La semaine dernière, je suis tombée sur un article publié sur LinkedIn par une traductrice audiovisuelle qui met vraiment le doigt sur les sentiments que je ressens depuis l’an dernier et que partagent certainement beaucoup d’autres de mes collègues, ainsi que tous les freelances menacé.e.s par les progrès de l’intelligence artificielle. Les conséquences de ces avancées sur nos métiers ne sont pas seulement financières, elles affectent aussi notre santé mentale…
Je me permets de traduire le début de son article pour vous expliquer un peu ce que c’est de vivre dans le monde d’aujourd’hui pour un.e freelance dont le métier est chamboulé par l’IA :
La chose la plus difficile à propos de l’IA, pour moi, c’est l’incertitude concernant la gravité de ce qui va se passer pour nous, les traducteurs. J’ai bien sûr constaté une baisse des demandes ces derniers mois, et par conséquent une baisse de revenu, mais est-ce que je suis réellement en train de perdre mon boulot ? Mon travail va-t-il disparaître complètement ? Mes qualifications, mes compétences techniques et linguistiques, et mes années d’expérience ne signifient-elles rien ? Le problème, c’est que personne ne le sait vraiment. J’ai des gens qui me disent de ne pas m’inquiéter. Des gens qui me disent que je devrais la considérer comme un outil, et non comme une menace. Des gens qui me disent de me recycler car il n’y a pas d’espoir. Mais personne ne sait vraiment. Et c’est dur, pour les êtres humains en général. Il y a une menace, mais on ne sait pas à quel point elle est dangereuse.
Elle partage ensuite plusieurs de ses pensées, en parlant notamment de la post-édition et du fait qu’elle ne se prête pas à son métier, que ce travail est « incroyablement ennuyeux et frustrant », qu’il est souvent plus chronophage et payé pour une fraction du prix. Selon elle, l’idée que c’est plus rapide, de meilleure qualité et plus simple est tout simplement un mensonge. « Cela réduit simplement les coûts ». Je suis d’accord en partie sur ce point, même si je ne mets pas tous les projets de post-édition dans le même panier. Cela fait désormais plusieurs années que je fais de la post-édition dans des projets pour les institutions européennes à des tarifs raisonnables, me disant que c’est le seul moyen de continuer à exercer mon métier. Je la rejoins toutefois lorsqu’elle rappelle que le sous-titrage et la traduction en général sont un art, un travail qui prend du temps et qui a toujours besoin de ce côté « humain », surtout dans les domaines où la créativité est reine.
Elle se demande aussi dans quoi elle pourrait bien se recycler et comment ? Cette question m’a valu beaucoup d’insomnies… La première fois qu’une agence m’a demandé de rédiger avec l’IA, j’ai littéralement éclaté en sanglots. Mon estime de soi a pris un sacré coup. Puis j’ai tenté de considérer l’IA comme un outil, essayant de l’utiliser (ce qui m'a valu énormément de frustration), mais me refusant toujours à postuler aux nombreux jobs de « formateurs d’IA ». Je laisse probablement passer des occasions de me faire de l’argent, mais former l’IA reviendrait à me tirer une balle dans le pied… Alors, je me raccroche aux projets qu’il me reste, ayant l’espoir qu’il existe encore des client.e.s qui préfèrent la plume d’un être humain aux algorithmes. L’espoir, je le retrouve aussi chaque fois que je trouve une erreur dans une traduction automatique ou un texte généré par IA, me rappelant que mes connaissances sont bien là et qu’elles sont nécessaires pour parer aux hallucinations et incompréhensions des machines.
L’anxiété ambiante autour de mon métier me fait malheureusement aussi penser au pire des scénarios, soit la disparition totale de mon métier. J’ai plusieurs fois gardé les yeux ouverts dans le noir, le regard vers le plafond en me demandant à quoi je sers si toutes mes compétences sont déléguées à une machine. Depuis enfant, j’aime écrire. J’ai choisi la traduction parce qu’elle me permettait de combiner mon amour des langues et des cultures étrangères avec ma passion pour l’écriture. Voir un logiciel rédiger en 30 secondes un texte et surtout voir des gens s’extasier sur ses prouesses (malgré les nombreux défauts de ces textes quand on les observe de plus près...), c’est un coup de poignard dans le cœur. J’ai parfois l’impression que l’IA vole une part de mon identité, de ce qui me fait vibrer, et c’est dur à supporter mentalement…
L’IA est une avancée technologique, certes, mais j’ai encore du mal à ne pas la voir comme une menace pour les êtres humains. J’ai peur de vivre dans un monde où plus personne n’est capable de penser par soi-même, les yeux toujours collés à un écran, sans voir l’environnement qui se détruit autour de nous à chaque question posée à ChatGPT, qui continue de propager stéréotypes et fausses informations, floutant les limites entre réalité et fiction. Nous n’en sommes pas encore là, et j’ai l’espoir qu’un renversement de la situation est possible, mais la peur est bien présente…
Si vous passez aussi par des phases d’angoisse et de désespoir, sachez que vous n’êtes pas seul.e…. Je vous envoie tout mon courage !
