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Non, on ne devient pas traducteur sous-titreur en quelques clics

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Bonjour à tous !

Pour une fois, je reviens vite vers vous pour pousser un petit coup de gueule.

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Si vous n’êtes pas coupé du monde ou débordé de travail en ce moment, vous êtes sûrement tombé sur la nouvelle qui se disperse telle une traînée de poudre sur les réseaux sociaux et la Toile depuis quelques jours : Netflix est à la recherche de sous-titreurs pour ses séries.

Ce n’est pas l’annonce qui m’énerve, loin de là : Netflix a l’air de prendre le problème de ses sous-titres au sérieux et souhaite faire appel à des professionnels pour avoir un sous-titrage de qualité. Et les prix me semblent corrects d’après ce que j’ai pu voir sur leur grille tarifaire. Non, ce qui m’irrite, c’est de voir que des magazines et journaux incitent leurs lecteurs à postuler s’ils sont bilingues ou polyglottes car ce qui compte, c’est d’être fan de séries ou, pour reprendre les mots de l’article qui m’a mis de mauvais poil, de passer son temps à « dévorer les séries Netflix plus vite que votre tartine au choco ».

Premièrement, à moins que vous soyez né de parents parlant deux langues différentes et qui vous ont élevé en pratiquant les deux langages, il est peu probable que vous soyez bilingue. Bien parler et comprendre l’anglais ne veut pas dire que vous pensez comme un anglophone. Même une personne qui a étudié les langues et en a fait son métier ne peut se dire vraiment bilingue. Quant aux vrais polyglottes, ce sont des oiseaux rares. Bref, je ne suis pas déjà d’accord avec la terminologie.

Deuxièmement, même si vous parlez l’anglais couramment, le plus important ici est de transmettre le message en français correct. Être traducteur, c’est avant tout pouvoir maîtriser sa langue maternelle sur le bout des doigts. Alors, si vous n’êtes pas capable d’orthographier un texte ou ne connaissez pas votre grammaire, ce job n’est pas fait pour vous.

Et troisièmement, si Netflix fait appel à des professionnels, c’est parce que la traduction est un métier. Certaines personnes passent au moins 5 ans sur les bancs de l’école pour devenir traducteur (revoir mon article sur les études de traduction). Le sous-titrage comporte en plus certaines particularités qui rendent l’exercice plus difficile, j’en ai touché un mot dans mon article sur la Foire du Livre 2017.

Donc non, désolée mais ce job n’est pas « qu’à portée de clic ». L’agence Hermes, qui s’occupe du recrutement des sous-titreurs, fait d’ailleurs passer un test d’1h30 aux personnes intéressées. Bon, je sais quand même qu’il existe des communautés de fans d’une série ou l’autre qui peuvent faire du bon travail en traduisant eux-mêmes les sous-titres, mais ce qui m’énerve au plus haut point, c’est que les journaux et magazines banalisent encore une fois le métier de traducteur. J’espère que Netflix fera donc le bon choix et choisira des professionnels.

Petit coup de gueule passé, je vous souhaite une bonne journée 🙂 (et bonne chance aux traducteurs qui veulent tenter le test !)

Foire du livre 2017

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Bonjour à tous ! Me voilà enfin de retour après de si longs mois (non, je n’étais pas en vadrouille, juste plus débordée que d’habitude et du coup plus vraiment le temps d’alimenter mon blog).

Comme chaque année, j’ai participé à la Foire du Livre de Bruxelles, et plus particulièrement à la dernière journée, où sont organisées plusieurs conférences autour de la traduction. L’occasion de m’informer davantage sur mon métier, mais aussi de revoir certaines camarades de classe du Centre Européen de Traduction Littéraire. Voici donc un « petit » compte-rendu de cette cuvée 2017 (vu la longueur de mon post, je comprendrais que vous sautiez plusieurs passages. Les traducteurs littéraires seront toutefois intéressés par le tout dernier point…)

Bruxelles et Montréal Babel : le traducteur comme passeur entre les communautés

La première conférence à laquelle j’ai pu assister était une rencontre entre Lori Saint-Marin, traductrice québécoise, et Danièle Losman, traductrice belge. Comme certains le savent, la Foire du Livre met chaque année un pays ou une région du monde à l’honneur et 2017 était consacrée à Montréal. Trait d’union entre les communautés anglophone et francophone, cette grande ville du Québec partage beaucoup de points communs avec Bruxelles. La conférence cherchait donc à savoir quel rôle joue la traduction dans ces deux métropoles.

Le public présent a ainsi appris que la traduction était presqu’un moyen de survie au Québec. En effet, les Québécois ont cette tendance à se sentir quelque peu menacés par la culture anglophone qui les entoure aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur même du Canada. La langue française et la traduction en français est donc un acte de rébellion face à « l’envahisseur » américain. Lori Saint-Marin a avoué qu’elle considérait la traduction comme une « friction enrichissante » entre deux cultures, point que Danièle Losman partage. La traductrice belge a en effet ajouté que la traduction était essentielle pour faire connaître les différentes cultures et montrer qu’elles sont toutes aussi valables les unes que les autres.

La suite de la conférence portait sur les études de traduction dans ces deux régions du monde. Il semblerait que la situation du Québec soit assez semblable à celle de la Belgique puisque les jeunes québécois se rendent compte de l’importance de la traduction dans le monde d’aujourd’hui. Beaucoup s’intéressent bien évidemment à la traduction technique et commerciale, mais aussi à la traduction littéraire, domaine qui permet bien plus de liberté mais qui est malheureusement rarement bien payé (même combat chez nous et en France soit dit en passant).

L’animatrice de la conférence s’est ensuite intéressée à l’avenir du partage de la littérature entre les communautés linguistiques de Belgique. Danièle Losman s’est montrée très positive en expliquant qu’il y avait actuellement un grand nombre d’initiatives culturelles et artistiques intéressantes entre néerlandophones et francophones afin de contrer l’atmosphère nationaliste. Pour elle, les traducteurs et les artistes sont la solution contre le repli identitaire et pour le partage des cultures.

La conférence s’est conclue sur la question : faut-il être humaniste pour être traducteur ? Lori Saint-Marin a répondu que la littérature elle-même était humaniste. Elle a ensuite pris l’exemple d’un auteur anglophone très polémique au Québec que les lecteurs francophones refusaient de lire à cause de ses prises de parole très controversées. Certains l’ont toutefois découvert grâce à la traduction et se sont rendu compte qu’il était un excellent écrivain. Les traducteurs peuvent ainsi aussi servir de réconciliateurs. En Belgique, la traduction française permet, quant à elle, aux lecteurs de découvrir la littérature flamande et de mieux comprendre, à travers les mots, cette culture si proche que nous nous complaisons souvent à rejeter pour des raisons purement politiques.

