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Archives de Catégorie: Croque-livre

Des livres à dévorer, sans modération

Mon mari, de Maud Ventura

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Pour ce long week-end de Pâques, j’avais envie de vous partager un petit billet croque-livre. Un roman léger que l’on peut savourer comme un œuf en chocolat.

J’ai trouvé ce roman il y a déjà quelques mois, lors d’une petite journée shopping avec ma meilleure amie, qui m’a fait le cadeau de m’emmener dans une librairie et de me dire qu’elle m’offrait les livres que je voulais pour mon anniversaire (on avait plusieurs mois à rattraper 😷). Après de longues hésitations, je me suis décidée pour deux romans, dont celui-ci. J’avoue avoir été attirée par le bandeau, sur lequel s’affiche l’avis d’Amélie Nothomb : « Un délice irrésistible ! ». Étant fan des ouvrages de l’auteure belge au chapeau noir, je me suis donc laissé tenter. Et je n’ai pas été déçue !

Écrit à la première personne, Mon mari suit les états d’âme d’une femme dont la vie semble parfaite, mais qui connaît toutefois un fâcheux problème : elle est follement amoureuse de son mari. Après avoir expliqué son problème dans le prologue, la narratrice nous embarque dans sa semaine, le roman étant divisé en 7 parties, correspondant aux 7 jours. Elle semble souffrir de synesthésie car elle associe chaque jour à une certaine couleur, et donc à une certaine humeur. On découvre ainsi à chaque fois une nouvelle facette de ce personnage et de sa vision de l’amour, qui est loin d’être saine mais qui, pour reprendre les mots de l’auteure, correspond aux « vieux schémas patriarcaux qui persistent » encore aujourd’hui. Le tout écrit sur un ton léger et avec beaucoup d’humour, ce qui rend la lecture très agréable.

Si j’avais envie de parler de ce roman, c’est aussi parce que la protagoniste est (roulement de tambour 🥁) traductrice ! On apprend en effet à la page 17 qu’elle est professeure d’anglais, mais aussi « traductrice pour une maison d’édition ». Quatre pages (de la page 43 à 46) sont d’ailleurs consacrées davantage à son métier. Elle explique ainsi son processus de traduction et les difficultés qu’elle rencontre pour traduire le titre de l’ouvrage sur lequel elle travaille tout au long du roman. On retrouve également plusieurs réflexions sur la traduction, notamment lorsqu’elle parle plus loin de la chanson choisie pour leur mariage. Bref, je me suis plusieurs fois demandé si l’auteure était, elle aussi, traductrice ou si elle avait fait des études de traduction. Mais non, Maud Ventura a fait des études de philosophie puis de management et elle s’est ensuite dirigée vers le monde de la radio. Elle a d’ailleurs eu l’idée de son roman au cours des enregistrements de son podcast Lalala, consacré au sentiment amoureux.

Cela ne change toutefois rien à la qualité de son premier roman, qualifié par beaucoup de « féministe » (tiens donc, encore un ♀️). Alors qu’on se rend très bien compte de la dépendance affective maladive de cette femme et que ses réactions sont disproportionnées, on ne peut en effet pas s’empêcher de se retrouver dans certaines situations ou d’avoir eu le même genre de réflexion en tant que femme. C’est ainsi assez révélateur du caractère insidieux du patriarcat. L’auteure en parle mieux que moi donc je vous invite à l’écouter dans cette interview.

Cela vous aura peut-être donné envie de plonger dans son roman et de vivre à votre tour un délicieux moment de lecture.

Réinventer l’amour : comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles, de Mona Chollet

Pour poursuivre dans l’esprit de mon billet précédent et rester dans le thème de la Saint-Valentin, qui a eu lieu ce lundi, j’avais envie de vous parler d’un essai féministe (oui, encore un 😁) de Mona Chollet, acheté durant mes vacances en Bretagne et rapidement dévoré.

J’ai découvert cette journaliste et essayiste suisse il y a un peu plus de deux ans, avec son phénoménal Sorcières, qui mérite d’ailleurs lui aussi son billet Croque-livre. Après avoir parlé de la « puissance invaincue des femmes », Mona Chollet aborde un sujet assez polémique dans les milieux féministes : l’amour hétérosexuel. Elle entame d’ailleurs son essai en expliquant le paradoxe auquel elle est confrontée, elle qui est à la fois féministe et une ancienne grande romantique avec un profond « amour de l’amour ». Sa vision de l’amour avec un grand A a toutefois évolué au fil de ses lectures féministes et surtout depuis l’avènement du mouvement #MeToo, qui a remis en question les rapports hommes-femmes. À travers quatre grands chapitres, Mona Chollet nous apporte des éclairages sur notre manière de concevoir l’amour et les relations entre hommes et femmes et met en lumière celui qui s’immisce inévitablement dans nos vies de couple et dans notre lit : le patriarcat.

