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Mon quotidien en tant que traductrice mais aussi des conseils, des coups de gueule, des cris de joie, etc.

Les bienfaits d’être diariste

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Mardi 26 mai, à l’occasion de la Fête de l’écrit organisée par La Poste en France, le podcast L’Heure du monde a diffusé un épisode consacré aux journaux intimes et aux pouvoirs de l’écriture. Un sujet qui m’a beaucoup parlé vu que je suis diariste (c'est-à-dire autrice d'un journal intime) depuis de longues années.

Mon petit journal intime du moment

Avant d’écrire cet épisode, la journaliste Esther Michon était retombée sur de vieux journaux intimes qu’elle tenait durant son adolescence, s’interrogeant sur la raison pour laquelle elle écrivait à l’époque et les sujets qu’elle abordait. Cela m’a rappelé la fois où j’ai rouvert l’une de mes malles à souvenirs et que j’ai pu lire l’un de mes tout premiers carnets, un petit cahier rose bonbon orné d’une Barbie princesse style années 1990. Je ne le qualifierai pas exactement de « journal intime » vu qu’il contient, entre autres, la liste des prénoms de mes peluches, poupées et autres figurines quand je jouais à l’institutrice (😅), mais c’est l’un des premiers carnets dans lesquels j’ai laissé des bouts de vie et des émotions. J’y avais ainsi décrit avec des mots d’enfant une dispute avec ma sœur, mais aussi exprimé l’une de mes premières grandes colères et tristesses : l’annonce qu’on allait devoir euthanasier notre premier chien… Ce n’était pas une longue déclaration, simplement le dessin d’un visage avec de grosses larmes et ces mots écrits en grand en travers de la page : « JE NE VEUX PAS QU’ON PIQUE PRUNE ! ». J’avais apparemment eu besoin de lâcher sur le papier cette émotion trop forte qui me submergeait. Par la suite, j’ai eu comme toutes les petites filles divers carnets couleur pastel fermés par un cadenas, dans lesquels je racontais tout et n’importe quoi quand l’envie m’en prenait.

C’est à l’adolescence que j’ai commencé à être beaucoup plus assidue, épanchant mes doutes, mes états d’âme, mes émois amoureux, et racontant les grands épisodes de la vie d’une jeune fille dans les années 2000. Je ne me rappelle pas vraiment avoir tenu de carnets quand j’étais à l’université, mes soirées étant exclusivement dédiées à l’étude ou aux sorties entre copines, mais j’écrivais encore ça et là les événements principaux de ma vie. J’ai aussi pris quotidiennement la plume lors de mon séjour linguistique de 6 mois à Minsk, ainsi que durant mon périple de 3 mois en Inde, mais je ne dirais pas que ces écrits sont «intimes», étant donné que je les publiais sur des blogs, dans le but d’informer mes proches et de leur partager mes expériences. L’envie de tenir un journal intime plus régulièrement m’est revenue lorsque je me suis retrouvée sur le marché du travail et que je me suis lancée comme indépendante. Et cela fait maintenant plus de 6 ans que j’essaye chaque matin de me prendre quelques minutes pour écrire et vider mes pensées. J’ai ainsi une collection énorme de petits carnets, qui me servent un peu de psychologue en papier auquel je confie mes angoisses, mes coups de gueule, les bonnes et les mauvaises nouvelles, et tout ce qui me cause du stress au quotidien (c'est-à-dire presque tout 😅).

Au cours de l’écriture de cet épisode de podcast, Esther Michon a voulu savoir si tenir un journal intime avait des effets bénéfiques sur la santé. Elle a interrogé plusieurs spécialistes et consulté des études sur le sujet. Si ce n’est pas totalement confirmé scientifiquement, des recherches ont montré que les personnes qui tiennent un journal intime et y parlent de leurs traumatismes parviennent à diminuer leur stress, à réduire leur tension artérielle, mais aussi à stimuler leur système immunitaire. L’auteure Nayla Chidiac, qu’Esther a interviewée, a précisé qu’il fallait absolument écrire à la main pour ressentir ces bienfaits. Selon elle, l’écriture de journaux intimes est cathartique lorsque l’on ne s’impose aucune règle, qu’on s’offre le temps de penser sans aucune autre distraction et que l’on laisse simplement couler l’encre sur le papier. J’en suis totalement convaincue. Je pense d’ailleurs que ma santé mentale aurait été en bien pire état si je n’avais pas écrit dans mes carnets durant les confinements pendant toute la période du virus-dont-on-ne-veut-plus-entendre-le-nom, par exemple.

Esther Michon termine l’épisode en disant que c’est à nous de choisir la façon dont on voit le journal intime : comme un outil ou comme un trésor à chérir. Personnellement, j’ai toujours considéré mes carnets intimes comme mes biens les plus précieux. Ces journaux sont des fenêtres ouvertes sur d’autres périodes de ma vie. Au beau milieu de toutes les émotions décrites, des disputes avec mon amoureux, des inquiétudes pour mes proches, du stress lié à l’IA ou des besoins d’encouragement et de motivation durant les périodes plus intenses de travail se cachent des anecdotes qui semblent tout à fait banales sur le moment, mais qui me permettront plus tard de retourner dans le passé, de voir se redessiner derrière les mots les lieux où j’ai vécu ou les traits et le caractère des personnes chères à mon cœur qui ont disparu. Alors je continuerai d’écrire régulièrement pour mon moi du présent, mais aussi pour mon moi du futur, à qui j’offre ces merveilleux voyages dans le temps.

Perles de traduction automatique et coquilles III

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Le 1er avril n’est pas bien loin et je me suis dit qu’il était temps de rire un peu des dernières blagues inventées par les machines de traduction automatique lors de mes projets de post-édition de 2025. Voici mon dernier florilège.

Poisson d’avril en retard (photo de cottonbro studio sur Pexels)

Bien qu’elles évoluent, surtout depuis l’arrivée de l’IA, les machines de traduction automatique ont encore tendance à vouloir traduire un peu trop littéralement. Par exemple, un clutch bag n’est plus un sac pochette avec elles, mais un « sac à main d’embrayage » (qui sait, ça donnera peut-être des idées à certains créateurs 😅). C’est encore pire quand certaines passages sont plus littéraires. Ainsi, dans une description de logo, je suis tombée sur « effet de flamme de remorque » pour traduire trailing flame effect qui signifie « effet de traînée de flamme » (pour la petite explication du choix de traduction automatique, un trailer est une « remorque »). À l’inverse, la machine se prend parfois pour une poétesse. Elle a ainsi traduit prominent peaks (qui indiquait la silhouette de sommets proéminents sur un logo) par « pointes de promesse » (au fond, les montagnes ne promettent-elles pas de magnifiques panoramas à leur pic ? 🗻).

