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Point culture trimestriel 2025 3/4

Le troisième trimestre de l’année 2025 s’est déjà écoulé, l’occasion de revenir sur mes coups de cœur culturels durant ces 3 mois d’été.

LECTURE

Les livres du club de lecture ont occupé la majorité de ma bibliothèque ces derniers mois. Ils sont 3 sur les 4 ouvrages lus dernièrement, même si j’ai aussi poursuivi entretemps la lecture des essais de Salman Rushdie dans son recueil Languages of Truth. J’ai par contre une pile à lire énorme donc j’ai hâte de profiter des mois plus cosy de l’automne pour me remettre plus assidûment à la lecture.

  • The Silence In Between, de Josie Ferguson (ma note : 4,5/5)

Moins de 10 heures de lecture m’ont été nécessaire pour terminer le premier roman de cette autrice suédoise qui a vécu une bonne partie de sa vie à Londres et habite désormais à Singapour. Son livre ne nous embarque pas dans cette destination exotique, mais dans le Berlin à l’époque de l’édification du mur. Je vous traduis la quatrième de couverture pour vous donner plus de contexte :

« Berlin 1961. Lisette est à l’hôpital avec son bébé. Les médecins lui disent de rentrer chez elle et de se reposer, mais quand elle se réveille, tout a changé. Pendant la nuit, la frontière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest s’est fermée, divisant la ville en deux. Lisette est emmurée dans l’Est, son bébé est dans l’Ouest. Ce n’est cependant pas la première fois qu’elle vit dans une ville divisée. Elly, la fille adolescente de Lisette, a toujours eu du mal à comprendre la distance entre elle et sa mère. Elles vivent toutes les deux pour la musique, mais si Elly entend des notes autour de chaque personne qu’elle rencontre, la musique a disparu pour sa mère. Elly peut-elle désormais trouver un moyen de combler ce silence ? Se déroulant sur deux époques, la Seconde Guerre mondiale et les événements tumultueux de 1961, The Silence in Between explore les liens indestructibles de la famille, la résilience des femmes, et jusqu’où elles iront pour protéger ceux qu’elles aiment. »

J’ai vraiment adoré l’histoire, même si certains éléments étaient un peu trop faciles à deviner. J’ai aime découvrir un pan de l’Histoire que je ne connaissais pas, à savoir comment les Allemands ont vécu la fin de la guerre. Le récit est passionnant et la lecture est agrémentée de jolis passages poétiques, dans lesquels l’autrice use de métaphores, comme « My slippers sink deep down into the snow, winter’s white hands grabbing at my ankles » (ma traduction : « Mes chaussons s'enfoncent dans la neige, les mains blanches de l'hiver saisissant mes chevilles ») ou « The afternoon stretches lazily like a cat, uninterested in the passing of time, ignorant of my need for it to speed up » (« L'après-midi s'étirait paresseusement comme un chat, indifférent au temps qui passe, ignorant mon besoin de le voir s'accélérer »). Bref, une belle découverte, malheureusement pas encore accessible en français, à ma connaissance.

  • The Ghost Ship, de Kate Mosse (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour le mois d’août dans mon club de lecture était une petite brique de 486 pages, dévorées en une douzaine d’heures. Je ne connaissais absolument pas cette romancière britannique, mais beaucoup des membres du club avaient lu plusieurs de ses ouvrages, qui sont principalement des sagas historiques, dont la majorité sont traduites en français par Caroline Nicolas. The Ghost Ship est le troisième tome de ses chroniques sur la famille Joubert, et est disponible en français sous le titre La Cité des mers. Le fait qu’il s’agisse d’une saga ne m’a pas particulièrement dérangée car le roman pouvait se lire indépendamment des autres. Il m’a juste laissée sur ma faim vu qu’on ne sait pas ce qui se passe pour 2 personnages importants à la fin du roman… J’étais un peu moins fan de l’écriture, l’autrice utilisant plusieurs fois les mêmes expressions, mais l’histoire était assez passionnante pour me donner envie de tourner les pages. Cela m’a un peu rappelé les sagas historiques de Pierre Lemaitre, bien que je préfère largement ces dernières, beaucoup mieux écrites à mon goût. Si vous aimez les histoires de pirates, l’ambiance du XVIIe siècle et les conflits religieux, La Cité des mers devrait vous plaire.

