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The Names, de Florence Knapp

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À la dernière réunion de mon club de lecture, nous avons discuté longuement de ce roman de l’autrice britannique Florence Knapp, sorti en 2025. Je lui ai attribué la note de 3,5/5 sur mon application de lecture, mais ai trouvé la conversation autour de ce livre tellement intéressante que j’avais envie d’en parler dans un billet Croque-Livre.

J’ai lu ce roman dans sa langue originale, l’anglais, mais vous pouvez le lire dans plus de 20 langues, y compris le français. Je vous donne ci-dessous la quatrième de couverture de sa version française, publiée aux éditions JC Lattès sous le titre Les Prénoms et qui a été traduite par Carole d’Yvoire.

Et si le choix de votre prénom déterminait le cours de votre vie ?

En 1987, au lendemain d’une grande tempête, Cora se met en route avec sa fille de neuf ans pour déclarer la naissance de son nouveau-né. Son mari, Gordon, médecin respecté, mais tyrannique et oppressant dans l’intimité du foyer, souhaite qu’elle perpétue la tradition familiale et que l’enfant porte son prénom. Pourtant, au moment crucial d’acter cette décision, Cora hésite. 

S’ouvre alors un récit en trois variations, trois trajectoires possibles, durant trente-cinq années.

C’est l’histoire de Gordon, Bear et Julian, de trois versions d’une vie et des possibilités infinies qu’une simple décision peut déclencher. C’est l’histoire d’une famille et de l’amour qui perdure, quoi que le destin réserve.

J’ai beaucoup aimé la structure du roman. Entre le prologue qui débute en octobre 1987 et l’épilogue qui amène le récit au 29 juillet 2022 se trouvent 6 parties, chacune intitulée par l’année qu’elle aborde (1987, 1994, 2001, 2008, 2015 et 2022). Chaque partie est à son tour divisée en 3 chapitres, intitulés tour à tour Bear, Julian et Gordon, chacun racontant une version de l’histoire du fils de Cora en fonction du prénom sous lequel il a été inscrit à la mairie (ou à la commune si vous êtes Belge). Les exemples de violence conjugale sont présents en nombre dans le roman, ce qui rend la lecture parfois difficile, mais les personnages sont attachants et le récit est bien ficelé.

La discussion autour de ce livre au sein de mon club de lecture a été quelque peu philosophique avec cette question principale : est-ce qu’un prénom peut influer sur votre caractère, vos relations avec les autres et votre destin ? Je me suis d’ailleurs demandé si les versions traduites reprenaient les mêmes prénoms ou s’ils avaient été adaptés, en particulier le prénom original de Bear (qui signifie « ours »). Cela dit, comme l’histoire se déroule en Angleterre, la modification des prénoms aurait dû s’accompagner d’une transposition totale dans le pays où la langue cible est parlée. En outre, l’autrice n’a pas nommé ses personnages au hasard puisqu’elle a fourni un lexique reprenant chaque prénom accompagné de sa signification. Par exemple, Cora signifie « the core of the story » (le cœur de l'histoire). Ce lexique a servi de base à plusieurs questions lors de la réunion du club de lecture car on peut comprendre le récit d’une autre manière si l’on se penche davantage sur la signification de chaque prénom. D’ailleurs, certaines membres du club ont dit qu’elles allaient probablement relire le roman pour avoir une autre perspective sur l’histoire de Bear, Julian ou Gordon.

Florence Knapp ne dévoile pas grand-chose sur sa vie privée, à part le fait qu’elle vit dans la banlieue de Londres avec son mari et son chien. Avant cette première œuvre de fiction, elle a publié 2 ouvrages autour du patchwork, et plus particulièrement sur la fabrication de courtepointes et l’art de l’English Paper Piecing (EPP), qui est une technique d’assemblage de patchworks sur des gabarits en papier. Comme elle est en plus une passionnée de couture, on peut dire qu’elle maîtrise l’art de tisser autant les fils que les histoires. J’espère donc qu’elle ressortira de nouveau sa plume pour nous confectionner un nouveau récit !

Avez-vous lu ce roman ? Qu’en avez-vous pensé ? Et croyez-vous que votre vie ait été influencée par le prénom qui vous a été donné ? N’hésitez pas à commenter !

Le coût de la virilité, de Lucile Peytavin

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Samedi dernier, le 8 mars, des manifestations ont eu lieu dans le monde entier à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (et non la Journée de la femme). Aux alentours de cette date, j’aime vous partager un ouvrage féministe qui m’a plu. À Noël, l’une de mes belles-sœurs m’a offert un essai dont j’avais déjà beaucoup entendu parler : Le coût de la virilité: ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes, de Lucile Peytavin. Je l’ai dévoré cette semaine pour vous en faire un billet Croque-Livre.

Avant tout, un petit mot sur l’autrice. En plus d’être une essayiste et docteure en histoire économique et sociale, Lucile Peytavin est membre de L’Observatoire sur l’émancipation économique des femmes de la Fondation des femmes et une spécialiste de la prévention des violences. Inutile de dire qu’elle maîtrise son sujet. Le Coût de la virilité est son premier essai. Si elle ne l’a publiée qu’en 2021, elle avait déjà eu envie de creuser le sujet 3 ans plus tôt, alors qu’elle était en pleine rédaction de sa thèse de doctorat en histoire, consacrée à l’Histoire relationnelle du genre chez les artisan.e.s-commerçant.e.s de proximité au village (XIXe – XXe siècle). Au cours de ses recherches, elle avait été frappée par une statistique méconnue du public et pourtant révélatrice d’un problème de fond : la population carcérale en France est constituée à 96,3% d’hommes (à comprendre comme « individus de sexe masculin » et non comme « êtres humains »). Choquée de constater que la quasi-totalité des prisonniers français étaient des hommes, elle s’est mise à relever des statistiques sur les différentes catégories d’infractions. Sa thèse terminée, elle s’est penchée plus sérieusement sur le sujet en se demandant combien toute cette criminalité et violence presque exclusivement masculine coûtait à l’État français. Elle a alors élaboré une méthode de calcul et a entamé l’écriture de cet essai que j’estime d’utilité publique.