Il existe aussi certains concepts que les logiciels de traduction automatique semblent encore avoir du mal à saisir. Les aliments et la nourriture en général en font partie. En effet, j’ai relevé plusieurs erreurs dans la traduction de noms de fruits. Dès qu’il s’agit d’un fruit moins courant qu’une pomme, une banane ou une orange, la machine fait preuve d’imagination. Le starfruit, ce fruit exotique dont les coupes transversales prennent la forme d’étoiles et qui porte le joli nom français de « carambole » est ainsi devenu « amidon à base de fruits » (la machine ayant probablement considéré star comme une faute de frappe pour starch qui signifie « amidon »). D’ailleurs, pour couper la carambole, la machine utilise apparemment des « couteaux à ongles » (et non des « couteaux Nakiri » pour Nakiri knives). Autre fruit exotique méconnu par le logiciel de traduction automatique, le longkong fruit (qu'on traduit simplement par « longkong ») s’est transformé en « fruit longue conservation ». La machine a aussi voulu traduire absolument salak fruits (simplement « salaks » alias une sorte de fruit de petit palmier) par « salade de fruits » (🎼jolie, jolie, jolie). Passons ensuite à une expression qui m’a bien fait rire dans un texte pourtant destiné à la Commission européenne et qui parlait de viticulture : a long grape-ripening period (c'est-à-dire une longue période de maturation des raisins) est devenu une « longue période de pamplemousse » (il est vrai qu'il existe d'excellents rosés au pamplemousse, mais ce n'est pas une raison pour confondre grapes 🍇 et grapefruit 🍊). Toujours au rayon alimentaire, la machine de traduction automatique a voulu me vendre des « chutes » à la place de fallafels (bon, effectivement, il y avait une coquille dans le texte source et le l superflu a perturbé la machine) et m’a proposé « Turquie, oie, roche, chapon et canard » pour traduire turkey, goose, cocks, capons and ducks (dinde, oie, coqs, chapons et canards). Un dernier exemple de mauvaise traduction d’aliment qui m’a fait exploser de rire : poultry offal (des abats de volaille) a été traduit par « volaille en panne » (la machine aime apparemment l'humour noir …).

Contrairement à nous, êtres humains, les machines de traduction automatique n’ont pas le plaisir de pouvoir participer à des événements ou d’assister à des concerts et à des spectacles. Il est donc normal qu’elles ne connaissent pas le concept des pop-up events (événements éphémères) et pensent qu’il s’agit de « manifestations en relief », qu’elles confondent les thespian arts avec « l’art de l’espionnage » [elles ont probablement trouvé suspect ce -spi- (spy)] alors qu’on parlait de « l’art dramatique » (mais un espion ne doit-il pas développer un certain jeu d'acteur ?). Les logiciels semblent aussi ne pas comprendre que lorsqu’on parle de connecting fans with entertainers and creators, il ne s’agit pas de connecter des « ventilateurs » mais bien de mettre en contact des fans avec des artistes et créateurs. En parlant de création artistique, on sait que l’IA aime se prendre pour une compositrice, mais elle ne connaît apparemment pas très bien les logiciels de mixage musical. Je suis ainsi tombée sur un passage traduit automatiquement qui était totalement à côté de la plaque, dans lequel brass separation (séparation des cuivres) a été traduit par « séparation de laiton », audio stems (stems audio) par « ragoûts audio », lead vocals (voix principales) par « chant des plombs » et woodwinds (bois) par « vents en bois » (les bois appartiennent effectivement à la famille des instruments à vent, mais pas besoin d'être aussi précis…). Et parfois, la machine voit des instruments de musique là où il n’y en a pas, traduisant par exemple hamstrings par « cordes » au lieu de « ischio-jambiers ».

Cela m’amène à un autre domaine dans lequel j’ai repéré pas mal d’erreurs de traduction automatique : le corps humain et la santé. Nous aurions ainsi des « hémisphères intervertébraux » à la place d’hémisphères cérébraux dans nos cerveaux (traduction automatique de cerebral hemispheres), nous souffririons de maladies « neurogchiatriques » et non neurogénétiques (pour neurogenetic), nous pourrions développer une « orbite de tombe » au lieu de la maladie de Graves (pour Graves' Orbitopathy) et nous devrions faire diagnostiquer nos risques de cancer dans des « scanners d’animaux de compagnie » au lieu de PET scans. Enfin, les logiciels de traduction automatique pensent que les humains mettent parfois des « serrures d’oreille » (ear locks) pour maintenir leurs lunettes de vue en place (notez que je ne serais pas contre un système de verrouillage d'oreilles pour ne plus entendre les infamies de Trump et compagnie …).

Les « pensées » de la machine de traduction automatique vont parfois un peu trop vite. Ainsi, pour traduire graduation caps (les coiffes carrées que les jeunes diplômé.e.s lancent dans les airs à leur remise de diplôme), le logiciel a opté pour « bouchons de remise » (certes, il faut bien fêter ça avec des coupes de champagne). Les tenues de cérémonie n’ont pas l’air d’être leur fort car j’ai aussi été perplexe en lisant « chaussettes-sièges » dans un passage parlant de vêtements et accessoires ecclésiastiques avant de remarquer que cassocks (qui veut dire « soutanes ») avait été orthographié casesocks (mot qui n'existe pas en anglais et que la machine a décidé d'inventer en français).

La machine peine également parfois à traduire des expressions pourtant courantes, comme  dark web, qui reste tel quel en français ou se traduit dans certains contextes par « réseaux clandestins en ligne » mais qu’elle a traduit par « web foncé », ou free market (marché libre) qui s’est transformé en « marché gratuit » (avouez que le concept est tentant en ces temps difficiles). J’ai aussi bien ri quand j’ai lu « phrase prison » pour traduire prison sentence (peine de prison), « sytème pénien » au lieu de système pénal (alors que c'était tout simplement penal system en anglais) ou encore « imperméable » au lieu de « usurpateur d’identité » pour traduire impersonator (à moins que les usurpateurs d'identité revêtent des imperméables pour mieux se cacher 🧥). Autre expression qui m’a fait éclater de rire : taking down threats (c'est-à-dire éliminer les menaces) a été traduit automatiquement par « menaces de duvet » [parce que down peut aussi désigner un édredon (parlons belge), et qui ne s'est jamais senti menacé par un changement de couettes après tout ?].

