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Point culture trimestriel 2025 3/4

Le troisième trimestre de l’année 2025 s’est déjà écoulé, l’occasion de revenir sur mes coups de cœur culturels durant ces 3 mois d’été.

LECTURE

Les livres du club de lecture ont occupé la majorité de ma bibliothèque ces derniers mois. Ils sont 3 sur les 4 ouvrages lus dernièrement, même si j’ai aussi poursuivi entretemps la lecture des essais de Salman Rushdie dans son recueil Languages of Truth. J’ai par contre une pile à lire énorme donc j’ai hâte de profiter des mois plus cosy de l’automne pour me remettre plus assidûment à la lecture.

  • The Silence In Between, de Josie Ferguson (ma note : 4,5/5)

Moins de 10 heures de lecture m’ont été nécessaire pour terminer le premier roman de cette autrice suédoise qui a vécu une bonne partie de sa vie à Londres et habite désormais à Singapour. Son livre ne nous embarque pas dans cette destination exotique, mais dans le Berlin à l’époque de l’édification du mur. Je vous traduis la quatrième de couverture pour vous donner plus de contexte :

« Berlin 1961. Lisette est à l’hôpital avec son bébé. Les médecins lui disent de rentrer chez elle et de se reposer, mais quand elle se réveille, tout a changé. Pendant la nuit, la frontière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest s’est fermée, divisant la ville en deux. Lisette est emmurée dans l’Est, son bébé est dans l’Ouest. Ce n’est cependant pas la première fois qu’elle vit dans une ville divisée. Elly, la fille adolescente de Lisette, a toujours eu du mal à comprendre la distance entre elle et sa mère. Elles vivent toutes les deux pour la musique, mais si Elly entend des notes autour de chaque personne qu’elle rencontre, la musique a disparu pour sa mère. Elly peut-elle désormais trouver un moyen de combler ce silence ? Se déroulant sur deux époques, la Seconde Guerre mondiale et les événements tumultueux de 1961, The Silence in Between explore les liens indestructibles de la famille, la résilience des femmes, et jusqu’où elles iront pour protéger ceux qu’elles aiment. »

J’ai vraiment adoré l’histoire, même si certains éléments étaient un peu trop faciles à deviner. J’ai aime découvrir un pan de l’Histoire que je ne connaissais pas, à savoir comment les Allemands ont vécu la fin de la guerre. Le récit est passionnant et la lecture est agrémentée de jolis passages poétiques, dans lesquels l’autrice use de métaphores, comme « My slippers sink deep down into the snow, winter’s white hands grabbing at my ankles » (ma traduction : « Mes chaussons s'enfoncent dans la neige, les mains blanches de l'hiver saisissant mes chevilles ») ou « The afternoon stretches lazily like a cat, uninterested in the passing of time, ignorant of my need for it to speed up » (« L'après-midi s'étirait paresseusement comme un chat, indifférent au temps qui passe, ignorant mon besoin de le voir s'accélérer »). Bref, une belle découverte, malheureusement pas encore accessible en français, à ma connaissance.

  • The Ghost Ship, de Kate Mosse (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour le mois d’août dans mon club de lecture était une petite brique de 486 pages, dévorées en une douzaine d’heures. Je ne connaissais absolument pas cette romancière britannique, mais beaucoup des membres du club avaient lu plusieurs de ses ouvrages, qui sont principalement des sagas historiques, dont la majorité sont traduites en français par Caroline Nicolas. The Ghost Ship est le troisième tome de ses chroniques sur la famille Joubert, et est disponible en français sous le titre La Cité des mers. Le fait qu’il s’agisse d’une saga ne m’a pas particulièrement dérangée car le roman pouvait se lire indépendamment des autres. Il m’a juste laissée sur ma faim vu qu’on ne sait pas ce qui se passe pour 2 personnages importants à la fin du roman… J’étais un peu moins fan de l’écriture, l’autrice utilisant plusieurs fois les mêmes expressions, mais l’histoire était assez passionnante pour me donner envie de tourner les pages. Cela m’a un peu rappelé les sagas historiques de Pierre Lemaitre, bien que je préfère largement ces dernières, beaucoup mieux écrites à mon goût. Si vous aimez les histoires de pirates, l’ambiance du XVIIe siècle et les conflits religieux, La Cité des mers devrait vous plaire.

