2026 : acte VIII

Août aura été un mois très positif, à la fois productif et riche en événements jouissifs. Retour sur un acte marqué par la chaleur, mais aussi par le bonheur.

Jour de l’éclipse

Mon mois d’août n’aura pas été rongé par le doute. Retrouvant enfin une bonne vitesse de croisière, j’ai reçu des projets de traduction à cadence journalière. J’ai d’ailleurs dû enchainer les longues soirées de travail, nos week-ends étant consacrés à l’aménagement de notre nouveau bercail. Le huitième acte s’est ainsi déroulé à un rythme effréné, me laissant peu de temps pour vraiment souffler. Je ne vais cependant pas me plaindre, je préfère être très occupée que de voir ma motivation (et ma profession) s’éteindre.

Sur le plan de la vie privée, août aura aussi été bien chargé. Après avoir passé les 2 premiers week-ends à ranger et à nettoyer notre nouveau nid, nous avons accueilli pendant 5 jours une partie de ma belle-famille. Le jour de l’éclipse solaire, nous avons rejoint ma belle-sœur dans une réserve réputée pour sa faune aviaire afin d’assister à ce spectacle céleste extraordinaire puis de rentrer ensemble dans notre chaumière. Le lendemain dans la matinée, ce fut au tour de mes beaux-parents de découvrir notre nouveau foyer. Prenant bien soin du jardin de leur maison, ils ont voulu nous aider à redonner vie à notre terrain resté pendant des années à l’abandon. Nous avons également profité de leur visite pour explorer avec eux quelques coins d’Angleterre, à commencer par Windsor et son château multicentenaire. Notre deuxième excursion nous a emmenés au bord de la Manche, sur le chemin des Seven Sisters, la fameuse suite de falaises de craie blanche. Après le départ de ma belle-sœur et de mes beaux-parents, nous avons poursuivi notre emménagement. J’ai aimé passer du temps dans le jardin à découvrir ses fleurs, ainsi qu’à observer ses petits visiteurs. Si les daims ne peuvent pas accéder à notre verdure, nous avons le plaisir de voir 2 renards dès que le ciel devient plus obscur. Mais l’heure est ensuite venue de reprendre la route, mon cher et tendre devant retourner en Allemagne fin août. Le dernier week-end du mois s’est ainsi déroulé sur le continent, avec une visite chez ma grand-mère et un repas en famille chez mes parents avant notre périple jusqu’à l’appartement allemand.

C’est donc en Allemagne que je terminerai cet été, avec un programme plutôt chargé. Mon prochain bilan sera publié en automne et ne devrait, je l’espère, pas être monotone. Rendez-vous dans 1 mois, au moment où la couleur des arbres flamboie !

Les mots qui fâchent : woke

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Certains mots peuvent rapidement devenir des insultes quand ils sont mal compris. C’est le cas de « woke », mot anglais entré dans les dictionnaires français en 2022. Le terme est tellement à la mode qu’il est scandé à tout va, sans que les personnes qui l’utilisent comprennent réellement ce qu’il veut dire. Il me semble donc utile de revenir à l’origine de ce mot.

Photo de Danny Burke sur Unsplash

Le terme « woke » est souvent employé au moment des sorties de grands films attendus, comme les différents Disney (j'avais d'ailleurs écrit un billet sur le racisme ordinaire derrière la polémique autour de La Petite Sirène de Disney), et tout récemment L’Odyssée de Christopher Nolan. Le réalisateur britannico-américain a été traité de « woke » car il avait osé ajouter dans son casting l’acteur transgenre Elliot Page et qu’il avait choisi la sublime Lupita Nyong’o pour interpréter Hélène de Troie, qui est censée être la plus belle femme du monde et qui, dans les yeux des racistes, ne peut donc pas avoir une peau d’ébène et devrait plutôt être une blonde platine bien blanche (petit rappel, Hélène de Troie est un personnage mythologique, né dans un œuf à la suite des ébats entre Léda et le dieu Zeus, qui avait pris la forme d'un cygne, et même si Homère en donne une description dans l'Iliade et L'Odyssée, elle reste un personnage de fiction que chacun.e est libre d'imaginer à sa guise, sa couleur de peau n'ayant aucune incidence sur son histoire…). Je me rappelle aussi tout le foin qu’avaient fait certain.e.s fans de la saga Harry Potter lorsque Hermione a été incarnée par une comédienne noire dans la pièce de théâtre Harry Potter et l’Enfant maudit à Londres (alors que la peau d'Hermione n'est absolument pas décrite dans les romans). Bref, dès qu’on ose toucher à la représentation d’un personnage de la culture populaire en attribuant le rôle à une personne d’un autre genre ou d’une autre couleur de peau, certain.e.s crient au wokisme. Mais ça veut dire quoi exactement être « woke » ?

« Woke » n’a absolument rien à voir avec la poêle profonde utilisée dans la cuisine d’Extrême-Orient (quoique… un « wok » pourrait être utile pour assommer certain.e.s non-wokes 😅). C’est un adjectif qui découle du verbe to wake, signifiant simplement « (r)éveiller ». Un mot tout à fait banal avant qu’il ne prenne un sens politique vers la fin du XIXe siècle aux États-Unis. La communauté afro-américaine, toujours victime de racisme et de discrimination malgré la fin de l’esclavage, s’empare de ce mot pour parler d’un éveil des consciences face aux injustices qu’elle subit. S’il est déjà utilisé au début du XXe siècle, c’est vers 2013 que le terme prend son essor avec le mouvement Black Lives Matter. Lié au départ uniquement à la lutte contre le racisme, le wokisme englobe désormais plusieurs causes. Le dictionnaire de l’Académie française en donne cette définition :

Wokisme : courant de pensée, idéologie, nés aux États-Unis dans les années 2000, qui prônent l’éveil des consciences aux inégalités structurant les sociétés occidentales, et privilégient la lutte contre les discriminations notamment de nature raciste, sexiste et homophobe.

