De l’importance de garder son calme

La semaine dernière, j’ai reçu un e-mail qui m’a quelque peu estomaquée. Au lieu d’y répondre dans la foulée avec énervement, j’ai toutefois pris le temps d’y réfléchir à deux fois, et j’ai bien fait ! Explication.

Ma tête en lisant l’e-mail. Photo de Andrea Piacquadio.

Si vous suivez mes bilans, vous vous rappelez peut-être qu’en janvier, j’ai perdu mon projet récurrent de post-édition, qui me permettait d’avoir un revenu régulier depuis plus de 8 ans. En début d’année, l’une des PM en charge de ce projet m’avait dit que le client à l’origine de ce projet leur enverrait probablement du travail durant l’été. J’attendais donc avec impatience d’avoir des nouvelles de la part de l’agence pour espérer retrouver un revenu plus stable. Quelle ne fut pas ma (mauvaise) surprise lorsque j’ai ouvert cet e-mail tant attendu…

L’agence de traduction m’annonçait que le client était bien revenu vers elle, voulait savoir si j’étais toujours intéressée par le projet et souhaitait connaître mes disponibilités. Rien de choquant me direz-vous, jusqu’à ce que je tombe sur le budget réservé aux traducteurs et traductrices pour ce projet, à savoir, accrochez-vous bien, 0,003€/mot. Petit calcul pour vous expliquer ma stupéfaction à la lecture de ce tarif : les agences estiment généralement qu’un traducteur ou une traductrice est capable de traduire environ 2500 mots par jour. En appliquant ce tarif, je pourrai obtenir la fabuleuse somme de… 7,50€ par jour. Bon, comme il s’agit de post-édition, on peut doubler le volume de mots par jour (en fonction du type de contenu), mais cela reste des cacahuètes. Comme les temps sont durs pour les freelances depuis le débarquement de l’IA dans nos vies, ma première réaction a été de prendre une capture d’écran de l’e-mail en question, d’encercler d’un trait rouge le tarif proposé par l’agence et de l’envoyer à l’une de mes meilleures amies qui a travaillé comme gestionnaire de projets par le passé pour décharger un peu mes nerfs. J’hésitais entre ne pas répondre du tout à l’agence ou lui envoyer simplement : « C’est une blague ?! ».

J’ai heureusement eu la bonne idée de prendre une douche pour calmer mes ardeurs. Laissant s’écouler l’eau chaude sur ma peau, je me suis alors demandé si la personne qui avait rédigé l’e-mail n’avait tout simplement pas ajouté un 0 par erreur. Un tarif de 0,030€/mot, même s’il reste faible, est plus logique pour de la post-édition à destination d’un client institutionnel. Et s’il s’agit du même type de contenus sur lequel j’ai travaillé pendant des années (c'est-à-dire un contenu extrêmement répétitif, qui ne me prenait que 2 ou 3 heures par semaine), je peux éventuellement envisager de reprendre le travail avec l’agence. Bref, après avoir évacué ma colère à travers la bonde de ma baignoire et soufflé un bon coup, j’ai rédigé un e-mail cordial, indiquant que j’étais ravie d’apprendre la reprise du projet, mais que je m’interrogeais sur le tarif, vu qu’il était plus de 90% plus bas que celui auquel je travaillais pour ce même client par le passé. Après tout, l’erreur est humaine et un 0 superflu aurait très bien pu s’immiscer sous les doigts de la PM au moment de la rédaction de son e-mail. Mon intuition était heureusement bonne et la PM s’est confondue en excuse pour cette erreur (sinon, je n'aurais pas hésité une seconde à émettre un avis extrêmement négatif sur l'agence dans le Blue Board de Proz.com). Le tarif restant tout de même inférieur à ce que j’aurais espéré pour le type de contenu de ce nouveau projet et mon emploi du temps de ces mois estivaux étant déjà chargé, je ne me suis toutefois rendu disponible que pour un très faible volume de mots, préférant garder mon temps pour les projets plus rémunérateurs de la Commission européenne et du Parlement européen. Seul l’avenir nous dira si je serai contactée pour ce projet, qui ne sera malheureusement qu’occasionnel, du moins pour cette année.

La morale de cette petite histoire est qu’il faut garder son sang froid et ouvrir le dialogue calmement plutôt que de se laisser emporter par la colère (et si possible, d'évacuer cette colère sous une bonne douche ou dans une oreille attentive pour ne pas exploser). N’oubliez jamais qu’il y a un être humain de l’autre côté de l’écran, qu’il ou elle a peut-être eu une journée difficile, et que la fatigue peut vous faire commettre des fautes de frappe, à un zéro près 😅

Point culture trimestriel 2026 2/4

Nous avons déjà passé la mi-juillet et la fin du deuxième trimestre de 2026. Il est temps que je parle de mes coups de cœur culturels de ces 3 derniers mois, avec un récapitulatif de mes lectures, des films qui m’ont marquée, des chansons qui me sont restées en tête et des spectacles que j’ai pu voir.

LECTURE

Mon rythme de lecture a diminué par rapport à celui du premier trimestre. Je n’ai ainsi achevé que 5 bouquins au printemps. Vous pouvez lire mon retour plus détaillé sur The Names (ou Les Prénoms) de Florence Knapp dans le billet Croque-Livre que je lui ai consacré. Voici mes avis pour les 4 autres.

  • King Kong Théorie, de Virginie Despentes (ma note : 3/5)

Cela faisait longtemps que cet essai de 2006 était sur ma liste vu qu’il s’agit de l’une des lectures phares si l’on s’intéresse au féminisme. S’appuyant sur ses expériences personnelles en tant que victime de viol et d’ancienne prostituée, Virginie Despentes y déconstruit les mécanismes qui assujettissent les femmes au rôle d’objets sexuels pour les hommes. J’ai toutefois moins accroché à l’écriture de Despentes et l’ouvrage m’a moins chamboulée que Sorcières de Mona Chollet (dans le domaine des ouvrages féministes, du moins). Il faut dire que le langage de Despentes est plus cru. J’avais parfois un peu de mal à suivre le rythme de ses phrases, l’autrice ayant sans doute été emportée par la colère et l’injustice. Cela reste cependant un classique féministe à mettre entre toutes les mains, sorti 1 an avant #MeToo, mais toujours autant d’actualité (vu que nous vivons toujours dans une société patriarcale et que, même si la parole se libère, la culture du viol est toujours bien présente…).

