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Point culture trimestriel 2025 1/4

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J’hésitais sur le sujet à aborder aujourd’hui, mais comme on arrive à la fin du premier trimestre de l’année, je me suis dit que ce serait bien de faire un petit récapitulatif de mes découvertes culturelles depuis le début janvier (autant au niveau des livres que des films, séries, podcasts ou autres). Voici donc le premier point culture trimestriel de 2025.

Première image que je génère avec IA…

Lecture

Selon mon application de lecture, j’ai terminé 5 livres depuis janvier et j’en ai entamé 2 ce mois-ci. Deux de ces lectures ont fait l’objet d’un billet Croque-Livre : L’Incroyable Histoire de la littérature française et Bel Canto. Voici mes notes et un petit résumé des 3 autres livres de ce trimestre :

  • Welcome to the Hyunam-Dong Bookshop, de Hwang Bo-Reum (ma note : 3/5:
    C’est l’histoire d’une Sud-Coréenne qui décide d’ouvrir une librairie après son divorce. On la suit dans l’ouverture de sa boutique, le recrutement d’un barista et la recherche de nouvelles activités pour donner vie à sa librairie. On y découvre ses clients habituels, leurs histoires, les liens qui se tissent entre eux au fil des discussions. Cela m’a beaucoup fait penser au petit café de la librairie où je vais souvent en Angleterre. C’était agréable à lire, mais pas non plus transcendant, d’où ma note de 3/5.
  • Never let me go, de Kazuo Ishiguro (ma note : 3/5) :
    Il s’agissait du premier livre pour mon retour au club de lecture en Angleterre. Il est sorti il y a déjà 20 ans, en 2005, et a été adapté au cinéma. Peut-être l’avez-vous lu ou regardé en français : Auprès de moi toujours. J’ai plutôt bien aimé, le roman était triste et beau à la fois, avec quelques moments plus poétiques, dont une jolie fin tragique. Le suspense présent quasiment tout au long du roman me donnait envie de tourner les pages. Il traite beaucoup de l’adolescence et quelques descriptions m’ont rappelée mes années d’enfance ou à l’école secondaire, comme les rayons du soleil sur les bancs dans les salles de classe, les plumiers ou encore le bois qui fait peur. Une lecture agréable, du moins en anglais, je ne peux pas me prononcer sur la traduction française d’Anne Rabinovitch.
  • Ne jetez pas les sirènes avec l’eau du bain, de Raphaële Moussafir (ma note : 3/5) : je l’avais demandé pour Noël à mes beaux-parents (ils préfèrent toujours avoir une idée de cadeau). La quatrième de couverture m’avait intéressée :
    « À la piscine municipale, entre deux dos crawlés, trois femmes se croisent. Sidonie, éternelle enfant coincée dans un corps adulte, reste perplexe face aux baigneurs qui nagent assidûment dans leur couloir, et ne débordent jamais. Marion cherche une échappatoire aquagymnesque à sa vie de famille millimétrée, qui l’étouffe. Laure, quant à elle, lutte contre ses souvenirs d’adolescence trop ronde, tout en surveillant Elliot, son fils de sept ans qui barbote dans le petit bain. Toutes traversent une quête intime, au milieu de ce tumulte chloré dont l’acidité vivifie. Jusqu’au jour où quelque chose bascule… »
    Chaque chapitre est rédigé à la première personne, nous faisant découvrir le point de vue des 3 personnages féminins, mais aussi d’Eliott, le fils de 7 ans de Laure. J’ai bien aimé cette structure et la manière dont les récits se rejoignent, mais ai trouvé que les chapitres dans lesquels Eliott prenaient la parole étaient moins crédibles. Ses propos ne correspondaient pas à ceux d’un enfant de 7 ans… Cela dit, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice aborde différents thèmes liés à la condition des femmes. Petit passage que j’ai noté :
Sa mère faisait régulièrement des passages en clinique. Elle souffrait d'on ne savait pas vraiment quoi. Les femmes souffrent souvent d'on ne sais pas vraiment quoi. Corset étouffant, règles douloureuses, mari ombrageux, avortements, solitude.  Tant de groupes de chercheurs masculins ont posé sur ces femmes écrasées ce qui est plus proche du verdict que du diagnostic. Hystérie. J'en pleurerais. Je me demande d'ailleurs si ce mot existe encore, « hystérie ». Ce mot qu'on a choisi pour nier une personne en la cloîtrant dans son genre, désignant l'anatomie féminine comme source de folie.

