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Archives de Catégorie: Croque-livre

Des livres à dévorer, sans modération

Atomic Habits, de James Clear

Le début du mois de janvier est toujours idéal pour prendre de bonnes résolutions. C’est un moment de réflexion où l’on cherche à adopter de nouvelles habitudes et à se fixer d’autres objectifs. Je me disais donc que c’était le mois parfait pour vous parler de ce best-seller que j’ai lu durant mes vacances en Albanie.

J’ai lu ce livre dans sa version originale, mais il faut savoir qu’il a été traduit dans une multitude de langues. La version française s’intitule Un rien peut tout changer et a été assurée par Emmanuelle Hautbois (dont le nom est malheureusement caché dans les pages que le lecteur ne lit jamais 😑). Le sous-titre a été traduit par : « Micro-actions, méga-impact… De minuscules changements vont transformer votre vie ». Il s’agit donc d’un ouvrage de développement personnel. Je ne m’étais jamais vraiment penchée sur ce type de littérature, mais j’ai trouvé cette lecture intéressante et avais envie de vous la partager.

L’ouvrage s’ouvre sur l’histoire personnelle de l’auteur, dont la vie a considérablement changé après un grave accident. James Clear a pu se remettre de cette expérience traumatisante en adoptant de petites habitudes qui, une à une, ont fini par le transformer complètement. Devenu expert des habitudes à force d’écrire des articles et de donner des conférences sur le sujet, il a fini par écrire ce livre, qu’il a voulu concevoir comme un mode d’emploi. L’ouvrage est en effet très didactique, avec de nombreux tableaux et graphiques, des exemples concrets et une synthèse récapitulative à la fin de chaque chapitre.

Dans les 3 premiers chapitres, James Clear explique la base de sa méthode. On découvre ainsi le pouvoir des petites habitudes, le principe du « 1% better » (comprenez 1% d'amélioration par jour), l’importance de se concentrer sur le système à mettre en place pour parvenir à un objectif plutôt que sur l’objectif en lui-même ou encore la manière dont les habitudes peuvent façonner l’identité (et inversement). Cette première partie se termine par la présentation des 4 lois pour créer ou abandonner une habitude :

Signal (cue)
⬇️
Envie (craving)
⬇️
Réponse (response)
⬇️
Récompense (reward)

Ces 4 lois se traduisent par des actions différentes selon que l’on souhaite créer une bonne habitude ou se débarrasser d’une mauvaise habitude. Le signal signifie qu’il faut rendre l’habitude évidente ou invisible, l’envie implique qu’il faut la rendre attractive ou répulsive, la réponse demande de la simplifier ou de la rendre difficile et la récompense vise à la rendre satisfaisante ou insatisfaisante. Petit tableau pour mieux comprendre :

Créer une habitudeSe défaire d’une habitude
SignalLa rendre évidenteLa rendre invisible
EnvieLa rendre attractiveLa rendre répulsive
RéponseLa rendre facileLa rendre difficile
RécompenseLa rendre satisfaisanteLa rendre insatisfaisante

L’ouvrage se divise ensuite en 4 parties, une pour chaque loi. Chacune se compose de plusieurs chapitres qui offrent une multitude de petits conseils pratiques. Pour étayer ses propos, James Clear s’appuie sur des recherches biologiques, neuroscientifiques, psychologiques et philosophiques, mais aussi sur des exemples concrets. Chaque chapitre commence ainsi par une anecdote pour contextualiser chaque action. Je me souviens notamment du chapitre 14 qui s’ouvre sur le moyen farfelu qu’aurait trouvé Victor Hugo pour arrêter de procrastiner et de sortir plutôt que d’écrire. L’écrivain aurait demandé à un assistant d’enfermer tous ses vêtements dans un coffre pour ne garder qu’un grand châle. Il serait resté enfermé plusieurs mois dans son bureau, uniquement vêtu de cette étoffe, et serait parvenu à achever, 2 semaines avant le délai prévu, l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre : Notre-Dame de Paris. Je me souviens également de la technique du « pointing and calling » (qu'on pourrait traduire par « montrer et nommer »), que les conducteurs de train et autres employés du système ferroviaire japonais appliquent consciencieusement. Concrètement, quand un conducteur de train approche d’un feu de signalisation, il va pointer le feu du doigt et dire à haute voix « rouge » ou « vert » (en japonais bien sûr, mais je ne parle pas cette langue 😅). Cela peut sembler bête, mais le système ferroviaire japonais a vu le nombre d’accidents baisser considérablement grâce à cette petite habitude. Ce ne sont que 2 exemples, mais Atomic Habits abonde d’anecdotes de ce genre.