  • Notre corps, leur choix ? de Bettina Zourli (ma note : 3,5/5)

C’est lors d’une séance shopping à Lille avec ma sœur que je suis tombée sur ce petit essai de moins de 150 pages de Bettina Zourli. Je suis depuis déjà quelques années cette journaliste et créatrice de contenus féministes sur les réseaux sociaux, l’ayant découverte avec son ancien compte @jeneveuxpasdenfants. Étant moi-même childfree, j’ai toujours trouvé un certain écho dans ses contenus. Je n’ai donc pas hésité une seconde à me procurer son dernier essai, qui parle de la menace sur la liberté reproductive des femmes en ces temps sombres. J’ai trouvé son essai vraiment bien écrit et documenté avec des notes très nombreuses pour soutenir ses propos (de quoi faire taire les masculinistes qui veulent toujours des preuves de ce que les féministes avancent). Elle y explique tous les aspects de la baisse de natalité (qui est loin d'être uniquement dû au mouvement childfree) et propose des solutions pour résoudre le problème.

  • The Ministry of Time, de Kaliane Bradley (ma note : 3/5)

J’avais proposé plusieurs fois ce livre lors des réunions de mon club de lecture et j’étais heureuse de pouvoir enfin me plonger dans ce roman qui promettait un voyage dans le temps. Je vous mets ci-dessous la quatrième de couverture figurant sur la version française, traduite sous le titre Le ministère du Temps par Jean Esch pour vous donner un aperçu de l’histoire :

Londres, dans un futur proche. Une fonctionnaire se voit confier une mission ultra-confidentielle au sein d’un mystérieux ministère qui fait venir du passé une poignée d’«expatriés». En tant que «passerelle», elle devra accompagner et surveiller le capitaine de frégate Graham Gore, disparu deux siècles plus tôt en Arctique. Ce parfait gentleman de l’Angleterre victorienne se retrouve soudain propulsé au vingt et unième siècle : il est scandalisé de devoir cohabiter avec une femme célibataire, abasourdi d’être transporté à l’ère de l’électroménager et de Spotify, et ébranlé de découvrir que le puissant empire britannique n’est qu’un lointain souvenir. Alors que Graham et sa «passerelle» apprennent à s’apprivoiser, ils découvrent que le projet du ministère est menacé. Entre disparitions inexpliquées, trahisons et mensonges, il devient difficile de savoir à qui se fier. Une chose est sûre : leurs choix pourraient bien transformer l’avenir.

Le résumé me paraissait passionnant et, bien que l’histoire comporte des passages humoristiques et palpitants, j’ai été quelque peu déçue. Le récit m’a semblé particulièrement difficile à suivre car l’autrice part un peu dans tous les sens et touche un peu à tous les genres du roman (science-fiction, thriller, roman d'aventure, histoire d'amour…). En outre, l’histoire tirait un peu en longueur sans vraiment mener à une fin satisfaisante. Je n’ai donc pas été convaincue…

  • Un jour sans femme, de Laetitia Colombani (ma note : 4/5)

Impossible de ne pas acheter ce roman lors de mon dernier passage en terre francophone. Laetitia Colombani m’avait charmée il y a bientôt 10 ans par La Tresse. Cet ouvrage, que l’autrice a elle-même adapté au cinéma, mêle les histoires de 3 femmes sur 3 continents, tout comme l’on entremêle les 3 brins d’une tresse. Laetitia Colombani reprend un peu le même principe dans Un jour sans femme, publié au mois de mai. On y suit l’histoire de 4 femmes, également réparties aux 4 coins de la planète, qui vont être réunies autour d’un même événement mondial, ce fameux «jour sans femme». Chaque histoire traite de la condition féminine et des problèmes que les femmes rencontrent peu importe l’endroit où elles se trouvent sur la planète : le féminicide en Islande, l’excision au Sénégal, le harcèlement subi par les femmes enceintes qui continuent de travailler au Japon ou encore les femmes emprisonnées en cas de fausse couche au Salvador. C’est donc un roman résolument féministe, qui pousse à se relever et à être solidaire avec les autres femmes pour montrer une bonne fois pour toutes que, sans nous, le monde ne tournerait plus rond.

FILMS / SÉRIE

J’ai regardé plusieurs séries avec mon cher et tendre au cours des derniers mois, mais aucune ne m’a particulièrement marquée. Par contre, lors de mon vol pour le Vietnam en avril, j’ai eu l’occasion de voir 2 films que j’ai vraiment adorés :

  • Memoir of a Snail, film d’animation réalisé par Adam Elliot (ma note : 4/5)

J’ai choisi ce film par hasard et n’ai vraiment pas regretté ! Cela faisait bien longtemps que je n’avais plus regardé de films d’animation et celui-ci, pour adultes, m’a vraiment touchée. C’est l’histoire de Grace Pudel, une jeune fille tellement passionnée par les escargots qu’elle les collectionne et se croit elle-même être l’un de ces mollusques sympathiques qui se baladent avec leur maison sur le dos. Le film, traduit en français sous le titre Mémoires d’un escargot, parle ainsi de ses mémoires. Après une enfance dans une famille pas très riche, mais très heureuse, Grace se retrouve séparée de son frère jumeau Gilbert et mène une vie pas très folichonne, mais avec de jolis passages quand même, qui rappellent que les bons moments de la vie ne doivent pas forcément être grandioses. J’ai été emportée par le récit de Grace à travers ce film plein de poésie, à la fois mignon, plein d’espoir et très touchant. Bref, un excellent moment de cinéma (uniquement pour adultes, je le précise car l'histoire est un peu trop sombre pour les enfants) !

  • Lee, film réalisé par Ellen Kuras (ma note : 5/5)

Cela faisait un moment que je voulais voir ce film dramatique et biographique sur la photographe de guerre Lee Miller, interprétée magistralement par Kate Winslet. L’actrice britannique rend véritablement hommage à cette femme déterminée, indépendante, féministe, qui s’impose parmi les hommes sur le front pour montrer la réalité de la guerre. Kate Winslet transmet parfaitement les émotions ressenties par la photographe lors de ses reportages dans les camps et en plein combat. Un film très dur de par son sujet, mais qui permet de faire connaître cette photographe de talent qui a révélé au monde entier les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. J’ai aussi beaucoup aimé la fin du film, surprenante, et tellement émouvante. Inutile de dire que j’ai beaucoup pleuré… Le film déborde en outre de sororité, Lee attachant une grande importance à ses amies et défendant les femmes qu’elle rencontre (peut-être parce que le film est réalisé par une femme…). Puis, il n’a fait que renforcer mon admiration pour Kate Winslet, cette actrice sans fard qui continue de se battre pour se montrer telle qu’elle est (pour l'anecdote, elle a dû insister pour que l'on n'efface pas ses rides sur l'affiche… alors que je l'ai toujours trouvée absolument magnifique). J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce film et le recommande vivement si vous aimez les biographies de femmes extraordinaires !

