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Archives de Catégorie: Vis ma vie de traducteur

Mon quotidien en tant que traductrice mais aussi des conseils, des coups de gueule, des cris de joie, etc.

2023 : premier acte

Le mois de janvier de cette nouvelle année a débuté sur un rythme effréné. Dix premiers jours de frustration et de stress qui ont heureusement fait place à une douce allégresse, votre traductrice-rédactrice dévouée ayant enfin retrouvé une cadence un peu plus sereine les 2 dernières semaines. Retour sur ce premier mois de l’an 2023.

Grüner See Park, Ratingen (Allemagne)

Après des congés qui n’ont pas été aussi festifs que ce que j’espérais (la grippe ayant cloué mon cher et tendre au lit pour Noël), 2023 a commencé sur les chapeaux de roue avec une première semaine dont j’ai eu du mal à voir le bout. Plusieurs projets de traduction et de rédaction avaient été planifiés juste avant les fêtes et il fallait bien que je m’y remette. Souhaitant néanmoins démarrer l’année du bon pied, je voulais reprendre mes bonnes habitudes et entamer chaque journée avec ma petite routine.

Hélas, l’application de méditation que j’utilisais depuis 2 ans s’est avérée ne plus fonctionner. Après 2 jours de frustration et quelques recherches, j’ai compris qu’elle avait été rachetée par une grosse compagnie dédiée à la santé mentale et que les méditations quotidiennes qui m’aidaient tant à me libérer du stress n’étaient désormais plus accessibles… Comme de nombreuses autres utilisatrices (majoritairement féminines) de cette application, j’ai été extrêmement frustrée du manque d’informations de la boîte et de la disparition de ce petit soutien moral qui m’avait portée durant les heures les plus sombres du confinement. Bref, j’ai passé les 10 premiers jours du mois de janvier à tenter de trouver une application de méditation qui pourrait la remplacer. J’en ai testé plusieurs, certaines me procurant plus de stress que de calme, mais je pense avoir enfin trouvé une application qui me convient (je ferais peut-être un article pour comparer les différentes plateformes que j'ai essayées, au cas où cela intéresserait quelqu'un).

Hormis cette frustration, qui a quand même pas mal joué sur mon humeur et mon état de stress, j’ai pu retrouver un équilibre entre travail et détente qui m’a permis de stimuler ma productivité. J’ai ainsi pu rendre à temps tous mes projets tout en trouvant des moments pour souffler. Entre 10 et 20 minutes de yoga avec Yoga With Adrienne pour me réveiller au saut du lit, de la course à pied 2 fois par semaine pour rester en forme et surtout une inscription aux cours de danse fitness en ligne de la compagnie américaine Shine Dance Fitness, qui me vident complètement la tête et me redonnent le sourire à chaque fois. La danse a toujours été mon premier amour et la réintroduire plus régulièrement dans mes semaines me fait énormément de bien. J’ai également repris assidûment mes cours d’allemand avec Assimil et j’ai enfin dépassé la cinquantième leçon, ce qui a permis d’entrer dans l’apprentissage plus actif du programme. Je réécrirai un article à ce sujet quand j’arriverai au bout des cours, mais je constate de fameux progrès au niveau de la compréhension.

Outre ces journées bien remplies, janvier aura été plus tranquille. Il s’est ponctué de belles balades sous un climat plutôt printanier. Il a toutefois connu des journées plus glaciales, m’incitant à profiter davantage du confort de l’appartement de fonction de mon cher et tendre pour me reposer et lire (un billet Croque-livre est d'ailleurs prévu pour la semaine prochaine). Il m’a aussi amenée une belle après-midi entre amies qui m’a fait chaud au cœur, malgré le froid glacial et la neige qui s’étaient abattus sur le petit coin de Belgique où je me suis rendue pour ces retrouvailles.

Ainsi s’est écoulé janvier et nous voilà déjà en février. Le deuxième mois de l’année s’annonce déjà bien chargé, mais comme je suis sur une bonne lancée, j’ai bon espoir qu’il sera signe de félicité. Réponse dans 4 semaines…

Traduire pour la Commission européenne

J’ai manqué mon rendez-vous habituel ce vendredi car j’étais en train de terminer un gros projet pour la Commission européenne. Je me suis donc dit que, pour me rattraper, j’allais vous écrire un petit billet sur les particularités de la traduction pour cette grande institution.

Photo de Marco sur Pexels.com

Avant toute chose, je précise que je ne traduis pas directement pour la Commission européenne, mais pour une agence de traduction qui a obtenu plusieurs contrats avec les institutions de l’UE. S’il est tout à fait possible de travailler pour la Commission sans passer par un intermédiaire, je ne me sens pas encore vraiment prête à me lancer (ce fameux syndrome de l'imposteur...). Travailler sur les projets de la Commission par le biais d’une agence permet en outre de se faire la main tout en ayant un filet de sécurité (étant donné que mon travail est pour l'instant toujours passé en revue par un réviseur ou une réviseuse). C’est particulièrement intéressant pour ce genre de projets, car on ne traduit pas pour les institutions européennes, comme on traduit pour un client lambda. Il faut d’ailleurs savoir que chaque texte traduit est systématiquement examiné par la Direction générale de la Traduction et que vous recevez donc un rapport d’évaluation après chaque projet vous indiquant votre note (et celle-ci doit rester au-dessus des 70 % si vous voulez continuer à recevoir des projets). Autant dire que la pression est bien là quand vous effectuez votre toute première traduction pour la Commission (et ce qui m'a valu plusieurs nuits blanches pour mes premiers projets tellement j'étais stressée...).

L’une des premières particularités des textes de la Commission, c’est leur grande diversité. On peut traduire aussi bien des règlements que des documents de vulgarisation destinés au public, en passant par des textes internes confidentiels. Les sujets abordés sont extrêmement variés, allant de la pêche aux transports, en passant par la santé, l’environnement, le commerce ou les finances. Il suffit de voir le nombre de directions générales que compte la Commission pour se rendre compte de la multitude de thématiques sur lesquelles travaille l’institution.

