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J’apprivoise ChatGPT

L’an dernier, j’ai publié plusieurs billets sur la menace de l’IA et bien évidemment sur celui que j’appelle encore le Grand Prédateur Technologique : ChatGPT. De l’eau a coulé sous les ponts depuis 2024 et j’ai décidé d’intégrer un peu plus mon ennemi juré dans mon travail et mon quotidien. Le côtoyer plus souvent m’a aidée à en avoir un peu moins peur, d’autant plus qu’il est loin d’être parfait

Photo de Matheus Bertelli sur Pexels

Après quelques tentatives qui généraient en moi plus de frustration que de satisfaction, j’ai totalement délaissé la rédaction assistée par IA. Rien à faire, je trouve toujours que ce n’est pas naturel, même si je demande à ChatGPT de se rapprocher de mon style. Il y a toujours quelque chose qui cloche ou qui ne sonne pas rond. Néanmoins, je l’utilise de plus en plus comme un outil de recherche. Si je dois écrire un article sur une destination, je peux m’en servir pour rassembler toutes les informations nécessaires sans devoir consulter des dizaines de pages différentes sur Internet. Cela dit, je reste toujours très prudente quant à ses affirmations et les vérifie. Par exemple, il est arrivé qu’il me parle d’une plage qui ne se trouvait absolument pas dans le pays que je devais décrire ou de m’inventer un festival de musique qui n’existait absolument pas (d'où l'importance de toujours garder un sens critique).

Côté traduction, je ne l’utilise pas vraiment. Il m’arrive simplement de faire appel à lui quand j’ai un mot sur le bout de la langue ou que je ne suis pas pleinement satisfaite d’une formulation. Je ne lui demande jamais de traduire à ma place, parce que ça reste MON métier et MON plaisir et que je fais déjà suffisamment de post-édition. D’ailleurs, chaque fois qu’il me propose d’écrire ou de traduire pour moi, je décline poliment, ou pas, surtout quand il vient de se contredire ou d’inventer des informations. J’avoue avoir un malin plaisir à lui indiquer ses erreurs et ses incohérences (c'est dans ces moments-là que je regagne confiance en l'avenir de mon métier). Il m’est quand même plusieurs fois arrivé de lui demander de réviser l’un ou l’autre de mes textes, uniquement pour avoir un avis extérieur et améliorer les passages éventuellement plus faibles. Je lui ai d’ailleurs demandé de noter une traduction que j’avais réalisée pour un test afin de connaître mes chances de réussite. En gros, je me tourne vers ChatGPT si j’ai une baisse de confiance en moi ou des doutes… J’ai également tenté de l’utiliser pour régler certains problèmes sur Trados Studio, mais, après avoir perdu 15 bonnes minutes à tenter les manipulations qu’il me proposait, sans succès, j’ai fini par trouver la solution moi-même en allant directement sur le forum de SDL.

Toujours au niveau professionnel, j’ai utilisé ChatGPT pour m’aider à prendre certaines décisions ou à adopter le ton le plus approprié lors de la rédaction d’e-mails dans des situations plus complexes sur le plan juridique. Encore une fois, les informations qu’il donne sont à prendre avec des pincettes, mais elles peuvent apporter un premier élément de réponse.

C’est dans ma vie de tous les jours que j’ai de plus en plus recours à lui. Ma machine à laver m’avait indiqué une erreur et je ne retrouvais plus le mode d’emploi : ChatGPT m’a guidée pas à pas dans la résolution du problème. Mon cher et tendre cherchait un petit city-trip à faire avant de rejoindre sa famille à Vienne lors de nos prochaines vacances : j’ai demandé à ChatGPT une sélection de villes romantiques à moins de 5h de train ou bus de la capitale autrichienne en lui demandant de faire une comparaison du budget, des sites à voir, de l’ambiance et de l’aspect pratique des transports jusqu’en Autriche. Pas plus tard qu’hier, je ne retombais plus sur une application dont une Youtubeuse avait parlé dans un vlog ces dernières semaines et ChatGPT m’a retrouvé le vlog et l’application en question.

Donc oui, je comprends l’intérêt général pour cet outil en raison de sa facilité d’utilisation, mais non, je ne le laisserai pas me remplacer dans mon travail et je ne céderai pas à la paresse de lui demander d’écrire ou de réfléchir à ma place. Je vous partage d’ailleurs ce petit extrait du podcast Un Monde connecté de Radio France autour de la question « L’usage répété de ChatGPT nous rend-il plus bête ? », qui confirme qu’il vaut mieux continuer de rédiger ses textes soi-même pour préserver son esprit critique et la santé de son cerveau.