Après avoir repris certains grands mythes romantiques dans le prologue pour tirer plusieurs premières conclusions, en abordant notamment l’injonction des femmes à être parfaites et la charge mentale qui découle systématiquement de la cohabitation hommes-femmes, Mona Chollet explore quatre grands thèmes.

« Se faire petite » pour être aimée traite de « l’infériorité des femmes dans notre idéal romantique », que ce soit au niveau de la taille physique, de l’espace qu’elles prennent sur les plans professionnel, économique, social et sexuel, avec pour conclusion que la femme doit toujours être soumise et silencieuse pour être désirable.

Des hommes, des vrais explore la culture qui autorise les violences conjugales, en reprenant plusieurs affaires horribles, dont la mort de Marie Trintignant sous les coups de Bertrand Canta, mais aussi en parlant de la fameuse question de la séparation de l’homme et de l’artiste. Mona Chollet tente à travers ce chapitre de comprendre ce qui engendre les pervers narcissiques et ce qui peut pousser les femmes à se retrouver dans des relations violentes, voire à être attirées par des hommes dont la violence est de notoriété publique.

Les gardiennes du temple aborde le fait que l’on apprend encore et toujours à l’école et à travers notre culture que l’amour, « c’est un truc de filles ». Une phrase de ce chapitre m’a particulièrement marquée par sa justesse : « On éduque les femmes pour qu’elles deviennent des machines à donner, et les hommes pour qu’ils deviennent des machines à recevoir ». Bien souvent, les femmes sont celles qui cherchent à améliorer la relation, qui se remettent en question et qui comblent les désirs de leur compagnon en désespérant de recevoir le même niveau d’attention que ce qu’elles prodiguent. « Si les femmes peuvent si souvent passer pour des créatures capricieuses et tyranniques, aux demandes affectives exorbitantes, et les hommes pour des êtres solides, autonomes, à la tête froide, c’est parce que les besoins émotionnels des seconds, contrairement à ceux des premières, sont pris en charge et comblés de manière aussi zélée qu’invisible ». Mona Challet mentionne d’ailleurs un dessin de l’illustratrice Emma qui résume bien l’idée :

Illustration tirée de la BD Le Pouvoir de l’amour d’Emma : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.1092643331071877&type=3

La grande dépossession parle enfin de l’influence du patriarcat dans notre plus profonde intimité. Mona Chollet y aborde l’objectification systématique des femmes dès leur plus jeune âge et l’autocensure que celles-ci s’imposent vis-à-vis de leurs fantasmes. Reprenant des scènes cultes du cinéma ou de la littérature, l’autrice essaye de déceler l’origine de ses propres fantasmes, dans lesquels la domination masculine est omniprésente. Elle traite ainsi de la culture du viol dans laquelle nous baignons toujours.

Si cette lecture m’a laissée légèrement sur ma faim par rapport à Sorcières (il faut vraiment que j'écrive ce billet Croque-livre 🙄), je l’ai trouvée passionnante. En tant que grande romantique, biberonnée aux contes de fées et aux ballets classiques, j’ai un peu le même conflit intérieur que Mona Chollet avec d’une part, mes revendications féministes et d’autre part, mon côté fleur bleue. Plutôt que de peindre un sombre tableau des relations hommes-femmes (même si on ne va pas se mentir, c'est pas joli-joli), l’autrice nous aide à mieux comprendre certaines de nos réactions et de nos habitudes et nous laisse croire que l’amour hétérosexuel peut se défaire du patriarcat et se vivre de manière plus égalitaire, si tant est que l’on change notre vision des choses et que notre culture évolue vers un monde sans aucune domination (on peut toujours rêver 😅).

Homme ou femme, si vous voulez faire partie du changement, la lecture de cet essai constitue déjà un bon premier pas.

Les Grandes Oubliées – Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes, Titiou Lecoq

Ma première lecture de 2022 aura été passionnante et méritait un petit billet Croque-Livre. J’ai eu le plaisir de recevoir à Noël cet essai féministe et je ne peux que le recommander vivement.

Dans cet ouvrage, la journaliste, essayiste et romancière française Titiou Lecoq nous emmène dans un fabuleux voyage dans le temps à la découverte de grandes dames oubliées ou trop peu connues. Des femmes préhistoriques et déesses antiques à Gisèle Halimi et à nos combats d’aujourd’hui, elle raconte les grandes étapes de l’Histoire en rendant hommage à celles dont on ne parle jamais et qui constituent pourtant la moitié de l’humanité. Elle met également à l’honneur de nombreuses historiennes, en appuyant son essai sur leurs recherches.