Le Coût de la virilité est un essai très bien structuré et extrêmement clair. Il est divisé en 3 parties principales, auxquelles s’ajoutent un prologue, une introduction et une conclusion. Dans la première partie, intitulée « La Fin des mythes », l’autrice cherche à savoir s’il existe réellement des différences scientifiquement prouvées entre les cerveaux masculins et féminins, qui pourraient expliquer la violence des hommes. Elle termine cette partie sur la conclusion que cette violence n’est pas naturelle mais culturelle, et enchaîne sur la deuxième partie, intitulée « Les Racines éducatives de la violence ». Enfin, dans la dernière partie, qui reprend le titre de l’essai, elle explique sa méthode de calcul et établit le coût de la virilité pour chaque catégorie d’infractions, allant des homicides et du viol aux injures ou aux cambriolages. Elle termine par ce constat : le coût total de la virilité en France est de 95,2 milliards d’euros par an. Une somme faramineuse… Je vous partage un petit résumé de son explication pourque vous compreniez mieux.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans cet essai est la précision de l’autrice. Elle étaye chacune de ses affirmations par des statistiques et des sources concrètes (il y a au moins 30 pages de notes à la fin du livre, de quoi faire taire les rageux qui prétendraient qu'elle inventerait certaines données). J’ai trouvé les 2 premières parties passionnantes, tant elles sont riches en informations. La deuxième partie sur l’éducation m’a particulièrement ouvert les yeux sur certaines choses insensées, mais qui nous semblent totalement normales. Par exemple, le fait d’offrir aux petits garçons de fausses armes pour jouer. Donne-t-on inconsciemment aux enfants l’idée que faire la guerre, blesser ou tuer quelqu’un est quelque chose d’amusant ? C’est fou quand on y pense… J’avoue avoir juste eu un peu plus de difficulté à rester concentrée sur la dernière partie car elle est remplie de formules de calcul (et que j'ai une légère allergie aux mathématiques 😅), mais elle est parfaite pour tous ceux (oui, le masculin est voulu) qui veulent une démonstration par A + B des arguments féministes. Bref, cet essai est à la fois bien écrit et très convaincant.

Lucile Peytavin termine son ouvrage par des pistes pour résoudre ce problème, qui nuit non seulement aux femmes (les premières victimes des actes de violence masculine), mais aussi aux hommes. D’ailleurs, elle explique dans son prologue qu’il ne s’agit pas d’un livre « contre les hommes », qu’elle ne les prend pas pour cible, mais qu’elle cherche à déconstruire les mécanismes qui les rendent responsables de la quasi-totalité de cette violence. Elle termine ainsi par nous inviter toutes et tous à mettre fin, je cite, « à la virilité qui pervertit, qui viole, qui bat, qui tue, qui écrase, la virilité qui ruine » en expliquant que ce n’est pas une fatalité et qu’il faut changer nos mentalités. Un sujet d’autant plus brûlant d’actualité dans ce monde dirigé par des fous furieux qui s’amusent à jouer au Monopoly à coup de bombardements en prenant les civils pour de simples pions…

Je vous recommande donc chaudement cet essai si vous avez envie de comprendre comment changer les choses !

Point culture trimestriel 2025 3/4

Le troisième trimestre de l’année 2025 s’est déjà écoulé, l’occasion de revenir sur mes coups de cœur culturels durant ces 3 mois d’été.

LECTURE

Les livres du club de lecture ont occupé la majorité de ma bibliothèque ces derniers mois. Ils sont 3 sur les 4 ouvrages lus dernièrement, même si j’ai aussi poursuivi entretemps la lecture des essais de Salman Rushdie dans son recueil Languages of Truth. J’ai par contre une pile à lire énorme donc j’ai hâte de profiter des mois plus cosy de l’automne pour me remettre plus assidûment à la lecture.

  • The Silence In Between, de Josie Ferguson (ma note : 4,5/5)

Moins de 10 heures de lecture m’ont été nécessaire pour terminer le premier roman de cette autrice suédoise qui a vécu une bonne partie de sa vie à Londres et habite désormais à Singapour. Son livre ne nous embarque pas dans cette destination exotique, mais dans le Berlin à l’époque de l’édification du mur. Je vous traduis la quatrième de couverture pour vous donner plus de contexte :

« Berlin 1961. Lisette est à l’hôpital avec son bébé. Les médecins lui disent de rentrer chez elle et de se reposer, mais quand elle se réveille, tout a changé. Pendant la nuit, la frontière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest s’est fermée, divisant la ville en deux. Lisette est emmurée dans l’Est, son bébé est dans l’Ouest. Ce n’est cependant pas la première fois qu’elle vit dans une ville divisée. Elly, la fille adolescente de Lisette, a toujours eu du mal à comprendre la distance entre elle et sa mère. Elles vivent toutes les deux pour la musique, mais si Elly entend des notes autour de chaque personne qu’elle rencontre, la musique a disparu pour sa mère. Elly peut-elle désormais trouver un moyen de combler ce silence ? Se déroulant sur deux époques, la Seconde Guerre mondiale et les événements tumultueux de 1961, The Silence in Between explore les liens indestructibles de la famille, la résilience des femmes, et jusqu’où elles iront pour protéger ceux qu’elles aiment. »

J’ai vraiment adoré l’histoire, même si certains éléments étaient un peu trop faciles à deviner. J’ai aime découvrir un pan de l’Histoire que je ne connaissais pas, à savoir comment les Allemands ont vécu la fin de la guerre. Le récit est passionnant et la lecture est agrémentée de jolis passages poétiques, dans lesquels l’autrice use de métaphores, comme « My slippers sink deep down into the snow, winter’s white hands grabbing at my ankles » (ma traduction : « Mes chaussons s'enfoncent dans la neige, les mains blanches de l'hiver saisissant mes chevilles ») ou « The afternoon stretches lazily like a cat, uninterested in the passing of time, ignorant of my need for it to speed up » (« L'après-midi s'étirait paresseusement comme un chat, indifférent au temps qui passe, ignorant mon besoin de le voir s'accélérer »). Bref, une belle découverte, malheureusement pas encore accessible en français, à ma connaissance.

  • The Ghost Ship, de Kate Mosse (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour le mois d’août dans mon club de lecture était une petite brique de 486 pages, dévorées en une douzaine d’heures. Je ne connaissais absolument pas cette romancière britannique, mais beaucoup des membres du club avaient lu plusieurs de ses ouvrages, qui sont principalement des sagas historiques, dont la majorité sont traduites en français par Caroline Nicolas. The Ghost Ship est le troisième tome de ses chroniques sur la famille Joubert, et est disponible en français sous le titre La Cité des mers. Le fait qu’il s’agisse d’une saga ne m’a pas particulièrement dérangée car le roman pouvait se lire indépendamment des autres. Il m’a juste laissée sur ma faim vu qu’on ne sait pas ce qui se passe pour 2 personnages importants à la fin du roman… J’étais un peu moins fan de l’écriture, l’autrice utilisant plusieurs fois les mêmes expressions, mais l’histoire était assez passionnante pour me donner envie de tourner les pages. Cela m’a un peu rappelé les sagas historiques de Pierre Lemaitre, bien que je préfère largement ces dernières, beaucoup mieux écrites à mon goût. Si vous aimez les histoires de pirates, l’ambiance du XVIIe siècle et les conflits religieux, La Cité des mers devrait vous plaire.

