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L’adolescence du perroquet d’Amélie Nothomb

Mon traditionnel billet nothombesque a tardé à arriver, mais je n’ai pu me procurer le dernier roman d’Amélie Nothomb qu’au début du mois d’octobre, à nouveau acheté dans une gare juste avant de repartir à Londres. Je l’ai lu la semaine dernière en à peine 1h30 dans le confort du petit café de ma librairie préférée. Retour sur ma lecture.

La quatrième de couverture, « L’amour n’est pas un dû. », dévoile le sujet principal du roman : le besoin d’être aimé.e. Le titre pourrait paraître mystérieux, mais l’écrivain1 belge aux cheveux d’ébène y parle réellement de l’adolescence d’un perroquet. Petit résumé de l’histoire pour comprendre : Alban est un jeune journaliste devenu orphelin à 17 ans qui va se retrouver propriétaire d’un psittacidé (merci Amélie de continuer d'enrichir mon vocabulaire), à savoir un Gris du Gabon dénommé Jo. Pris d’un amour parental pour cet éloquent perroquet au plumage gris, Alban va plonger dans le désarroi que connaît tout parent d’un adolescent face à la révolte et au désamour de sa progéniture.

Le langage est l’un des autres thèmes principaux du roman. L’histoire se déroule en grande partie lors du confinement, Alban se retrouvant avec pour seul interlocuteur son fameux perroquet. Il va d’ailleurs tenter de « traduire » les imitations de bruit et expressions que produit Jo en espérant, un jour, pouvoir entretenir de vraies conversations avec le volatile. Mais avant de tenter de dialoguer avec son protégé à plumes, Alban apprécie l’attention auditive que lui porte Jo. Petit passage pris à la volée qui m’a marquée :

« Un oiseau qui parle ? D’abord un oiseau qui écoute. Contrairement aux humains, il parle parce qu’il écoute. Un humain qui écoute, cela se voit peu. Jo écoute de son puissant regard latéral. C’est son œil qui avertit de son écoute. Dès qu’il entend un son, et de préférence un son de l’ordre du langage, un éclair jaillit dans sa prunelle. »

Par rapport à son précédent roman, Tant mieux, que j’avais adoré, L’adolescence du perroquet m’a un peu moins plu. J’ai trouvé la conclusion un peu trop abrupte et je suis restée sur ma faim. Je préfère davantage les autofictions d’Amélie Nothomb, qui me semblent plus émouvantes. Cela dit, on peut retrouver dans ce 35e roman des éléments plus personnels de ses autres œuvres. Le protagoniste humain est un orphelin, comme Amélie l’est désormais également, et il adopte un animal du règne aviaire, créatures pour lesquelles Amélie ne cache pas sa fascination, comme elle l’avait déjà fait dans Psychopompe. Comme l’explique le journaliste Pascal Schouwey dans son entretien avec l’écrivain, L’adolescence du perroquet est une autre brique de la cathédrale littéraire qu’Amélie Nothomb continue d’ériger année après année. Peut-être faudra-t-il que je le relise plus tard à la suite de ses autres romans pour comprendre toute la mécanique de l’univers nothombesque.

À lui seul, le roman ne m’a pas assez emportée pour que je lui attribue plus de 3 étoiles, mais j’ai quand même hâte de voir ce qu’Amélie nous réservera à la prochaine rentrée littéraire !

  1. Mis au masculin volontairement car c’est ainsi que se présente Amélie Nothomb. ↩︎

La Chanson du Rayon de lune, de Tonie Behar

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Ce roman sorti en 2021 était sur ma liste d’envies de lecture depuis un certain temps. J’avais été attirée par sa couverture, son titre poétique et sa quatrième de couverture prometteuse. Quand ma belle-mère m’a demandé ce que je voulais pour Noël, je n’ai donc pas hésité à l’ajouter aux livres que j’aimerais voir sous le sapin. La Chanson du Rayon de Lune a accompagné mes soirées durant la dernière semaine de mars et m’a vraiment enchantée. En voici donc un petit billet Croque-Livre.