  • En moi le ciel et la terre, de Fabrice Colin (ma note : 4,5/5)

Entre 2 bouquins anglais pour le club de lecture, je me suis fait plaisir avec un roman français qui avait attiré mon regard la dernière fois que je suis passée à la librairie Chantelivre de Tournai. Toujours en quête de découvrir de grandes oubliées de l’Histoire, je n’ai pas pu résister à cette sorte de biographie romancée d’Elisa Deroche, également connue sous les noms de Raymonde de Laroche ou simplement de La Baronne. Actrice, mannequin puis pilote d’avion figurant parmi les premières personnes à défier la gravité, cette femme méritait bien qu’on écrive un roman à son sujet. Et Fabrice Colin l’a fait avec une très belle plume et un riche vocabulaire, me faisant parfois ressortir mes dictionnaires face à des mots d’antan beaucoup moins usités. Son roman se lit comme un journal écrit à la première personne, passionnant durant une majeure partie du livre, mais qui m’a un peu déçue vers la fin, les belles phrases du départ se transformant en une simple suite d’informations sur les vols effectués par La Baronne à la fin de sa vie. Cela dit, la lecture de ces 56 pages ont été un beau moment.

  • All the Colours of the Dark, de Chris Whitaker (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour la réunion de mon club de lecture de septembre était un roman policier de 580 pages. Pas tellement attirée par ce genre littéraire, j’ai été vite happée par cette chasse au meurtrier en série et à la recherche de jeunes femmes disparues, mêlée à des histoires d’amour, dans l’Amérique des années 1970. Il aborde certains thèmes chers à mes convictions féministes, tels que le droit à l’avortement et la violence conjugale, et met en scène une femme résiliente qui force le respect. Certains passages étaient un peu longs ou me semblaient trop détaillés, mais j’ai vraiment adoré la fin, où toutes les petites informations disséminées au fil du livre se sont assemblées les unes aux autres comme un puzzle. Le dénouement de l’affaire criminelle était vraiment inattendu, ce qui montre le talent de ce jeune auteur britannique. Vous pouvez lire cette histoire en français sous le titre Toutes les nuances de la nuit grâce au travail de la traductrice Cindy Colin-Kapen, à qui je tire mon chapeau car certains passages ne me semblent vraiment pas simples à traduire !

FILMS / SÉRIES

Mon cher et tendre et moi-même avons toujours l’habitude de regarder une série ou un film en mangeant le soir. Si beaucoup de ces œuvres visuelles ne sont pas restées gravées dans ma mémoire, certaines m’ont particulièrement marquée. Je reprends donc ici celles dont je voulais absolument parler.

  • The Girlfriend, série réalisée par Robin Wright (ma note : 4,5/5)

C’est rare qu’une série me reste en tête, mais celle-ci m’a vraiment tenue en haleine durant ses 6 épisodes (disponibles sur Prime Video). Elle est adaptée du premier roman de l’autrice américaine Michelle Frances, devenu un best-seller, traduit en français par Antoine Guillemain sous le titre La Petite Amie. Je n’ai jamais lu le livre donc je ne sais pas s’il suit la même structure que la série, mais c’est surtout cela que j’ai apprécié. L’histoire tourne autour de 3 personnages principaux : Laura, une femme de la haute société pour qui tout semble réussir, Daniel, son fils adoré, et Cherry, la nouvelle petite amie de ce dernier, qui tente de cacher son passé. Chaque épisode est divisée en 2 parties, chacune exposant le point de vue de Laura, puis celui de Cherry, ou inversement. On voit ainsi les mêmes événements interprétés différemment par la mère ou par la petite amie de Daniel, ce qui empêche les spectateurs de vraiment savoir laquelle de ces femmes est problématique. J’ai beaucoup aimé cette façon de présenter les choses, car ça démontre bien comment chaque personne peut interpréter différemment les faits, en raison de ses propres traumas, de son propre vécu, ou de sa propre réalité. Bref, je ne peux que la recommander !

