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Archives de Catégorie: Vis ma vie de traducteur

Mon quotidien en tant que traductrice mais aussi des conseils, des coups de gueule, des cris de joie, etc.

Ça m’énerve : les faux projets de post-édition

Ça m’énerve : les faux projets de post-édition

Dans la rubrique des propositions de projets qui vous font perdre du temps, je cite les faux projets de post-édition ! Et j’en ai fait les frais dernièrement. Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite définition s’impose pour les néophytes.

La post-édition, kézako ? Il s’agit d’une nouvelle discipline de la traduction qui consiste à réviser une traduction réalisée par une machine. Car oui, même si les traductions automatiques s’améliorent, elles ne valent toujours pas le cerveau et les émotions d’un traducteur en chair et en os.

Si elle est moins rentable pour le traducteur qu’un travail de traduction pur et dur, la post-édition commence malheureusement à entrer dans le quotidien des traducteurs et de plus en plus d’agences proposent ce service à leurs clients. Ces derniers mois, j’ai ainsi reçu pas mal de propositions pour ce genre de projets. Loin de refuser la réalité, j’accepte les projets de post-édition sérieux, soit quand les textes sont extrêmement répétitifs, que la mémoire de traduction utilisée est conséquente et que le tarif est raisonnable.

Le problème avec la post-édition, c’est que certains clients en abusent juste pour pouvoir exiger une réduction de coût. Car en effet, le traducteur ne doit en principe « plus que » repasser derrière la machine pour apporter les corrections et rendre le texte intelligible aux lecteurs humains. Dans le cas de fiche de produits, modes d’emploi pour le même genre de produits ou certains domaines techniques, la post-édition peut être justifiable.  J’ai toutefois déjà eu de nombreuses propositions de projet de post-édition dans des domaines tout à fait incompatibles avec la traduction automatique ! Et dans ces cas-là, le texte à réviser est tout simplement catastrophique…

Cet été, j’ai par exemple reçu une proposition de ce type de projet dans le domaine du tourisme, mon interlocutrice m’assurant qu’il fallait simplement vérifier la grammaire et l’orthographe des textes. Un aperçu des textes m’a suffit pour remballer définitivement l’agence : une traduction mot à mot même pas digne de Google Translate. Et le tout proposé à un tarif de 0,015€/mot source. Merci, mais je ne suis pas un pigeon !

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Bref, si vous comptez faire post-éditer votre campagne marketing, votre futur roman, votre recueil de poésie, votre carnet de voyage, en gros n’importe quel texte plus rédactionnel faisant appel aux sentiments, allez voir ailleurs si j’y suis, je ne « post-éditerai » pas votre texte à un tarif réduit !

La téléphonophobie des traducteurs

Bonjour à tous ! Ayant récemment installé l’application ProZ sur mon téléphone, je m’amuse à répondre aux petits sondages quotidiens concernant le métier de traducteur/interprète. La semaine dernière, l’un de ces sondages portait sur l’usage du téléphone chez les professionnels de la traduction et de l’interprétation. À la question      « Votre téléphone* est-il principalement un outil de travail ou une distraction ? », la plupart ont répondu qu’ils l’utilisaient aussi bien pour le travail que pour leur vie privée (comme vous pouvez le voir ci-dessous).

Sondage ProZ

Votre téléphone est-il principalement un outil de travail ou une distraction ?

En jetant un œil sur la discussion à ce sujet, j’ai été ravie de voir que beaucoup de traducteurs détestent les appels téléphoniques et préfèrent les e-mails. Je ne suis donc pas seule à être « téléphonophobe ». Plusieurs collègues se plaignent en effet des nombreux coups de fil publicitaires les poussant à force à ne plus décrocher (raison pour laquelle je réponds de moins en moins aux numéros inconnus). D’autres disent ne jamais recevoir d’appel de leurs clients et ne consulter leur téléphone que pendant leurs déplacements.