Une autre caractéristique de ces textes est qu’ils font très souvent l’objet de modifications. Ainsi, il m’est déjà arrivé plusieurs fois de devoir arrêter de travailler sur un texte car une nouvelle version venait d’être rédigée. La direction générale à l’origine du texte prévient cependant toujours lorsque ce dernier est susceptible d’être modifié. Quand l’agence me propose un projet, je sais donc automatiquement qu’il est possible que je reçoive une nouvelle version du texte d’ici X semaines. Il faut pouvoir s’adapter et rester flexible en conséquence.

En ce qui concerne le travail de traduction en lui-même, il se rapproche plus de la recherche terminologique que de la traduction pure. Les textes des règlements se reposent toujours sur des versions antérieures et utilisent une terminologie bien précise qu’il est indispensable de respecter. Les projets de la Commission comprennent également de nombreuses citations provenant d’autres textes juridiques ou administratifs, de conventions internationales ou de documents gouvernementaux. Une bonne partie du travail consiste ainsi à rechercher toutes ces références, à justifier sa traduction par des sources (je dois d'ailleurs toujours accompagner ma traduction de divers commentaires pour indiquer les passages repris d'autres textes) et à veiller à la cohérence des textes en faisant particulièrement attention à la terminologie. Le traducteur ou la traductrice peut heureusement s’aider de nombreuses sources de référence et d’outils pour exécuter ce travail de recherche. J’utilise principalement Eur-Lex, qui est le portail rassemblant tous les textes publiés au Journal officiel de l’Union européenne dans les 24 langues officielles de l’UE, ainsi que le formulaire de recherche du site Curia, qui reprend toute la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne. J’emploie en outre le site Iate, qui est la base de données terminologiques de l’UE, et l’incontournable Guide anglais-français de la traduction de René Meertens, qui est une véritable mine d’or pour les traducteurs travaillant pour les institutions.

Pour ce qui est de la qualité linguistique des textes à traduire, il faut dire qu’elle peut fortement varier. L’anglais parlé dans les institutions européennes n’est pas spécialement le bon anglais britannique que l’on a appris à l’école. Certains textes sont ainsi écrits en anglais par des personnes qui ne sont pas des anglophones natifs. Il m’est donc déjà arrivé d’avoir des documents moins bien rédigés que d’autres.

Une dernière chose à savoir si vous souhaitez traduire pour la Commission ou l’une ou l’autre des institutions européennes est qu’il existe un code de rédaction interinstitutionnel à respecter. Il faut en effet savoir que les institutions n’appliquent pas forcément les mêmes règles typographiques que celles de l’Imprimerie nationale (autre bible qui m'a accompagnée durant mes études de traduction et que je consulte toujours en cas de doute). Par exemple, les textes des institutions européennes ne mettent jamais d’espace insécable avant les deux-points ou le point guillemet. L’emploi des majuscules est également différent. Ainsi, il faut écrire « ministère des affaires étrangères » plutôt que « ministère des Affaires étrangères », ce qui est normalement la règle en français. Si le texte de mon billet de blog avait été soumis à la DG Traduction, on m’aurait aussi retiré des points pour l’ajout d’espaces insécables après et avant les guillemets et pour l’utilisation de l’apostrophe droite plutôt que courbe soit « ´ » plutôt que « ‘ » (c'est l'une des consignes pour lesquelles j'ai eu une remarque à ma toute première traduction). Bref, ce sont des petits détails, mais il faut bien faire attention à les respecter.

Vous l’aurez compris, traduire pour la Commission ne laisse pas beaucoup de place à l’imagination. Cela demande une grande méticulosité dans ses recherches et une bonne concentration pour repérer la moindre coquille ou erreur typographique. Néanmoins, cela reste un travail passionnant car, comme expliqué en début d’article, les sujets abordés sont extrêmement variés. Sur ce, je vous laisse, j’ai une traduction à relire 😉

2022 : douzième et dernier acte

Si décembre sonne le glas de 2022, il a été plutôt joyeux. Le dernier mois s’est avéré plus calme que prévu, me permettant de vivre à un rythme moins soutenu. Recherche de cadeaux, séances de lecture, marchés de Noël et balades hivernales ont rythmé mes semaines avant le baisser de rideau final.

Dernières lueurs d’automne

Décembre aura commencé en beauté avec une sortie sur les différents marchés de Noël de Düsseldorf. L’an dernier, mon cher et tendre avait été déçu par l’ambiance plutôt morose qui régnait autour des chalets, bien trop distancés les uns des autres et peu fréquentés. L’atmosphère était tout autre cette année, pour notre plus grand plaisir. Le monde était au rendez-vous, emplissant les rues de conversations joyeuses, de rires et de musique. Nous en avons profité pour goûter à diverses spécialités allemandes sucrées.

Deux jours plus tard, la magie de l’hiver opère derrière ma fenêtre, le ciel faisant tomber de gros flocons. Telle une enfant, je me suis empressée de terminer mon travail pour aller marcher dans la neige, émerveillée par le tapis blanc se formant en fine couche sur le sol. Hélas, cette sortie sous la neige conjuguée à la course de la veille sous des températures frôlant le zéro m’auront mise KO. Moi qui rêvais de découvrir un nouveau marché de Noël chaque week-end, je me suis retrouvée avec une belle angine qui m’a forcée à rester bien au chaud.

Débarrassée de mon horrible mal de gorge au bout de 4 jours, j’ai convaincu mon cher et tendre de faire un autre marché de Noël le troisième week-end de décembre. J’aurais préféré visiter celui de Cologne, mais le froid glacial nous a refroidis et nous nous sommes rabattus sur un marché plus proche, celui de Duisbourg. S’étirant tout en longueur dans le centre-ville, il était moins fréquenté que celui de Düsseldorf. L’ambiance était donc un peu moins festive, mais cette plus grande tranquillité m’a permis de me jeter à l’eau. Ayant gagné en confiance grâce à mes leçons d’allemand avec Assimil, que j’ai suivies assidûment durant tout le mois, j’ai osé, pour la première fois, commander à un bar et demander en allemand le prix d’un Lebkuchenherz (ces fameux cœurs en pain d'épice). Bon, ce n’était clairement pas grand-chose, mais la fierté d’avoir été comprise et de comprendre ce que mes interlocuteurs ont répondu était immense 😎. Décembre m’aura d’ailleurs rappelé à quel point j’aimais apprendre de nouvelles langues. En m’attelant chaque matin à faire 2 leçons avant d’entamer ma journée de travail, j’ai accompli de réels progrès, ce qui m’encourage à persévérer.