Et pour l’adjectif « woke », Le Robert indique ceci :

Woke : qui est conscient et offensé des injustices et des discriminations subies par les minorités et se mobilise pour les combattre, parfois de manière intransigeante (surtout péjoratif, par dénigrement).

Mais pourquoi les personnes qui défendent cette noble cause sont-elles si dénigrées ? Je pense que c’est tout simplement parce que les hétéros-cisgenres-occidentaux-blancs-valides n’ont pas envie de perdre leurs privilèges et qu’ouvrir les yeux sur les inégalités peut rendre mal à l’aise. Même la personne la plus à gauche et ouverte d’esprit peut avoir eu des propos racistes, sexistes ou homophobes et s’en rendre compte est parfois difficile à accepter. Féministe convaincue depuis mon « éveil » avec Sorcières de Mona Chollet, je sais que j’ai moi-même pu avoir des pensées sexistes (qui n'a jamais pensé qu'une fille habillée de manière plus aguicheuse était forcément une fille facile, pour ne pas dire autre chose, par exemple ?). Pourquoi ? Parce que la société dans laquelle nous vivons est sexiste, raciste, homophobe… Les « wokes » ne font que nous ouvrir les yeux sur une autre réalité, celle que les minorités vivent au quotidien. Et des fois, on a l’impression qu’ils ou elles exagèrent, qu’on n’a plus le droit de rien dire ou de rire de tout. Alors que non, il faut juste se rendre compte que notre société est inégalitaire et se mettre à la place des autres pour comprendre que telle remarque, telle blague, tel propos ou tel manque de représentation peut être insultant, blessant ou délétère.

Avant de traiter quelqu’un.e de woke, essayez donc d’écouter son argument et de comprendre en quoi cela peut-être une injustice pour lui ou pour elle. Peut-être que vous finirez vous aussi par être « éveillé.e » !

L’IA détruit des livres

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Vous avez sûrement vu passer cette information, qui avait chamboulé les bibliophiles fin juillet et qui a fait de nouvelles vagues cette semaine avec la prise en flagrant délit d’Amazon, qui achète des milliers de livres pour entraîner ses modèles de langage IA avant de les détruire. J’ai été horrifiée quand j’ai vu l’une de ces abominables vidéos montrant des livres anciens passés sous la guillotine et mis au bûcher après avoir nourri ces monstres technologiques. Impossible de rester muette face à cela…

Photo de Patt Vielma

Je n’ai jamais considéré les livres comme de simples objets. Je suis de celles et de ceux qui se refusent à corner leurs pages, à surligner certains de leurs passages au fluo ou à ajouter quelques notes dans leurs marges, même au crayon. Peut-être suis-je un peu trop extrême mais, pour moi, les livres sont sacrés. Ce sont des gardiens de la mémoire, des transmetteurs de connaissances, des portes sur de nouveaux horizons, des machines à voyager dans le temps et dans l’espace, voire des médicaments et des échappatoires au quotidien. Savoir que les géants de l’IA s’emparent de livres anciens pour alimenter leurs systèmes puis les jettent comme de vulgaires déchets une fois qu’ils les ont utilisés me donne littéralement envie de vomir. L’IA ne va donc pas seulement nous voler nos emplois, s’accaparer notre créativité, pomper toute l’eau de la planète et diminuer à petit feu notre capacité à réfléchir par nous-mêmes, elle détruit sans vergogne les sources de connaissances qu’elle n’avait pas encore pu atteindre…

Certes, tous les livres anciens ne sont pas en danger (du moins, j'espère), mais quand des individus s’en prennent aux écrits, cela n’annonce jamais rien de bon… La destruction délibérée de livres n’est pas nouvelle. Tout au long de l’histoire, des autodafés ont fait disparaître en fumée des livres, manuscrits et autres écrits ô combien précieux. Si l’exemple le plus mémorable date des années 1930 avec les bûchers de livres organisés par les universités allemandes en soutien à l’idéologie nazie, il ne faut pas remonter bien loin pour trouver d’autres bibliocides. Et quand ils ne sont pas brûlés, ils sont bannis ou jetés aux oubliettes. C’est le cas en Afghanistan, où les Talibans ont interdit tous les livres écrits par des femmes dans les universités, mais aussi aux États-Unis, où des dizaines de milliers d’ouvrages ont été supprimés car jugés indécents ou trop polémiques d’après le gouvernement Trump (livres abordant des thèmes aussi importants que le racisme, les droits des femmes, le genre ou la sexualité).

Il est vrai que, dans le cas de l’IA, les livres ne sont pas détruits par censure, mais le fait que les connaissances contenues dans ces ouvrages soient désormais détenues par l’intelligence artificielle pose fortement question. Quid du droit d’auteur et de notre liberté de consulter nous-mêmes ces ouvrages plutôt que de nous fier aveuglément à ce que l’IA va en tirer ? Le but de ces géants de l’informatique est-il de nous rendre complètement dépendants de leurs systèmes et de nous priver de notre sens critique ?

Plus l’IA « progresse », plus j’ai l’impression de me retrouver dans une dystopie qui va très mal finir. Et vous, quel est votre ressenti ?

2026 : acte VII

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Juillet aura été l’acte le plus mouvementé de cette année. Après des mois à attendre impatiemment, mon cher et tendre et moi-même avons enfin effectué notre déménagement. Ce septième acte a également été bien chargé sur le plan professionnel, m’apportant du travail à un rythme exponentiel. Retour sur un mois de grande transformation qui annonce de belles évolutions.

L’une des dernières vues depuis mon balcon

Juin n’aura été qu’un petit apéritif en comparaison de cet acte bien plus productif. Ma charge de travail n’a fait que monter en crescendo, ce qui m’a redonné un état d’esprit au plus haut. Après un petit affolement concernant un nouveau retard de paiement de l’agence qui me doit de l’argent, j’ai eu l’heureuse surprise d’avoir une avance sur le virement suivant. Plus qu’un mois à tenir pour récupérer enfin la somme qui aurait dû, il y a plus de 2 ans, me parvenir (intérêts compris, cela va sans dire). La situation devrait ainsi revenir à la normale, me débarrassant d’un poids qui me pèse sur le moral.