Le multilinguisme au sein des institutions européennes

Comme l’an dernier, Franz Lemaitre, le Chef d’unité d’interprétation de langue française de la Commission européenne, est venu lever le voile sur le service de traduction et d’interprétation des institutions européennes. Il était cette fois-ci accompagné d’Ian Andersen, Conseiller en leadership participatif à la Direction générale de l’Interprétation de la Commission européenne.

Franz Lemaitre tout d’abord expliqué les qualités qu’un interprète de conférence devait avoir pour exercer son métier. En cela, il a repris les propos qu’il avait tenus l’an dernier en disant qu’un interprète devait 1) être curieux de tout, 2) maîtriser sa langue maternelle sur le bout des doigts et 3) avoir une bonne connaissance des langues étrangères. Il a ajouté que, pour l’interprète, la langue n’est pas une fin en soi comme elle l’est pour le traducteur, mais qu’elle est plutôt un vecteur. Il a également répété plusieurs fois que l’interprète était loin d’être un génie des langues et qu’il fallait 95% de travail et 5% de talent pour pouvoir exceller dans cette profession. Comme il l’a si bien dit, « on ne devient pas interprète, on le devient, et on le devient jusqu’à la fin de sa carrière. » Comprenez que l’interprète devra toujours viser l’excellence sans jamais pouvoir l’atteindre et que ce métier passionnant permet d’en apprendre tous les jours.

Ian Andersen a, quant à lui, fait un petit historique du multilinguisme en Europe. Il a ainsi expliqué qu’il y avait eu 2 modèles depuis la création de la Commission européenne. Au départ, un ministre danois avait proposé que les réunions entre ministres se passent en deux langues et que chaque interlocuteur pratique la langue de l’autre. Ce modèle a bien évidemment été rapidement abandonné car l’on s’est vite rendu compte de l’importance de pouvoir parler de politique dans sa propre langue. Le deuxième modèle proposait, lors des grandes séances entre des ministres de plusieurs pays, d’utiliser toutes les langues des intervenants et de faire appel à des interprètes. S’il était plus facile pour chacun de s’exprimer dans sa propre langue, ce système s’est vite avéré onéreux et complexe vu le nombre d’interprètes qu’il fallait recruter. Il est en effet impossible d’organiser toutes les réunions en session complète car il n’y a pas assez d’interprètes (même en faisant appel aux interprètes indépendants). Il a donc fallu faire un choix et, aujourd’hui, on trouve donc différents types de réunions : celles où on utilise une seule langue et celles où on utilise quelques langues (les interlocuteurs de langues plus rares devant s’exprimer en anglais).

Ian Andersen s’est ensuite penché davantage sur l’exercice d’interprétation en lui-même en expliquant qu’un interprète ne devait pas seulement interpréter les mots prononcés par les ministres, mais aussi adapter le discours aux différentes cultures. Il a pris l’exemple des Scandinaves qui ont tendance à s’exprimer de manière très franche et directe, contrairement aux Italiens et aux Français qui tournent davantage autour du pot et enjolivent leurs phrases d’expressions à rallonge. Ainsi, les Danois s’étaient étonné que certaines parties des discours de leurs représentants n’étaient pas reprises en totalité dans les comptes-rendus de réunion. Pourquoi ? Tout simplement parce que lorsque le président de la réunion demandait par exemple aux Danois s’ils étaient d’accord avec telle ou telle mesure, ceux-ci répondaient simplement « Oui » ou « Non », alors que leurs homologues français et italiens ne donnaient leur réponse qu’au bout de « Monsieur le Président, nous tenons à vous faire part de notre avis concernant la question… ». Le micro des ministres ne s’allumait en fait qu’après que les Danois aient donné leur réponse. Résultat, on pouvait croire qu’ils n’avaient pas répondu. L’interprète doit donc s’habituer à adapter en français le discours court et direct des Danois.

Franz Lemaitre a conclu la conférence en répétant, comme l’année dernière, que les interprètes et traducteurs ne devaient pas craindre l’avènement des machines car, même si les technologies progressent, aucun ordinateur n’est encore capable de comprendre tous les sous-entendus, métaphores et dimensions ironiques du discours humain. Cela fait des dizaines d’années qu’on en parle et, malgré les progrès, on est encore loin d’avoir un robot traducteur. Voilà de quoi rassurer les plus anxieux !

Le chat qui voulait être roi, Le Roi Babel

Cette conférence présentait l’application Le Roi Babel, sorte de livre interactif pour enfants existant en plusieurs langues (FR-NL-EN-ES). Je ne vais pas m’étendre sur l’histoire qu’il raconte, mais plutôt sur ce qui nous intéresse ici : le processus de traduction.

Outre Karim Maaloul, le créateur de l’application, il y avait Cristina Lopez Devaux, qui a traduit l’application en espagnol, et Bart Vonck, qui s’est chargé de la traduction en néerlandais.

Cristina Lopes Devaux a expliqué qu’elle avait abordé cette traduction de manière très différente car, en plus de l’histoire en elle-même, il a fallu adapter en espagnol toute l’interface, ainsi que les textes promotionnels, etc. C’était donc un travail assez varié et surprenant vu la quantité de fichiers. Pour l’histoire, elle a avoué qu’elle s’était inspirée de sa propre jeunesse. En tant qu’Espagnole, elle a en effet grandi avec les histoires de Gloria Fuertes, grande poétesse pour enfants. Elle a donc voulu garder son influence, en utilisant un langage poétique sans être trop niais, en jonglant avec les niveaux de langue et en donnant une musique à un texte qui doit être lu. Pour elle, il était essentiel de relire sa traduction à voix haute pour respecter le rythme de l’histoire. Cristina Lopes Devaux a également ajouté qu’il fallait donner un caractère ludique au texte car l’image était très présente. Il fallait donc que le récit parvienne à attirer autant l’attention de l’enfant que les activités s’affichant à l’écran.

Traducteur de poésie, Bart Vonck a eu une approche quelque peu différente. Il explique que la poésie est en effet un domaine très dense et beaucoup plus dure que tous les autres domaines de traduction. La traduction d’un livre pour enfants était donc pour lui une parenthèse agréable et reposante. Il s’est principalement concentré sur le style et le registre, tout en faisant attention à adapter son texte à un public plus jeune. Il fallait donc éviter les mots abstraits, faire souvent appel à l’image, produire un texte très vif et poétique, mais de manière beaucoup plus légère que ce qu’il a l’habitude de faire. Habitué des traductions de théâtre, il a aussi eu l’automatisme de relire son texte à voix haute.