Là où le logiciel de traduction automatique m’a surprise, c’est quand il a totalement vrillé pour traduire des expressions qu’il auxquelles il devrait pourtant être habitués. Il a ainsi traduit messages left on an Internet homepage (messages laissés sur une page d'accueil Internet) par « messages à gauche sur une page d’accueil Internet » (il serait peut-être temps de prendre des cours de conjugaison et de grammaire) et transcribed and translated (transcrit et traduit) s’est transformé en « essentiels et translatés ». WHAT ? À partir du moment où un logiciel de traduction automatique n’est pas capable de traduire les tâches qu’il est censé effectuer, c’est qu’il a probablement dû « vapoter un stylo » (autre perle de traduction automatique, cartdriges for vaping pens est devenu « cartouches pour le vapotage de stylos » au lieu de « cartouches pour stylos de vapotage »).

Pour terminer ce billet sans fin, on sait que l’IA souffre d’hallucinations et que les machines de traduction automatique pètent parfois un câble et inventent des expressions sans queue ni tête. Par exemple, transforming learning experiences (transformer les expériences d'apprentissage) est devenu « slogan learning expericlôtures » (🧐)wolf’s head (tête de loup) s’est transformé en « louf la tête » (parler autant de langues, ça fait parfois buguer la matrice), ou encore on February 10 (le 10 février) a donné « sur les 10 fcontusions 2025 ». Je pense que la machine a besoin de vacances. Elle m’a en effet traduit summarise (résumer) par « l’été » et veut apparemment partir en camping, vu qu’elle a transformé spoken intent (une intention exprimée) par « tente parlée ». Il vaudrait d’ailleurs mieux qu’elle se tienne à l’écart des complexes hôteliers plus luxueux car, pour elle, des past guests (anciens clients d'hôtel) sont des « hôtes de courant et de pâte ».

Bref, il est temps que la machine se repose et se couche dans son « lit à dents » (au lieu de « lit en forme de tipi » pour teepee bed) ou qu’on l’envoie avec l’équipage d’Artemis II pour qu’il la laisse faire le tour de la surface de la lune à bord d’un « rogne-pieds » (oui oui, elle m'a sorti ça pour traduire lunar rover, qui est un rover lunaire).

C’est sur cette dernière perle de traduction automatique que je conclus ce billet. Vous l’aurez peut-être remarqué mais mon florilège est beaucoup plus fourni que les 2 précédents, alors que la technologie aurait soi-disant évolué… Comme quoi, une relecture HUMAINE est toujours INDISPENSABLE !

Mon premier amour

Depuis quelques années, je prends pour habitude d’écrire sur un sujet que j’aime particulièrement à l’approche de la Saint-Valentin. Le 14 février est pour moi la fête de l’amour sous toutes ses formes, et pas uniquement celle de l’amour romantique façon Roméo et Juliette. Il coïncide d’ailleurs avec l’anniversaire de l’une des personnes que j’aime le plus au monde : ma grand-mère maternelle. Mais aujourd’hui, je vais vous parler de mon premier amour, celui qui dure encore et pour toujours : la danse.

Photo de Ahmad Odeh

Vous allez me dire que la danse n’a rien à voir avec les langues ou la traduction, mais pour moi, elle est le langage le plus universel qui soit. Tout le monde peut danser, même celles et ceux qui disent en être incapables. Il n’existe à mon sens pas de mauvais danseur ou mauvaise danseuse. La danse est la traduction en mouvements des émotions qui sont au plus profond de nos corps. Quand je danse, j’ai l’impression d’être la version la plus authentique de moi-même. Et je suis loin d’être la seule dans le cas. À mon âge, je vois souvent des femmes qui avaient dansé dans leur enfance retrouver une nouvelle jeunesse, une part d’elle-même lorsqu’elles suivent un cours de danse. Peu importe la forme qu’elle prend, la danse a ce pouvoir incroyable de vous sentir (re)vivre. Rien ne m’émeut plus que de voir une personne âgée oublier les maux de la vieillesse quand elle se met à danser. La danse a aussi cette faculté de rassembler les êtres humains. Où que vous soyez dans le monde, elle existe et est capable de nous connecter. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau que de voir un groupe de personnes danser ensemble, même si elles ne se connaissent pas, ne parlent pas la même langue, n’ont pas le même âge ou ne viennent pas des mêmes horizons (je recommande le compte Instagram d'Ed People, un jeune Belge qui parcourt le monde pour découvrir les pas de danse de chaque pays et donne le sourire aux gens simplement en dansant).

Je ne pourrai jamais assez remercier mes parents d’avoir exaucé mon souhait quand, du haut de mes 4 ans, j’ai déclaré vouloir « faire de la danse comme ça », plaçant maladroitement les bras au-dessus de ma tête pour tenter de créer une couronne classique. La danse m’a apporté bien plus que ce que j’aurais pu imaginer. Elle a renforcé ma discipline, amélioré mon endurance, fait travailler ma mémoire. Certes, je ne suis pas danseuse étoile comme j’en rêvais enfant, mais j’ai bâti autour de moi une communauté inébranlable, des amies qui m’ont accompagnée à toutes les étapes de ma vie et sur qui je peux encore compter aujourd’hui. La danse me permet de m’évader de mes soucis du quotidien, d’évacuer mon stress et de reprendre confiance en moi. Je ne me sens jamais aussi bien qu’après une séance de danse et ne connais pas de meilleur moyen pour prendre soin de ma santé physique et mentale. Peu importe que vous aimiez la valse, le hip-hop, la salsa, ou même de simplement danser comme en boîte au beau milieu de votre salon sur votre chanson préférée, la danse est la plus belle expression de vie.

Merci à toi d’exister, de me soutenir dans mes moments les plus hauts et les plus bas, de me faire du bien quoi qu’il arrive, je n’imagine pas ma vie sans toi et tant que je pourrai bouger, je continuerai de danser.

2016-2026, c’était mieux avant ?