Le troisième trimestre de l’année 2025 s’est déjà écoulé, l’occasion de revenir sur mes coups de cœur culturels durant ces 3 mois d’été.
LECTURE
Les livres du club de lecture ont occupé la majorité de ma bibliothèque ces derniers mois. Ils sont 3 sur les 4 ouvrages lus dernièrement, même si j’ai aussi poursuivi entretemps la lecture des essais de Salman Rushdie dans son recueil Languages of Truth. J’ai par contre une pile à lire énorme donc j’ai hâte de profiter des mois plus cosy de l’automne pour me remettre plus assidûment à la lecture.
The Silence In Between, de Josie Ferguson (ma note : 4,5/5)
Moins de 10 heures de lecture m’ont été nécessaire pour terminer le premier roman de cette autrice suédoise qui a vécu une bonne partie de sa vie à Londres et habite désormais à Singapour. Son livre ne nous embarque pas dans cette destination exotique, mais dans le Berlin à l’époque de l’édification du mur. Je vous traduis la quatrième de couverture pour vous donner plus de contexte :
« Berlin 1961. Lisette est à l’hôpital avec son bébé. Les médecins lui disent de rentrer chez elle et de se reposer, mais quand elle se réveille, tout a changé. Pendant la nuit, la frontière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest s’est fermée, divisant la ville en deux. Lisette est emmurée dans l’Est, son bébé est dans l’Ouest. Ce n’est cependant pas la première fois qu’elle vit dans une ville divisée. Elly, la fille adolescente de Lisette, a toujours eu du mal à comprendre la distance entre elle et sa mère. Elles vivent toutes les deux pour la musique, mais si Elly entend des notes autour de chaque personne qu’elle rencontre, la musique a disparu pour sa mère. Elly peut-elle désormais trouver un moyen de combler ce silence ? Se déroulant sur deux époques, la Seconde Guerre mondiale et les événements tumultueux de 1961, The Silence in Between explore les liens indestructibles de la famille, la résilience des femmes, et jusqu’où elles iront pour protéger ceux qu’elles aiment. »
J’ai vraiment adoré l’histoire, même si certains éléments étaient un peu trop faciles à deviner. J’ai aime découvrir un pan de l’Histoire que je ne connaissais pas, à savoir comment les Allemands ont vécu la fin de la guerre. Le récit est passionnant et la lecture est agrémentée de jolis passages poétiques, dans lesquels l’autrice use de métaphores, comme « My slippers sink deep down into the snow, winter’s white hands grabbing at my ankles »(ma traduction : « Mes chaussons s'enfoncent dans la neige, les mains blanches de l'hiver saisissant mes chevilles ») ou « The afternoon stretches lazily like a cat, uninterested in the passing of time, ignorant of my need for it to speed up »(« L'après-midi s'étirait paresseusement comme un chat, indifférent au temps qui passe, ignorant mon besoin de le voir s'accélérer »). Bref, une belle découverte, malheureusement pas encore accessible en français, à ma connaissance.
The Ghost Ship, de Kate Mosse (ma note :4,5/5)
Le livre choisi pour le mois d’août dans mon club de lecture était une petite brique de 486 pages, dévorées en une douzaine d’heures. Je ne connaissais absolument pas cette romancière britannique, mais beaucoup des membres du club avaient lu plusieurs de ses ouvrages, qui sont principalement des sagas historiques, dont la majorité sont traduites en français par Caroline Nicolas. The Ghost Ship est le troisième tome de ses chroniques sur la famille Joubert, et est disponible en français sous le titre La Cité des mers. Le fait qu’il s’agisse d’une saga ne m’a pas particulièrement dérangée car le roman pouvait se lire indépendamment des autres. Il m’a juste laissée sur ma faim vu qu’on ne sait pas ce qui se passe pour 2 personnages importants à la fin du roman… J’étais un peu moins fan de l’écriture, l’autrice utilisant plusieurs fois les mêmes expressions, mais l’histoire était assez passionnante pour me donner envie de tourner les pages. Cela m’a un peu rappelé les sagas historiques de Pierre Lemaitre, bien que je préfère largement ces dernières, beaucoup mieux écrites à mon goût. Si vous aimez les histoires de pirates, l’ambiance du XVIIe siècle et les conflits religieux, La Cité des mers devrait vous plaire.