Du côté de la vie perso, juillet aura joué au yoyo. Il a commencé par un petit week-end improvisé à Berck-sur-mer, mon cher et tendre voulant y retrouver ses parents, l’une de ses sœurs et sa nièce pour son anniversaire. Partant le vendredi fin d’après-midi, nous avons profité d’un magnifique soleil couchant à bord du ferry. En attendant que ma belle-famille fasse la route jusqu’à l’appartement de Berck qu’ils avaient loué, mon cher et tendre et moi-même avons fait un petit tour le lendemain matin dans la jolie ville du Touquet. Nous avons passé le reste du temps avec ma belle-famille en bord de mer, profitant de l’air iodé avant un joyeux repas d’anniversaire. Ce court séjour m’aura donné enfin l’occasion de voir les fameux phoques qui font la réputation de cette destination balnéaire, ma première rencontre avec ces adorables créatures se faisant sous un ciel splendide au coucher de l’astre solaire. Puis est venue l’heure de la séparation le dimanche, quand nous avons dû retraverser la Manche. Nous nous sommes encore accordé une petite sortie le week-end suivant, flânant dans le parc de Fairlop Waters et allant voir L’Odyssée de Christopher Nolan sur grand écran. Les 2 dernières semaines ont été beaucoup moins sereines. En raison des congés pris pas les personnes en charge de l’achat et de la vente de notre future propriété, la date de conclusion du contrat et de la remise des clés n’a cessé d’être reportée. Mon cher et tendre a fini par perdre patience et a demandé à ce que l’agente immobilière fasse pression sur les responsables pour faire en sorte que les choses avancent. L’agence immobilière a ainsi donné une date limite aux notaires pour la remise des clés : les vendeurs se retireraient si la signature n’avait pas lieu le 31 juillet. Nous avons stressé jusqu’au jour fatidique où, par je ne sais quel miracle, tout s’est débloqué en un clic. Nous avions à peine remis les clés de notre appartement que nous avons reçu l’appel confirmant que la maison que nous avions visitée en février serait enfin notre nouveau logement. Mes émotions ont ainsi fait les montagnes russes les derniers jours du mois, passant de la nostalgie de quitter mon balcon et la vue que j’adorais à l’excitation d’avoir un nouveau chez-soi.

Août commence ainsi dans un nouveau cadre de vie, bien que le changement ne soit pas total vu que notre maison se trouve toujours dans le quartier de nos voisins du règne animal. Sur la même lignée entamée en mai, le huitième acte de l’année devrait lui aussi bien m’occuper. Nous verrons dans 4 semaines où ce nouveau mois m’amène.

De l’importance de garder son calme

La semaine dernière, j’ai reçu un e-mail qui m’a quelque peu estomaquée. Au lieu d’y répondre dans la foulée avec énervement, j’ai toutefois pris le temps d’y réfléchir à deux fois, et j’ai bien fait ! Explication.

Ma tête en lisant l’e-mail. Photo de Andrea Piacquadio.

Si vous suivez mes bilans, vous vous rappelez peut-être qu’en janvier, j’ai perdu mon projet récurrent de post-édition, qui me permettait d’avoir un revenu régulier depuis plus de 8 ans. En début d’année, l’une des PM en charge de ce projet m’avait dit que le client à l’origine de ce projet leur enverrait probablement du travail durant l’été. J’attendais donc avec impatience d’avoir des nouvelles de la part de l’agence pour espérer retrouver un revenu plus stable. Quelle ne fut pas ma (mauvaise) surprise lorsque j’ai ouvert cet e-mail tant attendu…

L’agence de traduction m’annonçait que le client était bien revenu vers elle, voulait savoir si j’étais toujours intéressée par le projet et souhaitait connaître mes disponibilités. Rien de choquant me direz-vous, jusqu’à ce que je tombe sur le budget réservé aux traducteurs et traductrices pour ce projet, à savoir, accrochez-vous bien, 0,003€/mot. Petit calcul pour vous expliquer ma stupéfaction à la lecture de ce tarif : les agences estiment généralement qu’un traducteur ou une traductrice est capable de traduire environ 2500 mots par jour. En appliquant ce tarif, je pourrai obtenir la fabuleuse somme de… 7,50€ par jour. Bon, comme il s’agit de post-édition, on peut doubler le volume de mots par jour (en fonction du type de contenu), mais cela reste des cacahuètes. Comme les temps sont durs pour les freelances depuis le débarquement de l’IA dans nos vies, ma première réaction a été de prendre une capture d’écran de l’e-mail en question, d’encercler d’un trait rouge le tarif proposé par l’agence et de l’envoyer à l’une de mes meilleures amies qui a travaillé comme gestionnaire de projets par le passé pour décharger un peu mes nerfs. J’hésitais entre ne pas répondre du tout à l’agence ou lui envoyer simplement : « C’est une blague ?! ».

J’ai heureusement eu la bonne idée de prendre une douche pour calmer mes ardeurs. Laissant s’écouler l’eau chaude sur ma peau, je me suis alors demandé si la personne qui avait rédigé l’e-mail n’avait tout simplement pas ajouté un 0 par erreur. Un tarif de 0,030€/mot, même s’il reste faible, est plus logique pour de la post-édition à destination d’un client institutionnel. Et s’il s’agit du même type de contenus sur lequel j’ai travaillé pendant des années (c'est-à-dire un contenu extrêmement répétitif, qui ne me prenait que 2 ou 3 heures par semaine), je peux éventuellement envisager de reprendre le travail avec l’agence. Bref, après avoir évacué ma colère à travers la bonde de ma baignoire et soufflé un bon coup, j’ai rédigé un e-mail cordial, indiquant que j’étais ravie d’apprendre la reprise du projet, mais que je m’interrogeais sur le tarif, vu qu’il était plus de 90% plus bas que celui auquel je travaillais pour ce même client par le passé. Après tout, l’erreur est humaine et un 0 superflu aurait très bien pu s’immiscer sous les doigts de la PM au moment de la rédaction de son e-mail. Mon intuition était heureusement bonne et la PM s’est confondue en excuse pour cette erreur (sinon, je n'aurais pas hésité une seconde à émettre un avis extrêmement négatif sur l'agence dans le Blue Board de Proz.com). Le tarif restant tout de même inférieur à ce que j’aurais espéré pour le type de contenu de ce nouveau projet et mon emploi du temps de ces mois estivaux étant déjà chargé, je ne me suis toutefois rendu disponible que pour un très faible volume de mots, préférant garder mon temps pour les projets plus rémunérateurs de la Commission européenne et du Parlement européen. Seul l’avenir nous dira si je serai contactée pour ce projet, qui ne sera malheureusement qu’occasionnel, du moins pour cette année.