Si vous êtes sur Instagram, vous avez peut-être vu passer cette tendance nostalgique qui consiste à republier des photos de 2016. Une façon pour certains d’honorer le chemin parcouru ces 10 dernières années et pour d’autres de regretter cette époque révolue des années 2010, une nouvelle manière de dire « c’était mieux avant ». Je me suis soumise à l’exercice, non pas en fouillant dans mes photos, mais en relisant mes billets de blog datant de cette année 2016.

Photo originale de Ann H, modifiée par mes soins

Premier constat, j’ai beaucoup moins écrit sur mon blog cette année-là. La raison ? J’étais apparemment débordée. En vérifiant mes comptes financiers de 2016, j’ai pourtant vu que mon chiffre d’affaires était plus bas que les années ultérieures. Je ne chômais pas, mais j’étais encore au début de ma carrière et mes journées de travail étaient principalement dédiée à la rédaction, surtout pour une plateforme où les tarifs ne volaient pas très haut. Cela dit, c’est grâce à cette plateforme que j’ai été repérée par mes 2 clients les plus fidèles, qui m’ont contactée directement pat la suite. Puis cela m’a permis d’enrichir mon expérience.

Sur les 4 billets écrits en 2016, le premier a fait remonter un douloureux souvenir. Certes, les actualités de 2026 ne sont vraiment pas joyeuses et sont au contraire terriblement anxiogènes, mais 2016 a marqué la Belgique par les attentats commis à Bruxelles, 4 mois après ceux de Paris (et entre de nombreux autres attaques terroristes à travers le monde). Donc non, niveau actu, 2016 n’était pas plus douce que 2026.

L’autre billet intéressant de cette année-là concernait la Foire du Livre de Bruxelles, un événement auquel j’assistais fidèlement au début de mon activité. Je ne manquais jamais la journée de la traduction qui s’y tenait. J’ai relu mon compte rendu de l’édition de 2016 et j’ai eu un petit coup au cœur. L’un des intervenants, Franz Lewmaitre, le chef d’unité d’interprétation de langue française de la Commission européenne, avait donné son avis sur l’avenir de la traduction. À cette époque, il avait déclaré que cela faisait plus de 25 ans qu’il entendait que notre profession allait disparaître, mais qu’elle était toujours bien en vie et qu’il y avait même de plus en plus de traducteurs-traductrices et d’interprètes. À ce moment-là, les menaces étaient la traduction automatique et les logiciels de plus en plus performants. On ne parlait toutefois pas encore d‘intelligence artificielle… Je n’ai pas vraiment vérifié si le nombre de traducteurs avait chuté ces dernières années, mais j’ai vu autour de moi, sur des forums professionnels et dans les actualités, nombre de mes collègues décider d’abandonner le métier, voyant leur chiffre d’affaires baisser à vue d’œil.

En parlant de chiffre d’affaires, j’ai d’ailleurs constaté que j’étais revenue au niveau de 2016 justement… J’envie la traductrice que j’étais cette année-là pour la confiance qu’elle avait en l’avenir et en son travail. Ces derniers temps, les avancées de l’IA me font parfois douter de mes compétences, réveillant mon syndrome de l’imposteur de plus en plus souvent. Pourtant, j’ai beaucoup plus d’expérience qu’en 2016, et j’en ai fait du chemin depuis. Je n’aurais jamais imaginé travailler pour les institutions européennes, par exemple. Pourtant, j’ai réussi à convaincre plusieurs agences de mes compétences et de mon professionnalisme. Peut-être faut-il que j’allie la légèreté de ma vingtaine à l’expérience de ma trentaine pour retrouver un nouvel élan dans ma carrière ?

Beaucoup de choses peuvent changer en une décennie. À quoi ressemblera notre monde ? Mon métier existera-t-il encore ? Écrirai-je encore sur ce blog ? Et si on se donnait rendez-vous dans 10 ans pour le savoir ?

Le poids de l’IA sur la santé mentale

La semaine dernière, je suis tombée sur un article publié sur LinkedIn par une traductrice audiovisuelle qui met vraiment le doigt sur les sentiments que je ressens depuis l’an dernier et que partagent certainement beaucoup d’autres de mes collègues, ainsi que tous les freelances menacé.e.s par les progrès de l’intelligence artificielle. Les conséquences de ces avancées sur nos métiers ne sont pas seulement financières, elles affectent aussi notre santé mentale

Image de Tara Winstead sur Pexels

Je me permets de traduire le début de son article pour vous expliquer un peu ce que c’est de vivre dans le monde d’aujourd’hui pour un.e freelance dont le métier est chamboulé par l’IA :

La chose la plus difficile à propos de l’IA, pour moi, c’est l’incertitude concernant la gravité de ce qui va se passer pour nous, les traducteurs. J’ai bien sûr constaté une baisse des demandes ces derniers mois, et par conséquent une baisse de revenu, mais est-ce que je suis réellement en train de perdre mon boulot ? Mon travail va-t-il disparaître complètement ? Mes qualifications, mes compétences techniques et linguistiques, et mes années d’expérience ne signifient-elles rien ? Le problème, c’est que personne ne le sait vraiment. J’ai des gens qui me disent de ne pas m’inquiéter. Des gens qui me disent que je devrais la considérer comme un outil, et non comme une menace. Des gens qui me disent de me recycler car il n’y a pas d’espoir. Mais personne ne sait vraiment. Et c’est dur, pour les êtres humains en général. Il y a une menace, mais on ne sait pas à quel point elle est dangereuse.

Elle partage ensuite plusieurs de ses pensées, en parlant notamment de la post-édition et du fait qu’elle ne se prête pas à son métier, que ce travail est « incroyablement ennuyeux et frustrant », qu’il est souvent plus chronophage et payé pour une fraction du prix. Selon elle, l’idée que c’est plus rapide, de meilleure qualité et plus simple est tout simplement un mensonge. « Cela réduit simplement les coûts ». Je suis d’accord en partie sur ce point, même si je ne mets pas tous les projets de post-édition dans le même panier. Cela fait désormais plusieurs années que je fais de la post-édition dans des projets pour les institutions européennes à des tarifs raisonnables, me disant que c’est le seul moyen de continuer à exercer mon métier. Je la rejoins toutefois lorsqu’elle rappelle que le sous-titrage et la traduction en général sont un art, un travail qui prend du temps et qui a toujours besoin de ce côté « humain », surtout dans les domaines où la créativité est reine.