Pour ma part, j’ai toujours eu une préférence pour l’écrit car j’aime avoir le temps de réfléchir à ce que je dois dire sans avoir peur de me faire mal comprendre et en ayant l’assurance d’avoir une preuve écrite si besoin. J’utilise surtout mon téléphone smartphone pour consulter mes e-mails si je ne suis pas devant mon ordinateur. Je le garde également toujours près de moi car certains de mes clients réguliers me contactent par le système de messagerie WhatsApp. Je m’en sers enfin surtout lors de mes nombreux trajets entre Londres et la Belgique au cas où je dois renvoyer un document Word ou terminer un travail puisque mon téléphone est lié à mon ordinateur (vive le progrès !).

Bref, le smartphone au travail : oui ! Les coups de fil qui te font sursauter quand tu es en pleine concentration : non ! D’ailleurs, à moins de connaître le numéro, je ne décroche quasi jamais. Je me dis toujours que la personne me laissera un message si son appel concerne un travail de traduction ou de rédaction et que l’on me rappellera plusieurs fois si c’est urgent. Bien sûr, si vous avez vraiment besoin de me parler, je ne vais pas non plus vous envoyer balader. La plupart de mes clients ont d’ailleurs la délicatesse de me demander d’abord par e-mail quelles sont mes disponibilités pour un entretien téléphonique. Au moins, je peux me préparer mentalement à entendre la sonnerie de mon téléphone sans sursauter (ne riez pas, je suis sûre que c’est déjà arrivé à beaucoup d’entre vous…). Dans tous les cas, si vous voulez me proposer une traduction ou un projet de rédaction, contactez-moi plutôt d’abord par e-mail pour bien exposer vos besoins et m’envoyer les documents nécessaires ! À bon entendeur…

* Pour ce sondage, beaucoup de personnes ont compris le mot « phone » dans le sens          « smartphone » tout en soulignant qu’elles s’en servaient principalement pour les e-mails et autres fonctionnalités plutôt que pour de simples appels téléphoniques.

Les périodes creuses

Bonjour à tous et, puisque l’on peut le souhaiter jusqu’à la fin du mois, bonne année !

Comme vous l’aurez compris, je suis toujours en vie ! Je n’ai pas non plus oublié mon blog, j’ai tout simplement cumulé les projets de rédaction depuis octobre et n’avais plus vraiment le courage de prendre la plume pour alimenter mon site. Après un an pratiquement sans pause forcée, hormis les vacances, me voilà toutefois avec plein de temps devant moi. C’est en effet le calme plat, ou presque, dans ma boîte mail depuis plusieurs jours. Pas de panique toutefois, cette longue accalmie est apparemment générale. Et plutôt que de procrastiner (même si j’avoue m’être accordée quelques après-midis de repos), j’ai profité de cette période plus tranquille pour faire le point sur l’année écoulée, réactualiser mes profils en ligne et, bien sûr, me remettre enfin à mon blog. J’avais en effet entamé plusieurs billets que je n’ai pas pris le temps de publier. J’espère pouvoir corriger tout ça rapidement !

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Les périodes creuses, bien qu’angoissantes pour le travailleur indépendant quand elles s’éternisent, peuvent en effet servir à s’occuper des choses pour lesquelles on ne prend habituellement pas le temps ou très peu. Voici donc quelques conseils pour mettre à profit ces moments de répit.

1. Optimiser ses cartes de visite en ligne

Cela faisait bien longtemps que je n’avais plus dépoussiéré mes profils ProZ, LinkedIn et compagnie. J’ai donc pris le temps de réactualiser toutes mes infos afin de pouvoir attirer à long terme d’autres clients. J’ai également profité de l’occasion pour devenir membre ProZ, on verra avec le temps si cela m’apportera quelque chose (ce sera sûrement l’objet d’un prochain billet).

2. Faire le tri dans ses papiers, dans sa comptabilité

Si vous êtes du genre bordélique même sur votre bureau d’ordinateur, vous pouvez prendre le temps de remettre de l’ordre et d’optimiser vos outils pour gagner des minutes précieuses lorsque vous serez débordé.

3. Suivre des formations

Envie de vous spécialiser dans un domaine, d’approfondir vos connaissances des langues ou d’acquérir de nouvelles compétences ? C’est le moment ! Profitez des journées plus calmes pour ajouter des cordes à votre arc !