  • Wednesday (ou Mercredi), série réalisée par Tim Burton (ma note : 4/5)

Si vous avez lu mon point culture du dernier trimestre, vous devez savoir que j’ai toujours aimé l’univers de Tim Burton. Quand sa série sur la famille Addams est sortie en 2022, je n’étais que joie. Bon, ce n’est pas la meilleure série de tous les temps, clairement, mais je voulais en parler pour 2 passages que j’ai vraiment adorés, artistiquement parlant. Dans le premier épisode de la deuxième saison, j’ai ainsi eu le bonheur d’entendre mon morceau de musique classique favori de tous les temps, la Danse des chevaliers de Roméo et Juliette de Prokofiev, interprétée au violoncelle par Mercredi Addams. D’habitude, je suis toujours déçue par les reprises de ce morceau, mais là, j’ai tout simplement adoré. Mêler cette mélodie inégalable au décor burtonesque et au thème musical de Danny Elfman, c’était un petit bonbon audiovisuel pour moi (à l'exception d'un certain passage visuel incluant un monstre à 8 pattes) ! La deuxième surprise de la série a été chorégraphique. Lors du bal donné lors du septième épisode de la saison, les personnages de Enid et d’Agnes dansent sur la chanson The Dead Dance de Lady Gaga, qui apparaît d’ailleurs elle-même dans la série. J’ai aimé l’ingéniosité du chorégraphe, utilisant les pouvoirs d’invisibilité d’Agnes pour créer des portés spectaculaires. Si vous aimez Lady Gaga et Tim Burton, je vous invite aussi à découvrir le clip en noir et blanc de The Dead Dance que le réalisateur a dirigé pour la chanteuse, qui incarne une poupée de porcelaine dansant sur les pas de la chorégraphe Parris Goebel (qui m'avait impressionnée avec Abracadadra, dont j'ai parlé dans mon premier point culture trimestriel de l'année).

  • Le Comte de Monte-Cristo, film réalisé par Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (ma note : 4,5/5)

Sorti en 2024, ce long métrage était sur ma liste des films à voir depuis longtemps. Il était temps que le personnage du roman homonyme d’Alexandre Dumas soit joué par un acteur moins détestable que Depardieu… Et Pierre Niney l’incarne avec brio ! Je n’ai tout simplement pas vu passer les quasi 3 heures du film. Les décors sont grandioses, les acteurs excellents et le rythme de l’action captivant. Cela faisait longtemps qu’un film français m’avait autant passionnée. Un très beau film de cape et d’épée selon moi !

SPECTACLES / EXPO

Mon été a été marqué par un city-trip avec ma belle-famille à Vienne, où j’ai pu visiter de nombreux musées et assister à quelques spectacles. Je ne vais pas expliquer de nouveau ici en détail chaque lieu ou représentation, mais simplement citer mes 3 coups de cœur :

  • Le musée Sissi : beaucoup de pièces exposées, un parcours dans le palais de la Hofburg et un audioguide très complet.
  • Les concerts du Wiener Mozart Orchester au Musikverein : un régal pour les yeux et les oreilles, si l’on fait abstraction de l’entrée des retardataires dans la salle.
  • Light of Creation à la Votivkirche : un spectacle son et lumière de 30 minutes absolument splendide qui donne vie au décor de l’une des plus belles églises de Vienne.

Une fois n’est pas coutume, je termine par un coup de cœur musical pour une œuvre du XVIIIe siècle que j’ai découverte lors d’une de mes traductions pour ma cliente espagnole. Il s’agit des Élémens (pas de faute d'orthographe ici, c'est du vieux français), un opéra-ballet de Jean-Féry Rebel, et plus particulièrement de son premier mouvement, Le Cahos (orthographe ancienne de « chaos »). Tout comme Vivaldi avec ses Quatre Saisons, Jean-Féry Rebel traduit en musique les 4 éléments, ainsi que d’autres états ou émotions, dont le chaos. J’ai été surprise par sa modernité quand je l’ai écoutée. Je vous laisse découvrir si vous ne connaissez pas.

Et vous ? Avez-vous fait de belles découvertes littéraires, cinématographiques, muséales ou musicales durant cet été ? N’hésitez pas à les partager !

Mon amour pour le ballet Roméo et Juliette

Si vous n’aviez pas remarqué les cœurs qui ont envahi les magasins, c’est que vous avez dû zapper la Saint-Valentin. Alors, certains vont dire que c’est une fête commerciale, mais pour moi cela reste une célébration de l’amour au sens général (et l'anniversaire de ma grand-mère soit dit en passant 🤗). L’année dernière, j’avais écrit un billet sur l’amour entre traducteurs (ici), mais cette fois-ci, j’avais envie de vous parler d’une œuvre d’art qui parle d’amour.

