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2025 : acte III

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Le troisième acte de 2025 a été mi-figue mi-raisin et se termine sur la surprise inattendue d’un voyage lointain. Continuant sur la lancée déprimante de février jusqu’au milieu du mois, mars a réussi à me redonner de la joie. Du moins sur le plan personnel, je ne peux hélas pas en dire autant côté professionnel

Lever de soleil magique à Harold Hill

Fin de l’année dernière, j’avais déjà expliqué l’une de mes plus grosses galères. L’agence avec qui je collaborais pour ce client particulièrement exigeant m’a avoué ce mois-ci avoir de gros soucis d’argent. Elle n’est ainsi pas en capacité de me payer pour le moment les fameux projets sur lesquels j’ai travaillé d’arrache-pied le mois précédent le Nouvel An. J’avais entre-temps été contactée par d’autres rédactrices en attente de leur paiement, ce qui n’a fait qu’accroître mon mécontentement. Si le problème semble provenir des clients finaux et pas seulement de l’agence, j’ai beaucoup de mal à leur prêter encore ma confiance. J’ai ainsi dû à nouveau prendre un texte en otage pour obtenir une solution de déblocage. À l’heure où je vous écris, j’ai enfin eu la proposition d’un échéancier de paiement, avec des intérêts de retard pour me remercier d’avoir agi patiemment. J’en saurai plus la semaine prochaine, j’espère pouvoir redevenir enfin un peu plus sereine. Outre ces tracas d’argent, les feuillets de mon agenda sont restés désespérément blancs. Du moins jusqu’à la troisième semaine de cet acte, où j’ai enfin reçu de la nouvelle agence de traduction travaillant pour le Parlement européen un premier contact. Le projet n’était pas très long, mais j’espère que c’est le début d’une belle collaboration

Niveau personnel, mars a été une montagne russe émotionnelle. Des nouvelles sur la santé de mon papa, la fermeture régulière du café de ma petite librairie puis la confirmation de la démission de sa gérante hyper sympa ont mis mon moral au plus bas. Mais il y a aussi eu le retour du club de lecture, la visite à Londres de l’une de mes meilleures amies pour panser mes blessures et les retrouvailles avec ma belle-sœur, toujours à l’écoute de mes fêlures. La dernière semaine du mois m’a remis du baume au cœur en cumulant les instants de bonheur : un traitement phénoménal pour mon père, une après-midi chez ma grand-mère, la visite imprévue d’une tante dans notre chaumière et des promenades au soleil couchant avec certains de mes êtres les plus chers. J’ai aussi eu le plaisir de pouvoir célébrer le carnaval dans ma belle ville natale. Après avoir confectionné mon déguisement, j’ai eu la joie de retrouver quelques-unes des personnes qui me manquent tellement. Le destin a même mis sur mon chemin la rencontre inattendue avec une amie perdue de vue, me rappelant que la vie est une succession de hauts et de bas continue. Le mois s’est d’ailleurs terminé avec la réservation d’un voyage surprise, mon cher et tendre me proposant de le rejoindre dans un pays lointain après ses rendez-vous d’entreprises.

Après 3 mois d’hiver plutôt dur moralement, avril promet d’être riche en aventures et en bouleversements. Espérons que le vent retournera enfin à mon avantage au retour de ce grand voyage. Réponse d’ici 4 semaines qui, je l’espère, me permettront de refaire enfin le plein d’oxygène !

Oiseau de nuit

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Non, je ne vais pas vous parler de chouette ou de hibou aujourd’hui, mais plutôt d’une autre réalité du boulot de freelance (du moins ceux et celles dont le travail se fait exclusivement à distance).

Photo de Bich Tran sur Pexels

« Oiseau de nuit » est le surnom que me donne l’une de mes meilleures amies depuis notre année passée à koter ensemble (petit belgicisme qui signifie « loger dans une chambre d'étudiant »). Elle était couche-tôt, j’ai toujours continué de travailler et d’étudier jusque tard, déjà pendant mes études. Quand mon activité de traductrice-rédactrice indépendante s’est intensifiée, j’ai été plusieurs fois contrainte de travailler tard dans la soirée, voire pendant toute la nuit, pour pouvoir rendre un projet dans un délai plus serré. Car oui, les freelances de la traduction reçoivent parfois des commandes à 17h pour un rendu le lendemain matin à 9h. Les horaires traditionnels de bureau, on ne les connaît pas vraiment… Travailler de nuit reste occasionnel, tout le monde ne le fait pas, mais c’est quand même une réalité du métier.