  • En moi le ciel et la terre, de Fabrice Colin (ma note : 4,5/5)

Entre 2 bouquins anglais pour le club de lecture, je me suis fait plaisir avec un roman français qui avait attiré mon regard la dernière fois que je suis passée à la librairie Chantelivre de Tournai. Toujours en quête de découvrir de grandes oubliées de l’Histoire, je n’ai pas pu résister à cette sorte de biographie romancée d’Elisa Deroche, également connue sous les noms de Raymonde de Laroche ou simplement de La Baronne. Actrice, mannequin puis pilote d’avion figurant parmi les premières personnes à défier la gravité, cette femme méritait bien qu’on écrive un roman à son sujet. Et Fabrice Colin l’a fait avec une très belle plume et un riche vocabulaire, me faisant parfois ressortir mes dictionnaires face à des mots d’antan beaucoup moins usités. Son roman se lit comme un journal écrit à la première personne, passionnant durant une majeure partie du livre, mais qui m’a un peu déçue vers la fin, les belles phrases du départ se transformant en une simple suite d’informations sur les vols effectués par La Baronne à la fin de sa vie. Cela dit, la lecture de ces 56 pages ont été un beau moment.

  • All the Colours of the Dark, de Chris Whitaker (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour la réunion de mon club de lecture de septembre était un roman policier de 580 pages. Pas tellement attirée par ce genre littéraire, j’ai été vite happée par cette chasse au meurtrier en série et à la recherche de jeunes femmes disparues, mêlée à des histoires d’amour, dans l’Amérique des années 1970. Il aborde certains thèmes chers à mes convictions féministes, tels que le droit à l’avortement et la violence conjugale, et met en scène une femme résiliente qui force le respect. Certains passages étaient un peu longs ou me semblaient trop détaillés, mais j’ai vraiment adoré la fin, où toutes les petites informations disséminées au fil du livre se sont assemblées les unes aux autres comme un puzzle. Le dénouement de l’affaire criminelle était vraiment inattendu, ce qui montre le talent de ce jeune auteur britannique. Vous pouvez lire cette histoire en français sous le titre Toutes les nuances de la nuit grâce au travail de la traductrice Cindy Colin-Kapen, à qui je tire mon chapeau car certains passages ne me semblent vraiment pas simples à traduire !

FILMS / SÉRIES

Mon cher et tendre et moi-même avons toujours l’habitude de regarder une série ou un film en mangeant le soir. Si beaucoup de ces œuvres visuelles ne sont pas restées gravées dans ma mémoire, certaines m’ont particulièrement marquée. Je reprends donc ici celles dont je voulais absolument parler.

  • The Girlfriend, série réalisée par Robin Wright (ma note : 4,5/5)

C’est rare qu’une série me reste en tête, mais celle-ci m’a vraiment tenue en haleine durant ses 6 épisodes (disponibles sur Prime Video). Elle est adaptée du premier roman de l’autrice américaine Michelle Frances, devenu un best-seller, traduit en français par Antoine Guillemain sous le titre La Petite Amie. Je n’ai jamais lu le livre donc je ne sais pas s’il suit la même structure que la série, mais c’est surtout cela que j’ai apprécié. L’histoire tourne autour de 3 personnages principaux : Laura, une femme de la haute société pour qui tout semble réussir, Daniel, son fils adoré, et Cherry, la nouvelle petite amie de ce dernier, qui tente de cacher son passé. Chaque épisode est divisée en 2 parties, chacune exposant le point de vue de Laura, puis celui de Cherry, ou inversement. On voit ainsi les mêmes événements interprétés différemment par la mère ou par la petite amie de Daniel, ce qui empêche les spectateurs de vraiment savoir laquelle de ces femmes est problématique. J’ai beaucoup aimé cette façon de présenter les choses, car ça démontre bien comment chaque personne peut interpréter différemment les faits, en raison de ses propres traumas, de son propre vécu, ou de sa propre réalité. Bref, je ne peux que la recommander !

  • Wednesday (ou Mercredi), série réalisée par Tim Burton (ma note : 4/5)

Si vous avez lu mon point culture du dernier trimestre, vous devez savoir que j’ai toujours aimé l’univers de Tim Burton. Quand sa série sur la famille Addams est sortie en 2022, je n’étais que joie. Bon, ce n’est pas la meilleure série de tous les temps, clairement, mais je voulais en parler pour 2 passages que j’ai vraiment adorés, artistiquement parlant. Dans le premier épisode de la deuxième saison, j’ai ainsi eu le bonheur d’entendre mon morceau de musique classique favori de tous les temps, la Danse des chevaliers de Roméo et Juliette de Prokofiev, interprétée au violoncelle par Mercredi Addams. D’habitude, je suis toujours déçue par les reprises de ce morceau, mais là, j’ai tout simplement adoré. Mêler cette mélodie inégalable au décor burtonesque et au thème musical de Danny Elfman, c’était un petit bonbon audiovisuel pour moi (à l'exception d'un certain passage visuel incluant un monstre à 8 pattes) ! La deuxième surprise de la série a été chorégraphique. Lors du bal donné lors du septième épisode de la saison, les personnages de Enid et d’Agnes dansent sur la chanson The Dead Dance de Lady Gaga, qui apparaît d’ailleurs elle-même dans la série. J’ai aimé l’ingéniosité du chorégraphe, utilisant les pouvoirs d’invisibilité d’Agnes pour créer des portés spectaculaires. Si vous aimez Lady Gaga et Tim Burton, je vous invite aussi à découvrir le clip en noir et blanc de The Dead Dance que le réalisateur a dirigé pour la chanteuse, qui incarne une poupée de porcelaine dansant sur les pas de la chorégraphe Parris Goebel (qui m'avait impressionnée avec Abracadadra, dont j'ai parlé dans mon premier point culture trimestriel de l'année).

  • Le Comte de Monte-Cristo, film réalisé par Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (ma note : 4,5/5)

Sorti en 2024, ce long métrage était sur ma liste des films à voir depuis longtemps. Il était temps que le personnage du roman homonyme d’Alexandre Dumas soit joué par un acteur moins détestable que Depardieu… Et Pierre Niney l’incarne avec brio ! Je n’ai tout simplement pas vu passer les quasi 3 heures du film. Les décors sont grandioses, les acteurs excellents et le rythme de l’action captivant. Cela faisait longtemps qu’un film français m’avait autant passionnée. Un très beau film de cape et d’épée selon moi !

SPECTACLES / EXPO

Mon été a été marqué par un city-trip avec ma belle-famille à Vienne, où j’ai pu visiter de nombreux musées et assister à quelques spectacles. Je ne vais pas expliquer de nouveau ici en détail chaque lieu ou représentation, mais simplement citer mes 3 coups de cœur :

  • Le musée Sissi : beaucoup de pièces exposées, un parcours dans le palais de la Hofburg et un audioguide très complet.
  • Les concerts du Wiener Mozart Orchester au Musikverein : un régal pour les yeux et les oreilles, si l’on fait abstraction de l’entrée des retardataires dans la salle.
  • Light of Creation à la Votivkirche : un spectacle son et lumière de 30 minutes absolument splendide qui donne vie au décor de l’une des plus belles églises de Vienne.