Elle se demande aussi dans quoi elle pourrait bien se recycler et comment ? Cette question m’a valu beaucoup d’insomnies… La première fois qu’une agence m’a demandé de rédiger avec l’IA, j’ai littéralement éclaté en sanglots. Mon estime de soi a pris un sacré coup. Puis j’ai tenté de considérer l’IA comme un outil, essayant de l’utiliser (ce qui m'a valu énormément de frustration), mais me refusant toujours à postuler aux nombreux jobs de « formateurs d’IA ». Je laisse probablement passer des occasions de me faire de l’argent, mais former l’IA reviendrait à me tirer une balle dans le pied… Alors, je me raccroche aux projets qu’il me reste, ayant l’espoir qu’il existe encore des client.e.s qui préfèrent la plume d’un être humain aux algorithmes. L’espoir, je le retrouve aussi chaque fois que je trouve une erreur dans une traduction automatique ou un texte généré par IA, me rappelant que mes connaissances sont bien là et qu’elles sont nécessaires pour parer aux hallucinations et incompréhensions des machines.

L’anxiété ambiante autour de mon métier me fait malheureusement aussi penser au pire des scénarios, soit la disparition totale de mon métier. J’ai plusieurs fois gardé les yeux ouverts dans le noir, le regard vers le plafond en me demandant à quoi je sers si toutes mes compétences sont déléguées à une machine. Depuis enfant, j’aime écrire. J’ai choisi la traduction parce qu’elle me permettait de combiner mon amour des langues et des cultures étrangères avec ma passion pour l’écriture. Voir un logiciel rédiger en 30 secondes un texte et surtout voir des gens s’extasier sur ses prouesses (malgré les nombreux défauts de ces textes quand on les observe de plus près...), c’est un coup de poignard dans le cœur. J’ai parfois l’impression que l’IA vole une part de mon identité, de ce qui me fait vibrer, et c’est dur à supporter mentalement

L’IA est une avancée technologique, certes, mais j’ai encore du mal à ne pas la voir comme une menace pour les êtres humains. J’ai peur de vivre dans un monde où plus personne n’est capable de penser par soi-même, les yeux toujours collés à un écran, sans voir l’environnement qui se détruit autour de nous à chaque question posée à ChatGPT, qui continue de propager stéréotypes et fausses informations, floutant les limites entre réalité et fiction. Nous n’en sommes pas encore là, et j’ai l’espoir qu’un renversement de la situation est possible, mais la peur est bien présente…

Si vous passez aussi par des phases d’angoisse et de désespoir, sachez que vous n’êtes pas seul.e…. Je vous envoie tout mon courage !

Gloire aux traducteurs et aux traductrices

Je n’ai pas écrit de billet vendredi dernier car je savais que j’allais vous publier un article ce 30 septembre à l’occasion de la Journée internationale de la traduction. Après vous avoir parlé des livres les plus traduits au monde et raconté la vie de saint Jérôme de Stridon, j’avais envie de sortir quelques-un.e.s de ces travailleurs et travailleuses de l’ombre que sont les traducteurs et les traductrices.

Photo de falarcompaulo sur Pixabay

Si la grande majorité des traducteurs et traductrices sont resté.e.s caché.e.s dans les coulisses, plusieurs ont été mis.e.s sur le devant de la scène. Commençons par les plus célèbres avec Martin Luther, ce prêtre allemand né à la fin du XVe siècle qui a établi les bases du protestantisme en traduisant la Bible en allemand, et le Néerlandais Érasme, autre théologien du XVe siècle, qui a repris le travail de saint Jérôme et a retraduit en latin le Nouveau Testament grec. Bien d’autres traducteurs (principalement des hommes…) ont contribué à la diffusion des croyances du monde entier, mais la traduction a aussi servi à faire découvrir la littérature de différentes régions de notre planète. Comme l’écriture et la traduction sont des activités connexes, il est fréquent que des écrivain.e.s goûtent à la traduction avant d’écrire leurs propres ouvrages ou profitent de leurs connaissances linguistiques pour traduire des œuvres d’homologues qu’ils ou elles admirent. Ainsi, Charles Baudelaire a fait connaître en France les poèmes de l’Américain Edgar Allan Poe, l’écrivain italien Umberto Eco a traduit dans sa langue maternelle les fameux Exercices de style du romancier français Raymond Queneau et l’autrice belge Marguerite Yourcenar s’est attelée à la traduction des Vagues de l’Anglaise Virginia Woolf (bien que beaucoup qualifient son travail d'adaptation et non de traduction vu que Marguerite a conservé son propre style d'écriture plutôt que de coller à celui de Virginia). Citons également Samuel Beckett, le dramaturge, écrivain et poète irlandais qui a traduit en français ses propres œuvres, dont En attendant Godot.

Aux côtés de la religion et de la littérature, de grandes théories scientifiques ou philosophiques ont été propagées grâce à des traducteurs et traductrices méconnu.e.s. On doit ainsi à Adélard de Bath, Jean de Séville et Gérard de Crémone, entre autres, la traduction en latin de nombreux travaux scientifiques arabes et grecs au XIIe siècle, permettant de transmettre et d’utiliser ces précieuses connaissances en médecine, sciences naturelles ou mathématiques dans toute l’Europe. Autre exemple, la philosophe et scientifique française Clémence Royer a fait connaître la théorie de Charles Darwin dans le monde francophone en traduisant L’Origine des espèces au XIXe siècle. Citons également le couple de psychanalystes britanniques James et Alix Strachey, dont la traduction de toutes les œuvres de Sigmund Freud, qu’ils côtoyaient, a servi de référence pour les traductions ultérieures du travail du fondateur de la psychanalyse dans d’autres langues.

Traduire peut aussi être politique et j’avais envie de citer 3 traductrices qui ont pu faire avancer des causes sociales. Eleanor Marx, la fille de Karl, a participé à la lutte ouvrière en traduisant en anglais les œuvres de son père au XIXe siècle. À la même époque, sur le continent américain, Mary Louise Booth a lutté contre l’esclavage en traduisant en une semaine Un Grand Peuple qui se lève d’Agénor de Gasparin, s’attirant les éloges du président Abraham Lincoln. Plus proche de notre époque, au XXe siècle, Charlotte H. Bruner a consacré toute sa vie à promouvoir la littérature africaine aux États-Unis en traduisant des œuvres d’écrivaines africaines. Je ne peux évidemment pas oublier les traductrices qui ont œuvré et lutté pour le féminisme à travers leur travail, comme les Canadiennes Barbara Godard, qui a traduit en anglais les textes de grandes autrices canadiennes francophones, Susanne de Lotbinière-Harwood, qui a écrit Re-belle et infidèle : la traduction comme pratique de réécriture au féminin, et Luise von Flotow, dont le travail est axé sur les questions de genre et le féminisme dans la traduction.