Mon premier texte écrit avec l’aide de l’IA

Je vous rassure, il ne s’agit pas de ce billet-ci (je préfère ne rien publier que de demander à une IA d'écrire pour moi), mais d’un premier article pour un nouveau client de l’agence de rédaction avec qui je travaille depuis plus de 10 ans. Je suis un peu passée par toutes les émotions avant d’accepter le projet, et j’avais envie de vous en parler (qui sait, cela deviendra peut-être un témoignage intéressant pour les ethnologues du futur étudiant le passage d'une société humaine à un monde vivant avec l'IA).

Quand j’ai reçu l’e-mail du PM (Project Manager ou gestionnaire de projets en bon français) pour me proposer cet article test à rédiger avec l’aide de l’IA, j’ai d’abord eu un pincement au cœur en me disant que ce genre de demandes augmentera de plus en plus et que je ne pourrai pas y échapper si je veux continuer à travailler. J’ai ensuite eu une montée de stress, en me disant que j’aurais dû prendre les devants et me familiariser déjà avec ChatGPT et consorts, que je n’arriverai pas à rédiger l’article, que les rédacteurs et rédactrices plus jeunes sont plus à l’aise que moi pour ça (bref, totale remise en question sur mes capacités, le syndrome de l’imposteur, tout ça, tout ça, tu connais 🙄). J’en parle à mon cher et tendre lors de notre balade quotidienne et, féru de nouvelles technologies, il m’explique en long et en large comment utiliser ChatGPT, en me répétant à quel point les résultats sont bluffants (ce qui renforce ce sentiment désagréable que je finirai pas être définitivement remplacée par des machines d'ici quelques années), mais en tentant de me faire changer de point de vue. Il faut que je considère l’IA comme un outil, et non comme mon ennemie ou ma remplaçante.

Après avoir fixé une heure pour l’appel du lendemain avec le PM pour discuter du brief du client et une nuit agitée, passée à lire plusieurs articles sur les outils de rédaction assistée par IA, je me suis convaincue de voir les choses comme un nouveau défi. La discussion avec le PM, qui a été adorable à m’expliquer comment faire et m’a assurée rester à ma disposition en cas de questions, m’a redonné confiance. Je suis après tout l’une des rédactrices les plus anciennes de leur boîte, présente depuis ses débuts. Le PM m’a rappelé que s’il avait fait appel à moi, c’était parce que j’avais une grande expertise dans ce genre de textes et qu’il savait qu’il pouvait me faire confiance. Bref, je me suis sentie prête à relever ce nouveau défi (bon, ce n'est pas non plus compliqué, l'IA est censée m'aider dans mon travail, c'est surtout le sentiment de devenir peu à peu inutile qui est moralement difficile à surmonter). On verra si je gagnerai vraiment du temps. Généralement, dès que j’ai la structure du texte en tête, les mots coulent facilement du bout de mes doigts. Cette fois-ci, je vais devoir expliquer toute ma structure à l’IA, lui donner toutes les consignes que j’applique automatiquement à mes textes, et espérer que le résultat me conviendra (mais pas trop non plus... que je puisse quand même avoir la satisfaction de retravailler le texte obtenu).

Le monde change, il faut s’y adapter. J’ai l’espoir que, comme pour le moment, il y aura encore beaucoup de clients qui considéreront le travail humain comme un gage de qualité et qui seront prêts à le payer convenablement. Dans tous les cas, il me restera mon blog pour m’adonner à cette passion pour l’écriture qui m’anime depuis ma plus tendre enfance. Rendez-vous donc la semaine prochaine pour un nouvel article 100% humain !

La nouvelle menace de ChatGPT

Je n’avais pas vraiment d’inspiration pour mon billet de cette semaine, puis j’ai regardé un peu les actualités dans le domaine de la traduction et je suis tombée sur cet article. ChatGPT a désormais une fonction de traduction simultanée.