4. Prospecter

Envoyer des e-mails, s’inscrire sur des plateformes, passer des tests… tout cela prend du temps. Les périodes creuses sont idéales pour pouvoir se remettre à fond dans la prospection et accroître sa clientèle.

5. Relancer ses clients

Si vous n’avez pas entendu parler de l’un de vos clients réguliers depuis un certain temps, n’hésitez pas à le contacter pour lui faire part de vos disponibilités ! Il aura peut-être quelques projets sous la main.

6. Se reposer

Cela peut sembler bête mais quand vos journées redémarreront sur les chapeaux de roue dans quelques jours et que vous n’aspirerez plus qu’à une après-midi plus tranquille pour souffler, vous regretterez de ne pas avoir profité davantage de votre période creuse. Alors accordez-vous cette petite balade au grand air, ce déjeuner entre copines ou cette grasse matinée tant que vous le pouvez car c’est l’un des bons côtés de la vie de freelance.

 

À bientôt !

Une traductrice dans un film de science-fiction

Bonjour à tous et bonne fête à tous mes collègues traducteurs !

On célèbre en effet aujourd’hui saint Jérôme, patron des traducteurs (mais aussi des bibliothécaires, des archéologues, des archivistes et des étudiants, bref tous ceux qui aiment fouiller et étudier…)

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Je vous présente Jérôme de Stridon, premier traducteur de la Bible et saint patron des traducteurs, entre autres.

Pour l’occasion, je ne vais pas vous faire un cours d’histoire mais plutôt vous parler du film Arrival (Premier Contact en français) que j’ai vu cette semaine. Alors je sais qu’il est sorti depuis déjà un moment et que vous êtes sûrement nombreux à l’avoir regardé, mais c’est tellement rare de parler du métier de traducteur au cinéma que ça méritait un petit billet de blog.

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Pour ceux qui ne l’ont pas vu (ou qui ont la mémoire courte), Arrival raconte l’arrivée d’étranges vaisseaux extraterrestres à 12 endroits différents du monde. Pour découvrir la raison de leur venue et établir un «premier contact», l’armée américaine fait appel à un scientifique et… à une traductrice et professeure de linguistique qui deviendra l’héroïne du film. Interprétée brillamment par Amy Adams, Louise Banks (la traductrice en question) part donc à la rencontre des Heptapodes, aliens ressemblant à des pieuvres géantes à 7 tentacules. Après avoir essayé de communiquer oralement sans succès, Louise décide d’entamer un dialogue par écrit, et surprise ! Les Heptapodes possèdent leur propre écriture, sorte de glyphes circulaires très sophistiqués qu’ils produisent à l’aide d’un jet d’encre propulsé par leurs tentacules.  Louise va donc essayer de décoder et de traduire cette langue écrite totalement inconnue afin de communiquer avec ces céphalopodes de l’espace.

J’ai bien aimé ce film car il explique vraiment ce qu’est la traduction et quel est son but. La traductrice souligne dès le début l’importance de la langue car celle-ci reflète la manière de penser du peuple qui la parle. Elle montre également à quel point la traduction est  un exercice difficile, surtout dans le cas d’une langue aussi mystérieuse que celle des Heptapodes. Faire comprendre sa propre langue et transmettre un message dans un autre langage que le sien est en effet loin d’être simple. Il y a par exemple un passage où l’on voit Louise expliquer que pour poser une simple question aux Heptapodes, il faut d’abord s’assurer qu’ils comprennent le concept de question. On n’est en effet jamais à l’abri d’une mauvaise interprétation, ce qui peut entraîner de graves conséquences dans certains cas, y compris celui d’une invasion extraterrestre.

Arrival aborde ainsi les mécanismes du langage et montre, à une époque où on en a bien besoin, qu’il faut apprendre à connaître l’autre et sa culture via la langue pour vaincre sa peur de l’inconnu. Bref, je vous le conseille vivement !