La dernière partie du livre donne plusieurs tactiques avancées de création d’habitudes. Une conclusion et une annexe renvoyant au site de l’auteur et à ses différents cours complètent l’ouvrage.

J’appliquais déjà plusieurs tactiques expliquées dans le livre, comme le principe de cumuler les habitudes ou de les « empiler » (« habits stacking »), c’est-à-dire qu’après avoir accompli une action que l’on peut qualifier de bonne habitude, vous en accomplissez une nouvelle. C’est concrètement ce que je fais chaque matin avec ma petite routine : après ma séance de yoga, je vide mon esprit dans mon journal. Après avoir écrit dans mon journal, je fais ma méditation, et ainsi de suite. Comme j’avais du mal à me remettre à l’étude de l’allemand, j’ai ajouté cette habitude à cette suite d’actions devenues automatiques. Résultat, j’ai suivi assidument une leçon par jour. J’avais aussi déjà appliqué le principe de rendre une habitude difficile quand j’ai commencé à utiliser le minuteur d’applications et les modes de concentration de mon téléphone (comme j'en parlais ici).

En résumé, les techniques présentées dans Atomic Habits peuvent paraître simples, mais elles sont efficaces si on parvient à les suivre. L’ouvrage est en outre agréable à lire et très intéressant vu les nombreuses anecdotes utilisées pour expliquer la méthode. Je le recommande donc à tous ceux et toutes celles qui ont du mal à respecter leurs nouvelles résolutions adoptées le 1er janvier 😉

Croque-livre : Trois, de Valérie Perrin

Il y a un peu plus de 2 ans, j’ai eu un coup de cœur pour Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin. Lors d’un de mes derniers passages à la gare de Liège-Guillemins avant de prendre mon train vers l’Allemagne, je n’ai donc pas réfléchi une seconde en trouvant sur les étals de la librairie son dernier titre. Me voilà 30 secondes plus tard à la caisse avec Trois dans les mains.

Valérie Perrin nous embarque cette fois-ci dans l’histoire d’une amitié, celle d’Adrien, d’Étienne et de Nina, mais aussi dans deux faits divers : une voiture retrouvée au fond d’un lac et une jeune fille disparue. Virginie, journaliste (et traductrice, je tiens à le préciser :D) est le personnage mystérieux qui vous fait entrer dans ce nouvel univers. Le récit saute habilement du passé au présent d’un chapitre à l’autre, mettant en avant les points de vue de divers personnages. Le suspense est au rendez-vous dès le début, vous poussant à tourner les pages. Comme dans Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin aborde aussi bien la mort que la vie, de l’innocence de l’enfance à la désillusion de l’âge adulte. Je ne suis pas de la génération dont elle parle, mais elle peut être une belle madeleine de Proust pour les quarantenaires, l’autrice faisant de nombreuses références musicales. Si j’ai été un peu moins attachée à ces trois amis bien différents qu’à Violette, la protagoniste de son roman précédent, j’ai aimé percer les secrets de chacun d’eux.

À travers ces récits qui se relient au fil des pages, la romancière aborde de nombreux thèmes de société, allant de la violence conjugale à la transidentité, mais toujours avec une simplicité et une poésie attachantes. J’ai ainsi noté dans mon carnet de lecture certaines phrases qui m’ont attendrie ou fait sourire, comme ce court dialogue entre Nina enfant et son grand-père après une visite au zoo :

« - Qu'est-ce que tu as préféré ? Les girafes ou les lions ?
- Le train.
- Pourquoi le train ?
- Parce qu'il est libre. » 

ou encore cette phrase que j’ai trouvée si juste :

Dès qu'on libère des adultes qui ont été mômes ensemble, l'enfance remonte à la surface.

S’il ne m’a pas autant chamboulée que Changer l’eau des fleurs, Trois m’aura fait vivre de très beaux moments de lecture et surprise par le développement de plusieurs récits. Un an jour pour jour s’écoule entre le premier et le dernier chapitre, mais les 752 pages qui les séparent vous feront passer par toutes les émotions. Je vous le recommande donc 🙂

Toute une moitié du monde, Alice Zeniter

Comme pour Le Jeune Homme d’Annie Ernaux, c’est lors d’un de mes passages dans une petite librairie de presse de la gare de Lille-Europe que j’ai acheté sur un coup de tête cet essai d’Alice Zeniter. Quelques semaines auparavant, j’avais vu un extrait d’interview de cette autrice et cela avait attisé ma curiosité. Voici donc mon billet Croque-livre sur Toute une moitié du monde.

