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La traduction, un art qui prend du temps

À notre époque, beaucoup de personnes peuvent se dire qu’il suffit de copier-coller un texte et de cliquer sur un bouton pour obtenir une traduction, voire de passer simplement l’appareil-photo de son smartphone sur un texte en langue étrangère pour le comprendre. Google Translate, c’est bien pratique quand on voyage à l’étranger et qu’on n’a aucune idée de ce que signifie un menu ou l’étiquette d’un produit. Mais quand on a besoin de traduire un texte plus sérieux, plus littéraire, plus commercial, et j’en passe, on n’a pas d’autre choix que de passer par un traducteur en chair et en os. Certains clients s’étonnent alors du temps nécessaire pour traduire un texte convenablement et du tarif qui en découle. J’avais donc envie aujourd’hui d’expliquer un peu plus le processus de traduction (ou du moins, la manière dont je procède).

Photo de Karolina Grabowska

On pourrait structurer ce processus en 3 ou 4 étapes.

Étape n°1 : la compréhension

La toute première étape est la phase de lecture du texte original (que l'on appelle « texte source »). Par manque de temps (les délais étant toujours plutôt serrés), j’avoue passer au-dessus de cette étape si le texte à traduire est très long. Je le fais pour les textes plus courts et de nature plus littéraire, mais quand il s’agit de textes pour la Commission européenne (qui dépassent bien souvent la dizaine de pages), je passe directement à la deuxième étape.

Étape n°2 : le premier jet

La deuxième étape est en quelque sorte un gros débroussaillage. Ayant le texte source sous les yeux, généralement du côté gauche de mon écran, j’entame le processus de traduction à proprement dit. Je traduis ainsi phrase par phrase (ou plutôt segment par segment comme j'utilise le logiciel SDL Trados). Quand il s’agit d’un court texte plutôt simple (comme celui que je vous mets en exemple), j’écris comme ça me vient, sans vraiment chercher plus loin.

Si j’ai un doute, j’ai tendance à surligner le passage pour y revenir à la troisième étape. Quand il s’agit d’un texte pour la Commission européenne ou une autre institution, cette phase de débroussaillage s’accompagne d’un gros travail de recherche. Les règlements et autres textes juridiques ou administratifs reprennent une terminologie spécifique qu’il est indispensable de respecter par souci de cohérence. Ils comportent également beaucoup de citations de textes législatifs ou d’arrêts juridiques qu’il faut reprendre telles quelles. Si je réalise ce travail de recherche consciencieusement, je tente toujours d’être la plus rapide possible durant mon premier jet, car plus j’avance, plus je comprends le texte et plus les phrases me viennent naturellement. J’ai donc aussi recours à des petits commentaires ou surlignages pour tous les points laissés en suspens ou les passages traduits dont la formulation me plaît moins. Une fois arrivée au bout du texte, je peux passer à la troisième étape.

Étape n°3 : la révision

La troisième étape consiste à relire le texte traduit (que l'on appelle « texte cible ») en le comparant au texte source. Cela permet de vérifier tout d’abord qu’aucun passage n’a été oublié. C’est la phase qui permet de traquer les erreurs courantes, telles que le contresens (quand le passage cible dit l'inverse du passage source), les anglicismes, les calques (quand on calque une expression française sur une expression anglaise, par exemple « réaliser des progrès » au lieu de « accomplir des progrès »), les fautes grammaticales et j’en passe. C’est aussi à cette étape que je reviens sur tous les points laissés en suspens, la plupart ayant été résolus au fil de ma progression dans le texte, le reste devant faire l’objet de recherches plus approfondies. En ce qui me concerne, j’ai l’habitude de relire mon texte cible à voix haute. Cela m’aide en effet à repérer les passages qui ont moins de sens, qui sonnent moins bien, les répétitions et les tics de langage, comme l’utilisation abusive des « en effet » par exemple (c'est mon cas 🙄). Notez que si vous passez par une (bonne) agence de traduction, cette étape sera répétée par un réviseur. Deux têtes et deux paires d’yeux valent toujours mieux qu’une lorsqu’il s’agit d’un texte important.

Étape n°4 : la relecture

La quatrième et dernière étape se concentre sur le texte cible. Je passe une dernière fois le texte traduit au peigne fin pour le débarrasser des coquilles, fautes d’orthographe, erreurs grammaticales et infractions aux règles typographiques (qui peuvent changer d'un client à un autre, par exemple, les espaces insécables avant les deux-points ou points-virgules sont interdites dans les textes pour la Commission). Relire uniquement le texte cible permet aussi de se détacher du texte source et de vérifier que la traduction ne se fait pas ressentir. Un texte bien traduit doit en effet donner au lecteur l’impression qu’il a directement été écrit dans sa langue, le français dans notre cas.

Vous l’aurez compris, ces 3-4 étapes ne se font pas d’un claquement de doigt (ou plutôt d'un clic de souris). S’il est vrai que les traducteurs d’aujourd’hui peuvent s’appuyer sur de nombreux outils d’aide à la traduction (j'y reviendrai dans un autre billet) et que l’industrie se tourne de plus en plus vers la post-édition (qui fait passer directement le traducteur à la troisième étape), il n’en reste pas moins que la traduction est un art qui prend du temps.

J’espère que vous comprenez désormais pourquoi il est tout simplement impossible pour un traducteur humain de traduire un texte de 20 000 mots en une journée (oui, oui, des clients aux attentes surréalistes, ça existe). En attendant que l’intelligence artificielle nous remplace un jour (j'espère le plus lointain possible), force et courage à tous mes collègues traducteurs !