En attendant de pouvoir reprendre le récit de mes aventures en Asie du Sud-Est (j’espère la semaine prochaine), je souhaite encore une fois une bonne fête aux traducteurs et un bon week-end à tous 🙂

Le stress du freelance en vacances

Ce soir, je m’envole pour la première fois depuis plus de 5 ans en Asie. Nous avons en effet décidé avec mon cher et tendre de prendre quasiment 3 semaines de congé pour parcourir le sud-ouest de la Thaïlande, Singapour et Bali. À l’excitation du voyage se mêle toutefois une anxiété nouvelle : c’est la première fois en pratiquement 5 ans de freelance que je partirai aussi loin, aussi longtemps.

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Alors je sais, vous allez me dire que je pars relativement souvent en voyage. Cela reste cependant des city-trips s’étalant majoritairement sur le week-end et ne me faisant perdre que 2 jours maximum sur ma semaine. Au tout début de mon activité, j’étais bien partie un mois en Grèce, mais j’avais décidé de ne prendre qu’une semaine de vacances au total et de travailler le reste du temps. Là, je pars vraiment sans filet, avec l’intention de me déconnecter totalement. Ou du moins essayer. Car oui, même s’il est libre, un freelance n’est jamais vraiment totalement en vacances…

Il ne faut en effet pas oublier que pour un travailleur indépendant, il n’y a pas de congé payé. Si tu ne travailles pas, tu ne gagnes rien, ça ne va pas plus loin. Vous pouvez donc mieux comprendre pourquoi je n’ai pas l’esprit tranquille. J’ai au moins 4 bonnes raisons d’angoisser :

  • Passer à côté d’un gros projet : c’est systématique. Il suffit que je me programme une après-midi tranquille avec des copines ou une soirée en amoureux pour que mes clients se déchaînent sur ma boîte mail (le plus souvent tous en même temps, sinon ce ne serait pas drôle…). Alors sur les 20 jours que je passerai en vacances, j’imagine que je vais forcément rater des projets intéressants. Et c’est extrêmement frustrant. J’ai toutefois prévenu mes clients habituels longtemps à l’avance que je partais 3 semaines donc j’espère ne pas avoir de mauvaise surprise à mon retour.
  • Perdre mes clients s’ils trouvent un meilleur prestataire en mon absence : ben oui, ce n’est pas parce que je pars en vacances que mes clients vont arrêter de bosser de leur côté. Ils devront donc faire appel à un autre rédacteur ou traducteur et vont peut-être se rendre compte qu’il est plus doué, rapide ou moins cher que moi. J’ai de bons clients fidèles mais on n’est malheureusement jamais à l’abri.
  • Ne pas savoir si j’aurai du boulot à mon retour : mes clients ont aussi le droit de partir en vacances après tout. Ça serait toutefois tellement mieux qu’ils les prennent au même moment que moi ! Je me rassure en me disant que je n’ai pas encore connu de période creuse cette année. Mais comment sera la situation en août ? Est-ce que je pourrai me rattraper avec un gros projet ou va-t-il falloir attendre septembre pour renflouer mes caisses ?
  • Avoir fait une erreur dans un de mes derniers projets et ne pas pouvoir répondre tout de suite : en tant que grande perfectionniste, j’ai déjà peur à la base de me planter. Alors je ne vous raconte pas l’angoisse d’imaginer avoir laissé une erreur dans un texte et de ne pas avoir accès à mes e-mails pour répondre immédiatement à mes clients en cas de problème.

Bref, vous l’aurez compris, je ne pars pas vraiment sereine. J’espère toutefois réussir à ne pas trop regarder mes e-mails et à devenir plus zen une fois que je serai à l’autre bout du monde pour pouvoir vous écrire une ou plusieurs cartes postales 😊.

À bientôt et bonnes vacances à ceux qui en prennent aussi !

Les réviseurs/relecteurs

Publié le

Bonjour à tous ! Désolée d’avoir encore une fois manqué notre rendez-vous de ces deux dernières semaines mais le mois de février et le début de mars ont été un véritable marathon. Je profite donc d’une légère accalmie pour m’occuper enfin de mon blog.

Ceux qui me suivent depuis un bon moment déjà se rappellent peut-être de mon article au sujet des Project Managers. Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler d’un autre intermédiaire auquel les traducteurs et rédacteurs freelances doivent faire face quand ils travaillent avec des agences : les réviseurs/relecteurs.