Après avoir écouté Alice Zeniter sur France Culture et me fiant au titre de son ouvrage, je pensais qu’elle n’aborderait que la place des femmes en tant qu’écrivaines. Cet essai va toutefois bien plus loin que cela. Il s’agit d’une réflexion globale sur ce qu’est la fiction, non seulement dans le monde littéraire, mais aussi dans celui du cinéma. Elle explique dans son chapitre préliminaire qu’elle a commencé à l’écrire durant le confinement, période durant laquelle elle avait eu beaucoup de mal à se plonger dans un roman, alors qu’elle avait toujours été une grande lectrice (difficulté que j'ai également éprouvée durant ces mois d'isolement d'ailleurs). Elle a alors remis en question sa relation avec la fiction, en tant que lectrice, mais aussi en tant qu’autrice.

Les trois premiers chapitres m’ont particulièrement intéressée puisqu’ils abordent la place des femmes dans l’univers de la fiction. Le premier traite principalement de la difficulté d’Alice Zeniter à s’identifier à des personnages féminins, qui sont bien trop souvent passifs. Elle l’entame en parlant de sa découverte de l’existence du test de Bechdel (je vous mets le lien vers l'article Wikipédia qui l'explique si vous ne le connaissez pas), de la représentation des femmes dans la littérature et de l’absence du désir féminin dans les romans. Le deuxième est consacré à la difficulté d’être autrice, de s’imposer dans ce monde encore trop dominé par les hommes et de s’identifier soi-même en tant qu’écrivaine, ce terme ayant toujours été réservé aux hommes. Elle y parle du sexisme des écrivains et raconte quelques expériences glaçantes vécues dans le monde fermé de l’édition. L’autrice y déplore également le fait que les écrivaines ne sont élevées au rang de créatrices littéraires que lorsqu’elles sont panthéonisées. Elle dénonce enfin la pression que les autrices subissent pour être jolies ou féminines afin de pouvoir intéresser les lecteurs. Le troisième est quant à lui dédié à ce qu’elle appelle la « parade virile », soit qu’il faut être un homme, un vrai (à la manière d'Hemingway si l'on prend l'exemple le plus fragrant), pour être considéré comme un génie de la littérature.

Les chapitres suivants sont plus techniques. Alice Zeniter s’y penche davantage sur le roman en tant que forme de fiction et sur l’art de l’écriture. Elle se questionne notamment sur la manière de réinventer le roman, sur la place importante qu’y jouent les personnages, sur l’utilité de son métier, sur les relations conflictuelles sur lesquelles se basent toutes les œuvres de fiction (aussi bien littéraires que cinématographiques), sur l’absence de la nature dans les ouvrages ou encore sur comment bien terminer un livre, chapitre qui clore d’ailleurs son « essai » (que je mets entre guillemets tellement ce livre sort de l'ordinaire).

J’ai bien aimé plonger dans les réflexions de cette grande lectrice et autrice (traductrice qui plus est), même si les chapitres plus techniques ont parfois mis à mal ma concentration. C’est en effet une lecture extrêmement riche, qui se base sur une multitude de références littéraires. Cet ouvrage m’a d’ailleurs donné envie de lire d’autres autrices et surtout Toni Morrison, dont les extraits d’interview ponctuent Toute une moitié du monde.

Si vous êtes un(e) grand(e) lecteur/lectrice et que vous êtes passionné(e) par l’art de l’écriture, cet ouvrage saura vous combler.

Le Jeune Homme, Annie Ernaux

Lors de chaque aller-retour vers Londres depuis la gare de Lille-Europe, j’ai pour habitude d’attendre mon bus en me rendant dans le rayon des nouveautés littéraires d’un petit magasin de presse. Comme certaines personnes ne peuvent s’empêcher d’acheter une nouvelle paire d’escarpins à chaque visite dans un magasin de chaussures (je ne vise personne 😉), je me retrouve pratiquement à chaque fois à la caisse avec un nouveau livre dans les mains.

Ayant déjà une énorme pile de bouquins à dévorer et devant absolument profiter de mon trajet de 6 heures en bus pour avancer dans mon projet de traduction à rendre dans quelques jours, je m’étais toutefois juré de ne rien acheter cette fois-ci. Je venais à peine de me faire cette promesse que j’ai aperçu un tout petit ouvrage au bandeau rouge indiquant en grandes lettres blanches « Ernaux ». Depuis l’annonce de la remise du Prix Nobel de Littérature à cette écrivaine française que je ne connaissais pas, j’ai très envie de découvrir son œuvre. Un coup d’œil à la quatrième de couverture a suffi pour faire envoler ma promesse :

Ce texte est une clé pour lire l’œuvre d’Annie Ernaux — son rapport au temps et à l’écriture.

Me voilà donc devant la caissière du magasin de presse avec un petit paquet de biscuits (au cas où mon ventre crie famine durant le périple en bus qui m'attend) et Le Jeune Homme d’Annie Ernaux (pour étancher ma soif de lecture et de découverte littéraire).