J’ai eu le cas cette semaine, d’où la publication tardive de ce billet de blog. J’avais enfin reçu une première commande d’une nouvelle agence de traduction qui va me permettre de renouer avec les textes pour les institutions européennes. Seul hic, j’ai reçu le projet à 17h le mardi pour un rendu le jeudi matin à 9h (projet de post-édition d'où le délai plus serré...). Comme je devais terminer d’autres projets pour le mercredi matin, je n’ai pas pu entamer mon travail directement et ai donc consacré toute ma journée du mercredi et toute la nuit à réviser le texte. Il faut dire que j’étais un peu rouillée avec les textes plus institutionnels et, avec mon syndrome de l’imposteur ultra présent en ce moment, je m’attardais quasiment sur chaque mot. Il s’agissait d’un gros projet, divisé entre 5 traducteurs/traductrices. Il fallait donc assurer une certaine cohérence entre les différentes parties du texte et nous disposions d’un fichier Excel partagé où indiquer nos notes et recommandations. Je pensais être la seule à travailler aussi tard, mais j’ai vu des notes s’ajouter bien après minuit et aux aurores. Comme quoi, nous étions toutes et tous sous la même pression. Cela dit, je ne l’ai pas vécu comme une contrainte… je dois même avouer que j’aime bien travailler de nuit.

Travailler la nuit, c’est un peu comme travailler le week-end, mais de manière encore plus calme. Pas d’e-mails ou de coups de fil intempestifs, mais surtout aucune perturbations extérieures (calme plat à l'extérieur, plus de notifications de messagerie ou de papotage entre deux phrases avec ceux et celles qui partagent votre vie...). J’ai toujours été beaucoup plus inspirée après 17h, allez savoir pourquoi. Ma concentration est à son maximum, le stress me tient éveillée et j’ai le plaisir d’assister aux premières lueurs du jour. Durant mes courtes pauses nocturnes de mercredi à jeudi, j’ai eu l’occasion d’entendre les renards se chamailler, d’apercevoir les ombres du petit troupeau de daims qui aiment brouter la pelouse devant notre balcon puis d’admirer le ciel se draper de couleurs roses et orangées avant le lever du soleil. Alors oui, j’étais bien KO le reste du jeudi, mais comme je n’avais rien à rendre ce jour-là, j’ai pu prendre une bonne partie de ma journée pour me reposer (c'est l'avantage d'être freelance, je gère mes horaires comme je veux, tant que je rends tout dans les délais).

Ma récompense après ma nuit de travail

Sachez donc que, pendant que vous dormez confortablement dans votre lit, des traducteurs et traductrices sont en train de taper frénétiquement sur leur clavier, les yeux rivés sur l’écran pour rendre vos textes à temps. Sur ce, je vous laisse, j’ai des heures de sommeil à rattraper 😴

2025 : acte I

Nous voilà déjà au dernier jour du premier acte de cette nouvelle année, qui fait particulièrement peur par son actualité. Difficile de ne pas avoir un coup de blues en écoutant les news. Du côté de la vie privée, janvier a été plutôt casanier. Les journées m’ont parfois paru sans fin, mon boulot étant assez succinct. Retour sur un mois très reposant, qui entame ma série annuelle de bilans.

Neige à Ratingen

Après un mois de décembre un peu trop intense, janvier m’a permise de prendre un peu de vacances. Pratiquement pas d’e-mails durant les 2 premières semaines, mais je suis restée plutôt sereine. Puis nous sommes vite arrivés au 15 janvier et je n’avais toujours presque pas de courrier. J’ai fini par dire à gauche à droite que j’étais largement dispo et ai commencé à avoir quelques petits boulots. Je pensais récupérer un très gros projet, mais il a finalement été reporté. Je suis donc loin d’être au niveau de l’acte précédent, mais février devrait me donner un peu plus de travail conséquent.