Pour découvrir d’autres noms de traducteurs et traductrices qui ont changé le monde, je vous invite à lire cet article d’Actualitté dont je me suis inspirée.

Je ne pouvais pas terminer mon billet sans citer plusieurs traducteurs francophones contemporains dont j’admire le travail :

  • Olivier Mannoni, célèbre pour avoir traduit Mein Kampf, un travail éprouvant dont il parle dans son essai Traduire Hitler.
  • André Markowicz, qui a retraduit les œuvres de grands auteurs russes, dont Gogol, Pouchkine, Dostoïevksi, et qui parle de son travail dans son journal de traduction Partages.
  • Jean-Michel Déprats, traducteur et metteur en scène surtout connu pour avoir traduit les œuvres complètes de Shakespeare.
  • Jean-François Ménard, qui a probablement bercé votre adolescence si vous avez lu en français les 7 tomes d’Harry Potter.

À cette époque où l’on cherche à remplacer les traducteurs et traductrices humain.e.s par l’IA, je trouvais important de mettre en lumière toutes ces personnes qui ont contribué à relier les peuples et de remettre en avant l’importance de la traduction, qui lie depuis toujours les êtres humains par la quête de sens et qui devrait rester la plus humaine possible pour ne pas perdre son sens…

Bonne fête et force et courage à toutes et à tous mes collègues de la traduction !

J’apprivoise ChatGPT

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L’an dernier, j’ai publié plusieurs billets sur la menace de l’IA et bien évidemment sur celui que j’appelle encore le Grand Prédateur Technologique : ChatGPT. De l’eau a coulé sous les ponts depuis 2024 et j’ai décidé d’intégrer un peu plus mon ennemi juré dans mon travail et mon quotidien. Le côtoyer plus souvent m’a aidée à en avoir un peu moins peur, d’autant plus qu’il est loin d’être parfait

Photo de Matheus Bertelli sur Pexels

Après quelques tentatives qui généraient en moi plus de frustration que de satisfaction, j’ai totalement délaissé la rédaction assistée par IA. Rien à faire, je trouve toujours que ce n’est pas naturel, même si je demande à ChatGPT de se rapprocher de mon style. Il y a toujours quelque chose qui cloche ou qui ne sonne pas rond. Néanmoins, je l’utilise de plus en plus comme un outil de recherche. Si je dois écrire un article sur une destination, je peux m’en servir pour rassembler toutes les informations nécessaires sans devoir consulter des dizaines de pages différentes sur Internet. Cela dit, je reste toujours très prudente quant à ses affirmations et les vérifie. Par exemple, il est arrivé qu’il me parle d’une plage qui ne se trouvait absolument pas dans le pays que je devais décrire ou de m’inventer un festival de musique qui n’existait absolument pas (d'où l'importance de toujours garder un sens critique).

Côté traduction, je ne l’utilise pas vraiment. Il m’arrive simplement de faire appel à lui quand j’ai un mot sur le bout de la langue ou que je ne suis pas pleinement satisfaite d’une formulation. Je ne lui demande jamais de traduire à ma place, parce que ça reste MON métier et MON plaisir et que je fais déjà suffisamment de post-édition. D’ailleurs, chaque fois qu’il me propose d’écrire ou de traduire pour moi, je décline poliment, ou pas, surtout quand il vient de se contredire ou d’inventer des informations. J’avoue avoir un malin plaisir à lui indiquer ses erreurs et ses incohérences (c'est dans ces moments-là que je regagne confiance en l'avenir de mon métier). Il m’est quand même plusieurs fois arrivé de lui demander de réviser l’un ou l’autre de mes textes, uniquement pour avoir un avis extérieur et améliorer les passages éventuellement plus faibles. Je lui ai d’ailleurs demandé de noter une traduction que j’avais réalisée pour un test afin de connaître mes chances de réussite. En gros, je me tourne vers ChatGPT si j’ai une baisse de confiance en moi ou des doutes… J’ai également tenté de l’utiliser pour régler certains problèmes sur Trados Studio, mais, après avoir perdu 15 bonnes minutes à tenter les manipulations qu’il me proposait, sans succès, j’ai fini par trouver la solution moi-même en allant directement sur le forum de SDL.

Toujours au niveau professionnel, j’ai utilisé ChatGPT pour m’aider à prendre certaines décisions ou à adopter le ton le plus approprié lors de la rédaction d’e-mails dans des situations plus complexes sur le plan juridique. Encore une fois, les informations qu’il donne sont à prendre avec des pincettes, mais elles peuvent apporter un premier élément de réponse.

C’est dans ma vie de tous les jours que j’ai de plus en plus recours à lui. Ma machine à laver m’avait indiqué une erreur et je ne retrouvais plus le mode d’emploi : ChatGPT m’a guidée pas à pas dans la résolution du problème. Mon cher et tendre cherchait un petit city-trip à faire avant de rejoindre sa famille à Vienne lors de nos prochaines vacances : j’ai demandé à ChatGPT une sélection de villes romantiques à moins de 5h de train ou bus de la capitale autrichienne en lui demandant de faire une comparaison du budget, des sites à voir, de l’ambiance et de l’aspect pratique des transports jusqu’en Autriche. Pas plus tard qu’hier, je ne retombais plus sur une application dont une Youtubeuse avait parlé dans un vlog ces dernières semaines et ChatGPT m’a retrouvé le vlog et l’application en question.

Donc oui, je comprends l’intérêt général pour cet outil en raison de sa facilité d’utilisation, mais non, je ne le laisserai pas me remplacer dans mon travail et je ne céderai pas à la paresse de lui demander d’écrire ou de réfléchir à ma place. Je vous partage d’ailleurs ce petit extrait du podcast Un Monde connecté de Radio France autour de la question « L’usage répété de ChatGPT nous rend-il plus bête ? », qui confirme qu’il vaut mieux continuer de rédiger ses textes soi-même pour préserver son esprit critique et la santé de son cerveau.

