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Le coût de la virilité, de Lucile Peytavin

Samedi dernier, le 8 mars, des manifestations ont eu lieu dans le monde entier à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (et non la Journée de la femme). Aux alentours de cette date, j’aime vous partager un ouvrage féministe qui m’a plu. À Noël, l’une de mes belles-sœurs m’a offert un essai dont j’avais déjà beaucoup entendu parler : Le coût de la virilité: ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes, de Lucile Peytavin. Je l’ai dévoré cette semaine pour vous en faire un billet Croque-Livre.

Avant tout, un petit mot sur l’autrice. En plus d’être une essayiste et docteure en histoire économique et sociale, Lucile Peytavin est membre de L’Observatoire sur l’émancipation économique des femmes de la Fondation des femmes et une spécialiste de la prévention des violences. Inutile de dire qu’elle maîtrise son sujet. Le Coût de la virilité est son premier essai. Si elle ne l’a publiée qu’en 2021, elle avait déjà eu envie de creuser le sujet 3 ans plus tôt, alors qu’elle était en pleine rédaction de sa thèse de doctorat en histoire, consacrée à l’Histoire relationnelle du genre chez les artisan.e.s-commerçant.e.s de proximité au village (XIXe – XXe siècle). Au cours de ses recherches, elle avait été frappée par une statistique méconnue du public et pourtant révélatrice d’un problème de fond : la population carcérale en France est constituée à 96,3% d’hommes (à comprendre comme « individus de sexe masculin » et non comme « êtres humains »). Choquée de constater que la quasi-totalité des prisonniers français étaient des hommes, elle s’est mise à relever des statistiques sur les différentes catégories d’infractions. Sa thèse terminée, elle s’est penchée plus sérieusement sur le sujet en se demandant combien toute cette criminalité et violence presque exclusivement masculine coûtait à l’État français. Elle a alors élaboré une méthode de calcul et a entamé l’écriture de cet essai que j’estime d’utilité publique.

Le Coût de la virilité est un essai très bien structuré et extrêmement clair. Il est divisé en 3 parties principales, auxquelles s’ajoutent un prologue, une introduction et une conclusion. Dans la première partie, intitulée « La Fin des mythes », l’autrice cherche à savoir s’il existe réellement des différences scientifiquement prouvées entre les cerveaux masculins et féminins, qui pourraient expliquer la violence des hommes. Elle termine cette partie sur la conclusion que cette violence n’est pas naturelle mais culturelle, et enchaîne sur la deuxième partie, intitulée « Les Racines éducatives de la violence ». Enfin, dans la dernière partie, qui reprend le titre de l’essai, elle explique sa méthode de calcul et établit le coût de la virilité pour chaque catégorie d’infractions, allant des homicides et du viol aux injures ou aux cambriolages. Elle termine par ce constat : le coût total de la virilité en France est de 95,2 milliards d’euros par an. Une somme faramineuse… Je vous partage un petit résumé de son explication pourque vous compreniez mieux.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans cet essai est la précision de l’autrice. Elle étaye chacune de ses affirmations par des statistiques et des sources concrètes (il y a au moins 30 pages de notes à la fin du livre, de quoi faire taire les rageux qui prétendraient qu'elle inventerait certaines données). J’ai trouvé les 2 premières parties passionnantes, tant elles sont riches en informations. La deuxième partie sur l’éducation m’a particulièrement ouvert les yeux sur certaines choses insensées, mais qui nous semblent totalement normales. Par exemple, le fait d’offrir aux petits garçons de fausses armes pour jouer. Donne-t-on inconsciemment aux enfants l’idée que faire la guerre, blesser ou tuer quelqu’un est quelque chose d’amusant ? C’est fou quand on y pense… J’avoue avoir juste eu un peu plus de difficulté à rester concentrée sur la dernière partie car elle est remplie de formules de calcul (et que j'ai une légère allergie aux mathématiques 😅), mais elle est parfaite pour tous ceux (oui, le masculin est voulu) qui veulent une démonstration par A + B des arguments féministes. Bref, cet essai est à la fois bien écrit et très convaincant.