Photo réalisée par sadis de la statue de Juliette du sculpteur Nereo Costantini

L’amour est le sujet d’une multitude d’œuvres, mais celle qui le représente le plus parfaitement à mes yeux est le ballet Roméo et Juliette, chorégraphié par Kenneth MacMillan sur la musique de Sergueï Prokofiev et inspiré de la pièce écrite par William Shakespeare. Je sais, ce billet est un peu hors sujet comme il ne parle ni de rédaction, ni de traduction, encore que… Prokofiev est parvenu à traduire en musique la beauté des vers de Shakespeare et MacMillan a interprété par des gestes les phrases musicales du compositeur russe.

C’est à travers la musique de Prokofiev que j’ai découvert l’histoire des deux amants maudits, sans en avoir vraiment conscience puisque j’étais encore enfant. Mon père, musicien, mettait parfois à plein volume le double album de Roméo et Juliette interprété par l’orchestre symphonique de Boston sous la direction de Seiji Ozawa (que vous pouvez écouter ici). Comme il est sorti un an avant ma naissance, il est même possible que je l’aie écouté en étant bien au chaud dans le ventre de ma mère… Chaque fois que mon père le faisait résonner dans les baffles du salon, j’étais envahie de grandes émotions. C’est d’ailleurs à force d’entendre le passage plus doux de la Danse des chevaliers que j’ai eu envie de faire de la flûte traversière. Juste pour vous donner quelques informations sur cet opus : Sergueï Prokofiev a composé ce chef-d’œuvre en 1935. La partition a été retravaillée plusieurs fois en raison des refus du Kirov puis du Bolchoï. Le ballet a été créé en Tchécoslovaquie en 1938, mais il a fallu attendre 1946 pour que la version définitive soit interprétée pour la première fois au Bolchoï.

Quant à moi, j’ai dû attendre l’adolescence pour lire la pièce de Shakespeare lors d’un cours de… français. J’avais d’ailleurs choisi de rejouer une scène entre Juliette et sa nourrice avec ma meilleure amie de l’époque pour un travail noté. Ayant toujours été fleur bleue, je ne suis pas restée insensible aux vers du Barde ou plutôt à ceux de son traducteur. Je ne suis pas en mesure de vous dire qui était l’auteur de la version française que j’ai lue, mais parlons justement un peu des traducteurs de Romeo and Juliet. Sa toute première traduction en français aurait été publiée en 1778 et réalisée par Pierre Le Tourneur et le comte de Catuélan. Elle a été modifiée plusieurs fois au cours des décennies suivantes jusqu’à faire l’objet d’une toute nouvelle traduction en 1859, réalisée par François-Victor Hugo, l’un des cinq enfants du grand écrivain français (pour en savoir plus sur les traductions françaises et allemandes du texte, je vous invite à consulter ce lien). Si c’est par la pièce de Shakespeare que l’histoire de l’amour interdit entre un Montaigu et une Capulet s’est fait connaître dans le monde entier, elle n’a pas été inventée de toutes pièces par le dramaturge anglais. Elle aurait été inspirée du conte italien Historia novellamente ritrovata di due nobili amanti publié au XVIe siècle par l’écrivain Luigi da Porto. Ce conte a ensuite été composé en vers anglais par le poète Arthur Brooke, sous le titre The Tragical History of Romeus and Juliet en 1536. Shakespeare va également se baser sur la version en prose écrite en 1582 par l’auteur et traducteur anglais William Painter. Le Barde a cependant eu la bonne idée d’ajouter des personnages secondaires, dont l’indispensable Mercutio et surtout Pâris, qui apporte un côté encore plus dramatique au récit. Je ne vais toutefois pas vous réécrire toute l’histoire de cette pièce, car je ne suis pas une experte du sujet et j’ai davantage envie de vous parler du ballet.