Réviseur/relecteur

Différence entre réviseur et relecteur

Avant toute chose, petite mise au point sur la différence entre un réviseur et un relecteur. Le réviseur va se charger de corriger la traduction en la comparant au texte original. Il doit donc non seulement vérifier que le texte cible ne comporte aucune faute de grammaire, d’orthographe ou de typographie, mais aussi qu’il n’y ait aucun contre-sens, oubli ou incohérence par rapport au texte source. Le relecteur ne s’occupe quant à lui que de relire le texte pour s’assurer qu’il ne présente aucune erreur. On peut aussi l’appeler « correcteur ». Je parle ici des deux étant donné que les rédacteurs ont eux aussi affaire à ce type « d’obsédé textuel » ou de « grammar-nazi » (en étant une moi-même, ceci doit être pris comme un compliment ^^).

Une relation délicate

S’il est plus rare d’avoir un contact direct avec les réviseurs/relecteurs, leur rôle n’est pas moins important. Ce sont en effet eux qui doivent s’assurer de la qualité du texte que le client recevra. (Notez toutefois que certaines agences n’emploient pas de réviseurs et demandent donc aux traducteurs de se charger eux-mêmes de la révision et de la relecture de leur texte.) Il arrive donc de temps en temps que le traducteur reçoive les commentaires de ces réviseurs (vous en recevrez d’ailleurs si vous passez un test de traduction pour une agence). En règle générale, un réviseur est lui-même un traducteur expérimenté. Il est donc capable de déceler la moindre erreur et de vous la signaler. Ceci dit, certains réviseurs peuvent rapidement devenir la bête noire des traducteurs s’ils font mal leur métier. En effet, certains réviseurs/relecteurs ont tendance à vouloir absolument corriger des éléments dans un texte, simplement par subjectivité. Je me rappellerai toujours de mon professeur de révision de textes qui nous avait expliqué que face à une phrase problématique, un bon réviseur devait faire avec ce qu’il avait sous les yeux et ne pas tout modifier (excepté en cas de gros contre-sens, bien entendu). Ce qu’elle voulait dire par là, c’est qu’un réviseur se doit de faire preuve d’humilité et de respecter le travail du traducteur. Un réviseur qui chipote sur un mot ou une tournure de phrase qu’il n’aime pas alors que c’est tout à fait correct n’est donc pas professionnel. Et c’est pourquoi les rapports entre traducteurs et réviseurs peuvent parfois tourner au vinaigre. Je me souviens d’un professeur du Centre Européen de Traduction Littéraire (CETL) qui nous avait raconté qu’il s’était disputé avec son éditeur car le réviseur, apparemment inexpérimenté, avait modifié tout un passage sans prendre compte du style particulier du texte source. Il n’avait donc pas respecté le travail du traducteur et avait réécrit le texte à sa sauce. Vous pouvez vous imaginer l’énervement du traducteur qui aura consacré des heures de boulot à ce passage…

Une remise en question perpétuelle

Heureusement, les réviseurs ne sont pas tous comme ça. Personnellement, j’aime recevoir des critiques de réviseur car cela peut aider à se remettre en question et à progresser. L’une de mes clientes, traductrice également, a d’ailleurs l’habitude de réviser avec moi les textes que je traduis de l’anglais au français et qu’elle traduit de son côté de l’anglais en espagnol. L’échange est toujours très instructif car cela me permet de justifier certains de mes choix et d’en questionner d’autres. Il m’arrive aussi de temps en temps de réviser des traductions ou simplement de relire des textes et de jouer donc moi-même le rôle de réviseur/relecteur. J’avoue que c’est un exercice qui me plaît énormément car relever les erreurs des autres me permet d’améliorer à mon tour mes traductions ou mes rédactions. Si vous avez un texte français à faire relire, comme un mémoire par exemple (j’adore les mémoires !), n’hésitez donc pas à me contacter !

À la semaine prochaine, je l’espère, pour un autre article 🙂

 

La Foire du Livre de Bruxelles 2016

Bonjour tout le monde ! Comme vous vous en doutez, mon billet de cette semaine sera consacré à la Foire du Livre de Bruxelles. J’ai en effet passé toute la journée de lundi sur le site de Tour & Taxis pour assister aux rencontres de la première Journée de la traduction littéraire (qui ne se limitait d’ailleurs pas à la traduction littéraire mais à bien d’autres domaines de la traduction et de l’interprétation).