SPECTACLES / EXPOS

Ce trimestre a été un peu moins riche en spectacles que le précédent, mais j’ai quand même eu le plaisir d’assister aux spectacles de danse de mon ancienne compagnie et au premier gala de ma petite nièce, en plus de 2 autres spectacles «professionnels» :

  • Hoi An Memories, spectacle en plein air à Hoi An au Vietnam (ma note : 3,5/5)

Lors de mon voyage au Vietnam (dont j'espère publier la carte postale prochainement), j’ai eu l’occasion d’assister à un spectacle en plein air absolument grandiose sur l’île de Hen, à Hoi An. Il raconte 400 ans de l’histoire de la ville par des numéros époustouflants alliant chants, danse, lumières, feux et jets d’eau, ainsi que près de 500 interprètes. Si jamais vous voyagez au Vietnam et passez par Hoi An, je le recommande vraiment car on en prend plein les yeux. N’hésitez pas non plus à vous rendre plus tôt sur l’île car il y a des représentations de danse tout au long de la journée (ça ressemble un peu à une usine dit comme ça, mais le niveau est élevé et ça change d'avoir un parc dédié aux spectacles et à la danse).

  • Mayerling, ballet de Kenneth MacMillan par le Royal Ballet (ma note : 3,5/5)

J’avais déjà assisté à ce ballet il y a quelques années, mais quand j’ai vu qu’il restait des places pour la soirée où mon duo favori de danseurs interprétaient les personnages principaux, je n’ai pas pu résister. Francesca Hayward et Marcelino Sambé, grands amis dans la vie, dégagent une véritable alchimie sur scène, j’adore les voir danser ensemble. Quant au ballet lui-même, sur une musique de Franz Liszt, il est un peu trop complexe et sombre à mon goût. Il s’inspire de faits réels, à savoir le meurtre et suicide du prince Rodolphe d’Autriche et de sa maîtresse Mary Vetsera, avec toute une floppée de têtes couronnées gravitant autour d’eux. Le personnage de Rodolphe est en outre violent envers les femmes, ce que la chorégraphie réaliste de Kenneth MacMillan fait bien comprendre, ce qui fait que j’étais moins emportée par son histoire d’amour avec Mary (on est loin de Roméo et Juliette). Cela dit, j’ai passé une excellente soirée de ballet grâce aux talents combinés de Francesca et de Marcelino.

Pour conclure, je n’ai pas un mais deux coups de cœur audio. Le premier est un épisode du Podkatz, le podcast de Juliette Katz, intitulé La violence des traditions. L’invitée, Diaryatou Bah, y raconte le calvaire qu’elle a vécu avec son excision et son mariage forcé. Malgré son thème particulièrement difficile, cet épisode est d’un intérêt public, pour se rendre compte de ce que subissent encore les femmes dans certaines régions du monde. En écoutant ce témoignage, livré avec une infinie douceur, je suis passée par toutes les émotions, de l’horreur à la colère en passant par la tristesse mais aussi l’admiration pour Diaryatou, qui fait preuve d’une résilience incroyable et se sert aujourd’hui de ses épreuves passées pour sensibiliser sur l’excision et les violences subies par les femmes de son pays d’origine, la Guinée. Si vous avez le cœur bien accroché, je vous invite à l’écouter ou à regarder son témoignage (ici). Et si vous préférez la lecture, sachez qu’elle a sorti une autobiographie en 2006, intitulé On m’a volé mon enfance. Mon deuxième coup de cœur est beaucoup plus léger puisqu’il s’agit d’une chanson de Kiki Rockwell, une chanteuse néo-zélandaise dont j’ai déjà parlé dans le dernier point culture trimestriel de 2025. Il s’agit de Faery Queen, un morceau entraînant aux rythmes folkloriques, qui est une ode à la danse. J’ai adoré le clip vidéo que Kiki a sorti pour cette chanson, qui montre une jeune fille danser jusqu’à la fin de sa vie, la dernière partie de la vidéo mettant en scène une dame âgée aux magnifiques cheveux blancs qui prend un plaisir fou à danser. Vu l’invisibilisation des femmes passé un certain âge, c’est rafraîchissant à voir !

Et vous, quels sont les livres, les films, les séries, les spectacles, les expos, les podcasts ou les œuvres musicales qui vous ont fait vibré.e au printemps ? N’hésitez pas à les partager !

Theo of Golden, d’Allen Levi

Hier avait lieu ma réunion mensuelle tant attendue du club de lecture. S’il n’a pas fait l’unanimité auprès des membres du club, le livre choisi ce mois-ci a été un véritable coup de cœur pour moi. Je ne pouvais que vous le recommander ici !

Je suis loin d’être la seule à avoir été conquise par ce premier roman d’Allen Levi puisqu’il a touché des millions de lecteurs et a été traduit dans une quarantaine de langues depuis sa sortie en octobre 2025. Vous pouvez d’ailleurs le lire en français sous le titre Theo grâce au travail de la traductrice Sophie Aslanides. Je vous mets ci-dessous la quatrième de couverture de sa publication chez JC Lattès :

Un matin de printemps, un étranger arrive dans la petite ville américaine de Golden. Personne ne sait d’où il vient. Ni pourquoi. Il s’appelle Theo. Et pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Il se rend au café du coin, où quatre-vingt-douze portraits sont accrochés aux murs – des dessins au crayon des habitants de Golden réalisés par un artiste local. Il les achète, un par un, afin de les remettre entre les mains de leurs « véritables propriétaires ». À chaque rencontre, une histoire est racontée, une amitié naît et une vie est transformée.

Ode au don et à la bienveillance, au regard porté sur l’autre, Theo est un roman sur le pouvoir de la générosité, l’importance de l’émerveillement pour mener une vie pleine de sens.