La morale de cette petite histoire est qu’il faut garder son sang froid et ouvrir le dialogue calmement plutôt que de se laisser emporter par la colère (et si possible, d'évacuer cette colère sous une bonne douche ou dans une oreille attentive pour ne pas exploser). N’oubliez jamais qu’il y a un être humain de l’autre côté de l’écran, qu’il ou elle a peut-être eu une journée difficile, et que la fatigue peut vous faire commettre des fautes de frappe, à un zéro près 😅

Point culture trimestriel 2026 2/4

Nous avons déjà passé la mi-juillet et la fin du deuxième trimestre de 2026. Il est temps que je parle de mes coups de cœur culturels de ces 3 derniers mois, avec un récapitulatif de mes lectures, des films qui m’ont marquée, des chansons qui me sont restées en tête et des spectacles que j’ai pu voir.

LECTURE

Mon rythme de lecture a diminué par rapport à celui du premier trimestre. Je n’ai ainsi achevé que 5 bouquins au printemps. Vous pouvez lire mon retour plus détaillé sur The Names (ou Les Prénoms) de Florence Knapp dans le billet Croque-Livre que je lui ai consacré. Voici mes avis pour les 4 autres.

  • King Kong Théorie, de Virginie Despentes (ma note : 3/5)

Cela faisait longtemps que cet essai de 2006 était sur ma liste vu qu’il s’agit de l’une des lectures phares si l’on s’intéresse au féminisme. S’appuyant sur ses expériences personnelles en tant que victime de viol et d’ancienne prostituée, Virginie Despentes y déconstruit les mécanismes qui assujettissent les femmes au rôle d’objets sexuels pour les hommes. J’ai toutefois moins accroché à l’écriture de Despentes et l’ouvrage m’a moins chamboulée que Sorcières de Mona Chollet (dans le domaine des ouvrages féministes, du moins). Il faut dire que le langage de Despentes est plus cru. J’avais parfois un peu de mal à suivre le rythme de ses phrases, l’autrice ayant sans doute été emportée par la colère et l’injustice. Cela reste cependant un classique féministe à mettre entre toutes les mains, sorti 1 an avant #MeToo, mais toujours autant d’actualité (vu que nous vivons toujours dans une société patriarcale et que, même si la parole se libère, la culture du viol est toujours bien présente…).

  • Notre corps, leur choix ? de Bettina Zourli (ma note : 3,5/5)

C’est lors d’une séance shopping à Lille avec ma sœur que je suis tombée sur ce petit essai de moins de 150 pages de Bettina Zourli. Je suis depuis déjà quelques années cette journaliste et créatrice de contenus féministes sur les réseaux sociaux, l’ayant découverte avec son ancien compte @jeneveuxpasdenfants. Étant moi-même childfree, j’ai toujours trouvé un certain écho dans ses contenus. Je n’ai donc pas hésité une seconde à me procurer son dernier essai, qui parle de la menace sur la liberté reproductive des femmes en ces temps sombres. J’ai trouvé son essai vraiment bien écrit et documenté avec des notes très nombreuses pour soutenir ses propos (de quoi faire taire les masculinistes qui veulent toujours des preuves de ce que les féministes avancent). Elle y explique tous les aspects de la baisse de natalité (qui est loin d'être uniquement dû au mouvement childfree) et propose des solutions pour résoudre le problème.

  • The Ministry of Time, de Kaliane Bradley (ma note : 3/5)

J’avais proposé plusieurs fois ce livre lors des réunions de mon club de lecture et j’étais heureuse de pouvoir enfin me plonger dans ce roman qui promettait un voyage dans le temps. Je vous mets ci-dessous la quatrième de couverture figurant sur la version française, traduite sous le titre Le ministère du Temps par Jean Esch pour vous donner un aperçu de l’histoire :

Londres, dans un futur proche. Une fonctionnaire se voit confier une mission ultra-confidentielle au sein d’un mystérieux ministère qui fait venir du passé une poignée d’«expatriés». En tant que «passerelle», elle devra accompagner et surveiller le capitaine de frégate Graham Gore, disparu deux siècles plus tôt en Arctique. Ce parfait gentleman de l’Angleterre victorienne se retrouve soudain propulsé au vingt et unième siècle : il est scandalisé de devoir cohabiter avec une femme célibataire, abasourdi d’être transporté à l’ère de l’électroménager et de Spotify, et ébranlé de découvrir que le puissant empire britannique n’est qu’un lointain souvenir. Alors que Graham et sa «passerelle» apprennent à s’apprivoiser, ils découvrent que le projet du ministère est menacé. Entre disparitions inexpliquées, trahisons et mensonges, il devient difficile de savoir à qui se fier. Une chose est sûre : leurs choix pourraient bien transformer l’avenir.

