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La rédaction assistée par IA

Il y a un mois, j’ai écrit mon premier texte avec IA. Je vous avais parlé de tous les sentiments qui m’avaient traversée à la réception de cette première commande, mais n’ai pas encore fait de retour sur cette nouvelle façon de travailler. Voici ce que j’en pense après plusieurs projets.

Image de base de Photo de Tara Winstead

J’avais tout d’abord demandé au gestionnaire de projets (PM) si l’agence de rédaction préférait utiliser un logiciel en particulier. Chat GPT est loin d’être le seul, il en existe une pléthore, gratuits ou non. Il m’a conseillé Perplexity AI, qui permet d’avoir directement les sources sur lesquelles l’IA s’appuie pour répondre aux prompts (terme consacré pour indiquer les requêtes qui lui sont adressées). La première partie de mon travail a consisté justement à rédiger un prompt, soit la demande de rédiger un texte sur tel sujet, en ajoutant toutes les consignes (mots clés à ajouter, ton à adopter, nombre de mots maximal, structure du texte, ...). Comme il s’agissait d’un tout nouveau projet, j’ai consacré une bonne demi-heure à rédiger ce prompt pour intégrer tout ce que je voulais dans mon article. Cette partie-là a vite été frustrante car j’avais déjà toutes les consignes en tête. Le temps de les verbaliser et d’expliquer le type d’article que je souhaitais obtenir, j’aurais déjà pu écrire une bonne partie de mon texte… Mais soit, j’ai rédigé mon prompt puis l’ai adressé à Perplexity AI.

Je comprends la fascination que suscitent ces logiciels sur certaines personnes car en quelques secondes, j’avais un article complet sous les yeux. Il était bien écrit à première vue, mais je n’étais pas satisfaite, ce n’était pas MON article. J’ai donc suivi les conseils de mon cher et tendre, déjà familier de l’utilisation des logiciels IA, et ai demandé plusieurs versions de l’article, en lui demandant de se rapprocher de mon style d’écriture. Pour ce faire, je lui ai envoyé l’un de mes textes en lui posant la question « Comment qualifierais-tu le style de ce texte ? » puis en lui demandant de réécrire l’article de départ en adoptant ce style d’écriture. J’ai alors compris pourquoi certaines personnes qualifient l’IA de « paresseuse ». Elle avait simplement intégré des passages de mon ancien article dans le nouveau texte, même si le contexte ne s’y prêtait pas… Bref, je n’étais pas convaincue du tout (heureusement d'ailleurs, je me suis dit qu'elle ne pouvait pas me remplacer tout de suite).

Après avoir enfin obtenu une version plus ou moins satisfaisante, je suis passée à la révision plus approfondie. Là encore, j’ai été déçue. L’article devait inclure plusieurs données chiffrées précises, en l’occurrence la note attribuée à des hôtels sur un site bien particulier. Les notes indiquées dans le texte ne correspondaient jamais à celles affichées sur le site. J’ai donc demandé à l’IA où elle avait obtenu ces informations et elle m’a avoué les avoir tout simplement inventées car elle n’avait pas accès à ces renseignements. Mon cher et tendre m’avait expliqué que les versions gratuites étaient moins performantes car moins actualisées. Elles n’ont donc pas forcément accès aux dernières informations. Cela dit, j’ai vite compris qu’il fallait absolument que je vérifie TOUTES les données contenues dans l’article pour m’assurer de leur véracité. Outre la vérification des informations, il a fallu réécrire plusieurs passages. Perplexity AI a en effet tendance à réutiliser les mêmes formulations tout au long du texte. Dans le fond, c’est exactement le même exercice que la post-édition, il présente les mêmes difficultés. Quand je rédige un texte, une fois que j’ai toutes les informations et la structure en tête, je laisse les idées s’écouler de mon cerveau à mes doigts en tapant sur le clavier. Je révise ensuite mon texte en connaissant déjà les passages que j’aimerais améliorer. Avec un article rédigé par IA, je me retrouve face à un texte existant, il suit bien la structure indiquée dans mon prompt, mais je n’ai pas pris connaissance de toutes les informations au préalable. Je les découvre à la lecture du texte. Le plus difficile à cette étape du travail n’est pas forcément la réécriture, mais plutôt le fait de devoir surmonter la sensation désagréable qu’il ne s’agit toujours pas de MON texte, même après l’avoir retravaillé. Aurai-je un jour une certaine gratification à utiliser l’IA ? J’en doute, mais peut-être que ça viendra…

Je tire quand même un peu de positif de ces premières expériences. Je commence doucement à utiliser Chat GPT et consorts comme moteur de recherche (en leur demandant bien de m'indiquer les sources des informations pour m'assurer de leur fiabilité). Ces logiciels peuvent aussi aider à m’orienter vers des sites plus instructifs ou me donner des idées de sujets à aborder. Pour le moment, je pense l’utiliser surtout de cette manière, mais pas comme mon scribe.