Voici donc un « résumé » de cette journée très intéressante.

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Accompagnée de ma meilleure amie Florence, j’arrive sur le site de la Foire du Livre un peu avant midi pour assister aux dernières minutes de la rencontre intitulée « Traduire la poésie : miracle ou sueur ? ». Je ne pourrais malheureusement pas dire grand-chose sur le sujet car nous avons simplement eu l’occasion d’entendre quelques lectures de traductions de poèmes, ce qui était en passant fort agréable. La rencontre s’est terminée sur une belle déclaration de Bart Vonck, poète et traducteur flamand, qui déplorait la position que prennent certains pays d’Europe face à l’arrivée des migrants. Quand on est traducteur, on est en effet (en principe du moins) plus ouvert à la culture des autres et voir les frontières se fermer devant ces personnes qui peuvent nous apporter tellement en termes d’échanges est tout simplement insupportable. Je ne pouvais qu’approuver son message, qui a d’ailleurs été largement applaudi par l’audience.

Ce fut une très belle introduction à la rencontre suivante : « Traduire les larmes : quand l’interprète devient la voix des exilés ». Les interprètes invités pour l’occasion nous ont raconté les difficultés qu’ils rencontrent fréquemment dans leur métier. Rana Abdalhafiz, interprète d’origine palestinienne accompagnant des délégations dans les zones de conflit, et Marc Lebon, interprète spécialisé dans les langues africaines travaillant à la Cour pénale internationale, ont tous deux été confrontés à des discours chargés d’émotions qui ne peuvent laisser indifférent. Et pourtant, l’interprète doit avoir la force nécessaire pour traduire les larmes, les cris et les horreurs en faisant toujours preuve d’impartialité. Que ce soit sur le terrain ou dans une salle de tribunal, l’interprète doit être capable d’inspirer assez de confiance à l’interlocuteur étranger tout en gardant une certaine réserve pour ne pas lui donner l’impression qu’il est pour ou contre lui. Il doit aussi avoir assez de pudeur pour aborder avec délicatesse des sujets plus sensibles. Ainsi, Marc Lebon, interprète à la Cour pénale internationale, explique qu’il existe des codes qui sont utilisés au tribunal pour parler de certains tabous. Par exemple, l’expression « servir du café » est un code pour parler de la torture. Être interprète dans ce genre de situation, ce n’est donc pas seulement maîtriser les langues sur le bout des doigts et avoir une bonne résistance au stress, mais aussi être capable de rester impassible en toutes circonstances. Bref, ces deux interprètes m’ont vraiment impressionnée.

