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De l’importance de garder son calme

La semaine dernière, j’ai reçu un e-mail qui m’a quelque peu estomaquée. Au lieu d’y répondre dans la foulée avec énervement, j’ai toutefois pris le temps d’y réfléchir à deux fois, et j’ai bien fait ! Explication.

Ma tête en lisant l’e-mail. Photo de Andrea Piacquadio.

Si vous suivez mes bilans, vous vous rappelez peut-être qu’en janvier, j’ai perdu mon projet récurrent de post-édition, qui me permettait d’avoir un revenu régulier depuis plus de 8 ans. En début d’année, l’une des PM en charge de ce projet m’avait dit que le client à l’origine de ce projet leur enverrait probablement du travail durant l’été. J’attendais donc avec impatience d’avoir des nouvelles de la part de l’agence pour espérer retrouver un revenu plus stable. Quelle ne fut pas ma (mauvaise) surprise lorsque j’ai ouvert cet e-mail tant attendu…

L’agence de traduction m’annonçait que le client était bien revenu vers elle, voulait savoir si j’étais toujours intéressée par le projet et souhaitait connaître mes disponibilités. Rien de choquant me direz-vous, jusqu’à ce que je tombe sur le budget réservé aux traducteurs et traductrices pour ce projet, à savoir, accrochez-vous bien, 0,003€/mot. Petit calcul pour vous expliquer ma stupéfaction à la lecture de ce tarif : les agences estiment généralement qu’un traducteur ou une traductrice est capable de traduire environ 2500 mots par jour. En appliquant ce tarif, je pourrai obtenir la fabuleuse somme de… 7,50€ par jour. Bon, comme il s’agit de post-édition, on peut doubler le volume de mots par jour (en fonction du type de contenu), mais cela reste des cacahuètes. Comme les temps sont durs pour les freelances depuis le débarquement de l’IA dans nos vies, ma première réaction a été de prendre une capture d’écran de l’e-mail en question, d’encercler d’un trait rouge le tarif proposé par l’agence et de l’envoyer à l’une de mes meilleures amies qui a travaillé comme gestionnaire de projets par le passé pour décharger un peu mes nerfs. J’hésitais entre ne pas répondre du tout à l’agence ou lui envoyer simplement : « C’est une blague ?! ».

J’ai heureusement eu la bonne idée de prendre une douche pour calmer mes ardeurs. Laissant s’écouler l’eau chaude sur ma peau, je me suis alors demandé si la personne qui avait rédigé l’e-mail n’avait tout simplement pas ajouté un 0 par erreur. Un tarif de 0,030€/mot, même s’il reste faible, est plus logique pour de la post-édition à destination d’un client institutionnel. Et s’il s’agit du même type de contenus sur lequel j’ai travaillé pendant des années (c'est-à-dire un contenu extrêmement répétitif, qui ne me prenait que 2 ou 3 heures par semaine), je peux éventuellement envisager de reprendre le travail avec l’agence. Bref, après avoir évacué ma colère à travers la bonde de ma baignoire et soufflé un bon coup, j’ai rédigé un e-mail cordial, indiquant que j’étais ravie d’apprendre la reprise du projet, mais que je m’interrogeais sur le tarif, vu qu’il était plus de 90% plus bas que celui auquel je travaillais pour ce même client par le passé. Après tout, l’erreur est humaine et un 0 superflu aurait très bien pu s’immiscer sous les doigts de la PM au moment de la rédaction de son e-mail. Mon intuition était heureusement bonne et la PM s’est confondue en excuse pour cette erreur (sinon, je n'aurais pas hésité une seconde à émettre un avis extrêmement négatif sur l'agence dans le Blue Board de Proz.com). Le tarif restant tout de même inférieur à ce que j’aurais espéré pour le type de contenu de ce nouveau projet et mon emploi du temps de ces mois estivaux étant déjà chargé, je ne me suis toutefois rendu disponible que pour un très faible volume de mots, préférant garder mon temps pour les projets plus rémunérateurs de la Commission européenne et du Parlement européen. Seul l’avenir nous dira si je serai contactée pour ce projet, qui ne sera malheureusement qu’occasionnel, du moins pour cette année.