S’il compte moins de 40 pages, cet ouvrage m’a permis de me faire une première impression de cette autrice et professeure de lettres. Dans ce roman autobiographique, style qui caractérise la quasi-totalité de son œuvre, Annie Ernaux parle de la relation controversée qu’elle a entretenue avec un jeune homme de trente ans son cadet pendant 3 années au milieu des années 1990. Elle explique dès la première page du livre que « c’est peut-être ce désir de déclencher l’écriture du livre — [qu’elle] hésitai[t] à entreprendre à cause de son ampleur — qui [l’]avait poussée […] » à avoir une relation sexuelle avec un étudiant. L’ouvrage qu’elle redoutait d’écrire est L’Événement, autre roman autobiographique qui parle de son avortement clandestin. La relation avec ce jeune homme lui permet en effet de replonger dans ses propres années d’étudiante et de revivre ses souvenirs de jeunesse jusqu’à cette expérience traumatisante. Annie Ernaux nous fait ainsi voyager dans le temps, sautant du passé au présent d’un paragraphe à l’autre.

Si elle ne décrit que des « banalités », comme aiment à le dire ses détracteurs qui s’offusquent de la voir récompensée par le prestigieux prix Nobel alors qu’elle n’est pas un « grand écrivain » (au masculin, comprenez bien...), Annie Ernaux est parvenue à me faire voyager durant un trajet de métro. Assise sur mon siège, je découvrais tantôt la vie d’une étudiante dans les années 1960, tantôt celle d’une quinquagénaire déterminée à « ne pas cacher [s]a liaison avec un homme ‘qui aurait pu être [s]on fils’ quand n’importe quel type de cinquante ans pouvait s’afficher avec celle qui n’était visiblement pas sa fille sans susciter aucune réprobation ». C’est peut-être cela qui fait dresser les poils des détracteurs d’Annie Ernaux : elle est une femme comme toutes les autres, qui parle de sa vie et de ses désirs sans plus se soucier du qu’en-dira-t-on. Le Jeune Homme n’a donc fait qu’attiser mon envie de lire cette autrice, et particulièrement son roman phare, d’autant plus à une époque où le droit à l’avortement est compromis aux quatre coins du monde.

Ma pile de livres à lire peut continuer de s’allonger, je ne pourrai pas m’empêcher d’y ajouter L’Événement la prochaine fois que j’entrerai dans une librairie. Vous risquez donc d’entendre à nouveau parler d’Annie Ernaux dans un prochain billet Croque-livre.

Mon mari, de Maud Ventura

Publié le

Pour ce long week-end de Pâques, j’avais envie de vous partager un petit billet croque-livre. Un roman léger que l’on peut savourer comme un œuf en chocolat.

J’ai trouvé ce roman il y a déjà quelques mois, lors d’une petite journée shopping avec ma meilleure amie, qui m’a fait le cadeau de m’emmener dans une librairie et de me dire qu’elle m’offrait les livres que je voulais pour mon anniversaire (on avait plusieurs mois à rattraper 😷). Après de longues hésitations, je me suis décidée pour deux romans, dont celui-ci. J’avoue avoir été attirée par le bandeau, sur lequel s’affiche l’avis d’Amélie Nothomb : « Un délice irrésistible ! ». Étant fan des ouvrages de l’auteure belge au chapeau noir, je me suis donc laissé tenter. Et je n’ai pas été déçue !

Écrit à la première personne, Mon mari suit les états d’âme d’une femme dont la vie semble parfaite, mais qui connaît toutefois un fâcheux problème : elle est follement amoureuse de son mari. Après avoir expliqué son problème dans le prologue, la narratrice nous embarque dans sa semaine, le roman étant divisé en 7 parties, correspondant aux 7 jours. Elle semble souffrir de synesthésie car elle associe chaque jour à une certaine couleur, et donc à une certaine humeur. On découvre ainsi à chaque fois une nouvelle facette de ce personnage et de sa vision de l’amour, qui est loin d’être saine mais qui, pour reprendre les mots de l’auteure, correspond aux « vieux schémas patriarcaux qui persistent » encore aujourd’hui. Le tout écrit sur un ton léger et avec beaucoup d’humour, ce qui rend la lecture très agréable.