Après ces 50 minutes tellement passionnantes que je n’ai pas vu le temps passer, Franz Lewmaitre, le chef d’unité d’interprétation de langue française de la Commission européenne, est venu nous parler du « Multilinguisme en action dans les institutions européennes ». Personnage charismatique, il a voulu rendre la rencontre plus interactive en demandant aux membres du public ce qu’ils voulaient savoir sur le cercle prestigieux des traducteurs et interprètes des grandes institutions européennes. La première question, que probablement beaucoup de personnes rêvaient de poser, concernait bien évidemment la rémunération des linguistes engagés par ces organismes. Eh bien, si je savais déjà que l’on avait la belle vie quand on était traducteur ou interprète à la Commission, j’ai été surprise par les chiffres : 4 000€ net (!) par mois pour tout employé en début de carrière, somme qui peut aller jusqu’à 10 000€ net (!) par mois en cumulant les années d’expérience… Sachez aussi que la Commission fait appel à des interprètes freelance qui peuvent espérer une rémunération de 400€ la journée. Mais, bien sûr, accéder à ce poste de rêve n’est pas donné à tout le monde. Il faut ainsi savoir interpréter depuis au moins 3 langues de travail et réussir les examens d’entrée. Ceci dit, Franz Lewmaitre nous a expliqué que la plupart des personnes qui rataient ces épreuves n’échouaient pas à cause d’un manque de connaissances dans leurs langues étrangères, mais d’un niveau insuffisant en français. En effet, comme je l’ai d’ailleurs expliqué dans plusieurs de mes billets, un interprète ou un traducteur doit surtout avoir un excellent niveau dans sa langue maternelle. Si vous voulez donc entreprendre des études dans ce domaine, ne l’oubliez jamais ! La dernière question de cette rencontre bien trop courte à mon goût concernait un sujet assez brûlant en ce moment : l’avenir de la traduction et de l’interprétation. Ces derniers temps, je tombe en effet souvent sur des articles tirant la sonnette d’alarme quant à la situation des traducteurs et interprètes qui seront bientôt remplacés par des machines. Franz Lewmaitre nous a toutefois rassurés sur ce point. Il nous a expliqué qu’on l’avait déjà mis en garde au début de ses études en 1990, en lui disant que le métier de traducteur disparaîtrait dans 10 ans. La même annonce apocalyptique lui a été faite 5 ans plus tard quand il a commencé à travailler. Au cours de sa carrière, il entend à plusieurs reprises le même discours. Résultat, cela fait désormais plus de 25 ans qu’il travaille et les traducteurs et interprètes n’ont toujours pas disparu. Leur nombre n’a même jamais cessé d’évoluer ! Bien sûr, leur métier n’est plus le même qu’autrefois vu qu’ils peuvent profiter des progrès techniques. Mais l’époque où les interprètes et traducteurs seront totalement remplacés par des robots n’est pas encore venue.

Preuve en est la rencontre suivante qui concernait « Les nouveaux métiers de la traduction » (la Première avait d’ailleurs consacré une émission sur le sujet, voici le podcast si vous souhaitez l’entendre). Car oui, au lieu de disparaître, la traduction s’ouvre à de nouveaux horizons. Parmi ceux-ci, le surtitrage d’opéra, sujet auquel j’avais déjà consacré un billet, la traduction de jeux vidéo et le copywriting :

  • Métier n’existant que depuis une vingtaine d’années, le surtitrage d’opéra est de plus en plus utilisé. Brigitte Brisbois, surtitreuse, nous a expliqué que cette profession est d’abord apparue aux États-Unis et au Canada avant de se répandre en Europe. Autrefois, les paroles des opéras étaient traduites (ou plutôt adaptées) pour chaque pays. Certaines troupes interprètent d’ailleurs encore aujourd’hui certains grands opéras dans leur propre langue. Mais au XIXe siècle, notamment grâce aux tournées des spectacles et des grands solistes, on constate un certain retour aux sources. Les amateurs d’opéra de cette époque ont ainsi l’habitude de préparer leur sortie au théâtre en lisant le livret pour s’imprégner de l’histoire avant de pouvoir apprécier l’œuvre dans la langue originale. Mais aujourd’hui, plus personne ne prend le temps de s’intéresser à l’intrigue de l’opéra et tout le monde préfère la découvrir directement sur scène, surtout qu’il est désormais possible d’avoir la traduction des paroles sur place. En plus d’être un métier passionnant, le surtitrage demande au traducteur de pouvoir manier suffisamment la langue pour que ses surtitres puissent dire l’essentiel sans distraire les spectateurs.
  • Autre domaine, la traduction de jeux vidéo est en plein essor. Selon Manu Roy, traducteur spécialisé dans l’audiovisuel, ce type de traduction pourrait être classé dans la catégorie de la traduction littéraire car les jeux vidéo d’aujourd’hui présentent des mises en scène et des dialogues recherchés dignes de films. Il faut bien évidemment avoir quelques connaissances dans le domaine, mais cela se résume souvent aux termes types que l’on retrouve dans les menus et les descriptions des touches de commande. L’industrie du jeu vidéo étant en pleine forme, la demande pour ce type de traduction est très importante et les industriels sont prêts à payer le prix fort pour obtenir des textes de qualité. À bon entendeur…
  • Et dernier domaine qui a fait son apparition dans le secteur de la traduction : le copywriting, terme que Francisco Aldariz, directeur de l’agence de traduction Crossword, traduit par « adaptation ». Le copywriting est en effet à la frontière entre la traduction et la rédaction publicitaire. Son but est d’adapter un texte de type marketing à un marché étranger pour promouvoir un produit, un service ou une entreprise. Ce métier ne m’est pas inconnu puisque je fais également ce genre de travail depuis plus de trois ans. Et je sais donc que c’est un service de plus en plus demandé. Comme quoi, la traduction évolue et se transforme mais n’est pas un secteur en danger de disparition !

