Archives de Tag: Récit de voyage

L’Impossible Retour, d’Amélie Nothomb

Il y a longtemps que je n’ai plus publié de billets Croque-Livre, alors que j’ai bien lu une dizaine de bouquins depuis mon article sur Yellowface. Parmi ces ouvrages figure inévitablement le dernier roman d’Amélie Nothomb, acheté à nouveau dans une gare et dévoré en 3 soirées (il n'est pas très long mais j'avais plus de mal à me concentrer sur mes lectures à ce moment-là). Trève de bavardage, entrons dans le vif du sujet.

Dans L’Impossible Retour, Amélie Nothomb raconte son retour au Japon lors d’un voyage en 2023, 11 ans après y avoir remis les pieds pour la dernière fois, à l’occasion du tournage du documentaire Amélie Nothomb, une vie entre deux eaux de Luca Chiari et Laureline Amanieux. Pour ce deuxième retour sur l’île de son enfance, Amélie joue le rôle de guide : elle accompagne son amie Pep Beni (nom fictif), qui a remporté un aller-retour au Japon pour 2 personnes en gagnant le prix de photographie Nicéphore Niépce. Rechignant à partir, l’écrivain (j'aurais bien utilisé l'écriture inclusive, mais Amélie préfère qu'on la qualifie du terme masculin) explique dès les premières lignes son aversion aux départs.

Tout départ est une aberration. Je pense être placée pour le savoir, j'ai passé ma vie à partir.

Fille de diplomate, la jeune Amélie a vécu de nombreux déménagements, qu’elle a à chaque fois vécus comme un bouleversement. Cette phrase a trouvé un certain écho en moi. Mes parents ne sont pas diplomates, mais j’ai eu la chance (ou le malheur) de vivre dans divers pays en suivant mon cher et tendre au cours de ses pérégrinations. Et à chaque fois qu’il a quitté l’endroit où il avait fait son nid pendant quelques mois ou années, j’ai vécu un petit chamboulement intérieur. Mais revenons à Amélie et à son récit.

L’angoisse du départ s’est envolée du coeur d’Amélie dès que son regard s’est posé sur la silhouette de l’île japonaise, se dessinant derrière le hublot de l’avion. Une fois atterrie sur le sol de son enfance, l’écrivain entame un fabuleux récit de voyage, ponctué par les émotions qui l’envahissent. Elle raconte les paysages, les sons et les odeurs, mais aussi les us et coutumes du Japon, cette île merveilleuse qu’elle aime de tout son cœur mais où elle ne peut pas vivre (elle avait tenté d'y faire sa vie à 21 ans, et ça a donné Stupeur et Tremblements). L’hypersensibilité d’Amélie, redevenant une petite fille de 5 ans lorsqu’elle remet les pieds dans les lieux visités pendant son enfance, est contrebalancée par le caractère bien trempé de sa compagne de voyage, une fan inconditionnelle de lapins, extrêmement allergique aux acariens et se souciant peu du qu’en dira-t-on des Japonais face à ses incivilités de Française. Bien plus léger que Psychopompe, son roman précédent, L’Impossible Retour est drôle par moments, mais surtout rempli de nostalgie, sentiment qui m’habite souvent et qui avait fait le titre du 22e roman d’Amélie, traitant de son deuxième retour au Japon.

J'avais cinq ans et je savais que j'allais quitter le Japon et j'en avais d'avance le cœur déchiré. Et mon père également. Nous avions lui et moi inventé la nostalgie préventive : idée romantiquement funeste, vaccin inspirant, se contentant d'agrandir dans l'âme la région dévolue à la nostalgie rétrospective.

Autre passage qui m’a beaucoup parlé et que je voulais partager ici :

Les seuls moments où je ne doute pas de mon existence sont ceux où je lis. La littérature me paraît l'unique domaine où j'ai pied.

L’Impossible Retour devrait particulièrement plaire aux grand.e.s nostalgiques et aux amoureux et amoureuses du Japon car il est une sorte de lettre d’amour à ce pays d’Asie. Si vous aimez écouter Amélie Nothomb parler plus en profondeur de son ouvrage, de sa passion pour la culture japonaise et de son lien avec son père disparu, regardez cet entretien de la librairie Mollat.

Carte postale Bratislava-Vienne

Publié le

Je sais, ça fait déjà des semaines que je vous ai promis un article sur mon dernier voyage, et plus d’un mois pour les autres billets que j’avais en tête. Comme je prends mes gros congés dans une dizaine de jours, j’ai encore failli ne pas tenir ma promesse mais j’ai vraiment eu un coup de cœur lors de ma dernière escapade et je m’en serais voulu de ne pas vous en avoir parlé. Il y a en effet des villes qui vous font sentir comme chez vous dès que vous y posez le pied pour la première fois. Cela a été le cas pour Vienne. Je voulais donc revenir sur ce city-trip de 4 jours qui s’est déroulé à la mi-juin.

Mon cher et tendre avait trouvé des billets pas chers pour Bratislava et comme Vienne ne se situe qu’à une petite heure de route et que les trajets en bus reliant les deux capitales coûtent entre 5 € et 7,5 € par personne, il aurait été dommage de ne pas en profiter pour rendre visite à la belle cité impériale.