Côté professionnel, décembre m’aura fait battre un peu de l’aile. Contrairement à octobre et novembre, il m’aura fait pousser un coup de gueule. J’avais déjà expliqué que l’une des agences de traduction avec qui j’aime particulièrement collaborer avait été rachetée par un grand groupe. Si j’ai bien reçu mon versement en temps et en heure (malgré le délai de 45 jours imposé et non négociable), je déplore la communication (ou plutôt son absence) des PM (project managers) de la nouvelle agence. Mon coup de gueule concernait les e-mails automatiques, mais le problème ne s’arrête pas là. Après avoir travaillé pendant plus de 2 ans avec une agence humaine, je me retrouve face à un grand groupe qui envoie des propositions de projets par dizaine à une flopée de traducteurs et qui attribue les projets à ceux qui répondent le plus vite. J’ai par le passé travaillé avec ce type d’agences, me disant que c’était comme ça partout. Puis j’ai commencé à collaborer avec cette agence plus humaine, dans laquelle j’ai réussi à acquérir une bonne place et dont les PM me réservaient certains projets. Je pouvais également indiquer mes disponibilités, qui étaient bien prises en considération grâce à un système de calendrier qui n’est malheureusement pas présent pour le nouveau groupe. Bref, je retrouve donc le stress des débuts, à savoir celui de répondre dans la minute aux propositions de traduction sans savoir le jour-même si le projet me sera attribué. Décembre n’aura toutefois pas été que négatif professionnellement parlant. Sur la recommandation d’une de mes meilleures amies, j’ai ainsi pris contact avec une traductrice et rédactrice indépendante qui a l’ambition de créer sa propre agence, en ayant pour objectif qu’elle soit éthique et propose des prix justes autant pour les clients que pour les traducteurs. Cela peut sembler utopique, mais je veux croire en son projet et j’espère qu’elle parviendra à ses fins. Nous verrons cela dans les mois à venir. Autre bonne nouvelle, qui concerne ma santé, mais qui reste liée à mon travail, les résultats des examens de mes mains ont révélé que mon canal carpien est intact. Cela dit, la spécialiste qui a réalisé mon électromyogramme a indiqué que mes symptômes de fourmillement et de légères douleurs dans les doigts sont avant-coureurs et que je risque donc de développer le syndrome dans les années à venir. Pour retarder le développement, je vais prendre rendez-vous avec un orthopédiste, pour voir si je ne peux pas faire quelques exercices et savoir comment améliorer la position de mes poignets. J’en ai discuté avec une autre traductrice qui m’a expliqué qu’elle souffrait, elle aussi, de fourmillements dans les mains pendant la nuit, mais que c’était dû à une compression du nerf cubital. Comme quoi, pianoter toute la journée sur un clavier, c’est loin d’être bon pour la santé 🤕

Mais revenons-en au positif, car décembre, c’est surtout un mois festif. Place aux retrouvailles en famille et à une bonne semaine de répit ! Je me suis en effet accordée une semaine de congé pour profiter au mieux de mes proches. Je serai ainsi prête à affronter la nouvelle année en pleine forme (j'espère, car la première semaine de janvier s'annonce déjà chargée). En attendant de vous retrouver en 2023, je vous souhaite un excellent réveillon et une nouvelle année pleine de joyeux frissons et de belles émotions !

Lettre d’une traductrice au Père Noël

Plus que 2 nuits et nous serons tous au pied du sapin pour ouvrir nos cadeaux. Je me suis dit qu’il n’était peut-être pas encore trop tard pour envoyer ma lettre au Père Noël. Sait-on jamais que mes vœux puissent s’exaucer. Mais quels présents pourrait donc bien vouloir une traductrice indépendante ? Voici ma lettre.

Cher Père Noël,
Je pense avoir été tout au long de l'année une traductrice dévouée à ses clients, passionnée par son métier et toujours déterminée à s'améliorer. J'espère ainsi mériter de voir certains de mes vœux se réaliser. 
Cette année, je n'attends rien de matériel sous le sapin. J'ai déjà un beau fauteuil de bureau pour soutenir mon dos, un super clavier qui me permet de pianoter avec facilité, un agenda flambant neuf pour l'année à venir et tout le nécessaire pour pratiquer mon métier.
Cette année, je veux principalement avoir du temps. Du temps pour continuer d'approfondir mes connaissances linguistiques, du temps pour lire et écrire, et du temps pour mener à bien mes projets. Mais ce que j'aimerais surtout, c'est que le temps s'allonge et s'arrête un peu. Non pas parce qu'il me faudrait des journées de 48 heures pour accomplir tout ce que j'aimerais faire, mais simplement pour pouvoir encore pratiquer le métier que j'aime dans des conditions humaines.
Le progrès avance à grande vitesse et le spectre de l'intelligence artificielle plane de plus en plus sur nos têtes. Je ne suis pas contre ces avancées, certaines facilitent d'ailleurs mon travail et je sais qu'il va falloir les apprivoiser si je veux continuer à prospérer. Hélas, certaines agences n'y voient qu'une façon de tirer toujours plus de profit et demandent de plus en plus souvent à leurs prestataires de baisser leur prix, prétextant que le travail des traducteurs est fortement réduit (ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui, la traduction automatique n'ayant toujours pas percé tous les secrets de la langue humaine).
Du temps, il faudrait en offrir à tous les acteurs de ce métier. Du temps pour lire réellement et répondre aux e-mails ou pour formuler une demande de manière plus humaine. Du temps dont les clients tiendraient compte pour ne plus proposer de délais inacceptables. Du temps qui serait compris comme un gage de qualité et non comme une futilité.
En somme, cher Père Noël, ce que je souhaite, c'est de retrouver plus d'humanité dans un monde qui devient, à mon goût, un peu trop robotisé. Mon vœu est trop naïf probablement, mais je l'exprime sincèrement. Je continue donc de rêver qu'il sera un jour exaucé.
Je vous remercie d'avance et vous souhaite bon courage pour votre livraison, en espérant que vos rennes ne se soient pas tous transformés en livreurs Amazon 😉

En espérant que mon courrier sera lu par le vieux barbu, je vous souhaite à tous un excellent réveillon et un joyeux Noël !