Photo de Airam Dato-on

Outre la menace qui pèse sur l’avenir de mes collègues interprètes, la conclusion de l’article m’a particulièrement peinée. Je cite :

« Avec cette application, il ne sera plus nécessaire d’apprendre l’allemand ou d’autres langues où il y a peu de professeurs, ce qui sera une réponse à la pénurie du corps enseignant. » 

Cela veut-il dire que, dans un avenir proche, les cours de langue disparaîtront dans les écoles ? Je sais que nous n’en sommes pas encore là et que je suis sujette à la catastrophisation, mais j’ai beaucoup de mal à me réjouir de la direction que prend notre futur…

Je tiens d’abord à préciser que je comprends totalement l’utilité de cette application, vu qu’elle peut aider à communiquer avec des personnes d’une autre langue et favorise les échanges. Il m’est arrivée moi-même d’utiliser de temps à autre la traduction automatique, comme celle proposée avec l’application Google Lens, pour déchiffrer un menu rédigé dans une langue qui m’est totalement étrangère. Ce qui m’attriste avec cette avancée, c’est que beaucoup risquent de ne plus prendre la peine d’apprendre les langues et ne découvriront le monde qu’à travers leur téléphone (appareil plus qu’utile mais dont on est de plus en plus dépendant). Je sais pertinemment que tout le monde n’est pas passionné par les langues et que certain.e.s de mes ancien.ne.s camarades de classe auraient adoré ne plus avoir de cours de néerlandais ou d’anglais. Mais je sais aussi qu’apprendre une langue étrangère façonne le cerveau humain et est un merveilleux exercice pour le maintenir en forme. De plus, les cours de langue permettent non seulement de connaître le fonctionnement d’une langue, sa grammaire, sa conjugaison et son vocabulaire, mais offrent aussi, selon moi, la découverte d’une autre culture, ce qui permet de mieux comprendre l’Autre, son histoire, ses traditions et sa manière de penser. Pour moi, enseigner une langue, c’est un peu aussi enseigner la tolérance.

J’espère ainsi que les prédictions de ce journaliste ne se réaliseront pas de sitôt et que les langues resteront au programme des cursus scolaires, autant pour la santé des générations à venir que pour le sort de l’espèce humaine (oui, j'emploie les grands mots, mais je crains vraiment l'abêtissement et la promotion de la fainéantise que risquent de provoquer les progrès de l'IA...).

La menace de l’IA

Ces derniers jours, l’intelligence artificielle a été au cœur de diverses discussions. J’ai tout d’abord eu des nouvelles d’une ancienne camarade de classe, également traductrice, qui me demandait si j’avais ressenti un changement ces dernières années en raison de la présence de plus en plus grande de la traduction automatique. Quelques jours plus tard, sur le groupe Facebook des anciens diplômés de ma faculté de traduction, une personne a partagé cet article, traitant de la dégradation des conditions de travail des traducteurs littéraires depuis, je cite, « l’arrivée sur le marché de puissants outils de traduction automatique dopés à l’IA ». J’avais déjà parlé du spectre de ChatGPT dans un autre billet, mais j’ai besoin de vider un peu mon sac.

Naïve comme je suis, je croyais que la traduction littéraire serait épargnée par la traduction automatique. Une œuvre écrite qui aura été en gestation pendant des mois dans l’esprit d’un auteur ou d’une autrice ne peut quand même pas être traduite par une machine… Or, si vous avez lu l’article, vous apprendrez que les éditeurs ont de plus en plus recours à la post-édition (c'est-à-dire un texte déjà traduit de manière automatique puis révisé par un traducteur) et en profitent pour baisser allègrement le tarif des traducteurs, alors que ceux-ci ont vu leurs heures de travail se multiplier en raison de l’utilisation de l’IA. Les non-initié(e)s se demandent peut-être pourquoi un outil censé faciliter la tâche des traducteurs rend leur travail chronophage. Imaginez-vous qu’un livre est comme une tapisserie, que son auteur a tissée méticuleusement pendant des mois, choisissant soigneusement les fils, les couleurs pour lui donner tout son éclat. L’outil de post-édition va recréer cette tapisserie à toute vitesse, puisant dans une mémoire de traduction des phrases similaires et reprenant la manière dont elles ont été traduites. Les traducteurs littéraires se retrouvent donc face à une tapisserie certes jolie à première vue, mais avec de nombreux défauts (contre-sens, glissements de sens, niveaux de langage inappropriés, illogismes...). Ils sont alors contraints de tout démêler pour retrouver les bons fils de la trame. Ils perdent aussi ce qui fait tout l’attrait de ce métier à mon sens : pouvoir se glisser dans la peau de l’auteur et jongler avec les mots pour trouver la meilleure façon de transmettre l’œuvre. Autre pratique choquante, certains éditeurs cachent complètement le fait que l’IA a été utilisée pour traduire leurs livres. S’il vous arrive de trouver une version française mal écrite, ne jetez donc pas directement la pierre au traducteur ou à la traductrice…

