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Mon premier amour

Depuis quelques années, je prends pour habitude d’écrire sur un sujet que j’aime particulièrement à l’approche de la Saint-Valentin. Le 14 février est pour moi la fête de l’amour sous toutes ses formes, et pas uniquement celle de l’amour romantique façon Roméo et Juliette. Il coïncide d’ailleurs avec l’anniversaire de l’une des personnes que j’aime le plus au monde : ma grand-mère maternelle. Mais aujourd’hui, je vais vous parler de mon premier amour, celui qui dure encore et pour toujours : la danse.

Photo de Ahmad Odeh

Vous allez me dire que la danse n’a rien à voir avec les langues ou la traduction, mais pour moi, elle est le langage le plus universel qui soit. Tout le monde peut danser, même celles et ceux qui disent en être incapables. Il n’existe à mon sens pas de mauvais danseur ou mauvaise danseuse. La danse est la traduction en mouvements des émotions qui sont au plus profond de nos corps. Quand je danse, j’ai l’impression d’être la version la plus authentique de moi-même. Et je suis loin d’être la seule dans le cas. À mon âge, je vois souvent des femmes qui avaient dansé dans leur enfance retrouver une nouvelle jeunesse, une part d’elle-même lorsqu’elles suivent un cours de danse. Peu importe la forme qu’elle prend, la danse a ce pouvoir incroyable de vous sentir (re)vivre. Rien ne m’émeut plus que de voir une personne âgée oublier les maux de la vieillesse quand elle se met à danser. La danse a aussi cette faculté de rassembler les êtres humains. Où que vous soyez dans le monde, elle existe et est capable de nous connecter. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau que de voir un groupe de personnes danser ensemble, même si elles ne se connaissent pas, ne parlent pas la même langue, n’ont pas le même âge ou ne viennent pas des mêmes horizons (je recommande le compte Instagram d'Ed People, un jeune Belge qui parcourt le monde pour découvrir les pas de danse de chaque pays et donne le sourire aux gens simplement en dansant).

Je ne pourrai jamais assez remercier mes parents d’avoir exaucé mon souhait quand, du haut de mes 4 ans, j’ai déclaré vouloir « faire de la danse comme ça », plaçant maladroitement les bras au-dessus de ma tête pour tenter de créer une couronne classique. La danse m’a apporté bien plus que ce que j’aurais pu imaginer. Elle a renforcé ma discipline, amélioré mon endurance, fait travailler ma mémoire. Certes, je ne suis pas danseuse étoile comme j’en rêvais enfant, mais j’ai bâti autour de moi une communauté inébranlable, des amies qui m’ont accompagnée à toutes les étapes de ma vie et sur qui je peux encore compter aujourd’hui. La danse me permet de m’évader de mes soucis du quotidien, d’évacuer mon stress et de reprendre confiance en moi. Je ne me sens jamais aussi bien qu’après une séance de danse et ne connais pas de meilleur moyen pour prendre soin de ma santé physique et mentale. Peu importe que vous aimiez la valse, le hip-hop, la salsa, ou même de simplement danser comme en boîte au beau milieu de votre salon sur votre chanson préférée, la danse est la plus belle expression de vie.

Merci à toi d’exister, de me soutenir dans mes moments les plus hauts et les plus bas, de me faire du bien quoi qu’il arrive, je n’imagine pas ma vie sans toi et tant que je pourrai bouger, je continuerai de danser.

Étoile(s) de Dorothée Gilbert

J’ai enchaîné les bouquins le mois dernier et j’ai enfin pris le temps de m’attarder sur certains livres qui traînaient depuis des lustres dans ma bibliothèque. Parmi ceux-ci, une biographie offerte par ma belle-sœur il y a déjà plusieurs Noëls. Je lis très rarement les biographies, mais j’ai été très agréablement surprise par cet ouvrage. J’avais donc envie de l’inclure dans mes billets Croque-Livre.

La danse a toujours été pour moi une grande passion. À 5 ans, j’aurais dit à ma mère que je voulais « faire de la danse comme ça » en mettant maladroitement mes bras au-dessus de la tête, tentant de faire une couronne (nom de la figure consistant à positionner ses bras de manière arrondie au-dessus de la tête). J’ai été rapidement inscrite dans une compagnie de danse privée à Tournai, rêvant comme beaucoup de petites filles de devenir danseuse étoile. Si je ne pratique désormais plus de danse classique, à mon grand regret, je reste toujours autant fascinée par ce monde merveilleux, où l’on se transforme en princesse ou en héroïne de tragédie une fois le rideau levé. À travers des gestes gracieux interprétés sur de la musique, des spectateurs du monde entier peuvent être transportés par les mêmes émotions. J’ai toujours trouvé cela magique… Ma belle-sœur connaissant mon amour pour cet art m’avait donc offert ce très beau livre, sorti en 2019, retraçant le parcours de l’une de ces étoiles : Dorothée Gilbert.

Cette danseuse, devenue étoile en 2007, a pris la plume pour écrire son récit. Elle l’entame par l’un des chapitres les plus douloureux de sa carrière, qu’elle intitule poétiquement « La danseuse au pied troué ». Le travail acharné et les répétitions à n’en plus finir ont en effet littéralement creusé un trou dans son pied, la paralysant pendant 6 mois. Plutôt que de s’effondrer, Dorothée s’est souvenue de toutes ces années où elle s’est battue pour décrocher son titre d’étoile. Les chapitres suivants relatent ainsi tout son parcours, depuis ses premiers émois face à un ballet jusqu’à cette fameuse nomination sur scène, le 19 novembre 2007, après avoir dansé Casse-Noisette aux côtés du grand Manuel Legris. On y découvre les coulisses de l’Opéra de Paris, les coups bas entre petits rats, ou encore les difficultés d’une adolescente à devenir une femme comme les autres, n’ayant connu que la danse. Elle parle également de la manière dont la naissance de sa fille Lily l’a transformée et des possibilités d’avenir après sa carrière en tant qu’étoile, qui se terminera à l’âge fatidique de 42 ans. Outre le récit de sa vie, joliment décrit, l’ouvrage comprend de sublimes photographies de la danseuse, prises en majeure partie par son mari, le photographe James Bort.

Extrait :

« Danser sur scène procure un sentiment de liberté immense et une sensation de légèreté que je ne retrouve à aucun autre moment de mon quotidien. C’est comme une parenthèse mystique, l’apogée suprême qui vaut bien toutes ces heures de travail acharné et ce dépassement de soi qu’impose la danse. […] Une alchimie prend possession de la salle, des danseurs et de l’orchestre. Quelques heures qui nous propulsent dans un monde parallèle, un monde magique. »

Pour les non-initiés, l’ouvrage se termine par un abécédaire reprenant les différents termes liés à la danse et à l’organisation de l’Opéra de Paris. C’est donc un très beau livre à offrir aux passionnés de ballet, mais aussi à tous ceux qui s’intéressent à cet art incroyable qui continue de me faire vibrer.