Tant mieux » : c’est l’expression que répétait sa mère, même lorsqu’elle se retrouvait dans des circonstances malheureuses ou fâcheuses. Une sorte de formule magique qui lui a permis de surmonter les épreuves de la vie. J’ai d’ailleurs un peu eu l’impression de lire un conte de fées, suivant avec ravissement les aventures d’Adrienne (prénom fictif), personnage que j’ai trouvé très attachant. On la retrouve au début du livre du haut de ses 4 ans chez son horrible Bonne-Maman de Gand, où elle découvre le pouvoir de ses 2 simples mots « Tant mieux », qui l’aideront à garder la tête froide toute sa vie. Bien évidemment, Amélie romance beaucoup l’enfance de sa mère, mais les aventures qu’elle relate (qui sont bien réelles) sont peu communes. Sans vouloir en dire plus (à vous de le découvrir), cela tourne beaucoup autour des chats

Amélie raconte l’histoire de sa mère de ses 4 ans jusqu’à son mariage. Dans les 30 dernières pages, l’autrice quitte le récit et se livre d’une manière très touchante. Elle revient sur le décès de son père, qu’elle a vécu différemment, sentant toujours la présence de son papa après sa mort. Puis elle aborde la disparition de sa maman, qui a été plus brutale, définitive et qu’elle a cachée pendant un bon moment. Amélie l’a apprise durant ses 4 heures d’écriture matinale. Elle explique avoir continué à écrire pendant 1 heure avant de se laisser emporter par le chagrin. Elle en parle dans ce podcast, que j’ai adoré écouter.

J’ai trouvé qu’Amélie se répétait un peu dans ses propos au cours des dernières pages, mais on sent fortement ses émotions à travers ses mots. Elle m’a fait sourire par les réflexions de sa mère, m’a donné les larmes aux yeux, mais m’a surtout enveloppée d’une douce tendresse. Amélie Nothomb signe là un très bel hommage à sa maman et à l’amour que l’on porte à nos parents.

L’Impossible Retour, d’Amélie Nothomb

Il y a longtemps que je n’ai plus publié de billets Croque-Livre, alors que j’ai bien lu une dizaine de bouquins depuis mon article sur Yellowface. Parmi ces ouvrages figure inévitablement le dernier roman d’Amélie Nothomb, acheté à nouveau dans une gare et dévoré en 3 soirées (il n'est pas très long mais j'avais plus de mal à me concentrer sur mes lectures à ce moment-là). Trève de bavardage, entrons dans le vif du sujet.

Dans L’Impossible Retour, Amélie Nothomb raconte son retour au Japon lors d’un voyage en 2023, 11 ans après y avoir remis les pieds pour la dernière fois, à l’occasion du tournage du documentaire Amélie Nothomb, une vie entre deux eaux de Luca Chiari et Laureline Amanieux. Pour ce deuxième retour sur l’île de son enfance, Amélie joue le rôle de guide : elle accompagne son amie Pep Beni (nom fictif), qui a remporté un aller-retour au Japon pour 2 personnes en gagnant le prix de photographie Nicéphore Niépce. Rechignant à partir, l’écrivain (j'aurais bien utilisé l'écriture inclusive, mais Amélie préfère qu'on la qualifie du terme masculin) explique dès les premières lignes son aversion aux départs.

Tout départ est une aberration. Je pense être placée pour le savoir, j'ai passé ma vie à partir.

Fille de diplomate, la jeune Amélie a vécu de nombreux déménagements, qu’elle a à chaque fois vécus comme un bouleversement. Cette phrase a trouvé un certain écho en moi. Mes parents ne sont pas diplomates, mais j’ai eu la chance (ou le malheur) de vivre dans divers pays en suivant mon cher et tendre au cours de ses pérégrinations. Et à chaque fois qu’il a quitté l’endroit où il avait fait son nid pendant quelques mois ou années, j’ai vécu un petit chamboulement intérieur. Mais revenons à Amélie et à son récit.

