Cette semaine a marqué la rentrée des enseignants et des élèves. C’est également la reprise pour plusieurs entreprises après les mois plus calmes de l’été. Née au mois de septembre, j’ai toujours aimé cette période de renouveau, les cahiers et stylos tout neufs, le vent plus frais qui dégage déjà des parfums d’automne. Mais cette année, la rentrée m’a laissé un goût amer.

Vers le milieu du mois d’août, ma boîte e-mail a commencé à recevoir des demandes ProZ concernant la rédaction de prompts, c’est-à-dire des commandes écrites destinées à une intelligence artificielle pour qu’elle puisse exécuter diverses tâches. Dans un autre e-mail, une agence cherchait des traducteurs ou traductrices pour évaluer les réponses générées par un chatbot (agent conversationnel) équipé d’une intelligence artificielle générative. Je n’ai pas répondu à ces annonces, ayant toujours l’impression de me tirer une balle dans le pied en aidant l’IA à s’améliorer ou à préparer le remplacement d’autres travailleurs…
Puis, fin du mois, j’ai essuyé un premier coup dur. Depuis la perte du contrat de mon agence de traduction avec la Commission européenne, ma charge de travail s’est fortement réduite. J’avais toutefois réussi à rééquilibrer plus ou moins les choses en acceptant davantage de rédactions. C’était jusqu’à cette rentrée. L’un des gros clients de la boîte de rédaction pour laquelle je travaille principalement a décidé que les prochains textes devront être rédigés avec l’aide de l’IA. Cela entraîne bien évidemment une baisse du tarif, étant donné que les articles seront écrits plus rapidement. Alors, je ne perds pas le boulot, ce n’est pas comme si le client se retirait complètement, mais je n’ai pu m’empêcher d’être profondément attristée par cette décision. Je comprends parfaitement le choix du client : obtenir des textes plus rapidement pour moins cher, c’est tentant. Je sais aussi que, comme mon cher et tendre n’arrête pas de me le répéter, l’IA m’aidera dans mon travail, que je serai probablement plus productive. La qualité des textes générés par l’IA est de plus en plus grande et je pourrai me faire de l’argent facile, n’ayant plus grand-chose à faire… Mais je n’ai pas envie de n’avoir plus grand-chose à faire. L’argent, c’est bien, mais ce n’est pas ça qui me fait vibrer. Que fait-on de la satisfaction d’avoir créé quelque chose soi-même ?
Je sais que j’ai eu beaucoup de chance jusqu’à présent de faire un métier que j’aime, mais je sens que le vent va tourner bien plus rapidement que je ne le pensais. Je n’ai plus le choix, je vais devoir apprivoiser l’IA, même si cela me donne l’impression désagréable de me sentir inutile, démodée, dépassée… Bref, le moral n’est pas au beau fixe en cette rentrée, mais je vais tenter de garder le cap, me former, trouver de nouveaux prospects. Des prospects pour qui la qualité prime l’instantanéité, et qui cherchent encore cette petite touche qui rend les textes plus humains.
Courage à tous les freelances qui passent par cette même transition que moi !