Le reste de la conférence s’intéressait à la manière dont Karim Maaloul a réussi à trouver des traducteurs pour chaque langue. Il faut dire qu’en tant qu’auto-éditeur, il a eu beaucoup de mal à savoir vers qui se tourner. On lui avait recommandé quelqu’un pour la traduction en anglais mais le travail était absolument catastrophique donc il a fait appel à des amis anglophones. Quant à Cristina et Bart, il les a rencontrés lors de la Foire du Livre. C’est dire l’intérêt qu’ont ces foires autant pour les auteurs que pour les traducteurs.

Bruxelles-Babel : capitale du sous-titrage, du doublage et du voice over

C’est la rencontre qui m’a intéressée le plus puisqu’elle parlait d’un domaine de la traduction que je ne connais pas très bien et qui m’attire. Elle mettait en lumière plusieurs disciplines de ce type de travail grâce à des spécialistes.

Tout d’abord, une petite définition s’impose. Le sous-titrage est bien évidemment une traduction écrite de ce qui est dit à l’écran, le doublage est la traduction orale des dialogues d’un document audiovisuel et le voice over est le texte dit en narration voix off dans les documentaires télévisés, les reportages… ainsi que le texte qui est lu par-dessus les voix originales, comme par exemple pour les interviews dans un journal télévisé. Il y a en effet une tendance à ne plus sous-titrer ces reportages, mais à les traduire en voice over.

Ensuite, quelques petites explications sur les contraintes de ces techniques. Pour le sous-titrage, la contrainte principale est la limite du temps de lecture. Il faut que le spectateur puisse lire facilement ce qui est dit sans que cela l’empêche de regarder les images. Aujourd’hui, les spectateurs comprennent de plus en plus souvent la langue originale, comme c’est souvent le cas pour les séries, donc il faut reprendre absolument les références culturelles. Ainsi, si une scène se déroule à Londres et qu’on parle de taxis, on ne peut pas parler de « taxis jaunes » mais bien de « taxis noirs ». Certaines références culturelles sont toutefois moins faciles à rendre. Par exemple, si dans une série belge, les personnages disent « Rendez-vous au Quick » sans que l’on voit l’image du restaurant, le spectateur japonais n’aura aucune idée du genre de lieu de rendez-vous. Ici, il est impossible d’ajouter une note de traducteur, il faut parvenir à faire passer le message sans ouvrir de parenthèses. Le sous-titreur doit donc absolument regarder l’image pour s’accrocher à quelque chose. On peut donc dire que ces traducteurs sont surtout des adaptateurs.

Le doublage et le voice over sont des textes écrits destinés à être lus oralement. Il y a donc un certain aspect ludique. Le premier travail du voice over consiste à vérifier les informations véhiculées dans les documentaires, les interviews, etc. Il faut également respecter les consignes données par les chaînes de télévision : alléger les infos, changer le ton de la vidéo (si par exemple le ton employé par une personne interviewée est très familier, il est demandé au traducteur d’adopter un ton plus sérieux). Le ton est aussi important pour les sous-titreurs. Si vous traduisez par exemple une série historique, vous devez faire des recherches pour utiliser un langage adapté à l’époque.

La deuxième partie de la rencontre s’intéressait aux différents logiciels qui pouvaient aider le traducteur à faire son travail. Pour le doublage, le seul programme utilisé est celui destiné aux comédiens qui lisent le texte. Celui-ci est projeté en studio et les comédiens doivent le lire, ou plutôt le jouer, en suivant la bande de rythme. Pour le sous-titrage, il existe plusieurs logiciels gratuits qui permettent de synchroniser le texte avec les images mais qui ne permettent pas de voir le résultat final (malheureusement les différentes traductrices spécialisées dans le sous-titrage n’ont pas donné de nom de programme, mais sachez toutefois qu’il en existe en ligne totalement gratuits pour vous exercer).

La dernière partie de la rencontre s’est enfin penchée sur les différentes formations accessibles en Belgique. Si le sous-titrage est enseigné dans les écoles de traduction depuis plusieurs décennies, ce n’est pas du tout le cas pour le doublage. Pour l’instant, on ne trouve que deux universités en France, à Lille et à Nice. Toutefois, l’UCL a annoncé qu’elle ajouterait le doublage à son cursus de traduction dès 2017. À bon entendeur…

Bruxelles Babel : traduire aussi les langues dites « mineures »

La dernière rencontre intéressante à laquelle j’ai assisté se consacrait aux langues mineures. Elle regroupait Nicolas Auzanneau, traducteur du letton, Chloé Billon, traductrice du croate, Seán Hade, chef d’unité au Conseil de l’UE et traducteur irlandais, Rachel Zammit McKeon, traductrice du maltais au Conseil de l’UE et, enfin, une perle rare, Munkhzul Renchil, traductrice du mongol.

La modératrice a commencé par demander à chacun d’où leur est venue l’envie d’apprendre et de traduire une langue rare. L’histoire de Nicolas Auzanneau, traducteur du letton, était assez intéressante. Il avait terminé ses études juste après la chute du bloc de l’Est et avait envie de partir à la découverte de cette région du monde encore totalement méconnue à l’époque. Il a donc voulu apprendre et traduire le letton pour transmettre ses découvertes aux autres. Munkhzul Renchil, traductrice du mongol, a eu l’approche inverse. Étant elle-même mongole, fille d’une traductrice du russe au mongol et ayant fait des études de littérature à Paris, elle s’est rendu compte que son pays était totalement inconnu des Occidentaux. Elle a donc voulu faire connaître sa culture à travers la littérature.

Chacun des traducteurs a ensuite parlé de la situation des études de ces langues « mineures » à travers l’Europe et leur rapport avec le monde de l’édition :

  • Le letton n’étant enseigné que de manière peu approfondie à l’Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) à Paris, le mieux à faire pour l’apprendre est d’aller sur place. La littérature lettone est de plus en plus traduite en français, qu’il s’agisse des grands classiques, de poésie, des œuvres contemporaines, ainsi qu’un grand stock de témoignages lettons sur la révolution bolchevique. La littérature jeunesse est, quant à elle, en grande expansion et est même promue par le gouvernement letton.
  • Le croate est beaucoup plus traduit en allemand qu’en français. La littérature de ce petit pays méditerranéen est très peu connue. Chloé Billon doit donc faire elle-même les démarches auprès des éditeurs pour proposer des projets de traduction.
  • Selon Seán Hade, l’irlandais a toujours été traduit, que ce soit en latin et en français, mais jamais de manière professionnelle. L’irlandais n’a d’ailleurs pas eu le statut de langue officielle avant 2010. C’est seulement à partir de cette année-là que les choses ont changé. Aujourd’hui, l’irlandais est enseigné obligatoirement à l’école au même titre que l’anglais. La condition des traducteurs de l’irlandais a donc elle aussi évolué.
  • Pour le maltais, la formation de traducteur est assez récente (2003-2004). Il y a plusieurs éditeurs à Malte qui publient des traductions vers le maltais mais beaucoup moins dans l’autre sens. On constate toutefois un intérêt pour la littérature jeunesse maltaise.
  • Le mongol, enfin, est une langue qu’il est possible d’apprendre également à l’Inalco. Cela reste toutefois un langage et une culture encore bien trop énigmatique pour les francophones.