Avec pédagogie, et une bonne dose d’ironie, elle explique comment la situation féminine a changé à travers les siècles, révèle les injustices que nos ancêtres ont dû subir et dépeint le portrait de véritables héroïnes qui ont eu une vie si extraordinaire que l’on se demande vraiment pourquoi leur nom a été jeté aux oubliettes. On y apprend aussi comment les avancées scientifiques au fil du temps ont changé le rapport entre les hommes et les femmes. Titiou Lecoq nous permet ainsi de redécouvrir l’histoire sous un autre angle.

J’ai appris énormément de choses, comme le fait qu’il existait des chevaleresses, des bâtisseuses de cathédrale et des recluses volontaires. J’ai particulièrement aimé le chapitre 9, « Autrice, oubli d’un mot et d’une profession », qui traite des changements linguistiques survenus au XVIIe siècle, quand l’Académie française a décidé que « le masculin l’emporte sur le féminin, peu importe le nombre ». Titiou Lecoq présente d’ailleurs plusieurs règles linguistiques moyenâgeuses et explique bien que l’idée de l’écriture inclusive, grand sujet de débat chez les linguistes aujourd’hui, n’est pas de « féminiser la langue », mais bien « de la démasculiniser, parce qu’elle a été masculinisée de force ». Elle parle ensuite de la disparition du terme « autrice », mais aussi de l’effacement de cette profession au féminin. On découvre alors l’histoire de Catherine Bernard, « première femme dramaturge jouée à la Comédie-Française ». Bref, je ne vais pas vous raconter tout le chapitre, mais c’est absolument passionnant, tout comme le reste de l’ouvrage.

Elle termine son essai par un plaidoyer pour que les femmes trouvent enfin leur place dans nos manuels d’histoire. Car oui, encore aujourd’hui, les enfants apprennent l’Histoire sous un point de vue essentiellement masculin, dans un monde apparemment peuplé uniquement de rois, de héros et de soldats. « Ceux qui pensent que changer les programmes scolaires est encore une lubie de féministes hystériques, ceux-là ne se sont jamais demandé ce que signifie de grandir avec une histoire dont nos semblables sont exclues. Qu’est-ce que, petite fille, on perçoit quand on ne nous raconte que l’histoire des hommes ? […] C’est maintenant, à l’âge adulte, en découvrant l’histoire de nos ancêtres, de la moitié de nos ancêtres pour être précise, que je réalise la tromperie dont j’ai été victime. La relégation de mes aïeules me met en colère. » Et c’est vrai que l’on a du mal à rester de marbre face à cette injustice. Alors, si l’on peut faire quelque chose à notre échelle pour honorer ces grandes dames, c’est de découvrir leur histoire, notamment à travers cet ouvrage.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré cet essai et je vous le conseille chaudement.

Premier sang, d’Amélie Nothomb

Difficile de résister à l’achat du dernier Amélie Nothomb. C’est pendant mes vacances en Bretagne, lors de ma visite de Saint-Malo, et grâce à la bonne idée de mon cher et tendre de m’emmener dans une librairie que je l’ai directement repéré sur l’étalage et acheté aussitôt. Voici donc un nouveau billet croque-livre.

Cette année, Amélie Nothomb retourne à ses récits biographiques en racontant l’histoire de son père, Patrick Nothomb, mort en 2020. Comme elle l’explique dans cet entretien avec Léa Salamé sur France Inter, l’autrice belge s’est mise dans la peau de son père pour raconter son enfance rocambolesque jusqu’à l’épisode véridique de son simulacre d’exécution à Stanleyville, lors de la prise d’otage de 1964 au Congo. Si le récit est romancé à la sauce Amélie Nothomb, les faits sont bien réels, notamment l’étrange comportement de son père auquel le titre fait référence : son patriarche perdait en effet connaissance à la vue du sang. Cherchant à faire revivre son père le temps de l’écriture de ce roman comme elle n’avait pas pu lui dire adieu, Amélie Nothomb nous conte la naissance d’un héros surprenant avec beaucoup d’amour et d’espoir, mais aussi pas mal d’humour, reflétant ainsi l’esprit de ce grand diplomate belge.

Il ne s’agit pas de mon roman préféré de l’écrivaine aux cheveux d’ébène et aux chapeaux noirs, mais il m’a permis de passer deux belles après-midi de lecture sous le ciel étonnamment radieux de la Bretagne, tout en faisant voyager mes pensées vers ma Belgique natale grâce aux lieux que traverse Patrick Nothomb dans le roman de sa fille.

C’était donc ma petite lecture traditionnelle de la rentrée. À bientôt pour d’autres billets !