Le résumé me paraissait passionnant et, bien que l’histoire comporte des passages humoristiques et palpitants, j’ai été quelque peu déçue. Le récit m’a semblé particulièrement difficile à suivre car l’autrice part un peu dans tous les sens et touche un peu à tous les genres du roman (science-fiction, thriller, roman d'aventure, histoire d'amour…). En outre, l’histoire tirait un peu en longueur sans vraiment mener à une fin satisfaisante. Je n’ai donc pas été convaincue…

  • Un jour sans femme, de Laetitia Colombani (ma note : 4/5)

Impossible de ne pas acheter ce roman lors de mon dernier passage en terre francophone. Laetitia Colombani m’avait charmée il y a bientôt 10 ans par La Tresse. Cet ouvrage, que l’autrice a elle-même adapté au cinéma, mêle les histoires de 3 femmes sur 3 continents, tout comme l’on entremêle les 3 brins d’une tresse. Laetitia Colombani reprend un peu le même principe dans Un jour sans femme, publié au mois de mai. On y suit l’histoire de 4 femmes, également réparties aux 4 coins de la planète, qui vont être réunies autour d’un même événement mondial, ce fameux «jour sans femme». Chaque histoire traite de la condition féminine et des problèmes que les femmes rencontrent peu importe l’endroit où elles se trouvent sur la planète : le féminicide en Islande, l’excision au Sénégal, le harcèlement subi par les femmes enceintes qui continuent de travailler au Japon ou encore les femmes emprisonnées en cas de fausse couche au Salvador. C’est donc un roman résolument féministe, qui pousse à se relever et à être solidaire avec les autres femmes pour montrer une bonne fois pour toutes que, sans nous, le monde ne tournerait plus rond.

FILMS / SÉRIE

J’ai regardé plusieurs séries avec mon cher et tendre au cours des derniers mois, mais aucune ne m’a particulièrement marquée. Par contre, lors de mon vol pour le Vietnam en avril, j’ai eu l’occasion de voir 2 films que j’ai vraiment adorés :

  • Memoir of a Snail, film d’animation réalisé par Adam Elliot (ma note : 4/5)

J’ai choisi ce film par hasard et n’ai vraiment pas regretté ! Cela faisait bien longtemps que je n’avais plus regardé de films d’animation et celui-ci, pour adultes, m’a vraiment touchée. C’est l’histoire de Grace Pudel, une jeune fille tellement passionnée par les escargots qu’elle les collectionne et se croit elle-même être l’un de ces mollusques sympathiques qui se baladent avec leur maison sur le dos. Le film, traduit en français sous le titre Mémoires d’un escargot, parle ainsi de ses mémoires. Après une enfance dans une famille pas très riche, mais très heureuse, Grace se retrouve séparée de son frère jumeau Gilbert et mène une vie pas très folichonne, mais avec de jolis passages quand même, qui rappellent que les bons moments de la vie ne doivent pas forcément être grandioses. J’ai été emportée par le récit de Grace à travers ce film plein de poésie, à la fois mignon, plein d’espoir et très touchant. Bref, un excellent moment de cinéma (uniquement pour adultes, je le précise car l'histoire est un peu trop sombre pour les enfants) !

  • Lee, film réalisé par Ellen Kuras (ma note : 5/5)

Cela faisait un moment que je voulais voir ce film dramatique et biographique sur la photographe de guerre Lee Miller, interprétée magistralement par Kate Winslet. L’actrice britannique rend véritablement hommage à cette femme déterminée, indépendante, féministe, qui s’impose parmi les hommes sur le front pour montrer la réalité de la guerre. Kate Winslet transmet parfaitement les émotions ressenties par la photographe lors de ses reportages dans les camps et en plein combat. Un film très dur de par son sujet, mais qui permet de faire connaître cette photographe de talent qui a révélé au monde entier les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. J’ai aussi beaucoup aimé la fin du film, surprenante, et tellement émouvante. Inutile de dire que j’ai beaucoup pleuré… Le film déborde en outre de sororité, Lee attachant une grande importance à ses amies et défendant les femmes qu’elle rencontre (peut-être parce que le film est réalisé par une femme…). Puis, il n’a fait que renforcer mon admiration pour Kate Winslet, cette actrice sans fard qui continue de se battre pour se montrer telle qu’elle est (pour l'anecdote, elle a dû insister pour que l'on n'efface pas ses rides sur l'affiche… alors que je l'ai toujours trouvée absolument magnifique). J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce film et le recommande vivement si vous aimez les biographies de femmes extraordinaires !

SPECTACLES / EXPOS

Ce trimestre a été un peu moins riche en spectacles que le précédent, mais j’ai quand même eu le plaisir d’assister aux spectacles de danse de mon ancienne compagnie et au premier gala de ma petite nièce, en plus de 2 autres spectacles «professionnels» :

  • Hoi An Memories, spectacle en plein air à Hoi An au Vietnam (ma note : 3,5/5)

Lors de mon voyage au Vietnam (dont j'espère publier la carte postale prochainement), j’ai eu l’occasion d’assister à un spectacle en plein air absolument grandiose sur l’île de Hen, à Hoi An. Il raconte 400 ans de l’histoire de la ville par des numéros époustouflants alliant chants, danse, lumières, feux et jets d’eau, ainsi que près de 500 interprètes. Si jamais vous voyagez au Vietnam et passez par Hoi An, je le recommande vraiment car on en prend plein les yeux. N’hésitez pas non plus à vous rendre plus tôt sur l’île car il y a des représentations de danse tout au long de la journée (ça ressemble un peu à une usine dit comme ça, mais le niveau est élevé et ça change d'avoir un parc dédié aux spectacles et à la danse).

  • Mayerling, ballet de Kenneth MacMillan par le Royal Ballet (ma note : 3,5/5)

J’avais déjà assisté à ce ballet il y a quelques années, mais quand j’ai vu qu’il restait des places pour la soirée où mon duo favori de danseurs interprétaient les personnages principaux, je n’ai pas pu résister. Francesca Hayward et Marcelino Sambé, grands amis dans la vie, dégagent une véritable alchimie sur scène, j’adore les voir danser ensemble. Quant au ballet lui-même, sur une musique de Franz Liszt, il est un peu trop complexe et sombre à mon goût. Il s’inspire de faits réels, à savoir le meurtre et suicide du prince Rodolphe d’Autriche et de sa maîtresse Mary Vetsera, avec toute une floppée de têtes couronnées gravitant autour d’eux. Le personnage de Rodolphe est en outre violent envers les femmes, ce que la chorégraphie réaliste de Kenneth MacMillan fait bien comprendre, ce qui fait que j’étais moins emportée par son histoire d’amour avec Mary (on est loin de Roméo et Juliette). Cela dit, j’ai passé une excellente soirée de ballet grâce aux talents combinés de Francesca et de Marcelino.