Photo de Ylanite Koppens

2022 : onzième acte

Si par rapport à octobre, il a été encore moins productif, novembre s’est avéré plus festif. Grâce à cette petite baisse de ma charge de travail, le neuvième mois de l’année a été le temps des retrouvailles. Retour sur la fin de cet automne, qui est loin d’avoir été monotone.

Fin d’automne, début d’hiver au parc Grüner See de Ratingen

Le mois de novembre a commencé par un beau jour de congé. Profitant d’une semaine de vacances, ma belle-sœur vivant à Cambridge souhaitait passer une journée à Londres. Me voilà donc à l’accueillir à la gare de Kings Cross le 1er novembre en matinée. Notre première excursion convenait particulièrement à l’ambiance du début de novembre puisque nous sommes allées visiter le Highgate Cemetery. Ouvert au début du XIXe siècle, cet impressionnant cimetière était depuis longtemps sur ma liste des lieux insolites à voir dans la capitale britannique. Et je n’ai pas été déçue. Nous avions réservé un tour avec un guide passionnant, qui nous a raconté les histoires parfois surprenantes des habitants du cimetière et montré les tombes et caveaux les plus spectaculaires. La vue de ces pierres tombales recouvertes de feuilles d’or et envahies par la végétation sous la douce lumière d’une matinée d’automne était magnifique. L’endroit attire d’ailleurs de nombreux photographes tant il est pittoresque. Après la visite guidée dans la partie ouest du cimetière, la plus ancienne, nous avons exploré la partie est, où sont enterrées plusieurs célébrités, dont Karl Marx. Après cette balade dans le royaume des morts, qui s’est terminée sous une belle averse anglaise, nous avons déjeuné dans un restaurant pour nous remettre d’aplomb pour le reste de la journée. Nous avons enchaîné avec une visite du Victoria & Albert Museum qui accueillait pendant quelques semaines une exposition consacrée aux comédies musicales. Cela nous a plongées dans le thème de la soirée puisque nous avons terminé la journée au Piccadilly Theatre pour assister à la comédie musicale Moulin Rouge (oui, je l'avais déjà vu en mai grâce à mon cher et tendre, mais comme le spectacle m'avait énormément plu et que ma belle-sœur rêvait d'aller le voir, je n'ai pas hésité une seconde à retourner le voir avec elle).

Les jours qui ont suivi, les éclats de feux d’artifices retentissaient dans toutes les rues de Londres. Le 5 novembre, les Britanniques célèbrent en effet la Guy Fawkes Night, qui commémore l’attentat manqué de Guy Fawkes et de ses acolytes contre le Parlement le en 1605. Pour l’occasion, des feux de joie sont brûlés dans tout le pays et le ciel devient la scène d’explosions de couleurs. La majorité de ces feux d’artifices sont payants et les places partent très rapidement. Mon cher et tendre a toutefois trouvé un feu d’artifices tiré juste à côté d’un parc, où nous avons pu profiter gratuitement du spectacle. Le parc offrant une vue bien dégagée sur l’horizon, nous avons d’ailleurs pu voir non pas un, mais bien une dizaine de feux d’artifices organisés dans divers endroits de la ville. Après avoir passé les 2 premières semaines de novembre en Angleterre, mon cher et tendre et moi-même avons refait nos valises pour repartir passer 3 mois en Allemagne. J’ai eu un peu plus de mal à quitter le sol britannique cette fois-ci, ayant bien sympathisé avec la patronne du petit café de la librairie, où j’ai pris l’habitude de me rendre une fois par semaine pour écrire mes billets de blog. Cela dit, la deuxième moitié de novembre me réservait d’autres beaux moments.

Le deuxième week-end de novembre a ainsi été entièrement dédié aux retrouvailles en famille. J’ai passé mon samedi à Bruxelles avec mon frère, ma sœur et mes cousines adorées. Après un bon repas libanais, nous avons été aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique pour voir l’exposition « Miradas de Mujeres » montrant le travail haut en couleur de l’artiste Isabelle de Borchgrave sur l’univers de Frida Kahlo. Les détails de ses robes en papier étaient superbes. L’exposition n’était pas très grande donc nous avons pris le temps d’explorer d’autres parties du musée. Nos sorties entre cousins-cousines nous permettant toujours de retomber en enfance, nous avons passé un excellent moment. Le lendemain, c’est une autre partie de ma famille que j’ai pu retrouver, lors d’un grand repas convivial avec toute la troupe d’oncles, de tantes, de cousins et de cousines du côté paternel (j'ai la chance d'avoir des parents qui ont chacun grandi dans une grande famille, ce qui fait que nos réunions sont rares, mais toujours chouettes et animées). Après ce week-end ressourçant, j’ai rejoint mon cher et tendre à Ratingen, où nous avons pu profiter de notre premier marché de Noël de l’année. Quel changement par rapport à l’année dernière encore marquée par le virus-dont-on-ne-veut-plus-prononcer-le-nom ! Cette fois-ci, les masques ne cachaient plus les sourires des gens, de grands plats de biscuits étaient mis à la disposition des personnes achetant un vin chaud et l’ambiance était beaucoup plus festive et décontractée. Le dernier week-end de novembre m’a quant à lui donné l’occasion de retrouver mes deux meilleures amies, qui m’ont chacune invitée chez elle. Petite balade familiale ensoleillée à Namur avec la première, une soirée sur le marché de Noël de Bruxelles avec la deuxième, il ne m’en fallait pas plus pour terminer le mois avec un moral au beau fixe.