  • En moi le ciel et la terre, de Fabrice Colin (ma note : 4,5/5)

Entre 2 bouquins anglais pour le club de lecture, je me suis fait plaisir avec un roman français qui avait attiré mon regard la dernière fois que je suis passée à la librairie Chantelivre de Tournai. Toujours en quête de découvrir de grandes oubliées de l’Histoire, je n’ai pas pu résister à cette sorte de biographie romancée d’Elisa Deroche, également connue sous les noms de Raymonde de Laroche ou simplement de La Baronne. Actrice, mannequin puis pilote d’avion figurant parmi les premières personnes à défier la gravité, cette femme méritait bien qu’on écrive un roman à son sujet. Et Fabrice Colin l’a fait avec une très belle plume et un riche vocabulaire, me faisant parfois ressortir mes dictionnaires face à des mots d’antan beaucoup moins usités. Son roman se lit comme un journal écrit à la première personne, passionnant durant une majeure partie du livre, mais qui m’a un peu déçue vers la fin, les belles phrases du départ se transformant en une simple suite d’informations sur les vols effectués par La Baronne à la fin de sa vie. Cela dit, la lecture de ces 56 pages ont été un beau moment.

  • All the Colours of the Dark, de Chris Whitaker (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour la réunion de mon club de lecture de septembre était un roman policier de 580 pages. Pas tellement attirée par ce genre littéraire, j’ai été vite happée par cette chasse au meurtrier en série et à la recherche de jeunes femmes disparues, mêlée à des histoires d’amour, dans l’Amérique des années 1970. Il aborde certains thèmes chers à mes convictions féministes, tels que le droit à l’avortement et la violence conjugale, et met en scène une femme résiliente qui force le respect. Certains passages étaient un peu longs ou me semblaient trop détaillés, mais j’ai vraiment adoré la fin, où toutes les petites informations disséminées au fil du livre se sont assemblées les unes aux autres comme un puzzle. Le dénouement de l’affaire criminelle était vraiment inattendu, ce qui montre le talent de ce jeune auteur britannique. Vous pouvez lire cette histoire en français sous le titre Toutes les nuances de la nuit grâce au travail de la traductrice Cindy Colin-Kapen, à qui je tire mon chapeau car certains passages ne me semblent vraiment pas simples à traduire !

FILMS / SÉRIES

Mon cher et tendre et moi-même avons toujours l’habitude de regarder une série ou un film en mangeant le soir. Si beaucoup de ces œuvres visuelles ne sont pas restées gravées dans ma mémoire, certaines m’ont particulièrement marquée. Je reprends donc ici celles dont je voulais absolument parler.

  • The Girlfriend, série réalisée par Robin Wright (ma note : 4,5/5)

C’est rare qu’une série me reste en tête, mais celle-ci m’a vraiment tenue en haleine durant ses 6 épisodes (disponibles sur Prime Video). Elle est adaptée du premier roman de l’autrice américaine Michelle Frances, devenu un best-seller, traduit en français par Antoine Guillemain sous le titre La Petite Amie. Je n’ai jamais lu le livre donc je ne sais pas s’il suit la même structure que la série, mais c’est surtout cela que j’ai apprécié. L’histoire tourne autour de 3 personnages principaux : Laura, une femme de la haute société pour qui tout semble réussir, Daniel, son fils adoré, et Cherry, la nouvelle petite amie de ce dernier, qui tente de cacher son passé. Chaque épisode est divisée en 2 parties, chacune exposant le point de vue de Laura, puis celui de Cherry, ou inversement. On voit ainsi les mêmes événements interprétés différemment par la mère ou par la petite amie de Daniel, ce qui empêche les spectateurs de vraiment savoir laquelle de ces femmes est problématique. J’ai beaucoup aimé cette façon de présenter les choses, car ça démontre bien comment chaque personne peut interpréter différemment les faits, en raison de ses propres traumas, de son propre vécu, ou de sa propre réalité. Bref, je ne peux que la recommander !