The Beekeeper of Aleppo, de Christy Lefteri

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J’ai récemment discuté avec une connaissance danoise du sort réservé aux Syriens venus demander l’asile dans son pays. Si vous ne le saviez pas, des centaines de migrants ayant pu obtenir un permis de séjour temporaire au Danemark courent le risque d’être renvoyés en Syrie, le gouvernement danois jugeant Damas comme un lieu sûr désormais. Je ne vais pas cracher ici toute mon indignation et la colère que je ressens vis-à-vis de cette décision, mais j’avais envie de partager une lecture autour de l’immigration qui m’avait particulièrement marquée il y a quelques mois. Peut-être en avez-vous déjà entendu parler, ce roman ayant trôné sur les étals des librairies dès sa sortie en 2019, mais je voulais en faire un billet Croque-livre car c’est un livre qui devrait être lu par tous ceux qui manquent d’humanité et d’empathie envers ces migrants ayant traversé des épreuves indescriptibles.

The Beekeeper of Aleppo raconte le dangereux périple entrepris par Nuri, l’apiculteur du titre, et son épouse Afra, artiste peintre, pour rejoindre le Royaume-Uni et y demander asile. On découvre leur ancienne vie sur leur terre natale, leurs deuils et pertes, la cupidité des passeurs, l’angoisse de la traversée en mer, la misère des camps et toutes les autres horreurs que ce couple a dû surmonter avant de se retrouver enfin en sécurité.

Ce que j’ai bien aimé avec ce roman, c’est que l’histoire n’est pas contée de manière chronologique, mais à l’aide de flashbacks. Chaque chapitre est constitué de deux récits, l’un racontant le présent à Londres, l’autre le passé en Syrie, qui se relient à chaque fois par un mot unique. On a ainsi une phrase inachevée dont le dernier mot est le premier du récit suivant. Une belle façon de plonger dans les pensées de Nuri, pour qui un son, une odeur, une lumière particulière évoque un souvenir de son pays.

Comme une abeille butinant de fleurs en fleurs, on passe donc des moments plus heureux dans la Syrie d’avant-guerre aux heures les plus sombres. Une manière de rappeler que ces gens venus d’ailleurs pour se réfugier dans nos contrées avaient une vie aussi normale que la nôtre avant que les obus et les mitraillettes ne les privent de tout.

The Beekeeper of Aleppo est le deuxième roman de Christy Lefteri, fille de réfugiés chypriotes venus s’installer à Londres. L’idée d’écrire cette histoire lui est venue après avoir travaillé comme bénévole dans un camp de migrants à Athènes en 2016 et 2017. Si le récit de Nuri et d’Afra est inventé, il est inspiré de tous les témoignages que la romancière a pu entendre des réfugiés syriens qu’elle a rencontrés. Il aurait donc très bien pu être réel. Le livre aborde bien évidemment des thèmes très durs, démontrant le pire de l’humanité, mais est aussi rempli d’espoir, de résilience et d’amour. Je l’ai lu dans sa version originale, mais le roman existe dans la traduction française de Karine Laléchère sous le titre L’Apiculteur d’Alep. Inutile de dire que je vous le recommande, ne serait-ce que pour ouvrir un peu plus les yeux sur la situation des migrants qu’on a un peu trop oubliés durant cette fichue pandémie…

La trilogie des Enfants du désastre, de Pierre Lemaitre

Autre roman dévoré après Les Impatientes de Djaïli Amadou Amal, dont je vous ai parlé il y a deux semaines, Miroir de nos peines a mis le point final à la trilogie des Enfants du désastre de Pierre Lemaitre que j’avais entamée deux ans plus tôt. J’avais donc envie de vous en parler.

Au revoir là-haut

Oui, il a un peu morflé vu que je le trimballais partout…

J’ai démarré cette trilogie après avoir lu beaucoup d’éloges sur Pierre Lemaitre dans un groupe de lecture suite à la sortie du deuxième tome. Curieuse, je me suis donc lancée dans la lecture du premier roman : Au revoir là-haut, récompensé par le prix Goncourt en 2013. Je n’étais au départ pas très emballée par le thème (le retour à la vie «normale» de deux soldats rescapés de la Grande Guerre), mais j’ai très vite été conquise. L’écriture est tellement fluide, les décors si bien plantés, les personnages si réels et vivants que je voyais l’histoire se dérouler sous mes yeux comme si j’étais au cinéma. D’ailleurs, ce premier roman a été adapté à l’écran par Albert Dupontel en 2017. On y suit les aventures d’Albert Maillard et d’Édouard Péricourt en découvrant certaines réalités de la fin de la Première Guerre mondiale, comme le calvaire physique et moral des gueules cassées et le trafic de cercueils des soldats tombés au front.