Une fois n’est pas coutume, je termine par un coup de cœur musical pour une œuvre du XVIIIe siècle que j’ai découverte lors d’une de mes traductions pour ma cliente espagnole. Il s’agit des Élémens (pas de faute d'orthographe ici, c'est du vieux français), un opéra-ballet de Jean-Féry Rebel, et plus particulièrement de son premier mouvement, Le Cahos (orthographe ancienne de « chaos »). Tout comme Vivaldi avec ses Quatre Saisons, Jean-Féry Rebel traduit en musique les 4 éléments, ainsi que d’autres états ou émotions, dont le chaos. J’ai été surprise par sa modernité quand je l’ai écoutée. Je vous laisse découvrir si vous ne connaissez pas.

Et vous ? Avez-vous fait de belles découvertes littéraires, cinématographiques, muséales ou musicales durant cet été ? N’hésitez pas à les partager !

Les avantages de rejoindre un club de lecture

Cette semaine, le 11 septembre 2025 plus précisément, le Royaume-Uni célébrait son « Bookclub Day », une journée visant à encourager les Britanniques à rejoindre un club de lecture. Cela fait maintenant plus d’un an que je participe pratiquement chaque mois aux réunions du club de lecture de ma librairie préférée et je ne pourrais désormais plus m’en passer. Je voulais donc vous expliquer aujourd’hui les bienfaits que je tire de cette expérience.

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Rejoindre un club de lecture, c’est :

Faire de nouvelles rencontres : inutile de dire que quand on travaille de chez soi, d’autant plus dans un pays étranger les 3/4 du temps, il est compliqué de se faire de nouveaux ami.e.s. Et quand on a passé la trentaine, on a plus de mal à tisser des liens. Pour mettre toutes les chances de votre côté, mieux vaut fréquenter des lieux où vous êtes plus susceptible de croiser des personnes qui partagent vos intérêts. Et quoi de mieux qu’un club de lecture si vous adorez les bouquins ? Je ne peux pas encore dire que je me suis fait des ami.e.s au bookclub, mais c’est toujours un plaisir de discuter avec des personnes de tous âges, rassemblées autour d’un même livre et d’une même passion. Qui sait, peut-être qu’avec le temps des liens d’amitié plus solides se créeront !

Découvrir de nouveaux horizons : à moins d’être un lecteur ou une lectrice très éclectique, on a souvent tendance à s’intéresser aux mêmes sujets, aux mêmes auteurs ou autrices ou aux mêmes genres littéraires. Dans mon club de lecture, chaque séance se termine par le vote du prochain livre à lire, parmi une sélection de 3 ou 4 ouvrages. Depuis que j’ai rejoint le groupe, nous avons lu des récits de voyage, des livres plus historiques, des histoires beaucoup plus actuelles et, plus récemment, un thriller (genre qui ne m'a jamais vraiment attirée). Outre les livres proposés, les discussions avec les autres membres peuvent vous amener à découvrir d’autres écrivain.e.s ou d’autres romans dans la même veine ou traitant du même thème, dans un tout autre registre. J’ai fait de très belles découvertes et cela ne fait que croître mon goût pour la lecture. C’est extrêmement enrichissant !

S’habituer à prendre la parole : je me rappelle ma toute première participation, où, la voix tremblante, j’ai osé partager mon ressenti. Si vous souffrez de timidité (et que vous aimez lire), un club de lecture peut vous aider à prendre confiance en vous. Comme expliqué juste avant, chaque personne peut interpréter différemment une histoire et chaque opinion mérite d’être entendue. En tout cas, dans mon club de lecture, tout le monde est bienveillant et chaque intervention est accueillie avec intérêt. Désormais, je n’ai plus peur de prendre la parole et je suis même prête à diriger une discussion si le cas se présente.

S’ouvrir à d’autres opinions : il arrive qu’un livre plaise moins ou que l’un.e ou l’autre membre ne soit pas parvenu.e à terminer l’ouvrage tant sa lecture lui était désagréable. Certain.e.s seraient tenté.e.s de ne pas participer à la réunion au sujet de ce bouquin, ne sachant pas quoi en dire hormis du mal, mais ce sont pourtant dans ces cas-là que les discussions sont les plus intéressantes. Je me rappelle ainsi du débat autour d’Orbital de Samantha Harvey (traduit en français par Claro sous le titre Orbital : Une journée, seize aurores). Malgré son Booker Prize, le roman n’avait vraiment pas fait l’unanimité auprès des membres de mon club de lecture. Deux personnes avaient au contraire absolument adoré la façon dont il avait été pensé et écrit. Après avoir écouté leurs arguments, j’ai pu avoir une vision tout autre sur le bouquin, quitte à me donner envie de le relire pour me faire une seconde opinion. C’est un rappel constant qu’un livre peut être interprété de 1001 façons, selon votre expérience, vos sensibilités, votre culture ou votre état émotionnel au moment de la lecture.

Lire davantage : vous aimez lire mais n’arrivez plus à trouver le temps de plonger dans un bouquin ? Participer à un club de lecture et devoir chaque mois lire un titre pour une date bien précise apporte une certaine discipline. Cela me pousse à prendre le temps chaque jour d’avaler plusieurs pages de mon roman afin de pouvoir en discuter avec les autres membres. Si vous voulez renouer avec la lecture, rejoindre un club peut être un bon coup de pouce !

Envie de sauter le pas à votre tour ? Lancez-vous, je suis certaine que vous ne le regretterez pas !

L’Incroyable Histoire de la littérature française, de Catherine Mory et Philippe Bercovici

Une fois n’est pas coutume, mon billet Croque-livre concerne une BD. Si je viens du pays de la bande dessinée, j’avoue n’en pas être une grande consommatrice. Je l’étais enfant, lorsque je réclamais un album du Petit Jojo d’André Geerts à chacun de mes anniversaires, puis jeune adolescente, lorsque je dévorais des Bob et Bobette durant mes vacances chez mon parrain. Depuis, je n’ai plus vraiment lu de bande dessinée, préférant les livres sans images (mais avec des dialogues, rassure-toi Alice). C’était sans compter l’une de mes meilleures amies, qui m’a offert L’Incroyable Histoire de la littérature française lors de ma dernière visite chez elle.

