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Les Impatientes, de Djaïli Amadou Amal

Premier livre lu en cette année 2021, Les Impatientes m’aura marquée et méritait bien un billet Croque-livre.

Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal

Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal

Ce roman de l’auteure camerounaise Djaïli Amadou Amal dépeint la situation des femmes du Sahel à travers le témoignage de Ramla, Hindou et Safira. Leur histoire entremêlée est liée par un sentiment commun : l’impatience. Ramla n’a pas la patience suffisante pour retenir ses larmes qui coulent pour son amour perdu et ses rêves d’études envolées lors de son mariage forcée, sa sœur Hindou n’a pas la patience de supporter les coups et les viols de son cousin qu’elle a été contrainte d’épouser et Safira n’a pas la patience de devoir partager son mari avec Ramla, la jeune femme qui vient de rejoindre son foyer polygame. Trois femmes différentes mais qui partagent toutes cette même impatience, celle d’échapper à ce patriarcat écrasant qui brise leurs rêves et les réduit presque à l’esclavage. Quelle que soit la gravité des problèmes qu’elles rencontrent, on leur répète le même refrain : munyal, patience ! C’est aussi l’impatience, associée à la colère, qui m’a accompagnée durant ma lecture. Par moment dur, ce roman traite du mariage précoce, du viol conjugal et de la polygamie à travers la voix trop souvent étouffée des victimes. J’ai d’ailleurs trouvé particulièrement intéressante l’histoire de Safira, femme de 35 ans qui se voit forcée d’accueillir la nouvelle épouse de son mari au cœur de son foyer, avec sourire et bienveillance. Je n’avais en effet jamais lu d’ouvrages traitant de la polygamie auparavant et Les Impatientes m’a permis de lever un peu le voile sur ce problème moins connu dans nos contrées.

Les Impatientes est une réécriture du troisième roman de Djaïli Amadou Amal, une écrivaine et militante féministe camerounaise qui a, elle aussi, connu son lot de malheurs. Après un premier mariage forcé à 17 ans, elle se remarie dix ans plus tard avec un homme violent, qui ira jusqu’à kidnapper ses deux filles pour la punir de sa demande de divorce. L’écriture sera son échappatoire. Elle sort ainsi Walaande, l’art de partager un mari (2010) et se fait directement remarquer. La « voix des sans-voix », comme on la surnomme dans son pays, poursuit avec Mistiriijo, la mangeuse d’âmes (2013) puis Munyal, les larmes de la patience (2017), qui sera retravaillé pour faire son entrée aux éditions Emmanuelle Collas sous le titre Les Impatientes. Comptant déjà parmi les grands auteurs africains, elle reçoit pour cette réédition le prix Goncourt des lycéens en 2020.

À travers son œuvre, Djaïli Amadou Amal raconte une partie de son histoire, mais aussi celle d’un trop grand nombre de femmes du Sahel qui vivent encore sous le joug des coutumes et traditions patriarcales. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ses autres romans, mais je recommande Les Impatientes à tous les lecteurs intéressés par la condition féminine et la question féministe.

Merci à ma tante Dominique de m’avoir fait découvrir cette auteure et à bientôt pour un nouveau billet !

Ma routine bien-être

Bonjour à tous ! Je vous ai expliqué la semaine dernière que 2020 m’avait permis de me recentrer sur moi. Après une année 2019 bien chargée et assez stressante niveau boulot, j’avais en effet besoin de prendre un peu mieux soin de ma santé mentale. J’ai donc cherché quelques astuces et pris des résolutions dès janvier, sans savoir à quel point ces conseils m’auraient aidée en cette année si éprouvante. Comme les temps sont toujours difficiles, j’avais envie de vous partager ma petite routine. Peut-être que l’une ou l’autre de ces habitudes contribuera à votre mieux-être également !

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Photo de Madison Inouye provenant de Pexels