En moi le ciel et la terre, de Fabrice Colin (ma note : 4,5/5)
Entre 2 bouquins anglais pour le club de lecture, je me suis fait plaisir avec un roman français qui avait attiré mon regard la dernière fois que je suis passée à la librairie Chantelivre de Tournai. Toujours en quête de découvrir de grandes oubliées de l’Histoire, je n’ai pas pu résister à cette sorte de biographie romancée d’Elisa Deroche, également connue sous les noms de Raymonde de Laroche ou simplement de La Baronne. Actrice, mannequin puis pilote d’avion figurant parmi les premières personnes à défier la gravité, cette femme méritait bien qu’on écrive un roman à son sujet. Et Fabrice Colin l’a fait avec une très belle plume et un riche vocabulaire, me faisant parfois ressortir mes dictionnaires face à des mots d’antan beaucoup moins usités. Son roman se lit comme un journal écrit à la première personne, passionnant durant une majeure partie du livre, mais qui m’a un peu déçue vers la fin, les belles phrases du départ se transformant en une simple suite d’informations sur les vols effectués par La Baronne à la fin de sa vie. Cela dit, la lecture de ces 56 pages ont été un beau moment.
All the Colours of the Dark, de Chris Whitaker (ma note :4,5/5)
Le livre choisi pour la réunion de mon club de lecture de septembre était un roman policier de 580 pages. Pas tellement attirée par ce genre littéraire, j’ai été vite happée par cette chasse au meurtrier en série et à la recherche de jeunes femmes disparues, mêlée à des histoires d’amour, dans l’Amérique des années 1970. Il aborde certains thèmes chers à mes convictions féministes, tels que le droit à l’avortement et la violence conjugale, et met en scène une femme résiliente qui force le respect. Certains passages étaient un peu longs ou me semblaient trop détaillés, mais j’ai vraiment adoré la fin, où toutes les petites informations disséminées au fil du livre se sont assemblées les unes aux autres comme un puzzle. Le dénouement de l’affaire criminelle était vraiment inattendu, ce qui montre le talent de ce jeune auteur britannique. Vous pouvez lire cette histoire en français sous le titre Toutes les nuances de la nuit grâce au travail de la traductrice Cindy Colin-Kapen, à qui je tire mon chapeau car certains passages ne me semblent vraiment pas simples à traduire !
FILMS / SÉRIES
Mon cher et tendre et moi-même avons toujours l’habitude de regarder une série ou un film en mangeant le soir. Si beaucoup de ces œuvres visuelles ne sont pas restées gravées dans ma mémoire, certaines m’ont particulièrement marquée. Je reprends donc ici celles dont je voulais absolument parler.
The Girlfriend, série réalisée par Robin Wright (ma note : 4,5/5)
C’est rare qu’une série me reste en tête, mais celle-ci m’a vraiment tenue en haleine durant ses 6 épisodes (disponibles sur Prime Video). Elle est adaptée du premier roman de l’autrice américaine Michelle Frances, devenu un best-seller, traduit en français par Antoine Guillemain sous le titre La Petite Amie. Je n’ai jamais lu le livre donc je ne sais pas s’il suit la même structure que la série, mais c’est surtout cela que j’ai apprécié. L’histoire tourne autour de 3 personnages principaux : Laura, une femme de la haute société pour qui tout semble réussir, Daniel, son fils adoré, et Cherry, la nouvelle petite amie de ce dernier, qui tente de cacher son passé. Chaque épisode est divisée en 2 parties, chacune exposant le point de vue de Laura, puis celui de Cherry, ou inversement. On voit ainsi les mêmes événements interprétés différemment par la mère ou par la petite amie de Daniel, ce qui empêche les spectateurs de vraiment savoir laquelle de ces femmes est problématique. J’ai beaucoup aimé cette façon de présenter les choses, car ça démontre bien comment chaque personne peut interpréter différemment les faits, en raison de ses propres traumas, de son propre vécu, ou de sa propre réalité. Bref, je ne peux que la recommander !