Dès les premières pages, je me suis attachée au personnage de Theo, ce vieux monsieur qui aime s’arrêter en chemin pour contempler un arbre ou une plume d’oiseau, qui prend le temps d’observer chaque détail d’une œuvre d’art, qui admire chaque jour le coucher du soleil et qui éprouve autant de plaisir que moi à marcher dans les feuilles en automne. Les rencontres qu’il faits dans la ville de Golden sont toutes émouvantes. Les discussions échangées entre Theo et les personnages sont pratiquement des séances de psychothérapie : découvrant leur portrait, les personnes invitées par Theo dévoilent ce qu’elles cachent au plus profond de leur âme. Au fil des pages, je me suis plusieurs fois surprise à sourire, puis à avoir les larmes aux yeux. Cela faisait longtemps que je n’avais plus ressenti autant d’émotions en lisant. Le roman est ponctué de réflexions philosophiques, sur l’art, sur la vie, sur le regard que l’on porte envers soi-même et envers les autres. On voit que son auteur, un avocat américain qui a quitté le barreau pour se consacrer à l’écriture de chansons et raconter des histoires, est un passionné d’art et de littérature vu les citations et noms d’auteurs ou d’œuvres figurant dans le roman. L’écriture est très poétique, son personnage est d’une gentillesse et d’une bienveillance incroyables, qui ne cesse de rappeler que les petites choses de la vie sont ce qui compte le plus. J’ai adoré découvrir les histoires de chaque personnage, puis, à la toute fin du roman la véritable identité de Theo et la raison pour laquelle il s’est installé à Golden (car oui, il y a aussi une petite part de mystère).

Si le roman n’a pas fait l’unanimité dans le club de lecture, c’est parce que la religion catholique est parfois un peu trop flagrante, Theo se posant notamment des questions sur le paradis et allant à l’église (bien que ce ne soit pas le sujet du roman). Theo vit d’ailleurs sa vie en suivant, non pas la Bible, mais le principe du poète William Wordsworth, qui dit que «les meilleures décisions d’un homme bon» sont «ses petits gestes, indéfinissables, inouïs de bonté et d’amour» (traduction de [The] best portion of a good man's life; little, nameless, unremembered acts of kindness and love par Maxime Durisotti). Theo essaye donc de faire le bien autour de lui sans chercher l’appréciation (on comprend toutefois rapidement qu'il est très riche, autre critique de certaines membres du club, qui trouvaient que cela n'était pas plausible). Malgré les quelques critiques, tout le monde était d’accord pour dire que l’écriture est vraiment belle et que l’histoire est touchante. C’est le genre de livre idéal pour une séance de lecture au coin d’un feu, sous le bruit de la pluie ou à l’ombre d’un arbre. Il vous enveloppe dans une sorte de cocon, dont vous n’avez pas forcément envie de sortir. La fin est toutefois brutale, mais c’est aussi un rappel qu’il faut profiter de la vie et des personnes qu’elle met sur notre chemin…

Je ne vais pas en dire plus ici pour ne pas gâcher votre lecture et vous recommande vivement ce roman qui met du baume au cœur, le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux, mais qui redonne surtout un peu foi en l’humanité (et on en a bien besoin) !

2026 : acte VI

Nous voilà déjà en été et dans la deuxième moitié de l’année ! L’heure est venue de faire mon bilan de juin, un mois synonyme de travail herculéen. Malgré des journées plus remplies, il a aussi permis de belles retrouvailles en famille et entre amies. Retour sur le sixième acte de 2026, qui m’a redonné confiance en mes compétences de traductrice.

Le beau ciel bleu de juin

Comme je l’avais espéré, juin a continué sur la lancée de mai. J’ai reçu des nouveaux projets chaque semaine, me permettant enfin d’oublier ce début d’année anxiogène. L’accumulation de travail m’aura valu la perte d’un week-end et d’une nuit, mais je préfère largement ça à des journées d’ennui. J’ai en plus eu la chance de recevoir plusieurs compliments de la part des PM et des personnes chargées de mes révisions, ce qui n’a fait que me conforter dans ma vocation !

Juin a été tout aussi rempli au niveau des sorties et de la vie de famille. Le premier week-end m’a vue remonter en Belgique pour assister au spectacle de mon ancienne compagnie de danse classique et à une fête de famille dans un cadre bucolique. J’étais également en voyage le week-end suivant, retrouvant ma belle-famille et assistant au premier gala de danse de ma nièce aux alentours de Rouen. Le beau temps étant, mi-juin, toujours de mise, mon cher et tendre et moi-même avons fait un tour au fort Coalhouse de Tilbury, au bord de l’estuaire de la Tamise. Puis la température a grimpé drastiquement, nous faisant passer le dernier week-end du mois dans la pénombre et sous les ventilateurs de notre appartement. En raison de la canicule, nos balades quotidiennes durant la fin du mois se sont principalement déroulées au crépuscule. Sortir à une heure plus tardive nous a permis de rencontrer une faune plus craintive. Daines, faons et petits renards se sont ainsi offerts à nos regards. Les hausses de température ont aussi donné lieu à de fabuleux spectacles de la nature, des arcs-en-ciel apparaissant après la pluie aux éclairs impressionnants des orages durant la nuit. Juin m’aura ainsi ravie quotidiennement, m’apportant pratiquement chaque jour un nouvel émerveillement.

Me permettant de retrouver mon envol, cet acte n’aura connu presque aucun bémol. Le seul désenchantement a été le recul continu de notre déménagement… Mon cher et tendre est sur le point d’acquérir une maison et cela fait maintenant plusieurs semaines que nous vivons dans les cartons. J’espère toutefois disposer d’un nouveau cadre au mois de juillet et vous montrer de nouveaux paysages dans mon prochain billet !

Canicule

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En tant qu’amoureuse des mots, il m’arrive, comme ce matin, de m’interroger sur l’étymologie d’un terme ou d’une expression spécifique. En regardant le thermomètre de mon appartement afficher 30°C et vivant à rideaux tirés et sous le bruit du ventilateur depuis le début de la semaine, je me suis demandé d’où provenait ce mot qui brûle sur toutes les lèvres en ce moment : « canicule ».