Comme vous l’aurez compris, je n’ai pas une seule fois travaillé durant mes week-ends de novembre. J’ai également profité d’une semaine de répit en début de mois, les congés de la Toussaint ayant apporté une accalmie appréciable. Je n’ai toutefois pas glandé et ai même vécu quelques moments de stress, mon logiciel Studio ayant décidé de planter durant la traduction d’un gros projet (les joies de Trados dont il faudrait que je vous reparle dans un nouveau billet). Comme pour octobre, je n’ai eu aucun coup de gueule à signaler, les projets se suivant sans se superposer, me permettant de travailler sans surcharge et à tête reposée. Le retour en Allemagne m’a aussi permis de retrouver les grandes fenêtres de mon bureau, derrière lesquelles je pouvais observer des perruches venues grappiller les derniers fruits des arbres. J’ai néanmoins terminé le mois avec une nouvelle moins réjouissante en ce qui concerne ma santé. Cela faisait déjà plusieurs semaines que j’avais des douleurs dans le petit doigt (que je n'utilise pourtant jamais lorsque je tape au clavier...) et que je me réveillais de temps à autre avec des fourmillements dans les mains. J’avais mis cela sur le compte des heures de travail intenses accomplies en juillet et septembre, mais avais néanmoins des craintes (en bonne hypocondriaque). Mon médecin soupçonnait un début d’arthrose, diagnostic qu’une radio et échographie ont finalement infirmé. Un électromyogramme a cependant révélé les premiers signes du syndrome du canal carpien. La spécialiste qui m’a examinée doit encore confirmer les résultats, mais il va falloir me ménager et faire particulièrement attention à la position de mon clavier (cela mériterait d'ailleurs un petit billet...).

Bref, restons dans le positif et espérons que le dernier mois de l’année continue dans cet esprit festif ! Rendez-vous le 30 décembre pour l’acte ultime de cette année 2022…

La traduction, un art qui prend du temps

À notre époque, beaucoup de personnes peuvent se dire qu’il suffit de copier-coller un texte et de cliquer sur un bouton pour obtenir une traduction, voire de passer simplement l’appareil-photo de son smartphone sur un texte en langue étrangère pour le comprendre. Google Translate, c’est bien pratique quand on voyage à l’étranger et qu’on n’a aucune idée de ce que signifie un menu ou l’étiquette d’un produit. Mais quand on a besoin de traduire un texte plus sérieux, plus littéraire, plus commercial, et j’en passe, on n’a pas d’autre choix que de passer par un traducteur en chair et en os. Certains clients s’étonnent alors du temps nécessaire pour traduire un texte convenablement et du tarif qui en découle. J’avais donc envie aujourd’hui d’expliquer un peu plus le processus de traduction (ou du moins, la manière dont je procède).

Photo de Karolina Grabowska

On pourrait structurer ce processus en 3 ou 4 étapes.

Étape n°1 : la compréhension

La toute première étape est la phase de lecture du texte original (que l'on appelle « texte source »). Par manque de temps (les délais étant toujours plutôt serrés), j’avoue passer au-dessus de cette étape si le texte à traduire est très long. Je le fais pour les textes plus courts et de nature plus littéraire, mais quand il s’agit de textes pour la Commission européenne (qui dépassent bien souvent la dizaine de pages), je passe directement à la deuxième étape.

Étape n°2 : le premier jet

La deuxième étape est en quelque sorte un gros débroussaillage. Ayant le texte source sous les yeux, généralement du côté gauche de mon écran, j’entame le processus de traduction à proprement dit. Je traduis ainsi phrase par phrase (ou plutôt segment par segment comme j'utilise le logiciel SDL Trados). Quand il s’agit d’un court texte plutôt simple (comme celui que je vous mets en exemple), j’écris comme ça me vient, sans vraiment chercher plus loin.

Si j’ai un doute, j’ai tendance à surligner le passage pour y revenir à la troisième étape. Quand il s’agit d’un texte pour la Commission européenne ou une autre institution, cette phase de débroussaillage s’accompagne d’un gros travail de recherche. Les règlements et autres textes juridiques ou administratifs reprennent une terminologie spécifique qu’il est indispensable de respecter par souci de cohérence. Ils comportent également beaucoup de citations de textes législatifs ou d’arrêts juridiques qu’il faut reprendre telles quelles. Si je réalise ce travail de recherche consciencieusement, je tente toujours d’être la plus rapide possible durant mon premier jet, car plus j’avance, plus je comprends le texte et plus les phrases me viennent naturellement. J’ai donc aussi recours à des petits commentaires ou surlignages pour tous les points laissés en suspens ou les passages traduits dont la formulation me plaît moins. Une fois arrivée au bout du texte, je peux passer à la troisième étape.

Étape n°3 : la révision

La troisième étape consiste à relire le texte traduit (que l'on appelle « texte cible ») en le comparant au texte source. Cela permet de vérifier tout d’abord qu’aucun passage n’a été oublié. C’est la phase qui permet de traquer les erreurs courantes, telles que le contresens (quand le passage cible dit l'inverse du passage source), les anglicismes, les calques (quand on calque une expression française sur une expression anglaise, par exemple « réaliser des progrès » au lieu de « accomplir des progrès »), les fautes grammaticales et j’en passe. C’est aussi à cette étape que je reviens sur tous les points laissés en suspens, la plupart ayant été résolus au fil de ma progression dans le texte, le reste devant faire l’objet de recherches plus approfondies. En ce qui me concerne, j’ai l’habitude de relire mon texte cible à voix haute. Cela m’aide en effet à repérer les passages qui ont moins de sens, qui sonnent moins bien, les répétitions et les tics de langage, comme l’utilisation abusive des « en effet » par exemple (c'est mon cas 🙄). Notez que si vous passez par une (bonne) agence de traduction, cette étape sera répétée par un réviseur. Deux têtes et deux paires d’yeux valent toujours mieux qu’une lorsqu’il s’agit d’un texte important.

Étape n°4 : la relecture

La quatrième et dernière étape se concentre sur le texte cible. Je passe une dernière fois le texte traduit au peigne fin pour le débarrasser des coquilles, fautes d’orthographe, erreurs grammaticales et infractions aux règles typographiques (qui peuvent changer d'un client à un autre, par exemple, les espaces insécables avant les deux-points ou points-virgules sont interdites dans les textes pour la Commission). Relire uniquement le texte cible permet aussi de se détacher du texte source et de vérifier que la traduction ne se fait pas ressentir. Un texte bien traduit doit en effet donner au lecteur l’impression qu’il a directement été écrit dans sa langue, le français dans notre cas.