Perles de traduction automatique et coquilles II

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Cette semaine a été particulièrement dure niveau professionnel et j’avais envie de la terminer sur un ton plus léger. Le 1er avril est déjà un peu loin, mais il n’y a pas d’heure pour rire un peu. Voici donc un petit millésime des dernières perles de traduction automatique récoltées lors de mes projets récurrents de post-édition.

Photo de cottonbro studio sur Pexels

Au registre des noms de marques qui ne sont pas censées être traduits, j’ai eu droit à « Pierre Roulante » pour Rolling Stone et à « Taureau Rouge » pour Red Bull 🐂. Bon, on ne va pas lui jeter la pierre (qui roule 🪨), la machine a reçu l’ordre de traduire et elle a traduit. Dans la même catégorie, la machine donne parfois son avis sur la pertinence des noms de marque. J’ai par exemple trouvé « Trop Vague » pour traduire Overshadow (c'est vrai qu'il y a mieux comme nom de marque).

Par moments, la machine traduit un peu trop littéralement. Par exemple, bell pepper (un poivron) est devenu « poivre de cloche » et slice of blood orange (une tranche d'orange sanguine) est devenu « tranche de sang orange » 🩸 . La traduction automatique a parfois aussi tendance à inventer des mots. Elle m’a ainsi proposé « micromanipuines » pour micromachines, « unsucré » pour unsweetened, « décarbonatation » 🏊‍♂️ pour decarbonation ou encore « dénersoufflerie » pour whistleblower reports (ce qui veut dire « signalements de lanceurs d'alerte »).

Je dois toutefois mes plus beaux éclats de rire aux moments où la machine n’a apparemment aucune idée de la signification d’une expression et qu’elle crée des associations de mots totalement farfelues. On va commencer en douceur avec carbon foot printing qu’elle a traduit par « impression de pieds de carbone » 👣 (on parle bien évidemment d'empreinte carbone). Je la pardonne, le terme était mal écrit et de « empreinte » à « pied », il n’y a qu’un pas 😁

On a ensuite « robe de changement de vitesse » pour shift dress (une robe droite). La machine a probablement pensé que shift provenait de gearshift, terme automobile qui signifie « changement de vitesse ». Cela dit, c’est vrai qu’une robe droite peut être à la fois rapide ou lente à enfiler…👗

La machine est aussi un peu dyslexique. Elle a traduit creams against soreness (crèmes antidouleur) par « crèmes contre le tri » ♻️. Elle a probablement la vue trouble et a lu to sort, qui veut dire « trier ». Dans le même genre, elle a réussi à me sortir « services de tir à l’arc pour huîtres » 🦪🏹pour traduire hatchery services for oysters. Elle a confondu hatchery (élevage) avec archery (le tir à l'arc).

La perle de traduction automatique suivante m’a fait rire jaune. Les stéréotypes sont tellement ancrés dans les logiciels de traduction automatique et d’IA que le terme matriarch (ajoutez juste un e pour avoir le mot français) a été traduit par « voûte plantaire ».

Je termine par 3 propositions de traduction automatique complètement WTF (je ne trouve pas d'équivalent français assez fort pour exprimer ce que j'ai ressenti quand je les ai vues) : « papier pour volant d’inertie » pour flypaper (papier tue-mouche), « soucoupe de la ruche » pour hidradenitis suppurativa (une maladie de la peau appelée « hidrosadénite », je cherche toujours le lien...) et, le meilleur pour la fin, « publication de livres de thon à l’utérus »  🐟 pour Audaces fortuna iuvidat, un proverbe latin qui veut dire « la fortune sourit aux audacieux ». Certes, pour parler de « thon à l’utérus », il en faut de l’audace 😅.

Vu que l’erreur est humaine et que je ne suis pas non plus à l’abri des coquilles, je termine par une faute que j’ai moi-même commise. Je me suis surprise à trouver « écus » 💰 au lieu de « EUR » à la relecture de ma traduction. Je devais avoir fait un voyage dans le temps au moment de mon 1er jet.

Envie de rigoler un peu plus ? J’avais déjà rassemblé plusieurs perles de traduction automatique ici (et le florilège suivant est ) !

Oiseau de nuit

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Non, je ne vais pas vous parler de chouette ou de hibou aujourd’hui, mais plutôt d’une autre réalité du boulot de freelance (du moins ceux et celles dont le travail se fait exclusivement à distance).

Photo de Bich Tran sur Pexels

« Oiseau de nuit » est le surnom que me donne l’une de mes meilleures amies depuis notre année passée à koter ensemble (petit belgicisme qui signifie « loger dans une chambre d'étudiant »). Elle était couche-tôt, j’ai toujours continué de travailler et d’étudier jusque tard, déjà pendant mes études. Quand mon activité de traductrice-rédactrice indépendante s’est intensifiée, j’ai été plusieurs fois contrainte de travailler tard dans la soirée, voire pendant toute la nuit, pour pouvoir rendre un projet dans un délai plus serré. Car oui, les freelances de la traduction reçoivent parfois des commandes à 17h pour un rendu le lendemain matin à 9h. Les horaires traditionnels de bureau, on ne les connaît pas vraiment… Travailler de nuit reste occasionnel, tout le monde ne le fait pas, mais c’est quand même une réalité du métier.

J’ai eu le cas cette semaine, d’où la publication tardive de ce billet de blog. J’avais enfin reçu une première commande d’une nouvelle agence de traduction qui va me permettre de renouer avec les textes pour les institutions européennes. Seul hic, j’ai reçu le projet à 17h le mardi pour un rendu le jeudi matin à 9h (projet de post-édition d'où le délai plus serré...). Comme je devais terminer d’autres projets pour le mercredi matin, je n’ai pas pu entamer mon travail directement et ai donc consacré toute ma journée du mercredi et toute la nuit à réviser le texte. Il faut dire que j’étais un peu rouillée avec les textes plus institutionnels et, avec mon syndrome de l’imposteur ultra présent en ce moment, je m’attardais quasiment sur chaque mot. Il s’agissait d’un gros projet, divisé entre 5 traducteurs/traductrices. Il fallait donc assurer une certaine cohérence entre les différentes parties du texte et nous disposions d’un fichier Excel partagé où indiquer nos notes et recommandations. Je pensais être la seule à travailler aussi tard, mais j’ai vu des notes s’ajouter bien après minuit et aux aurores. Comme quoi, nous étions toutes et tous sous la même pression. Cela dit, je ne l’ai pas vécu comme une contrainte… je dois même avouer que j’aime bien travailler de nuit.

