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Perles de traduction automatique et coquilles III

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Le 1er avril n’est pas bien loin et je me suis dit qu’il était temps de rire un peu des dernières blagues inventées par les machines de traduction automatique lors de mes projets de post-édition de 2025. Voici mon dernier florilège.

Poisson d’avril en retard (photo de cottonbro studio sur Pexels)

Bien qu’elles évoluent, surtout depuis l’arrivée de l’IA, les machines de traduction automatique ont encore tendance à vouloir traduire un peu trop littéralement. Par exemple, un clutch bag n’est plus un sac pochette avec elles, mais un « sac à main d’embrayage » (qui sait, ça donnera peut-être des idées à certains créateurs 😅). C’est encore pire quand certaines passages sont plus littéraires. Ainsi, dans une description de logo, je suis tombée sur « effet de flamme de remorque » pour traduire trailing flame effect qui signifie « effet de traînée de flamme » (pour la petite explication du choix de traduction automatique, un trailer est une « remorque »). À l’inverse, la machine se prend parfois pour une poétesse. Elle a ainsi traduit prominent peaks (qui indiquait la silhouette de sommets proéminents sur un logo) par « pointes de promesse » (au fond, les montagnes ne promettent-elles pas de magnifiques panoramas à leur pic ? 🗻).

Il existe aussi certains concepts que les logiciels de traduction automatique semblent encore avoir du mal à saisir. Les aliments et la nourriture en général en font partie. En effet, j’ai relevé plusieurs erreurs dans la traduction de noms de fruits. Dès qu’il s’agit d’un fruit moins courant qu’une pomme, une banane ou une orange, la machine fait preuve d’imagination. Le starfruit, ce fruit exotique dont les coupes transversales prennent la forme d’étoiles et qui porte le joli nom français de « carambole » est ainsi devenu « amidon à base de fruits » (la machine ayant probablement considéré star comme une faute de frappe pour starch qui signifie « amidon »). D’ailleurs, pour couper la carambole, la machine utilise apparemment des « couteaux à ongles » (et non des « couteaux Nakiri » pour Nakiri knives). Autre fruit exotique méconnu par le logiciel de traduction automatique, le longkong fruit (qu'on traduit simplement par « longkong ») s’est transformé en « fruit longue conservation ». La machine a aussi voulu traduire absolument salak fruits (simplement « salaks » alias une sorte de fruit de petit palmier) par « salade de fruits » (🎼jolie, jolie, jolie). Passons ensuite à une expression qui m’a bien fait rire dans un texte pourtant destiné à la Commission européenne et qui parlait de viticulture : a long grape-ripening period (c'est-à-dire une longue période de maturation des raisins) est devenu une « longue période de pamplemousse » (il est vrai qu'il existe d'excellents rosés au pamplemousse, mais ce n'est pas une raison pour confondre grapes 🍇 et grapefruit 🍊). Toujours au rayon alimentaire, la machine de traduction automatique a voulu me vendre des « chutes » à la place de fallafels (bon, effectivement, il y avait une coquille dans le texte source et le l superflu a perturbé la machine) et m’a proposé « Turquie, oie, roche, chapon et canard » pour traduire turkey, goose, cocks, capons and ducks (dinde, oie, coqs, chapons et canards). Un dernier exemple de mauvaise traduction d’aliment qui m’a fait exploser de rire : poultry offal (des abats de volaille) a été traduit par « volaille en panne » (la machine aime apparemment l'humour noir …).

Contrairement à nous, êtres humains, les machines de traduction automatique n’ont pas le plaisir de pouvoir participer à des événements ou d’assister à des concerts et à des spectacles. Il est donc normal qu’elles ne connaissent pas le concept des pop-up events (événements éphémères) et pensent qu’il s’agit de « manifestations en relief », qu’elles confondent les thespian arts avec « l’art de l’espionnage » [elles ont probablement trouvé suspect ce -spi- (spy)] alors qu’on parlait de « l’art dramatique » (mais un espion ne doit-il pas développer un certain jeu d'acteur ?). Les logiciels semblent aussi ne pas comprendre que lorsqu’on parle de connecting fans with entertainers and creators, il ne s’agit pas de connecter des « ventilateurs » mais bien de mettre en contact des fans avec des artistes et créateurs. En parlant de création artistique, on sait que l’IA aime se prendre pour une compositrice, mais elle ne connaît apparemment pas très bien les logiciels de mixage musical. Je suis ainsi tombée sur un passage traduit automatiquement qui était totalement à côté de la plaque, dans lequel brass separation (séparation des cuivres) a été traduit par « séparation de laiton », audio stems (stems audio) par « ragoûts audio », lead vocals (voix principales) par « chant des plombs » et woodwinds (bois) par « vents en bois » (les bois appartiennent effectivement à la famille des instruments à vent, mais pas besoin d'être aussi précis…). Et parfois, la machine voit des instruments de musique là où il n’y en a pas, traduisant par exemple hamstrings par « cordes » au lieu de « ischio-jambiers ».