  • Vider son esprit au lever : cela fait maintenant plus d’un an que j’ai pris l’habitude de ne plus consulter systématiquement mon téléphone au réveil et d’entamer plutôt ma journée par une petite séance d’écriture. Si vous êtes de nature anxieuse comme moi, vous vous levez peut-être souvent avec un brouillard dans la tête tant les pensées vous envahissent. Pour y voir plus clair, je m’attelle chaque matin à écrire tout ce qui me vient à l’esprit : les choses à faire absolument aujourd’hui, comment je me sens, les choses positives qui sont arrivées la veille, les angoisses qui me rongent ou les questions que je me pose. Peu importe ce que vous écrivez, l’important est d’extérioriser tout cela pour démarrer la journée avec lucidité.
  • Faire du yoga : autre habitude qui a changé ma vie, le yoga m’a appris à respirer et à mieux prendre conscience de mon corps. S’accorder 10, 20 ou 30 minutes rien que pour soi en se concentrant sur sa respiration et sur les sensations intérieures fait un bien fou. J’aime particulièrement faire mon yoga juste après ma petite séance d’écriture pour vraiment commencer ma journée dans la sérénité. J’ai personnellement suivi une formation du site votreyoga.com ainsi que plusieurs séances de la chaîne Yoga With Adriene, mais vous pouvez trouver une myriade d’autres sites proposant des formations gratuites ou payantes.
  • Prendre de vraies pauses : savoir s’accorder quelques minutes de repos est essentiel pour être productif. Cependant, la manière de faire ses pauses joue également un rôle sur la productivité. Auparavant, j’avais la mauvaise manie de rester face à mon ordinateur pour manger ou boire mon thé et je finissais soit par continuer à travailler en laissant mon thé refroidir, soit par m’aventurer sur YouTube ou Facebook et à prendre une pause bien plus longue que prévue en ayant beaucoup de mal à me reconcentrer par la suite. Désormais, j’ai pris l’habitude de quitter mon écran pour mes pauses repas. Et au lieu de m’aventurer sur les réseaux sociaux, j’écoute un podcast, par exemple.
  • Faire de la méditation : c’est en prenant l’habitude d’écouter des podcasts, et particulièrement la playlist Daily Wellness de Spotify (qui n’est malheureusement accessible pour l’instant qu’aux utilisateurs du Royaume-Uni et des États-Unis, merci donc à mon cher et tendre pour le compte), que j’ai découvert la méditation. Je trouvais ça un peu bête au début, mais plus j’essayais les exercices, plus je me suis laissée convaincre. Depuis, j’essaye de m’accorder 10 minutes de méditation chaque jour en écoutant le podcast The Daily Shine. Étant du genre à avoir des montées de stress pour la moindre chose, cela m’aide vraiment à relativiser et à me recentrer sur l’essentiel pour pouvoir poursuivre ma journée plus calmement. Les podcasts que j’écoute sont en anglais, mais si vous voulez vous y mettre, il existe plein de séances de méditation en français sur les plateformes de streaming et de vidéos. La voix du guide de méditation est hyper importante pour parvenir à se relaxer donc à vous de tester pour trouver la bonne.
  • Prendre l’air et bouger : j’ai toujours été quelqu’un qui peut passer des heures à bosser sur son ordinateur sans penser à se lever de sa chaise et qui finit par terminer la journée sans avoir vu la lumière du jour. Sauf que j’ai désormais la trentaine et que mon corps me rappelle un peu à l’ordre… J’avais donc eu comme résolution en 2020 de marcher un peu tous les jours et de faire un peu plus d’exercices. Je me suis même remise au jogging, sport que j’exécrais à l’adolescence, mais qui m’a fait pousser des ailes cette année. Respirer l’air frais, voir la nature changer au fil des saisons, se dépasser physiquement ou simplement laisser son esprit vagabonder lors d’une promenade, cela m’a énormément aidée à mieux gérer le chaos émotionnel qu’a généré 2020. (Bon, j’avoue que j’ai un peu de mal à m’y remettre au vu des températures en chute ces dernières semaines, mais je compte bien reprendre mes balades et séances de course à pied au plus vite !)
  • Faire des listes : dans mon point 1, j’expliquais que j’extériorisais par écrit tout ce qui m’encombrait l’esprit, notamment les choses à faire. Penser à toutes les tâches que l’on doit accomplir ou aimerait réaliser dans la journée ou la semaine génère une bonne dose de stress et de déception, surtout quand on se rend compte qu’on n’a pas réussi à tout faire. Pour y voir plus clair et prioriser, j’essaye donc d’écrire chaque lundi matin ou le dimanche soir une liste de choses à faire en tâchant de me limiter aux vraies urgences. Je dois encore progresser car je me dis souvent qu’il me faudrait des journées de 48h pour parvenir à tout ce que je voudrais, mais écrire ces listes et tenter de me restreindre aux points les plus urgents m’aide à y voir plus clair, à éprouver de la satisfaction quand je barre un élément réalisé et, au final, à moins stresser.
  • Travailler sa positive attitude : fin 2019, après la lecture d’un article qui donnait plusieurs astuces pour améliorer son bien-être, j’ai décidé d’appliquer l’une d’elle qui consiste à penser aux choses positives de la semaine écoulée et de les écrire sur un petit papier à conserver précieusement dans une boîte. L’objectif est d’ouvrir ces 52 bouts de papier à la fin de l’année pour se rendre compte de tout ce qui a été positif durant les 12 derniers mois. Inutile de dire qu’après le premier trimestre 2020 (quand on était encore dans la vie d’avant), j’ai parfois eu beaucoup de mal à trouver des points positifs. Mais ce petit exercice mental en valait la peine. En ouvrant ma boîte il y a deux semaines, j’ai eu le plaisir de revivre les moments joyeux, les réussites et les petits plaisirs que m’avait apportés 2020, malgré la pandémie et toutes les crises qu’elle a engendrées. Car même dans les moments les plus sombres, il y a toujours un petit coin de lumière. Il faut simplement savoir le trouver.
  • Éviter les réseaux sociaux avant de dormir : qui n’a jamais eu du mal à s’endormir après avoir consulté son fil d’actualité Facebook ou s’est retrouvé à se coucher à des heures pas possibles en traînant sur YouTube, TikTok ou autre ? 2020 m’a appris à prendre du recul par rapport aux réseaux sociaux et à les éviter au début et à la fin de la journée. Outre le fait que les écrans nuisent à la qualité du sommeil, les sujets d’actualité angoissants, les débats interminables entre anti-masques et experts improvisés et les vidéos abrutissantes que l’on ingurgite pour échapper à cette ambiance anxiogène ne font qu’aggraver votre moral (du moins, c’était mon cas). Ce n’est pas toujours facile à appliquer, mais mettre son téléphone de côté et le remplacer par un bon livre est un excellent remède contre la mauvaise humeur et les nuits peu reposantes.