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Alors que les Anglais et les Allemands préfèrent appeler ce phénomène météorologique « vague de chaleur » avec les expressions heatwave et Hitzewelle, respectivement, les francophones n’ont plus que « canicule » sur le bout de la langue (pendante, en quête de rafraîchissement à l'image des chiens). Plutôt que d’être littéral, le français va puiser dans ses racines latines. D’après le dictionnaire Larousse, « canicule » vient du terme latin féminin canicula, formé par le mot canis (qui veut dire « chien ») et le suffixe culus (qui attribue l'adjectif « petit » au mot auquel il est raccroché). La signification complète du mot est donc « petite chienne ». Alors non, cela n’a rien à voir avec une insulte sexiste que nos ancêtres romains lançaient à la voûte céleste à force de fondre sous le soleil. Canicula est en réalité l’autre nom de Sirius (pas le parrain de Harry Potter dont le Patronus est un chien), mais bien l’étoile principale de la constellation du… Grand Chien.

Mais c’est quoi le rapport entre cette constellation et la fournaise dans laquelle nous vivons actuellement ? Dans le Trésor de la langue française, il est expliqué que l’étoile Sirius ou Canicula « se lève et se couche précisément avec le soleil » entre le 22 juillet et le 23 août, période des grandes chaleurs. Cette étoile étant la plus brillante dans le ciel après l’astre de feu lui-même, nos ancêtres de l’Antiquité croyaient que sa lumière flamboyante s’ajoutait aux rayons du soleil, ce qui provoquait une hausse de la température. Cette période de plus forte chaleur était ainsi appelée dies caniculares, soit les « jours du petit chien ». Lors de mes recherches, j’ai d’ailleurs découvert que les Anglais avaient repris cette expression et que c’est pourquoi ils qualifient de dog days les jours de canicule.

« Canicule » n’est pas le seul mot qui relie nos chers compagnons à quatre pattes au soleil puisque dans le Midi de la France, le substantif « cagnard » vient de l’ancien terme provençal canha, qui veut également dire « petite chienne » et par extension une « niche », qui désigne à la fois un endroit ensoleillé et abrité du vent (donc où il fait très chaud), et un soleil ardent.

Si ce petit billet étymologique n’intéresse que moi, j’espère qu’il vous aura au moins rappelé que les chiens peuvent également souffrir de la chaleur et qu’il faut veiller à bien les hydrater ! Et je terminerai par une pensée pour tous et toutes les enseignant.e.s de latin de 1ère secondaire en Belgique qui ne pourront plus, dès la rentrée prochaine, initier les élèves à cette langue antique tellement importante pour connaître nos racines. Force et courage à vous (et merci à mes anciennes professeures de latin qui passeraient par ici, car c'est avec elles que j'ai pu découvrir les joies de la traduction) !

Les nouvelles entrées des dictionnaires en 2026

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Au mois de mai, les grands dictionnaires francophones que sont Le Larousse et Le Petit Robert ont annoncé les nouvelles entrées lexicales qui figureront dans leurs éditions de 2027. L’information date un peu, mais si elle vous a échappée, voici quelques-uns des nouveaux mots et expressions qui m’ont marquée.

Photo de Pixabay

Les mots qui entrent dans les dictionnaires sont toujours des témoignages de l’époque dans laquelle nous vivons et de l’évolution de nos us et coutumes. Sans grande surprise, face au raz-de-marée technologique qui nous submerge depuis des années, les mots liés à l’intelligence artificielle sont nombreux parmi les nouvelles entrées. Le terme « prompt », qui désigne d’après le Larousse une « instruction envoyée à un algorithme d’intelligence artificielle spécialisé dans la génération de contenu », a ainsi pris sa place dans les pages du Larousse et du Petit Robert, qui y ajoute le verbe « prompter ». L’IA n’étant pas sans défaut (loin de là), le Robert a également inscrit une nouvelle définition au terme « hallucination » afin de désigner un « résultat incorrect ou trompeur produit par une intelligence artificielle générative, avec une apparence de vérité » (si vous en voulez quelques exemples, je vous invite à (re)lire mes perles de traduction automatique). Fait assez rare pour être souligné, le Robert a opté pour une traduction française au lieu d’un anglicisme en intégrant dans son dictionnaire le terme « hypertrucage » alias les deepfakes (ces vidéos truquées par intelligence artificielle). J’avais d’ailleurs déjà vu ce terme plusieurs fois passer dans mes traductions pour les institutions européennes, qui l’ont également adopté.

En tant que féministe, je me réjouis de voir enfin les dictionnaires francophones reconnaître certaines réalités auxquelles les femmes sont confrontées, comme la « précarité menstruelle » (qui touche encore près de 4 millions de personnes qui ont leurs règles en France), l’existence de la « manosphère », cette communauté principalement en ligne de partisans du masculinisme, qui est, d’après le Robert, un « ensemble de revendications cherchant à promouvoir les intérêts des hommes dans la société au détriment de ceux des femmes », ou encore l’ajout de Gisèle Pélicot dans la future édition du Petit Robert des noms propres. Le mouvement #MeToo a aussi apporté de nouveaux métiers, comme celui de « coordinateur/coordinatrice d’intimité », dont la mission est de veiller au bien-être et au « respect du consentement des actrices et des acteurs durant les scènes de proximité corporelle » (d'après le Larousse).

Grâce au wokisme, la langue française a également ouvert les yeux sur certaines minorités et sur la diversité de notre monde. Le terme « neurodiversité », qui indique que les fonctionnements neurologiques des êtres humains sont divers et variés, ainsi que de multiples mots relatifs aux handisports ou parasports complèteront ainsi les éditions 2027 des dictionnaires francophones. J’étais d’ailleurs étonnée d’apprendre que le terme « paralympien » ne figurait pas dans les éditions précédentes.

À ce sujet, il faut savoir que les lexicographes (c'est-à-dire les personnes qui écrivent les dictionnaires et étudient l'évolution de la langue) ne sélectionnent que les termes qui perdurent dans le temps, qui sont utilisés fréquemment et qui sont compris par plusieurs générations. Parmi ces termes que l’on utilise depuis des années et qui font seulement leur entrée dans les dictionnaires cette année, on trouve « crush », « chill », le « syndrome de l’imposteur », le « glamping » ou encore les « food-trucks ». Cela n’empêche toutefois pas le Larousse d’avoir enrichi son édition de mots des nouvelles générations, comme « dinguerie », « gros » dans le sens d’ami ou encore « bader », qui veut dire « déprimer », « être stressé(e) » ou « angoisser ».

