Nous voilà déjà le 14 février, le jour de l’anniversaire de ma grand-mère adorée, mais aussi celui de la Saint-Valentin. Si c’est la fête des amoureux, j’aime l’idée de célébrer plutôt l’amour sous toutes ses formes, pour ses proches, pour soi-même et pour ses passions. Il y a 2 ans, j’avais ainsi rédigé un billet sur mon amour pour le ballet Roméo et Juliette qui allie 2 de mes passions : la danse et la musique. Cette année, alors que mes journées de travail sont encore un peu trop calmes et que la menace de l’IA continue de planer sur ma profession, j’avais envie de parler de mon métier de traductrice, car c’est aussi une passion.

Chère traduction, je t’avais déjà déclamé mon amour dans un billet publié il y a 10 ans, époque glorieuse où je pouvais encore t’exercer sous ta forme brute, sans l’ombre de la post-édition ou du Grand Prédateur Technologique. Je parlais toutefois plutôt des avantages du statut de freelance, et non de toi à proprement parler. Mais d’où m’est donc venu cet intérêt pour ton métier menacé d’extinction ?
Enfant, je n’avais aucune idée de ton existence. J’étais par contre fascinée par les mots, depuis toute petite. Ma mère m’a d’ailleurs rappelée que j’avais demandé un dictionnaire pour l’un de mes anniversaires. J’écoutais aussi avec grand intérêt Le Jeu des dictionnaires, une émission radio belge diffusée de mon enfance jusqu’à mes années d’université. J’adorais écrire des poèmes et des histoires, mon parrain m’avait même offert un jeu sur PC qui consistait à créer des livres (de la rédaction du récit à la mise en page avec les illustrations). J’y passais des heures… Arrivée en secondaire, je me suis immédiatement tournée vers l’option latin-langues. C’est d’ailleurs à travers les versions latines que je t’ai aperçue pour la première fois. J’adorais les cours de langue, surtout ceux d’anglais et d’espagnol, et passais mon temps à décortiquer les paroles des chansons de Coldplay ou de Manu Chao dès mon retour à la maison. Je ne savais pas exactement quoi faire plus tard, mais je savais que mon futur métier devait avoir un lien avec l’écriture et les langues. Est ensuite venu le temps des visites de salon d’étudiants, où j’ai été convaincue par la présentation de l’EII (devenue Faculté de Traduction et d'Interprétation - École d'Interprètes Internationaux de l'université de Mons), haute école qui me semblait être un paradis pour tous les amoureux des langues (c'était aussi quelques fois l'enfer, on ne va pas le cacher, mais je pense encore avec nostalgie à mes années d'études...). C’est là que je t’ai vraiment rencontrée et que j’ai appris à t’aimer.
Mes études à l’EII ont été intenses (d'autant plus que j'avais choisi d'apprendre le russe...), mais ô combien enrichissantes. J’y ai rencontré des personnes d’horizons variés, dont certaines sont encore aujourd’hui dans ma vie (à commencer par mon cher et tendre), mais j’ai surtout découvert que tu étais un métier passionnant, dont l’objectif est de briser les barrières de la langue en transmettant un message de la manière la plus fidèle qui soit. Tu es un exercice ardu, parfois stressant, mais tellement gratifiant et intellectuellement stimulant. Perfectionniste depuis toujours, j’ai trouvé un métier où l’on apprend à se perfectionner chaque jour. Une traduction n’est jamais parfaite, la maîtrise d’une langue dans son entièreté est pratiquement impossible. J’aime les défis que tu me poses, j’aime apprendre de nouveaux mots, de nouvelles nuances, de nouvelles facettes d’une culture à travers sa langue. Tu me fais voyager, me fais comprendre d’autres façons de voir la vie. Tu me permets aussi parfois de raconter des histoires, pas les miennes, mais celles d’un autre auteur, dans la peau duquel j’essaye de me glisser pour mieux interpréter ses propos. Bon, évidemment, tu ne me donnes pas autant de plaisir quand il s’agit d’un mode d’emploi, mais même en travaillant sur un texte technique d’apparence ennuyant, je peux tirer une certaine satisfaction par l’apprentissage de nouveaux mots, la compréhension de certains systèmes ou mécanismes… Alors, oui, je peux encore avoir ce plaisir à travers la post-édition, mais celui de se creuser les méninges pour trouver la meilleure manière de traduire un mot ou une expression disparaît peu à peu avec les nouvelles technologies. La créativité aussi…
Certains clients me donnent encore l’occasion de te rencontrer sous ta forme pure, mais notre idylle durera-t-elle encore 10 ans ? Je l’espère de tout cœur. En attendant, je continue de penser que le métier de traducteur/traductrice reste l’un des plus beaux au monde. Et je promets que je continuerai de te pratiquer même si tu ne permets plus d’en vivre…