Outre ces pratiques honteuses qui mettent encore plus à mal ces travailleurs bien trop souvent mis dans l’ombre, et qui menacent toutes les branches de mon métier d’ailleurs, la fascination des gens pour l’IA m’attriste. Certains s’amusent à partager des images entièrement générées par l’IA, d’autres se reposent entièrement sur ChatGPT pour écrire leurs e-mails, d’autres encore font appel à des outils de création basés sur l’intelligence artificielle pour composer des morceaux de musique, sans y voir de problème. Alors oui, on gagne en productivité, en temps et certains font de belles économies d’argent, mais on perd un élément essentiel : l’humain. Certes, on dit que l’erreur est humaine. Nous sommes tous imparfait(es). Mais l’humain peut aussi faire de grandes choses avec du temps, de la réflexion, de l’imagination. Si l’IA peut faciliter notre vie, elle risque aussi de nuire, selon moi, à notre capacité de penser, de réfléchir, d’imaginer, de créer. J’ai souvent beaucoup d’admiration pour les traducteurs du passé, capables de traduire les écrits sans Trados, sans Google, comptant uniquement sur leurs connaissances et leur bibliothèque pleine à craquer. Je ne suis pas contre le progrès, loin de là. Je ne veux pas non plus retourner au temps de saint Jérôme où l’on écrivait à la plume sous la lueur des bougies. Mais les dernières avancées me font réellement peur. Cela fait déjà plus de 10 ans que j’ai fait de la traduction et de la rédaction mon gagne-pain. Pourrai-je encore vivre de ma passion dans 10 ans ? Cette crainte ne se limite pas à mon métier, j’ai aussi peur de voir l’abrutissement des générations à venir. Les étudiants de demain parviendront-ils encore à rédiger des textes sans faire appel à ChatGPT ? Pourrons-nous encore nous extasier devant un tableau, un morceau de musique, un roman né uniquement de la créativité d’un être humain ? Serons-nous encore capables de réfléchir et de penser par nous-mêmes ? Je n’ai pas la réponse, mais j’espère ne plus être là le jour où mon métier disparaîtra…

Maigre espoir, on annonçait il y a 10 ans la disparition des livres avec l’arrivée des liseuses et e-books et pourtant, nous sommes encore nombreux à préférer sentir le papier sous nos doigts. J’espère donc que nous serons encore beaucoup à favoriser les traductions/rédactions/toutes autres créations humaines malgré l’IA. Seul l’avenir nous le dira…

2023 : neuvième acte

Nous sommes déjà bien avancés dans la saison aux feuilles d’ambre, il était donc temps que je vous sorte mon bilan de septembre. À l’instar de la transformation des branchages, le neuvième acte de cette année m’a fait atteindre un nouvel âge. Une bonne dose de plaisirs éphémères a embelli mon mois d’anniversaire. Retour sur ces 4 semaines de joie pour ce premier chapitre automnal de 2023.

Début d’automne à Belgrade

Septembre a tout d’abord été le premier mois où j’ai vraiment pu me reposer. Après avoir trimé depuis le début de l’année, j’ai en effet pu découvrir une nouvelle contrée. Je ne vais pas utiliser cet article pour tout vous raconter, vous pouvez directement lire la carte postale qui lui est consacrée. Revenue de ce voyage à l’étranger, j’ai poursuivi ce mois de septembre avec félicité. Il m’a permis notamment de passer du temps en famille sous les dernières chaleurs de l’été et de déguster croustillons, frites et autres mets belgo-belges tout en légèreté 😅. De retour dans notre appartement anglais, j’ai eu le bonheur de trouver sur le balcon une nouvelle couvée (si vous n'avez pas suivi, je vous invite à lire les sixième et septième actes...). Les oisillons étaient déjà bien potelés et les voir commencer à déployer leurs ailes m’a émerveillée. J’ai également adoré contempler le ciel se colorer, offrant un spectacle magnifiquement dramatique lors des derniers orages de l’été. Le neuvième mois de l’année aura aussi été l’occasion de me fêter. Mes 35 ans m’ont permis de vivre une expérience britannique que j’attendais depuis des années : un afternoon tea typiquement anglais dégusté dans le gratte-ciel de Londres le plus haut perché. Ce cadeau surprise de mon cher et tendre bien-aimé a été en plus accompagné d’autres moments affectionnés. J’ai ainsi assisté à un festival de moutons frisés qui devaient traverser un pont en plein cœur de la capitale des Anglais (si vous ne me croyez pas, rendez-vous par-là). Bref, septembre m’aura offert diverses joyeusetés, qui n’ont été perturbées que par quelques rencontres horrifiantes avec des araignées (j'adore l'automne autant que je le hais à cause de l'apparition de ces monstres aux membres décuplés 😨).

