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La Chanson du Rayon de lune, de Tonie Behar

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Ce roman sorti en 2021 était sur ma liste d’envies de lecture depuis un certain temps. J’avais été attirée par sa couverture, son titre poétique et sa quatrième de couverture prometteuse. Quand ma belle-mère m’a demandé ce que je voulais pour Noël, je n’ai donc pas hésité à l’ajouter aux livres que j’aimerais voir sous le sapin. La Chanson du Rayon de Lune a accompagné mes soirées durant la dernière semaine de mars et m’a vraiment enchantée. En voici donc un petit billet Croque-Livre.

Le roman débute en novembre 2019 et nous plonge dans le travail minutieux de sa première protagoniste, Amanda, une créatrice de bijoux. Cette jeune femme ambitieuse décide de faire rouvrir la cheminée condamnée de son appartement parisien du boulevard Montmartre et a la surprise d’y découvrir un coffret contenant une bague (le fameux Rayon de lune) et des lettres datant du XIXe siècle. Lorsqu’elle tombe sur ce trésor, elle est en compagnie d’Alexandre, un avocat pour le moins arrogant qu’elle fréquente depuis plusieurs mois. Ce dernier lui dit qu’il peut faire expertiser la bague auprès d’un spécialiste et part avec le précieux écrin. Amanda garde les lettres et fait ainsi la connaissance de Joséphine, une grisette (nom donné aux ouvrières parisiennes aux faibles revenus, en particulier aux couturières), qui vivait autrefois sous les combles de son immeuble, et de son amour naissant avec Antoine, un avocat dont le cabinet était installé dans son appartement. L’histoire se poursuit quelques mois plus tard, après la rupture entre Amanda et son avocat (qui ne lui a jamais rendu la bague), lorsque les habitants de l’immeuble se réveillent le 14 février 2020 face à une scène d’horreur dans la cour : le corps sans vie d’Alexandre, écrasé au sol. S’ensuit une enquête policière rocambolesque entrecoupée par le récit de l’histoire de Joséphine, racontée à travers sa correspondance avec Antoine.

J’ai vraiment beaucoup aimé le parallèle entre Amanda et Joséphine, toutes deux créatrices de bijoux (c'est le rêve de Joséphine) dont la vie est mise à mal par les actes de leurs amants (Alexandre et Antoine étant avocats). À travers la correspondance de Joséphine, on découvre les conditions de vie des femmes au XIXe siècle et les difficultés pour devenir indépendante à cette époque, ainsi que les réactions masculines face à l’envie d’épanouissement personnel des femmes. On remarque ainsi le changement de comportement d’Antoine, qui devient tour à tour allié ou opposé aux choix de Joséphine. Réalisant ce à quoi sa grisette fait face, il s’intéresse au statut juridique des femmes et va chercher à améliorer sa situation. Je reprends ici un passage d’une de ses lettres :

« Juridiquement, vous n’avez pas plus d’autonomie qu’un nouveau-né. De la tutelle du père qui a sur vous tous les droits, vous êtes censées passer à celle du mari qui en aura encore plus et surtout celui de s’approprier votre fortune, si par hasard vous en avez une. […] Quand vous n’avez point de mari, la société se charge d’y suppléer : patron, amant protecteur, asile, hôpital ou couvent. On s’accorde communément à dire que vous êtes vénales ? C’est parce que l’argent est aux mains des hommes et que vous devez passer par nous pour y avoir accès. Manipulatrices ? N’étant pas libre d’agir par vous-même, vous vivez votre destin par procuration. Fragiles ? Parce que vous n’avez aucun autre droit que celui de nous obéir. De haut en bas, la société est construite sur le pouvoir des hommes. »

Si j’ai tant aimé ce roman, c’est parce que son autrice a fait toutes les recherches nécessaires pour rendre son histoire la plus plausible possible. Autrice d’origine turque et vivant à Paris depuis ses 5 ans, Tonie Behar a été journaliste avant de commencer à écrire des histoires. Elle a ainsi mené un travail de fond auprès de spécialistes, notamment pour que toutes les scènes se déroulant au commissariat soient réalistes. D’ailleurs, la partie policière du roman est bien ficelée, je ne m’attendais pas à son dénouement. J’ai adoré passer du style d’écriture plus dynamique de l’enquête et des interactions d’Amanda aux jolies tournures de phrases d’antan dans la correspondance entre Joséphine et Antoine. Les personnages sont attachants (hormis Alexandre qui m'a agacée dès le début 😅) et révèlent une certaine sororité, les femmes jouant un grand rôle dans l’histoire.

J’ai appris que ce roman fait partie d’une saga autour des habitants de l’immeuble d’Amanda. Peut-être me laisserai-je donc tenter par une autre des histoires de Tonie Behar… Et vous ?

Tant mieux, d’Amélie Nothomb

Il y avait longtemps que je n’avais plus écrit de billet Croque-livre, mais je ne pouvais pas faire sans parler de ma lecture habituelle du dernier Amélie Nothomb. Quatre ans après avoir romancé la vie de son papa dans Premier Sang, l’autrice belge livre un récit émouvant sur l’enfance et la jeune vie d’adulte de sa maman, dont elle a tu le décès pendant longtemps. Contrairement à l’ouvrage consacré à son père, qui m’avait un peu moins plu, j’ai vraiment adoré ce dernier roman.

« Tant mieux » : c’est l’expression que répétait sa mère, même lorsqu’elle se retrouvait dans des circonstances malheureuses ou fâcheuses. Une sorte de formule magique qui lui a permis de surmonter les épreuves de la vie. J’ai d’ailleurs un peu eu l’impression de lire un conte de fées, suivant avec ravissement les aventures d’Adrienne (prénom fictif), personnage que j’ai trouvé très attachant. On la retrouve au début du livre du haut de ses 4 ans chez son horrible Bonne-Maman de Gand, où elle découvre le pouvoir de ses 2 simples mots « Tant mieux », qui l’aideront à garder la tête froide toute sa vie. Bien évidemment, Amélie romance beaucoup l’enfance de sa mère, mais les aventures qu’elle relate (qui sont bien réelles) sont peu communes. Sans vouloir en dire plus (à vous de le découvrir), cela tourne beaucoup autour des chats

Amélie raconte l’histoire de sa mère de ses 4 ans jusqu’à son mariage. Dans les 30 dernières pages, l’autrice quitte le récit et se livre d’une manière très touchante. Elle revient sur le décès de son père, qu’elle a vécu différemment, sentant toujours la présence de son papa après sa mort. Puis elle aborde la disparition de sa maman, qui a été plus brutale, définitive et qu’elle a cachée pendant un bon moment. Amélie l’a apprise durant ses 4 heures d’écriture matinale. Elle explique avoir continué à écrire pendant 1 heure avant de se laisser emporter par le chagrin. Elle en parle dans ce podcast, que j’ai adoré écouter.

J’ai trouvé qu’Amélie se répétait un peu dans ses propos au cours des dernières pages, mais on sent fortement ses émotions à travers ses mots. Elle m’a fait sourire par les réflexions de sa mère, m’a donné les larmes aux yeux, mais m’a surtout enveloppée d’une douce tendresse. Amélie Nothomb signe là un très bel hommage à sa maman et à l’amour que l’on porte à nos parents.