Alors, j’entends déjà certaines personnes dire qu’elles n’ont pas le temps de faire tout ça. Et c’est vrai que je suis privilégiée dans le sens où je travaille à la maison (mais on est beaucoup dans le même cas ces temps-ci) et que je n’ai pas d’enfant. Mais réfléchissez un peu au temps que vous perdez devant la télévision ou sur les réseaux sociaux et vous vous rendrez compte que vous pouvez bien consacrer quelques précieuses minutes à vraiment prendre soin de votre santé mentale. À vous de trouver votre propre routine pour vous sentir mieux en 2021 !

Le point sur 2020

Bonjour et bonne année !

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Photo de Polina Kovaleva provenant de Pexels

La première semaine de 2021 s’achève et je voulais vous présenter mes meilleurs vœux pour l’année à venir et en profiter pour reprendre mon blog tristement délaissé. Les premiers jours de janvier sont toujours l’occasion de faire le point sur les 12 mois écoulés et j’avais donc envie de partager ce retour sur cette année 2020 qui nous a tous marqués.

Elle avait pourtant bien débuté, cette année 2020. J’avais des annonces de projets plus conséquents, des commandes régulières et des idées d’articles plein la tête. Puis les choses ont commencé à se gâter lorsque ce virus que l’on croyait lointain a commencé à se propager à travers le monde, fermant tout sur son passage, nous emprisonnant dans des bulles et nous privant de petits bonheurs qui faisaient jadis notre quotidien. Si l’angoisse et le manque de mes proches m’ont assaillie dès l’annonce du premier confinement, j’avoue que j’ai plutôt bien vécu ce premier enfermement à domicile. Rien ne changeait vraiment pour moi étant donné que je travaillais déjà à la maison le reste du temps et que mon volume de travail n’avait pas vraiment faibli. Je me rappelle que j’étais même très motivée durant les premières semaines, profitant de mon temps libre pour faire du tri et ranger l’appartement façon Marie Kondo, me mettre sérieusement au yoga, écouter des podcasts et apprécier l’air printanier dans le jardin ou le parc près de chez moi. Hélas, les choses ont rapidement changé vers le mois de mai. Comme je travaille pas mal dans le domaine de la culture et du tourisme, j’ai vu avec regret l’annulation ou le report indéterminé de plusieurs projets. Le fonctionnement au ralenti des institutions et des entreprises a également eu un impact sur le volume de travail des agences de traduction avec qui je collabore. Je me suis ainsi retrouvée avec un agenda presque vide en juin et un esprit qui sombrait de plus en plus dans la déprime, sentiment renforcé par le manque de la famille, des amis et de la danse, passion que je ne pouvais plus pratiquer depuis plusieurs mois déjà… C’est finalement au moment où les restrictions de voyage se sont allégées et que j’ai enfin pu revoir mes proches que mon travail a repris en force (ce satané calendrier maudit). Le mois d’août a aussi été productif et a été suivi par une agréable pause de 5 jours lors d’un road trip en Cornouailles. L’automne a été plus doux, avec un volume de travail qui croissait doucement mais sûrement et une nouvelle routine faite de course à pied, de cours de danse-fitness sur YouTube, de séances de yoga et de méditation et de balades au parc sous de splendides couleurs. La fin d’année et l’incertitude liée aux fêtes et aux retrouvailles ont failli remettre mon moral à zéro en novembre, mais heureusement, des projets longuement attendus et de nouvelles opportunités de travail m’ont permis de garder la tête hors de l’eau et de terminer l’année avec satisfaction. Si 2020 a été beaucoup moins lucrative que l’année précédente, je peux en effet m’estimer heureuse d’avoir encore du travail et de pouvoir gagner ma vie quand tant d’autres ont été contraints de dire adieu à leurs rêves et leurs projets (pensée particulière aux artistes…). Cette année plus calme professionnellement parlant m’a aussi permis de me recentrer sur moi et d’adopter des habitudes de bien-être que je compte bien continuer d’appliquer en 2021. Cette année, je ne compte d’ailleurs pas prendre de nouvelles résolutions comme on a l’habitude de le faire. Les épreuves que nous avons traversées m’ont en effet aidée à ouvrir les yeux sur l’essentiel et c’est ce que je vous souhaite pour 2021 : prendre le temps de penser à vous, de vous détendre vraiment, de vous faire du bien et de profiter de chaque instant car personne ne sait de quoi demain sera fait.