La rencontre s’est conclue par une belle intervention d’une traductrice du letton présente dans le public, qui a repris une citation de la poétesse et dramaturge Māra Zālīte : « Là où il y a une grande littérature, il n’y a pas de petite langue. »

Le prix de littérature de l’Union européenne

J’ai terminé mon marathon de rencontres sur la traduction par cette conférence sur le prix de littérature de l’Union européenne. Je ne vais pas vraiment m’attarder sur le débat qu’il y a eu concernant l’existence d’un fonds pour la traduction, l’importance bien trop négligée des traducteurs, etc. mais je voulais néanmoins en toucher un mot car Françoise Wuilmart, directrice du Centre Européen de Traduction Littéraire, a parlé du site PETRA-E, où vous pouvez trouver un cadre de référence pour l’enseignement de la traduction littéraire. Vous y avez accès à un tableau qui reprend les compétences nécessaires pour devenir un bon traducteur littéraire. Cela peut ainsi permettre d’estimer votre niveau. Vous le trouverez ici.

J’ai bien évidemment conclu ma journée à la foire par un tour des libraires et j’en suis ressortie avec quelques livres sur la traduction et plusieurs romans et recueils de nouvelles pour le plaisir. Je parlerai de mes coups de cœur dans de prochains billets Croque-livre. À bientôt (je l’espère, du moins) !

Carte postale du Pays de Galles

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Hello tout le monde ! Oui, je suis toujours en vie et non je ne fais pas grève… Désolée de ce long silence de plus de trois mois (!), avril et mai ont été extrêmement chargés et j’ai entre-temps eu un déménagement. Bref, je n’ai vraiment pas eu le temps de m’occuper de mon blog (ça m’apprendra à ne pas profiter de mes périodes creuses pour écrire plusieurs articles à l’avance). Cela fait déjà un moment que je voulais vous raconter mon road trip de Pâques au Pays de Galles, alors je profite d’un peu de répit pour enfin vous envoyer ma carte postale ^^ (oui, ça date mais après tout ce travail, ça fait du bien de replonger un peu dans ses souvenirs de vacances…).

Merveilleux Pays de Galles

Merveilleux Pays de Galles

Comme l’an dernier, mon cher et tendre et moi-même avons profité du congé de Pâques pour explorer davantage le Royaume-Uni, notre pays d’adoption pour quelques années encore. Cette fois-ci, nous avons décidé de parcourir les routes du Pays de Galles. Si les paysages sont moins époustouflants qu’en Écosse (voir le récit de voyage de mon premier road trip), ils ne manquent certainement pas de charme et valent tout autant le détour.

Road trip en bord de mer

À la découverte de la côte galloise

Partant de Londres sous une pluie incessante le soir du jeudi 24 mars, nous sommes accueillis chaleureusement par Jenny vers minuit dans l’un des plus beaux logements Airbnb que nous ayons jamais réservés : un charmant cottage du XVIIIe siècle avec parquet, cheminée et petites portes en bois qui me donnait l’impression d’être dans une maison de hobbit (pour ceux qui passeraient par le petit village de Seend, je vous conseille fortement d’y loger !).

La maison de hobbit

La maison de hobbit

Après une nuit reposante dans ce lieu de tranquillité et sous un beau soleil printanier, nous poursuivons notre route vers le Pays de Galles en passant par la petite ville de Bradford on Avon, connue pour son pont à six arches. La visite est courte mais fort agréable. J’ai toujours apprécié ces cités anglaises sorties d’un autre temps…

Le pont de Bradford on Avon

Le pont de Bradford on Avon

Notre prochaine escale est Bath, ville très touristique du Somerset pour ses fameux thermes et bâtiments géorgiens. Après nous être baladés dans les rues entourant son abbaye, nous nous sommes posés un instant dans un parc juste à côté du Pulteney Weir, un étonnant barrage en forme de fer à cheval. Il fait si beau que nous décidons d’acheter une pizza à emporter et de manger sur place pour profiter encore du soleil. Mais voici déjà l’heure de reprendre la route !

Le barrage de Pulteney à Bath

Le barrage de Pulteney à Bath

45 minutes plus tard, nous voici à Bristol, dernière étape avant d’arriver enfin au Pays de Galles. Hormis l’ambiance décontractée qui règne sur les quais de la rivière Avon et au Millenium square, j’avoue ne pas avoir été particulièrement conquise par cette ville d’Angleterre. Si vous êtes un amateur de street-art, vous pourrez toutefois y apprécier quelques-unes des premières œuvres de Banksy.

Au bord de la rivière Avon à Bristol

Au bord de la rivière Avon à Bristol

Nous quittons Bristol peu avant le coucher du soleil que nous avons tenté d’admirer à Chepstow, petite ville galloise qui, au final, nous a fait perdre plus de temps qu’autre chose. Nous n’avons en effet jamais trouvé la fameuse vue sur le pont et le château. Le ciel s’étant obscurci entre-temps, nous avons préférer reprendre la route pour arriver enfin à Cardiff, notre escale pour la nuit. C’est là que nous tombons pour la première fois sur des panneaux en gallois, langue celtique semblant parfois imprononçable ^^

Parlons gallois

Parlons gallois

Belle surprise en nous levant ce matin dans la capitale galloise. La ville se prépare en effet à accueillir les Cardiff University World Semi Marathon Championships, une course qui rassemble coureurs amateurs et grands athlètes internationaux. Nous apercevons d’ailleurs au cours de notre promenade dans le centre de nombreux participants déjà affublés de leur dossard s’entraîner sur les trottoirs. Nous ne pourrons toutefois pas assister à l’événement qui n’a lieu que plus tard dans la journée et nous pressons d’ailleurs de visiter la ville avant d’être totalement bloqués. Malgré le ciel gris menaçant, nous flânons dans l’immense domaine de Bute Park, entourant le château de Cardiff, avant d’affronter les bourrasques de vent soufflant sur la jolie baie de Cardiff. Nous serions bien restés plus longtemps mais les fines gouttes de pluie qui commencent à tomber du ciel nous incitent à reprendre rapidement la route en plaignant les coureurs…