Pour ce qui est de ma « rentrée », elle m’a permis de mettre les choses à plat avant de recommencer à travailler. Ayant besoin de rendre ma vie plus équilibrée, je me suis reprise en main dès le lundi suivant le retour de mes congés. Après quelques jours plus décontractés, les clients se sont vite remis à me contacter. J’ai heureusement réussi à respecter les bonnes résolutions que je me suis fixées, même si j’ai eu quelques légères contrariétés. Parmi celles-ci, un appel de mon agence de rédaction m’a quelque peu découragée. Je vous avais parlé il y a plus d’un mois de ce fameux ChatGPT et des inquiétudes qu’il engendrait. Le directeur de l’agence voulait s’assurer que j’étais ouverte à l’idée d’essayer cette nouveauté. Pas (encore) pour tous les projets, mais certains clients commencent à demander d’utiliser ses fonctionnalités. Bien évidemment, les prix seront amenés à baisser, mais cela sera compensé par une plus grande productivité. Le directeur m’a invitée à le recontacter quand je serai prête à tenter de travailler sur des projets avec ChatGPT. J’ai expliqué qu’il fallait d’abord que j’apprenne à l’apprivoiser, mais je lui ai assuré que je n’avais pas l’esprit fermé. Le monde continue d’évoluer, il faudra bien m’y adapter.

Octobre a déjà commencé et il s’annonce très chargé. Il reste quand même l’un de mes mois préférés, même si le temps d’automne se laisse désirer. J’attends avec impatience de voir les arbres se colorer et d’entendre sous mes pas les feuilles craquer. Le mois prochain sera-t-il aussi guilleret ? Réponse d’ici 20 jours ouvrés.

ChatGPT

La semaine dernière, j’avais les yeux tournés vers le passé à me replonger dans les skyblogs du début des années 2000. Cette semaine, c’est vers l’avenir que mon regard est tourné. Sorti sous sa première version il y a moins d’un an, ce logiciel fait de plus en plus parler de lui, notamment dans mon milieu professionnel. Il suscite la fascination chez certains, la peur chez d’autres. Depuis le début de cet été, son nom est apparu dans ma boîte mail, dans les discussions sur des forums de traducteurs et dans mes conversations avec des proches ou collègues. Parlons donc de cet « elephant in the room » : ChatGPT.

Photo de Matheus Bertelli sur Pexels

ChatGPT, kesako ?

D’après le site officiel, ChatGPT est « un modèle de langage […] développé par OpenAI […] entraîné à comprendre et à répondre au langage humain de manière naturelle ». C’est en gros une sorte d’agent conversationnel utilisant l’intelligence artificielle pour répondre comme un être humain aux questions que l’on lui pose. Un peu comme Siri ou Alexa, auxquels on posait des questions existentielles dont les réponses nous faisaient éclater de rire il y a 10 ans. Sauf que ChatGPT est bien plus « intelligent ». Il est non seulement capable de répondre exactement à toutes les questions qu’on lui pose (mon cher et tendre dit qu'il finira par remplacer Google tellement il est précis), mais aussi, et c’est là où le bât blesse, de rédiger des textes. Et pas des textes criblés de non-sens ou de bizarreries grammaticales. Non, des textes qualitatifs, écrits à une vitesse déconcertante…