Si j’avais envie de parler de ce roman, c’est aussi parce que la protagoniste est (roulement de tambour 🥁) traductrice ! On apprend en effet à la page 17 qu’elle est professeure d’anglais, mais aussi « traductrice pour une maison d’édition ». Quatre pages (de la page 43 à 46) sont d’ailleurs consacrées davantage à son métier. Elle explique ainsi son processus de traduction et les difficultés qu’elle rencontre pour traduire le titre de l’ouvrage sur lequel elle travaille tout au long du roman. On retrouve également plusieurs réflexions sur la traduction, notamment lorsqu’elle parle plus loin de la chanson choisie pour leur mariage. Bref, je me suis plusieurs fois demandé si l’auteure était, elle aussi, traductrice ou si elle avait fait des études de traduction. Mais non, Maud Ventura a fait des études de philosophie puis de management et elle s’est ensuite dirigée vers le monde de la radio. Elle a d’ailleurs eu l’idée de son roman au cours des enregistrements de son podcast Lalala, consacré au sentiment amoureux.

Cela ne change toutefois rien à la qualité de son premier roman, qualifié par beaucoup de « féministe » (tiens donc, encore un ♀️). Alors qu’on se rend très bien compte de la dépendance affective maladive de cette femme et que ses réactions sont disproportionnées, on ne peut en effet pas s’empêcher de se retrouver dans certaines situations ou d’avoir eu le même genre de réflexion en tant que femme. C’est ainsi assez révélateur du caractère insidieux du patriarcat. L’auteure en parle mieux que moi donc je vous invite à l’écouter dans cette interview.

Cela vous aura peut-être donné envie de plonger dans son roman et de vivre à votre tour un délicieux moment de lecture.

Réinventer l’amour : comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles, de Mona Chollet

Pour poursuivre dans l’esprit de mon billet précédent et rester dans le thème de la Saint-Valentin, qui a eu lieu ce lundi, j’avais envie de vous parler d’un essai féministe (oui, encore un 😁) de Mona Chollet, acheté durant mes vacances en Bretagne et rapidement dévoré.

J’ai découvert cette journaliste et essayiste suisse il y a un peu plus de deux ans, avec son phénoménal Sorcières, qui mérite d’ailleurs lui aussi son billet Croque-livre. Après avoir parlé de la « puissance invaincue des femmes », Mona Chollet aborde un sujet assez polémique dans les milieux féministes : l’amour hétérosexuel. Elle entame d’ailleurs son essai en expliquant le paradoxe auquel elle est confrontée, elle qui est à la fois féministe et une ancienne grande romantique avec un profond « amour de l’amour ». Sa vision de l’amour avec un grand A a toutefois évolué au fil de ses lectures féministes et surtout depuis l’avènement du mouvement #MeToo, qui a remis en question les rapports hommes-femmes. À travers quatre grands chapitres, Mona Chollet nous apporte des éclairages sur notre manière de concevoir l’amour et les relations entre hommes et femmes et met en lumière celui qui s’immisce inévitablement dans nos vies de couple et dans notre lit : le patriarcat.

Après avoir repris certains grands mythes romantiques dans le prologue pour tirer plusieurs premières conclusions, en abordant notamment l’injonction des femmes à être parfaites et la charge mentale qui découle systématiquement de la cohabitation hommes-femmes, Mona Chollet explore quatre grands thèmes.

« Se faire petite » pour être aimée traite de « l’infériorité des femmes dans notre idéal romantique », que ce soit au niveau de la taille physique, de l’espace qu’elles prennent sur les plans professionnel, économique, social et sexuel, avec pour conclusion que la femme doit toujours être soumise et silencieuse pour être désirable.

Des hommes, des vrais explore la culture qui autorise les violences conjugales, en reprenant plusieurs affaires horribles, dont la mort de Marie Trintignant sous les coups de Bertrand Canta, mais aussi en parlant de la fameuse question de la séparation de l’homme et de l’artiste. Mona Chollet tente à travers ce chapitre de comprendre ce qui engendre les pervers narcissiques et ce qui peut pousser les femmes à se retrouver dans des relations violentes, voire à être attirées par des hommes dont la violence est de notoriété publique.

Les gardiennes du temple aborde le fait que l’on apprend encore et toujours à l’école et à travers notre culture que l’amour, « c’est un truc de filles ». Une phrase de ce chapitre m’a particulièrement marquée par sa justesse : « On éduque les femmes pour qu’elles deviennent des machines à donner, et les hommes pour qu’ils deviennent des machines à recevoir ». Bien souvent, les femmes sont celles qui cherchent à améliorer la relation, qui se remettent en question et qui comblent les désirs de leur compagnon en désespérant de recevoir le même niveau d’attention que ce qu’elles prodiguent. « Si les femmes peuvent si souvent passer pour des créatures capricieuses et tyranniques, aux demandes affectives exorbitantes, et les hommes pour des êtres solides, autonomes, à la tête froide, c’est parce que les besoins émotionnels des seconds, contrairement à ceux des premières, sont pris en charge et comblés de manière aussi zélée qu’invisible ». Mona Challet mentionne d’ailleurs un dessin de l’illustratrice Emma qui résume bien l’idée :

