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Archives de Tag: #Féminisme

Réinventer l’amour : comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles, de Mona Chollet

Pour poursuivre dans l’esprit de mon billet précédent et rester dans le thème de la Saint-Valentin, qui a eu lieu ce lundi, j’avais envie de vous parler d’un essai féministe (oui, encore un 😁) de Mona Chollet, acheté durant mes vacances en Bretagne et rapidement dévoré.

J’ai découvert cette journaliste et essayiste suisse il y a un peu plus de deux ans, avec son phénoménal Sorcières, qui mérite d’ailleurs lui aussi son billet Croque-livre. Après avoir parlé de la « puissance invaincue des femmes », Mona Chollet aborde un sujet assez polémique dans les milieux féministes : l’amour hétérosexuel. Elle entame d’ailleurs son essai en expliquant le paradoxe auquel elle est confrontée, elle qui est à la fois féministe et une ancienne grande romantique avec un profond « amour de l’amour ». Sa vision de l’amour avec un grand A a toutefois évolué au fil de ses lectures féministes et surtout depuis l’avènement du mouvement #MeToo, qui a remis en question les rapports hommes-femmes. À travers quatre grands chapitres, Mona Chollet nous apporte des éclairages sur notre manière de concevoir l’amour et les relations entre hommes et femmes et met en lumière celui qui s’immisce inévitablement dans nos vies de couple et dans notre lit : le patriarcat.

Après avoir repris certains grands mythes romantiques dans le prologue pour tirer plusieurs premières conclusions, en abordant notamment l’injonction des femmes à être parfaites et la charge mentale qui découle systématiquement de la cohabitation hommes-femmes, Mona Chollet explore quatre grands thèmes.

« Se faire petite » pour être aimée traite de « l’infériorité des femmes dans notre idéal romantique », que ce soit au niveau de la taille physique, de l’espace qu’elles prennent sur les plans professionnel, économique, social et sexuel, avec pour conclusion que la femme doit toujours être soumise et silencieuse pour être désirable.

Des hommes, des vrais explore la culture qui autorise les violences conjugales, en reprenant plusieurs affaires horribles, dont la mort de Marie Trintignant sous les coups de Bertrand Canta, mais aussi en parlant de la fameuse question de la séparation de l’homme et de l’artiste. Mona Chollet tente à travers ce chapitre de comprendre ce qui engendre les pervers narcissiques et ce qui peut pousser les femmes à se retrouver dans des relations violentes, voire à être attirées par des hommes dont la violence est de notoriété publique.

Les gardiennes du temple aborde le fait que l’on apprend encore et toujours à l’école et à travers notre culture que l’amour, « c’est un truc de filles ». Une phrase de ce chapitre m’a particulièrement marquée par sa justesse : « On éduque les femmes pour qu’elles deviennent des machines à donner, et les hommes pour qu’ils deviennent des machines à recevoir ». Bien souvent, les femmes sont celles qui cherchent à améliorer la relation, qui se remettent en question et qui comblent les désirs de leur compagnon en désespérant de recevoir le même niveau d’attention que ce qu’elles prodiguent. « Si les femmes peuvent si souvent passer pour des créatures capricieuses et tyranniques, aux demandes affectives exorbitantes, et les hommes pour des êtres solides, autonomes, à la tête froide, c’est parce que les besoins émotionnels des seconds, contrairement à ceux des premières, sont pris en charge et comblés de manière aussi zélée qu’invisible ». Mona Challet mentionne d’ailleurs un dessin de l’illustratrice Emma qui résume bien l’idée :

Illustration tirée de la BD Le Pouvoir de l’amour d’Emma : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.1092643331071877&type=3

La grande dépossession parle enfin de l’influence du patriarcat dans notre plus profonde intimité. Mona Chollet y aborde l’objectification systématique des femmes dès leur plus jeune âge et l’autocensure que celles-ci s’imposent vis-à-vis de leurs fantasmes. Reprenant des scènes cultes du cinéma ou de la littérature, l’autrice essaye de déceler l’origine de ses propres fantasmes, dans lesquels la domination masculine est omniprésente. Elle traite ainsi de la culture du viol dans laquelle nous baignons toujours.