C’est aussi à l’adolescence que j’ai pu regarder pour la première fois une version complète du ballet Roméo et Juliette. Mon père avait enregistré une diffusion du ballet dansé par l’Opéra de Paris dans une chorégraphie de Rudolf Noureev. Les personnages de Juliette et de Roméo étaient interprétés par Monique Loudières et Manuel Legris. Je n’ai pas décroché mes yeux une seule fois de l’écran tellement j’étais subjuguée par la beauté et l’intensité de ce ballet. Si j’aime beaucoup la version de Noureev pour son côté théâtral, le caractère plus marqué de Juliette, la mise en valeur du personnage de Mercutio et le plus grand rôle accordé à la nourrice, je dois dire que je préfère la chorégraphie de Kenneth MacMillan. Elle a été créée en 1965 sur la scène du Royal Opera House à Covent Garden avec Margot Fonteyn et Rudolf Noureev dans les rôles titres. Elle est loin d’être la première version du ballet Roméo et Juliette, la première ayant été chorégraphiée par Leonid Lavrovsky aux côtés de Prokofiev en 1940. Le chorégraphe américain John Cranko en a imaginé une autre en 1962 et ce n’est que 3 ans plus tard que le danseur et chorégraphe britannique Kenneth MacMillan a créé la sienne. Il a souhaité mettre l’accent sur le personnage de Juliette ainsi que sur l’amitié entre Roméo, Mercutio et Benvolio. Son ballet semble beaucoup plus réaliste et se regarde comme un film, ses pas de deux interprétant à la perfection les émotions des personnages. La scène du balcon avec son porté dans lequel Roméo, à genoux, élève Juliette vers le ciel est tout simplement sublime et me met à chaque fois la larme à l’œil.

La scène du balcon de MacMillan avec Alessandra Ferri et Ángel Correla

Mon passage préféré du ballet reste toutefois l’incontournable Danse des chevaliers lors du bal. Je le reconnais dès la première note et ai directement une réaction épidermique impossible à décrire. La première fois que j’ai eu la chance de l’entendre interpréter par un orchestre en direct au Royal Opera House de Londres, je n’ai à nouveau pas pu retenir mes larmes. Certes, ce n’est pas le passage le plus triste du ballet, mais l’ambiance dramatique que créent les cuivres annonce la fin tragique de l’histoire. Là encore, MacMillan fait mouche avec ce corps de ballet marchant au pas sur le rythme métronomique du morceau. Comme une image vaut mille mots, je vous laisse en apprécier un extrait.

La Danse des chevaliers de Kenneth MacMillan par le Royal Ballet de Londres

Bref, je n’attends qu’une seule chose : que Roméo et Juliette soit à nouveau au programme du Royal Opera House pour que je puisse encore une fois vivre plus de 2 heures d’émotions intenses et de beauté à l’état pur… Et vous, quelle est l’œuvre qui vous fait chavirer le cœur ?

Travailler en musique

Comme ceux qui ont lu mon précédent article le savent, mon mois de juin a bien réduit mes ressources d’énergie. Et quand on n’a pas beaucoup d’énergie, on essaie d’en puiser là où l’on peut. La musique adoucit les mœurs, mais elle est aussi une merveilleuse source de motivation. Si je ne le faisais pas forcément à mes débuts, je ne peux plus me passer de musique lorsque je travaille, surtout depuis que j’ai un casque anti-bruit qui permet d’encore mieux en profiter. Ce billet du jour sera donc musical.

Picture by Stas Knop

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser une chose : je suis née à la fin des années 1980 et une bonne partie des groupes que j’écoute le plus quand je travaille datent des années 1990 (ne me jugez pas 😅).

Étant donné que mon travail consiste principalement à lire et à écrire, je ne peux pas me permettre d’écouter n’importe quel genre musical. La musique que j’écoute change donc en fonction du type de travail que je réalise. Ce que j’évite à tout prix, c’est d’écouter des chansons en français. Tout simplement parce que c’est impossible pour moi de penser, de traduire et d’écrire en français si j’ai des paroles dans la même langue dans les oreilles. Quand je réalise des projets de rédaction, j’évite même d’écouter des chansons à texte pour ne pas perturber ma concentration. J’ai pour habitude de choisir diverses pistes de lecture dédiées à l’écriture ou à l’étude sur Spotify. Il s’agit bien souvent de morceaux de piano contemporains ou de musique orchestrale ou électronique d’ambiance. Il est vrai que ce sont généralement les mêmes morceaux qui reviennent à chaque fois, mais j’ai remarqué que cela m’aidait à me mettre en mode « travail ».