J’ai également entamé 2 autres ouvrages, Languages of Truth: Essays 2003-2020 de Salman Rushdie et Saison toxique pour les fœtus de Vera Bogdanova, traduit par Laurence Foulon, mais j’en parlerai dans le prochain point culture.

Film / Séries

Comme mon cher et tendre et moi-même avons tendance à regarder un film ou quelques épisodes de série chaque soir, il est difficile de dresser une liste complète de tout ce que j’ai vu ces 3 derniers mois. Je vais m’en tenir à mes coups de cœur, à l’exception de la série Shōgun, dont j’ai parlé ici (et que je note 4/5), et d’Outlander (ce serait trop long d'expliquer depuis le début, mais Jamie forever 🫶😅).

  1. Cassandra, mini série Netflix allemande réalisée par Benjamin Gutsche (ma note : 4,5/5) : ce thriller allemand en 6 épisodes raconte l’histoire d’une famille qui s’installe dans l’une des premières maisons connectées d’Allemagne, inhabitée depuis les années 1970. Cassandra, le robot intelligent de la maison reprend vie lors de leur emménagement et va rapidement tenter de se débarrasser de Samira, la mère de famille. J’ai adoré l’esthétique de la série et découvrir au fur et à mesure l’histoire de Cassandra. Le « monstre » n’est au final pas celui que l’on croit et la série offre un aperçu de la condition des femmes des années 1960-1970. Un vrai coup de cœur pour moi !
  2. Bref.2, série française de Kyan Khojandi et Bruno Muschio en 6 épisodes disponible sur Disney+ (ma note : 4/5) : plus de 10 ans après le dernier épisode de la shortcom Bref, où l’on suivait la vie banale d’un trentenaire incarné par Kyan, on retrouve les personnages de la série désormais dans leur quarantaine. Ça parle de la vie, de la mort, du fait de vieillir, de tomber amoureux, d’être paumé dans la vie, de trouver sa voie…tout ça avec un casting 5 étoiles et beaucoup de poésie. On passe facilement du rire aux larmes, beaucoup de passages sont extrêmement touchants. Je recommande !
  3. Harriet, film de la réalisatrice Kasi Lemmons sorti en 2019, disponible sur Netflix (ma note : 4/5) : j’aime les films historiques et encore plus ceux qui me font découvrir des femmes exceptionnelles, d’autant plus quand ils ont été réalisés par une femme. C’est le cas d’Harriet, qui raconte une partie de l’histoire d’Harriet Tubman, une militante esclavagiste, féministe et anti-raciste totalement badass. Son rôle est incarné par la merveilleuse Cynthia Erivo, qui a été dernièrement à l’affiche de Wicked (que je n'ai pas vu), adaptation cinématographique de la comédie musicale du même nom. On entend d’ailleurs Cynthia chanter également par moment dans Harriet. Le film romance bien évidemment le récit de vie de la militante, mais il permet de remettre sur le devant de la scène une femme qui s’est relevé de ses nombreuses épreuves et en a fait un combat contre toutes les formes d’oppression. Inspirant !

Spectacles / ExpoS

J’ai eu la chance ce premier trimestre d’assister à 2 soirées de ballet. La première s’est déroulée au Deutsche Oper am Rhein, l’opéra de Düsseldorf. Elle se composait de 3 courts ballets néoclassiques de 3 chorégraphes différents :