Au niveau personnel, 2025 a commencé par un goûter de Nouvel An auprès de ma famille maternelle. Je suis ensuite repartie avec mon cher et tendre en Allemagne dans son appartement de fonction, où j’ai pu vaquer paisiblement à mes occupations. Au programme, coloriage de mandalas reçus à Noël, écoute de podcasts et parties en amoureux de Duel (super jeu de société de la série 7 Wonders). Comme mes soirées étaient libres de boulot, mon cher et tendre m’a également initiée aux jeux vidéo. Pour bouger un peu du canapé, nous nous sommes aussi un peu baladés. Comme 2 enfants sur un manège, nous avons marché émerveillés dans le parc lors de la chute de neige. À l’instar des Allemands sous ce climat, nous avons aussi été plusieurs fois au sauna. Chez eux pas de maillot de bain ou autres sous-vêtements, tout le monde est en tenue d’Adam. En plus de braver notre pudeur, nous avons été surpris par la résistance des Allemands à la chaleur. J’ai aussi profité du calme des premières semaines de l’année pour rendre visite à des amies qui me manquaient. Le premier acte de l’année s’est terminé avec une petite soirée de ballet. J’ai pu découvrir les œuvres de 3 grands maîtres de danse, ce qui m’a procuré un plaisir intense. Il s’achève également avec la visite de mes beaux-parents, qui n’étaient encore jamais venus dans notre pied-à-terre allemand. En somme, un mois pas forcément inoubliable mais plutôt agréable.

L’année met un certain temps à démarrer, j’espère que le deuxième acte sera un peu plus chargé. Rendez-vous déjà dans 4 semaines pour voir où 2025 me mène.

Bilan 2024 – Résolutions 2025

Bientôt 10 jours se sont écoulés depuis que nous avons célébré la nouvelle année. Janvier démarre pour moi tout doucement, de quoi me laisser le temps de faire le bilan.

Photo de Viridiana Rivera sur Pexels

2024 n’aura pas été une année exceptionnelle sur le plan professionnel. Bien au contraire, elle m’a apporté pas mal de galères et j’ai malheureusement vu quelque peu diminuer mon chiffre d’affaires. Une grosse perte de contrat, la menace de plus en plus pesante de l’IA et plusieurs autres tracas ont mis mon moral au plus bas. Ce n’était heureusement pas non plus le grand vide et j’ai quand même gagné plus que durant la fameuse année Covid. La collaboration avec une nouvelle agence et la hausse de tarif avec un client de plus longue allégeance me redonnent un peu confiance. Espérons que 2025 m’apportera d’autres bonnes nouvelles pour mon avenir professionnel.

Du côté de la vie privée, 2024 aura été une très belle année. Comme depuis 5 ans cette année, j’ai pris soin de noter chaque semaine mes joies et bonheurs sur des petits papiers. Je les ai ouverts en début d’après-midi et ai revécu chacun de ces moments avec une douce nostalgie. Outre le mariage de l’une de mes meilleures amies, l’adhésion à un club de lecture et les fêtes de famille ont été les moments que j’ai le plus chéris. Je me suis aussi souvenue de plusieurs escapades, de vacances au soleil et de mes nombreuses balades. J’ai été comblée de spectacles, de lectures et d’autres beaux moments de culture. Ces petits papiers m’ont également rappelé la chance que j’ai d’avoir une famille aussi soudée et des amies aussi attentionnées. Discussions au café, sourires croisés, instants décontractés… ces notes soulignent qu’il ne suffit de pas grand-chose pour être satisfait.

Rétrospective de l’année en 52 petits papiers

2025 est déjà bien en position, il est plus que temps de prendre de bonnes résolutions. J’espère avant tout que cette année, je serai plus prolifique dans la composition de mes billets. Je n’en ai publié que 39 ces 12 derniers mois, même si j’avais plus de temps libre devant moi. Les déconvenues professionnelles m’ont parfois un peu trop déprimée pour que je puisse prendre plaisir à rédiger. J’espère surmonter les prochains coups durs pour reprendre plus sérieusement l’écriture. J’aimerais également lire davantage, mon application de suivi de lecture ne répertoriant cette année que 14 ouvrages. Je n’ai d’ailleurs partagé que 4 billets Croque-Livre l’an dernier, ce qui est bien trop peu à mon gré. Je souhaiterais aussi poursuivre le perfectionnement de mes connaissances linguistiques à l’aide de podcasts, Assimil et autres outils pédagogiques. Les semaines un peu trop intenses du dernier mois de l’année m’ont enfin fait comprendre que je devais impérativement prendre le temps de me relaxer. Même quand mon agenda est chargé, le yoga, la méditation et les courtes balades en plein air sont essentiels à ma santé.

Voilà ce à quoi je compte faire attention cette année. Et vous, quelles résolutions allez-vous appliquer ?

2024 : acte XII

Décembre a été bien différent des journées tranquilles des mois d’ambre. Le dernier acte de l’année a été littéralement surchargé. Après les fêtes en famille et l’accueil du nouvel an, il est enfin temps de publier mon dernier bilan (du moins pour l'année écoulée, je ne compte pas m'arrêter 😉).