Cet album de 352 pages a été créé à quatre mains par l’autrice et scénariste de BD Catherine Mory et le dessinateur Philippe Bercovici, plus connu pour Les Femmes en Blanc. Comme son titre l’indique, l’album retrace l’histoire de la littérature française à travers le portrait d’une trentaine d’auteurs et autrices. Il est divisé en 6 parties, consacrées chacune à un siècle, en commençant par le XVIe et Rabelais. La vie de chaque écrivain.e est racontée de leur naissance à leur mort, en ajoutant un résumé de leur(s) plus grande(s) œuvre(s) ainsi que quelques anecdotes insolites, cocasses ou plus perturbantes. On apprend par exemple que Victor Hugo revêtait une « peau de chaussette » pour se motiver à écrire ou que Maupassant a reçu une main coupée du poète Swinburne. Chaque partie commence par un résumé des grands mouvements littéraires du siècle. L’album se termine par un lexique.

La lecture est très agréable, les anecdotes sont drôles et l’album donne clairement envie de (re)lire certains ouvrages. J’ai toutefois 2 petites critiques. La première se rapporte à la proportion trop faible d’autrices par rapport aux auteurs : 4 femmes contre 30 hommes. L’album commence par Rabelais au XVIe siècle, alors que Christine de Pizan, une grande oubliée de l’histoire, était une autrice prolifique au XVe siècle. J’étais aussi déçue de voir Simone de Beauvoir n’apparaître que dans quelques cases de l’histoire de Jean-Paul Sartre et non comme une autrice à part entière. J’ai même été un peu offusquée de cette absence alors que Céline et ses propos misogynes occupent plusieurs pages de l’album… Cela dit, une troisième édition est sortie tout récemment (février 2025) et inclut désormais Annie Ernaux et Nathalie Sarraute. Ma deuxième petite critique concerne les dessins, dans lesquels les femmes sont parfois un peu trop sexualisées à mon goût. Mais bon, les goûts et les couleurs…

Hormis ces petites critiques, j’avais eu envie de vous parler de cet album car il fait partie des « Incroyables Histoires », une collection passionnante de la maison d’édition Les Arènes. Elle traite en BD d’une multitude de sujets, allant de la géographie aux sciences en passant par la psychologie ou même l’histoire de la cuisine, des animaux ou du sexe. J’avais d’ailleurs voulu publier ce billet Croque-livre avant les fêtes de Noël car je trouve que les albums de la collection sont une belle idée de cadeau.

Je vous invite à consulter le site de la maison d’édition si vous cherchez à faire plaisir à une personne passionnée par l’un ou l’autre domaine. De mon côté, j’attends avec impatience qu’ils en sortent un sur l’histoire du féminisme (à bon entendeur...) !

Mes lectures de 2024

Dans mon billet de la semaine dernière, j’expliquais que je n’avais lu que 14 ouvrages selon mon application de suivi de lecture. J’avais envie aujourd’hui de parler de cette application et de ces livres dont je n’ai pas parlés sur ce blog.

Photo de Pixabay

Avant tout, petite explication sur ce qu’est une application de suivi de lecture. Il s’agit d’une application mobile qui permet de recenser les livres lus, mais aussi de calculer le temps de lecture, de se fixer des objectifs de lecture, d’ajouter des notes et avis sur les livres lus ou encore de dresser une liste d’envies de lecture (plutôt que de prendre des photos des couvertures de bouquins qui m'intéressent dans les librairies, je scanne leur code-barre pour les ajouter directement dans mon appli). J’utilise Bookmory, mais il existe bien d’autres applications dédiées à la lecture, avec diverses fonctionnalités. Ci-dessous, un petit aperçu de mon interface.

Bon, comme nous sommes en janvier, mes statistiques annuelles ne sont pas très élevées, mais je voulais parler ici de mes lectures de 2024.

D’après mon application, j’ai lu 14 livres, auxquels j’ai consacré au total 106 heures et 46 minutes, avec en moyenne 8 heures et 53 minutes de lecture par mois et un peu moins de 20 minutes par jour (j'ai tendance à lire le soir dans mon lit, donc j'ai tendance à m'endormir 😅). J’ai ces estimations de temps car l’application dispose d’un chronomètre à activer lorsque l’on lit. Il m’arrive bien évidemment de ne pas l’enclencher, mais vous pouvez toujours corriger le tir en ajoutant manuellement l’estimation du temps de lecture. Cessons toutefois de parler chiffres : quels livres ai-je donc lus en 2024 ?

J’ai commencé l’année avec l’un des livres que l’une de mes belles-sœurs m’a offerts à Noël : Le Gaslighting ou l’art de faire taire les femmes, d’Hélène Frappat (qui se retrouve bien évidemment dans ma collection de livres sur le féminisme). Il contenait plusieurs passages extrêmement intéressants, notamment plusieurs qui parlaient de la traduction et du langage (un essai qui parle de féminisme, de traduction et de langage, c'était le combo gagnant pour moi 😁), mais je ne lui ai accordé que 2 étoiles car le livre est basé en grande partie sur le film Gaslight de George Cukor, que je n’ai pas vu. Je pense qu’il faudrait que je le relise après le visionnage du film pour mieux comprendre plusieurs passages. J’ai ensuite attaqué un autre petit essai qui traînait dans la bibliothèque familiale (je n'avais pas d'autre livre sous la dent à ce moment-là et comme je déteste m'endormir sans avoir lu...). Préhistoire intime. Vivre dans la peau des Homo sapiens, de Sophie Archambault de Beaune, m’a moyennement conquise. J’ai mis comme note qu’il était très intéressant mais un peu trop scientifique à mon goût. Il aurait été plus adapté à ma sœur, qui a étudié l’histoire de l’art avec une spécialisation dans la préhistoire. Je ne vais pas ici reparler de Sorcières, essai indispensable de Mona Chollet, ni du Silence et la Colère de Pierre Lemaître, qui ont chacun fait l’objet d’un billet Croque-livres.

Vient ensuite La Danseuse, de Patrick Modiano. Attirée par le titre, je l’avais acheté dans une librairie lors d’un de mes voyages entre deux pays. C’est toutefois ma plus grosse déception de l’année. J’ai indiqué dans ma note qu’il n’y avait pas vraiment d’histoire, qu’il ne parlait pas non plus de la danse en soi et que plusieurs récits restent en suspens. Bref, je n’ai pas du tout été emballée (je déteste entamer un livre sans le finir...). À l’inverse, Yellowface de Rebecca F. Kuang, le premier livre que j’ai lu pour le club de lecture, m’a vraiment enchantée. J’en ai d’ailleurs écrit un billet Croque-livres.