  1. Rubis de George Balanchine sur le Capriccio pour piano et orchestre d’Igor Stravinsky (ma note : 4,5/5: Rubis est en réalité l’une des 3 parties du ballet Joyaux, créé en 1967. Le triptyque original est un hommage aux femmes par le chorégraphe russe. Chacune des parties est dédiée à une technique d’école de danse en particulier. Rubis représente le style américain et comporte des éléments de Broadway. C’est plus théâtral, les pas ont l’air vraiment très chouettes à danser, c’est léger, fun, jazzy, j’ai beaucoup aimé. En voici un court extrait.
  2. Visions fugitives de Hans van Manen sur l’œuvre musicale homonyme de Sergueï Prokofiev (op. 22) (ma note : 3,5/5) : ce ballet de 18 minutes date de 1990. Il n’y a pas d’histoire, juste une succession de scènes justement « fugitives », comme le flux de pensées dans l’esprit. Dans cette œuvre, le chorégraphe néerlandais voulait aller à l’essentiel : la musique, la danse, rien d’autre. C’était très musical, parfois drôle, parfois touchant, j’ai aimé l’élégante simplicité des costumes, puis la musique de Prokofiev comme toujours. Petit extrait ici.
  3. Enemy in the Figure de William Forsythe sur une musique électronique de Thom Willems (ma note : 2/5) : j’avoue avoir eu plus de mal à apprécier ce dernier ballet, datant de 1989. Non seulement la mise en scène était particulière, avec un bloc de bois géant au beau milieu de la scène, des zones d’ombre et de lumière crue, une musique assez difficile à supporter sur le long terme et des passages où je ne voyais que les silhouettes des danseurs (j'étais placée sur la gauche, je pense que seul les spectateurs situés au milieu ont pu en profiter pleinement). J’ai lu d’ailleurs que le chorégraphe américain cherchait en partie à représenter le chaos, ce qu’il a réussi. J’ai toutefois retrouvé les pas de deux tout en force et en souplesse que Forsythe a déjà chorégraphiés sur la musique de Willems, dont In the Middle, Somewhat Elevated avec la sublime Sylvie Guillem (que je mets ici rien que pour apprécier ce bijou de danse). Et pour l’extrait de Enemy in the Figure, c’est par ici.

Mi-mars, j’ai eu le bonheur d’emmener l’une de mes meilleures amies au Royal Opera House de Londres pour voir mon ballet préféré, dont j’ai déjà parlé en long et en large, Roméo et Juliette de Kenneth MacMillan. J’ai à nouveau eu les larmes qui coulent et les poils qui se dressent sous les notes de Prokofiev et eu le plaisir de voir sur scène la magnifique Francesca Hayward dans le rôle de Juliette et Cesar Corrales dans celui de Roméo (leur pas de deux est disponible ici, et il s'est amélioré depuis). Bref, une soirée magique (ma note : 10/5 😁) !

Mon dernier coup de cœur de ce trimestre concerne un clip. Si vous êtes de ma génération ou plus jeune, vous n’avez pas pu échapper au phénomène Abracadabra de Lady Gaga (ma note : 5/5). Début février, un mois avant la sortie de son dernier album, Mayhem, la Mother Monster dévoile le clip de son nouveau single. Je ne suis pas une fan inconditionnelle de Lady Gaga, mais j’ai toujours beaucoup aimé le côté artistique de ses clips et me rappelle apprendre les chorégraphies durant mes années d’études. Chorégraphié par Parris Goebel, le clip met véritablement les danseurs en valeur, la chanteuse le dit d’ailleurs dans l’introduction : « The category is Dance or Die » (La catégorie est : Danse ou meurs). Chaque plan a été travaillé méticuleusement (mention spéciale à la battle de danse en milieu de clip) les costumes sont magnifiques, les danseurs sont incroyablement talentueux, c’est une œuvre d’art en soi. Qu’on aime ou pas Lady Gaga, on ne peut pas nier ses talents de chanteuse ni son génie artistique avec tout l’univers qu’elle a créé. Depuis la sortie de son clip, des fans et moins fans du monde entier reprennent sa chorégraphie, et ça, ce n’est pas donné à tout le monde. Si vous n’avez pas encore vu le clip d’Abracadabra, je vous invite à le regarder (et à apprendre sa chorégraphie si ça vous chante 😄).

C’est en musique que je clôture ce premier point culture de 2025. Avez-vous eu des coups de cœur culturels ce trimestre-ci ? N’hésitez pas à les partager en commentaires ! Rendez-vous dans 3 mois pour le deuxième point.

L’Incroyable Histoire de la littérature française, de Catherine Mory et Philippe Bercovici

Une fois n’est pas coutume, mon billet Croque-livre concerne une BD. Si je viens du pays de la bande dessinée, j’avoue n’en pas être une grande consommatrice. Je l’étais enfant, lorsque je réclamais un album du Petit Jojo d’André Geerts à chacun de mes anniversaires, puis jeune adolescente, lorsque je dévorais des Bob et Bobette durant mes vacances chez mon parrain. Depuis, je n’ai plus vraiment lu de bande dessinée, préférant les livres sans images (mais avec des dialogues, rassure-toi Alice). C’était sans compter l’une de mes meilleures amies, qui m’a offert L’Incroyable Histoire de la littérature française lors de ma dernière visite chez elle.