Lucile Peytavin termine son ouvrage par des pistes pour résoudre ce problème, qui nuit non seulement aux femmes (les premières victimes des actes de violence masculine), mais aussi aux hommes. D’ailleurs, elle explique dans son prologue qu’il ne s’agit pas d’un livre « contre les hommes », qu’elle ne les prend pas pour cible, mais qu’elle cherche à déconstruire les mécanismes qui les rendent responsables de la quasi-totalité de cette violence. Elle termine ainsi par nous inviter toutes et tous à mettre fin, je cite, « à la virilité qui pervertit, qui viole, qui bat, qui tue, qui écrase, la virilité qui ruine » en expliquant que ce n’est pas une fatalité et qu’il faut changer nos mentalités. Un sujet d’autant plus brûlant d’actualité dans ce monde dirigé par des fous furieux qui s’amusent à jouer au Monopoly à coup de bombardements en prenant les civils pour de simples pions…

Je vous recommande donc chaudement cet essai si vous avez envie de comprendre comment changer les choses !

Toutes des filles en jaune, de Florence Hinckel

Demain, samedi 8 mars, des manifestations et marches féministes auront lieu dans le monde entier à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (et non la Journée de la femme). L’an dernier, j’avais tenu à vous partager un essai qui m’avait bouleversée et qui a renforcé mes convictions féministes : Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet. Cette année, je voulais vous parler d’un roman féministe bien ficelé, qui parle plus particulièrement de la place des femmes dans l’espace public : Toutes des filles en jaune de Florence Hinckel.

Le roman part d’un « fait divers » bien trop courant : sur une place fréquentée de Paris lors d’une fin de journée ensoleillée, une jeune femme vêtue d’une robe jaune se fait siffler par un homme. Adèle, la « fille en jaune », tente de passer outre, jusqu’à ce que l’insistance de l’homme et ses appels de plus en plus insultants la mettent à bout et qu’elle lui réponde : « Lâche-moi, connard ! » Pour garder la face et reprendre sa place de mâle dominant, le harceleur assène alors Adèle d’un coup violent, qui la fait tomber par terre et la blesse au visage. La vie reprend son cours pour la plupart des personnes présentes sur la place, mais elle changera définitivement pour Adèle et pour 3 autres témoins de la scène.

Dans son roman, Florence Hinckel analyse cette scène d’agression de rue à travers le point de vue de 4 personnages : Adèle, la victime, Myriam, une adolescente de 12 ans, Joaquim, un étudiant d’une vingtaine d’années, et Virginie, une enseignante de 55 ans qui a eu le réflexe de filmer la scène du haut de son balcon. Chaque chapitre est consacré à l’un des personnages, nous plongeant dans ses réflexions changeantes :

  • Adèle passe par toutes les étapes que peuvent connaître les victimes d’agression : le déni, la honte, la culpabilité, la perte de confiance en soi…
  • Myriam s’interroge sur son avenir en tant que femme, sa manière de se comporter avec les hommes.
  • Joaquim remet en question ses propres comportements de drague, les réflexions sexistes de ses proches, sa conception des relations avec les filles.
  • Virginie se demande quoi faire de la vidéo de l’agression, doutant de ses conséquences sur la victime, cherchant définitivement à l’aider sans la heurter davantage.

Le roman nous permet ainsi de suivre la prise de conscience féministe des personnages, tous d’âges et d’horizons différents, rappelant que la défense des droits des femmes et la question de la place des femmes dans l’espace public sont des problèmes qui nous concernent toutes et tous.

Autrice d’une cinquantaine d’ouvrages, la plupart destinés aux enfants, adolescents et jeunes adultes, Florence Hinckel tient toujours à dénoncer de manière pédagogique les inégalités sociales. Avec ce roman, elle espère faire prendre conscience aux lecteurs du problème des agressions sexistes. Comme elle le dit dans cet entretien, rien ne peut mieux aider à comprendre les questions d’inégalité de genres et à trouver des solutions que de lire des écrits féministes. Toutes des filles en jaune en fait définitivement partie. Je vous le recommande chaudement !