Vue sur le Baldeneysee, Essen

Comme l’avait annoncé la fin de l’acte précédent, décembre m’a fait vivre sur un rythme trépidant. Après un énième test de cadrage pour le projet qui m’avait mise sous tension, j’ai enfin pu reprendre mes activités de rédaction. Il fallait bien évidemment rattraper le temps perdu, les délais de livraison étaient donc très tendus. Soucieuse de récupérer un maximum d’argent après plusieurs mois peu producteurs, j’ai enchaîné les semaines de plus de 50 heures. Outre ce gros projet qui s’est abattu sur moi comme une tempête, plusieurs autres clients se sont réveillés juste avant les fêtes. Tout devait être rendu avant Noël, ce qui a augmenté mon stress à un niveau irrationnel. J’ai essayé de limiter les heures de travail au-delà de minuit, mais j’ai souffert plusieurs fois d’insomnie. Malgré quelques retards de livraison, j’ai réussi à parvenir au bout de mes rédactions. Tout a été achevé le 24 décembre au matin, me permettant enfin de profiter des moments en famille dans un état plus serein. Le dernier acte de l’année a aussi été porteur de bonnes nouvelles, me rassurant quelque peu sur mon avenir professionnel. J’ai ainsi terminé 2024 exténuée mais un peu plus apaisée.

Pour tenter de garder un minimum de santé mentale, j’ai tenu à respecter le repos dominical. N’ayant plus le temps de faire mes séances sportives hebdomadaires, j’attendais impatiemment le week-end pour pouvoir prendre l’air. En plus des tours au lac au coucher de soleil à Ratingen, mon cher et tendre m’a emmenée découvrir les environs d’Essen. Nous avons ainsi pu contempler une jolie vue depuis les ruines d’un ancien château, dominant la boucle d’un lac formé par un cours d’eau. Nous sommes aussi allés faire un tour au marché de Noël, le jour où la Syrie a été libérée de son dirigeant criminel. L’Allemagne ayant accueilli de nombreux réfugiés, nous avons pu assister à plusieurs célébrations de cette liberté retrouvée. L’avant-dernier week-end avant les fêtes de fin d’année, c’est la visite à Düsseldorf de l’une de mes meilleures amies qui m’a comblée. Puis est venu le temps de rejoindre la famille de mon cher et tendre en France, où a commencé la période de bombance. Les vacances se sont passées entre nos deux pays respectifs, me permettant de retrouver mes proches lors des moments festifs. Une véritable cure de bonheur qui fait du bien au moral après ces dures semaines de labeur !

L’an 2025 a déjà commencé, annonçant de nouvelles pages à tourner. Sera-t-il une meilleure année que celle écoulée ? Réponse dans les 12 prochains actes publiés ! Je conclus ce bilan en vous présentant mes meilleurs vœux et en vous souhaitant des jours heureux.

Translating Europe Forum 2024

La semaine dernière s’est tenu à Bruxelles le Translating Europe Forum (ou TEF pour les intimes). Je n’étais pas sur place, mais il était possible de s’inscrire pour assister en ligne à plusieurs conférences. Cet événement gratuit destiné à l’ensemble des acteurs et actrices du secteur du langage en Europe existe depuis 2014, mais c’est la première fois que je m’y suis intéressée. Je suis loin d’être la seule vu le nombre record de participant.e.s cette année. Rien d’étonnant compte tenu du thème : l’influence de l’IA générative sur les métiers de la traduction.

Se déroulant du 6 au 8 novembre 2024, le Translating Europe Forum de cette année avait pour titre « Words Matter: Translators at the Forefront of AI-Driven Data, Terminology and Technology » (ce qu'on pourrait traduire par « Les mots comptent : les traducteurs en première ligne des données, de la terminologie et des technologies alimentées par l’IA »). Il se composait de discours, séances de questions-réponses, ateliers en ligne, débats de spécialistes ou encore de conférences dites « TEF-talk ». L’événement, organisé par la DGT (comprenez la direction générale de la traduction de la Commission européenne), incluait également un salon dédié aux jeunes arrivant sur le marché de la traduction. Je n’ai pas pu assister à l’ensemble des conférences et débats, mais les quelques-uns auxquels j’ai pu participer ont été très enrichissants.

