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Les mots qui fâchent : woke

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Certains mots peuvent rapidement devenir des insultes quand ils sont mal compris. C’est le cas de « woke », mot anglais entré dans les dictionnaires français en 2022. Le terme est tellement à la mode qu’il est scandé à tout va, sans que les personnes qui l’utilisent comprennent réellement ce qu’il veut dire. Il me semble donc utile de revenir à l’origine de ce mot.

Photo de Danny Burke sur Unsplash

Le terme « woke » est souvent employé au moment des sorties de grands films attendus, comme les différents Disney (j'avais d'ailleurs écrit un billet sur le racisme ordinaire derrière la polémique autour de La Petite Sirène de Disney), et tout récemment L’Odyssée de Christopher Nolan. Le réalisateur britannico-américain a été traité de « woke » car il avait osé ajouter dans son casting l’acteur transgenre Elliot Page et qu’il avait choisi la sublime Lupita Nyong’o pour interpréter Hélène de Troie, qui est censée être la plus belle femme du monde et qui, dans les yeux des racistes, ne peut donc pas avoir une peau d’ébène et devrait plutôt être une blonde platine bien blanche (petit rappel, Hélène de Troie est un personnage mythologique, né dans un œuf à la suite des ébats entre Léda et le dieu Zeus, qui avait pris la forme d'un cygne, et même si Homère en donne une description dans l'Iliade et L'Odyssée, elle reste un personnage de fiction que chacun.e est libre d'imaginer à sa guise, sa couleur de peau n'ayant aucune incidence sur son histoire…). Je me rappelle aussi tout le foin qu’avaient fait certain.e.s fans de la saga Harry Potter lorsque Hermione a été incarnée par une comédienne noire dans la pièce de théâtre Harry Potter et l’Enfant maudit à Londres (alors que la peau d'Hermione n'est absolument pas décrite dans les romans). Bref, dès qu’on ose toucher à la représentation d’un personnage de la culture populaire en attribuant le rôle à une personne d’un autre genre ou d’une autre couleur de peau, certain.e.s crient au wokisme. Mais ça veut dire quoi exactement être « woke » ?

« Woke » n’a absolument rien à voir avec la poêle profonde utilisée dans la cuisine d’Extrême-Orient (quoique… un « wok » pourrait être utile pour assommer certain.e.s non-wokes 😅). C’est un adjectif qui découle du verbe to wake, signifiant simplement « (r)éveiller ». Un mot tout à fait banal avant qu’il ne prenne un sens politique vers la fin du XIXe siècle aux États-Unis. La communauté afro-américaine, toujours victime de racisme et de discrimination malgré la fin de l’esclavage, s’empare de ce mot pour parler d’un éveil des consciences face aux injustices qu’elle subit. S’il est déjà utilisé au début du XXe siècle, c’est vers 2013 que le terme prend son essor avec le mouvement Black Lives Matter. Lié au départ uniquement à la lutte contre le racisme, le wokisme englobe désormais plusieurs causes. Le dictionnaire de l’Académie française en donne cette définition :

Wokisme : courant de pensée, idéologie, nés aux États-Unis dans les années 2000, qui prônent l’éveil des consciences aux inégalités structurant les sociétés occidentales, et privilégient la lutte contre les discriminations notamment de nature raciste, sexiste et homophobe.

Et pour l’adjectif « woke », Le Robert indique ceci :

Woke : qui est conscient et offensé des injustices et des discriminations subies par les minorités et se mobilise pour les combattre, parfois de manière intransigeante (surtout péjoratif, par dénigrement).

Mais pourquoi les personnes qui défendent cette noble cause sont-elles si dénigrées ? Je pense que c’est tout simplement parce que les hétéros-cisgenres-occidentaux-blancs-valides n’ont pas envie de perdre leurs privilèges et qu’ouvrir les yeux sur les inégalités peut rendre mal à l’aise. Même la personne la plus à gauche et ouverte d’esprit peut avoir eu des propos racistes, sexistes ou homophobes et s’en rendre compte est parfois difficile à accepter. Féministe convaincue depuis mon « éveil » avec Sorcières de Mona Chollet, je sais que j’ai moi-même pu avoir des pensées sexistes (qui n'a jamais pensé qu'une fille habillée de manière plus aguicheuse était forcément une fille facile, pour ne pas dire autre chose, par exemple ?). Pourquoi ? Parce que la société dans laquelle nous vivons est sexiste, raciste, homophobe… Les « wokes » ne font que nous ouvrir les yeux sur une autre réalité, celle que les minorités vivent au quotidien. Et des fois, on a l’impression qu’ils ou elles exagèrent, qu’on n’a plus le droit de rien dire ou de rire de tout. Alors que non, il faut juste se rendre compte que notre société est inégalitaire et se mettre à la place des autres pour comprendre que telle remarque, telle blague, tel propos ou tel manque de représentation peut être insultant, blessant ou délétère.

Avant de traiter quelqu’un.e de woke, essayez donc d’écouter son argument et de comprendre en quoi cela peut-être une injustice pour lui ou pour elle. Peut-être que vous finirez vous aussi par être « éveillé.e » !

« Journée de la Femme », une erreur de traduction

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À moins de vivre dans une grotte et de ne pas suivre les actualités, vous avez sans doute entendu parler des nombreuses manifestations qui ont eu lieu dans le monde entier ce 8 mars. Appelée « International Women’s Day » en anglais, cette journée consacrée aux droits des femmes a pendant de longues années été qualifiée par erreur de « Journée de la Femme ». Avant ma prise de conscience féministe, j’utilisais moi aussi à tort cette expression. Petit retour sur l’histoire de cette journée et cette fameuse erreur de traduction.