  • Wednesday (ou Mercredi), série réalisée par Tim Burton (ma note : 4/5)

Si vous avez lu mon point culture du dernier trimestre, vous devez savoir que j’ai toujours aimé l’univers de Tim Burton. Quand sa série sur la famille Addams est sortie en 2022, je n’étais que joie. Bon, ce n’est pas la meilleure série de tous les temps, clairement, mais je voulais en parler pour 2 passages que j’ai vraiment adorés, artistiquement parlant. Dans le premier épisode de la deuxième saison, j’ai ainsi eu le bonheur d’entendre mon morceau de musique classique favori de tous les temps, la Danse des chevaliers de Roméo et Juliette de Prokofiev, interprétée au violoncelle par Mercredi Addams. D’habitude, je suis toujours déçue par les reprises de ce morceau, mais là, j’ai tout simplement adoré. Mêler cette mélodie inégalable au décor burtonesque et au thème musical de Danny Elfman, c’était un petit bonbon audiovisuel pour moi (à l'exception d'un certain passage visuel incluant un monstre à 8 pattes) ! La deuxième surprise de la série a été chorégraphique. Lors du bal donné lors du septième épisode de la saison, les personnages de Enid et d’Agnes dansent sur la chanson The Dead Dance de Lady Gaga, qui apparaît d’ailleurs elle-même dans la série. J’ai aimé l’ingéniosité du chorégraphe, utilisant les pouvoirs d’invisibilité d’Agnes pour créer des portés spectaculaires. Si vous aimez Lady Gaga et Tim Burton, je vous invite aussi à découvrir le clip en noir et blanc de The Dead Dance que le réalisateur a dirigé pour la chanteuse, qui incarne une poupée de porcelaine dansant sur les pas de la chorégraphe Parris Goebel (qui m'avait impressionnée avec Abracadadra, dont j'ai parlé dans mon premier point culture trimestriel de l'année).

  • Le Comte de Monte-Cristo, film réalisé par Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (ma note : 4,5/5)

Sorti en 2024, ce long métrage était sur ma liste des films à voir depuis longtemps. Il était temps que le personnage du roman homonyme d’Alexandre Dumas soit joué par un acteur moins détestable que Depardieu… Et Pierre Niney l’incarne avec brio ! Je n’ai tout simplement pas vu passer les quasi 3 heures du film. Les décors sont grandioses, les acteurs excellents et le rythme de l’action captivant. Cela faisait longtemps qu’un film français m’avait autant passionnée. Un très beau film de cape et d’épée selon moi !

SPECTACLES / EXPO

Mon été a été marqué par un city-trip avec ma belle-famille à Vienne, où j’ai pu visiter de nombreux musées et assister à quelques spectacles. Je ne vais pas expliquer de nouveau ici en détail chaque lieu ou représentation, mais simplement citer mes 3 coups de cœur :

  • Le musée Sissi : beaucoup de pièces exposées, un parcours dans le palais de la Hofburg et un audioguide très complet.
  • Les concerts du Wiener Mozart Orchester au Musikverein : un régal pour les yeux et les oreilles, si l’on fait abstraction de l’entrée des retardataires dans la salle.
  • Light of Creation à la Votivkirche : un spectacle son et lumière de 30 minutes absolument splendide qui donne vie au décor de l’une des plus belles églises de Vienne.

Une fois n’est pas coutume, je termine par un coup de cœur musical pour une œuvre du XVIIIe siècle que j’ai découverte lors d’une de mes traductions pour ma cliente espagnole. Il s’agit des Élémens (pas de faute d'orthographe ici, c'est du vieux français), un opéra-ballet de Jean-Féry Rebel, et plus particulièrement de son premier mouvement, Le Cahos (orthographe ancienne de « chaos »). Tout comme Vivaldi avec ses Quatre Saisons, Jean-Féry Rebel traduit en musique les 4 éléments, ainsi que d’autres états ou émotions, dont le chaos. J’ai été surprise par sa modernité quand je l’ai écoutée. Je vous laisse découvrir si vous ne connaissez pas.

Et vous ? Avez-vous fait de belles découvertes littéraires, cinématographiques, muséales ou musicales durant cet été ? N’hésitez pas à les partager !

Le racisme ordinaire derrière la polémique autour du nouveau film La Petite Sirène de Disney

Une fois n’est pas coutume, j’avais envie de parler d’un sujet qui m’énerve et m’agace profondément sans qu’il ait aucun rapport avec la traduction, la rédaction ou le métier de freelance… L’une des choses que j’exècre le plus au monde et qui me fait réagir au quart de tour est le racisme. Et en ce moment, il pullule sur les réseaux sociaux sans même que les personnes à l’origine de ces commentaires odieux se rendent compte qu’il s’agit de racisme. Vous l’aurez compris au titre, je voulais parler cette semaine de la polémique autour du choix de l’actrice Halle Bailey pour incarner Ariel dans le nouveau film La Petite Sirène de Disney.