La morale de cette petite histoire est qu’il faut garder son sang froid et ouvrir le dialogue calmement plutôt que de se laisser emporter par la colère (et si possible, d'évacuer cette colère sous une bonne douche ou dans une oreille attentive pour ne pas exploser). N’oubliez jamais qu’il y a un être humain de l’autre côté de l’écran, qu’il ou elle a peut-être eu une journée difficile, et que la fatigue peut vous faire commettre des fautes de frappe, à un zéro près 😅

2025 : acte II

Le mois de février m’aura presque fait vriller. Il a été un enchaînement de mauvaises nouvelles, autant sur le plan perso que professionnel. Ce fut aussi un mois de transition, quittant l’ouest de l’Allemagne pour repartir en Albion. Retour sur un deuxième acte dont j’aurais bien aimé me passer et qui m’a, sur la fin, quasiment déprimée.

Lever de soleil sur Harold Hill, UK

L’acte le plus court de l’année avait pourtant bien commencé. Le 1er jour du mois, mes beaux-parents sont venus visiter nos quartiers allemands pour la première fois. Après une balade dans les parcs de Ratingen couverts de gelée, c’est dans le centre de Düsseldorf que nous les avons emmenés. J’ai cependant dû quitter l’Allemagne dans l’après-midi pour pouvoir vivre un autre moment familial, cette fois dans ma patrie pour un repas dominical. Le lendemain midi, je célébrais en effet l’anniversaire de mon papa au restaurant avec ma petite famille. Le samedi suivant a aussi été l’occasion de faire la fête, mon ancienne compagnie de danse organisant un dîner à la bonne franquette. Puis est venu le temps de dire au revoir à notre résidence temporaire allemande pour embarquer à bord d’un ferry depuis Hoek van Holland. Au bout de 7 heures de traversée, nous revoilà sur le sol anglais. C’est hélas depuis ce débarquement que je n’ai connu que des désenchantements… Impatiente de retrouver mes habitudes dans mon petit café, j’ai appris que sa formidable serveuse en chef avait pris congé pour une durée indéterminée. L’ambiance dans le café de la librairie était plus pesante sans le sourire contagieux de sa sympathique gérante. Quelques jours après, j’apprends que le club de lecture ne sera plus organisé. Très déçus, les membres du club et moi-même nous sommes toutefois battus. Nous continuerons entre nous d’organiser les réunions, et la librairie a accepté que l’on occupe le café les mêmes soirs que le club de lecture de science-fiction. Le mois s’est toutefois terminé par une autre mauvaise nouvelle, cette fois-ci plus personnelle…

Au niveau du boulot, mon moral n’a pas volé beaucoup plus haut. Si, par rapport à janvier, il a été un peu plus productif, il n’a pas été très lucratif. J’ai ainsi appris que le gros projet qui avait été reporté avait finalement été complètement annulé. Le fameux client qui m’avait causé tant de tracas a déclaré à l’agence qu’il résiliait son contrat. Moi qui espérais un plus gros revenu au printemps, me revoilà à nouveau sans projets d’envergure sous les dents. Je pensais également pouvoir reprendre enfin les projets de post-édition pour les institutions avec une nouvelle agence, mais je n’ai reçu aucune commande malgré ma disponibilité et mon expérience. Je n’ai pu donc compter que sur mes projets récurrents, ainsi que sur quelques petites commandes sans honoraires conséquents.

Je ne veux cependant pas terminer ce bilan sur un ton négatif, essayons de voir aussi le positif. Retourner en Angleterre m’aura permis d’observer presque quotidiennement des cerfs. Renouer avec mes habitudes au petit café m’a quand même donné la joie de discuter avec d’autres clients habitués. Voir les membres du club de lecture si unis m’a redonné foi en sa survie. Visiter le salon de la moto avec mon cher et tendre nous a fait penser aux futures excursions que nous pourrons bientôt reprendre. Puis les nuages gris et pluvieux du milieu du mois ont laissé la place à un beau ciel bleu où le soleil flamboie. J’ai même eu une réponse encourageante à mes questions existentielles par l’apparition courte mais réconfortante de 2 arcs-en-ciel. Le vent finira bien par tourner, ce mauvais épisode va passer.

Espérons que le troisième acte de l’année soit plus clément avec l’arrivée du printemps. Il me promet déjà plusieurs moments de joie que j’attends depuis des mois. Prions qu’il me donne aussi plus de boulot, réponse d’ici une trentaine de dodos (rime peu heureuse, je vous l'accorde...).