Photo de Pixabay

La première fois que j’ai réellement pris conscience de l’existence d’une « Journée de la Femme », c’était en 2009, lors de mon voyage d’échange de 5 mois en Biélorussie. Ce jour-là, qui est férié dans plusieurs pays de l’Est, les femmes reçoivent habituellement des fleurs et des cadeaux par les hommes de leur entourage (et ont droit à une journée de congé à la maison, les tâches ménagères étant assurées par les hommes du foyer pour cette occasion... vous avez dit sexiste ?🙃). Lors de mon séjour, j’avais également appris l’existence d’une « journée de l’homme », célébrée le 23 février, date qui correspond à la « Journée du défenseur de la patrie et des forces armées » en Biélorussie (les Slaves aiment les stéréotypes sexistes...) et durant laquelle ce sont les femmes qui offrent des cadeaux à leurs maris, garçons, amis et collègues masculins (j'ai d'ailleurs appris au cours de mes recherches que cette « journée de l'homme » avait été instaurée quelques années après cette « journée de la femme » car les hommes étaient jaloux...🙄). À l’époque, en 2009 donc, j’étais plutôt agréablement surprise de voir qu’il existait une journée consacrée aux femmes et, à mon retour, j’ai pris l’habitude de souhaiter « bonne fête » à toutes les femmes de ma vie le 8 mars, comme le faisaient mes amies biélorusses. Puis, j’ai commencé à me pencher de plus en plus sur la question de l’égalité des genres et me suis rendu compte de cette fameuse erreur de traduction…

D’après le site des Nations unies, la toute première journée nationale dédiée aux femmes a eu lieu en 1909 aux États-Unis. Sa date de célébration n’était toutefois pas le 8 mars, mais le dernier dimanche de février. Un an plus tard, lors d’une conférence internationale à Copenhague, la journaliste et militante féministe allemande Clara Zetkin propose de créer une journée internationale des femmes afin de « rendre hommage au mouvement en faveur des droits des femmes et [de] favoriser l’obtention du suffrage universelle pour les femmes » (source ici). Cette journée sera célébrée pour la première fois le 19 mars 1911 dans 4 pays : l’Allemagne, le Danemark, l’Autriche et la Suisse. Il faudra attendre 1977 pour que l’ONU officialise enfin l’« International Women’s Day ». Quant au choix du 8 mars pour la célébrer, il trouve ses origines dans la lutte pour le droit de vote des femmes en Russie. En 1917, face à la perte de millions de soldats durant la guerre, les femmes décident de faire grève et manifestent dans les rues de Petrograd (l'actuelle Saint-Pétersbourg) pour réclamer du pain et la paix. Au bout de 4 jours, les femmes ont réussi à faire abdiquer le tsar et à enfin obtenir le droit de vote. Cet événement historique avait eu lieu le 23 février 1917 selon le calendrier julien, ce qui correspond au 8 mars dans le calendrier géorgien que nous utilisons aujourd’hui.

Et cette erreur de traduction, alors ? Eh bien, elle aurait été commise par les services de l’ONU de l’époque qui auraient traduit « International Women’s Day » par « Journée internationale de la femme » en français. Vous me direz que la seule erreur est d’avoir mis « femme » au singulier au lieu du pluriel et que ce n’est pas bien grave. Sauf que cette utilisation du singulier peut changer complètement le sens. Cela réduit les femmes à un seul type de femme, comme si nous n’avions qu’une seule identité distincte, identité à laquelle se raccrochent encore aujourd’hui bien trop de stéréotypes dégradants. En entendant « Journée de la femme », les agences de marketing sortent des slogans et publicités sexistes à tirelarigot. Un robot de cuisine en promotion par-ci, des réductions sur de la lingerie par-là, et j’en passe (je vous donne ici le lien d'un autre article intéressant sur le sujet). La ministre française Yvette Roudy avait pourtant voulu rectifier le tir en 1982 en demandant à ce que le 8 mars soit officiellement dénommé « Journée internationale des droits des femmes », expression également adoptée en Belgique. J’ai aussi vu plusieurs occurrences de « Journée internationale de lutte pour les droits des femmes » sur divers sites, une dénomination qui me semble encore plus juste. Si cette journée internationale vise en partie à célébrer les activistes qui défendent l’avancée des droits des femmes dans le monde entier, elle est surtout un rappel que les droits des femmes sont toujours une lutte.

Une lutte d’autant plus d’actualité ces dernières années face au recul constant de nos droits dans toutes les régions du monde. En Ukraine face aux viols perpétrés par les soldats, aux États-Unis face aux législateurs qui font disparaître le droit à l’avortement, en Afghanistan face au régime taliban qui les prive d’éducation et de vie en dehors de la maison, en Iran face à la police des mœurs qui les défigurent et les tuent seulement pour avoir osé montrer leurs cheveux et réclamer leur liberté, partout ailleurs face aux harceleurs, aux pseudo-dragueurs et aux conjoints cogneurs… les femmes luttent et continueront de lutter, non seulement le 8 mars, mais tous les jours de l’année.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Nous ne l’oublierons jamais, Madame de Beauvoir, vos mots résonnent avec encore plus de force de nos jours ♀️