Le château de Cardiff juste avant le marathon

Le château de Cardiff juste avant le marathon

Notre projet initial était de parcourir le Brecon Beacons National Park toute l’après-midi avant de partir à Swansea. Ses paysages de montagnes et de forêts nous avaient en effet attirés. Le temps a malheureusement décidé de mettre nos plans à l’eau, littéralement. Nous nous retrouvons ainsi sur des petites routes en épingle inondées par une pluie torrentielle. Nos combinaisons de moto complètement trempées (car oui, si certains ne le savaient pas déjà, nous étions en deux roues), nous décidons de nous arrêter dans une petite ville pour tenter de nous sécher quelques heures dans un restaurant. Mais allez trouver un établissement ouvert un week-end de Pâques dans un coin perdu du Pays de Galles… Nous sommes heureusement tombés sur un McDonald que nous avons investi au moins deux bonnes heures avant de pouvoir reprendre la route. Ce n’est qu’en arrivant enfin à Swansea que le soleil refait son apparition. Transis de froid et mouillés jusqu’aux os, nous décidons quand même de clôturer la journée par une petite balade dans le parc faisant face à notre logement après avoir pris une douche bien chaude et mis nos vêtements au sec. Espérons que la météo sera plus clémente pour le reste de notre voyage…

Tentative de photo sous la pluie au Brecon Beacons National Park

Les éléments se déchaînent au Brecon Beacons National Park

Nos gants et chaussures sont toujours un peu humides quand nous nous levons le lendemain matin, mais peu importe. Il ne pleut pas et nous avons beaucoup de kilomètres à parcourir aujourd’hui. Après un rapide tour en moto dans Swansea, qui ne vaut pas vraiment le coup d’œil d’après moi, nous prenons ainsi la direction de Porthmadog en nous arrêtant ça et là sur quelques sites d’intérêt. Nous passons d’abord à Pembroke pour contempler le château qui a vu la naissance d’Henri VII et faisons ensuite une halte dans la petite ville de Saint David’s pour immortaliser en photo sa splendide cathédrale gothique.

Cathédrale de Saint David's

Cathédrale de Saint David’s

Après avoir longé la côte du Pays de Galles pour respirer l’air revigorant du canal Saint-Georges, nous faisons une petite pause photographique dans un village pittoresque au bord de la baie de Ceredigion, qui se trouve alors à marée basse, donnant aux lieux une allure mystérieusement désertique.

Au bord de la baie de Ceredigion

Au bord de la baie de Ceredigion

De nouveau sur notre monture, nous nous enfonçons dans les terres et retrouvons avec plaisir des paysages bucoliques à perte de vue peuplés de moutons et dominés par des sommets lointains. La pluie recommence doucement à tomber mais la vue est si belle que nous n’en tenons pas compte.

Au bord du canal Saint-Georges

Entre terre et mer

Nous faisons une dernier halte à Devil’s Bridge pour mesurer la puissance de sa cascade et découvrir son étrange succession de ponts avant d’entrer enfin dans Snowdonia, le plus grand parc national du Pays de Galles. Nous en profiterons toutefois mieux le lendemain, après avoir passé une bonne nuit réparatrice dans la ville côtière de Porthmadog.

Devil's Bridge

Devil’s Bridge

Nous voici déjà à la dernière journée de notre périple, mais quelle journée ! Après avoir découvert au lever du jour la jolie ville de Porthmadog et laissé tomber le village de Portmeirion en étant découragés par son prix d’entrée (comptez 11£ pour un adulte), nous repartons sur les routes pittoresques de Snowdonia bordées de bocages, nous arrêtant de temps à autre pour explorer lacs, châteaux en ruines et petits villages de pêcheurs. Nous faisons une halte plus longue à Caernarfon, réputée pour son château-fort, avant d’arriver enfin dans les paysages de collines époustouflants de Snowdonia.

Le château-fort de Caernarfon

Le château-fort de Caernarfon

Nous retrouvons l’exaltation que nous avions connue sur les routes écossaises devant ces géants de pierre parsemés d’herbes jaunies et traversés de ruisseaux tumultueux. Parfois, nous apercevons une maison isolée, seul témoin d’une présence humaine dans ces lieux semblant déserts si l’on fait abstraction de la route. Je dégaine mon appareil-photo à chaque virage et la go-pro tourne à plein régime tant je suis émerveillée par la vue qui s’offre à nous. Nous avons en plus beaucoup de chance car le soleil lèche de ses rayons les flancs des collines, leur donnant par endroit de belles nuances dorées contrastant avec le blanc de la neige qui coiffe encore certains sommets. Ça et là, nous longeons également des lacs, dont les flots sont agités par une légère brise. Vous l’aurez compris, Snowdonia nous a conquis et si nous n’avions pas eu encore 4 heures de route à parcourir avant de rentrer à Londres, nous y serions bien restés plus longtemps. C’est donc avec regret mais de belles images en tête que nous reprenons la route du retour.

Snowdonia

Snowdonia

Je termine ainsi ce long billet et espère être au rendez-vous la semaine prochaine !

Quand les mots ne sont plus assez forts…

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Écrire… Écrire pour ne plus penser, pour se redonner du courage, pour exprimer ce mélange indéfinissable de tristesse, d’angoisse, de colère et de perte de foi en l’humanité. Je suis loin de ma Belgique, mais mon cœur et mes pensées y sont pour toutes les victimes et leur famille. J’avais déjà écrit ces mots lors des attentats de Paris, il y a à peine quelques mois. J’espérais au fond de moi ne plus jamais vivre ça. Et voilà qu’ils s’en sont pris à toi, Bruxelles, ma belle. Ces barbares sans cœur ni cervelle pensent peut-être qu’ils parviendront à t’empêcher de « brusseler » mais ils ne t’auront pas. Comme l’avait dit César, « De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves ». Alors même si aujourd’hui nous avons tous l’impression de nous être réveillés avec une gueule de bois phénoménale sans rien comprendre à ce qui se passe autour de nous et que notre moral est dans les chaussettes, nous nous relèverons avec tout l’humour et la joie de vivre dont nous savons faire preuve. Vous aurez beau nous faire peur avec vos bombes et vos semeurs de terreur, nous, les Belges, nous continuerons de faire la fête, de boire des bières, de nous empiffrer de gaufres, de frites et de chocolat, de vivre notre petite vie tranquille et surtout de nous moquer de vos idéologies à la noix.

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Si quelqu’un connait l’auteur de ce dessin, qu’il le dise en commentaire !

Sur ce coup de gueule empli de chagrin, je vais tenter tant bien que mal de retourner à mon travail.

Courage à tous…

Les réviseurs/relecteurs

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Bonjour à tous ! Désolée d’avoir encore une fois manqué notre rendez-vous de ces deux dernières semaines mais le mois de février et le début de mars ont été un véritable marathon. Je profite donc d’une légère accalmie pour m’occuper enfin de mon blog.

