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Mon métier change

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Cette semaine a marqué la rentrée des enseignants et des élèves. C’est également la reprise pour plusieurs entreprises après les mois plus calmes de l’été. Née au mois de septembre, j’ai toujours aimé cette période de renouveau, les cahiers et stylos tout neufs, le vent plus frais qui dégage déjà des parfums d’automne. Mais cette année, la rentrée m’a laissé un goût amer.

Photo de Igor Omilaev sur Unsplash

Vers le milieu du mois d’août, ma boîte e-mail a commencé à recevoir des demandes ProZ concernant la rédaction de prompts, c’est-à-dire des commandes écrites destinées à une intelligence artificielle pour qu’elle puisse exécuter diverses tâches. Dans un autre e-mail, une agence cherchait des traducteurs ou traductrices pour évaluer les réponses générées par un chatbot (agent conversationnel) équipé d’une intelligence artificielle générative. Je n’ai pas répondu à ces annonces, ayant toujours l’impression de me tirer une balle dans le pied en aidant l’IA à s’améliorer ou à préparer le remplacement d’autres travailleurs…

Puis, fin du mois, j’ai essuyé un premier coup dur. Depuis la perte du contrat de mon agence de traduction avec la Commission européenne, ma charge de travail s’est fortement réduite. J’avais toutefois réussi à rééquilibrer plus ou moins les choses en acceptant davantage de rédactions. C’était jusqu’à cette rentrée. L’un des gros clients de la boîte de rédaction pour laquelle je travaille principalement a décidé que les prochains textes devront être rédigés avec l’aide de l’IA. Cela entraîne bien évidemment une baisse du tarif, étant donné que les articles seront écrits plus rapidement. Alors, je ne perds pas le boulot, ce n’est pas comme si le client se retirait complètement, mais je n’ai pu m’empêcher d’être profondément attristée par cette décision. Je comprends parfaitement le choix du client : obtenir des textes plus rapidement pour moins cher, c’est tentant. Je sais aussi que, comme mon cher et tendre n’arrête pas de me le répéter, l’IA m’aidera dans mon travail, que je serai probablement plus productive. La qualité des textes générés par l’IA est de plus en plus grande et je pourrai me faire de l’argent facile, n’ayant plus grand-chose à faire… Mais je n’ai pas envie de n’avoir plus grand-chose à faire. L’argent, c’est bien, mais ce n’est pas ça qui me fait vibrer. Que fait-on de la satisfaction d’avoir créé quelque chose soi-même ?

Je sais que j’ai eu beaucoup de chance jusqu’à présent de faire un métier que j’aime, mais je sens que le vent va tourner bien plus rapidement que je ne le pensais. Je n’ai plus le choix, je vais devoir apprivoiser l’IA, même si cela me donne l’impression désagréable de me sentir inutile, démodée, dépassée… Bref, le moral n’est pas au beau fixe en cette rentrée, mais je vais tenter de garder le cap, me former, trouver de nouveaux prospects. Des prospects pour qui la qualité prime l’instantanéité, et qui cherchent encore cette petite touche qui rend les textes plus humains.

Courage à tous les freelances qui passent par cette même transition que moi !

2023 : neuvième acte

Nous sommes déjà bien avancés dans la saison aux feuilles d’ambre, il était donc temps que je vous sorte mon bilan de septembre. À l’instar de la transformation des branchages, le neuvième acte de cette année m’a fait atteindre un nouvel âge. Une bonne dose de plaisirs éphémères a embelli mon mois d’anniversaire. Retour sur ces 4 semaines de joie pour ce premier chapitre automnal de 2023.

Début d’automne à Belgrade

Septembre a tout d’abord été le premier mois où j’ai vraiment pu me reposer. Après avoir trimé depuis le début de l’année, j’ai en effet pu découvrir une nouvelle contrée. Je ne vais pas utiliser cet article pour tout vous raconter, vous pouvez directement lire la carte postale qui lui est consacrée. Revenue de ce voyage à l’étranger, j’ai poursuivi ce mois de septembre avec félicité. Il m’a permis notamment de passer du temps en famille sous les dernières chaleurs de l’été et de déguster croustillons, frites et autres mets belgo-belges tout en légèreté 😅. De retour dans notre appartement anglais, j’ai eu le bonheur de trouver sur le balcon une nouvelle couvée (si vous n'avez pas suivi, je vous invite à lire les sixième et septième actes...). Les oisillons étaient déjà bien potelés et les voir commencer à déployer leurs ailes m’a émerveillée. J’ai également adoré contempler le ciel se colorer, offrant un spectacle magnifiquement dramatique lors des derniers orages de l’été. Le neuvième mois de l’année aura aussi été l’occasion de me fêter. Mes 35 ans m’ont permis de vivre une expérience britannique que j’attendais depuis des années : un afternoon tea typiquement anglais dégusté dans le gratte-ciel de Londres le plus haut perché. Ce cadeau surprise de mon cher et tendre bien-aimé a été en plus accompagné d’autres moments affectionnés. J’ai ainsi assisté à un festival de moutons frisés qui devaient traverser un pont en plein cœur de la capitale des Anglais (si vous ne me croyez pas, rendez-vous par-là). Bref, septembre m’aura offert diverses joyeusetés, qui n’ont été perturbées que par quelques rencontres horrifiantes avec des araignées (j'adore l'automne autant que je le hais à cause de l'apparition de ces monstres aux membres décuplés 😨).