J’ai suivi attentivement les divers ateliers et sessions en ligne qui expliquaient comment utiliser l’IA dans la traduction, comment écrire de bons prompts, mais aussi ceux qui visaient à nous préparer à l’avenir. L’inquiétude était palpable dans les conversations en ligne et au sein du public présent sur place. Certaines conférences m’ont donné un peu d’espoir, d’autres m’ont carrément déprimée, d’autres encore m’ont fait prendre conscience de la chance que j’ai eue d’avoir pu pratiquer le métier que j’aimais pendant plusieurs années, chose que ne pourront peut-être pas connaître les actuel.le.s étudiant.e.s en traduction(en gros, notre métier ne va pas disparaître complètement, on aura toujours besoin d'êtres humains pour vérifier le travail exécuté par l'IA, mais on ne pourra plus vraiment parler de « traducteurs » ou « traductrices », ce qui revient quand même à une disparition à mon sens...). Plusieurs intervenant.e.s ont tiré la sonnette d’alarme et interpelé les responsables sur les questions de la confidentialité des données, du manque de fiabilité de l’IA, du droit d’auteur, ou encore de la dégradation de nos conditions de travail. Le débat « Freelancers and language service providers: different views, same goals?  » (soit « Freelances et fournisseurs de services linguistiques : différentes opinions, mêmes objectifs ? ») était quelque peu enflammé, la traductrice Tina Shortland reprochant à un moment aux agences de traduction d’avoir contribué à la baisse de la rémunération des freelances en se pliant aux exigences des clients, toujours en quête de tarifs plus bas et de délais de livraison plus courts, sans comprendre la quantité de travail supplémentaire que peut parfois demander la post-édition. Une project manager du public a pris la parole lors de la séance de questions-réponses pour dire que cela pouvait aussi avoir des répercussions négatives sur les agences car certains traducteurs prétendent pouvoir post-éditer 8 000 mots par heure (ce qui est évidemment impossible...) et remplissent donc les mémoires de traduction de passages incorrects, peu précis, etc. Bref, une baisse de tarifs est synonyme de baisse de la qualité (pas toujours évidemment, mais la motivation est moins grande quand on est payé moitié prix).

Outre ce débat, 2 interventions m’ont particulièrement marquée. La première était une conférence donnée par Giulia Tarditi, une professionnelle de la localisation et membre du groupe d’experts de l’industrie du langage LIND, qui conseille la direction générale de la traduction. Très motivante et inspirante, elle expliquait comment protéger son avenir en tant que prestataire de services linguistiques. Bon, son message principal était qu’il fallait se réorienter, se former dans divers sujets et ne pas se limiter strictement aux langues, mais elle a donné plusieurs clés. La deuxième était un discours de Marina Pantcheva, directrice des services d’IA linguistique du groupe RWS, un géant du monde de la traduction, auquel appartient notamment Trados. Avec beaucoup d’humour, elle a expliqué les failles existantes de l’IA et souligné la relation complémentaire entre les traducteurs et cette nouvelle technologie, nous encourageant à devenir des pilotes de cette évolution, et pas simplement des superviseurs du travail de l’IA.

J’ai ajouté les liens des interventions que j’ai citées, mais vous pouvez retrouver l’ensemble des conférences, ateliers, tables rondes et discours de l’édition 2024 du TEF sur la chaîne YouTube de Translating for Europe (uniquement en anglais, mais je suppose que cela n'intéressera que mes homologues). Bonne écoute !

Ça m’énerve : la déshumanisation des agences de traduction

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Comme expliqué dans mon billet précédent, mon mois d’avril est plutôt tranquille. Je continue donc à prospecter et à m’inscrire auprès de nouvelles agences. Je remarque cependant une chose : beaucoup d’entre elles ont désormais recours à une plateforme pour fournir du travail à leurs sous-traitants. J’en comprends l’utilité, mais je déplore aussi la diminution des interactions avec les gestionnaires de projets (ou Project Managers alias PM). Voici donc un nouvel article Ça m’énerve, rubrique que je devrais plutôt renommer « C’était mieux avant » (je deviens une vieille réac 😅).