Wednesday (ou Mercredi), série réalisée par Tim Burton (ma note : 4/5)
Si vous avez lu mon point culture du dernier trimestre, vous devez savoir que j’ai toujours aimé l’univers de Tim Burton. Quand sa série sur la famille Addams est sortie en 2022, je n’étais que joie. Bon, ce n’est pas la meilleure série de tous les temps, clairement, mais je voulais en parler pour 2 passages que j’ai vraiment adorés, artistiquement parlant. Dans le premier épisode de la deuxième saison, j’ai ainsi eu le bonheur d’entendre mon morceau de musique classique favori de tous les temps, la Danse des chevaliers de Roméo et Juliette de Prokofiev, interprétée au violoncelle par Mercredi Addams. D’habitude, je suis toujours déçue par les reprises de ce morceau, mais là, j’ai tout simplement adoré. Mêler cette mélodie inégalable au décor burtonesque et au thème musical de Danny Elfman, c’était un petit bonbon audiovisuel pour moi (à l'exception d'un certain passage visuel incluant un monstre à 8 pattes) ! La deuxième surprise de la série a été chorégraphique. Lors du bal donné lors du septième épisode de la saison, les personnages de Enid et d’Agnes dansent sur la chanson The Dead Dance de Lady Gaga, qui apparaît d’ailleurs elle-même dans la série. J’ai aimé l’ingéniosité du chorégraphe, utilisant les pouvoirs d’invisibilité d’Agnes pour créer des portés spectaculaires. Si vous aimez Lady Gaga et Tim Burton, je vous invite aussi à découvrir le clip en noir et blanc de The Dead Dance que le réalisateur a dirigé pour la chanteuse, qui incarne une poupée de porcelaine dansant sur les pas de la chorégraphe Parris Goebel (qui m'avait impressionnée avec Abracadadra, dont j'ai parlé dans mon premier point culture trimestriel de l'année).
Le Comte de Monte-Cristo, film réalisé par Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (ma note : 4,5/5)
Sorti en 2024, ce long métrage était sur ma liste des films à voir depuis longtemps. Il était temps que le personnage du roman homonyme d’Alexandre Dumas soit joué par un acteur moins détestable que Depardieu… Et Pierre Niney l’incarne avec brio ! Je n’ai tout simplement pas vu passer les quasi 3 heures du film. Les décors sont grandioses, les acteurs excellents et le rythme de l’action captivant. Cela faisait longtemps qu’un film français m’avait autant passionnée. Un très beau film de cape et d’épée selon moi !
SPECTACLES / EXPO
Mon été a été marqué par un city-trip avec ma belle-famille à Vienne, où j’ai pu visiter de nombreux musées et assister à quelques spectacles. Je ne vais pas expliquer de nouveau ici en détail chaque lieu ou représentation, mais simplement citer mes 3 coups de cœur :
Le musée Sissi : beaucoup de pièces exposées, un parcours dans le palais de la Hofburg et un audioguide très complet.
Les concerts du Wiener Mozart Orchester au Musikverein : un régal pour les yeux et les oreilles, si l’on fait abstraction de l’entrée des retardataires dans la salle.
Light of Creation à la Votivkirche : un spectacle son et lumière de 30 minutes absolument splendide qui donne vie au décor de l’une des plus belles églises de Vienne.
Une fois n’est pas coutume, je termine par un coup de cœur musical pour une œuvre du XVIIIe siècle que j’ai découverte lors d’une de mes traductions pour ma cliente espagnole. Il s’agit des Élémens(pas de faute d'orthographe ici, c'est du vieux français), un opéra-ballet de Jean-Féry Rebel, et plus particulièrement de son premier mouvement, Le Cahos(orthographe ancienne de « chaos »). Tout comme Vivaldi avec ses Quatre Saisons, Jean-Féry Rebel traduit en musique les 4 éléments, ainsi que d’autres états ou émotions, dont le chaos. J’ai été surprise par sa modernité quand je l’ai écoutée. Je vous laisse découvrir si vous ne connaissez pas.
Et vous ? Avez-vous fait de belles découvertes littéraires, cinématographiques, muséales ou musicales durant cet été ? N’hésitez pas à les partager !
Après un été plutôt extraordinaire, le neuvième acte de l’année a été beaucoup plus sédentaire. Le stress de la rentrée s’est invité dans nos chambres, assombrissant quelque peu ce premier mois aux feuilles d’ambre. Septembre a néanmoins été un peu plus productif, avec un bilan professionnel assez positif.