Cela m’amène à un autre domaine dans lequel j’ai repéré pas mal d’erreurs de traduction automatique : le corps humain et la santé. Nous aurions ainsi des « hémisphères intervertébraux » à la place d’hémisphères cérébraux dans nos cerveaux (traduction automatique de cerebral hemispheres), nous souffririons de maladies « neurogchiatriques » et non neurogénétiques (pour neurogenetic), nous pourrions développer une « orbite de tombe » au lieu de la maladie de Graves (pour Graves' Orbitopathy) et nous devrions faire diagnostiquer nos risques de cancer dans des « scanners d’animaux de compagnie » au lieu de PET scans. Enfin, les logiciels de traduction automatique pensent que les humains mettent parfois des « serrures d’oreille » (ear locks) pour maintenir leurs lunettes de vue en place (notez que je ne serais pas contre un système de verrouillage d'oreilles pour ne plus entendre les infamies de Trump et compagnie …).

Les « pensées » de la machine de traduction automatique vont parfois un peu trop vite. Ainsi, pour traduire graduation caps (les coiffes carrées que les jeunes diplômé.e.s lancent dans les airs à leur remise de diplôme), le logiciel a opté pour « bouchons de remise » (certes, il faut bien fêter ça avec des coupes de champagne). Les tenues de cérémonie n’ont pas l’air d’être leur fort car j’ai aussi été perplexe en lisant « chaussettes-sièges » dans un passage parlant de vêtements et accessoires ecclésiastiques avant de remarquer que cassocks (qui veut dire « soutanes ») avait été orthographié casesocks (mot qui n'existe pas en anglais et que la machine a décidé d'inventer en français).

La machine peine également parfois à traduire des expressions pourtant courantes, comme  dark web, qui reste tel quel en français ou se traduit dans certains contextes par « réseaux clandestins en ligne » mais qu’elle a traduit par « web foncé », ou free market (marché libre) qui s’est transformé en « marché gratuit » (avouez que le concept est tentant en ces temps difficiles). J’ai aussi bien ri quand j’ai lu « phrase prison » pour traduire prison sentence (peine de prison), « sytème pénien » au lieu de système pénal (alors que c'était tout simplement penal system en anglais) ou encore « imperméable » au lieu de « usurpateur d’identité » pour traduire impersonator (à moins que les usurpateurs d'identité revêtent des imperméables pour mieux se cacher 🧥). Autre expression qui m’a fait éclater de rire : taking down threats (c'est-à-dire éliminer les menaces) a été traduit automatiquement par « menaces de duvet » [parce que down peut aussi désigner un édredon (parlons belge), et qui ne s'est jamais senti menacé par un changement de couettes après tout ?].

Là où le logiciel de traduction automatique m’a surprise, c’est quand il a totalement vrillé pour traduire des expressions qu’il auxquelles il devrait pourtant être habitués. Il a ainsi traduit messages left on an Internet homepage (messages laissés sur une page d'accueil Internet) par « messages à gauche sur une page d’accueil Internet » (il serait peut-être temps de prendre des cours de conjugaison et de grammaire) et transcribed and translated (transcrit et traduit) s’est transformé en « essentiels et translatés ». WHAT ? À partir du moment où un logiciel de traduction automatique n’est pas capable de traduire les tâches qu’il est censé effectuer, c’est qu’il a probablement dû « vapoter un stylo » (autre perle de traduction automatique, cartdriges for vaping pens est devenu « cartouches pour le vapotage de stylos » au lieu de « cartouches pour stylos de vapotage »).

Pour terminer ce billet sans fin, on sait que l’IA souffre d’hallucinations et que les machines de traduction automatique pètent parfois un câble et inventent des expressions sans queue ni tête. Par exemple, transforming learning experiences (transformer les expériences d'apprentissage) est devenu « slogan learning expericlôtures » (🧐)wolf’s head (tête de loup) s’est transformé en « louf la tête » (parler autant de langues, ça fait parfois buguer la matrice), ou encore on February 10 (le 10 février) a donné « sur les 10 fcontusions 2025 ». Je pense que la machine a besoin de vacances. Elle m’a en effet traduit summarise (résumer) par « l’été » et veut apparemment partir en camping, vu qu’elle a transformé spoken intent (une intention exprimée) par « tente parlée ». Il vaudrait d’ailleurs mieux qu’elle se tienne à l’écart des complexes hôteliers plus luxueux car, pour elle, des past guests (anciens clients d'hôtel) sont des « hôtes de courant et de pâte ».

Bref, il est temps que la machine se repose et se couche dans son « lit à dents » (au lieu de « lit en forme de tipi » pour teepee bed) ou qu’on l’envoie avec l’équipage d’Artemis II pour qu’il la laisse faire le tour de la surface de la lune à bord d’un « rogne-pieds » (oui oui, elle m'a sorti ça pour traduire lunar rover, qui est un rover lunaire).

C’est sur cette dernière perle de traduction automatique que je conclus ce billet. Vous l’aurez peut-être remarqué mais mon florilège est beaucoup plus fourni que les 2 précédents, alors que la technologie aurait soi-disant évolué… Comme quoi, une relecture HUMAINE est toujours INDISPENSABLE !