Cet album de 352 pages a été créé à quatre mains par l’autrice et scénariste de BD Catherine Mory et le dessinateur Philippe Bercovici, plus connu pour Les Femmes en Blanc. Comme son titre l’indique, l’album retrace l’histoire de la littérature française à travers le portrait d’une trentaine d’auteurs et autrices. Il est divisé en 6 parties, consacrées chacune à un siècle, en commençant par le XVIe et Rabelais. La vie de chaque écrivain.e est racontée de leur naissance à leur mort, en ajoutant un résumé de leur(s) plus grande(s) œuvre(s) ainsi que quelques anecdotes insolites, cocasses ou plus perturbantes. On apprend par exemple que Victor Hugo revêtait une « peau de chaussette » pour se motiver à écrire ou que Maupassant a reçu une main coupée du poète Swinburne. Chaque partie commence par un résumé des grands mouvements littéraires du siècle. L’album se termine par un lexique.

La lecture est très agréable, les anecdotes sont drôles et l’album donne clairement envie de (re)lire certains ouvrages. J’ai toutefois 2 petites critiques. La première se rapporte à la proportion trop faible d’autrices par rapport aux auteurs : 4 femmes contre 30 hommes. L’album commence par Rabelais au XVIe siècle, alors que Christine de Pizan, une grande oubliée de l’histoire, était une autrice prolifique au XVe siècle. J’étais aussi déçue de voir Simone de Beauvoir n’apparaître que dans quelques cases de l’histoire de Jean-Paul Sartre et non comme une autrice à part entière. J’ai même été un peu offusquée de cette absence alors que Céline et ses propos misogynes occupent plusieurs pages de l’album… Cela dit, une troisième édition est sortie tout récemment (février 2025) et inclut désormais Annie Ernaux et Nathalie Sarraute. Ma deuxième petite critique concerne les dessins, dans lesquels les femmes sont parfois un peu trop sexualisées à mon goût. Mais bon, les goûts et les couleurs…

Hormis ces petites critiques, j’avais eu envie de vous parler de cet album car il fait partie des « Incroyables Histoires », une collection passionnante de la maison d’édition Les Arènes. Elle traite en BD d’une multitude de sujets, allant de la géographie aux sciences en passant par la psychologie ou même l’histoire de la cuisine, des animaux ou du sexe. J’avais d’ailleurs voulu publier ce billet Croque-livre avant les fêtes de Noël car je trouve que les albums de la collection sont une belle idée de cadeau.

Je vous invite à consulter le site de la maison d’édition si vous cherchez à faire plaisir à une personne passionnée par l’un ou l’autre domaine. De mon côté, j’attends avec impatience qu’ils en sortent un sur l’histoire du féminisme (à bon entendeur...) !

Yellowface, de R. F. Kuang

Comme il va me falloir un petit peu de temps pour faire le tri dans mes photos de vacances et vous écrire ma carte postale de Crète, je vous écris un billet Croque-Livre sur le roman qui était discuté lors de ma première expérience dans un club de lecture. Il m’avait particulièrement intéressée car son action se déroule dans le monde de l’édition. J’avais donc envie d’en parler sur ce blog.

Le cinquième roman de Rebecca F. Kuang raconte l’histoire de June Hayward, une autrice américaine en manque de succès, et de son amie Athena Liu, une écrivaine d’origine asiatique en pleine ascension qui décède accidentellement en sa présence. June profite de cette mort inopinée pour récupérer le manuscrit du futur roman d’Athena, le remanier et le publier sous le nom de Juniper Song. Alors que le roman connaît un succès fulgurant, les soupçons autour de l’identité réelle de l’autrice du livre s’intensifient, entraînant June dans une spirale paranoïaque sans toutefois jamais lui faire prendre conscience de son racisme ordinaire.

Le titre, Yellowface, est particulièrement bien choisi. Signifiant « grimage en jaune », il fait référence à la pratique de maquiller grossièrement en jaune des acteurs blancs pour qu’ils puissent incarner un personnage asiatique. C’est exactement la même pratique que le blackface, « grimage en noir », plus connu dans nos contrées (dont le Père Fouettard est un bel exemple en Belgique). Cette pratique est bien évidemment raciste puisqu’elle consiste à caricaturer toute une population et à véhiculer des stéréotypes dénigrants. En reprenant le manuscrit d’Athena Liu, qui traite d’un sujet historique chinois particulièrement pointu, et en le publiant sous un nom à consonance asiatique, June Hayward s’approprie l’identité de tout un peuple et y ajoute ses propres préjugés en remaniant le texte à sa sauce (blanche). À travers ce satire, Rebecca F. Kuang dénonce le manque de diversité et le racisme subi par les personnes asiatiques dans le monde de l’édition.