Le calendrier maudit du travailleur freelance

Je suis peut-être la seule dans le cas, mais j’ai parfois l’impression que mon agenda professionnel a été frappé d’une malédiction. Peut-être est-ce juste une question de chance, ou plutôt de malchance, mais je me demande quand même si une méchante fée ne m’aurait pas jeté un mauvais sort à la naissance :

« Quand des projets de vie privée tu auras, ta boîte e-mail se déchaînera, mais quand chez toi sagement tu resteras, le silence et le désert professionnel tu connaîtras. »

20200915_110407 (3)J’exagère légèrement, mais cela m’arrive souvent d’être complètement débordée alors que je retourne passer quelques jours dans ma famille et à l’inverse d’attendre désespérément qu’un projet me tombe dessus alors que je n’ai absolument rien de prévu dans les jours, les semaines, voire les mois à venir (à cause d’une pandémie qui bloque toutes les frontières et te force à rester cloîtrée chez toi, par exemple). Enfin non, en réalité, cela ne m’arrivait pas aussi souvent avant 2020, mais disons que je le ressens particulièrement en cette année maudite. Comme beaucoup, j’ai vu une diminution progressive de mon volume de travail au fur et à mesure que les entreprises et bureaux fermaient pour n’avoir pratiquement plus rien à me mettre sous la dent au mois de juin. Puis juillet est arrivé, amenant avec lui l’anniversaire de mon cher et tendre, l’anniversaire de notre rencontre et enfin l’ouverture tant attendue des frontières et la levée des quarantaines obligatoires, me permettant enfin de revoir ma famille (ou du moins une partie : merci les « bulles » du gouvernement belge). C’est bien sûr à ce moment-là qu’un véritable tsunami a déferlé sur ma boîte e-mail. Tous mes clients, je dis bien tous, m’ont proposé divers projets. Sachant que j’allais me noyer si j’acceptais de prendre trop de vagues d’un coup, et ne voulant plus retourner à l’état de burn-out de l’année passée, j’ai bien évidemment dû en refuser plusieurs.

Après un mois bien rempli et le retour dans mon petit chez moi, la mi-août s’est annoncée calme, très calme, trop calme… Tout le monde semblait être parti en vacances. Mon cher et tendre et moi-même ayant la bougeotte de ne pas avoir voyagé depuis des lustres et voulant profiter de cette accalmie pour changer un peu d’air, nous voilà à planifier un petit road trip de cinq jours en Cornouailles début septembre. La semaine précédant notre départ, j’ai reçu plusieurs e-mails, mais toujours loin du volume habituel ante-corona. Je pars donc l’esprit tranquille le samedi matin, passe un week-end revigorant à la campagne pour oublier ne serait-ce qu’un peu l’ambiance anxiogène actuelle, puis la semaine a redémarré… Je m’étais dit que trois jours de congé, ce n’était pas énorme. Mais sur ces trois jours, et ces trois jours uniquement, entendons-nous bien, cinq propositions de projets (urgents bien évidemment donc impossible à accepter), dont deux provenant d’agences qui ne m’avaient plus recontactée depuis des mois, ont atterri dans ma boîte e-mail. À mon retour, j’ai bien sûr recontacté ces agences pour leur signaler que j’étais à nouveau disponible, mais c’était sans compter ce sortilège : cela va faire une semaine que je suis rentrée et c’est à nouveau le silence. Enfin, je ne vais pas m’apitoyer sur mon sort. C’est également durant ces trois uniques jours de congé que j’ai appris qu’un gros projet que j’attendais depuis des mois (merci le corona) allait enfin pouvoir démarrer. Et j’ai l’intime conviction que quand je commencerai ce gros projet, tous mes clients se donneront le mot pour m’envoyer du travail pile à ce moment-là.

Alors si quelqu’un a une potion magique, une formule ou toute autre solution pour lever ce coup du sort, je suis preneuse. En attendant, je vais aller profiter du soleil de l’été indien. Qui sait, cela réveillera peut-être ma boîte e-mail ?

PS  : si mon billet sonne un peu trop conte de fées, c’est parce que j’ai récemment découvert le podcast Tales sur Spotify et que j’en suis fan ! Il vous invite à découvrir la version originale des contes que nous connaissons tous. Bon malheureusement pour les francophones, les histoires sont racontées en anglais. Cela reste toutefois un bon exercice d’audition si vous apprenez la langue de Shakespeare.

Vivre au temps du COVID-19

Publié le

Hier soir, je suis tombée sur un article intéressant qui mettait en garde contre le fait de considérer la période de confinement comme un temps pour accomplir mille projets (se remettre au sport, pratiquer le yoga, faire un gros nettoyage de printemps), ce que beaucoup d’entre nous, moi y compris, ont tenté de faire. L’auteur de l’article expliquait que tous ces projets n’étaient là que pour fuir les émotions qui nous submergent et que tant qu’on ne s’était pas posé un moment pour les affronter, on n’arriverait jamais à rien. Et c’est vrai. Je n’arrive pas à me détendre complètement lorsque je fais mon yoga, je n’arrive pas à me plonger complètement dans mon roman, j’ai du mal à me concentrer sur mon travail, tout ça parce que je n’ose pas regarder en face les émotions qui me rongent. Alors, ce matin, j’ai eu envie de prendre la plume et d’écrire ce que j’ai sur le cœur pour mieux affronter la réalité.

Vivre au temps du COVID-19, c’est se réveiller chaque matin la tête encore un peu dans le brouillard et se dire que non, ce n’est pas un cauchemar. C’est tenter d’éviter son téléphone pour ne pas tomber sur le nombre de nouveaux morts dans le monde, sur un article parlant de la détresse du personnel soignant ou sur une vidéo de personnes endeuillées ne pouvant pas assister à l’enterrement de leurs proches, mais c’est aussi guetter la moindre notification d’un message pour garder un contact avec la famille et les amis, pour se rassurer sur la santé de ses proches et pour retrouver un instant le sourire.