Vous l’aurez compris, ces 3-4 étapes ne se font pas d’un claquement de doigt (ou plutôt d'un clic de souris). S’il est vrai que les traducteurs d’aujourd’hui peuvent s’appuyer sur de nombreux outils d’aide à la traduction (j'y reviendrai dans un autre billet) et que l’industrie se tourne de plus en plus vers la post-édition (qui fait passer directement le traducteur à la troisième étape), il n’en reste pas moins que la traduction est un art qui prend du temps.

J’espère que vous comprenez désormais pourquoi il est tout simplement impossible pour un traducteur humain de traduire un texte de 20 000 mots en une journée (oui, oui, des clients aux attentes surréalistes, ça existe). En attendant que l’intelligence artificielle nous remplace un jour (j'espère le plus lointain possible), force et courage à tous mes collègues traducteurs !

2022 : dixième acte

Par rapport à septembre, octobre a été beaucoup plus tendre. Grâce à un agenda un peu moins chargé qu’à la rentrée, j’ai pu davantage me reposer. Le dixième mois de l’année s’est avéré ainsi un bel équilibre entre séances de travail productives et activités récréatives.

Lodge Farm Park, Romford

Octobre a continué sur la lancée positive de septembre en ce qui concerne le travail. Hormis une traduction à rendre un lundi matin à 8h qui m’a privée de plusieurs heures de répit sur un week-end, tous mes projets ont été rendus dans les délais, sans aucune nuit blanche. Je ne déplore pas non plus de fausse note et n’ai aucun coup de gueule à déclarer, bien que certains changements auraient pu me déstabiliser. L’une des agences avec qui j’adore collaborer avait annoncé il y a plusieurs mois déjà qu’elle allait être rachetée par une plus grande plateforme de services de traduction. J’avais accueilli la nouvelle avec pas mal d’inquiétude, craignant devoir batailler pour conserver mes tarifs et de voir disparaître tous les petits avantages qui rendaient très agréable ma collaboration avec cette agence [paiement en temps et en heure des factures, équipe de gestionnaires de projets (PM) à la disposition et à l'écoute des traducteurs, évaluation systématique des traductions avec commentaires instructifs permettant de se perfectionner sans cesse...]. Octobre a marqué le passage effectif de la plateforme habituelle de l’agence vers le système de son acquéreur. Contre toute attente, il s’est déroulé en douceur, notamment grâce à la disponibilité des PM et de l’équipe qui ont rassuré et accompagné les traducteurs dans cette transition. Seule ombre au tableau, le délai de paiement des factures est passé de 30 jours à 45 jours, condition malheureusement non négociable. Néanmoins, le système de facturation est automatique et me fait donc gagner du temps. Espérons que les premiers projets seront bien payés dans les délais indiqués !

Apportant toute la beauté de l’automne, octobre m’aura particulièrement enchantée cette année. Malgré les jours qui raccourcissaient à vue d’œil, je m’attelais à sortir chaque jour dans le parc pour admirer l’explosion de couleurs des feuilles. Il a aussi été un mois de belles découvertes, allant de l’écriture d’Annie Ernaux à la voix particulière de la chanteuse néerlandaise Kovacs (véritable coup de cœur musical du moment), en passant par la série Manifest. Le dixième mois de l’année m’aura également permis de vivre plusieurs réunions et retrouvailles en famille. Les parents de mon cher et tendre sont ainsi venus passer quelques jours outre-Manche pour découvrir la nouvelle demeure de ma belle-sœur à Cambridge. Leur visite nous a permis de faire une belle balade dans Londres à la tombée du jour pour apprécier l’ambiance si magique de la capitale britannique sous le manteau de la nuit, ainsi qu’un tour guidé instructif dans les rues de Cambridge. Sur les conseils du guide, nous avons aussi eu la chance d’entrer dans l’imposante chapelle du King’s College et d’assister aux vêpres (sachez que c'est d'ailleurs l'une des façons d'admirer gratuitement la chapelle). Entendre les voix angéliques des jeunes garçons du chœur s’élever sous les voûtes de la chapelle était une magnifique expérience.

Octobre a aussi été l’occasion pour moi de passer quelques jours en solitaire, mon cher et tendre ayant dû partir quelques jours en Allemagne pour des raisons professionnelles. Trois jours de calme qui m’ont permis d’avancer dans mes lectures, ce qui promet quelques billets Croque-livre dans les semaines à venir. Octobre a enfin été le mois de ma première raclette de la saison, dégustée uniquement en compagnie de ma sœur et de mon frère, circonstance tellement rare que cela méritait d’être souligné ! Il m’a aussi permis de revoir plusieurs membres de ma famille que je n’avais plus vus depuis longtemps, moments simples mais si précieux après ces années marquées par le virus-dont-on-ne-veut-plus-prononcer-le-nom. D’ailleurs, s’il y en a un que je n’étais pas vraiment pressée de revoir et qui a quand même fait sa réapparition, c’est bien ce virus en question. S’il ne s’est pas déclaré à visage découvert, il a accablé mon cher et tendre puis moi-même d’un manque d’énergie parfois extrême. Heureusement, la fin du mois étant beaucoup moins chargée, j’ai pu véritablement me reposer.

C’est donc en meilleure forme que j’entame le dernier mois de l’automne. Rendez-vous dans 4 semaines pour voir si novembre sera aussi doux qu’octobre !

Le syndrome de l’imposteur

Ce matin, comme à mon habitude, j’ai écouté ma série de courts podcasts avant ma journée de travail. Parmi ceux-ci, l’épisode du jour de Radio Headspace concernait le syndrome de l’imposteur. Ce sujet était abordé par Kara Loewentheil, coach de vie et autrice du podcast Unf*ck Your Brain, qui a donné quelques conseils pour se débarrasser de cette idée désagréable et parfois paralysante de ne pas se sentir à la hauteur ou de ne pas mériter sa place. Comme c’est un syndrome qui touche de nombreuses personnes (et principalement les femmes, votre humble traductrice-rédactrice incluse), j’avais envie de vous partager ces conseils aujourd’hui.