J’ai profité de l’été pour lire un maximum. Il a commencé avec un autre ouvrage proposé dans le club de lecture : Baumgartner de Paul Auster. Je l’ai dégusté lentement tel un bonbon à sucer lors de mes vacances en Crète. La quatrième de couverture m’avait fait croire que ce roman ne parlerait que de l’amour d’un homme pour sa femme disparue, mais ce livre est une véritable ode à l’amour en général. On y suit les pensées d’un vieil homme, qui raconte sa vie en dépeignant avec mélancolie, douceur et humeur les personnes qu’il croise et les événements qui l’ont marqué. J’ai vraiment adoré, d’où ma note de 4,5 étoiles. Il a été traduit en français sous le même titre par Anne-Laure Tissut. Essayant d’alterner entre mes lectures anglophones et francophones, j’ai lu également Beauté fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine de Mona Chollet. Un autre essai féministe de cette autrice que j’aime tant. Je pensais d’ailleurs en écrire un billet Croque-livres, d’où une prise de notes excessive. Elle y aborde énormément de sujets, du it-bag aux actrices égéries, en passant par l’obsession de la minceur, l’enfer des castings pour les mannequins, la suprématie blanche, la femme-objet… Bref, un essai hyper intéressant ! Je le recommande. On passe ensuite à The Harpy de Megan Hunter, autre livre proposé par le club de lecture anglais. Ce roman parlant d’une mère de famille qui se transforme, métaphoriquement, en harpie à la suite de l’adultère de son mari n’a pas fait l’unanimité parmi les participants du club, moi y compris. La fin était assez bizarre et perturbante. Certaines lectrices plus férues de mythologie y ont vu un chef-d’œuvre, mais ce n’était pas mon cas. Si vous voulez vous faire votre propre avis, il a été traduit en français sous le titre Harpie par Cécile Roche. J’ai terminé le mois d’août par un autre livre offert par ma deuxième belle-sœur à Noël, un autre roman féministe : Toutes des filles en jaune de Florence Hinckel. Je ne vais pas en parler trop ici car je compte le détailler un peu plus dans un billet Croque-livres, qui sortira probablement autour du 8 mars. Il a fait partie de mes meilleures lectures de 2024.

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Je n’ai étrangement pas enregistré de lecture en septembre. J’ai toutefois terminé le mois avec Orbital de Samantha Harvey, un autre roman proposé au club de lecture. Bien qu’il ait remporté le Booker Prize en 2024, il n’a pas eu la faveur de la majorité des participant.e.s du club. On y suit six astronautes dans la Station spatiale internationale et leurs pensées par rapport à la vie qu’ils ont laissée sur terre. Nous étions beaucoup à trouver qu’on ne pouvait pas bien s’identifier aux personnages, qui ne dévoilent pas réellement leurs sentiments, alors qu’on parle quand même de décès d’une mère sur terre. C’était aussi un peu trop scientifique ou répétitif au goût de certains. Cela dit, le débat autour du livre était très intéressant car quelques lectrices avaient adoré la lecture et m’ont permis de porter un autre regard sur son écriture. Si cela vous intéresse, il est disponible en français sous le titre Orbital, une journée, seize aurores, dans la traduction de Claro. L’automne coïncide toujours avec la lecture du dernier roman d’Amélie Nothomb, dont j’ai bien évidemment parlé dans un billet Croque-Livres. C’est aussi durant cette saison que j’ai lu mon meilleur roman de l’année, Lilith: the heroine women have waited six thousand years for, de Nikki Marmery. J’ai eu un tel coup de cœur pour ce livre féministe que je lui consacrerai un billet entier prochainement. Il s’agit en gros d’une réinterprétation du mythe de la première femme d’Adam (car non, ce n'est pas Eve...), qui a bien sûr été considérée par la suite comme une sorcière (on y revient toujours...). Décembre ayant été trop intense, j’ai terminé mon dernier livre de l’année en novembre. Il s’agissait de l’essai A Short History of Myth de Karen Armstrong, traduit en français par Jean-Louis Chevalier et Delphine Chevalier sous le titre Une brève histoire des mythes. Le sujet me fascine, j’avais adoré la première partie, qui explique plusieurs mythes apparus durant la préhistoire, ainsi que les dernières pages dans lesquelles l’autrice compare les romans à des mythes et les auteurs/autrices à des prêtres. Je l’ai toutefois trouvé un peu trop complexe par moments, mais peut-être qu’il est plus accessible dans la version française.

Voilà pour mon petit bilan de lectures en 2024. En avez-vous lu quelques-uns de ma liste ? Quelle a été votre plus belle lecture cette année ? N’hésitez pas à les partager en commentaire !

L’Impossible Retour, d’Amélie Nothomb

Il y a longtemps que je n’ai plus publié de billets Croque-Livre, alors que j’ai bien lu une dizaine de bouquins depuis mon article sur Yellowface. Parmi ces ouvrages figure inévitablement le dernier roman d’Amélie Nothomb, acheté à nouveau dans une gare et dévoré en 3 soirées (il n'est pas très long mais j'avais plus de mal à me concentrer sur mes lectures à ce moment-là). Trève de bavardage, entrons dans le vif du sujet.

Dans L’Impossible Retour, Amélie Nothomb raconte son retour au Japon lors d’un voyage en 2023, 11 ans après y avoir remis les pieds pour la dernière fois, à l’occasion du tournage du documentaire Amélie Nothomb, une vie entre deux eaux de Luca Chiari et Laureline Amanieux. Pour ce deuxième retour sur l’île de son enfance, Amélie joue le rôle de guide : elle accompagne son amie Pep Beni (nom fictif), qui a remporté un aller-retour au Japon pour 2 personnes en gagnant le prix de photographie Nicéphore Niépce. Rechignant à partir, l’écrivain (j'aurais bien utilisé l'écriture inclusive, mais Amélie préfère qu'on la qualifie du terme masculin) explique dès les premières lignes son aversion aux départs.

Tout départ est une aberration. Je pense être placée pour le savoir, j'ai passé ma vie à partir.

Fille de diplomate, la jeune Amélie a vécu de nombreux déménagements, qu’elle a à chaque fois vécus comme un bouleversement. Cette phrase a trouvé un certain écho en moi. Mes parents ne sont pas diplomates, mais j’ai eu la chance (ou le malheur) de vivre dans divers pays en suivant mon cher et tendre au cours de ses pérégrinations. Et à chaque fois qu’il a quitté l’endroit où il avait fait son nid pendant quelques mois ou années, j’ai vécu un petit chamboulement intérieur. Mais revenons à Amélie et à son récit.

L’angoisse du départ s’est envolée du coeur d’Amélie dès que son regard s’est posé sur la silhouette de l’île japonaise, se dessinant derrière le hublot de l’avion. Une fois atterrie sur le sol de son enfance, l’écrivain entame un fabuleux récit de voyage, ponctué par les émotions qui l’envahissent. Elle raconte les paysages, les sons et les odeurs, mais aussi les us et coutumes du Japon, cette île merveilleuse qu’elle aime de tout son cœur mais où elle ne peut pas vivre (elle avait tenté d'y faire sa vie à 21 ans, et ça a donné Stupeur et Tremblements). L’hypersensibilité d’Amélie, redevenant une petite fille de 5 ans lorsqu’elle remet les pieds dans les lieux visités pendant son enfance, est contrebalancée par le caractère bien trempé de sa compagne de voyage, une fan inconditionnelle de lapins, extrêmement allergique aux acariens et se souciant peu du qu’en dira-t-on des Japonais face à ses incivilités de Française. Bien plus léger que Psychopompe, son roman précédent, L’Impossible Retour est drôle par moments, mais surtout rempli de nostalgie, sentiment qui m’habite souvent et qui avait fait le titre du 22e roman d’Amélie, traitant de son deuxième retour au Japon.