Je voulais à la base trouver une petite sirène noire pour illustrer mon article, mais « étonnamment » je n’en ai trouvé que des blanches… J’ai donc choisi plutôt cette photo de C1Superstar représentant la petite sirène de Copenhague, qui est devenue bien verte…

Ça fait plusieurs années déjà que Disney s’est donné pour mission de ressortir tous les grands dessins animés avec lesquels nous avons grandi en prise de vues réelles. On a ainsi pu voir dernièrement La Belle et la Bête avec Emma Watson dans le rôle de Belle (ma princesse favorite quand j'étais petite, rien que pour avoir la même bibliothèque...) ou Aladdin avec Mena Massoud dans le rôle-titre (et une actrice bien blanche pour incarner Yasmine, ce qui avait bizarrement fait beaucoup moins de vagues à l'époque...). Dessin animé sorti en 1989, La Petite Sirène était le prochain sur la liste. Alors que les petites filles à la peau plus foncée se sont émerveillées de voir une actrice qui leur ressemble incarner Ariel (voir ici), des trentenaires et quarantenaires se sont empressés de créer un hashtag #NotMyAriel pour clamer haut et fort qu’il était honteux de faire jouer un personnage blanc par une actrice noire. J’aimerais bien savoir : en quoi ça change l’histoire du film exactement ?

Certaines personnes se croyant cultivées vont jusqu’à dire qu’Hans Christian Andersen se retourne sûrement dans sa tombe puisqu’il est l’auteur original du conte de La Petite Sirène et que sa protagoniste était danoise et avait donc la peau blanche. Je suis tout à fait d’accord, j’ai le conte sous les yeux et il est écrit (en anglais, mais je traduis uniquement pour vous) que « sa peau était aussi claire et délicate que la rose et ses yeux aussi bleus que la mer la plus profonde ». Sauf que si Disney s’est clairement inspiré du conte pour son dessin animé, la version colorée de 1989 est loin de coller parfaitement à l’histoire inventée par l’auteur danois, qui est bien plus sombre (langue coupée, sensations de pointes d'aiguille ou de lames de poignard à chaque pas et une petite sirène qui n'épouse finalement pas son prince et se transforme en écume...). Si Hans Christian Andersen s’est retourné dans sa tombe, il l’a probablement déjà fait en voyant Ariel, cheveux rouges typiques des années 1980, qui n’a rien à voir avec sa petite sirène. J’invite d’ailleurs les rageux racistes et homophobes à lire cet intéressant article dans lequel il est expliqué que le conte est une métaphore de l’impossibilité d’Andersen à vivre son homosexualité.

Pour en revenir à Ariel, et donc à la version de Disney, je ne vois vraiment pas où est le problème d’avoir choisi une actrice à la peau plus foncée. Car s’il y a une princesse Disney qui pouvait tout à fait être métisse ou noire, c’est bien Ariel justement… Je ne sais pas si vous vous souvenez du dessin animé, mais les deux créatures qui accompagnent la jeune sirène sont un crabe à l’accent antillais (dont la voix est assurée par l'acteur Samuel E. Wright en anglais et par Henri Salvador dans la version française) et un poisson d’espèce inconnue, mais qui arbore des couleurs franchement tropicales et dont l’apparence s’inspirerait du chirurgien-bagnard (poisson qui nage plutôt du côté de l'océan Indien et du Pacifique). On est loin des eaux froides et des icebergs du conte d’Andersen, n’est-ce pas (oui, oui, il y a des icebergs dans le conte) ? Il ne faudrait pas non plus oublier la chanson emblématique du film, Sous l’océan ou Under the Sea dans la version originale, dont le rythme est influencé par le calypso, un style de musique qui provient non pas du Danemark, mais bien de Trinité-et-Tobago, une petite île des Caraïbes. Vous avez déjà vu beaucoup de femmes rousses à la peau blanche dans les Caraïbes ? Bref, pour moi, il est beaucoup plus sensé qu’Ariel soit « noire » ou « métisse ».