Si cette lecture m’a laissée légèrement sur ma faim par rapport à Sorcières (il faut vraiment que j'écrive ce billet Croque-livre 🙄), je l’ai trouvée passionnante. En tant que grande romantique, biberonnée aux contes de fées et aux ballets classiques, j’ai un peu le même conflit intérieur que Mona Chollet avec d’une part, mes revendications féministes et d’autre part, mon côté fleur bleue. Plutôt que de peindre un sombre tableau des relations hommes-femmes (même si on ne va pas se mentir, c'est pas joli-joli), l’autrice nous aide à mieux comprendre certaines de nos réactions et de nos habitudes et nous laisse croire que l’amour hétérosexuel peut se défaire du patriarcat et se vivre de manière plus égalitaire, si tant est que l’on change notre vision des choses et que notre culture évolue vers un monde sans aucune domination (on peut toujours rêver 😅).

Homme ou femme, si vous voulez faire partie du changement, la lecture de cet essai constitue déjà un bon premier pas.

L’écriture inclusive

Publié le

Cette semaine a débuté avec la Journée internationale des droits des femmes et j’avais donc envie de vous parler d’égalité des genres dans la langue française. Parce que oui, notre bon vieux français est sexiste. On se rappelle tous de cette fameuse phrase :

«Le masculin l’emporte sur le féminin.»

Vous êtes-vous déjà interrogé·e sur le bien-fondé de ce principe (qui n’existe d’ailleurs que depuis le XVIIIe siècle…) ? Élève sage et studieuse, j’avoue que j’appliquais assidûment cette règle sans jamais me poser de question. Mais plus je me plonge dans des lectures féministes, plus je comprends l’utilité de l’écriture inclusive.

Mais c’est quoi exactement l’écriture inclusive ?

Photo de Polina Kovaleva

L’écriture inclusive, appelée aussi langage épicène, vise à «inclure» davantage le féminin dans l’écriture afin de rééquilibrer la langue. Pour y parvenir, certaines règles sont donc modifiées (ou plutôt reviennent à ce qu’elles étaient avant le XVIIIe siècle). (Les règles suivantes ont été reprises du blog Le Conjugueur).

Ainsi, on n’écrit plus «ils» pour englober les hommes et les femmes, mais on écrit «elles et ils» (et si l’on met le féminin avant le masculin dans ce cas-ci, c’est uniquement pour une raison d’ordre alphabétique).

L’adjectif qui se rapporte à un groupe de mots ne s’accorde plus automatiquement au masculin, mais au genre du dernier mot qui le précède (par exemple : «les hommes et les femmes sont belles»).

Et enfin, on féminise les noms de métier, titre ou fonction en ajoutant un point médian (que vous pouvez obtenir en tapant Alt+0183 (ou Alt+Maj+F si vous êtes plutôt dans l’équipe de la marque à la pomme). On écrit donc «les traducteur·rice·s», «un·e écrivain·e» ou «un·e auteur·e» (à moins que ça ne soit «auteur·rice» mais c’est un autre débat).

Alors, vous aurez remarqué, si vous suivez mon blog depuis longtemps, que je n’applique pas vraiment ces règles. J’avoue avoir un peu de mal avec le point médian pour une question de lisibilité, tandis que les tournures telles que «les hommes et les femmes sont belles» sonnent encore faux à mes oreilles. Cela dit, il y a quelques années, je trouvais le terme «auteure» très moche, sans savoir exactement pourquoi, alors qu’aujourd’hui, je l’utilise sans aucun problème. Comme quoi, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !

Si j’avais envie de vous parler de ce sujet aujourd’hui, c’est parce que cela fait plusieurs semaines que je travaille sur la rédaction de fiches métier pour un certain client. Fiches métier qui concernent d’ailleurs principalement des postes à hautes responsabilités, fonctions qui sont malheureusement encore et toujours majoritairement dominées par les hommes. Comme toutes les règles de l’écriture inclusive ne sont pas vraiment acceptées par la sacro-sainte Académie française ni par le lecteur lambda, je ne peux pas l’utiliser dans la rédaction de ces fiches. Et cela m’attriste dans ce cas particulier, car je sais qu’une femme ne va pas forcément se sentir concernée par la description du métier, même si le titre de la profession inclut toujours la notion (f/h). Alors, j’improvise. Je n’applique pas les règles du langage épicène à la lettre, mais je fais en sorte de rédiger des phrases qui soient le plus neutres possible, de mettre des (e) (mieux accepté, il me semble, que le point médian) ou d’ajouter ci et là «il ou elle» ou «le ou la». Hélas, la rédaction Web est soumise à certaines restrictions, comme la limite de caractères ou encore l’obligation d’inclure certains mots-clés (bien trop souvent au masculin) pour que le texte soit bien référencé. Et dans tous les cas, le client reste roi (et la cliente reste reine) donc s’il ou elle refuse mes «il ou elle» ou mes «le ou la», c’est tout à fait son droit. Tout ça pour dire que mon côté féministe et mon côté professionnel sont un peu en conflit en ce moment. Donc j’essaye de faire au mieux pour équilibrer les deux (tout est une question d’équilibre après tout, je ne suis pas Balance pour rien, haha !).