Couleurs de l'incendie

À peine le premier roman achevé que je me suis plongée dans sa suite, Couleurs de l’incendie, paru en 2018 et dont l’adaptation cinématographique réalisée par Clovis Cornillac devrait sortir cette année. Ce deuxième tome se déroule entre 1927 et 1933 et a pour personnage principal Madeleine Péricourt, la sœur d’Édouard. Il aborde davantage la situation des femmes de l’époque, mais aussi l’instabilité financière et la montée du totalitarisme durant les années 1930. Tout comme pour Au revoir là-haut, l’envie de tourner les pages était plus forte que l’appel de mon oreiller et je l’ai dévoré.

Miroir de nos peinesC’est donc avec impatience que j’ai ouvert Miroir de nos peines, dernier tome sorti en 2020, qui embarque cette fois le lecteur au début de la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement au moment de l’exode de Paris. On y retrouve Louise Belmont, petite fille qu’Albert Maillard et Édouard Péricourt avaient connue dans Au revoir là-haut, désormais devenue une jeune femme en quête de vérité sur sa famille. Le roman suit également quatre autres personnages : Gabriel et Raoul, deux soldats envoyés sur la ligne Maginot, Fernand, le garde mobile amoureux qui ne pense qu’à rejoindre sa femme, et enfin Désiré, incroyable caméléon que l’on retrouve sous différents métiers tout au long du roman. Les liens entre tout ce beau monde sont bien évidemment révélés à la fin d’une épopée riche en rebondissements. Bref, je me suis encore une fois régalée !

Outre l’écriture extrêmement fluide de l’auteur, j’apprécie également la richesse de sa langue. J’ai ainsi pu découvrir des mots perdus ou oubliés comme les verbes voussoyer (qui est plus correct que vouvoyer) ou apparoir. Le travail de recherche historique derrière chaque roman mérite le respect. Les détails sont tellement précis que l’on se retrouve littéralement plongé dans l’entre-deux-guerres comme si on y était. Bref, cette trilogie a été un coup de cœur du début à la fin et je ne peux que la recommander.

Les Impatientes, de Djaïli Amadou Amal

Premier livre lu en cette année 2021, Les Impatientes m’aura marquée et méritait bien un billet Croque-livre.

Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal

Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal

Ce roman de l’auteure camerounaise Djaïli Amadou Amal dépeint la situation des femmes du Sahel à travers le témoignage de Ramla, Hindou et Safira. Leur histoire entremêlée est liée par un sentiment commun : l’impatience. Ramla n’a pas la patience suffisante pour retenir ses larmes qui coulent pour son amour perdu et ses rêves d’études envolées lors de son mariage forcé, sa sœur Hindou n’a pas la patience de supporter les coups et les viols de son cousin qu’elle a été contrainte d’épouser et Safira n’a pas la patience de devoir partager son mari avec Ramla, la jeune femme qui vient de rejoindre son foyer polygame. Trois femmes différentes mais qui partagent toutes cette même impatience, celle d’échapper à ce patriarcat écrasant qui brise leurs rêves et les réduit presque à l’esclavage. Quelle que soit la gravité des problèmes qu’elles rencontrent, on leur répète le même refrain : munyal, patience ! C’est aussi l’impatience, associée à la colère, qui m’a accompagnée durant ma lecture. Par moment dur, ce roman traite du mariage précoce, du viol conjugal et de la polygamie à travers la voix trop souvent étouffée des victimes. J’ai d’ailleurs trouvé particulièrement intéressante l’histoire de Safira, femme de 35 ans qui se voit forcée d’accueillir la nouvelle épouse de son mari au cœur de son foyer, avec sourire et bienveillance. Je n’avais en effet jamais lu d’ouvrages traitant de la polygamie auparavant et Les Impatientes m’a permis de lever un peu le voile sur ce problème moins connu dans nos contrées.

Les Impatientes est une réécriture du troisième roman de Djaïli Amadou Amal, une écrivaine et militante féministe camerounaise qui a, elle aussi, connu son lot de malheurs. Après un premier mariage forcé à 17 ans, elle se remarie dix ans plus tard avec un homme violent, qui ira jusqu’à kidnapper ses deux filles pour la punir de sa demande de divorce. L’écriture sera son échappatoire. Elle sort ainsi Walaande, l’art de partager un mari (2010) et se fait directement remarquer. La « voix des sans-voix », comme on la surnomme dans son pays, poursuit avec Mistiriijo, la mangeuse d’âmes (2013) puis Munyal, les larmes de la patience (2017), qui sera retravaillé pour faire son entrée aux éditions Emmanuelle Collas sous le titre Les Impatientes. Comptant déjà parmi les grands auteurs africains, elle reçoit pour cette réédition le prix Goncourt des lycéens en 2020.