Le syndrome de l’imposteur est surtout vécu dans le cadre du travail. Il se manifeste par des doutes quant à nos compétences professionnelles et par une sensation de ne pas mériter le poste que l’on occupe. C’est aussi mettre sur le compte de la chance ou du hasard notre réussite ou nos accomplissements et avoir peur que ces soi-disant incompétences et cette « supercherie » seront un jour ou l’autre démasquées par nos supérieurs, collègues, clients, etc.

Photo de Lil Artsy

En tant que traductrice indépendante, j’ai déjà éprouvé à plusieurs reprises ce sentiment de ne pas être qualifiée ou assez expérimentée et, à mes débuts, il m’est souvent arrivé de refuser un projet, alors que j’avais toutes les compétences pour le mener à bien. J’ai heureusement pu compter sur l’une de mes meilleures amies, qui occupait le poste de PM (gestionnaire de projet) à l’époque, pour prendre conscience de mes compétences et accepter de plus en plus de projets. Je me rappelle également d’une autre PM extraordinaire, à qui j’avais expliqué que je ne me sentais pas à la hauteur pour accepter l’un de mes tout premiers projets pour la Commission européenne, qui m’avait rassurée en me disant que j’avais toutes les compétences pour me lancer dans ce type de projet et qu’elle restait à ma disposition en cas de doute ou de question. Si ma confiance en moi a bien évolué depuis, il m’arrive encore parfois de souffrir de ce syndrome. Il y a quelques semaines encore, en démarrant un nouveau projet, j’ai entendu cette petite voix dans ma tête qui me disait que je n’aurais pas dû accepter cette traduction, qu’il existe des traducteurs beaucoup plus qualifiés que moi, que je n’allais jamais m’en sortir… Quand ça arrive, la panique prend le dessus et je tombe soit dans la procrastination (l'anxiété pousse parfois à sombrer dans la flemmardise extrême pour éviter de se confronter au problème), soit dans un perfectionnisme exacerbé qui m’incite à vérifier absolument chaque mot que j’utilise ou à me remettre en question sur tout et n’importe quoi, multipliant les heures de travail nécessaires pour réaliser la tâche. Bref, c’est assez pénible à vivre.

Dans son podcast, Kara Loewentheil prodigue des conseils simples pour se débarrasser de ce syndrome de l’imposteur. La toute première chose à faire est de reconnaître cette émotion et vous rendre compte que ce n’est qu’une émotion et non un fait établi. Ensuite, il faut vous poser une minute et vous demander quels sont les critères pour occuper le poste, effectuer la tâche ou exercer le métier en question. Par exemple, pour être une bonne traductrice, je dois comprendre le texte source, avoir un excellent niveau de français, être capable d’effectuer des recherches terminologiques, écrire en respectant les règles de grammaire et d’orthographe, etc. Après avoir mis au clair tous ces éléments, il suffit de dire si vous remplissez ou non chacun de ces critères, peut-être pas tout le temps, mais au moins quelques fois. Vous réaliserez ainsi que vous disposez d’une majorité de ces compétences, ce qui devrait vous rassurer sur vos capacités. Kara Loewentheil explique également que l’une des choses les plus radicales qu’elle dit à ses clients pour les débarrasser de leur syndrome est que s’ils sont aussi stupides et incompétents qu’ils le pensent, mais suffisamment intelligents pour duper tout le monde, c’est qu’ils sont suffisamment intelligents pour accomplir leur travail.

La prochaine fois que j’aurai une crise de panique au beau milieu d’un projet, j’essayerai donc d’appliquer ces conseils. Si vous êtes, vous aussi, un imposteur ou une impostrice et que vous passez par ce blog, je vous invite à faire de même. Peut-être réussirons-nous ainsi un jour à vaincre cette satanée anxiété !

L’art de savoir dire non

Je fais partie de celles et ceux qu’on appelle des « gentils », qui aiment rendre service et qui disent « oui » un peu trop souvent sans prendre en compte leurs envies, le temps qui leur est disponible et leur forme physique ou mentale. Cela dit, j’ai appris à m’endurcir au fil de mes 10 années en tant que traductrice et rédactrice indépendante. Voici donc quelques conseils pour les « gentil(le)s » freelances qui passeraient par ici.

Photo de Miguel Á. Padriñán

Quand on est traducteur ou rédacteur indépendant et qu’on travaille avec des agences, on est constamment confronté aux demandes des gestionnaires de projets (ou PM pour Project Manager, je vous en ai déjà parlé ici). Certains sont d’ailleurs des champions pour vous pousser à accepter un projet, ce qui est normal vu que leur but est de trouver un prestataire au plus vite pour gérer la multitude d’autres demandes des clients. Quand on a du mal à dire « non » comme moi, cela peut être assez difficile de refuser, d’autant plus qu’il y a toujours la crainte de ne plus avoir autant de propositions les prochains mois ou de se faire étiqueter comme une personne trop débordée et de ne plus recevoir de proposition de l’agence en question (oui, ça peut arriver). Accepter trop de projets n’est toutefois pas du tout une bonne idée. Vous risquez de vite vous retrouver complètement débordé(e) et de ne plus savoir où donner de la tête pour tout rendre dans les délais. À cela s’ajoutent la fatigue et le stress, la formule idéale pour commettre des erreurs totalement évitables. Bref, pour ne pas arriver à ce point-là et sombrer dans le burn out, il faut apprendre à dire « non ».