Illustration tirée de la BD Le Pouvoir de l’amour d’Emma : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.1092643331071877&type=3

La grande dépossession parle enfin de l’influence du patriarcat dans notre plus profonde intimité. Mona Chollet y aborde l’objectification systématique des femmes dès leur plus jeune âge et l’autocensure que celles-ci s’imposent vis-à-vis de leurs fantasmes. Reprenant des scènes cultes du cinéma ou de la littérature, l’autrice essaye de déceler l’origine de ses propres fantasmes, dans lesquels la domination masculine est omniprésente. Elle traite ainsi de la culture du viol dans laquelle nous baignons toujours.

Si cette lecture m’a laissée légèrement sur ma faim par rapport à Sorcières (il faut vraiment que j'écrive ce billet Croque-livre 🙄), je l’ai trouvée passionnante. En tant que grande romantique, biberonnée aux contes de fées et aux ballets classiques, j’ai un peu le même conflit intérieur que Mona Chollet avec d’une part, mes revendications féministes et d’autre part, mon côté fleur bleue. Plutôt que de peindre un sombre tableau des relations hommes-femmes (même si on ne va pas se mentir, c'est pas joli-joli), l’autrice nous aide à mieux comprendre certaines de nos réactions et de nos habitudes et nous laisse croire que l’amour hétérosexuel peut se défaire du patriarcat et se vivre de manière plus égalitaire, si tant est que l’on change notre vision des choses et que notre culture évolue vers un monde sans aucune domination (on peut toujours rêver 😅).

Homme ou femme, si vous voulez faire partie du changement, la lecture de cet essai constitue déjà un bon premier pas.

Les Grandes Oubliées – Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes, Titiou Lecoq

Ma première lecture de 2022 aura été passionnante et méritait un petit billet Croque-Livre. J’ai eu le plaisir de recevoir à Noël cet essai féministe et je ne peux que le recommander vivement.

Dans cet ouvrage, la journaliste, essayiste et romancière française Titiou Lecoq nous emmène dans un fabuleux voyage dans le temps à la découverte de grandes dames oubliées ou trop peu connues. Des femmes préhistoriques et déesses antiques à Gisèle Halimi et à nos combats d’aujourd’hui, elle raconte les grandes étapes de l’Histoire en rendant hommage à celles dont on ne parle jamais et qui constituent pourtant la moitié de l’humanité. Elle met également à l’honneur de nombreuses historiennes, en appuyant son essai sur leurs recherches.

Avec pédagogie, et une bonne dose d’ironie, elle explique comment la situation féminine a changé à travers les siècles, révèle les injustices que nos ancêtres ont dû subir et dépeint le portrait de véritables héroïnes qui ont eu une vie si extraordinaire que l’on se demande vraiment pourquoi leur nom a été jeté aux oubliettes. On y apprend aussi comment les avancées scientifiques au fil du temps ont changé le rapport entre les hommes et les femmes. Titiou Lecoq nous permet ainsi de redécouvrir l’histoire sous un autre angle.

J’ai appris énormément de choses, comme le fait qu’il existait des chevaleresses, des bâtisseuses de cathédrale et des recluses volontaires. J’ai particulièrement aimé le chapitre 9, « Autrice, oubli d’un mot et d’une profession », qui traite des changements linguistiques survenus au XVIIe siècle, quand l’Académie française a décidé que « le masculin l’emporte sur le féminin, peu importe le nombre ». Titiou Lecoq présente d’ailleurs plusieurs règles linguistiques moyenâgeuses et explique bien que l’idée de l’écriture inclusive, grand sujet de débat chez les linguistes aujourd’hui, n’est pas de « féminiser la langue », mais bien « de la démasculiniser, parce qu’elle a été masculinisée de force ». Elle parle ensuite de la disparition du terme « autrice », mais aussi de l’effacement de cette profession au féminin. On découvre alors l’histoire de Catherine Bernard, « première femme dramaturge jouée à la Comédie-Française ». Bref, je ne vais pas vous raconter tout le chapitre, mais c’est absolument passionnant, tout comme le reste de l’ouvrage.