À travers son œuvre, Djaïli Amadou Amal raconte une partie de son histoire, mais aussi celle d’un trop grand nombre de femmes du Sahel qui vivent encore sous le joug des coutumes et traditions patriarcales. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ses autres romans, mais je recommande Les Impatientes à tous les lecteurs intéressés par la condition féminine et la question féministe.

Merci à ma tante Dominique de m’avoir fait découvrir cette auteure et à bientôt pour un nouveau billet !

Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

Ces derniers mois, je me suis décidée à prendre plus de temps pour lire et je me suis abonnée à un groupe Facebook de lecteurs pour me donner des idées de nouvelles lectures. Parmi les nombreuses propositions, l’une revenait souvent dans les conversations : Changer l’eau des fleurs, de Valérie Perrin. Je me suis donc finalement laissé tenter à mon tour par ce petit bijou de 672 pages que je recommande vivement.

Changer l'eau des fleurs

Deuxième roman de Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs nous emmène dans le quotidien de Violette, gardienne d’un petit cimetière de Bourgogne. Loin d’être lugubre et déprimant, le décor dans lequel Violette vit est rempli de couleurs, de fleurs et de douces odeurs. On y découvre les secrets, rêves et regrets des employés du cimetière et des personnes venues rendre visite à leurs proches décédés, mais aussi le passé plus sombre de Violette et son chemin de reconstruction. Si la mort est constamment présente au cœur de l’histoire, ce roman est surtout une ode à la vie. Au fil des pages, vous passez des rires aux larmes, vous laissant porter par la poésie et les personnages attachants que décrit Valérie Perrin. Débordant d’amour, ce roman est comme un délicieux bonbon à sucer, vous rappelant les petites joies du quotidien, la beauté du monde qui vous entoure et la force des souvenirs que laissent ceux qui nous ont quittés. Cela en fait donc une lecture idéale pour toutes les personnes en dépression et souffrant de la perte d’un proche. Changer l’eau des fleurs est en effet un « livre-médicament » qui apaise et parvient à redonner espoir quand tout semble noir autour de soi. Bref, j’ai vraiment eu le coup de cœur pour ce roman et je ne pouvais pas faire sans le partager avec vous.

Des femmes traductrices : entre altérité et affirmation de soi

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Des femmes traductrices : entre altérité et affirmation de soi

9782343018485rOuvrage issu de ma récolte à la Foire du livre de Bruxelles de 2017, Des femmes traductrices : entre altérité et affirmation de soi a réveillé la féministe que je suis. Regroupant six études, il aborde les motivations ayant poussé les femmes auteures à traduire au XIXe siècle et tente de vérifier l’existence de différences de traduction entre les hommes et les femmes. Le sujet de l’ouvrage part d’ailleurs du principe de George Steiner, selon lequel les hommes et les femmes ne comprennent pas tous les mots de la même manière et ont leur propre façon de communiquer. Au vu des passages assez techniques, ce recueil d’études se destine principalement aux traducteurs, mais il peut également intéresser toute personne préoccupée par la question du sexisme. Car oui, la littérature et l’édition sont des milieux également régis par le patriarcat. Je parie que vous avez d’ailleurs plus de mal à citer des noms de femmes auteures que d’écrivains hommes. Cet ouvrage nous apprend que la traduction a aidé plusieurs femmes à entrer dans ce monde d’homme de manière discrète et, comme dans tous les domaines, qu’elles ont dû se battre pour y parvenir.

La première étude, Les traductrices littéraires dans la France du XIXe siècle, réalisée par Frédéric Weinmann, explique les motivations des femmes à traduire et lève le voile sur des noms de traductrices méconnues qui ont pourtant introduit de grands classiques dans leur pays. Au XIXe siècle, la plupart des femmes nobles se tournaient vers la traduction pour gagner un peu d’argent. À l’époque, la noblesse n’était en effet qu’un titre. « Toutes les traductrices sont des femmes qui travaillent, » dit d’ailleurs l’auteur de l’étude. Ces femmes semblent toutefois avoir utilisé l’excuse de vouloir gagner de l’argent pour quitter leur rôle de mère ou d’épouse et justifier ainsi leur besoin d’écriture et de reconnaissance. La plupart n’osent toutefois pas publier ce qu’elles traduisent par crainte du qu’en-dira-t-on ou par manque de confiance en soi. La traduction, et la littérature en général, est en effet encore un terrain réservé aux hommes. Par ailleurs, la traduction est considérée comme une écriture mineure et est donc plutôt considérée comme une nécessité. Ainsi, beaucoup de femmes de la noblesse utilisent leurs contacts pour être publiées d’abord en tant que traductrice, puis comme auteure. Toutefois, pour certaines femmes, le choix de traduire n’est pas motivé par un besoin d’argent ou de notoriété, mais dans un but éducatif. Dans ces milieux plus sérieux, comme l’histoire ou la science, beaucoup de femmes sont malheureusement obligées d’utiliser un pseudonyme masculin pour réussir à vendre.