La première chose à faire quand on reçoit une proposition de projet (ou une demande de service, sous n'importe quelle forme), c’est de ne pas répondre immédiatement « oui » sans réfléchir. J’ai encore entendu récemment dans un des podcasts de développement personnel que j’écoute avidement chaque matin qu’il faut se poser plusieurs questions avant de donner une réponse : « est-ce que j’ai réellement le temps de le faire ? », « est-ce que je suis en capacité (mentale, physique, émotionnelle) de le faire ? », « est-ce que j’ai vraiment la motivation de le faire ? ». Si vous répondez « non » à l’une de ces questions, il faut refuser. Toutefois, quand on veut travailler régulièrement avec un client ou une agence, il faut savoir dire « non » de la bonne façon. Par exemple, vous pouvez dire que vous ne pouvez pas accepter ce projet (pour X raisons), mais que vous êtes disponible pour un travail qui vous prendra moins de temps ou traitant d’un sujet dans lequel vous êtes plus à l’aise. Hier, j’ai ainsi dû refuser un projet de rédaction sur des hôtels, alors que j’adore ça. Plutôt que de simplement dire « non », j’ai expliqué que j’étais intéressée par le projet, mais que je n’étais pas disponible avant la fin du mois. De cette manière, le PM sait que je peux éventuellement accepter d’autres projets de ce genre et qu’il peut me recontacter le mois prochain, quand je serai plus disponible. La semaine passée, c’est un projet de traduction que j’ai dû décliner. Dans mon e-mail, j’ai cependant directement indiqué à la PM que je pouvais accepter un volume de X mots maximum et que je serai plus disponible d’ici X semaines. Elle m’a ainsi proposé un autre projet avec un délai plus long, que je pouvais cette fois-ci accepter. C’est la même chose si vous êtes confronté à un projet qui vous paraît trop complexe ou dépassant vos compétences. Au lieu de vous embourber dans un travail qui vous prendra bien trop de temps par simple manque de connaissance, n’ayez pas peur de le dire. Cela indiquera que vous êtes quelqu’un de consciencieux qui connaît ses limites.

Tout ça pour dire que les gens ne vont pas forcément se froisser si vous leur dites « non ». Poser ses limites est important, il faut juste savoir comment l’exprimer. La prochaine fois que vous hésitez face à une demande (que ce soit dans le cadre du travail ou non), prenez donc le temps de vous poser les bonnes questions plutôt que d’accepter tête baissée et de le regretter par la suite.

Sur ces bonnes paroles, je vous dis à la semaine prochaine !

2022 : neuvième acte

La rentrée est généralement synonyme pour moi d’allégresse, mais elle s’est malheureusement teintée de tristesse. Si septembre a commencé avec plein d’entrain, ce neuvième acte de 2022 m’a en effet apporté quelques chagrins. Je ressors toutefois de mon mois de naissance avec un peu plus d’insouciance.

Raphael’s Park, Romford

J’ai toujours accueilli septembre avec une certaine impatience. C’est non seulement le mois où je suis née, mais aussi le début de ma saison préférée. Ayant toujours aimé l’école, septembre reste aussi le mois de la rentrée, raison de plus pour s’acheter de nouveaux carnets (oui, je suis de celles et de ceux qui aiment l'odeur du papier et qui ne résistent pas aux jolis cahiers, agendas, planificateurs et autres articles de papeterie). C’est également le mois de la rentrée littéraire, m’attirant davantage dans les librairies et me poussant à remplir ma bibliothèque déjà bien remplie. Septembre se conclut enfin par la Journée internationale de la traduction, fête qui me rappelle à chaque fois la chance que j’ai de pouvoir pratiquer un métier qui me passionne.

Hélas, ce mois de septembre a été plusieurs fois marqué par le deuil. Me trouvant à Londres le 8 septembre, j’ai ressenti la tristesse du peuple britannique face au décès de leur reine. Cet événement historique m’a aussi rappelé que rien n’est immortel. Quelques jours plus tard, c’est la mort prématurée d’une danseuse et instructrice de danse fitness qui m’a profondément attristée. Durant les longs mois de confinement, j’avais pris l’habitude de suivre des cours de fitness en ligne auprès d’une école de danse fitness américaine. Melanie, l’une des instructrices que j’adorais, avait survécu à un premier cancer du sein et était une grande source de force et d’inspiration en ces temps plus sombres. Il y a quelques mois, son cancer est réapparu sous une forme plus destructrice. Loin de se laisser abattre, Melanie a lutté jusqu’au bout avant de finalement poser les armes et de partir dans l’amour de ses enfants et de sa deuxième famille formée par les filles de l’école. Je ne la connaissais pas personnellement, mais sa disparition a été difficile à vivre, d’autant plus que cette terrible maladie a frappé plusieurs fois ma famille. À ces deux disparitions qui m’ont plus fortement marquée s’en sont ajoutées d’autres, ainsi qu’une déception personnelle qui m’a fait comprendre que l’on ne peut rien faire contre le temps qui passe, me donnant l’impression que ce mois de septembre était définitivement sinistre.

Néanmoins, tout comme les feuilles des arbres jaunissent et s’envolent pour ne revenir que plus belles et pleines de vie au printemps, j’ai tenté de remonter la pente en m’accrochant aux petites choses qui me donnent le sourire. Je chéris ainsi les petites discussions avec la patronne du café de la librairie où je suis devenue une habituée, les balades sous le soleil automnal me permettant de contempler les changements de couleur de la nature, les heures de lecture passées lovée sous mon plaid (plusieurs billets Croque-livre devraient suivre) et le plaisir de travailler dans ma nouvelle chaise de bureau, les doigts pianotant sur mon nouveau clavier (oui, je me suis fait plaisir pour la rentrée).

Niveau boulot, le mois de septembre a d’ailleurs été très productif. Revigorée par mes vacances, j’ai pu boucler tous mes projets dans les temps, sans y passer des nuits blanches (hormis une, je l'avoue, mais c'était parce que j'ai voulu un peu profiter de ma famille, ce qui m'a donné l'occasion de revoir plusieurs personnes). L’une de mes fidèles clientes m’a aussi fait la surprise de me demander elle-même d’augmenter mon tarif étant donné que son entreprise était enfin sortie de la crise et qu’elle pouvait se l’accorder (entreprise active dans le secteur de la culture donc qui était fortement touchée par les mesures dues au virus-dont-on-ne-veut-plus-entendre-parler). Bref, tout va pour le mieux sur le plan professionnel et c’est sur cette bonne note que je terminerai ce billet un peu trop morose.

J’espère qu’octobre sera porteur de meilleures nouvelles. En attendant le billet de la fin du mois, je compte bien profiter de tous les plaisirs de l’automne pour vous revenir en meilleure forme.

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