Vivre au temps du COVID-19, c’est entendre la boule au ventre les sirènes des ambulances qui brisent le silence d’une ville qui n’a jamais été aussi calme. C’est s’inquiéter au moindre petit rhume ou à la moindre fatigue d’un être cher, s’imaginant tout de suite le pire après avoir appris le décès d’un proche d’une connaissance ou de l’autre.

Vivre au temps du COVID-19, c’est ressentir un manque énorme pour les personnes qui vous sont les plus chères sans savoir quand vous pourrez les revoir et les serrer dans vos bras. Pourtant, le manque ça me connaît, moi qui ai déjà vécu plusieurs mois à l’étranger. La différence, c’est que là personne ne sait quand auront lieu les retrouvailles.

Vivre au temps du COVID-19, c’est donc pour moi vivre en permanence avec une angoisse, un sentiment d’impuissance et une mélancolie pour toutes ces petites choses qui composaient notre vie.

Mon but n’était pas de plomber l’ambiance, et j’en suis désolée, mais j’avais besoin d’extérioriser tout ça et vous invite à laisser vos émotions s’exprimer elles aussi, que ce soit par l’écriture, la musique, le dessin ou simplement en pleurant ou en hurlant dans un oreiller, comme le dit si bien l’auteur de l’article.

J’espère que votre journée sera douce. Prenez soin de vous et surtout

restez chez vous

Les Traducteurs, le film

Il y a quelques mois déjà, j’ai vu sur un groupe de traducteurs l’annonce d’un film sur les traducteurs, intitulé d’ailleurs simplement Les Traducteurs. Je vous avoue que j’ai d’abord cru à une blague, mais non : Régis Roinsard a bien réalisé un film sur nous. Je ne pouvais bien sûr pas faire sans aller le voir au cinéma. Deux jours après sa sortie, je me retrouve donc avec ma sœur (et pas plus de 6 autres personnes dans la salle, probablement tous des traducteurs…) devant ce thriller dont les héros sont des gens qui exercent la même profession que moi.

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Petit résumé pour ceux qui n’ont pas vu la bande-annonce : 9 traducteurs sont enfermés pour traduire le dernier tome de Dedalus, une série de romans à succès. Or, malgré les précautions de l’éditeur en coupant ses traducteurs du monde extérieur et en les plaçant sous haute surveillance, les dix premières pages du livre sont publiées sur Internet, accompagnées d’une demande de rançon pour empêcher que l’entièreté du roman ne se retrouve sur la toile. Commence alors une enquête pour trouver le coupable de la fuite.

En plus d’être un bon thriller (il faut attendre la fin pour véritablement connaître toute l’histoire), ce film m’a énormément plu car il montre réellement le travail des traducteurs et les différents profils des personnes qui se tournent vers la traduction littéraire en particulier. Il y a les grands fans de l’auteur et de la littérature en général, ceux qui ne considèrent ce travail que comme un gagne-pain supplémentaire, ceux qui rêvent de devenir auteurs eux-mêmes ou encore ceux qui gagnent bien leur vie et ne voient cette traduction que comme un simple projet parmi bien d’autres. Ce film dépeint également le monde parfois impitoyable de l’édition, Lambert Wilson incarnant un éditeur uniquement motivé par le profit et ne considérant ses traducteurs que comme du bétail. Et quand on voit les miettes que récoltent les traducteurs littéraires après la sortie d’un roman qu’ils ont mis des mois à traduire, on est loin de la fiction. On voit d’ailleurs au début du film les traducteurs s’insurger contre les conditions de travail (aucun accès à Internet, ni au roman complet, ils doivent traduire une dizaine de pages à la fois, en respectant des horaires stricts…).

Je ne vais pas en dire trop au risque de révéler quoi que ce soit, mais ce film est un merveilleux coup de projecteur sur ces travailleurs de l’ombre qui ont la lourde tâche de transmettre le message et le style d’un auteur. Sans eux, nous passerions à côté de trésors de la littérature et du cinéma. Car oui, n’oubliez pas non plus que si vous pouvez comprendre ce film dans lequel 9 personnes parlent une langue différente, c’est aussi grâce à des traducteurs… Bref, que vous soyez traducteur ou non, courez voir ce thriller pour en apprendre plus sur ce magnifique métier !

Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

Ces derniers mois, je me suis décidée à prendre plus de temps pour lire et je me suis abonnée à un groupe Facebook de lecteurs pour me donner des idées de nouvelles lectures. Parmi les nombreuses propositions, l’une revenait souvent dans les conversations : Changer l’eau des fleurs, de Valérie Perrin. Je me suis donc finalement laissé tenter à mon tour par ce petit bijou de 672 pages que je recommande vivement.

