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« Journée de la Femme », une erreur de traduction

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À moins de vivre dans une grotte et de ne pas suivre les actualités, vous avez sans doute entendu parler des nombreuses manifestations qui ont eu lieu dans le monde entier ce 8 mars. Appelée « International Women’s Day » en anglais, cette journée consacrée aux droits des femmes a pendant de longues années été qualifiée par erreur de « Journée de la Femme ». Avant ma prise de conscience féministe, j’utilisais moi aussi à tort cette expression. Petit retour sur l’histoire de cette journée et cette fameuse erreur de traduction.

Photo de Pixabay

La première fois que j’ai réellement pris conscience de l’existence d’une « Journée de la Femme », c’était en 2009, lors de mon voyage d’échange de 5 mois en Biélorussie. Ce jour-là, qui est férié dans plusieurs pays de l’Est, les femmes reçoivent habituellement des fleurs et des cadeaux par les hommes de leur entourage (et se voient accorder une journée de congé à la maison, les tâches ménagères étant assurées par les hommes du foyer pour cette occasion... vous avez dit sexiste ?🙃). Lors de mon séjour, j’avais également appris l’existence d’une « journée de l’homme », célébrée le 23 février, date qui correspond à la « Journée du défenseur de la patrie et des forces armées » en Biélorussie (les Slaves aiment les stéréotypes sexistes...) et durant laquelle ce sont les femmes qui offrent des cadeaux à leurs maris, garçons, amis et collègues masculins (j'ai d'ailleurs appris au cours de mes recherches que cette « journée de l'homme » avait été instaurée quelques années après cette « journée de la femme » car les hommes étaient jaloux...🙄). À l’époque, en 2009 donc, j’étais plutôt agréablement surprise de voir qu’il existait une journée consacrée aux femmes et, à mon retour, j’ai pris l’habitude de souhaiter « bonne fête » à toutes les femmes de ma vie le 8 mars, comme le faisaient mes amies biélorusses. Puis, j’ai commencé à me pencher de plus en plus sur la question de l’égalité des genres et me suis rendu compte de cette fameuse erreur de traduction…

D’après le site des Nations unies, la toute première journée nationale dédiée aux femmes a eu lieu en 1909 aux États-Unis. Sa date de célébration n’était toutefois pas le 8 mars, mais le dernier dimanche de février. Un an plus tard, lors d’une conférence internationale à Copenhague, la journaliste et militante féministe allemande Clara Zetkin, propose de créer une journée internationale des femmes afin de « rendre hommage au mouvement en faveur des droits des femmes et [de] favoriser l’obtention du suffrage universelle pour les femmes » (source ici). Cette journée sera célébrée pour la première fois le 19 mars 1911 dans 4 pays : l’Allemagne, le Danemark, l’Autriche et la Suisse. Il faudra attendre 1977 pour que l’ONU officialise enfin l’« International Women’s Day ». Quant au choix du 8 mars pour la célébrer, il trouve ses origines dans la lutte pour le droit de vote des femmes en Russie. En 1917, face à la perte de millions de soldats durant la guerre, les femmes décident de faire grève et manifestent dans les rues de Petrograd (l'actuelle Saint-Pétersbourg) pour réclamer du pain et la paix. Au bout de 4 jours, les femmes ont réussi à faire abdiquer le tsar et à enfin obtenir le droit de vote. Cet événement historique avait eu lieu le 23 février 1917 selon le calendrier julien, ce qui correspond au 8 mars dans le calendrier géorgien que nous utilisons aujourd’hui.

Et cette erreur de traduction, alors ? Eh bien, elle aurait été commise par les services de l’ONU de l’époque qui auraient traduit « International Women’s Day » par « Journée internationale de la femme » en français. Vous me direz que la seule erreur est d’avoir mis « femme » au singulier au lieu du pluriel et que ce n’est pas bien grave. Sauf que cette utilisation du singulier peut changer complètement le sens. Cela réduit les femmes à un seul type de femme, comme si nous n’avions qu’une seule identité distincte, identité à laquelle se raccrochent encore aujourd’hui bien trop de stéréotypes dégradants. En entendant « Journée de la femme », les agences de marketing sortent des slogans et publicités sexistes à tirelarigot. Un robot de cuisine en promotion par-ci, des réductions sur de la lingerie par-là, et j’en passe (je vous donne ici le lien d'un autre article intéressant sur le sujet). La ministre française Yvette Roudy avait pourtant voulu rectifier le tir en 1982 en demandant à ce que le 8 mars soit officiellement dénommé « Journée internationale des droits des femmes », expression également adoptée en Belgique. J’ai aussi vu plusieurs occurrences de « Journée internationale de lutte pour les droits des femmes » sur divers sites, une dénomination qui me semble encore plus juste. Si cette journée internationale vise en partie à célébrer les activistes qui défendent l’avancée des droits des femmes dans le monde entier, elle est surtout un rappel que les droits des femmes sont toujours une lutte.

Une lutte d’autant plus d’actualité ces dernières années face au recul constant de nos droits dans toutes les régions du monde. En Ukraine face aux viols perpétrés par les soldats, aux États-Unis face aux législateurs qui font disparaître le droit à l’avortement, en Afghanistan face au régime taliban qui les prive d’éducation et de vie en dehors de la maison, en Iran face à la police des mœurs qui les défigurent et les tuent seulement pour avoir osé montrer leurs cheveux et réclamer leur liberté, partout ailleurs face aux harceleurs, aux pseudo-dragueurs et aux conjoints cogneurs… les femmes luttent et continueront de lutter, non seulement le 8 mars, mais tous les jours de l’année.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Nous ne l’oublierons jamais, Madame de Beauvoir, vos mots résonnent avec encore plus de force de nos jours ♀️

À propos de Elise Lignian

Traductrice de l'anglais, du russe et de l'espagnol vers le français, je travaille en tant qu'indépendante. Rédaction, correction, révision de traduction et traduction sont les services que j'offre à mes clients. Pour plus d'informations à mon sujet, consultez dès maintenant mon site http://translovart.com.

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