Elle termine son essai par un plaidoyer pour que les femmes trouvent enfin leur place dans nos manuels d’histoire. Car oui, encore aujourd’hui, les enfants apprennent l’Histoire sous un point de vue essentiellement masculin, dans un monde apparemment peuplé uniquement de rois, de héros et de soldats. « Ceux qui pensent que changer les programmes scolaires est encore une lubie de féministes hystériques, ceux-là ne se sont jamais demandé ce que signifie de grandir avec une histoire dont nos semblables sont exclues. Qu’est-ce que, petite fille, on perçoit quand on ne nous raconte que l’histoire des hommes ? […] C’est maintenant, à l’âge adulte, en découvrant l’histoire de nos ancêtres, de la moitié de nos ancêtres pour être précise, que je réalise la tromperie dont j’ai été victime. La relégation de mes aïeules me met en colère. » Et c’est vrai que l’on a du mal à rester de marbre face à cette injustice. Alors, si l’on peut faire quelque chose à notre échelle pour honorer ces grandes dames, c’est de découvrir leur histoire, notamment à travers cet ouvrage.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré cet essai et je vous le conseille chaudement.

Premier sang, d’Amélie Nothomb

Difficile de résister à l’achat du dernier Amélie Nothomb. C’est pendant mes vacances en Bretagne, lors de ma visite de Saint-Malo, et grâce à la bonne idée de mon cher et tendre de m’emmener dans une librairie que je l’ai directement repéré sur l’étalage et acheté aussitôt. Voici donc un nouveau billet croque-livre.

Cette année, Amélie Nothomb retourne à ses récits biographiques en racontant l’histoire de son père, Patrick Nothomb, mort en 2020. Comme elle l’explique dans cet entretien avec Léa Salamé sur France Inter, l’autrice belge s’est mise dans la peau de son père pour raconter son enfance rocambolesque jusqu’à l’épisode véridique de son simulacre d’exécution à Stanleyville, lors de la prise d’otage de 1964 au Congo. Si le récit est romancé à la sauce Amélie Nothomb, les faits sont bien réels, notamment l’étrange comportement de son père auquel le titre fait référence : son patriarche perdait en effet connaissance à la vue du sang. Cherchant à faire revivre son père le temps de l’écriture de ce roman comme elle n’avait pas pu lui dire adieu, Amélie Nothomb nous conte la naissance d’un héros surprenant avec beaucoup d’amour et d’espoir, mais aussi pas mal d’humour, reflétant ainsi l’esprit de ce grand diplomate belge.

Il ne s’agit pas de mon roman préféré de l’écrivaine aux cheveux d’ébène et aux chapeaux noirs, mais il m’a permis de passer deux belles après-midi de lecture sous le ciel étonnamment radieux de la Bretagne, tout en faisant voyager mes pensées vers ma Belgique natale grâce aux lieux que traverse Patrick Nothomb dans le roman de sa fille.

C’était donc ma petite lecture traditionnelle de la rentrée. À bientôt pour d’autres billets !

The Beekeeper of Aleppo, de Christy Lefteri

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J’ai récemment discuté avec une connaissance danoise du sort réservé aux Syriens venus demander l’asile dans son pays. Si vous ne le saviez pas, des centaines de migrants ayant pu obtenir un permis de séjour temporaire au Danemark courent le risque d’être renvoyés en Syrie, le gouvernement danois jugeant Damas comme un lieu sûr désormais. Je ne vais pas cracher ici toute mon indignation et la colère que je ressens vis-à-vis de cette décision, mais j’avais envie de partager une lecture autour de l’immigration qui m’avait particulièrement marquée il y a quelques mois. Peut-être en avez-vous déjà entendu parler, ce roman ayant trôné sur les étals des librairies dès sa sortie en 2019, mais je voulais en faire un billet Croque-livre car c’est un livre qui devrait être lu par tous ceux qui manquent d’humanité et d’empathie envers ces migrants ayant traversé des épreuves indescriptibles.

The Beekeeper of Aleppo raconte le dangereux périple entrepris par Nuri, l’apiculteur du titre, et son épouse Afra, artiste peintre, pour rejoindre le Royaume-Uni et y demander asile. On découvre leur ancienne vie sur leur terre natale, leurs deuils et pertes, la cupidité des passeurs, l’angoisse de la traversée en mer, la misère des camps et toutes les autres horreurs que ce couple a dû surmonter avant de se retrouver enfin en sécurité.

Ce que j’ai bien aimé avec ce roman, c’est que l’histoire n’est pas contée de manière chronologique, mais à l’aide de flashbacks. Chaque chapitre est constitué de deux récits, l’un racontant le présent à Londres, l’autre le passé en Syrie, qui se relient à chaque fois par un mot unique. On a ainsi une phrase inachevée dont le dernier mot est le premier du récit suivant. Une belle façon de plonger dans les pensées de Nuri, pour qui un son, une odeur, une lumière particulière évoque un souvenir de son pays.