Je voulais enfin m’attarder sur quelques expressions imagées et poétiques (bien que certaines cachent parfois de tristes réalités). On a par exemple les « larmes de sirène », qui désignent les petites billes de plastique issues de la fabrication qui polluent les océans, les « feux zombies », qui sont des « feux de forêt estivaux éteints en surface, mais qui continuent de se consumer lentement et sans flamme sous terre durant l’hiver » (Larousse), ou « ensemencement des nuages », une technique qui consiste à provoquer des précipitations à l’aide de particules chimiques. En parlant de nuages, une petite mention spéciale à une expression québécoise entrée dans Le Petit Robert : « pelleteur de nuages » pour parler d’une personne qui tire des plans sur la comète. Autre terme venu d’ailleurs, de Suisse cette fois, on a le terme tout mignon de « champignonneur » pour une personne qui aime cueillir des champignons.

Et pour finir, mes préférés : « supercentenaire » pour désigner une personne de plus de 110 ans, le « bien-vieillir » (qui est le fait de vieillir de dans bonnes conditions), la « bordélisation » (qui est l'action de semer le chaos) et « aplaventrisme » (qui est une attitude de soumission devant une personne ou un pays afin d'éviter un conflit ou d'en tirer parti). Vous me comprendrez donc quand je dirai que j’espère que la communauté internationale cessera son aplaventrisme face à la bordélisation du monde causée par certains États pour que nous puissions tous et toutes profiter du bien-vieillir et avoir plus de chances de finir supercentenaire.

Cette sélection de mots est minime, vu qu’ils sont 150 à avoir été ajoutées au Larousse et au Petit Robert. Je vous invite à consulter les articles sur lesquels je me suis appuyée pour rédiger mon billet si vous en voulez plus.

Les mots qui fâchent : « présomption d’innocence », « classement sans suite », « non-lieu », « diffamation »

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Depuis la libération de la parole des femmes avec #MeToo, les accusations contre des personnalités publiques font régulièrement les gros titres. Après Depardieu, PPDA, l’abbé Pierre (et bien d'autres…), c’est au tour de Patrick Bruel d’être au cœur des débats sur les réseaux sociaux. Comme les expressions juridiques sont souvent utilisées à tort et à travers sur ce tribunal du net, il me semble intéressant de se pencher sur leur définition pour mieux comprendre ce jargon judiciaire.

Photo de Sasun Bughdaryan sur Unsplash

Dans ces discussions animées par commentaires intercroisés sur Facebook, X et Instagram, les expressions « présomption d’innocence », « classement sans suite », « non-lieu » et « diffamation » reviennent souvent. Mais que veulent-elles dire juridiquement parlant ?

  • Présomption d’innocence : il s’agit d’un principe de justice selon lequel une personne est considérée innocente tant que sa culpabilité n’a été établie par un tribunal. Cette notion a été inscrite à la fin du XVIIIe siècle dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, notamment pour éviter de condamner des innocents sans preuve ou de leur faire subir des tortures pour leur soutirer de faux aveux. En gros, cela ne veut pas dire que l’individu est innocent dans les faits, mais qu’aucune décision de culpabilité n’a été prononcée à son encontre. Si vous voulez en savoir plus sur le concept de la présomption d’innocence, je vous renvoie à cet épisode du podcast L’Heure du Monde, consacré à ce sujet.
  • Classement sans suite : on dit qu’une affaire est classée sans suite lorsque le parquet décide de ne pas engager de poursuites judiciaires. Cela ne veut pas toutefois pas dire qu’une affaire a été inventée de toutes pièces ou que l’individu accusé n’est pas coupable dans les faits. Le ou la procureur(e) peut décider de ne pas poursuivre une affaire pour différents motifs, comme l’immunité de la personne accusée (qui est protégée de toute poursuite judiciaire selon la loi), l’absence d’infraction (par exemple, si votre voisin vous traite de « moule à gaufres », que vous portez plainte contre lui et que cette expression ne figure pas comme une injure dans la loi, le ou la procureur(e) peut classer votre affaire sans suite), ou encore la prescription, qui signifie que les faits ont été commis il y a trop longtemps pour être encore jugés, un motif souvent évoqué dans les affaires d’incestes et de violences sexuelles.
  • Non-lieu : d’après le Larousse, un non-lieu est une « décision de clôture par laquelle une juridiction d’instruction déclare qu’il n’y a pas lieu de continuer les poursuites ». Cette décision est rendue à la fin d’une enquête approfondie, lorsque le ou la juge d’instruction décide de ne pas renvoyer l’individu mis en cause au tribunal pour divers motifs, le plus fréquent étant l’insuffisance d’éléments pour justifier un procès.

En résumé, ces 3 expressions sont beaucoup plus complexes et ne veulent pas dire que la personne mise en cause est innocente ou coupable, mais simplement que la justice ne s’est pas prononcée.

Outre ces 3 expressions souvent brandies pour défendre la personnalité publique faisant l’objet de plaintes, on trouve aussi sur les réseaux des commentaires accusant les plaignant(e)s (surtout les plaignantes…) de « diffamation ». Mais c’est quoi la diffamation exactement ?

Selon le Service public français, il y a diffamation lorsque, je cite, « quelqu’un affirme un fait ou accuse une personne d’un fait qui nuit à son honneur ou à sa réputation ». Une victime qui porte plainte contre une personnalité publique pour des faits de violence sexuelle cherche avant tout à ce que les faits qu’elle avance soient reconnus et que justice soit faite. Cela ne constitue pas en soi de la diffamation. Par contre, crier sur tous les toits et en public qu’un tel est un violeur sans qu’une décision de justice n’ait été rendue peut être considéré comme diffamatoire par la justice, selon le contexte (l'équilibre entre diffamation et liberté d'expression est fragile).

Ce qui m’agace particulièrement, c’est que lorsque des individus clament sur les réseaux sociaux que « l’affaire a été classée », « X est présumé innocent », « il y a eu un non-lieu », c’est parfois pour rendre les victimes coupables de mensonge, toujours avec les mêmes refrains : 1) « elles font ça pour attirer l’attention », 2) « elles veulent juste de l’argent », 3) « si elles étaient pas contentes, fallait se plaindre avant »

Pour répondre à ces « arguments » : 1) Le viol est l’un des rares crimes où la honte est dans le camp de la victime et non de l’agresseur. Vous chercheriez vraiment à attirer l’attention si vous aviez honte ? 2) L’argument de la recherche de gain financier ne tient pas la route. Même quand la victime obtient gain de cause (ce qui est encore trop rare dans les affaires de viol et autres violences sexuelles…), les dommages et intérêts qu’elle perçoit sont bien inférieurs aux dépenses encourues pour engager des poursuites judiciaires, sans compter les années de suivi psychologique, médical et j’en passe pour soigner les traumatismes de l’agression. 3) Le délai de plusieurs années avant de porter plainte s’explique, entre autres, par la honte, la peur de devoir faire face à son agresseur, l’amnésie traumatique (quand le cerveau bloque pendant des années les souvenirs d'agressions sexuelles), ou le fait que la parole des femmes est encore et toujours remise en doute. Et quand on sait qu’une grande majorité des plaintes pour agressions sexuelles sont classées sans suite en France (70 % en 2023 d'après cet article), cela ne motive pas vraiment à porter plainte…