Changer l'eau des fleurs

Deuxième roman de Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs nous emmène dans le quotidien de Violette, gardienne d’un petit cimetière de Bourgogne. Loin d’être lugubre et déprimant, le décor dans lequel Violette vit est rempli de couleurs, de fleurs et de douces odeurs. On y découvre les secrets, rêves et regrets des employés du cimetière et des personnes venues rendre visite à leurs proches décédés, mais aussi le passé plus sombre de Violette et son chemin de reconstruction. Si la mort est constamment présente au cœur de l’histoire, ce roman est surtout une ode à la vie. Au fil des pages, vous passez des rires aux larmes, vous laissant porter par la poésie et les personnages attachants que décrit Valérie Perrin. Débordant d’amour, ce roman est comme un délicieux bonbon à sucer, vous rappelant les petites joies du quotidien, la beauté du monde qui vous entoure et la force des souvenirs que laissent ceux qui nous ont quittés. Cela en fait donc une lecture idéale pour toutes les personnes en dépression et souffrant de la perte d’un proche. Changer l’eau des fleurs est en effet un « livre-médicament » qui apaise et parvient à redonner espoir quand tout semble noir autour de soi. Bref, j’ai vraiment eu le coup de cœur pour ce roman et je ne pouvais pas faire sans le partager avec vous.

Une nouvelle année commence

Bonne année !

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Je sais que cela fait très longtemps que je n’ai plus rien publié sur mon blog (plus d’un an !), mais je voulais profiter de ce premier lundi de 2020 pour me remettre à écrire. Mon absence en 2019 s’explique non par un manque d’envie de reprendre ma plume, mais par une surcharge de travail tout au long de l’année. Tant mieux, me direz-vous, mais il y a quand même eu un revers de la médaille. Après un 2018 plutôt très calme, 2019 a démarré sur les chapeaux de roue. Je ne pouvais donc pas faire autrement que d’accepter pour compenser l’année écoulée. Si j’étais en pleine forme les premiers mois, ma motivation et mon inspiration ont malheureusement commencé à s’essouffler au mois de mai. Angoissée de vivre de longues périodes creuses dans les mois à venir, j’ai toutefois continué d’accepter et de cumuler les gros projets, jusqu’à ce que mon corps m’envoie des signaux d’alarme. Outre les maux de tête à répétition, les insomnies, les débuts de tendinite aux poignets et un calcul au rein qui n’est certainement pas indépendant du stress qui me rongeait en permanence, j’étais à fleur de peau, ce qui a mis mon couple et mes autres relations à mal. J’ai donc dû lever le pied pendant l’été pour me reprendre en main. Des cours d’initiation au yoga dans le parc près de chez moi et de longues vacances bien méritées début septembre, en me coupant totalement de ma boîte mail professionnelle pour une fois, m’ont fait un bien fou. Je suis donc revenue mi-septembre avec des résolutions que j’espère tenir tout au long de 2020.

Bref, mon intention n’était pas de raconter ma vie, mais plutôt d’expliquer qu’être freelance n’est pas toujours facile et que l’on peut aussi souffrir de burn out, même quand on est son propre patron. Alors je souhaite à tous ceux qui sont victimes de stress et de crises d’angoisse, qui se couchent et se lèvent en regardant leur boîte mail et qui pensent au boulot 24h/24 de pouvoir se reprendre en main en 2020, d’apprendre à relativiser et à dire non quand ils ont atteint leur limite et surtout de prendre du temps pour eux et pour ceux qu’ils aiment. Quant à moi, je compte reprendre le temps d’écrire pour mon plaisir car si c’est mon gagne-pain, l’écriture me fait aussi du bien.

Alors, j’espère, à très vite pour de nouveaux articles !

Rencontre avec Salman Rushdie

Rencontre avec Salman Rushdie

Le mardi 23 octobre, j’ai eu le plaisir d’assister à une rencontre avec le grand Salman Rushdie dans le cadre du London Literature Festival.

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Première rencontre en 2013

J’avais déjà eu l’occasion de le voir il y a 6 ans à Bruxelles à l’occasion de la sortie de ses mémoires, Joseph Anton. Accompagnée d’une amie, j’avais alors bu les paroles de ce talentueux écrivain avant de pouvoir l’approcher pour obtenir, d’une main tremblante, sa précieuse dédicace. Assise face à la très belle scène du Royal Festival Hall de Londres, j’ai encore une fois été conquise par l’humilité, l’humour et la sagesse de ce génie des lettres au sourire bienveillant et au regard malicieux.

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The Satanic Verses

C’est grâce à un formidable professeur de littérature anglaise de l’EII (ce cher monsieur François pour ne pas le citer) que j’ai découvert Salman Rushdie, à travers la lecture de Haroun and the Sea of Stories. Amoureuse des contes et des jeux de mots à la Lewis Carroll, je suis directement tombée sous le charme de la plume poétique, cultivée et humoristique de cet auteur britannique originaire de Mumbai. Quelques années plus tard, alors que je parcourais son gigantesque pays natal en train, je me suis plongée avec délice dans plusieurs de ses œuvres, dont Luka and the Fire of Life, Imaginary Homelands et The Enchantress of Florence. Ce n’est que récemment que je me suis enfin laissée porter par The Satanic Verses, son œuvre la plus célèbre et la raison de la terrible fatwa prononcée contre lui par l’ayatollah Khomeini en 1989.

La rencontre à laquelle j’ai assistée mardi dernier concernait la sortie de son tout dernier roman, The Golden House (La Maison Golden dans la traduction française de Gérard Meudal).

