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Quand la littérature et la liberté d’expression sont poignardées

Publié le

Je ne pensais pas écrire d’article durant mes vacances en Albanie (j'y suis toujours à l'heure où j'écris ces lignes), mais l’actualité m’a poussée à prendre la plume. Vendredi 12 août 2022, Salman Rushdie a été poignardé au cou et à l’abdomen lors d’une conférence aux États-Unis, 33 ans après la terrible fatwa lancée contre lui. Ayant eu la chance d’assister à 2 conférences de ce grand auteur (j'avais d'ailleurs parlé de la dernière rencontre ici), j’ai été horrifiée par la nouvelle. L’agresseur a heureusement raté son coup, et doublement, car l’écrivain en ressort vivant et son livre, diabolisé par l’ayatollah Khomeini, est remis sur le devant de la scène et vendu par milliers.

Photo de Wendy van Zyl

J’ai malheureusement déploré les nombreux commentaires évoquant la lecture imbuvable des Versets sataniques sur plusieurs groupes de lecture. Il faut savoir que l’écriture de Salman Rushdie est extrêmement riche et donc pas toujours accessible. L’auteur fait en effet de nombreuses références littéraires, culturelles et religieuses. J’ai lu Les Versets sataniques il y a plusieurs années et je sais que plusieurs références ont échappé à mon esprit occidental. En le lisant, je ne comprenais d’ailleurs pas pourquoi il avait été qualifié de livre blasphématoire. Je me suis donc renseignée et voulais partager avec vous ce que j’ai appris.

Loin d’aborder uniquement la religion, Les Versets sataniques explore une grande diversité de thèmes, dont les principaux concernent la lutte entre le bien et le mal, mais aussi l’immigration, le déracinement, le racisme et tout un tas d’autres sujets. Salman Rushdie aime en effet laisser son esprit vagabonder, ce qui explique la grande richesse de ses romans. Le passage qui a été considéré comme un blasphème par l’ayatollah se trouve au deuxième chapitre. L’auteur y parle de Mahound (équivalent du prophète Mahomet) qui veut instaurer une nouvelle religion après avoir reçu des versets du diable. Cet épisode n’a pas été créé de toutes pièces par l’écrivain mais s’inspire du Coran. Tout comme Jésus aurait été tenté par le diable lors de son séjour dans le désert, le prophète Mahomet aurait déclamé des versets sataniques avant de se rendre compte de son erreur. Certains courants islamiques remettent toutefois en cause l’authenticité de cet épisode. Pour plus d’informations à ce sujet, je vous invite à écouter les explications de ce religiologue. L’autre raison pour laquelle la fatwa a été émise est que Salman Rushdie est accusé d’apostasie, puisqu’il a renoncé à l’islam, et d’athéisme. En bref, il est menacé de mort simplement pour une dizaine de pages et pour avoir pris la liberté de ne plus croire.

Si la fatwa a été prononcée en 1989, la tête de Salman Rushdie fait toujours l’objet d’une prime s’élevant à plus de 3 millions de dollars, ce qui expliquerait cet attentat barbare. L’écrivain a vécu plus de 30 ans avec cette épée de Damoclès. Il raconte cette vie de dissimulation, d’attentats manqués, de changements constants de domiciles et de protection par des gardes du corps dans son autobiographie intitulée Joseph Anton, en référence au pseudonyme qu’il a pris pendant plusieurs années, sortie en 2012. Dans ces mémoires, il revient également sur les événements tragiques qui ont découlé de cette fatwa. Il faut en effet savoir que Salman Rushdie n’est pas la seule victime. Toutes les personnes qui ont aidé à faire connaître son roman sont ciblées. Son traducteur japonais, Hitoshi Igarashi, a été poignardé à mort en 1991. La même année, son traducteur italien Ettore Capriolo subit lui aussi une agression au couteau, dont il réchappe. Deux ans plus tard, son éditeur norvégien William Nygaard échappe de justesse à plusieurs coups de feu. L’année 1993 sera la plus mortelle, 37 personnes perdant la vie dans un incendie criminel provoqué dans un hôtel en Turquie pour tenter de tuer le traducteur turc Aziz Nesin. À ces victimes s’ajoutent plusieurs libraires et diverses personnes ayant exprimé leur soutien à Salman Rushdie.

J’espère sincèrement que l’acte de barbarie commis ce vendredi 12 août n’entraînera pas d’autres attentats de ce genre et que Salman Rushdie pourra continuer de nous fasciner par ses talents de conteur et ses romans mêlant faits réels, mythologie et magie. Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite d’ailleurs à découvrir son œuvre.

À propos de Elise Lignian

Traductrice de l'anglais, du russe et de l'espagnol vers le français, je travaille en tant qu'indépendante. Rédaction, correction, révision de traduction et traduction sont les services que j'offre à mes clients. Pour plus d'informations à mon sujet, consultez dès maintenant mon site http://translovart.com.

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