Comme une abeille butinant de fleurs en fleurs, on passe donc des moments plus heureux dans la Syrie d’avant-guerre aux heures les plus sombres. Une manière de rappeler que ces gens venus d’ailleurs pour se réfugier dans nos contrées avaient une vie aussi normale que la nôtre avant que les obus et les mitraillettes ne les privent de tout.

The Beekeeper of Aleppo est le deuxième roman de Christy Lefteri, fille de réfugiés chypriotes venus s’installer à Londres. L’idée d’écrire cette histoire lui est venue après avoir travaillé comme bénévole dans un camp de migrants à Athènes en 2016 et 2017. Si le récit de Nuri et d’Afra est inventé, il est inspiré de tous les témoignages que la romancière a pu entendre des réfugiés syriens qu’elle a rencontrés. Il aurait donc très bien pu être réel. Le livre aborde bien évidemment des thèmes très durs, démontrant le pire de l’humanité, mais est aussi rempli d’espoir, de résilience et d’amour. Je l’ai lu dans sa version originale, mais le roman existe dans la traduction française de Karine Laléchère sous le titre L’Apiculteur d’Alep. Inutile de dire que je vous le recommande, ne serait-ce que pour ouvrir un peu plus les yeux sur la situation des migrants qu’on a un peu trop oubliés durant cette fichue pandémie…

La trilogie des Enfants du désastre, de Pierre Lemaitre

Autre roman dévoré après Les Impatientes de Djaïli Amadou Amal, dont je vous ai parlé il y a deux semaines, Miroir de nos peines a mis le point final à la trilogie des Enfants du désastre de Pierre Lemaitre que j’avais entamée deux ans plus tôt. J’avais donc envie de vous en parler.

Au revoir là-haut

Oui, il a un peu morflé vu que je le trimballais partout…

J’ai démarré cette trilogie après avoir lu beaucoup d’éloges sur Pierre Lemaitre dans un groupe de lecture suite à la sortie du deuxième tome. Curieuse, je me suis donc lancée dans la lecture du premier roman : Au revoir là-haut, récompensé par le prix Goncourt en 2013. Je n’étais au départ pas très emballée par le thème (le retour à la vie «normale» de deux soldats rescapés de la Grande Guerre), mais j’ai très vite été conquise. L’écriture est tellement fluide, les décors si bien plantés, les personnages si réels et vivants que je voyais l’histoire se dérouler sous mes yeux comme si j’étais au cinéma. D’ailleurs, ce premier roman a été adapté à l’écran par Albert Dupontel en 2017. On y suit les aventures d’Albert Maillard et d’Édouard Péricourt en découvrant certaines réalités de la fin de la Première Guerre mondiale, comme le calvaire physique et moral des gueules cassées et le trafic de cercueils des soldats tombés au front.

Couleurs de l'incendie

À peine le premier roman achevé que je me suis plongée dans sa suite, Couleurs de l’incendie, paru en 2018 et dont l’adaptation cinématographique réalisée par Clovis Cornillac devrait sortir cette année. Ce deuxième tome se déroule entre 1927 et 1933 et a pour personnage principal Madeleine Péricourt, la sœur d’Édouard. Il aborde davantage la situation des femmes de l’époque, mais aussi l’instabilité financière et la montée du totalitarisme durant les années 1930. Tout comme pour Au revoir là-haut, l’envie de tourner les pages était plus forte que l’appel de mon oreiller et je l’ai dévoré.

Miroir de nos peinesC’est donc avec impatience que j’ai ouvert Miroir de nos peines, dernier tome sorti en 2020, qui embarque cette fois le lecteur au début de la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement au moment de l’exode de Paris. On y retrouve Louise Belmont, petite fille qu’Albert Maillard et Édouard Péricourt avaient connue dans Au revoir là-haut, désormais devenue une jeune femme en quête de vérité sur sa famille. Le roman suit également quatre autres personnages : Gabriel et Raoul, deux soldats envoyés sur la ligne Maginot, Fernand, le garde mobile amoureux qui ne pense qu’à rejoindre sa femme, et enfin Désiré, incroyable caméléon que l’on retrouve sous différents métiers tout au long du roman. Les liens entre tout ce beau monde sont bien évidemment révélés à la fin d’une épopée riche en rebondissements. Bref, je me suis encore une fois régalée !

Outre l’écriture extrêmement fluide de l’auteur, j’apprécie également la richesse de sa langue. J’ai ainsi pu découvrir des mots perdus ou oubliés comme les verbes voussoyer (qui est plus correct que vouvoyer) ou apparoir. Le travail de recherche historique derrière chaque roman mérite le respect. Les détails sont tellement précis que l’on se retrouve littéralement plongé dans l’entre-deux-guerres comme si on y était. Bref, cette trilogie a été un coup de cœur du début à la fin et je ne peux que la recommander.

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