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The Golden House

The Golden House dépeint un tableau extrêmement complet des États-Unis entre l’investiture de Barack Obama et l’arrivée d’un étrange Joker aux cheveux verts et au sourire malsain sur la scène des élections présidentielles. Si le nom de Trump n’est jamais prononcé dans son roman (Rushdie a déclaré lors de la rencontre qu’il n’avait pas envie de « polluer » son livre), on le reconnaît très bien, non seulement dans ce fameux Joker issu de l’univers de DC Comics, mais aussi dans le personnage au centre de l’attention du livre : Nero Golden, un vieillard arrogant et corrompu fuyant son sombre passé en Inde pour se retrouver à New York avec ses 3 fils et sa future jeune épouse, qui n’est autre qu’une immigrée slave plantureuse…

La première question de la rencontre, menée par l’auteure et critique américaine Erica Wagner, concernait cette similitude avec l’actuel président américain et son élection surprenante à la tête des États-Unis. Salman Rushdie a révélé qu’il avait terminé son roman bien avant les résultats de l’élection et qu’il faisait partie de ceux qui croyaient fermement qu’Hillary Clinton en sortirait victorieuse. Loin de vouloir faire dans la prémonition, il voulait simplement, au travers de ce livre, parler des divisions qui se creusaient aux États-Unis depuis l’investiture d’Obama et n’avait, au départ, aucunement l’envie de parler de Trump. Le personnage de Nero Golden lui trottait dans la tête depuis une dizaine d’années et, même s’il a rencontré ce cher Donald plusieurs fois au cours de sa vie, les nombreuses ressemblances de son personnage avec le président américain ne lui sont pas apparues tout de suite.

Salman Rushdie rencontre

La salle du Royal Hall Festival avant l’arrivée massive du public

Comme dans chacun de ses romans, l’histoire de The Golden House est racontée du point de vue d’un merveilleux conteur, dans ce cas-ci René, un jeune réalisateur de cinéma en devenir s’étant pris de passion pour la mystérieuse famille Golden installée depuis peu dans son quartier. Salman Rushdie emploie donc un vocabulaire purement cinématographique pour dérouler son récit, créant ses chapitres comme des scènes de cinéma et intégrant une multitude de références à de grands classiques du 7e art, dont Le Parrain de Francis Ford Coppola et Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock parmi les plus flagrants. Ce choix du cinéma, Salman Rushdie l’explique par son enfance passée à Mumbai, la ville de Bollywood, mais aussi parce qu’il cherche toujours le meilleur moyen de raconter ses histoires. Il s’est ainsi remémoré l’un de ses professeurs d’Histoire à Cambridge (Salman Rushdie a en effet poursuivi des études d’historien en Angleterre), qui lui avait expliqué que pour raconter une histoire, il fallait avant tout « écouter les gens parler ». Depuis, Salman Rushdie s’attelle toujours à répondre à trois questions avant d’entamer l’écriture de ses romans. Qui raconte cette histoire ? Pourquoi ? Et surtout, comment doit-elle être racontée ? Il consacre donc un temps précieux à se renseigner sur la manière dont raconter son livre en faisant une foule de recherches. Une fois la structure réalisée, à l’aide de cartes retraçant les lieux et les dates de son récit, il considère son travail comme une partition de jazz, c’est-à-dire ouvert aux improvisations et lui laissant la liberté d’être emporté par l’histoire et par ses personnages tout en gardant un œil critique.

La rencontre s’est également intéressée aux éventuels liens entre les différents livres de l’auteur. Salman Rushdie a expliqué qu’il n’y en avait aucun, que c’était d’ailleurs plutôt une crainte pour tout écrivain de créer des répétitions involontaires et que les lecteurs les plus attentifs à ce genre de choses étaient… ses traducteurs. Il a également abordé le sujet de la traduction en répondant à une question sur le choix de ses titres. Salman Rushdie a expliqué qu’il est incapable de terminer un livre sans avoir trouvé son titre dès le début de son travail (car cela voudrait dire qu’il ne comprend pas lui-même le sujet) et qu’il prend toujours un soin extrême à les choisir. Pour Midnight’s Children, il a ainsi longuement hésité entre « Midgnight’s Children » et « Children of Midnight » tout en sachant pertinemment que cette mince différence ne serait pas traduisible dans certaines langues, comme le français, qui aurait été dans tous les cas Les Enfants de Minuit.

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Midnight’s Children (livre qui a bien voyagé…)

En poursuivant sur le sujet de ses titres de roman, Erica Wagner a cherché à savoir s’il y avait une raison pour que la plupart d’entre eux ressemblent à des titres de contes de fées. Salman Rushdie a alors admis qu’il était un lecteur à la concentration très courte et qu’il avait donc envie d’écrire ses histoires comme des contes pour enfants, en ajoutant une belle réflexion sur le fait que les enfants avaient une lecture beaucoup plus intéressante que les adultes car plus directe et portée sur l’histoire à proprement parler. Comme il l’a si bien déclaré : « Love of books starts with a love of stories » (l’amour des livres commence par l’amour des histoires). Tel un Shéhérazade des temps modernes, il cherche ainsi toujours à raconter des histoires poussant les lecteurs à vouloir tourner la page pour connaître la suite (ce qu’il réussit avec brio).