J’avais lu quelque part qu’un logiciel de rédaction IA était un peu comme un stagiaire. Parfois, il fait du bon boulot, parfois il fait n’importe quoi. Dans tous les cas, il faut passer derrière lui pour vérifier. Quoi qu’il en soit, je suis dans l’obligation de travailler avec lui sur certains projets. Il va donc falloir le former pour qu’on puisse mieux bosser ensemble. À suivre…

La prise de position de la SFT sur l’IA

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Je n’avais pas vraiment d’idée de sujet pour le billet d’aujourd’hui. J’ai donc regardé un peu les actualités dans le domaine de la traduction. Le grand sujet du moment reste l’intelligence artificielle (IA), et plus particulièrement l’intelligence artificielle générative (IAG), c’est-à-dire l’IA capable de générer elle-même du contenu (comme Chat GPT que je surnomme désormais le Grand Prédateur Technologique). La Société française des traducteurs (SFT) a publié hier, jeudi 13 juin 2024, sa prise de position sur cette menace qui plane au-dessus de tous les travailleurs dans le domaine du langage et de la communication. Je ne pouvais pas faire sans vous en parler.

Un humain sans cervelle, belle représentation de ce qui nous attend… Photo de Tara Winstead sur Pexels.

La prise de position de la SFT commence par un constat : 70 % de leurs membres traducteurs et traductrices ayant répondu à leur enquête considèrent la post-édition (de plus en plus présente à cause des avancées de l'IA) comme une menace pour leur activité. C’est même leur première préoccupation (vous l'aurez compris en voyant le sujet apparaître de plus en plus dans mes billets...). Le Comité directeur de la SFT aborde ensuite les conséquences pour les métiers de la traduction. Il revient sur la dégradation de nos conditions de travail, dont j’avais déjà parlé ici. Pour résumer : plus de travail, des tâches moins stimulantes, des délais plus serrés et une baisse de la rémunération. Il conclut en faisant un parallèle avec la fast fashion (ou la mode express) : c’est moins cher, on reçoit plus vite sa commande, mais la qualité n’est pas au rendez-vous. Comme une image vaut 1000 mots, explication avec ce petit graphique (réalisé par votre traductrice dévouée).

La publication de la SFT s’adresse aussi aux donneurs d’ordre (les agences de traduction, les institutions et les entreprises internationales faisant appel à des services de traduction et tous les clients en général). Il est ainsi expliqué tout ce à quoi l’on renonce en utilisant l’IA au lieu d’un être humain pour un travail de traduction, d’interprétation (et de rédaction aussi d'ailleurs) :

  • la personnalisation des contenus (l’IA fait du copier-coller) ;
  • la prise en compte du contexte (ô combien important pour respecter le sens et la finalité d’un texte) ;
  • l’éthique et la sensibilité (l’IA continue de véhiculer des préjugés sexistes notamment…) ;
  • l’humain, ce lien passant à travers les émotions qui nous unit tous et toutes.

Le Comité directeur de la SFT partage ensuite ses mises en garde, que je vais également vous présenter ici car elles sont destinées à tout le monde :

  1. L’utilisation de l’IA pour la traduction ou la rédaction de textes nuit à la qualité.
  2. Le manque de regard critique lors de l’utilisation d’une IA ou de Chat GPT peut entraîner des risques juridiques, économiques, de sécurité (et j'en passe)
  3. L’IA entraîne un pillage de la propriété intellectuelle et des données personnelles. Des logiciels comme Chat GPT utilisent des contenus qui ne sont pas libres de droits !
  4. La post-édition alimentée par l’IA entraîne une fatigue abrutissante pour les traducteurs (et la dépression qui va avec 😞 ...)
  5. L’IA précarise tous les professionnel.le.s exerçant des métiers plus intellectuels ou créatifs.
  6. L’IA n’est pas écologique, elle implique une consommation énergétique énorme, ce qui va à l’encontre des objectifs de développement durable de l’ONU.
  7. L’IA utilisée à mauvais escient engendre de gros risques de falsification, de désinformation et de manipulation des données.
  8. L’IA nuit à la diversité. Elle est totalement à l’opposé de ce qu’est la traduction. Comme elle s’appuie majoritairement sur des données occidentales et rédigées en anglais, elle n’a qu’une seule vision du monde. Cela ne fait qu’accentuer les inégalités entre les cultures.

La publication se termine par une liste de recommandations et de revendications. Si cela vous intéresse, vous trouverez le dossier dans son intégralité ici.

Et comme l’IA menace bien d’autres métiers, je voulais vous partager également cette vidéo de France Culture traitant de la menace de l’IA sur les professionnels du doublage. L’avenir fait vraiment peur…