J'avais cinq ans et je savais que j'allais quitter le Japon et j'en avais d'avance le cœur déchiré. Et mon père également. Nous avions lui et moi inventé la nostalgie préventive : idée romantiquement funeste, vaccin inspirant, se contentant d'agrandir dans l'âme la région dévolue à la nostalgie rétrospective.

Autre passage qui m’a beaucoup parlé et que je voulais partager ici :

Les seuls moments où je ne doute pas de mon existence sont ceux où je lis. La littérature me paraît l'unique domaine où j'ai pied.

L’Impossible Retour devrait particulièrement plaire aux grand.e.s nostalgiques et aux amoureux et amoureuses du Japon car il est une sorte de lettre d’amour à ce pays d’Asie. Si vous aimez écouter Amélie Nothomb parler plus en profondeur de son ouvrage, de sa passion pour la culture japonaise et de son lien avec son père disparu, regardez cet entretien de la librairie Mollat.

Ma première expérience dans un club de lecture

Publié le

Je vous écris ce billet à chaud, au retour de ma première expérience dans un club de lecture. Cela faisait des mois que je voyais les propositions de livres et les dates des réunions lorsque je me rendais dans le petit café de la librairie anglaise que je fréquente régulièrement. Je me suis enfin lancée il y a quelques semaines en m’inscrivant sur la liste des membres du club. Ce jeudi 20 juin aura été ma première participation, et j’en suis ravie !

Photo de Pixabay

De nature timide et manquant toujours un peu de confiance en moi, je stressais à l’idée de me retrouver dans un groupe entièrement composé de passionnés de lecture anglophones. Je lis des livres dans la langue de Shakespeare (celle qu'il nous a léguée, pas celle de son époque 😅) depuis plus de 20 ans, je suis traductrice professionnelle depuis l’anglais depuis plus de 10 ans, mais j’ai toujours ce syndrome de l’imposteur au fond de moi. Puis, d’un point de vue pratique, j’étais souvent en Belgique le jour de ces réunions ou le bouquin proposé ne m’attirait guère. Bref, je me cherchais des excuses pour ne pas y aller, mais j’ai finalement sauté le pas et je ne regrette pas.

Pour celles et ceux comme moi qui sont passionné.e.s de lecture mais n’osent pas s’inscrire dans un club, je vais expliquer comment se déroule une séance. Dans ma librairie, un nouveau livre est proposé tous les mois. Le rendez-vous est fixé chaque troisième jeudi du mois pour en discuter. Comme je n’ai pas été dans mon petit café depuis 10 jours, je suis au rendez-vous 2 heures avant la séance. Je vois donc arriver au compte-goutte les participants. Au début, il s’agit principalement de personnes âgées. Les plus jeunes arrivent quelques minutes avant la séance. Nous finissons par former un groupe très hétérogène (bien que majoritairement féminin, mais c'était soir de match), avec des membres de tous âges et de différentes origines (la beauté du multiculturalisme à Londres). Après avoir installé rafraîchissements et petits gâteaux, l’animateur ouvre la discussion. Il demande tout d’abord nos avis sur le roman, en l’occurence Yellowface de Rebecca F. Kuang (traduit en français sous le même titre par Michel Pagel). Il pose ensuite plusieurs questions abordant les différents thèmes du livre et laisse le débat ouvert sur la protagoniste assez polémique du roman (pour résumer l'intrigue : une écrivaine blanche en difficulté plagie le futur roman d'une auteure chinoise à succès, morte inopinément). J’ai envie de prendre la parole à chaque question, mais je n’ose pas élever la voix face aux autres membres plus volubiles du cercle. Je suis aussi impressionnée par la culture littéraire des membres, parlant de romans ou d’auteurs que je ne connais pas (mais je lis énormément en français donc ma culture littéraire est forcément plus francophone). Ce n’est que vers la fin de la séance, lorsque l’animateur demande si quelqu’un a quelque chose à ajouter, que je prends enfin la parole. Bien évidemment, je bafouille ("pardon my English 😅") mais mon message est bien accueilli. Le sujet du roman du jour clos, l’animateur propose 2 suggestions de lecture pour la prochaine séance. Les 2 livres passent entre les mains des participants, lisant attentivement la quatrième de couverture, et l’heureux élu est voté à main levée. Cela marque la fin de la séance, certains participants poursuivant la discussion ou parlant de leurs lectures prochaines ou actuelles. J’ai ainsi fait la connaissance d’une jeune femme qui travaille dans une maison d’édition (et qui s'avère être la serveuse adorable qui m'avait servie lors de ma première séance de travail au café il y a 2 ans).

Vous l’aurez compris, cette expérience m’a enchantée. C’est tellement agréable de pouvoir échanger avec d’autres personnes amoureuses de littérature. C’est une belle manière de rencontrer des gens de tous horizons. Si vous êtes un rat de bibliothèque et que vous cherchez un moyen de faire de nouvelles rencontres, je ne peux que vous conseiller de vous inscrire dans un club de lecture. Je me suis déjà procuré acheté le roman à lire pour la prochaine séance et j’ai hâte d’y retourner 😊

Croque-livre : Trois, de Valérie Perrin

Il y a un peu plus de 2 ans, j’ai eu un coup de cœur pour Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin. Lors d’un de mes derniers passages à la gare de Liège-Guillemins avant de prendre mon train vers l’Allemagne, je n’ai donc pas réfléchi une seconde en trouvant sur les étals de la librairie son dernier titre. Me voilà 30 secondes plus tard à la caisse avec Trois dans les mains.

Valérie Perrin nous embarque cette fois-ci dans l’histoire d’une amitié, celle d’Adrien, d’Étienne et de Nina, mais aussi dans deux faits divers : une voiture retrouvée au fond d’un lac et une jeune fille disparue. Virginie, journaliste (et traductrice, je tiens à le préciser :D) est le personnage mystérieux qui vous fait entrer dans ce nouvel univers. Le récit saute habilement du passé au présent d’un chapitre à l’autre, mettant en avant les points de vue de divers personnages. Le suspense est au rendez-vous dès le début, vous poussant à tourner les pages. Comme dans Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin aborde aussi bien la mort que la vie, de l’innocence de l’enfance à la désillusion de l’âge adulte. Je ne suis pas de la génération dont elle parle, mais elle peut être une belle madeleine de Proust pour les quarantenaires, l’autrice faisant de nombreuses références musicales. Si j’ai été un peu moins attachée à ces trois amis bien différents qu’à Violette, la protagoniste de son roman précédent, j’ai aimé percer les secrets de chacun d’eux.