Couleurs d’automne à Ratingen
De retour de son congé, ma cliente espagnole m’a envoyé un nombre plus conséquent de projets. Il s’agissait principalement de courtes traductions, mais j’avais au moins de quoi occuper presque tous les jours mon attention. Après plusieurs semaines de harcèlement, j’ai aussi enfin obtenu un nouveau projet de traduction d’amendements. Le Parlement européen reprenant son activité de manière plus intense, il a fallu réaliser ce travail pratiquement dans l’urgence. J’ai donc été obligée de bosser un week-end complet, ainsi que durant plusieurs soirées, le stress me faisant garder les yeux ouverts jusqu’au lever. J’espère que les prochains projets me prendront moins de temps, l’expérience m’aidant à gagner confiance en mes talents. Quant au recouvrement de mes créances, je n’ai pas eu de bonnes nouvelles auprès de la fameuse agence. Ses récentes communications ne sont que déception, et je perds totalement espoir d’être payée intégralement pour mes dernières missions.
Le ciel d’été tournant de plus en plus au gris, j’ai principalement passé le mois de septembre dans le confort de mon nid. Me livrant à de longs moments d’introspection, j’ai apprécié pouvoir observer le changement de saison. Outre la visite quotidienne des daims aux bois majestueux, je levais souvent les yeux vers les cieux. La lune était particulièrement belle ce mois-ci, et j’ai aimé contempler sa douce lueur à la tombée de la nuit. Les passages de grosse pluie étaient souvent suivis d’agréables éclaircies, accompagnées parfois de l’arrivée providentielle de splendides arcs-en-ciel. Le soleil nous a quand même heureusement fait profiter de sa grâce, me donnant l’occasion de prendre un dernier café avec une amie en terrasse. Après avoir passé les 3 premières semaines du mois au Royaume-Uni, nous avons pris le ferry. La traversée de la mer m’a offert un coucher de soleil spectaculaire. Avant de prendre la route pour l’appartement de fonction allemand, nous avons passé le week-end chez mes beaux-parents. Ayant appris par l’une de mes tantes l’existence d’une exposition à ciel ouvert de street-art à quelques pas de chez eux, j’ai proposé à ma belle-mère d’aller photographier les lieux. La rue Notre-Dame-de-Lorette a connu une véritable transformation, ses anciens corons ornés désormais de graffs qui suscitent l’admiration. Après la visite de ce musée d’art en plein air, il a fallu rejoindre notre deuxième pied-à-terre. La dernière semaine de septembre en Allemagne s’est ensuite vite écoulée, faite de balades au parc ensoleillées, d’un anniversaire en tout petit comité et d’une séance de sauna qui m’aura bien apaisée.
L’automne et octobre sont désormais bien présents et j’ai hâte de les voir m’apporter tous les petits bonheurs de cette saison au charme envoûtant. S’il commence de manière un peu trop calme professionnellement parlant, j’espère qu’il sera quand même satisfaisant. Réponse au dernier jour de ce nouveau mois, qui, je vous le souhaite, sera synonyme de joie.
Je n’ai pas écrit de billet vendredi dernier car je savais que j’allais vous publier un article ce 30 septembre à l’occasion de la Journée internationale de la traduction. Après vous avoir parlé des livres les plus traduits au monde et raconté la vie de saint Jérôme de Stridon, j’avais envie de sortir quelques-un.e.s de ces travailleurs et travailleuses de l’ombre que sont les traducteurs et les traductrices.
Si la grande majorité des traducteurs et traductrices sont resté.e.s caché.e.s dans les coulisses, plusieurs ont été mis.e.s sur le devant de la scène. Commençons par les plus célèbres avec Martin Luther, ce prêtre allemand né à la fin du XVe siècle qui a établi les bases du protestantisme en traduisant la Bible en allemand, et le Néerlandais Érasme, autre théologien du XVe siècle, qui a repris le travail de saint Jérôme et a retraduit en latin le Nouveau Testament grec. Bien d’autres traducteurs (principalement des hommes…) ont contribué à la diffusion des croyances du monde entier, mais la traduction a aussi servi à faire découvrir la littérature de différentes régions de notre planète. Comme l’écriture et la traduction sont des activités connexes, il est fréquent que des écrivain.e.s goûtent à la traduction avant d’écrire leurs propres ouvrages ou profitent de leurs connaissances linguistiques pour traduire des œuvres d’homologues qu’ils ou elles admirent. Ainsi, Charles Baudelaire a fait connaître en France les poèmes de l’Américain Edgar Allan Poe, l’écrivain italien Umberto Eco a traduit dans sa langue maternelle les fameux Exercices de style du romancier français Raymond Queneau et l’autrice belge Marguerite Yourcenar s’est attelée à la traduction des Vagues de l’Anglaise Virginia Woolf (bien que beaucoup qualifient son travail d'adaptation et non de traduction vu que Marguerite a conservé son propre style d'écriture plutôt que de coller à celui de Virginia). Citons également Samuel Beckett, le dramaturge, écrivain et poète irlandais qui a traduit en français ses propres œuvres, dont En attendant Godot.