Avant de commenter toute affaire de violences sexuelles sur les réseaux, il serait donc utile de se pencher un peu plus sur le poids des mots et de comprendre ce que ces expressions juridiques impliquent. Elles ne sont pas des preuves de la véracité des faits, mais renvoient simplement à des processus juridiques. Et surtout, il est temps de retrouver de l’empathie pour les victimes, de développer notre capacité à nous mettre à leur place et de nous rendre compte de la violence qu’elles peuvent subir sur les réseaux quand leurs paroles sont minimisées, ignorées ou réduites au mensonge.

2026 : acte V

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Mai a été un mois plus chargé, le travail reprenant enfin à un rythme plus effréné. Il a apporté des chaleurs estivales et de belles retrouvailles familiales. Retour sur un mois productif qui m’a enfin permis d’avoir un état d’esprit plus positif !

Rayons de soleil à Harold Hill

Après des mois à faire de la prospection, le cinquième acte de l’année m’a enfin permis de reprendre la traduction pour le Parlement européen et la Commission. Les projets se sont enchaînés sans cesse, me permettant enfin de renflouer mes caisses. Avec du travail chaque semaine, j’ai enfin retrouvé une humeur plus sereine. Juin semble se poursuivre sur cette lancée, ce qui me redonne de l’espoir à l’approche de l’été !

Mai a été un mois ensoleillé également du côté de la vie privée. Il a commencé par une soirée à l’opéra, où j’ai pu voir Mayerling avec mon duo de danseurs préféré : Marcelino et Francesca. Il s’est poursuivi avec mon rendez-vous mensuel au club de lecture, qui rassemble de plus en plus de membres et prend de l’envergure. Le week-end suivant a été marqué par la fête des mamans. Après avoir servi de guide touristique à l’une de mes tantes et sa fille en visite dans la capitale britannique, j’ai pris l’Eurostar pour rejoindre ma clique. Premier arrêt à Lille pour passer la nuit chez ma sœur avant de rentrer le lendemain dans ma première demeure. Le dimanche a été fleuri, avec un repas en famille suivi d’une après-midi pour célébrer les mamans chez Mamy. Deux week-ends plus tard, c’est chez ma cousine londonienne et son mari que nous avons passé une après-midi à l’ombre du cagnard. Le reste du mois s’est déroulé plus tranquillement, avec des balades quotidiennes sous le soleil couchant. La nature nous a d’ailleurs offert pas mal de belles surprises ce mois-ci, des daims rencontrés à chacune de nos sorties aux levers de lune pleins de magie, en passant par un bel arc-en-ciel se détachant sur un ciel gris.

Juin semble commencer de la même manière que mai et promet de déménager (littéralement...). Rendez-vous au début de l’été pour savoir si le sixième acte sera aussi riche en travail et en festivités !

Les bienfaits d’être diariste

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Mardi 26 mai, à l’occasion de la Fête de l’écrit organisée par La Poste en France, le podcast L’Heure du monde a diffusé un épisode consacré aux journaux intimes et aux pouvoirs de l’écriture. Un sujet qui m’a beaucoup parlé vu que je suis diariste (c'est-à-dire autrice d'un journal intime) depuis de longues années.

Mon petit journal intime du moment

Avant d’écrire cet épisode, la journaliste Esther Michon était retombée sur de vieux journaux intimes qu’elle tenait durant son adolescence, s’interrogeant sur la raison pour laquelle elle écrivait à l’époque et les sujets qu’elle abordait. Cela m’a rappelé la fois où j’ai rouvert l’une de mes malles à souvenirs et que j’ai pu lire l’un de mes tout premiers carnets, un petit cahier rose bonbon orné d’une Barbie princesse style années 1990. Je ne le qualifierai pas exactement de « journal intime » vu qu’il contient, entre autres, la liste des prénoms de mes peluches, poupées et autres figurines quand je jouais à l’institutrice (😅), mais c’est l’un des premiers carnets dans lesquels j’ai laissé des bouts de vie et des émotions. J’y avais ainsi décrit avec des mots d’enfant une dispute avec ma sœur, mais aussi exprimé l’une de mes premières grandes colères et tristesses : l’annonce qu’on allait devoir euthanasier notre premier chien… Ce n’était pas une longue déclaration, simplement le dessin d’un visage avec de grosses larmes et ces mots écrits en grand en travers de la page : « JE NE VEUX PAS QU’ON PIQUE PRUNE ! ». J’avais apparemment eu besoin de lâcher sur le papier cette émotion trop forte qui me submergeait. Par la suite, j’ai eu comme toutes les petites filles divers carnets couleur pastel fermés par un cadenas, dans lesquels je racontais tout et n’importe quoi quand l’envie m’en prenait.

C’est à l’adolescence que j’ai commencé à être beaucoup plus assidue, épanchant mes doutes, mes états d’âme, mes émois amoureux, et racontant les grands épisodes de la vie d’une jeune fille dans les années 2000. Je ne me rappelle pas vraiment avoir tenu de carnets quand j’étais à l’université, mes soirées étant exclusivement dédiées à l’étude ou aux sorties entre copines, mais j’écrivais encore ça et là les événements principaux de ma vie. J’ai aussi pris quotidiennement la plume lors de mon séjour linguistique de 6 mois à Minsk, ainsi que durant mon périple de 3 mois en Inde, mais je ne dirais pas que ces écrits sont «intimes», étant donné que je les publiais sur des blogs, dans le but d’informer mes proches et de leur partager mes expériences. L’envie de tenir un journal intime plus régulièrement m’est revenue lorsque je me suis retrouvée sur le marché du travail et que je me suis lancée comme indépendante. Et cela fait maintenant plus de 6 ans que j’essaye chaque matin de me prendre quelques minutes pour écrire et vider mes pensées. J’ai ainsi une collection énorme de petits carnets, qui me servent un peu de psychologue en papier auquel je confie mes angoisses, mes coups de gueule, les bonnes et les mauvaises nouvelles, et tout ce qui me cause du stress au quotidien (c'est-à-dire presque tout 😅).