Ceux qui me suivent depuis un bon moment déjà se rappellent peut-être de mon article au sujet des Project Managers. Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler d’un autre intermédiaire auquel les traducteurs et rédacteurs freelances doivent faire face quand ils travaillent avec des agences : les réviseurs/relecteurs.

Réviseur/relecteur

Différence entre réviseur et relecteur

Avant toute chose, petite mise au point sur la différence entre un réviseur et un relecteur. Le réviseur va se charger de corriger la traduction en la comparant au texte original. Il doit donc non seulement vérifier que le texte cible ne comporte aucune faute de grammaire, d’orthographe ou de typographie, mais aussi qu’il n’y ait aucun contre-sens, oubli ou incohérence par rapport au texte source. Le relecteur ne s’occupe quant à lui que de relire le texte pour s’assurer qu’il ne présente aucune erreur. On peut aussi l’appeler « correcteur ». Je parle ici des deux étant donné que les rédacteurs ont eux aussi affaire à ce type « d’obsédé textuel » ou de « grammar-nazi » (en étant une moi-même, ceci doit être pris comme un compliment ^^).

Une relation délicate

S’il est plus rare d’avoir un contact direct avec les réviseurs/relecteurs, leur rôle n’est pas moins important. Ce sont en effet eux qui doivent s’assurer de la qualité du texte que le client recevra. (Notez toutefois que certaines agences n’emploient pas de réviseurs et demandent donc aux traducteurs de se charger eux-mêmes de la révision et de la relecture de leur texte.) Il arrive donc de temps en temps que le traducteur reçoive les commentaires de ces réviseurs (vous en recevrez d’ailleurs si vous passez un test de traduction pour une agence). En règle générale, un réviseur est lui-même un traducteur expérimenté. Il est donc capable de déceler la moindre erreur et de vous la signaler. Ceci dit, certains réviseurs peuvent rapidement devenir la bête noire des traducteurs s’ils font mal leur métier. En effet, certains réviseurs/relecteurs ont tendance à vouloir absolument corriger des éléments dans un texte, simplement par subjectivité. Je me rappellerai toujours de mon professeur de révision de textes qui nous avait expliqué que face à une phrase problématique, un bon réviseur devait faire avec ce qu’il avait sous les yeux et ne pas tout modifier (excepté en cas de gros contre-sens, bien entendu). Ce qu’elle voulait dire par là, c’est qu’un réviseur se doit de faire preuve d’humilité et de respecter le travail du traducteur. Un réviseur qui chipote sur un mot ou une tournure de phrase qu’il n’aime pas alors que c’est tout à fait correct n’est donc pas professionnel. Et c’est pourquoi les rapports entre traducteurs et réviseurs peuvent parfois tourner au vinaigre. Je me souviens d’un professeur du Centre Européen de Traduction Littéraire (CETL) qui nous avait raconté qu’il s’était disputé avec son éditeur car le réviseur, apparemment inexpérimenté, avait modifié tout un passage sans prendre compte du style particulier du texte source. Il n’avait donc pas respecté le travail du traducteur et avait réécrit le texte à sa sauce. Vous pouvez vous imaginer l’énervement du traducteur qui aura consacré des heures de boulot à ce passage…

Une remise en question perpétuelle

Heureusement, les réviseurs ne sont pas tous comme ça. Personnellement, j’aime recevoir des critiques de réviseur car cela peut aider à se remettre en question et à progresser. L’une de mes clientes, traductrice également, a d’ailleurs l’habitude de réviser avec moi les textes que je traduis de l’anglais au français et qu’elle traduit de son côté de l’anglais en espagnol. L’échange est toujours très instructif car cela me permet de justifier certains de mes choix et d’en questionner d’autres. Il m’arrive aussi de temps en temps de réviser des traductions ou simplement de relire des textes et de jouer donc moi-même le rôle de réviseur/relecteur. J’avoue que c’est un exercice qui me plaît énormément car relever les erreurs des autres me permet d’améliorer à mon tour mes traductions ou mes rédactions. Si vous avez un texte français à faire relire, comme un mémoire par exemple (j’adore les mémoires !), n’hésitez donc pas à me contacter !

À la semaine prochaine, je l’espère, pour un autre article 🙂

 

La Foire du Livre de Bruxelles 2016

Bonjour tout le monde ! Comme vous vous en doutez, mon billet de cette semaine sera consacré à la Foire du Livre de Bruxelles. J’ai en effet passé toute la journée de lundi sur le site de Tour & Taxis pour assister aux rencontres de la première Journée de la traduction littéraire (qui ne se limitait d’ailleurs pas à la traduction littéraire mais à bien d’autres domaines de la traduction et de l’interprétation).

Voici donc un « résumé » de cette journée très intéressante.

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Accompagnée de ma meilleure amie Florence, j’arrive sur le site de la Foire du Livre un peu avant midi pour assister aux dernières minutes de la rencontre intitulée « Traduire la poésie : miracle ou sueur ? ». Je ne pourrais malheureusement pas dire grand-chose sur le sujet car nous avons simplement eu l’occasion d’entendre quelques lectures de traductions de poèmes, ce qui était en passant fort agréable. La rencontre s’est terminée sur une belle déclaration de Bart Vonck, poète et traducteur flamand, qui déplorait la position que prennent certains pays d’Europe face à l’arrivée des migrants. Quand on est traducteur, on est en effet (en principe du moins) plus ouvert à la culture des autres et voir les frontières se fermer devant ces personnes qui peuvent nous apporter tellement en termes d’échanges est tout simplement insupportable. Je ne pouvais qu’approuver son message, qui a d’ailleurs été largement applaudi par l’audience.

Ce fut une très belle introduction à la rencontre suivante : « Traduire les larmes : quand l’interprète devient la voix des exilés ». Les interprètes invités pour l’occasion nous ont raconté les difficultés qu’ils rencontrent fréquemment dans leur métier. Rana Abdalhafiz, interprète d’origine palestinienne accompagnant des délégations dans les zones de conflit, et Marc Lebon, interprète spécialisé dans les langues africaines travaillant à la Cour pénale internationale, ont tous deux été confrontés à des discours chargés d’émotions qui ne peuvent laisser indifférent. Et pourtant, l’interprète doit avoir la force nécessaire pour traduire les larmes, les cris et les horreurs en faisant toujours preuve d’impartialité. Que ce soit sur le terrain ou dans une salle de tribunal, l’interprète doit être capable d’inspirer assez de confiance à l’interlocuteur étranger tout en gardant une certaine réserve pour ne pas lui donner l’impression qu’il est pour ou contre lui. Il doit aussi avoir assez de pudeur pour aborder avec délicatesse des sujets plus sensibles. Ainsi, Marc Lebon, interprète à la Cour pénale internationale, explique qu’il existe des codes qui sont utilisés au tribunal pour parler de certains tabous. Par exemple, l’expression « servir du café » est un code pour parler de la torture. Être interprète dans ce genre de situation, ce n’est donc pas seulement maîtriser les langues sur le bout des doigts et avoir une bonne résistance au stress, mais aussi être capable de rester impassible en toutes circonstances. Bref, ces deux interprètes m’ont vraiment impressionnée.