Aux côtés de la religion et de la littérature, de grandes théories scientifiques ou philosophiques ont été propagées grâce à des traducteurs et traductrices méconnu.e.s. On doit ainsi à Adélard de Bath, Jean de Séville et Gérard de Crémone, entre autres, la traduction en latin de nombreux travaux scientifiques arabes et grecs au XIIe siècle, permettant de transmettre et d’utiliser ces précieuses connaissances en médecine, sciences naturelles ou mathématiques dans toute l’Europe. Autre exemple, la philosophe et scientifique française Clémence Royer a fait connaître la théorie de Charles Darwin dans le monde francophone en traduisant L’Origine des espèces au XIXe siècle. Citons également le couple de psychanalystes britanniques James et Alix Strachey, dont la traduction de toutes les œuvres de Sigmund Freud, qu’ils côtoyaient, a servi de référence pour les traductions ultérieures du travail du fondateur de la psychanalyse dans d’autres langues.
Traduire peut aussi être politique et j’avais envie de citer 3 traductrices qui ont pu faire avancer des causes sociales. Eleanor Marx, la fille de Karl, a participé à la lutte ouvrière en traduisant en anglais les œuvres de son père au XIXe siècle. À la même époque, sur le continent américain, Mary Louise Booth a lutté contre l’esclavage en traduisant en une semaine Un Grand Peuple qui se lèved’Agénor de Gasparin, s’attirant les éloges du président Abraham Lincoln. Plus proche de notre époque, au XXe siècle, Charlotte H. Bruner a consacré toute sa vie à promouvoir la littérature africaine aux États-Unis en traduisant des œuvres d’écrivaines africaines. Je ne peux évidemment pas oublier les traductrices qui ont œuvré et lutté pour le féminisme à travers leur travail, comme les Canadiennes Barbara Godard, qui a traduit en anglais les textes de grandes autrices canadiennes francophones, Susanne de Lotbinière-Harwood, qui a écrit Re-belle et infidèle : la traduction comme pratique de réécriture au féminin, et Luise von Flotow, dont le travail est axé sur les questions de genre et le féminisme dans la traduction.
Pour découvrir d’autres noms de traducteurs et traductrices qui ont changé le monde, je vous invite à lire cet article d’Actualitté dont je me suis inspirée.
Je ne pouvais pas terminer mon billet sans citer plusieurs traducteurs francophones contemporains dont j’admire le travail :
Olivier Mannoni, célèbre pour avoir traduit Mein Kampf, un travail éprouvant dont il parle dans son essai Traduire Hitler.
André Markowicz, qui a retraduit les œuvres de grands auteurs russes, dont Gogol, Pouchkine, Dostoïevksi, et qui parle de son travail dans son journal de traduction Partages.
Jean-Michel Déprats, traducteur et metteur en scène surtout connu pour avoir traduit les œuvres complètes de Shakespeare.
Jean-François Ménard, qui a probablement bercé votre adolescence si vous avez lu en français les 7 tomes d’Harry Potter.
À cette époque où l’on cherche à remplacer les traducteurs et traductrices humain.e.s par l’IA, je trouvais important de mettre en lumière toutes ces personnes qui ont contribué à relier les peuples et de remettre en avant l’importance de la traduction, qui lie depuis toujours les êtres humains par la quête de sens et qui devrait rester la plus humaine possible pour ne pas perdre son sens…
Bonne fête et force et courage à toutes et à tous mes collègues de la traduction !
Si vous suivez l’actualité, vous n’êtes pas sans savoir que Londres a accueilli, il y a une semaine, l’une des plus grandes marches d’extrême-droite de son histoire. Le Royaume-Uni est mon pays d’adoption et voir une partie de son peuple manifester contre l’immigration est un coup dans le cœur. À la tristesse de voir ce monde devenir de plus en plus fermé sur lui-même s’ajoute la colère face à cette bêtise et de nouveau face à ces mots qu’on utilise à tort et à travers…
Passons les portraits brandis en tant que martyr de l’extrémiste américain qui s’est fait tuer par plus extrémiste que lui ou l’intervention vidéo du soi-disant génie qui a l’étrange maladie de faire involontairement des saluts nazis et focalisons-nous sur l’invité d’honneur français, qui n’était autre que le Monsieur-Je-Me-Crois-Plus-Intelligent-Que-Tout-Le-Monde à la tête de gnome (je suis sûre que vous avez l’image…). J’ai entendu une petite partie de son discours et ça m’a hérissé le poil :
« Vous et nous, le peuple anglais et le peuple français sommes confrontés au même danger mortel. Vous et nous sommes colonisés par nos anciennes colonies. »
On va zapper le passage drama queen du « danger mortel » (alors qu'il n'y a rien de plus dangereux et mortel que les attaques de partisans de l'extrême-droite...) et se concentrer sur la deuxième phrase. La France et l’Angleterre seraient « colonisées ». Mais ça veut dire quoi « coloniser » au juste ?