Nous voilà donc partis le vendredi 9 juin pour atterrir à Bratislava vers 23h. Agréablement surpris par Michal, notre hôte Airbnb, venu nous chercher à l’aéroport (je vous mets d’ailleurs le lien de son logement ici car il est vraiment aux petits soins pour ses invités), nous arrivons directement dans le centre de la capitale slovaque. Après avoir obtenu les clés de la chambre, nous nous accordons une petite balade nocturne dans le centre historique, très animé même à cette heure tardive. La Slovaquie semble en effet être une destination prisée pour les enterrements de vie de garçon et la bière coule à flot dans les nombreux bars de la ville. Nous nous rendons tout de suite compte que nous aurons vite fait le tour des lieux, tant le centre est petit.

Cela s’est confirmé le lendemain. Si elle n’est pas aussi éblouissante que les autres capitales slaves que nous avons visitées, Bratislava possède néanmoins du charme. Nous avons aimé nous balader sur ses ponts traversant le Danube, admirer son château du Xe siècle et photographier les nombreuses statues qui peuplent son centre historique. Après avoir contemplé le panorama sur la ville du haut du mémorial Slavín et avoir goûté au plat national, le bryndzové halušky, nous terminons donc la journée en décidant de partir plus tôt que prévu à Vienne le lendemain. (Comprenez par là que Bratislava est une ville agréable, me rappelant d’ailleurs vaguement Minsk, mais qui est surtout très utile pour rejoindre l’Autriche à bas prix. Suivez donc ce bon plan si vous rêvez d’aller à Vienne !) J’allais oublier, nous avons aussi dégusté l’une des meilleures glaces de notre vie chez Luculus (Hviezdoslavovo námestie 173/16). Ne manquez donc pas de passer par là !

Passons maintenant au vif du sujet : Vienne ! Nous prenons le bus vers 11h à Bratislava et dépassons vite la frontière. Dès notre entrée en territoire autrichien, nous traversons d’immenses champs d’éoliennes. En voyant leurs longues pales tournoyer dans les airs, ma tête se remplit des valses viennoises. Et plus nous approchons de la ville, plus l’excitation monte. À notre arrivée, nous prenons directement l’U-bahn pour rejoindre notre logement Airbnb. Nous passons cette fois notre séjour chez Laura et Sprite, son adorable petit chien, dans un bel appartement viennois. Après avoir changé de vêtement, (il faisait très chaud ce week-end là), nous partons tout de suite à la découverte de la capitale. Je tombe rapidement sous le charme. Je ne sais pas si c’est grâce à l’ambiance décontractée de la ville, la présence en nombre d’espaces verts, l’efficacité des transports en commun, la place prépondérante des cyclistes dans la ville, son caractère écologiste, la musique qui s’échappe où que l’on aille ou les petits drapeaux LGBT flottant sur les trams et monuments montrant la grande tolérance des Viennois, mais je me dis immédiatement que cela ne sera pas la dernière fois que j’irai à Vienne.

Cette sensation se confirme quand nous entrons dans le cœur historique de la capitale. Où que je pose les yeux, je m’émerveille. Pour cette première journée, nous admirons la majestueuse Stephansdom (soit la cathédrale Saint-Étienne) et la Karlskirche, passons  devant la Mozarthaus, rendons visite à la statue dorée de Johann Strauss fils au Stadtpark, contemplons les magnifiques édifices bordant la Ringstrasse et partons à la découverte du palais de la Hofburg tout en nous reposant entre deux balades au beau milieu des roses du Volksgarten. Fouler ses lieux historiques où ont vécu tant de personnages légendaires et certains des plus grands musiciens que le monde a connus me laisse rêveuse.

Je poursuis ce rêve éveillé le lendemain alors que nous nous dirigeons vers le célèbre château de Schönbrunn, ancienne résidence de la non moins célèbre impératrice Sissi. Comme il fait toujours exceptionnellement beau et que nous voulons voir un maximum de la ville, nous décidons de ne visiter que les jardins (dont l’entrée est totalement gratuite). Nous montons ainsi jusqu’à la Gloriette pour nous poser un instant face au sublime panorama sur ce château majestueux et la ville qui s’étale derrière lui. Après une longue balade dans les jardins, nous reprenons l’U-Bahn pour poursuivre notre journée dans le parc d’un autre palais : le Belvédère. Là encore, nous flânons à travers les parterres entrecoupés de fontaines et de statues classiques.

Nous partons ensuite goûter aux spécialités viennoises sur le Naschmarkt avant de nous mêler à nouveau à la population locale sur les pelouses des parcs de la ville. Nous ne sommes pas encore partis que je regrette déjà de devoir quitter Vienne le lendemain. Nous décidons alors de nous coucher tôt pour profiter une dernière fois de l’ambiance de la capitale autrichienne avant notre vol de retour. Une chose est sûre : nous y retournerons et cette fois-ci nous ferons les musées et irons à l’opéra.

À bientôt pour un prochain billet !