L’angoisse du départ s’est envolée du coeur d’Amélie dès que son regard s’est posé sur la silhouette de l’île japonaise, se dessinant derrière le hublot de l’avion. Une fois atterrie sur le sol de son enfance, l’écrivain entame un fabuleux récit de voyage, ponctué par les émotions qui l’envahissent. Elle raconte les paysages, les sons et les odeurs, mais aussi les us et coutumes du Japon, cette île merveilleuse qu’elle aime de tout son cœur mais où elle ne peut pas vivre (elle avait tenté d'y faire sa vie à 21 ans, et ça a donné Stupeur et Tremblements). L’hypersensibilité d’Amélie, redevenant une petite fille de 5 ans lorsqu’elle remet les pieds dans les lieux visités pendant son enfance, est contrebalancée par le caractère bien trempé de sa compagne de voyage, une fan inconditionnelle de lapins, extrêmement allergique aux acariens et se souciant peu du qu’en dira-t-on des Japonais face à ses incivilités de Française. Bien plus léger que Psychopompe, son roman précédent, L’Impossible Retour est drôle par moments, mais surtout rempli de nostalgie, sentiment qui m’habite souvent et qui avait fait le titre du 22e roman d’Amélie, traitant de son deuxième retour au Japon.

J'avais cinq ans et je savais que j'allais quitter le Japon et j'en avais d'avance le cœur déchiré. Et mon père également. Nous avions lui et moi inventé la nostalgie préventive : idée romantiquement funeste, vaccin inspirant, se contentant d'agrandir dans l'âme la région dévolue à la nostalgie rétrospective.

Autre passage qui m’a beaucoup parlé et que je voulais partager ici :

Les seuls moments où je ne doute pas de mon existence sont ceux où je lis. La littérature me paraît l'unique domaine où j'ai pied.

L’Impossible Retour devrait particulièrement plaire aux grand.e.s nostalgiques et aux amoureux et amoureuses du Japon car il est une sorte de lettre d’amour à ce pays d’Asie. Si vous aimez écouter Amélie Nothomb parler plus en profondeur de son ouvrage, de sa passion pour la culture japonaise et de son lien avec son père disparu, regardez cet entretien de la librairie Mollat.

Psychopompe, d’Amélie Nothomb

Il y a un rendez-vous que je ne manque jamais à chaque rentrée littéraire : la publication du dernier roman d’Amélie Nothomb. Cette fois-ci, je me le suis procuré le lendemain de sa sortie dans les librairies, juste avant d’embarquer dans un train. Sa lecture m’a accompagnée pendant une bonne partie du voyage, ce qui me donne l’occasion de vous publier enfin un billet Croque-Livre.

« Écrire, c’est voler. » J’ai pris automatiquement le roman sans regarder la quatrième de couverture, mais la phrase qui y figure m’aurait encore plus donné envie de le lire immédiatement. Dans ce roman autobiographique, Amélie Nothomb se livre comme jamais elle ne l’a fait auparavant. Elle explique sa fascination pour les oiseaux, née durant son enfance et au cours de ses voyages aux côtés de son père diplomate.

Le roman s’ouvre sur un conte que lui racontait sa nounou japonaise, Nishio-San, et nous emmène ensuite brièvement en Chine, à New York puis au Bangladesh. C’est dans ce pays, à 11 ans, qu’elle développe une obsession pour les oiseaux et qu’elle trouve son totem : l’engoulevent oreillard. La jeune Amélie cherche, elle aussi, à voler. C’est à travers la natation, et plus particulièrement dans le golfe du Bengale, qu’elle a pu se rapprocher de cette sensation :

« Nager, c'était voler sous l'eau. Je ne rapportais pas de pêche, rien ne m'importait que la sensation d'avoir des ailes à la place des bras. » 

Mais c’est là aussi que la jeune Amélie, à l’aube de l’adolescence, fait une chute en plein vol : elle subit l’impardonnable (un viol en réunion) et meurt une première fois. Un an plus tard, l’adolescente de 13 ans découvre le mot « psychopompe », un terme trouvant son origine dans le grec ancien et signifiant « l’accompagnateur des âmes des morts », souvent représenté comme un oiseau. Amélie comprend qu’être psychopompe lui permettrait de ne plus souffrir, de retrouver l’Amélie qui était déjà morte, celle qui existait avant ce traumatisme. Pour y parvenir, elle sait qu’elle doit se rapprocher de la mort. Amélie sombre alors dans l’anorexie, maladie terrible dont elle a risqué ne jamais se relever.