Au cours de l’écriture de cet épisode de podcast, Esther Michon a voulu savoir si tenir un journal intime avait des effets bénéfiques sur la santé. Elle a interrogé plusieurs spécialistes et consulté des études sur le sujet. Si ce n’est pas totalement confirmé scientifiquement, des recherches ont montré que les personnes qui tiennent un journal intime et y parlent de leurs traumatismes parviennent à diminuer leur stress, à réduire leur tension artérielle, mais aussi à stimuler leur système immunitaire. L’auteure Nayla Chidiac, qu’Esther a interviewée, a précisé qu’il fallait absolument écrire à la main pour ressentir ces bienfaits. Selon elle, l’écriture de journaux intimes est cathartique lorsque l’on ne s’impose aucune règle, qu’on s’offre le temps de penser sans aucune autre distraction et que l’on laisse simplement couler l’encre sur le papier. J’en suis totalement convaincue. Je pense d’ailleurs que ma santé mentale aurait été en bien pire état si je n’avais pas écrit dans mes carnets durant les confinements pendant toute la période du virus-dont-on-ne-veut-plus-entendre-le-nom, par exemple.

Esther Michon termine l’épisode en disant que c’est à nous de choisir la façon dont on voit le journal intime : comme un outil ou comme un trésor à chérir. Personnellement, j’ai toujours considéré mes carnets intimes comme mes biens les plus précieux. Ces journaux sont des fenêtres ouvertes sur d’autres périodes de ma vie. Au beau milieu de toutes les émotions décrites, des disputes avec mon amoureux, des inquiétudes pour mes proches, du stress lié à l’IA ou des besoins d’encouragement et de motivation durant les périodes plus intenses de travail se cachent des anecdotes qui semblent tout à fait banales sur le moment, mais qui me permettront plus tard de retourner dans le passé, de voir se redessiner derrière les mots les lieux où j’ai vécu ou les traits et le caractère des personnes chères à mon cœur qui ont disparu. Alors je continuerai d’écrire régulièrement pour mon moi du présent, mais aussi pour mon moi du futur, à qui j’offre ces merveilleux voyages dans le temps.

The Names, de Florence Knapp

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À la dernière réunion de mon club de lecture, nous avons discuté longuement de ce roman de l’autrice britannique Florence Knapp, sorti en 2025. Je lui ai attribué la note de 3,5/5 sur mon application de lecture, mais ai trouvé la conversation autour de ce livre tellement intéressante que j’avais envie d’en parler dans un billet Croque-Livre.

J’ai lu ce roman dans sa langue originale, l’anglais, mais vous pouvez le lire dans plus de 20 langues, y compris le français. Je vous donne ci-dessous la quatrième de couverture de sa version française, publiée aux éditions JC Lattès sous le titre Les Prénoms et qui a été traduite par Carole d’Yvoire.

Et si le choix de votre prénom déterminait le cours de votre vie ?

En 1987, au lendemain d’une grande tempête, Cora se met en route avec sa fille de neuf ans pour déclarer la naissance de son nouveau-né. Son mari, Gordon, médecin respecté, mais tyrannique et oppressant dans l’intimité du foyer, souhaite qu’elle perpétue la tradition familiale et que l’enfant porte son prénom. Pourtant, au moment crucial d’acter cette décision, Cora hésite. 

S’ouvre alors un récit en trois variations, trois trajectoires possibles, durant trente-cinq années.

C’est l’histoire de Gordon, Bear et Julian, de trois versions d’une vie et des possibilités infinies qu’une simple décision peut déclencher. C’est l’histoire d’une famille et de l’amour qui perdure, quoi que le destin réserve.

J’ai beaucoup aimé la structure du roman. Entre le prologue qui débute en octobre 1987 et l’épilogue qui amène le récit au 29 juillet 2022 se trouvent 6 parties, chacune intitulée par l’année qu’elle aborde (1987, 1994, 2001, 2008, 2015 et 2022). Chaque partie est à son tour divisée en 3 chapitres, intitulés tour à tour Bear, Julian et Gordon, chacun racontant une version de l’histoire du fils de Cora en fonction du prénom sous lequel il a été inscrit à la mairie (ou à la commune si vous êtes Belge). Les exemples de violence conjugale sont présents en nombre dans le roman, ce qui rend la lecture parfois difficile, mais les personnages sont attachants et le récit est bien ficelé.

La discussion autour de ce livre au sein de mon club de lecture a été quelque peu philosophique avec cette question principale : est-ce qu’un prénom peut influer sur votre caractère, vos relations avec les autres et votre destin ? Je me suis d’ailleurs demandé si les versions traduites reprenaient les mêmes prénoms ou s’ils avaient été adaptés, en particulier le prénom original de Bear (qui signifie « ours »). Cela dit, comme l’histoire se déroule en Angleterre, la modification des prénoms aurait dû s’accompagner d’une transposition totale dans le pays où la langue cible est parlée. En outre, l’autrice n’a pas nommé ses personnages au hasard puisqu’elle a fourni un lexique reprenant chaque prénom accompagné de sa signification. Par exemple, Cora signifie « the core of the story » (le cœur de l'histoire). Ce lexique a servi de base à plusieurs questions lors de la réunion du club de lecture car on peut comprendre le récit d’une autre manière si l’on se penche davantage sur la signification de chaque prénom. D’ailleurs, certaines membres du club ont dit qu’elles allaient probablement relire le roman pour avoir une autre perspective sur l’histoire de Bear, Julian ou Gordon.

Florence Knapp ne dévoile pas grand-chose sur sa vie privée, à part le fait qu’elle vit dans la banlieue de Londres avec son mari et son chien. Avant cette première œuvre de fiction, elle a publié 2 ouvrages autour du patchwork, et plus particulièrement sur la fabrication de courtepointes et l’art de l’English Paper Piecing (EPP), qui est une technique d’assemblage de patchworks sur des gabarits en papier. Comme elle est en plus une passionnée de couture, on peut dire qu’elle maîtrise l’art de tisser autant les fils que les histoires. J’espère donc qu’elle ressortira de nouveau sa plume pour nous confectionner un nouveau récit !

Avez-vous lu ce roman ? Qu’en avez-vous pensé ? Et croyez-vous que votre vie ait été influencée par le prénom qui vous a été donné ? N’hésitez pas à commenter !