Après ces 50 minutes tellement passionnantes que je n’ai pas vu le temps passer, Franz Lewmaitre, le chef d’unité d’interprétation de langue française de la Commission européenne, est venu nous parler du « Multilinguisme en action dans les institutions européennes ». Personnage charismatique, il a voulu rendre la rencontre plus interactive en demandant aux membres du public ce qu’ils voulaient savoir sur le cercle prestigieux des traducteurs et interprètes des grandes institutions européennes. La première question, que probablement beaucoup de personnes rêvaient de poser, concernait bien évidemment la rémunération des linguistes engagés par ces organismes. Eh bien, si je savais déjà que l’on avait la belle vie quand on était traducteur ou interprète à la Commission, j’ai été surprise par les chiffres : 4 000€ net (!) par mois pour tout employé en début de carrière, somme qui peut aller jusqu’à 10 000€ net (!) par mois en cumulant les années d’expérience… Sachez aussi que la Commission fait appel à des interprètes freelance qui peuvent espérer une rémunération de 400€ la journée. Mais, bien sûr, accéder à ce poste de rêve n’est pas donné à tout le monde. Il faut ainsi savoir interpréter depuis au moins 3 langues de travail et réussir les examens d’entrée. Ceci dit, Franz Lewmaitre nous a expliqué que la plupart des personnes qui rataient ces épreuves n’échouaient pas à cause d’un manque de connaissances dans leurs langues étrangères, mais d’un niveau insuffisant en français. En effet, comme je l’ai d’ailleurs expliqué dans plusieurs de mes billets, un interprète ou un traducteur doit surtout avoir un excellent niveau dans sa langue maternelle. Si vous voulez donc entreprendre des études dans ce domaine, ne l’oubliez jamais ! La dernière question de cette rencontre bien trop courte à mon goût concernait un sujet assez brûlant en ce moment : l’avenir de la traduction et de l’interprétation. Ces derniers temps, je tombe en effet souvent sur des articles tirant la sonnette d’alarme quant à la situation des traducteurs et interprètes qui seront bientôt remplacés par des machines. Franz Lewmaitre nous a toutefois rassurés sur ce point. Il nous a expliqué qu’on l’avait déjà mis en garde au début de ses études en 1990, en lui disant que le métier de traducteur disparaîtrait dans 10 ans. La même annonce apocalyptique lui a été faite 5 ans plus tard quand il a commencé à travailler. Au cours de sa carrière, il entend à plusieurs reprises le même discours. Résultat, cela fait désormais plus de 25 ans qu’il travaille et les traducteurs et interprètes n’ont toujours pas disparu. Leur nombre n’a même jamais cessé d’évoluer ! Bien sûr, leur métier n’est plus le même qu’autrefois vu qu’ils peuvent profiter des progrès techniques. Mais l’époque où les interprètes et traducteurs seront totalement remplacés par des robots n’est pas encore venue.

Preuve en est la rencontre suivante qui concernait « Les nouveaux métiers de la traduction » (la Première avait d’ailleurs consacré une émission sur le sujet, voici le podcast si vous souhaitez l’entendre). Car oui, au lieu de disparaître, la traduction s’ouvre à de nouveaux horizons. Parmi ceux-ci, le surtitrage d’opéra, sujet auquel j’avais déjà consacré un billet, la traduction de jeux vidéo et le copywriting :

  • Métier n’existant que depuis une vingtaine d’années, le surtitrage d’opéra est de plus en plus utilisé. Brigitte Brisbois, surtitreuse, nous a expliqué que cette profession est d’abord apparue aux États-Unis et au Canada avant de se répandre en Europe. Autrefois, les paroles des opéras étaient traduites (ou plutôt adaptées) pour chaque pays. Certaines troupes interprètent d’ailleurs encore aujourd’hui certains grands opéras dans leur propre langue. Mais au XIXe siècle, notamment grâce aux tournées des spectacles et des grands solistes, on constate un certain retour aux sources. Les amateurs d’opéra de cette époque ont ainsi l’habitude de préparer leur sortie au théâtre en lisant le livret pour s’imprégner de l’histoire avant de pouvoir apprécier l’œuvre dans la langue originale. Mais aujourd’hui, plus personne ne prend le temps de s’intéresser à l’intrigue de l’opéra et tout le monde préfère la découvrir directement sur scène, surtout qu’il est désormais possible d’avoir la traduction des paroles sur place. En plus d’être un métier passionnant, le surtitrage demande au traducteur de pouvoir manier suffisamment la langue pour que ses surtitres puissent dire l’essentiel sans distraire les spectateurs.
  • Autre domaine, la traduction de jeux vidéo est en plein essor. Selon Manu Roy, traducteur spécialisé dans l’audiovisuel, ce type de traduction pourrait être classé dans la catégorie de la traduction littéraire car les jeux vidéo d’aujourd’hui présentent des mises en scène et des dialogues recherchés dignes de films. Il faut bien évidemment avoir quelques connaissances dans le domaine, mais cela se résume souvent aux termes types que l’on retrouve dans les menus et les descriptions des touches de commande. L’industrie du jeu vidéo étant en pleine forme, la demande pour ce type de traduction est très importante et les industriels sont prêts à payer le prix fort pour obtenir des textes de qualité. À bon entendeur…
  • Et dernier domaine qui a fait son apparition dans le secteur de la traduction : le copywriting, terme que Francisco Aldariz, directeur de l’agence de traduction Crossword, traduit par « adaptation ». Le copywriting est en effet à la frontière entre la traduction et la rédaction publicitaire. Son but est d’adapter un texte de type marketing à un marché étranger pour promouvoir un produit, un service ou une entreprise. Ce métier ne m’est pas inconnu puisque je fais également ce genre de travail depuis plus de trois ans. Et je sais donc que c’est un service de plus en plus demandé. Comme quoi, la traduction évolue et se transforme mais n’est pas un secteur en danger de disparition !