Pour conclure, je n’ai pas un mais deux coups de cœur audio. Le premier est un épisode du Podkatz, le podcast de Juliette Katz, intitulé La violence des traditions. L’invitée, Diaryatou Bah, y raconte le calvaire qu’elle a vécu avec son excision et son mariage forcé. Malgré son thème particulièrement difficile, cet épisode est d’un intérêt public, pour se rendre compte de ce que subissent encore les femmes dans certaines régions du monde. En écoutant ce témoignage, livré avec une infinie douceur, je suis passée par toutes les émotions, de l’horreur à la colère en passant par la tristesse mais aussi l’admiration pour Diaryatou, qui fait preuve d’une résilience incroyable et se sert aujourd’hui de ses épreuves passées pour sensibiliser sur l’excision et les violences subies par les femmes de son pays d’origine, la Guinée. Si vous avez le cœur bien accroché, je vous invite à l’écouter ou à regarder son témoignage (ici). Et si vous préférez la lecture, sachez qu’elle a sorti une autobiographie en 2006, intitulé On m’a volé mon enfance. Mon deuxième coup de cœur est beaucoup plus léger puisqu’il s’agit d’une chanson de Kiki Rockwell, une chanteuse néo-zélandaise dont j’ai déjà parlé dans le dernier point culture trimestriel de 2025. Il s’agit de Faery Queen, un morceau entraînant aux rythmes folkloriques, qui est une ode à la danse. J’ai adoré le clip vidéo que Kiki a sorti pour cette chanson, qui montre une jeune fille danser jusqu’à la fin de sa vie, la dernière partie de la vidéo mettant en scène une dame âgée aux magnifiques cheveux blancs qui prend un plaisir fou à danser. Vu l’invisibilisation des femmes passé un certain âge, c’est rafraîchissant à voir !

Et vous, quels sont les livres, les films, les séries, les spectacles, les expos, les podcasts ou les œuvres musicales qui vous ont fait vibré.e au printemps ? N’hésitez pas à les partager !

Theo of Golden, d’Allen Levi

Hier avait lieu ma réunion mensuelle tant attendue du club de lecture. S’il n’a pas fait l’unanimité auprès des membres du club, le livre choisi ce mois-ci a été un véritable coup de cœur pour moi. Je ne pouvais que vous le recommander ici !

Je suis loin d’être la seule à avoir été conquise par ce premier roman d’Allen Levi puisqu’il a touché des millions de lecteurs et a été traduit dans une quarantaine de langues depuis sa sortie en octobre 2025. Vous pouvez d’ailleurs le lire en français sous le titre Theo grâce au travail de la traductrice Sophie Aslanides. Je vous mets ci-dessous la quatrième de couverture de sa publication chez JC Lattès :

Un matin de printemps, un étranger arrive dans la petite ville américaine de Golden. Personne ne sait d’où il vient. Ni pourquoi. Il s’appelle Theo. Et pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Il se rend au café du coin, où quatre-vingt-douze portraits sont accrochés aux murs – des dessins au crayon des habitants de Golden réalisés par un artiste local. Il les achète, un par un, afin de les remettre entre les mains de leurs « véritables propriétaires ». À chaque rencontre, une histoire est racontée, une amitié naît et une vie est transformée.

Ode au don et à la bienveillance, au regard porté sur l’autre, Theo est un roman sur le pouvoir de la générosité, l’importance de l’émerveillement pour mener une vie pleine de sens.

Dès les premières pages, je me suis attachée au personnage de Theo, ce vieux monsieur qui aime s’arrêter en chemin pour contempler un arbre ou une plume d’oiseau, qui prend le temps d’observer chaque détail d’une œuvre d’art, qui admire chaque jour le coucher du soleil et qui éprouve autant de plaisir que moi à marcher dans les feuilles en automne. Les rencontres qu’il faits dans la ville de Golden sont toutes émouvantes. Les discussions échangées entre Theo et les personnages sont pratiquement des séances de psychothérapie : découvrant leur portrait, les personnes invitées par Theo dévoilent ce qu’elles cachent au plus profond de leur âme. Au fil des pages, je me suis plusieurs fois surprise à sourire, puis à avoir les larmes aux yeux. Cela faisait longtemps que je n’avais plus ressenti autant d’émotions en lisant. Le roman est ponctué de réflexions philosophiques, sur l’art, sur la vie, sur le regard que l’on porte envers soi-même et envers les autres. On voit que son auteur, un avocat américain qui a quitté le barreau pour se consacrer à l’écriture de chansons et raconter des histoires, est un passionné d’art et de littérature vu les citations et noms d’auteurs ou d’œuvres figurant dans le roman. L’écriture est très poétique, son personnage est d’une gentillesse et d’une bienveillance incroyables, qui ne cesse de rappeler que les petites choses de la vie sont ce qui compte le plus. J’ai adoré découvrir les histoires de chaque personnage, puis, à la toute fin du roman la véritable identité de Theo et la raison pour laquelle il s’est installé à Golden (car oui, il y a aussi une petite part de mystère).

Si le roman n’a pas fait l’unanimité dans le club de lecture, c’est parce que la religion catholique est parfois un peu trop flagrante, Theo se posant notamment des questions sur le paradis et allant à l’église (bien que ce ne soit pas le sujet du roman). Theo vit d’ailleurs sa vie en suivant, non pas la Bible, mais le principe du poète William Wordsworth, qui dit que «les meilleures décisions d’un homme bon» sont «ses petits gestes, indéfinissables, inouïs de bonté et d’amour» (traduction de [The] best portion of a good man's life; little, nameless, unremembered acts of kindness and love par Maxime Durisotti). Theo essaye donc de faire le bien autour de lui sans chercher l’appréciation (on comprend toutefois rapidement qu'il est très riche, autre critique de certaines membres du club, qui trouvaient que cela n'était pas plausible). Malgré les quelques critiques, tout le monde était d’accord pour dire que l’écriture est vraiment belle et que l’histoire est touchante. C’est le genre de livre idéal pour une séance de lecture au coin d’un feu, sous le bruit de la pluie ou à l’ombre d’un arbre. Il vous enveloppe dans une sorte de cocon, dont vous n’avez pas forcément envie de sortir. La fin est toutefois brutale, mais c’est aussi un rappel qu’il faut profiter de la vie et des personnes qu’elle met sur notre chemin…

Je ne vais pas en dire plus ici pour ne pas gâcher votre lecture et vous recommande vivement ce roman qui met du baume au cœur, le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux, mais qui redonne surtout un peu foi en l’humanité (et on en a bien besoin) !