Larousse : 1. Transformer un pays en une colonie, en un territoire dépendant d’une métropole. 2. Peupler un pays, une région de colons : les Anglais ont colonisé l’Australie. 3. Mettre un pays sous sa dépendance économique. 4. Occuper un lieu, l’envahir en s’installant en grand nombre dans des résidences secondaires, des propriétés : Les mauvais feuilletons colonisent le petit écran.
Le Robert : 1. Peupler de colons. 2. Faire d’un pays une colonie. 3. (au figuré) Envahir ; être omniprésent dans (un lieu, un domaine).
Alors, certes, les 3e et 4e définitions peuvent s’appliquer à l’Angleterre, et à Londres en particulier. Les étrangers, dont je fais partie, s’installent depuis toujours en grand nombre dans la capitale du Royaume-Uni, bien que beaucoup l’aient fuie depuis le Brexshit. C’est vrai aussi qu’il y a de plus en plus de kebabs, de restaurants indiens et de buffets asiatiques (de même que de grandes chaînes américaines, d’ailleurs, mais bizarrement, ça pose moins problème…). Oui, on peut entendre de l’espagnol, du bengali, du chinois ou du français dans le métro londonien, tout comme l’on peut y croiser, sur le même trajet, des femmes voilées, arborant des motifs africains colorés ou vêtues de salwar kameez. Mais est-ce que les Anglais ont disparu pour autant, tout comme le sont aujourd’hui d’innombrables peuples amérindiens ? NON.
Comment l’ignoble petit gnome français ose-t-il comparer la vague d’immigration actuelle aux colonies des siècles passés ? Certes, beaucoup de ces immigré.e.s arrivent par la mer, à l’instar des colons d’autrefois. Leurs intentions sont-elles toutefois similaires ? Les immigrés ont-ils imposé leur religion aux Britanniques comme l’ont fait les Britanniques, les Français, les Belges, les Portugais ou les Espagnols aux autochtones des territoires qu’ils ont envahis ? Ont-ils détruit des temples, exploité les terres, volé les richesses locales, appauvri les autochtones ? Ont-ils violé, mutilé, tué des Britanniques ? Et qu’on ne vienne pas me parler de ces quelques histoires de viols commis par des immigrés, c’est juste un moyen de détourner le public sur le véritable problème : la domination masculine au sein de nos propres foyers et la misogynie ancrée depuis des siècles dans le monde entier (mais c’est un autre débat). Les immigré.e.s d’aujourd’hui ont-ils ou elles l’intention de faire des îles britanniques la colonie de leur pays d’origine ? Clairement pas. Beaucoup cherchent simplement une vie meilleure, fuient des conditions déplorables, ou veulent rejoindre leurs proches.
Comparer l’immigration actuelle aux colonies des grands empires d’antan, c’est un peu comme crier à l’antisémitisme face aux appels à la paix sur la bande de Gaza. Toujours ce côté « drama queen »… Et quand bien même ce serait le cas, que les anciennes colonies colonisent leurs anciens envahisseurs, ce ne serait qu’une question de karma, non ?
J’ai toujours adoré Londres pour son cosmopolitisme, le fait d’accéder à autant de cultures différentes dans une seule ville, et d’assister au mélange de ces peuples et aux richesses qui en découlent. Les manifestants britanniques de cette marche devraient s’en rappeler, eux qui entonnaient des chansons de Queen, l’un des groupes britanniques les plus emblématiques dont l’inégalable chanteur venait tout droit de… Zanzibar. Nos ancêtres ont voulu voyager et conquérir le monde, à nous d’en vivre les conséquences et arrêtons d’accuser les immigré.e.s de tous nos malheurs !