Si le personnage de June est particulièrement détestable, je n’ai pas pu m’empêcher par moment d’avoir pitié d’elle. Plusieurs passages du roman sont consacrés à son amour de l’écriture et son envie de réussir dans le monde de l’édition, dont Rebecca F. Kuang dévoile les coulisses, suscitant mon intérêt. Je ne pouvais par exemple par rester insensible à cet extrait, dans lequel June explique qu’elle ne peut pas s’imaginer arrêter d’écrire :

[...] I can't quit the one thing that gives meaning to my life. Writing is the closest thing we have to real magic. Writing is creating something out of nothing, is opening doors to other lands. Writing gives you power to shape your own world where the real one hurts too much. To stop writing would kill me.

Ma traduction : « Je ne peux pas abandonner la seule chose qui donne du sens à ma vie. Écrire est ce que l’on a de plus proche de la vraie magie. Écrire, c’est créer quelque chose à partir de rien, c’est ouvrir des portes vers d’autres contrées. Écrire vous donne le pouvoir de façonner votre propre monde quand le monde réel fait trop souffrir. Arrêter d’écrire me tuerait. »

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui permet de plonger dans le monde de l’édition tout en faisant prendre conscience du racisme ambiant de l’industrie du livre. Je l’ai dévoré dans sa version originale anglaise, mais vous pouvez le lire dans sa version française sous la traduction de Michel Pagel. Je pense vous reparler de Rebecca F. Kuang dans un autre billet Croque-Livre car cela fait des mois que j’attends de pouvoir entamer Babel, son roman fantasy qui parle de… traduction 😁

Psychopompe, d’Amélie Nothomb

Il y a un rendez-vous que je ne manque jamais à chaque rentrée littéraire : la publication du dernier roman d’Amélie Nothomb. Cette fois-ci, je me le suis procuré le lendemain de sa sortie dans les librairies, juste avant d’embarquer dans un train. Sa lecture m’a accompagnée pendant une bonne partie du voyage, ce qui me donne l’occasion de vous publier enfin un billet Croque-Livre.

« Écrire, c’est voler. » J’ai pris automatiquement le roman sans regarder la quatrième de couverture, mais la phrase qui y figure m’aurait encore plus donné envie de le lire immédiatement. Dans ce roman autobiographique, Amélie Nothomb se livre comme jamais elle ne l’a fait auparavant. Elle explique sa fascination pour les oiseaux, née durant son enfance et au cours de ses voyages aux côtés de son père diplomate.

Le roman s’ouvre sur un conte que lui racontait sa nounou japonaise, Nishio-San, et nous emmène ensuite brièvement en Chine, à New York puis au Bangladesh. C’est dans ce pays, à 11 ans, qu’elle développe une obsession pour les oiseaux et qu’elle trouve son totem : l’engoulevent oreillard. La jeune Amélie cherche, elle aussi, à voler. C’est à travers la natation, et plus particulièrement dans le golfe du Bengale, qu’elle a pu se rapprocher de cette sensation :

« Nager, c'était voler sous l'eau. Je ne rapportais pas de pêche, rien ne m'importait que la sensation d'avoir des ailes à la place des bras. » 

Mais c’est là aussi que la jeune Amélie, à l’aube de l’adolescence, fait une chute en plein vol : elle subit l’impardonnable (un viol en réunion) et meurt une première fois. Un an plus tard, l’adolescente de 13 ans découvre le mot « psychopompe », un terme trouvant son origine dans le grec ancien et signifiant « l’accompagnateur des âmes des morts », souvent représenté comme un oiseau. Amélie comprend qu’être psychopompe lui permettrait de ne plus souffrir, de retrouver l’Amélie qui était déjà morte, celle qui existait avant ce traumatisme. Pour y parvenir, elle sait qu’elle doit se rapprocher de la mort. Amélie sombre alors dans l’anorexie, maladie terrible dont elle a risqué ne jamais se relever.

« Une nuit, je sus que la mort était là. Elle s'annonça par un froid inimaginable. »

Ce froid ne la quittera qu’à ses 21 ans, année de son retour au Japon, là où l’écriture deviendra sa façon de voler.