2026 : acte VI

Nous voilà déjà en été et dans la deuxième moitié de l’année ! L’heure est venue de faire mon bilan de juin, un mois synonyme de travail herculéen. Malgré des journées plus remplies, il a aussi permis de belles retrouvailles en famille et entre amies. Retour sur le sixième acte de 2026, qui m’a redonné confiance en mes compétences de traductrice.

Le beau ciel bleu de juin

Comme je l’avais espéré, juin a continué sur la lancée de mai. J’ai reçu des nouveaux projets chaque semaine, me permettant enfin d’oublier ce début d’année anxiogène. L’accumulation de travail m’aura valu la perte d’un week-end et d’une nuit, mais je préfère largement ça à des journées d’ennui. J’ai en plus eu la chance de recevoir plusieurs compliments de la part des PM et des personnes chargées de mes révisions, ce qui n’a fait que me conforter dans ma vocation !

Juin a été tout aussi rempli au niveau des sorties et de la vie de famille. Le premier week-end m’a vue remonter en Belgique pour assister au spectacle de mon ancienne compagnie de danse classique et à une fête de famille dans un cadre bucolique. J’étais également en voyage le week-end suivant, retrouvant ma belle-famille et assistant au premier gala de danse de ma nièce aux alentours de Rouen. Le beau temps étant, mi-juin, toujours de mise, mon cher et tendre et moi-même avons fait un tour au fort Coalhouse de Tilbury, au bord de l’estuaire de la Tamise. Puis la température a grimpé drastiquement, nous faisant passer le dernier week-end du mois dans la pénombre et sous les ventilateurs de notre appartement. En raison de la canicule, nos balades quotidiennes durant la fin du mois se sont principalement déroulées au crépuscule. Sortir à une heure plus tardive nous a permis de rencontrer une faune plus craintive. Daines, faons et petits renards se sont ainsi offerts à nos regards. Les hausses de température ont aussi donné lieu à de fabuleux spectacles de la nature, des arcs-en-ciel apparaissant après la pluie aux éclairs impressionnants des orages durant la nuit. Juin m’aura ainsi ravie quotidiennement, m’apportant pratiquement chaque jour un nouvel émerveillement.

Me permettant de retrouver mon envol, cet acte n’aura connu presque aucun bémol. Le seul désenchantement a été le recul continu de notre déménagement… Mon cher et tendre est sur le point d’acquérir une maison et cela fait maintenant plusieurs semaines que nous vivons dans les cartons. J’espère toutefois disposer d’un nouveau cadre au mois de juillet et vous montrer de nouveaux paysages dans mon prochain billet !

Canicule

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En tant qu’amoureuse des mots, il m’arrive, comme ce matin, de m’interroger sur l’étymologie d’un terme ou d’une expression spécifique. En regardant le thermomètre de mon appartement afficher 30°C et vivant à rideaux tirés et sous le bruit du ventilateur depuis le début de la semaine, je me suis demandé d’où provenait ce mot qui brûle sur toutes les lèvres en ce moment : « canicule ».

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Alors que les Anglais et les Allemands préfèrent appeler ce phénomène météorologique « vague de chaleur » avec les expressions heatwave et Hitzewelle, respectivement, les francophones n’ont plus que « canicule » sur le bout de la langue (pendante, en quête de rafraîchissement à l'image des chiens). Plutôt que d’être littéral, le français va puiser dans ses racines latines. D’après le dictionnaire Larousse, « canicule » vient du terme latin féminin canicula, formé par le mot canis (qui veut dire « chien ») et le suffixe culus (qui attribue l'adjectif « petit » au mot auquel il est raccroché). La signification complète du mot est donc « petite chienne ». Alors non, cela n’a rien à voir avec une insulte sexiste que nos ancêtres romains lançaient à la voûte céleste à force de fondre sous le soleil. Canicula est en réalité l’autre nom de Sirius (pas le parrain de Harry Potter dont le Patronus est un chien), mais bien l’étoile principale de la constellation du… Grand Chien.

Mais c’est quoi le rapport entre cette constellation et la fournaise dans laquelle nous vivons actuellement ? Dans le Trésor de la langue française, il est expliqué que l’étoile Sirius ou Canicula « se lève et se couche précisément avec le soleil » entre le 22 juillet et le 23 août, période des grandes chaleurs. Cette étoile étant la plus brillante dans le ciel après l’astre de feu lui-même, nos ancêtres de l’Antiquité croyaient que sa lumière flamboyante s’ajoutait aux rayons du soleil, ce qui provoquait une hausse de la température. Cette période de plus forte chaleur était ainsi appelée dies caniculares, soit les « jours du petit chien ». Lors de mes recherches, j’ai d’ailleurs découvert que les Anglais avaient repris cette expression et que c’est pourquoi ils qualifient de dog days les jours de canicule.

« Canicule » n’est pas le seul mot qui relie nos chers compagnons à quatre pattes au soleil puisque dans le Midi de la France, le substantif « cagnard » vient de l’ancien terme provençal canha, qui veut également dire « petite chienne » et par extension une « niche », qui désigne à la fois un endroit ensoleillé et abrité du vent (donc où il fait très chaud), et un soleil ardent.