Au bout d’une heure d’entretien avec la journaliste, la parole a été laissée au public dont certains membres ont posé d’excellentes questions. L’un des spectateurs a ainsi demandé si Salman Rushdie pensait à ses lecteurs en écrivant ses livres et, dans le cas de The Golden House, s’il n’avait pas eu peur de perdre une certaine partie de son lectorat, qui aurait pu voter pour Trump. L’auteur a alors expliqué qu’il avait toujours cru que ses lecteurs vieilliraient avec lui et qu’il était toujours agréablement surpris de voir qu’il touchait plusieurs générations, issues de communautés très différentes. Il suffisait d’ailleurs de regarder le public composant la salle du Royal Festival Hall pour constater la popularité intergénérationnelle et internationale de Monsieur Rushdie. Quant à la crainte de perdre certains lecteurs pro-Trump, il a déclaré avec humour qu’il n’était pas sûr que Donald ait été élu par des gens qui savent lire.

Une autre spectatrice a voulu en savoir davantage sur le sujet de l’identité, qui est également un thème central de The Golden House. Le roman met en effet en scène un transgenre au mal-être profond au sein de la famille Golden. Salman Rushdie a expliqué qu’il y avait bien entendu la question de la transsexualité, sujet qu’il voulait déjà aborder depuis plusieurs années après avoir rencontré une communauté de hijras en Inde, mais aussi celle de l’identité à plusieurs autres niveaux. Son roman parle en effet aussi de l’immigration, de ce que c’est d’être un Américain aujourd’hui, de ce que c’est que d’être un Indien immigré à New York, etc.

Enfin, pour conclure cette rencontre, une spectatrice a demandé quel était l’intérêt de raconter des histoires. L’auteur a alors déclaré très poétiquement : « Man is a storytelling animal » (l’homme est un animal conteur) en ajoutant que nous sommes la seule espèce au monde à raconter des histoires. Nous vivons avec les histoires, nous grandissons avec les histoires. Chaque famille, chaque communauté, chaque ville, chaque pays a ses propres histoires à écouter et à transmettre. Il a donné pour preuve que l’un des premiers désirs de l’enfant, outre manger, c’est qu’on lui raconte une histoire. Les temps troubles que nous connaissons à l’heure actuelle avec le Brexit, la montée du fascisme en Europe, les divisions aux États-Unis, les conflits au Moyen-Orient sont en outre, d’après lui, la conséquence de récits conflictuels, d’histoires que plusieurs communautés se racontent sans pouvoir trouver de point de rencontre. Raconter des histoires serait donc absolument central à l’être humain et nous en avons tous besoin pour vivre. Et je trouve cette conclusion tellement belle que je vais arrêter ce billet sur ce point, en vous invitant à lire The Golden House, ainsi que tous les autres chefs-d’œuvre de Sir Salman Rushdie.

Ça m’énerve : les fausses urgences

C’est étrange mais certains métiers, et de plus en plus de nos jours, vivent dans une autre dimension, où il est possible de rallonger le temps à sa guise pour pouvoir réaliser des projets colossaux en un délai record. Et c’est bien évidemment le cas de la rédaction et de la traduction où, c’est bien connu, tout projet est toujours à rendre la veille.

Évidemment, c’est une réalité de la profession à laquelle je me suis habituée au fil du temps. Mais ce qui a tendance à m’horripiler, ce sont les soi-disant projets « ultra-urgents » qui ne le sont absolument pas au final. Cela arrive très fréquemment dans la rédaction marketing.

Exemple : il faut absolument écrire une dizaine de pages pour un nouveau site car il sera publié à la fin de la semaine ! Tu passes donc des jours et parfois des nuits à bosser sur le projet « ultra-urgent », le stress au ventre et au bout des doigts.

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L’heure du délai approche et tu vois enfin le bout du tunnel. Heureuse, tu parviens à le rendre juste à temps, à la fois exténuée et soulagée, le visage terne et cerné rehaussé d’un sourire de vainqueur.

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Puis la semaine passe, puis une autre et une autre encore… Cela fait maintenant un mois, voire deux, voire trois que tu as rendu ce fameux projet pour lequel tu as gardé les yeux rivés sur ton écran pendant des jours. Et là, alors que tu es passé à autre chose depuis longtemps, tu reçois un e-mail sorti de nulle part pour te demander une modification sur un texte soi-disant urgent que tu as dû rendre il y a des mois…

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Je n’ai rien contre les modifications, surtout en rédaction, ce sont des choses qui arrivent. Mais recevoir des remarques ou des questions sur un projet que j’ai dû boucler en urgence il y a plusieurs mois, ça a légèrement tendance à m’énerver.

Bref, avant d’envoyer une proposition de projet « ultra-urgente » à votre traducteur ou rédacteur, posez-vous bien la question : est-ce que j’ai vraiment besoin de ce texte pour la veille ou vaut-il mieux attendre quelques jours pour qu’il mûrisse et prenne toute sa saveur entre les mains de mon chef étoilé des mots ? Mais je m’évade en métaphores, il est temps de vous laisser.

À bientôt !

 

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