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Le Nouvel An persan

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La semaine dernière, à l’occasion de la réunion mensuelle du club de lecture, j’ai eu la chance d’assister à un exposé sur Norouz, le Nouvel An persan. Sima, une Iranienne membre du club, nous avait demandés il y a déjà plusieurs mois si l’on pouvait dédier la réunion de mars à cet événement festif qui lui tient à cœur, surtout en ces temps sombres pour son pays. Comme cette fête célébrée autour de l’équinoxe du printemps tombe cette année exactement ce vendredi 20 mars, j’avais envie de vous partager ce pan de culture iranienne que Sima nous a généreusement fait découvrir.

Table traditionnelle pour le Nouvel An persan

Norouz est une célébration vieille de plus de 3 000 ans, qui est toujours observée de nos jours en Iran, mais aussi en Afghanistan, en Ouzbékistan, en Turquie et même dans certains pays des Balkans ou d’Asie centrale. Contrairement à ce que l’on pourrait croire (vu l'amalgame courant entre « arabe » et « islam »), Norouz n’est pas une fête musulmane (bien qu'elle coïncide cette année avec la fin du Ramadan). Elle vient d’une religion beaucoup plus ancienne : le zoroastrisme. Sima nous a expliqué qu’elle était célébrée par toutes les communautés de son pays, peu importe leur foi, ajoutant que l’Iran était ouvert à toutes les religions avant de tomber sous le régime de l’ayatollah.

Signifiant « nouveau jour » en langue persane, Norouz célèbre le renouveau. Sima a évoqué avec émotion son enfance en Iran, se remémorant la préparation de cette fête familiale par excellence. Pour l’occasion, il est de coutume de revêtir de nouveaux vêtements, surtout les enfants. Elle s’est rappelé le plaisir d’aller acheter de nouvelles chaussures et une nouvelle robe chaque année à l’arrivée du printemps. La famille est au cœur de Norouz. Pour la rassembler et lui assurer la prospérité pour l’année à venir, il est de tradition de dresser une table Haft Sin. Comme une partie de sa famille vit encore en Iran et qu’elle n’a plus remis les pieds sur sa terre natale depuis 2019, Sima tenait à célébrer ce moment avec les membres du club de lecture. Elle a donc pris tous les éléments nécessaires pour confectionner sa table Haft Sin et nous a expliqué tout ce qu’elle symbolise.

« Haft » signifie « sept » et « Sin » est la 15e lettre de l’alphabet perso-arabe (س), qui correspond à notre « s ». La table doit ainsi comporter obligatoirement 7 éléments commençant par la lettre « Sin », chacun symbolisant un aspect de la vie. Sur la table préparée par Sima, que j’ai prise en photo, vous pouvez retrouver :

  • des pommes (seeb) pour la beauté et la bonne santé,
  • de l’ail (seer) pour la médecine,
  • des olives de Bohême (senjed) pour l’amour,
  • des baies de sumac (somāq) pour le lever du soleil,
  • du vinaigre (serkeh) pour l’âge et la sagesse,
  • de la jacinthe (sonbol) pour l’arrivée du printemps,
  • du sabzeh (soit des germes de blé, orge ou lentille qui ont poussé dans un bol pendant au moins 10 jours), pour la renaissance.

À ces 7 éléments, qui peuvent légèrement varier selon les régions, s’ajoutent un bocal avec 2 poissons rouges pour symboliser la vie et le mouvement, un miroir pour inciter à la réflexion, des œufs peints pour garantir la fertilité, une bougie pour assurer le bonheur, et un livre sacré ou un recueil de poésie pour rendre hommage à la culture perse. Pour cette réunion spéciale du club de lecture, nous avions d’ailleurs lu les Rubâ’iyât d’Omar Khayyâm, un savant perse du XIe siècle. (J'avoue avoir eu du mal à les apprécier car la version anglaise disponible dans la librairie était une traduction littérale donc beaucoup moins poétique que le texte d'origine. Cependant, si vous voulez en avoir un aperçu, vous pouvez écouter ici une traduction française de l'un de ses quatrains.). Et bien sûr, une fête ne serait pas complète sans quelques douceurs, que Sima et son amie avaient préparées pour notre plus grand plaisir.

Sima nous a expliqué que plusieurs superstitions étaient liées à la fête, dont celle d’avoir tous les membres de la famille autour de la table à l’heure exacte du début de Norouz (qui tombe ce 20 mars 2026 à 18h16 à Téhéran), au risque de voir la personne absente de la tablée disparaître au cours de la nouvelle année. Elle nous a raconté, le sourire aux lèvres, que son père prenait toujours un malin plaisir à venir s’assoir à table à la dernière seconde, mettant sa mère dans un grand état de stress.

Comme nos carnavals qui s’étirent sur plusieurs semaines entre mars et avril, Norouz dure une dizaine de jours pendant lesquels les Iranien.ne.s rendent visite à leurs proches. Le 13e jour marque la fin des célébrations avec la fête de Sizdah bedar. Peu importe la météo ce jour-là, les Iranien.ne.s organisent traditionnellement un pique-nique au bord d’un cours d’eau pour y jeter les pousses de sabzeh et se débarrasser des énergies de l’année écoulée. Sima nous a ainsi fait part de son espoir de voir la guerre se terminer rapidement pour permettre à ses compatriotes d’observer cette tradition, qui symboliserait un véritable renouveau pour l’Iran.

Cette réunion particulière au club de lecture m’a beaucoup touchée. Les actualités nous font parfois oublier que nous sommes tous et toutes lié.e.s par les mêmes aspirations et traditions humaines, comme celle de se rassembler en famille pour marquer le temps qui passe. Je pense aux Iraniens et aux Iraniennes aujourd’hui qui célèbrent cette fête extrêmement symbolique dans la peur des bombes, tout en nourrissant l’espoir d’un « nouveau jour » pour leur pays. De tout mon cœur, je leur souhaite un Norouz Mubarak (نوروز مبارک) ! Que cette nouvelle année leur apporte enfin la paix et la liberté