Les livres les plus traduits au monde

Nous voilà déjà à la fin du mois de septembre. Demain sera non seulement le dernier jour avant octobre, mais aussi et surtout la Journée internationale de la traduction. Plutôt que de vous parler à nouveau de saint Jérôme, le saint patron des traducteurs, j’avais envie d’écrire un article sur les livres les plus traduits au monde. Certes, les professionnels de la traduction ne se limitent pas aux traducteurs littéraires, qui contribuent à faire connaître des auteurs et des œuvres absolument incroyables, mais la traduction littéraire, bien qu’elle soit mal payée, est probablement la forme la plus connue de notre beau métier (et celle qui (me) fait le plus rêver). C’était donc l’occasion de parler des ouvrages que les traducteurs littéraires ont réussi à diffuser pratiquement dans le monde entier.

Photo de Engin Akyurt

Sans surprise, le livre le plus traduit au monde est celui sur lequel saint Jérôme lui-même travaillait et le tout premier livre imprimé : la Bible. Elle aurait été traduite en 3384 langues au total (dont plus de 2000 langues pour le Nouveau Testament). On pourrait croire que les autres grands livres sacrés suivent de près, mais le Coran n’aurait été traduit complètement que dans 50 langues, ce qui ne le fait pas entrer dans le top 10. On retrouve toutefois 2 autres textes sacrés dans les 10 premiers ouvrages de la liste : le Dao de Jing de Lao Tseu, datant de 400 avant J-C, en quatrième position avec plus de 250 langues, et Le Livre de Mormon, dont l’identité de l’auteur (voire l'existence même d'un auteur) fait l’objet de nombreuses rumeurs, en dixième position avec des traductions dans 115 langues.

S’il n’est pas sacré dans le sens religieux du terme, le livre qui suit directement la Bible dans la liste n’en est pas moins riche en enseignements et leçons de vie, tels que :

« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »

Œuvre magistrale d’Antoine de Saint-Exupéry publiée en 1943, Le Petit Prince a été traduit dans plus de 500 langues, soit le double du nombre de langues du troisième livre de la liste. Ce dernier a été publié 60 ans plus tôt en Italie et a pour protagoniste un pantin de bois mystérieusement vivant, dont le nez s’allonge chaque fois qu’il profère un mensonge. Comme vous l’aurez deviné, il s’agit des Aventures de Pinocchio (ou Le avventure di Pinocchio. Storia di un burattino sous son titre original) de Carlo Collodi. Outre d’autres ouvrages de nature religieuse ou politique (certaines listes incluant le Manifeste du parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels, traduit en plus de 200 langues), on retrouve dans le haut du classement plusieurs livres de fiction, aujourd’hui principalement destinés aux enfants, même s’ils contiennent de nombreux sens cachés et peuvent être tout autant appréciés par les adultes (et qui font d'ailleurs partie de mes ouvrages préférés). Je pense notamment aux Contes des frères Grimm (dont le recueil est traduit dans 170 langues), aux Contes d’Hans Christian Andersen (traduits dans 129 langues) et les incontournables Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Les traductions de ce dernier ouvrage (dans 174 langues) font d’ailleurs l’objet de plusieurs études linguistiques, le texte original étant particulièrement difficile à traduire en raison des nombreux jeux de mots qu’il comporte.

Sur cette liste des livres les plus traduits au monde figure également ce qui est considéré comme le tout premier roman moderne, j’ai nommé El ingenioso hidalgo don Quixote de la Mancha (ou L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche) écrit par Miguel de Cervantes au début du XVIIe siècle. Il a en effet été traduit dans plus de 140 langues depuis sa publication en 1605 et en 1615 (il a été publié en 2 parties). Mais qu’en est-il des romans du XXe siècle ?

Traduite dans plus de 80 langues (85 si l'on compte les traductions non officielles), la série des romans Harry Potter, le chef-d’œuvre qui a bercé toute mon adolescence, est dans le top 20. Le sorcier à la cicatrice en forme d’éclair est toutefois devancé par 2 personnages de bande dessinée : Astérix, dont une grande partie des aventures imaginées par René Goscinny et dessinées par Albert Uderzo ont été traduites en 115 langues, et notre célèbre Tintin, reporter belge à la mèche blonde créé par Hergé, qui a fait voyager les lecteurs du monde entier dans 96 langues (y compris le picard tournaisien). Pour continuer dans les séries, Le Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien a été traduit dans 57 langues (contre 59 pour Le Hobbit) et Les Chroniques de Narnia de C. S. Lewis ont fait rêver les lecteurs dans 47 langues. Cela reste bien moins que les œuvres scandinaves L’Expédition du Kon-Tiki de Thor Heyerdahl (plus de 70 langues) et Fifi Brindacier d’Astrid Lindgren (70 langues). La jeune fille espiègle aux taches de rousseur semble toutefois un peu moins connue sous sa version littéraire que Winnie l’Ourson, le roman homonyme d’A. A. Milne ayant été traduit en 74 langues.

Si la liste compte beaucoup d’œuvres « enfantines », elle comprend aussi des ouvrages plus sérieux, comme le tristement célèbre Journal d’Anne Frank (73 langues), le merveilleux Alchimiste de Paulo Coelho (70 langues) ou l’angoissant 1984 de George Orwell (65 langues). Des romans du XXIe siècle ont aussi fait leur entrée dans le top 50, comme Da Vinci Code de Dan Brown datant de 2003 (44 langues) et Le garçon en pyjama rayé de John Boyne sorti en 2006 (52 langues).

Pour terminer cette liste, parlons du livre le plus récent qui y figure. Dans cette marée de livres écrits majoritairement en langues européennes, il se démarque autant par sa date de publication que par le nombre de langues dans lesquelles il a déjà été traduit. Publiée en 2019 en kikuyu, la nouvelle The Upright Revolution: Or Why Humans Walk Upright de l’écrivain kényan Ngũgĩ wa Thiong’o a été traduite en 63 langues (mais apparemment pas encore en français, du moins je n'ai pas trouvé de traduction française de son titre...). Il s’agit du récit le plus traduit dans l’histoire de la littérature africaine, une littérature encore bien trop méconnue et que des traducteurs et traductrices parviendront un jour à faire connaître au monde entier.

Je terminerai ainsi par souhaiter déjà une bonne fête aux professionnels et professionnelles de la traduction, qui contribuent à nous faire découvrir d’autres cultures et à jeter des ponts par-delà les frontières et les continents à travers les mots.

About Elise Lignian

Traductrice de l'anglais, du russe et de l'espagnol vers le français, je travaille en tant qu'indépendante. Rédaction, correction, révision de traduction et traduction sont les services que j'offre à mes clients. Pour plus d'informations à mon sujet, consultez dès maintenant mon site http://translovart.com.

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