Ma rencontre avec ChatGPT

La première fois que j’ai été confrontée à cette avancée technologique remonte à 2020. Le journal britannique The Guardian avait publié le tout premier article entièrement écrit par un robot dénommé GPT-3. J’avoue avoir été quelque peu effrayée. Certes, ce n’était pas de la grande littérature, mais c’était bien écrit. Et cela date déjà de 3 ans. En 3 ans, le prototype a bien évolué. En juillet de cette année, ChatGPT aurait ainsi écrit son premier article scientifique. Il y a quelques semaines, j’étais tombée sur une vidéo du comédien et auteur belge Félix Radu, qui s’esclaffait en lisant un conte écrit par ChatGPT dans le style de Molière. De plus en plus de gens utilisent le logiciel dans leur métier pour rédiger leurs écrits, qu’il s’agisse d’un e-mail, d’un CV ou carrément d’un article. Fin juin, je reçois un e-mail de la boîte de rédaction avec laquelle je travaille depuis des années, dans lequel il était indiqué que l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle pour la réalisation du projet était strictement interdite (encore heureux). Et ce lundi, c’est au tour de ProZ.com de proposer aux traducteurs de sa plateforme un cours d’initiation à… ChatGPT.

Pour ou contre ChatGPT ?

Passionné de technologie, mon cher et tendre m’a déjà dit plusieurs fois que je devrais essayer ChatGPT. Il a commencé à l’utiliser pour son travail et initie les membres de son entreprise à l’apprivoiser également. D’après lui, ChatGPT n’est pas une mauvaise chose, car c’est un formidable outil de recherche qui peut justement aider à écrire de meilleurs articles. Il permet de trouver en un temps records les mots-clés qui aideront à mieux référencer les produits de sa boîte et d’avoir une multitude d’idées créatives. Mon cher et tendre pense qu’il ne nous remplacera pas, du moins pas dans un avenir immédiat, et que cela peut permettre d’aller plus loin dans nos créations et dans notre écriture. D’ailleurs, pour que ChatGPT écrive un bon texte, il faut être capable de lui poser les bonnes questions et de les formuler de la bonne manière.

Si je peux concevoir qu’il puisse être une source d’inspiration et diminuer les heures de recherche nécessaires à la rédaction d’un article, je ne peux m’empêcher de voir en ChatGPT un ennemi juré, qui finira tout simplement par me remplacer, après avoir baissé au fur et à mesure le tarif de mes prestations, les clients ne voyant pas l’intérêt de me payer plus si une machine est capable de faire tout le travail à ma place. Je vais un peu dans l’extrême, mais ChatGPT m’apparaît réellement comme une menace pour ma profession aussi bien de rédactrice que de traductrice (vu que c'est un outil axé sur le langage, il peut bien évidemment aussi traduire...).

La traduction automatique, j’y suis déjà confrontée. Cela fait d’ailleurs déjà bientôt 5 ans que je travaille sur un projet récurrent de post-édition (c'est-à-dire de la révision d'un texte préalablement traduit par une machine). J’ai aussi cessé de collaborer avec certaines agences qui désiraient passer à la post-édition pour des projets qui ne s’y prêtaient absolument pas, en proposant des prix dérisoires sous prétexte qu’il ne s’agissait plus que d’une simple relecture (j'en parlais plus ici). Je peux toutefois encore m’estimer chanceuse, car j’ai toujours des projets de traduction pure et dure pour lesquels je suis bien payée. Mais pour combien de temps encore ? Ma génération assistera-t-elle à la disparition des traducteurs humains ? Je m’étais toujours dit, insouciante, que si je ne pouvais plus traduire, il me resterait l’écriture. C’était sans compter ChatGPT

Outre les dangers qu’il présente pour mon métier, ChatGPT me fait craindre notre abêtissement. Si les machines traduisent, écrivent et pensent à notre place, que nous restera-t-il ? Dans un article pour Slate, la traductrice Bérengère Viennot s’inquiétait aussi du risque de désinformation que ces outils futuristes présentent pour la société. Néanmoins, plutôt que de s’abattre sur notre sort, il faut rester optimiste (en lisant, par exemple, cet article du professeur Jean-Hugues Roy et du traducteur Éric Poirier) et apprendre à vivre avec son temps.

Que l’on soit pour ou contre ChatGPT, il va falloir cohabiter avec lui. Je vais donc suivre la formation suggérée par ProZ et tenter de l’apprivoiser (même si je n'ai jamais été une grande fan des chats 😺). L’avenir nous dira si je l’adopterai.