« Une nuit, je sus que la mort était là. Elle s'annonça par un froid inimaginable. »

Ce froid ne la quittera qu’à ses 21 ans, année de son retour au Japon, là où l’écriture deviendra sa façon de voler.

« Désormais, écrire, ce serait voler. Je ne suggère pas que me lire soit un exercice d'altitude, je sais que quand j'atteins mon écriture, je vole. » 

On entre alors dans la carrière d’écrivaine d’Amélie Nothomb, qui débute avec la publication de son onzième manuscrit Hygiène de l’assassin. Sept années plus tard, Amélie se découvre psychopompe à la suite du décès d’une personne très proche. Elle entend cet être cher lui parler depuis l’au-delà et décide de l’accompagner en écrivant. Elle dit d’ailleurs que la mort est présente dans chacun de ses manuscrits et que, lorsqu’elle écrit, sa présence se fait sentir par une chute spectaculaire de sa température corporelle. L’écrivaine ne revient pas sur chacun de ses romans, mais raconte la création de 2 de ses œuvres précédentes qu’elle qualifie de « psychopompe » : Soif, dans lequel elle raconte les derniers moments du Christ avant sa crucifixion, et Premier Sang, livre dédié à son père, qu’elle a écrit tout en sentant la présence de ce dernier, décédé quelques mois plus tôt. Dernier tome de cette trilogie, Psychopompe fait ainsi parler l’Amélie d’avant, oiseau dont l’œuf a éclos de manière extrêmement violente.

Comme l’a expliqué le journaliste Pascal Schouwey lors de la présentation du livre, Psychopompe est « la clé de voûte de la cathédrale Amélie Nothomb », un roman qui permet de mieux comprendre toute l’œuvre de cette écrivaine depuis ses débuts. Bref, si vous aimez la romancière au chapeau noir et aux cheveux d’ébène, vous adorerez Psychopompe.

Premier sang, d’Amélie Nothomb

Difficile de résister à l’achat du dernier Amélie Nothomb. C’est pendant mes vacances en Bretagne, lors de ma visite de Saint-Malo, et grâce à la bonne idée de mon cher et tendre de m’emmener dans une librairie que je l’ai directement repéré sur l’étalage et acheté aussitôt. Voici donc un nouveau billet croque-livre.

Cette année, Amélie Nothomb retourne à ses récits biographiques en racontant l’histoire de son père, Patrick Nothomb, mort en 2020. Comme elle l’explique dans cet entretien avec Léa Salamé sur France Inter, l’autrice belge s’est mise dans la peau de son père pour raconter son enfance rocambolesque jusqu’à l’épisode véridique de son simulacre d’exécution à Stanleyville, lors de la prise d’otage de 1964 au Congo. Si le récit est romancé à la sauce Amélie Nothomb, les faits sont bien réels, notamment l’étrange comportement de son père auquel le titre fait référence : son patriarche perdait en effet connaissance à la vue du sang. Cherchant à faire revivre son père le temps de l’écriture de ce roman comme elle n’avait pas pu lui dire adieu, Amélie Nothomb nous conte la naissance d’un héros surprenant avec beaucoup d’amour et d’espoir, mais aussi pas mal d’humour, reflétant ainsi l’esprit de ce grand diplomate belge.

Il ne s’agit pas de mon roman préféré de l’écrivaine aux cheveux d’ébène et aux chapeaux noirs, mais il m’a permis de passer deux belles après-midi de lecture sous le ciel étonnamment radieux de la Bretagne, tout en faisant voyager mes pensées vers ma Belgique natale grâce aux lieux que traverse Patrick Nothomb dans le roman de sa fille.

C’était donc ma petite lecture traditionnelle de la rentrée. À bientôt pour d’autres billets !