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Critique linguistique de la série Shōgun, de Justin Marks et Rachel Kondo

Comme expliqué dans mon premier bilan de l’année, mon mois de janvier a été très calme. Profitant de soirées plus tranquilles, mon cher et tendre et moi-même avons enfin visionné une série qui nous faisait de l’œil depuis plusieurs mois : Shōgun, série anglo-japonaise réalisée par Justin Marks et Rachel Kondo. Nous avons adoré, mais en tant que linguistes, nous avons tiqué sur certaines choses…

Photo de Karthik B K sur Unsplash
(pas de photo officielle de la série, mais ça reste dans le thème)

Sortie en 2024 sur les petits écrans (dotés d'un abonnement Disney +), cette série est basée sur le roman homonyme de James Clavell, publié en 1975. L’ouvrage avait déjà été adapté pour la télévision quelques années plus tard. Les personnes qui ont passé leur adolescence ou vie de jeune adulte dans les années 1980 la connaissent peut-être. Shōgun raconte l’histoire de John Blackthorne, un pilote maritime anglais au gouvernail d’un navire hollandais qui s’échoue au début du XVIIe siècle sur les côtes japonaises, un territoire alors de plus en plus aux prises des Jésuites portugais. Capturé avec le reste de l’équipage par le seigneur Yoshii Toranaga, Blackthorne est vite considéré comme un atout par ceux qui le tiennent prisonnier. Pour percer les secrets de cet homme qui parle une langue totalement étrangère aux oreilles nippones, Toda Mariko, une Japonaise convertie au christianisme par les Jésuites portugais, devient rapidement la « traductrice » attitrée de Blackthorne. S’ensuit tout un jeu politique passionnant dont je ne vais pas parler ici, je vous laisse le plaisir de découvrir la série.

Si vous avez déjà lu mon article à ce sujet, vous aurez peut-être déjà trouvé le petit détail sur lequel j’ai tiqué dès l’introduction de Mariko. Je ne sais pas comment est qualifié le rôle de ce personnage dans la version française, mais dans la version originale, elle est toujours présentée comme la traductrice de Blackthorne, alors qu’on ne la voit jamais assise à un bureau pour traduire les écrits du pilote. Elle n’est pas sa traductrice, mais son interprète (c'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup... sur la méconnaissance du métier).

Outre cette erreur commune, ce qui m’a le plus perturbée, du moins dans la version originale, est l’incohérence dans le choix des acteurs. Je m’explique. L’un des points forts de la série est qu’elle nous plonge vraiment au Japon en faisant appel à des acteurs japonais ou d’origine nippone qui parlent dans leur langue (dont Anna Sawai dans le rôle de Mariko et Hiroyuki Sanada dans celui du seigneur Toranaga). John Blackthorne est incarné par l’acteur britannique Cosmo Jarvis, jusque-là tout va bien. Là où ce n’est plus cohérent, c’est lorsque l’on présente Toda Mariko à John Blackthorne. Dans l’histoire, elle est une Japonaise qui a appris le portugais au contact des Jésuites. De son côté, Blackthorne ne parle aucun mot de japonais, mais peut s’exprimer en latin et en portugais. Mon cerveau a complètement buggé lorsque le seigneur Toranaga a demandé à Mariko d’interpréter ses propos en portugais à Blackthorne. Comme le sous-titre indiquait « traduire en portugais », je m’attendais à ce que Mariko et Blackthorne échangent dans cette langue. Or, ils ne communiquent qu’en anglais. Le portugais, bien présent dans le contexte de l’histoire, est totalement absent dans l’audio de la série. Je comprends tout à fait qu’il soit compliqué de trouver des acteurs qui parlent à la fois le japonais, l’anglais et le portugais, mais ça reste, de mon avis, un grosse incohérence. L’immersion dans la série aurait été plus totale si les 3 langues étaient parlées. Bon, ça fait beaucoup de sous-titres à lire, mais personnellement, cela ne me dérange absolument pas (du moment qu'ils sont le fruit du travail de professionnel(le)s).

En dehors de ces critiques, j’ai été happée par l’histoire, les décors et costumes absolument sublimes, bien qu’il y ait pas mal de scènes sanguinolentes. J’ai adoré découvrir la culture japonaise, avec ses cérémonies du thé, les traditions des samouraïs, et surtout les passages où Mariko compose des poèmes. Je recommande donc la série MAIS en vous répétant bien que Mariko n’est pas la TRADUCTRICE de Blackthorne, mais son INTERPRÈTE (ne faites plus l'erreur).