Pour ce qui est de ma « rentrée », elle m’a permis de mettre les choses à plat avant de recommencer à travailler. Ayant besoin de rendre ma vie plus équilibrée, je me suis reprise en main dès le lundi suivant le retour de mes congés. Après quelques jours plus décontractés, les clients se sont vite remis à me contacter. J’ai heureusement réussi à respecter les bonnes résolutions que je me suis fixées, même si j’ai eu quelques légères contrariétés. Parmi celles-ci, un appel de mon agence de rédaction m’a quelque peu découragée. Je vous avais parlé il y a plus d’un mois de ce fameux ChatGPT et des inquiétudes qu’il engendrait. Le directeur de l’agence voulait s’assurer que j’étais ouverte à l’idée d’essayer cette nouveauté. Pas (encore) pour tous les projets, mais certains clients commencent à demander d’utiliser ses fonctionnalités. Bien évidemment, les prix seront amenés à baisser, mais cela sera compensé par une plus grande productivité. Le directeur m’a invitée à le recontacter quand je serai prête à tenter de travailler sur des projets avec ChatGPT. J’ai expliqué qu’il fallait d’abord que j’apprenne à l’apprivoiser, mais je lui ai assuré que je n’avais pas l’esprit fermé. Le monde continue d’évoluer, il faudra bien m’y adapter.

Octobre a déjà commencé et il s’annonce très chargé. Il reste quand même l’un de mes mois préférés, même si le temps d’automne se laisse désirer. J’attends avec impatience de voir les arbres se colorer et d’entendre sous mes pas les feuilles craquer. Le mois prochain sera-t-il aussi guilleret ? Réponse d’ici 20 jours ouvrés.

2022 : neuvième acte

La rentrée est généralement synonyme pour moi d’allégresse, mais elle s’est malheureusement teintée de tristesse. Si septembre a commencé avec plein d’entrain, ce neuvième acte de 2022 m’a en effet apporté quelques chagrins. Je ressors toutefois de mon mois de naissance avec un peu plus d’insouciance.

Raphael’s Park, Romford

J’ai toujours accueilli septembre avec une certaine impatience. C’est non seulement le mois où je suis née, mais aussi le début de ma saison préférée. Ayant toujours aimé l’école, septembre reste aussi le mois de la rentrée, raison de plus pour s’acheter de nouveaux carnets (oui, je suis de celles et de ceux qui aiment l'odeur du papier et qui ne résistent pas aux jolis cahiers, agendas, planificateurs et autres articles de papeterie). C’est également le mois de la rentrée littéraire, m’attirant davantage dans les librairies et me poussant à remplir ma bibliothèque déjà bien remplie. Septembre se conclut enfin par la Journée internationale de la traduction, fête qui me rappelle à chaque fois la chance que j’ai de pouvoir pratiquer un métier qui me passionne.

Hélas, ce mois de septembre a été plusieurs fois marqué par le deuil. Me trouvant à Londres le 8 septembre, j’ai ressenti la tristesse du peuple britannique face au décès de leur reine. Cet événement historique m’a aussi rappelé que rien n’est immortel. Quelques jours plus tard, c’est la mort prématurée d’une danseuse et instructrice de danse fitness qui m’a profondément attristée. Durant les longs mois de confinement, j’avais pris l’habitude de suivre des cours de fitness en ligne auprès d’une école de danse fitness américaine. Melanie, l’une des instructrices que j’adorais, avait survécu à un premier cancer du sein et était une grande source de force et d’inspiration en ces temps plus sombres. Il y a quelques mois, son cancer est réapparu sous une forme plus destructrice. Loin de se laisser abattre, Melanie a lutté jusqu’au bout avant de finalement poser les armes et de partir dans l’amour de ses enfants et de sa deuxième famille formée par les filles de l’école. Je ne la connaissais pas personnellement, mais sa disparition a été difficile à vivre, d’autant plus que cette terrible maladie a frappé plusieurs fois ma famille. À ces deux disparitions qui m’ont plus fortement marquée s’en sont ajoutées d’autres, ainsi qu’une déception personnelle qui m’a fait comprendre que l’on ne peut rien faire contre le temps qui passe, me donnant l’impression que ce mois de septembre était définitivement sinistre.

Néanmoins, tout comme les feuilles des arbres jaunissent et s’envolent pour ne revenir que plus belles et pleines de vie au printemps, j’ai tenté de remonter la pente en m’accrochant aux petites choses qui me donnent le sourire. Je chéris ainsi les petites discussions avec la patronne du café de la librairie où je suis devenue une habituée, les balades sous le soleil automnal me permettant de contempler les changements de couleur de la nature, les heures de lecture passées lovée sous mon plaid (plusieurs billets Croque-livre devraient suivre) et le plaisir de travailler dans ma nouvelle chaise de bureau, les doigts pianotant sur mon nouveau clavier (oui, je me suis fait plaisir pour la rentrée).

Niveau boulot, le mois de septembre a d’ailleurs été très productif. Revigorée par mes vacances, j’ai pu boucler tous mes projets dans les temps, sans y passer des nuits blanches (hormis une, je l'avoue, mais c'était parce que j'ai voulu un peu profiter de ma famille, ce qui m'a donné l'occasion de revoir plusieurs personnes). L’une de mes fidèles clientes m’a aussi fait la surprise de me demander elle-même d’augmenter mon tarif étant donné que son entreprise était enfin sortie de la crise et qu’elle pouvait se l’accorder (entreprise active dans le secteur de la culture donc qui était fortement touchée par les mesures dues au virus-dont-on-ne-veut-plus-entendre-parler). Bref, tout va pour le mieux sur le plan professionnel et c’est sur cette bonne note que je terminerai ce billet un peu trop morose.

J’espère qu’octobre sera porteur de meilleures nouvelles. En attendant le billet de la fin du mois, je compte bien profiter de tous les plaisirs de l’automne pour vous revenir en meilleure forme.