Pour mes projets de traduction, mon choix varie en fonction de ma motivation et du type de texte. Quand il s’agit de textes dont je maîtrise le sujet ou pour lesquels le délai n’est pas trop urgent et que je peux donc prendre plus de temps, le genre de musique qui m’accompagne majoritairement est le trip-hop (quand je vous disais que je suis une pure enfant des années 1990 😅). Les trois quarts du temps, je mets simplement la radio Hooverphonic sur Spotify. La radio permet de rester dans la même ambiance et d’écouter des artistes de la même veine. Hormis Hooverphonic (qui me donne parfois envie de pousser la chansonnette, surtout quand je fais de la post-édition et que je n'ai pas besoin de trop réfléchir 😆), j’apprécie particulièrement la voix chaude et envoûtante de Skye Edwards de Morcheeba, l’état de décontraction dans lequel me plongent les morceaux de Massive Attack et la douceur fragile de Beth Gibbons de Portishead. Grâce à cette radio, j’ai également découvert et eu un coup de cœur pour le groupe canadien Elsiane et son album Hybrid. Loin de me limiter au trip-hop, j’aime également voyager avec des groupes qui mélangent les genres et les sonorités venues d’ailleurs, comme Thievery Corporation, Oi Va Voi (qui me laisse toujours un peu nostalgique de mes soirées d'été d'adolescente au festival Esperanzah!) ou l’inimitable Björk. Lorsque j’ai besoin d’un peu plus d’énergie, par exemple lorsque je dois travailler le soir ou que le sujet de la traduction est un peu moins plaisant, la musique électronique agit comme un bon carburant. J’ai apparemment une préférence pour les groupes norvégiens puisque les deux groupes que j’écoute le plus en ce moment sont Flunk et surtout Roÿskopp. Ces derniers mois, j’ai d’ailleurs usé leur album The Inevitable End, qui me stimule à boucler un projet. Dernièrement, j’ai aussi découvert le groupe allemand Alphawezen, notamment grâce à leur chanson Rain qui a attiré mon attention. Je me laisse aussi parfois porter par des albums plus pop ou rock alternatif, comme The Golden Age de Woodkid ou Shadow Works de Kerli, une auteure-compositrice-interprète estonienne.

Si le trip-hop et l’électro m’accompagnent dans la plupart de mes travaux de traduction, je change radicalement de genre pour l’une de mes clientes. Je traduis en effet régulièrement des textes présentant des opéras, ballets et concerts de musique classique pour une billetterie en ligne. Dans ces cas-là, j’aime écouter l’œuvre musicale qui fait l’objet du texte, simplement pour me mettre dans l’ambiance et mieux comprendre ce que l’auteur voulait exprimer. Ainsi, cette semaine, j’ai traduit un texte sur Le Barbier de Séville de Rossini en pianotant joyeusement sous l’air de Largo al factotum. Ces séances de travail sont encore plus jouissives lorsqu’il s’agit d’une œuvre que j’apprécie particulièrement. Par exemple, laisser mes doigts courir sur le clavier sous les notes du mouvement presto de L’Été des Quatre Saisons de Vivaldi me procure à chaque fois un plaisir immense.

Il y a néanmoins certaines œuvres qui m’emportent un peu trop pour que je reste suffisamment concentrée sur mon texte. Je ne peux ainsi pas m’empêcher de fermer les yeux chaque fois que j’entends Unfinished Sympathy de Massive Attack, Experience de Ludovico Einaudi et surtout Roméo et Juliette de Prokofiev (LE chef-d'œuvre absolu selon moi, impossible de ne pas écouter le ballet en entier et de laisser les émotions m'envahir).

Une petite précision pour finir (et pour rassurer mes éventuels clients qui passeraient par ici 😅), je ne travaille en musique que durant la phase de premier jet. J’ai pour habitude de toujours réviser et relire mes textes à voix haute pour relever plus facilement les éventuelles erreurs et m’assurer que mes traductions et rédactions « sonnent » bien. Après tout, la parole est une forme de musique.

J’espère que ce petit voyage musical vous aura plu (même si les goûts et les couleurs, cela ne se discute pas) et que vous aurez peut-être découvert certains artistes. Et vous, aimez-vous travailler en musique ? Quels genres et artistes vous stimulent le plus ? N’hésitez pas à partager vos coups de cœur musicaux en commentaire !