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Les mots qui fâchent : pro-vie

Le retour des vacances est toujours un peu rude quand on ouvre de nouveau les journaux et les réseaux sociaux. Préoccupée par la condition féminine dans le monde entier, je m’intéresse beaucoup aux grands sujets du féminisme. Depuis le renversement de l’arrêt Roe v. Wade et la réélection du clown orange à la Maison Blanche, l’avortement est au cœur des débats. Le guignol de 4 ans d’âge mental qui considère le monde comme sa plaine de jeux a été qualifié de « président le plus pro-vie de l’histoire » par l’hebdomadaire chrétien français La Vie. Ce terme, « pro-vie », m’a toujours horripilée. J’avais donc envie d’en parler aujourd’hui.

Photo de Alfo Medeiros sur Pexels

D’où vient le terme « pro-vie » et que signifie-t-il exactement ? Cette expression provient du terme anglophone « pro-life » apparu dans les années 1970 aux États-Unis, selon le Merriam-Webster. Dans le Cambridge Dictionary, le terme est défini comme suit :

pro-life (adjective): opposed to the belief that a pregnant woman should have the freedom to choose an abortion if she does not want to have a baby.

Traduction : pro-vie (adjectif) : opposé à la conviction qu’une femme enceinte devrait avoir la liberté de choisir d’avorter si elle ne veut pas avoir de bébé.

Le terme « pro-vie » ne semble pas être entré dans les dictionnaires académiques français. J’ai uniquement trouvé une définition sur le site de vulgarisation La langue française :

Pro-vie (adjectif) : qui s’oppose à l’interruption volontaire de grossesse et à l’euthanasie.

Il est intéressant de voir qu’en français, le terme « pro-vie » inclut aussi l’opposition à l’euthanasie. Étrange de savoir qu’un mouvement qui refuse de voir les gens mourir est prêt à sacrifier la vie d’une femme… car oui, ce qui m’embête dans ce terme, ce sont les mots choisis. Moi aussi je suis « pour la vie », une vie avec tous ses bonheurs et ses malheurs, mais dont le déroulement et la fin sont choisis en pleine conscience quand on en a la possibilité. Dire d’une personne qu’elle est « pro-vie » alors qu’elle veut empêcher les autres de vivre et de terminer leur vie comme ils et elles l’entendent me paraît totalement insensé.

Quel type de vie ces gens prônent-ils exactement ? Une vie dans laquelle une mère morte cérébralement est tenue artificiellement en vie pour donner naissance à un enfant prématuré dont la survie est incertaine ? Un enfant qui, s’il survit avec tous les séquelles qu’il risque d’avoir, subira le traumatisme d’apprendre plus tard qu’il a grandi dans le ventre de sa mère morte, comme s’il s’agissait d’une couveuse et non d’un être humain ? Je ne parle pas ici d’un roman ou d’une série dystopique, mais du cas d’Adriana Smith, une maman et infirmière de 30 ans maintenue artificiellement en vie pendant 6 semaines à cause l’interdiction de l’avortement après 6 semaines de grossesse dans l’État de Géorgie. Tout cela bien évidemment contre les souhaits de son mari et de sa famille, qui ont dû vivre un véritable cauchemar émotionnel (et ne parlons pas de son petit garçon de 7 ans)

Les pro-vies sont-ils favorables à ce qu’une mère victime d’une fausse couche meure parce que l’équipe médicale doit attendre qu’il n’y ait plus aucun battement de cœur du fœtus pour intervenir, laissant ainsi une petite fille orpheline et un mari veuf de son épouse de seulement 28 ans ? Là encore, je ne parle pas d’une héroïne de film d’horreur, mais de Josseli Barnica, victime des lois anti-avortement du Texas. Josseli est loin d’être la seule à travers le monde. En Pologne, Izabela est morte des suites d’une septicémie alors qu’elle en était à sa 22e semaine de grossesse parce que les médecins avaient peur d’enfreindre les lois anti-avortement strictes du pays.

Est-ce qu’être « pro-vie », c’est exiger d’une maman en deuil de porter son fœtus mort pendant plusieurs semaines et de continuer à ressentir les symptômes de grossesse alors qu’elle ne va jamais pouvoir prendre son bébé vivant dans les bras ? C’est ce qu’a vécu Elisabeth Weber en Caroline du Sud. Ancienne « pro-vie » elle-même, elle a vu son utérus se transformer en tombe, avec la peur de mourir à son tour, sans pouvoir rien faire à cause des lois anti-avortement qu’elle avait autrefois soutenues.

Je me rappelle aussi de ces militant.e.s soi-disant pro-vie au Brésil qui étaient contre l’avortement d’une petite fille de 10 ans, enceinte après les viols répétés de son oncle. Ces gens étaient-ils conscients qu’ils allaient condamner une enfant à un accouchement extrêmement à risque et à une vie totalement ruinée ? Certain.e.s ont même été jusqu’à se rendre à l’hôpital pour lui bloquer l’accès et la traiter de meurtrière alors qu’elle tenait des peluches dans les bras pour se rassurer. Ces personnes n’ont-elles aucune empathie ? La vie d’une fillette ou d’une femme est-elle aussi insignifiante à leurs yeux ?

Je cite ici de cas extrêmes, mais être « pro-vie », c’est vouloir simplement empêcher une femme de vivre sa vie comme elle l’entend, d’avoir des enfants quand et si elle se trouve dans la bonne situation (émotionnelle, amoureuse, financière...). Comme l’a si bien dit Simone Veil :

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. »

L’arrivée d’un enfant est un bouleversement total. Les femmes qui prennent la lourde décision d’avorter en sont bien conscientes. Elles connaissent les sacrifices qu’implique la venue d’un enfant dans ce monde. Elles connaissent leurs limites, leur santé physique et mentale, l’état de leur relation amoureuse, leurs envies et besoins actuels. Forcer une femme à garder un enfant, ce n’est pas être pro-vie, c’est l’empêcher de vivre sa propre vie.

Pourquoi se dire pro-vie quand on est en réalité contre elle ? À mon sens, on n’est pas « pro-vie » quand on nie à quelqu’un.e le droit de décider de sa propre vie ou mort. Tout comme on ne dit pas « pro-avortement » (toute femme préférerait ne pas tomber enceinte plutôt que de devoir être confrontée à cette décision), mais plutôt « pro-choix », je préconise l’emploi de « anti-choix », car tout est une question de choix finalement. Et aimeriez-vous qu’une autre personne vous impose ses choix ? Je ne crois pas.

Vous êtes seul.e maître de votre vie. Vivez donc la vôtre sans imposer vos choix à autrui !