Si j’ai attendu avec impatience la rencontre suivante, qui devait à la base être un « Atelier de surtitrage en direct », j’ai été assez déçue. Par manque de moyen technique sur place, l’atelier annoncé s’est transformé en cours théorique sur le surtitrage de pièces de théâtre. Le traducteur Michel Bataillon a ainsi expliqué en long et en large ce qu’est le métier de surtitreur. S’il est semblable de loin au surtitrage d’opéra, le surtitrage de pièces de théâtre est toutefois assez différent et pose d’autres exigences. En effet, si le surtitreur d’opéra peut se reposer sur la partition musicale et laisser sa traduction telle quelle pendant toute la durée des prestations du spectacle, le surtitreur de théâtre doit assister à chaque représentation de la pièce et adapter son texte aux changements de dernière minute imposés par le metteur en scène ou les acteurs. Je ne vais pas approfondir le sujet, mais simplement vous énumérer les trois grandes étapes de ce travail :

  • La traduction du texte de scène, c’est-à-dire les répliques des acteurs
  • Le découpage : véritable travail d’orfèvre, cette étape oblige le traducteur à reprendre son texte pour faire en sorte qu’il respecte les limites de caractère des surtitres, que les unités de sens ne soient pas séparées et que sa traduction ne trahisse pas la suite des événements de la pièce. Par exemple, si l’acteur doit prononcer une réplique humoristique, le traducteur doit veiller à ce que la chute de la blague n’apparaisse pas sur l’écran avant que l’acteur ne la prononce, au risque de faire rire le public avant que l’acteur ait terminé sa phrase.
  • Le « topage » : durant cette dernière étape, le traducteur doit veiller à envoyer les surtitres en même temps que les acteurs prononcent leurs répliques. C’est donc un exercice demandant un incroyable niveau de concentration, le traducteur doit en effet être prêt à sauter plusieurs lignes si l’acteur oublie une partie de son texte ou même à revenir en arrière si l’acteur s’emmêle les pinceaux. Bref, vous n’avez pas intérêt à avoir un moment d’égarement !

Enfin, la dernière rencontre de la journée s’intitulait : « Europe et traduction littéraire : quels enjeux ? Quel avenir ? ». La grande invitée de cette rencontre était bien évidemment Françoise Wuilmart, fondatrice du Centre Européen de Traduction Littéraire, institut où j’ai étudié pendant 2 ans. Je n’ai pas appris grand-chose de cette rencontre vu qu’elle parlait du parcours du combattant qu’il faut réussir pour devenir traducteur littéraire (mais pas en vivre, entendons-nous bien) et que je le connais bien. Pour résumer, si vous voulez devenir traducteur littéraire, il faut avoir un diplôme, faire des études post-universitaires au CETL, passer votre mémoire devant un jury de professionnels de l’édition et espérer que l’un d’entre eux accepte de vous publier. Bref, il faut s’armer de patience et ne jamais oublier que c’est avant tout un métier de passion et non un gagne-pain.

Voilà pour les rencontres de cette première Journée de la traduction littéraire et de l’interprétation. J’ai bien évidemment terminé mon tour à la Foire du Livre par une visite au stand consacré à la traduction, où je me suis fait plaisir en achetant Partages, le livre d’André Markowicz que j’avais inscrit sur ma liste de livres à offrir à un traducteur, Honni soit qui mal y pense : l’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais d’Henriette Walker et La Traductrice, un court récit d’Efim Etkind, traduit du russe par Sophie Benech. Et je suis également repartie avec Le Crime du comte Neville, dernier roman d’Amélie Nothomb. Ceci annonce donc de nouveaux billets Croque-livre !

En attendant, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un autre billet 🙂

 

Poème de métro 4

Bonjour à tous ! Désolée de ne plus avoir écrit pendant quasi 3 semaines (!!!) mais les clients semblent être enfin sortis de leur hibernation et les demandes n’ont pas cessé de pleuvoir depuis le premier jour de février. Je profite donc d’une légère accalmie pour enfin poster un petit billet.

Malgré mon agenda surchargé, j’ai quand même pu m’accorder, la semaine dernière, une après-midi de papotage avec une amie venue s’installer récemment à Londres et que je n’avais plus vue depuis un bon moment puisqu’elle était en voyage durant plus d’un an en Asie. Mais passons les détails. Pour la retrouver dans la City, j’ai bien évidemment pris le métro et je suis à nouveau tombée sur une annonce de Transport for London. Voici donc, pour changer, un exercice de traduction d’un autre poème de métro.

Transport for London

Voici le texte en anglais :

We really don’t mean to chide

But try to move along inside,

So fellow travellers won’t have to face

An invasion of their personal space.

Explication pour les non-anglophones : par cette annonce, la société Transport for London demande aux passagers de ne pas tous se regrouper dans la rame de métro mais de s’espacer un maximum pour ne pas rendre le trajet des autres passagers inconfortable, ce qui est assez difficile durant les heures de pointe car vous avez beau avancer, vous vous retrouverez toujours le nez sous l’aisselle de quelqu’un (bon allez, j’exagère, le métro de Londres, ce n’est pas non plus celui de Minsk mais quand bien même, on se sent parfois à l’étroit).

Voici ma première proposition, peut-être un peu trop proche de l’original :

On ne veut pas jouer les professeurs

Mais tentez de bouger à l’intérieur

Pour que les autres passagers n’aient pas à affronter

Une invasion de leur intimité.

Je ne suis pas convaincue par mon deuxième vers, trop vague, et encore moins par la dernière strophe dans laquelle le rythme n’est pas du tout respecté. Pour régler ce problème, voici ma proposition suivante :

On ne veut pas vous en demander de trop

Mais quand vous montez dans la rame de métro

Essayez de vous distancer des autres passagers

Pour éviter une invasion de leur intimité.

Je m’éloigne dans ce cas-ci un peu trop du verbe chide qui veut dire « réprimander » et le terme « intimité » ne me semble au bout du compte pas vraiment approprié pour parler de l’espace vital d’une personne. Voici donc ma dernière solution, trouvée vers la fin de mon trajet :

On ne voudrait pas exagérer

Mais dans le métro il faut s’espacer

Pour que les passagers n’aient aucun mal

À préserver leur espace vital.

Outre la phrase inversée écrite dans le style de Maître Yoda, le rythme du poème est mieux respecté. Mais je ressors néanmoins du métro sans être satisfaite de ma traduction. J’avoue que ce poème m’inspire en effet moins que les trois autres et il a fallu que j’écrive ce billet pour enfin trouver une solution potable :

On ne voudrait pas vous faire la leçon

Mais dès que vous entrez dans le wagon

Déplacez-vous pour ne pas assiéger

L’espace vital des autres passagers.

Un beau quatrain d’alexandrins qui, je l’espère fait passer le message… Si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires !

À la semaine prochaine ! Et pour ceux qui sont sur Bruxelles, ne manquez pas les différentes rencontres de la traduction de la Foire du Livre, lundi 22 février (n’hésitez pas, c’est gratuit) !

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