Le roman débute en novembre 2019 et nous plonge dans le travail minutieux de sa première protagoniste, Amanda, une créatrice de bijoux. Cette jeune femme ambitieuse décide de faire rouvrir la cheminée condamnée de son appartement parisien du boulevard Montmartre et a la surprise d’y découvrir un coffret contenant une bague (le fameux Rayon de lune) et des lettres datant du XIXe siècle. Lorsqu’elle tombe sur ce trésor, elle est en compagnie d’Alexandre, un avocat pour le moins arrogant qu’elle fréquente depuis plusieurs mois. Ce dernier lui dit qu’il peut faire expertiser la bague auprès d’un spécialiste et part avec le précieux écrin. Amanda garde les lettres et fait ainsi la connaissance de Joséphine, une grisette (nom donné aux ouvrières parisiennes aux faibles revenus, en particulier aux couturières), qui vivait autrefois sous les combles de son immeuble, et de son amour naissant avec Antoine, un avocat dont le cabinet était installé dans son appartement. L’histoire se poursuit quelques mois plus tard, après la rupture entre Amanda et son avocat (qui ne lui a jamais rendu la bague), lorsque les habitants de l’immeuble se réveillent le 14 février 2020 face à une scène d’horreur dans la cour : le corps sans vie d’Alexandre, écrasé au sol. S’ensuit une enquête policière rocambolesque entrecoupée par le récit de l’histoire de Joséphine, racontée à travers sa correspondance avec Antoine.

J’ai vraiment beaucoup aimé le parallèle entre Amanda et Joséphine, toutes deux créatrices de bijoux (c'est le rêve de Joséphine) dont la vie est mise à mal par les actes de leurs amants (Alexandre et Antoine étant avocats). À travers la correspondance de Joséphine, on découvre les conditions de vie des femmes au XIXe siècle et les difficultés pour devenir indépendante à cette époque, ainsi que les réactions masculines face à l’envie d’épanouissement personnel des femmes. On remarque ainsi le changement de comportement d’Antoine, qui devient tour à tour allié ou opposé aux choix de Joséphine. Réalisant ce à quoi sa grisette fait face, il s’intéresse au statut juridique des femmes et va chercher à améliorer sa situation. Je reprends ici un passage d’une de ses lettres :

« Juridiquement, vous n’avez pas plus d’autonomie qu’un nouveau-né. De la tutelle du père qui a sur vous tous les droits, vous êtes censées passer à celle du mari qui en aura encore plus et surtout celui de s’approprier votre fortune, si par hasard vous en avez une. […] Quand vous n’avez point de mari, la société se charge d’y suppléer : patron, amant protecteur, asile, hôpital ou couvent. On s’accorde communément à dire que vous êtes vénales ? C’est parce que l’argent est aux mains des hommes et que vous devez passer par nous pour y avoir accès. Manipulatrices ? N’étant pas libre d’agir par vous-même, vous vivez votre destin par procuration. Fragiles ? Parce que vous n’avez aucun autre droit que celui de nous obéir. De haut en bas, la société est construite sur le pouvoir des hommes. »

Si j’ai tant aimé ce roman, c’est parce que son autrice a fait toutes les recherches nécessaires pour rendre son histoire la plus plausible possible. Autrice d’origine turque et vivant à Paris depuis ses 5 ans, Tonie Behar a été journaliste avant de commencer à écrire des histoires. Elle a ainsi mené un travail de fond auprès de spécialistes, notamment pour que toutes les scènes se déroulant au commissariat soient réalistes. D’ailleurs, la partie policière du roman est bien ficelée, je ne m’attendais pas à son dénouement. J’ai adoré passer du style d’écriture plus dynamique de l’enquête et des interactions d’Amanda aux jolies tournures de phrases d’antan dans la correspondance entre Joséphine et Antoine. Les personnages sont attachants (hormis Alexandre qui m'a agacée dès le début 😅) et révèlent une certaine sororité, les femmes jouant un grand rôle dans l’histoire.

J’ai appris que ce roman fait partie d’une saga autour des habitants de l’immeuble d’Amanda. Peut-être me laisserai-je donc tenter par une autre des histoires de Tonie Behar… Et vous ?