À travers ces récits qui se relient au fil des pages, la romancière aborde de nombreux thèmes de société, allant de la violence conjugale à la transidentité, mais toujours avec une simplicité et une poésie attachantes. J’ai ainsi noté dans mon carnet de lecture certaines phrases qui m’ont attendrie ou fait sourire, comme ce court dialogue entre Nina enfant et son grand-père après une visite au zoo :

« - Qu'est-ce que tu as préféré ? Les girafes ou les lions ?
- Le train.
- Pourquoi le train ?
- Parce qu'il est libre. » 

ou encore cette phrase que j’ai trouvée si juste :

Dès qu'on libère des adultes qui ont été mômes ensemble, l'enfance remonte à la surface.

S’il ne m’a pas autant chamboulée que Changer l’eau des fleurs, Trois m’aura fait vivre de très beaux moments de lecture et surprise par le développement de plusieurs récits. Un an jour pour jour s’écoule entre le premier et le dernier chapitre, mais les 752 pages qui les séparent vous feront passer par toutes les émotions. Je vous le recommande donc 🙂

La traduction, un art qui prend du temps

À notre époque, beaucoup de personnes peuvent se dire qu’il suffit de copier-coller un texte et de cliquer sur un bouton pour obtenir une traduction, voire de passer simplement l’appareil-photo de son smartphone sur un texte en langue étrangère pour le comprendre. Google Translate, c’est bien pratique quand on voyage à l’étranger et qu’on n’a aucune idée de ce que signifie un menu ou l’étiquette d’un produit. Mais quand on a besoin de traduire un texte plus sérieux, plus littéraire, plus commercial, et j’en passe, on n’a pas d’autre choix que de passer par un traducteur en chair et en os. Certains clients s’étonnent alors du temps nécessaire pour traduire un texte convenablement et du tarif qui en découle. J’avais donc envie aujourd’hui d’expliquer un peu plus le processus de traduction (ou du moins, la manière dont je procède).

Photo de Karolina Grabowska

On pourrait structurer ce processus en 3 ou 4 étapes.

Étape n°1 : la compréhension

La toute première étape est la phase de lecture du texte original (que l'on appelle « texte source »). Par manque de temps (les délais étant toujours plutôt serrés), j’avoue passer au-dessus de cette étape si le texte à traduire est très long. Je le fais pour les textes plus courts et de nature plus littéraire, mais quand il s’agit de textes pour la Commission européenne (qui dépassent bien souvent la dizaine de pages), je passe directement à la deuxième étape.

Étape n°2 : le premier jet

La deuxième étape est en quelque sorte un gros débroussaillage. Ayant le texte source sous les yeux, généralement du côté gauche de mon écran, j’entame le processus de traduction à proprement dit. Je traduis ainsi phrase par phrase (ou plutôt segment par segment comme j'utilise le logiciel SDL Trados). Quand il s’agit d’un court texte plutôt simple (comme celui que je vous mets en exemple), j’écris comme ça me vient, sans vraiment chercher plus loin.

Si j’ai un doute, j’ai tendance à surligner le passage pour y revenir à la troisième étape. Quand il s’agit d’un texte pour la Commission européenne ou une autre institution, cette phase de débroussaillage s’accompagne d’un gros travail de recherche. Les règlements et autres textes juridiques ou administratifs reprennent une terminologie spécifique qu’il est indispensable de respecter par souci de cohérence. Ils comportent également beaucoup de citations de textes législatifs ou d’arrêts juridiques qu’il faut reprendre telles quelles. Si je réalise ce travail de recherche consciencieusement, je tente toujours d’être la plus rapide possible durant mon premier jet, car plus j’avance, plus je comprends le texte et plus les phrases me viennent naturellement. J’ai donc aussi recours à des petits commentaires ou surlignages pour tous les points laissés en suspens ou les passages traduits dont la formulation me plaît moins. Une fois arrivée au bout du texte, je peux passer à la troisième étape.

Étape n°3 : la révision

La troisième étape consiste à relire le texte traduit (que l'on appelle « texte cible ») en le comparant au texte source. Cela permet de vérifier tout d’abord qu’aucun passage n’a été oublié. C’est la phase qui permet de traquer les erreurs courantes, telles que le contresens (quand le passage cible dit l'inverse du passage source), les anglicismes, les calques (quand on calque une expression française sur une expression anglaise, par exemple « réaliser des progrès » au lieu de « accomplir des progrès »), les fautes grammaticales et j’en passe. C’est aussi à cette étape que je reviens sur tous les points laissés en suspens, la plupart ayant été résolus au fil de ma progression dans le texte, le reste devant faire l’objet de recherches plus approfondies. En ce qui me concerne, j’ai l’habitude de relire mon texte cible à voix haute. Cela m’aide en effet à repérer les passages qui ont moins de sens, qui sonnent moins bien, les répétitions et les tics de langage, comme l’utilisation abusive des « en effet » par exemple (c'est mon cas 🙄). Notez que si vous passez par une (bonne) agence de traduction, cette étape sera répétée par un réviseur. Deux têtes et deux paires d’yeux valent toujours mieux qu’une lorsqu’il s’agit d’un texte important.

Étape n°4 : la relecture

La quatrième et dernière étape se concentre sur le texte cible. Je passe une dernière fois le texte traduit au peigne fin pour le débarrasser des coquilles, fautes d’orthographe, erreurs grammaticales et infractions aux règles typographiques (qui peuvent changer d'un client à un autre, par exemple, les espaces insécables avant les deux-points ou points-virgules sont interdites dans les textes pour la Commission). Relire uniquement le texte cible permet aussi de se détacher du texte source et de vérifier que la traduction ne se fait pas ressentir. Un texte bien traduit doit en effet donner au lecteur l’impression qu’il a directement été écrit dans sa langue, le français dans notre cas.

Vous l’aurez compris, ces 3-4 étapes ne se font pas d’un claquement de doigt (ou plutôt d'un clic de souris). S’il est vrai que les traducteurs d’aujourd’hui peuvent s’appuyer sur de nombreux outils d’aide à la traduction (j'y reviendrai dans un autre billet) et que l’industrie se tourne de plus en plus vers la post-édition (qui fait passer directement le traducteur à la troisième étape), il n’en reste pas moins que la traduction est un art qui prend du temps.

J’espère que vous comprenez désormais pourquoi il est tout simplement impossible pour un traducteur humain de traduire un texte de 20 000 mots en une journée (oui, oui, des clients aux attentes surréalistes, ça existe). En attendant que l’intelligence artificielle nous remplace un jour (j'espère le plus lointain possible), force et courage à tous mes collègues traducteurs !