Travailler la nuit, c’est un peu comme travailler le week-end, mais de manière encore plus calme. Pas d’e-mails ou de coups de fil intempestifs, mais surtout aucune perturbations extérieures (calme plat à l'extérieur, plus de notifications de messagerie ou de papotage entre deux phrases avec ceux et celles qui partagent votre vie...). J’ai toujours été beaucoup plus inspirée après 17h, allez savoir pourquoi. Ma concentration est à son maximum, le stress me tient éveillée et j’ai le plaisir d’assister aux premières lueurs du jour. Durant mes courtes pauses nocturnes de mercredi à jeudi, j’ai eu l’occasion d’entendre les renards se chamailler, d’apercevoir les ombres du petit troupeau de daims qui aiment brouter la pelouse devant notre balcon puis d’admirer le ciel se draper de couleurs roses et orangées avant le lever du soleil. Alors oui, j’étais bien KO le reste du jeudi, mais comme je n’avais rien à rendre ce jour-là, j’ai pu prendre une bonne partie de ma journée pour me reposer (c'est l'avantage d'être freelance, je gère mes horaires comme je veux, tant que je rends tout dans les délais).

Ma récompense après ma nuit de travail

Sachez donc que, pendant que vous dormez confortablement dans votre lit, des traducteurs et traductrices sont en train de taper frénétiquement sur leur clavier, les yeux rivés sur l’écran pour rendre vos textes à temps. Sur ce, je vous laisse, j’ai des heures de sommeil à rattraper 😴

Lettre d’amour à la traduction

Nous voilà déjà le 14 février, le jour de l’anniversaire de ma grand-mère adorée, mais aussi celui de la Saint-Valentin. Si c’est la fête des amoureux, j’aime l’idée de célébrer plutôt l’amour sous toutes ses formes, pour ses proches, pour soi-même et pour ses passions. Il y a 2 ans, j’avais ainsi rédigé un billet sur mon amour pour le ballet Roméo et Juliette qui allie 2 de mes passions : la danse et la musique. Cette année, alors que mes journées de travail sont encore un peu trop calmes et que la menace de l’IA continue de planer sur ma profession, j’avais envie de parler de mon métier de traductrice, car c’est aussi une passion.

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Photo de Rahul Pandit sur Pexels

Chère traduction, je t’avais déjà déclamé mon amour dans un billet publié il y a 10 ans, époque glorieuse où je pouvais encore t’exercer sous ta forme brute, sans l’ombre de la post-édition ou du Grand Prédateur Technologique. Je parlais toutefois plutôt des avantages du statut de freelance, et non de toi à proprement parler. Mais d’où m’est donc venu cet intérêt pour ton métier menacé d’extinction ?

Enfant, je n’avais aucune idée de ton existence. J’étais par contre fascinée par les mots, depuis toute petite. Ma mère m’a d’ailleurs rappelée que j’avais demandé un dictionnaire pour l’un de mes anniversaires. J’écoutais aussi avec grand intérêt Le Jeu des dictionnaires, une émission radio belge diffusée de mon enfance jusqu’à mes années d’université. J’adorais écrire des poèmes et des histoires, mon parrain m’avait même offert un jeu sur PC qui consistait à créer des livres (de la rédaction du récit à la mise en page avec les illustrations). J’y passais des heures… Arrivée en secondaire, je me suis immédiatement tournée vers l’option latin-langues. C’est d’ailleurs à travers les versions latines que je t’ai aperçue pour la première fois. J’adorais les cours de langue, surtout ceux d’anglais et d’espagnol, et passais mon temps à décortiquer les paroles des chansons de Coldplay ou de Manu Chao dès mon retour à la maison. Je ne savais pas exactement quoi faire plus tard, mais je savais que mon futur métier devait avoir un lien avec l’écriture et les langues. Est ensuite venu le temps des visites de salon d’étudiants, où j’ai été convaincue par la présentation de l’EII (devenue Faculté de Traduction et d'Interprétation - École d'Interprètes Internationaux de l'université de Mons), haute école qui me semblait être un paradis pour tous les amoureux des langues (c'était aussi quelques fois l'enfer, on ne va pas le cacher, mais je pense encore avec nostalgie à mes années d'études...). C’est là que je t’ai vraiment rencontrée et que j’ai appris à t’aimer.

Mes études à l’EII ont été intenses (d'autant plus que j'avais choisi d'apprendre le russe...), mais ô combien enrichissantes. J’y ai rencontré des personnes d’horizons variés, dont certaines sont encore aujourd’hui dans ma vie (à commencer par mon cher et tendre), mais j’ai surtout découvert que tu étais un métier passionnant, dont l’objectif est de briser les barrières de la langue en transmettant un message de la manière la plus fidèle qui soit. Tu es un exercice ardu, parfois stressant, mais tellement gratifiant et intellectuellement stimulant. Perfectionniste depuis toujours, j’ai trouvé un métier où l’on apprend à se perfectionner chaque jour. Une traduction n’est jamais parfaite, la maîtrise d’une langue dans son entièreté est pratiquement impossible. J’aime les défis que tu me poses, j’aime apprendre de nouveaux mots, de nouvelles nuances, de nouvelles facettes d’une culture à travers sa langue. Tu me fais voyager, me fais comprendre d’autres façons de voir la vie. Tu me permets aussi parfois de raconter des histoires, pas les miennes, mais celles d’un autre auteur, dans la peau duquel j’essaye de me glisser pour mieux interpréter ses propos. Bon, évidemment, tu ne me donnes pas autant de plaisir quand il s’agit d’un mode d’emploi, mais même en travaillant sur un texte technique d’apparence ennuyant, je peux tirer une certaine satisfaction par l’apprentissage de nouveaux mots, la compréhension de certains systèmes ou mécanismes… Alors, oui, je peux encore avoir ce plaisir à travers la post-édition, mais celui de se creuser les méninges pour trouver la meilleure manière de traduire un mot ou une expression disparaît peu à peu avec les nouvelles technologies. La créativité aussi…

Certains clients me donnent encore l’occasion de te rencontrer sous ta forme pure, mais notre idylle durera-t-elle encore 10 ans ? Je l’espère de tout cœur. En attendant, je continue de penser que le métier de traducteur/traductrice reste l’un des plus beaux au monde. Et je promets que je continuerai de te pratiquer même si tu ne permets plus d’en vivre…