L’Impossible Retour, d’Amélie Nothomb

Il y a longtemps que je n’ai plus publié de billets Croque-Livre, alors que j’ai bien lu une dizaine de bouquins depuis mon article sur Yellowface. Parmi ces ouvrages figure inévitablement le dernier roman d’Amélie Nothomb, acheté à nouveau dans une gare et dévoré en 3 soirées (il n'est pas très long mais j'avais plus de mal à me concentrer sur mes lectures à ce moment-là). Trève de bavardage, entrons dans le vif du sujet.

Dans L’Impossible Retour, Amélie Nothomb raconte son retour au Japon lors d’un voyage en 2023, 11 ans après y avoir remis les pieds pour la dernière fois, à l’occasion du tournage du documentaire Amélie Nothomb, une vie entre deux eaux de Luca Chiari et Laureline Amanieux. Pour ce deuxième retour sur l’île de son enfance, Amélie joue le rôle de guide : elle accompagne son amie Pep Beni (nom fictif), qui a remporté un aller-retour au Japon pour 2 personnes en gagnant le prix de photographie Nicéphore Niépce. Rechignant à partir, l’écrivain (j'aurais bien utilisé l'écriture inclusive, mais Amélie préfère qu'on la qualifie du terme masculin) explique dès les premières lignes son aversion aux départs.

Tout départ est une aberration. Je pense être placée pour le savoir, j'ai passé ma vie à partir.

Fille de diplomate, la jeune Amélie a vécu de nombreux déménagements, qu’elle a à chaque fois vécus comme un bouleversement. Cette phrase a trouvé un certain écho en moi. Mes parents ne sont pas diplomates, mais j’ai eu la chance (ou le malheur) de vivre dans divers pays en suivant mon cher et tendre au cours de ses pérégrinations. Et à chaque fois qu’il a quitté l’endroit où il avait fait son nid pendant quelques mois ou années, j’ai vécu un petit chamboulement intérieur. Mais revenons à Amélie et à son récit.

L’angoisse du départ s’est envolée du coeur d’Amélie dès que son regard s’est posé sur la silhouette de l’île japonaise, se dessinant derrière le hublot de l’avion. Une fois atterrie sur le sol de son enfance, l’écrivain entame un fabuleux récit de voyage, ponctué par les émotions qui l’envahissent. Elle raconte les paysages, les sons et les odeurs, mais aussi les us et coutumes du Japon, cette île merveilleuse qu’elle aime de tout son cœur mais où elle ne peut pas vivre (elle avait tenté d'y faire sa vie à 21 ans, et ça a donné Stupeur et Tremblements). L’hypersensibilité d’Amélie, redevenant une petite fille de 5 ans lorsqu’elle remet les pieds dans les lieux visités pendant son enfance, est contrebalancée par le caractère bien trempé de sa compagne de voyage, une fan inconditionnelle de lapins, extrêmement allergique aux acariens et se souciant peu du qu’en dira-t-on des Japonais face à ses incivilités de Française. Bien plus léger que Psychopompe, son roman précédent, L’Impossible Retour est drôle par moments, mais surtout rempli de nostalgie, sentiment qui m’habite souvent et qui avait fait le titre du 22e roman d’Amélie, traitant de son deuxième retour au Japon.

J'avais cinq ans et je savais que j'allais quitter le Japon et j'en avais d'avance le cœur déchiré. Et mon père également. Nous avions lui et moi inventé la nostalgie préventive : idée romantiquement funeste, vaccin inspirant, se contentant d'agrandir dans l'âme la région dévolue à la nostalgie rétrospective.

Autre passage qui m’a beaucoup parlé et que je voulais partager ici :

Les seuls moments où je ne doute pas de mon existence sont ceux où je lis. La littérature me paraît l'unique domaine où j'ai pied.

L’Impossible Retour devrait particulièrement plaire aux grand.e.s nostalgiques et aux amoureux et amoureuses du Japon car il est une sorte de lettre d’amour à ce pays d’Asie. Si vous aimez écouter Amélie Nothomb parler plus en profondeur de son ouvrage, de sa passion pour la culture japonaise et de son lien avec son père disparu, regardez cet entretien de la librairie Mollat.