Je ne vais pas m’épancher plus sur le sujet, je voulais simplement vous partager mon point de vue et mon expérience de rédactrice/traductrice face à la question de l’écriture inclusive.

Et vous, l’appliquez-vous au quotidien ? Pensez-vous pouvoir l’adopter à l’avenir ? Ou trouvez-vous au contraire qu’on ne doit pas toucher aux règles de grammaire ancestrales (même si elles ne sont pas aussi ancestrales que vous auriez pu le croire) ?

PS : Ceux qui me suivent remarqueront que j’ai dompté le nouvel éditeur WordPress et enfin trouvé le bouton «Justifier» dans un type de bloc. Youpi !

Les Impatientes, de Djaïli Amadou Amal

Premier livre lu en cette année 2021, Les Impatientes m’aura marquée et méritait bien un billet Croque-livre.

Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal

Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal

Ce roman de l’auteure camerounaise Djaïli Amadou Amal dépeint la situation des femmes du Sahel à travers le témoignage de Ramla, Hindou et Safira. Leur histoire entremêlée est liée par un sentiment commun : l’impatience. Ramla n’a pas la patience suffisante pour retenir ses larmes qui coulent pour son amour perdu et ses rêves d’études envolées lors de son mariage forcé, sa sœur Hindou n’a pas la patience de supporter les coups et les viols de son cousin qu’elle a été contrainte d’épouser et Safira n’a pas la patience de devoir partager son mari avec Ramla, la jeune femme qui vient de rejoindre son foyer polygame. Trois femmes différentes mais qui partagent toutes cette même impatience, celle d’échapper à ce patriarcat écrasant qui brise leurs rêves et les réduit presque à l’esclavage. Quelle que soit la gravité des problèmes qu’elles rencontrent, on leur répète le même refrain : munyal, patience ! C’est aussi l’impatience, associée à la colère, qui m’a accompagnée durant ma lecture. Par moment dur, ce roman traite du mariage précoce, du viol conjugal et de la polygamie à travers la voix trop souvent étouffée des victimes. J’ai d’ailleurs trouvé particulièrement intéressante l’histoire de Safira, femme de 35 ans qui se voit forcée d’accueillir la nouvelle épouse de son mari au cœur de son foyer, avec sourire et bienveillance. Je n’avais en effet jamais lu d’ouvrages traitant de la polygamie auparavant et Les Impatientes m’a permis de lever un peu le voile sur ce problème moins connu dans nos contrées.

Les Impatientes est une réécriture du troisième roman de Djaïli Amadou Amal, une écrivaine et militante féministe camerounaise qui a, elle aussi, connu son lot de malheurs. Après un premier mariage forcé à 17 ans, elle se remarie dix ans plus tard avec un homme violent, qui ira jusqu’à kidnapper ses deux filles pour la punir de sa demande de divorce. L’écriture sera son échappatoire. Elle sort ainsi Walaande, l’art de partager un mari (2010) et se fait directement remarquer. La « voix des sans-voix », comme on la surnomme dans son pays, poursuit avec Mistiriijo, la mangeuse d’âmes (2013) puis Munyal, les larmes de la patience (2017), qui sera retravaillé pour faire son entrée aux éditions Emmanuelle Collas sous le titre Les Impatientes. Comptant déjà parmi les grands auteurs africains, elle reçoit pour cette réédition le prix Goncourt des lycéens en 2020.

À travers son œuvre, Djaïli Amadou Amal raconte une partie de son histoire, mais aussi celle d’un trop grand nombre de femmes du Sahel qui vivent encore sous le joug des coutumes et traditions patriarcales. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ses autres romans, mais je recommande Les Impatientes à tous les lecteurs intéressés par la condition féminine et la question féministe.

Merci à ma tante Dominique de m’avoir fait découvrir cette auteure et à bientôt pour un nouveau billet !

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