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Le cas Gorman

Publié le

Si la semaine dernière, j’avais abordé le sexisme dans la langue française, aujourd’hui je voulais parler de racisme en abordant le cas Gorman. Cela fait en effet plusieurs semaines que le monde de la traduction est secoué par cette affaire dont vous avez peut-être entendu parler à la radio ou dans les journaux. Si ce n’est pas votre cas, petit retour sur l’histoire.

Photo by Polina Kovaleva on Pexels.com

Durant l’investiture de Joe Biden, la poétesse Amanda Gorman avait déclamé le magnifique poème The Hill We Climb. Le texte a tant ému que les éditeurs se sont empressés de le publier et de chercher des traducteurs pour diffuser le message de la jeune femme aux quatre coins du monde. Aux Pays-Bas, c’est l’auteure Marieke Lucas Rijneveld qui a été choisie, avec l’approbation d’Amanda elle-même. Ravie de pouvoir traduire ce texte, Marieke a pourtant fini par jeter l’éponge à force de subir des pressions de toutes parts. À cause de quoi ? De sa peau, bien trop blanche comparée à celle d’Amanda qui, j’avais oublié de le préciser, est noire. La même chose est arrivée en Espagne, où le poète et traducteur Victor Obiols s’est vu refuser sa traduction parce qu’il ne correspondait plus au profil recherché (non seulement, il est blanc, mais en plus, il est de sexe masculin et il a près de trois fois l’âge d’Amanda). Certains invoquent la discrimination positive, d’autres parlent de «surplomb de la pensée blanche». S’en sont suivis des tas d’articles pour savoir si un traducteur devait être choisi en fonction de sa couleur de peau… Non seulement, c’est ridicule, mais cela démontre encore une fois que la profession est toujours méconnue.

Le rôle du traducteur n’est pas d’imposer sa propre pensée, mais justement de transmettre la pensée d’une personne issue d’une autre culture, d’une autre région du monde, d’une autre époque et donc aussi d’une autre couleur de peau ou d’un autre sexe… Est-ce qu’il faut absolument être un homme britannique du XVIe siècle pour traduire Shakespeare ? Est-ce qu’il aurait fallu opter pour un traducteur noir, qui occupe de préférence le poste de président, pour la traduction du livre de Barack Obama (comme l’a si bien dit la traductrice Jakuta Alikavazovic dans ce podcast sur la traduction) ? La réponse est non. Pourquoi ? Parce que l’objectif du traducteur est de transmettre le message, en respectant le plus possible la pensée de l’auteur et en l’adaptant suffisamment au lectorat ciblé pour qu’ils puissent la comprendre. Et désolée de vous décevoir, mais je n’ai pas de Polynectar sur mon bureau pour pouvoir mieux traduire (les fans d’Harry Potter comprendront). Bien sûr, un traducteur peut avoir de plus grandes affinités avec certains textes. D’ailleurs, un vrai professionnel n’acceptera jamais de traduire un texte dont il ne se sent pas à la hauteur. Mais dire à une femme blanche qu’elle n’a pas le droit de traduire une femme noire, c’est typiquement du racisme selon moi. Quand bien même, l’éditeur trouverait une femme noire, militante et du même âge qu’Amanda, elle n’aura pas forcément la même pensée que la jeune poétesse afro-américaine. Pourquoi ? Tout simplement parce que chacun a sa propre pensée, et cela n’a rien à voir avec son sexe, sa couleur de peau, son âge ou sa taille. Bien sûr, notre pensée est façonnée par nos expériences de vie, notre éducation, nos origines. Mais chaque pensée reste unique. Et le rôle du traducteur, c’est de faire connaître cette pensée unique à ceux qui ne parlent pas la même langue. Comment ? Par son expertise du langage et son empathie. Parce que oui, pour moi, il faut faire preuve d’empathie pour être traducteur, surtout dans le domaine littéraire. Car pour pouvoir transmettre le message d’une personne le mieux possible, il faut pouvoir se mettre à sa place. Et ça, on peut le faire quelle que soit notre couleur de peau…

Bref, je ne vais pas m’épancher plus sur le sujet, je vais juste vous renvoyer à cet excellent article de la traductrice et écrivaine Bérengère Viennot, qui exprime bien mieux que moi tout ce que je voulais dire et bien plus !

À propos de Elise Lignian

Traductrice de l'anglais, du russe et de l'espagnol vers le français, je travaille en tant qu'indépendante. Rédaction, correction, révision de traduction et traduction sont les services que j'offre à mes clients. Pour plus d'informations à mon sujet, consultez dès maintenant mon site http://translovart.com.

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  1. Pingback: Ça m’énerve : le manque d’espaces insécables sur WordPress | Translovart

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