C’est d’ailleurs ce à quoi se consacre la deuxième étude, Ecrire ou traduire l’histoire quand on est une femme : un effacement volontaire ?, réalisée par Fiona McIntosh-Varjabédian. Elle prend pour exemple le cas de Mme Belot, dame du XVIIIe siècle s’étant attelée à la traduction d’Histoire d’Angleterre de David Hume, déjà traduit auparavant par l’abbé Prévost. Les critiques à l’égard de cette traductrice ne sont pas tendres car, pour l’époque, une femme n’a pas les connaissances suffisantes pour traiter d’un tel sujet. En effet, les femmes, tout comme les moines qui entreprennent la traduction d’ouvrages sérieux, ne peuvent soi-disant pas connaître les « ressorts de l’action » de l’histoire avec un grand « h » car leurs seules connaissances proviennent des livres et non du vrai monde. Après avoir bravé les mauvaises langues qui disaient qu’elle n’arriverait jamais à traduire un tel ouvrage, Mme Belot se fait voler son travail quelques années plus tard. Un certain M. Campenon, traducteur lui-même, reprend en effet l’entièreté de sa traduction, y ajoute une préface dans laquelle il se plaint des insuffisances du texte et la republie sans citer une seule fois le nom de Mme Belot. Le texte a ensuite été présenté comme une retraduction par ce M. Campenon et publié pendant des dizaines d’années sans aucune allusion à la traductrice ! Le pire dans cette histoire est que le cas de Mme Belot est loin d’être isolé… Cet ouvrage a donc aussi le mérite de rendre à César ce qui appartient à César et de rendre hommage à toutes ces femmes injustement oubliées.

Les quatre dernières études se consacrent à des femmes auteures et traductrices notables : Marguerite Yourcenar, Cristina Campo et Elfriede Jelinek.

Première femme à avoir été élue à l’Académie française, Marguerite Yourcenar a en effet traduit de nombreux ouvrages, surtout poétiques, et a la particularité de s’être attaquée à des textes écrits également dans des langues qu’elle ne maîtrisait pas du tout, comme le japonais (la quatrième étude du livre aborde d’ailleurs sa traduction des Cinq Nô modernes de Mishima). Celle qui considérait la traduction comme un « magnifique exercice » et une activité relaxante était surtout animée par l’envie de diffuser des œuvres et des auteurs, majoritairement féminines, pour lesquelles elle avait eu un coup de cœur. Les critiques sont toutefois très contrastés à son sujet. Pour beaucoup, elle adapte les textes plutôt qu’elle ne les traduit et impose sa propre interprétation en prenant de grandes libertés. D’autres louent son excellente qualité littéraire et la beauté de sa langue, tout en avouant que, quel que soit l’auteur traduit, les traductions de Marguerite Yourcenar restent toujours du Yourcenar. De son côté, la poétesse et écrivaine italienne Cristina Campo, de son vrai nom Vittoria Guerrini, a utilisé des pseudonymes tout au long de sa carrière pour faire publier ses traductions. Elle a ainsi discrètement mais largement contribué à la diffusion et à la mise en valeur de femmes auteures dans son pays. Enfin, Elfriede Jelinek, l’une des 14 femmes à avoir remporté le prix Nobel de Littérature (contre une centaine d’hommes…), a, quant à elle, fait connaître le vaudeville français, et plus particulièrement Feydeau, aux germanophones.

Ces dernières études sont un peu plus techniques mais permettent également de remettre en lumière des traductrices et auteures dont l’œuvre a été sous-estimée. C’est donc une lecture très intéressante qui nous rappelle à quel point nous, les femmes du XXIe siècle, sommes chanceuses par rapport à nos aïeules et devons poursuivre leur combat pour réellement atteindre l’égalité, également dans le milieu littéraire ! giphy

Pour terminer ce « court » billet Croque-livre, j’avais envie d’ajouter cette vidéo d’Emily Wilson, première femme à avoir traduit L’Odyssée en anglais, dans laquelle elle explique que ses nombreux prédécesseurs masculins avaient introduit des termes misogynes et sexistes qui n’existaient pas dans le texte grec original. Et pour ceux qui veulent la version longue (en anglais toujours), c’est par ici !

 

 

Journal d’une traduction

Bonjour à tous ! J’avais très envie de vous parler de ce livre dévoré il y a déjà plusieurs mois. Parlant de traduction, d’écriture, de langue et de voyage, je ne pouvais qu’apprécier le sujet. Voici donc le premier billet Croque-livre de 2018.

