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Une vie, de Simone Veil

Lu à cheval sur 2 années, Une vie est le premier livre que j’ai terminé en 2024. Reçu à Noël dernier (comprenez en 2022), il a été une lecture dense, parfois compliquée, mais riche en apprentissages. Cette autobiographie a été publiée en 2007, 10 ans avant la mort de son autrice, mais j’avais quand même envie d’en faire un billet Croque-Livre.

Le livre se divise en 11 chapitres et se termine par des annexes reprenant les plus grands discours de Simone Veil. Il comporte également plusieurs photographies immortalisant les grands moments de la vie de cette femme politique au parcours incroyable. Les 4 premiers chapitres sont consacrés à son enfance et à son adolescence, marquées par l’Holocauste et une année d’horreurs dans le camp d’Auschwitz-Birkenau. Simone Veil nous embarque ensuite dans le début de sa vie active en tant que magistrate au cinquième chapitre, suivi par sa nomination en tant que ministre de la Santé sous le gouvernement de Jacques Chirac en 1974. C’est dans ce sixième chapitre qu’elle raconte les dessous de la présentation du projet de loi sur l’avortement. Elle replonge les lecteurs dans les innombrables débats autour de l’IVG à cette époque et les circonstances dans lesquelles la loi a été finalement adoptée. Le septième chapitre se penche sur l’autre grand combat de Simone Veil : la construction de l’Union européenne. Elle y parle de son travail de députée et de présidente du Parlement européen (la première femme élue à ce poste au suffrage universel). Le chapitre suivant la voit reprendre les rênes du ministère de la Santé et des Affaires Sociales en devenant Ministre d’État dans le gouvernement d’Édouard Balladur, qui l’avait notamment chargée de résoudre le problème du déficit de la sécurité sociale. Plus courts, les 2 chapitres suivants parlent de sa nomination au Conseil constitutionnel en 1998, puis de son retrait de la vie politique. Le dernier chapitre est consacré à la reconnaissance des Justes, ces Français et Françaises qui ont aidé la population juive et toutes les autres personnes discriminées durant la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu’à la Fondation pour la mémoire de la Shoah, qu’elle a présidée de 2001 à 2007. Les 60 dernières pages reprennent 4 grands discours de Simone Veil : son allocution à l’occasion de la cérémonie internationale de commémoration du soixantième anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, celui prononcé le 26 novembre 1974 à l’Assemblée nationale pour la proposition de modification de la législation sur l’avortement, son discours d’intronisation le 17 juillet 1979 en qualité de présidente du Parlement européen et celui qu’elle a tenue en 2008 à l’occasion de la cérémonie du Panthéon en hommage aux Justes de France.

Si les 6 premiers chapitres m’ont fortement intéressée, j’avoue avoir eu un peu plus de mal à me concentrer durant les passages consacrés à la politique française. Étant Belge et d’une autre génération que madame Veil, j’étais un peu perdue lorsqu’elle faisait référence à certaines affaires. J’étais aussi quelque peu dérangée par son utilisation systématique du masculin pour parler de ses titres et de ceux de ses collègues féminines (elle emploie « conseiller d'État » pour qualifier Collette Meme et « président de la cour d'appel de Paris » pour Myriam Ezratty). Son cinquième chapitre s’intitule en outre « Magistrat » et non « Magistrate ». Mais bon, on ne parlait pas encore autant d’écriture inclusive en 2007. J’ai aussi été un peu choquée par quelques éléments de son fameux discours sur l’avortement. Je ne connaissais en effet que sa citation la plus célèbre, mais ne savais pas, par exemple, que « si la loi n’interdit plus, elle ne crée aucun droit à l’avortement » et que l’un de ses objectifs était de dissuader les femmes d’y recourir. Les féministes et childfree actuelles grinceraient également des dents en lisant cette phrase :

« Rares sont les femmes qui ne désirent pas d’enfant ; la maternité fait partie de l’accomplissement de leur vie et celles qui n’ont pas connu ce bonheur en souffrent profondément. »

Rappelons quand même qu’il s’agit d’un texte datant des années 1970. Simone Veil explique qu’elle avait pesé chaque mot de son discours pour faire en sorte qu’il soit accepté par les députés les plus récalcitrants. Elle dit d’ailleurs :

« Rien ne sert à travestir les faits : face à un milieu au conservatisme très marqué, je présentais le triple défaut d’être une femme, d’être favorable à la législation de l’avortement, et enfin d’être juive. »

Inutile de dire qu’elle a donc dû se battre 2 fois plus pour faire entendre sa voix et celle des femmes de son époque.

Ce livre m’aura appris que Simone Veil, outre son combat contre les discriminations envers les femmes en France, avait également œuvré pour les malades du SIDA et qu’elle défendait ardemment l’Europe et la réconciliation franco-allemande malgré les épreuves inimaginables qu’elle a traversées. Une dame extraordinaire de résilience. Décédée en 2017, Simone Veil a bien mérité son entrée au Panthéon en 2018.