Si ce petit billet étymologique n’intéresse que moi, j’espère qu’il vous aura au moins rappelé que les chiens peuvent également souffrir de la chaleur et qu’il faut veiller à bien les hydrater ! Et je terminerai par une pensée pour tous et toutes les enseignant.e.s de latin de 1ère secondaire en Belgique qui ne pourront plus, dès la rentrée prochaine, initier les élèves à cette langue antique tellement importante pour connaître nos racines. Force et courage à vous (et merci à mes anciennes professeures de latin qui passeraient par ici, car c'est avec elles que j'ai pu découvrir les joies de la traduction) !

Les nouvelles entrées des dictionnaires en 2026

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Au mois de mai, les grands dictionnaires francophones que sont Le Larousse et Le Petit Robert ont annoncé les nouvelles entrées lexicales qui figureront dans leurs éditions de 2027. L’information date un peu, mais si elle vous a échappée, voici quelques-uns des nouveaux mots et expressions qui m’ont marquée.

Photo de Pixabay

Les mots qui entrent dans les dictionnaires sont toujours des témoignages de l’époque dans laquelle nous vivons et de l’évolution de nos us et coutumes. Sans grande surprise, face au raz-de-marée technologique qui nous submerge depuis des années, les mots liés à l’intelligence artificielle sont nombreux parmi les nouvelles entrées. Le terme « prompt », qui désigne d’après le Larousse une « instruction envoyée à un algorithme d’intelligence artificielle spécialisé dans la génération de contenu », a ainsi pris sa place dans les pages du Larousse et du Petit Robert, qui y ajoute le verbe « prompter ». L’IA n’étant pas sans défaut (loin de là), le Robert a également inscrit une nouvelle définition au terme « hallucination » afin de désigner un « résultat incorrect ou trompeur produit par une intelligence artificielle générative, avec une apparence de vérité » (si vous en voulez quelques exemples, je vous invite à (re)lire mes perles de traduction automatique). Fait assez rare pour être souligné, le Robert a opté pour une traduction française au lieu d’un anglicisme en intégrant dans son dictionnaire le terme « hypertrucage » alias les deepfakes (ces vidéos truquées par intelligence artificielle). J’avais d’ailleurs déjà vu ce terme plusieurs fois passer dans mes traductions pour les institutions européennes, qui l’ont également adopté.

En tant que féministe, je me réjouis de voir enfin les dictionnaires francophones reconnaître certaines réalités auxquelles les femmes sont confrontées, comme la « précarité menstruelle » (qui touche encore près de 4 millions de personnes qui ont leurs règles en France), l’existence de la « manosphère », cette communauté principalement en ligne de partisans du masculinisme, qui est, d’après le Robert, un « ensemble de revendications cherchant à promouvoir les intérêts des hommes dans la société au détriment de ceux des femmes », ou encore l’ajout de Gisèle Pélicot dans la future édition du Petit Robert des noms propres. Le mouvement #MeToo a aussi apporté de nouveaux métiers, comme celui de « coordinateur/coordinatrice d’intimité », dont la mission est de veiller au bien-être et au « respect du consentement des actrices et des acteurs durant les scènes de proximité corporelle » (d'après le Larousse).

Grâce au wokisme, la langue française a également ouvert les yeux sur certaines minorités et sur la diversité de notre monde. Le terme « neurodiversité », qui indique que les fonctionnements neurologiques des êtres humains sont divers et variés, ainsi que de multiples mots relatifs aux handisports ou parasports complèteront ainsi les éditions 2027 des dictionnaires francophones. J’étais d’ailleurs étonnée d’apprendre que le terme « paralympien » ne figurait pas dans les éditions précédentes.

À ce sujet, il faut savoir que les lexicographes (c'est-à-dire les personnes qui écrivent les dictionnaires et étudient l'évolution de la langue) ne sélectionnent que les termes qui perdurent dans le temps, qui sont utilisés fréquemment et qui sont compris par plusieurs générations. Parmi ces termes que l’on utilise depuis des années et qui font seulement leur entrée dans les dictionnaires cette année, on trouve « crush », « chill », le « syndrome de l’imposteur », le « glamping » ou encore les « food-trucks ». Cela n’empêche toutefois pas le Larousse d’avoir enrichi son édition de mots des nouvelles générations, comme « dinguerie », « gros » dans le sens d’ami ou encore « bader », qui veut dire « déprimer », « être stressé(e) » ou « angoisser ».

Je voulais enfin m’attarder sur quelques expressions imagées et poétiques (bien que certaines cachent parfois de tristes réalités). On a par exemple les « larmes de sirène », qui désignent les petites billes de plastique issues de la fabrication qui polluent les océans, les « feux zombies », qui sont des « feux de forêt estivaux éteints en surface, mais qui continuent de se consumer lentement et sans flamme sous terre durant l’hiver » (Larousse), ou « ensemencement des nuages », une technique qui consiste à provoquer des précipitations à l’aide de particules chimiques. En parlant de nuages, une petite mention spéciale à une expression québécoise entrée dans Le Petit Robert : « pelleteur de nuages » pour parler d’une personne qui tire des plans sur la comète. Autre terme venu d’ailleurs, de Suisse cette fois, on a le terme tout mignon de « champignonneur » pour une personne qui aime cueillir des champignons.

Et pour finir, mes préférés : « supercentenaire » pour désigner une personne de plus de 110 ans, le « bien-vieillir » (qui est le fait de vieillir de dans bonnes conditions), la « bordélisation » (qui est l'action de semer le chaos) et « aplaventrisme » (qui est une attitude de soumission devant une personne ou un pays afin d'éviter un conflit ou d'en tirer parti). Vous me comprendrez donc quand je dirai que j’espère que la communauté internationale cessera son aplaventrisme face à la bordélisation du monde causée par certains États pour que nous puissions tous et toutes profiter du bien-vieillir et avoir plus de chances de finir supercentenaire.

Cette sélection de mots est minime, vu qu’ils sont 150 à avoir été ajoutées au Larousse et au Petit Robert. Je vous invite à consulter les articles sur lesquels je me suis appuyée pour rédiger mon billet si vous en voulez plus.