Ce qui me dérange fortement dans cette polémique, c’est que beaucoup de gens qui s’offusquent et répandent leur colère sur les réseaux sociaux disent que ce n’est pas une question de racisme. Or, ça en est une. En quoi est-ce que c’est réellement dérangeant qu’Ariel soit noire ? Certains vont dire que les petites filles blanches ne vont pas pouvoir s’identifier à Ariel et que les petites filles noires ont leurs propres princesses (ou plutôt leur princesse au singulier, vu qu'il n'y en a véritablement qu'une seule, Tiana, créée en... 2009). On est tellement habitué en tant que blancs à voir des personnages blancs qu’on ne se rend même pas compte que c’est un privilège par rapport à des personnes qui ont une autre couleur de peau. Personnellement, voir ces petites filles afro-américaines se réjouir de découvrir un visage qui ressemble au leur m’a fait verser autant de larmes de bonheur que de tristesse… Si toutes les couleurs de peau étaient représentées à l’écran, cela ne devrait plus choquer ni émerveiller en 2022. Choisir Halle Bailey pour incarner Ariel est d’autant plus fort (et pas uniquement parce que c'est une chanteuse et que la petite sirène est censée avoir la plus belle voix de tout le monde sous-marin). Ariel rêve de devenir humaine pour rejoindre le monde des hommes. En mettant cette actrice dans le rôle principal, le nouveau film de Disney aura un double sens. Ce ne sera pas seulement l’histoire d’une petite sirène qui tombe amoureuse d’un humain, mais d’une femme noire qui tombe amoureuse d’un homme blanc (le prince Eric est joué par l'acteur britannique Jonah Hauer-King) et qui rêve de pouvoir, elle aussi, être considérée comme un être humain comme tous les autres et pas comme une personne réduite à la couleur de sa peau.

J’arrête ici mon gros coup de gueule et retourne de ce pas dans mon boulot pour éviter le racisme nauséabond des réseaux sociaux…

Les Traducteurs, le film

Il y a quelques mois déjà, j’ai vu sur un groupe de traducteurs l’annonce d’un film sur les traducteurs, intitulé d’ailleurs simplement Les Traducteurs. Je vous avoue que j’ai d’abord cru à une blague, mais non : Régis Roinsard a bien réalisé un film sur nous. Je ne pouvais bien sûr pas faire sans aller le voir au cinéma. Deux jours après sa sortie, je me retrouve donc avec ma sœur (et pas plus de 6 autres personnes dans la salle, probablement tous des traducteurs…) devant ce thriller dont les héros sont des gens qui exercent la même profession que moi.

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Petit résumé pour ceux qui n’ont pas vu la bande-annonce : 9 traducteurs sont enfermés pour traduire le dernier tome de Dedalus, une série de romans à succès. Or, malgré les précautions de l’éditeur en coupant ses traducteurs du monde extérieur et en les plaçant sous haute surveillance, les dix premières pages du livre sont publiées sur Internet, accompagnées d’une demande de rançon pour empêcher que l’entièreté du roman ne se retrouve sur la toile. Commence alors une enquête pour trouver le coupable de la fuite.

En plus d’être un bon thriller (il faut attendre la fin pour véritablement connaître toute l’histoire), ce film m’a énormément plu car il montre réellement le travail des traducteurs et les différents profils des personnes qui se tournent vers la traduction littéraire en particulier. Il y a les grands fans de l’auteur et de la littérature en général, ceux qui ne considèrent ce travail que comme un gagne-pain supplémentaire, ceux qui rêvent de devenir auteurs eux-mêmes ou encore ceux qui gagnent bien leur vie et ne voient cette traduction que comme un simple projet parmi bien d’autres. Ce film dépeint également le monde parfois impitoyable de l’édition, Lambert Wilson incarnant un éditeur uniquement motivé par le profit et ne considérant ses traducteurs que comme du bétail. Et quand on voit les miettes que récoltent les traducteurs littéraires après la sortie d’un roman qu’ils ont mis des mois à traduire, on est loin de la fiction. On voit d’ailleurs au début du film les traducteurs s’insurger contre les conditions de travail (aucun accès à Internet, ni au roman complet, ils doivent traduire une dizaine de pages à la fois, en respectant des horaires stricts…).

Je ne vais pas en dire trop au risque de révéler quoi que ce soit, mais ce film est un merveilleux coup de projecteur sur ces travailleurs de l’ombre qui ont la lourde tâche de transmettre le message et le style d’un auteur. Sans eux, nous passerions à côté de trésors de la littérature et du cinéma. Car oui, n’oubliez pas non plus que si vous pouvez comprendre ce film dans lequel 9 personnes parlent une langue différente, c’est aussi grâce à des traducteurs… Bref, que vous soyez traducteur ou non, courez voir ce thriller pour en apprendre plus sur ce magnifique métier !