Photo de Meruyert Gonullu

Je me rappelle mes premières années en tant que traductrice freelance. Les propositions de projets se faisaient toujours par e-mail, de même que le rendu des fichiers traduits. Pendant un temps, j’ai d’ailleurs eu le plaisir d’échanger des e-mails avec l’une de mes meilleures amies, qui travaillait comme PM à cette époque, des courriers qui égayaient toujours mes journées. De même, je parvenais à nouer plus facilement des relations professionnelles avec les autres PM, les courriers plus cordiaux étant quand même plus propices à établir une relation de confiance qu’un message expéditif. Après quelques années, cette agence a voulu modifier son système et a demandé aux traducteurs de passer directement sur une plateforme pour renvoyer les projets. C’était bien évidemment une question de sécurité. Malheureusement, certains PM ont un peu trop pris à la lettre cette obligation. Je me rappelle ainsi un « mauvais » PM qui m’avait rembarrée alors que je lui avais simplement demandé s’il avait bien reçu mon projet. Adieu les « bonjour » et les « merci », on clique simplement sur un lien dans l’e-mail pour accepter le projet et on renvoie la traduction directement sur la plateforme une fois le travail terminé.

Je comprends que les PM doivent gérer des dizaines de traducteurs, de clients et de projets, mais est-ce que 30 secondes de plus pour dire bonjour et demander comment ça va sont vraiment une perte de temps ? Le métier de freelance est déjà solitaire, alors si on n’a même plus ce petit semblant d’interaction sociale, la solitude se fait encore plus ressentir. En outre, ces petits échanges anodins a priori permettent aux 2 interlocuteurs de savoir s’ils peuvent compter l’un sur l’autre. Je m’explique : si un passage n’est pas clair, si Trados a décidé de vous lâcher en cours de route ou si une question de terminologie vous taraude, il est plus difficile de contacter un PM avec qui vous n’avez absolument jamais échangé auparavant… Et je le vois bien depuis que le système de l’agence principale avec qui je collabore a changé. Je n’ai plus jamais de réponse à mes questions terminologiques, malgré plusieurs envois via la plateforme… De plus, les e-mails automatiques peuvent parfois entraîner des malentendus ou autres problèmes, comme j’en avais déjà donné un exemple ici.

Bref, j’espère trouver encore des agences de traduction plus « humaines », qui prennent soin de leurs relations avec les traducteurs et traductrices assurant la réalisation de leurs projets car meilleures seront les conditions de travail du prestataire, meilleure sera la qualité du travail fourni. À bon entendeur…

Les tests de traduction

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Comme je l’expliquais dans mon dernier billet, j’ai plus de temps pour prospecter ce mois-ci. Après la mise à jour de mon CV et de mes différents profils, j’ai été contactée par quelques agences, intéressées de m’ajouter dans leur équipe de traducteurs et traductrices freelances. Outre la négociation de tarifs, certaines demandent de passer un test pour que l’on puisse prouver nos compétences. Petite explication.

Étant donné que les agences de traduction font appel à des milliers de freelances, il est normal qu’elles vérifient que leurs nouvelles recrues aient un niveau répondant aux exigences de leurs clients. Cela peut toutefois être énervant de devoir passer du temps à traduire un texte non rémunéré pour prouver nos capacités quand on a plus de 10 ans d’expérience sous le pied. Certains sortent d’ailleurs l’excuse qu’on ne demanderait pas à une plombière de réparer une fuite gratuitement ou à un boulanger de cuire un pain avant de décider de faire appel à ses services. Je pense cependant que ces tests peuvent être réellement nécessaires pour que les agences puissent faire le tri. De plus, quand elles cherchent des freelances pour participer à un appel d’offres et fournir des services à un client plus important, comme les institutions européennes, elles sont obligées de faire passer des tests officiels aux traducteurs et traductrices constituant leurs équipes. Je vais d’ailleurs devoir participer à 2 tests en juin (ce qui me rappelle désagréablement mes examens de traduction à l'EII...😥).

Néanmoins, il est bon de rappeler que certaines agences mal intentionnées utilisent cette excuse du test pour pouvoir obtenir une traduction sans payer la personne qui l’a réalisée (et en récupérant donc tout le bénéfice). Si de jeunes traducteurs ou traductrices passent par ici, faites donc attention à la longueur du test imposé. Généralement, les plus expérimenté(e)s déconseillent de faire des tests de plus de 300 mots, ce qui fait à peu près une page Word. Si l’agence vous demande de traduire un texte beaucoup plus long, il y a anguille sous roche… Dans d’autres cas, l’agence peut rémunérer le test. Ceux que je passerais en juin seront d’ailleurs payés. Cela reste quand même une exception donc restez sur vos gardes si l’on vous envoie un texte de plus de 1000 mots ou demandez une compensation… Au fond, cela permet aussi aux freelances d’avoir une petite idée de la façon dont se déroulera l’éventuelle collaboration avec cette agence.

Sur ces conseils, je vous laisse et vous souhaite un bon week-end prolongé, en espérant que vous pourrez en profiter !