La semaine dernière, je suis tombée sur un article publié sur LinkedIn par une traductrice audiovisuelle qui met vraiment le doigt sur les sentiments que je ressens depuis l’an dernier et que partagent certainement beaucoup d’autres de mes collègues, ainsi que tous les freelances menacé.e.s par les progrès de l’intelligence artificielle. Les conséquences de ces avancées sur nos métiers ne sont pas seulement financières, elles affectent aussi notre santé mentale…

Je me permets de traduire le début de son article pour vous expliquer un peu ce que c’est de vivre dans le monde d’aujourd’hui pour un.e freelance dont le métier est chamboulé par l’IA :
La chose la plus difficile à propos de l’IA, pour moi, c’est l’incertitude concernant la gravité de ce qui va se passer pour nous, les traducteurs. J’ai bien sûr constaté une baisse des demandes ces derniers mois, et par conséquent une baisse de revenu, mais est-ce que je suis réellement en train de perdre mon boulot ? Mon travail va-t-il disparaître complètement ? Mes qualifications, mes compétences techniques et linguistiques, et mes années d’expérience ne signifient-elles rien ? Le problème, c’est que personne ne le sait vraiment. J’ai des gens qui me disent de ne pas m’inquiéter. Des gens qui me disent que je devrais la considérer comme un outil, et non comme une menace. Des gens qui me disent de me recycler car il n’y a pas d’espoir. Mais personne ne sait vraiment. Et c’est dur, pour les êtres humains en général. Il y a une menace, mais on ne sait pas à quel point elle est dangereuse.
Elle partage ensuite plusieurs de ses pensées, en parlant notamment de la post-édition et du fait qu’elle ne se prête pas à son métier, que ce travail est « incroyablement ennuyeux et frustrant », qu’il est souvent plus chronophage et payé pour une fraction du prix. Selon elle, l’idée que c’est plus rapide, de meilleure qualité et plus simple est tout simplement un mensonge. « Cela réduit simplement les coûts ». Je suis d’accord en partie sur ce point, même si je ne mets pas tous les projets de post-édition dans le même panier. Cela fait désormais plusieurs années que je fais de la post-édition dans des projets pour les institutions européennes à des tarifs raisonnables, me disant que c’est le seul moyen de continuer à exercer mon métier. Je la rejoins toutefois lorsqu’elle rappelle que le sous-titrage et la traduction en général sont un art, un travail qui prend du temps et qui a toujours besoin de ce côté « humain », surtout dans les domaines où la créativité est reine.
Elle se demande aussi dans quoi elle pourrait bien se recycler et comment ? Cette question m’a valu beaucoup d’insomnies… La première fois qu’une agence m’a demandé de rédiger avec l’IA, j’ai littéralement éclaté en sanglots. Mon estime de soi a pris un sacré coup. Puis j’ai tenté de considérer l’IA comme un outil, essayant de l’utiliser (ce qui m'a valu énormément de frustration), mais me refusant toujours à postuler aux nombreux jobs de « formateurs d’IA ». Je laisse probablement passer des occasions de me faire de l’argent, mais former l’IA reviendrait à me tirer une balle dans le pied… Alors, je me raccroche aux projets qu’il me reste, ayant l’espoir qu’il existe encore des client.e.s qui préfèrent la plume d’un être humain aux algorithmes. L’espoir, je le retrouve aussi chaque fois que je trouve une erreur dans une traduction automatique ou un texte généré par IA, me rappelant que mes connaissances sont bien là et qu’elles sont nécessaires pour parer aux hallucinations et incompréhensions des machines.
L’anxiété ambiante autour de mon métier me fait malheureusement aussi penser au pire des scénarios, soit la disparition totale de mon métier. J’ai plusieurs fois gardé les yeux ouverts dans le noir, le regard vers le plafond en me demandant à quoi je sers si toutes mes compétences sont déléguées à une machine. Depuis enfant, j’aime écrire. J’ai choisi la traduction parce qu’elle me permettait de combiner mon amour des langues et des cultures étrangères avec ma passion pour l’écriture. Voir un logiciel rédiger en 30 secondes un texte et surtout voir des gens s’extasier sur ses prouesses (malgré les nombreux défauts de ces textes quand on les observe de plus près...), c’est un coup de poignard dans le cœur. J’ai parfois l’impression que l’IA vole une part de mon identité, de ce qui me fait vibrer, et c’est dur à supporter mentalement…
L’IA est une avancée technologique, certes, mais j’ai encore du mal à ne pas la voir comme une menace pour les êtres humains. J’ai peur de vivre dans un monde où plus personne n’est capable de penser par soi-même, les yeux toujours collés à un écran, sans voir l’environnement qui se détruit autour de nous à chaque question posée à ChatGPT, qui continue de propager stéréotypes et fausses informations, floutant les limites entre réalité et fiction. Nous n’en sommes pas encore là, et j’ai l’espoir qu’un renversement de la situation est possible, mais la peur est bien présente…
Si vous passez aussi par des phases d’angoisse et de désespoir, sachez que vous n’êtes pas seul.e…. Je vous envoie tout mon courage !











































































































