Si j’ai attendu avec impatience la rencontre suivante, qui devait à la base être un « Atelier de surtitrage en direct », j’ai été assez déçue. Par manque de moyen technique sur place, l’atelier annoncé s’est transformé en cours théorique sur le surtitrage de pièces de théâtre. Le traducteur Michel Bataillon a ainsi expliqué en long et en large ce qu’est le métier de surtitreur. S’il est semblable de loin au surtitrage d’opéra, le surtitrage de pièces de théâtre est toutefois assez différent et pose d’autres exigences. En effet, si le surtitreur d’opéra peut se reposer sur la partition musicale et laisser sa traduction telle quelle pendant toute la durée des prestations du spectacle, le surtitreur de théâtre doit assister à chaque représentation de la pièce et adapter son texte aux changements de dernière minute imposés par le metteur en scène ou les acteurs. Je ne vais pas approfondir le sujet, mais simplement vous énumérer les trois grandes étapes de ce travail :

  • La traduction du texte de scène, c’est-à-dire les répliques des acteurs
  • Le découpage : véritable travail d’orfèvre, cette étape oblige le traducteur à reprendre son texte pour faire en sorte qu’il respecte les limites de caractère des surtitres, que les unités de sens ne soient pas séparées et que sa traduction ne trahisse pas la suite des événements de la pièce. Par exemple, si l’acteur doit prononcer une réplique humoristique, le traducteur doit veiller à ce que la chute de la blague n’apparaisse pas sur l’écran avant que l’acteur ne la prononce, au risque de faire rire le public avant que l’acteur ait terminé sa phrase.
  • Le « topage » : durant cette dernière étape, le traducteur doit veiller à envoyer les surtitres en même temps que les acteurs prononcent leurs répliques. C’est donc un exercice demandant un incroyable niveau de concentration, le traducteur doit en effet être prêt à sauter plusieurs lignes si l’acteur oublie une partie de son texte ou même à revenir en arrière si l’acteur s’emmêle les pinceaux. Bref, vous n’avez pas intérêt à avoir un moment d’égarement !

Enfin, la dernière rencontre de la journée s’intitulait : « Europe et traduction littéraire : quels enjeux ? Quel avenir ? ». La grande invitée de cette rencontre était bien évidemment Françoise Wuilmart, fondatrice du Centre Européen de Traduction Littéraire, institut où j’ai étudié pendant 2 ans. Je n’ai pas appris grand-chose de cette rencontre vu qu’elle parlait du parcours du combattant qu’il faut réussir pour devenir traducteur littéraire (mais pas en vivre, entendons-nous bien) et que je le connais bien. Pour résumer, si vous voulez devenir traducteur littéraire, il faut avoir un diplôme, faire des études post-universitaires au CETL, passer votre mémoire devant un jury de professionnels de l’édition et espérer que l’un d’entre eux accepte de vous publier. Bref, il faut s’armer de patience et ne jamais oublier que c’est avant tout un métier de passion et non un gagne-pain.

Voilà pour les rencontres de cette première Journée de la traduction littéraire et de l’interprétation. J’ai bien évidemment terminé mon tour à la Foire du Livre par une visite au stand consacré à la traduction, où je me suis fait plaisir en achetant Partages, le livre d’André Markowicz que j’avais inscrit sur ma liste de livres à offrir à un traducteur, Honni soit qui mal y pense : l’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais d’Henriette Walker et La Traductrice, un court récit d’Efim Etkind, traduit du russe par Sophie Benech. Et je suis également repartie avec Le Crime du comte Neville, dernier roman d’Amélie Nothomb. Ceci annonce donc de nouveaux billets Croque-livre !

En attendant, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un autre billet 🙂

 

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