Journal d'une traduction

Journal d’une traduction, Marie-Hélène Dumas

Journal d’une traduction, comme son titre l’indique, est un journal tenu par la romancière et traductrice française Marie-Hélène Dumas durant les mois où elle s’est attelée à la traduction de The Republic of Imagination d’Azar Nafisi. En travaillant sur ce roman parlant d’exil, Marie-Hélène Dumas replonge dans son passé de fille d’immigrés russes. Les passages parlant de ses souvenirs d’enfance, d’adolescence et de début de vie adulte s’entrecoupent d’interrogations quant à son choix de langue (elle a préféré l’anglais au russe, langue de sa mère) et surtout de réflexions sur son métier de traductrice. Si cela peut sembler inintéressant pour les non-initiés, j’ai vite été emportée par son écriture. Je me suis ainsi retrouvée dans sa façon d’aborder la traduction, mais aussi dans son amour du voyage. Marie-Hélène Dumas a en effet pas mal vadrouillé au cours de sa jeunesse et raconte plusieurs de ses aventures dans cet ouvrage. Elle dit d’ailleurs à un moment avoir « le sentiment d’être à ma place entre deux endroits différents, quand les paysages défil[ai]ent derrière la fenêtre du car, de la voiture ou du train. » Sentiment qui trouve un certain écho chez moi…

Ce qui m’a particulièrement plu dans ce journal de Marie-Hélène Dumas est bien évidemment son ressenti quant à la traduction. Le style d’écriture qu’elle adopte quand elle parle de son métier fait d’ailleurs penser à l’esprit d’un traducteur lorsqu’il attaque son premier jet. Les mots se jettent alors sur le papier, créant parfois des phrases sans virgule décrivant des suites d’action. J’ai plusieurs fois souri en remarquant que j’avais les mêmes problèmes ou manies. Elle avoue, par exemple, n’atteindre son pic d’activité qu’en pleine après-midi et avoir besoin de marcher ou de parler à haute voix pour débloquer les passages difficiles.

« On croit, traductrice, que je ne travaille que du ciboulot, c’est faux, […], je me lève et marche pour débloquer ce qui bloque, et quand de mon ciboulot à mes deux mains ça ne passe plus du tout, même après être allée me faire chauffer un café, je travaille avec ma voix. Mains, jambes, voix, corps, souffle. »

Elle aborde également la relation ambiguë des traducteurs avec les réviseurs (sujet que j’avais exposé ici) et explique sa vision sur le fameux concept Traduttore, traditore (Traduire, c’est trahir). D’après elle, l’expression remonterait à l’empire ottoman où les drogmans (comprenez interprètes) devaient adapter leur travail à leur auditoire et prouver avant tout leur fidélité à leur employeur. Le risque de trahison n’était donc pas envers le sens du texte, mais envers cet employeur. D’ailleurs, comme elle le dit si bien, : « […] pour qu’il y ait trahison de ce qu’il est écrit, il faudrait que ce qui est écrit n’ait qu’un seul sens, un seul, et ce n’est pas toujours le cas. »

Élevée par une Russe, Marie-Hélène Dumas s’exprime également à plusieurs reprises sur sa relation par rapport à la langue de Pouchkine. J’ai d’ailleurs particulièrement aimé sa manière de décrire ce langage mystérieux que j’ai étudié durant 5 ans :

« Avoir le russe dans la bouche, c’est en avoir plein les papilles, c’est comme […] manger un loukoum avec des morceaux de pistache dedans. Du mou, du dur, du doux, avec des chuintantes qui envoient de l’air partout, qui caressent les dents, des l mouillés qui poussent la langue contre le palais. »

Ce livre cite enfin de nombreux autres ouvrages dédiés à la traduction, comme Dire presque la même chose d’Umberto Eco, La Traductrice d’Efim Etkind, Misère et splendeur de la traduction de José Ortega y Gasset ou encore Le poisson et le bananier de David Bellos.

J’aimerais conclure ce billet par deux passages qui m’ont particulièrement marquée et qui vous donneront peut-être l’envie de lire à votre tour ce Journal d’une traduction.

« […] traduire permet de ressentir la difficulté qu’on a à s’exprimer dans sa propre langue, celle dans laquelle on est censé s’exprimer le plus facilement, donc la difficulté à s’exprimer tout court. (Du coup, écrire donne l’impression de se traduire soi-même. C’est comme si la première façon d’exprimer ce qu’on cherche à exprimer nous venait dans une langue qui ne serait pas la nôtre.) Difficulté qu’on ressent de façon dingue quand une phrase écrite dans une autre langue nous est limpide, qu’on la comprend sans mal, mais qu’on n’arrive pas à l’exprimer, c’est à dire quand il nous faut « penser entre les langues ». »

Et ma citation coup de cœur :

« Je crois à la traduction parce que je crois plus à ce qu’on a en commun qu’à ce qu’on a de différent. »

À bientôt !

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