« Désormais, écrire, ce serait voler. Je ne suggère pas que me lire soit un exercice d'altitude, je sais que quand j'atteins mon écriture, je vole. » 

On entre alors dans la carrière d’écrivaine d’Amélie Nothomb, qui débute avec la publication de son onzième manuscrit Hygiène de l’assassin. Sept années plus tard, Amélie se découvre psychopompe à la suite du décès d’une personne très proche. Elle entend cet être cher lui parler depuis l’au-delà et décide de l’accompagner en écrivant. Elle dit d’ailleurs que la mort est présente dans chacun de ses manuscrits et que, lorsqu’elle écrit, sa présence se fait sentir par une chute spectaculaire de sa température corporelle. L’écrivaine ne revient pas sur chacun de ses romans, mais raconte la création de 2 de ses œuvres précédentes qu’elle qualifie de « psychopompe » : Soif, dans lequel elle raconte les derniers moments du Christ avant sa crucifixion, et Premier Sang, livre dédié à son père, qu’elle a écrit tout en sentant la présence de ce dernier, décédé quelques mois plus tôt. Dernier tome de cette trilogie, Psychopompe fait ainsi parler l’Amélie d’avant, oiseau dont l’œuf a éclos de manière extrêmement violente.

Comme l’a expliqué le journaliste Pascal Schouwey lors de la présentation du livre, Psychopompe est « la clé de voûte de la cathédrale Amélie Nothomb », un roman qui permet de mieux comprendre toute l’œuvre de cette écrivaine depuis ses débuts. Bref, si vous aimez la romancière au chapeau noir et aux cheveux d’ébène, vous adorerez Psychopompe.

Les Impatientes, de Djaïli Amadou Amal

Premier livre lu en cette année 2021, Les Impatientes m’aura marquée et méritait bien un billet Croque-livre.

Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal

Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal

Ce roman de l’auteure camerounaise Djaïli Amadou Amal dépeint la situation des femmes du Sahel à travers le témoignage de Ramla, Hindou et Safira. Leur histoire entremêlée est liée par un sentiment commun : l’impatience. Ramla n’a pas la patience suffisante pour retenir ses larmes qui coulent pour son amour perdu et ses rêves d’études envolées lors de son mariage forcé, sa sœur Hindou n’a pas la patience de supporter les coups et les viols de son cousin qu’elle a été contrainte d’épouser et Safira n’a pas la patience de devoir partager son mari avec Ramla, la jeune femme qui vient de rejoindre son foyer polygame. Trois femmes différentes mais qui partagent toutes cette même impatience, celle d’échapper à ce patriarcat écrasant qui brise leurs rêves et les réduit presque à l’esclavage. Quelle que soit la gravité des problèmes qu’elles rencontrent, on leur répète le même refrain : munyal, patience ! C’est aussi l’impatience, associée à la colère, qui m’a accompagnée durant ma lecture. Par moment dur, ce roman traite du mariage précoce, du viol conjugal et de la polygamie à travers la voix trop souvent étouffée des victimes. J’ai d’ailleurs trouvé particulièrement intéressante l’histoire de Safira, femme de 35 ans qui se voit forcée d’accueillir la nouvelle épouse de son mari au cœur de son foyer, avec sourire et bienveillance. Je n’avais en effet jamais lu d’ouvrages traitant de la polygamie auparavant et Les Impatientes m’a permis de lever un peu le voile sur ce problème moins connu dans nos contrées.

Les Impatientes est une réécriture du troisième roman de Djaïli Amadou Amal, une écrivaine et militante féministe camerounaise qui a, elle aussi, connu son lot de malheurs. Après un premier mariage forcé à 17 ans, elle se remarie dix ans plus tard avec un homme violent, qui ira jusqu’à kidnapper ses deux filles pour la punir de sa demande de divorce. L’écriture sera son échappatoire. Elle sort ainsi Walaande, l’art de partager un mari (2010) et se fait directement remarquer. La « voix des sans-voix », comme on la surnomme dans son pays, poursuit avec Mistiriijo, la mangeuse d’âmes (2013) puis Munyal, les larmes de la patience (2017), qui sera retravaillé pour faire son entrée aux éditions Emmanuelle Collas sous le titre Les Impatientes. Comptant déjà parmi les grands auteurs africains, elle reçoit pour cette réédition le prix Goncourt des lycéens en 2020.

À travers son œuvre, Djaïli Amadou Amal raconte une partie de son histoire, mais aussi celle d’un trop grand nombre de femmes du Sahel qui vivent encore sous le joug des coutumes et traditions patriarcales. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ses autres romans, mais je recommande Les Impatientes à tous les lecteurs intéressés par la condition féminine et la question féministe.

Merci à ma tante Dominique de m’avoir fait découvrir cette auteure et à bientôt pour un nouveau billet !