J’apprends l’allemand (avec Assimil)

C’est depuis l’Allemagne que je vous écris cette semaine. Mon cher et tendre doit être sur place pour les 3 prochains mois. J’aime beaucoup l’endroit où nous nous trouvons, l’omniprésence de la nature et le calme des lieux. La seule chose qui me chiffonne est que je ne comprends absolument rien à ce que les gens disent. Je parviens quelques fois à deviner le sens de certaines phrases grâce à de vieux restes de néerlandais (langue que je n'ai plus pratiquée depuis une quinzaine d'années), mais je ne maîtrise pas du tout les bases et cela me frustre. Il est donc temps que je m’attelle à apprendre la langue de Goethe.

Photo de Skylar Kang

Cela fait déjà plusieurs mois que je me suis procuré la version numérique de l’Assimil allemand. J’avais d’ailleurs plutôt bien avancé dans les leçons jusqu’au retour de mon cher et tendre en Angleterre. Ne baignant plus dans un environnement allemand, j’avais alors perdu ma motivation. Comme je sais désormais que je passerai pas mal de temps outre-Rhin, je suis à nouveau déterminée à apprivoiser cette langue (et à ne plus perdre mes moyens lorsque la caissière du petit magasin me dit autre chose que le total de l'addition de mes courses 😅). Je sais que je n’atteindrai jamais le niveau des russes-allemands (étudiants qualifiés de super-héros ou de masochistes durant mes années d'études à l'EII tant ces deux langues sont difficiles), mais je veux réussir à me débrouiller dans la vie de tous les jours sans avoir recours à l’anglais (qui n'est étonnamment pas du tout répandu dans notre coin, à savoir la région de Düsseldorf).

Comme dit plus haut, pour m’aider dans ma quête d’apprentissage, je suis les leçons de l’Assimil allemand. Pour des raisons de protection de la propriété intellectuelle, je ne peux pas vous partager de captures d’écrans de la méthode, mais je vous invite à consulter le site d’Assimil pour en avoir un aperçu si vous souhaitez, vous aussi, apprendre cette langue (ou n'importe quelle autre d'ailleurs).

La partie introductive présente la langue de manière succincte, vous donne les clés de la prononciation et vous explique comment fonctionne la méthode Assimil. Tout se base ici sur la régularité. Il est ainsi recommandé de suivre une leçon (d’environ 30 minutes) par jour. Chaque leçon se compose de 6 parties et tourne toujours autour d’un dialogue. Elle débute par l’écoute de cet échange entre des locuteurs allemands natifs. Personnellement, je l’écoute une première fois sans regarder l’écran pour tenter de comprendre, puis je le réécoute en lisant les phrases du dialogue.

La deuxième partie fait travailler votre prononciation. Vous pouvez réécouter la phrase dictée par le locuteur allemand, puis enregistrer votre tentative. Vous y trouvez la phrase en allemand, en écriture phonétique et sa traduction. Diverses notes accompagnent les mots pour vous donner quelques renseignements sur la prononciation ou des règles de grammaire. Cela fait parfois beaucoup d’informations à assimiler (d'où le nom de la méthode 😁), mais les règles rentrent petit à petit dans votre esprit si vous êtes régulier dans votre pratique.

La troisième partie se concentre sur le vocabulaire. Les deux parties suivantes sont dédiées aux exercices. Le premier exercice teste votre compréhension en vous demandant de donner la traduction de différentes phrases reprenant le vocabulaire de la leçon. Deux niveaux de difficulté sont proposés, le premier se présentant comme un questionnaire à choix multiple (un peu trop facile à mon goût), le deuxième comme un exercice de traduction normale. Le deuxième exercice met à la fois votre mémoire et votre compréhension de la grammaire à l’épreuve. Il consiste à compléter une phrase en allemand.

La dernière partie se compose simplement d’un dessin reprenant un bout du dialogue et vous apprend les nombres cardinaux (je ne sais pas si cela se présente également comme cela dans les méthodes Assimil pour d'autres langues, mais c'est le cas pour l'allemand). En ce qui me concerne, j’aime terminer ma leçon par une dictée. Je retourne ainsi sur la première partie de la leçon pour réécouter le dialogue et l’écrire dans un petit cahier. J’ai en effet tendance à mieux retenir les mots et les règles de grammaire en écrivant. Ça me permet en outre de travailler l’orthographe.

À ces leçons s’ajoutent un cours de révision à la fin de chaque semaine. Il se compose d’une partie théorique reprenant toutes les règles déjà apprises et d’une partie pratique se présentant sous la forme d’un exercice de traduction.

La méthode Assimil se compose de 100 leçons. Les 50 premières constituent la « phase d’imprégnation » et visent à vous faire découvrir la langue et à vous habituer à ses différentes règles de grammaire, de conjugaison et de prononciation. Les 50 dernières constituent la « phase d’activation » et visent à consolider votre apprentissage en reprenant les diverses leçons déjà vues (je n'y suis pas encore donc je ne peux pas trop me prononcer sur cette étape).

Comme j’ai abandonné la méthode pendant plusieurs mois, j’ai préféré reprendre depuis le début des leçons. Je devrais sûrement arriver au bout au moment où mon cher et tendre devra retourner en Angleterre, mais j’espère quand même pouvoir déjà constater des progrès d’ici quelques semaines. Réponse dans un futur billet !