Cette semaine, le 11 septembre 2025 plus précisément, le Royaume-Uni célébrait son « Bookclub Day », une journée visant à encourager les Britanniques à rejoindre un club de lecture. Cela fait maintenant plus d’un an que je participe pratiquement chaque mois aux réunions du club de lecture de ma librairie préférée et je ne pourrais désormais plus m’en passer. Je voulais donc vous expliquer aujourd’hui les bienfaits que je tire de cette expérience.
Faire de nouvelles rencontres : inutile de dire que quand on travaille de chez soi, d’autant plus dans un pays étranger les 3/4 du temps, il est compliqué de se faire de nouveaux ami.e.s. Et quand on a passé la trentaine, on a plus de mal à tisser des liens. Pour mettre toutes les chances de votre côté, mieux vaut fréquenter des lieux où vous êtes plus susceptible de croiser des personnes qui partagent vos intérêts. Et quoi de mieux qu’un club de lecture si vous adorez les bouquins ? Je ne peux pas encore dire que je me suis fait des ami.e.s au bookclub, mais c’est toujours un plaisir de discuter avec des personnes de tous âges, rassemblées autour d’un même livre et d’une même passion. Qui sait, peut-être qu’avec le temps des liens d’amitié plus solides se créeront !
Découvrir de nouveaux horizons : à moins d’être un lecteur ou une lectrice très éclectique, on a souvent tendance à s’intéresser aux mêmes sujets, aux mêmes auteurs ou autrices ou aux mêmes genres littéraires. Dans mon club de lecture, chaque séance se termine par le vote du prochain livre à lire, parmi une sélection de 3 ou 4 ouvrages. Depuis que j’ai rejoint le groupe, nous avons lu des récits de voyage, des livres plus historiques, des histoires beaucoup plus actuelles et, plus récemment, un thriller(genre qui ne m'a jamais vraiment attirée). Outre les livres proposés, les discussions avec les autres membres peuvent vous amener à découvrir d’autres écrivain.e.s ou d’autres romans dans la même veine ou traitant du même thème, dans un tout autre registre. J’ai fait de très belles découvertes et cela ne fait que croître mon goût pour la lecture. C’est extrêmement enrichissant !
S’habituer à prendre la parole : je me rappelle ma toute première participation, où, la voix tremblante, j’ai osé partager mon ressenti. Si vous souffrez de timidité (et que vous aimez lire), un club de lecture peut vous aider à prendre confiance en vous. Comme expliqué juste avant, chaque personne peut interpréter différemment une histoire et chaque opinion mérite d’être entendue. En tout cas, dans mon club de lecture, tout le monde est bienveillant et chaque intervention est accueillie avec intérêt. Désormais, je n’ai plus peur de prendre la parole et je suis même prête à diriger une discussion si le cas se présente.
S’ouvrir à d’autres opinions : il arrive qu’un livre plaise moins ou que l’un.e ou l’autre membre ne soit pas parvenu.e à terminer l’ouvrage tant sa lecture lui était désagréable. Certain.e.s seraient tenté.e.s de ne pas participer à la réunion au sujet de ce bouquin, ne sachant pas quoi en dire hormis du mal, mais ce sont pourtant dans ces cas-là que les discussions sont les plus intéressantes. Je me rappelle ainsi du débat autour d’Orbital de Samantha Harvey (traduit en français par Claro sous le titre Orbital : Une journée, seize aurores). Malgré son Booker Prize, le roman n’avait vraiment pas fait l’unanimité auprès des membres de mon club de lecture. Deux personnes avaient au contraire absolument adoré la façon dont il avait été pensé et écrit. Après avoir écouté leurs arguments, j’ai pu avoir une vision tout autre sur le bouquin, quitte à me donner envie de le relire pour me faire une seconde opinion. C’est un rappel constant qu’un livre peut être interprété de 1001 façons, selon votre expérience, vos sensibilités, votre culture ou votre état émotionnel au moment de la lecture.
Lire davantage : vous aimez lire mais n’arrivez plus à trouver le temps de plonger dans un bouquin ? Participer à un club de lecture et devoir chaque mois lire un titre pour une date bien précise apporte une certaine discipline. Cela me pousse à prendre le temps chaque jour d’avaler plusieurs pages de mon roman afin de pouvoir en discuter avec les autres membres. Si vous voulez renouer avec la lecture, rejoindre un club peut être un bon coup de pouce !
Envie de sauter le pas à votre tour ? Lancez-vous, je suis certaine que vous ne le regretterez pas !
Ce huitième acte de l’année m’aura bien fait voyager. Débutant sur l’émerveillement dans la sublime ville de Vienne, il s’est terminé par la peur et le dépassement de soi lors de rencontres arachnéennes dans ma demeure londonienne. Riche en retrouvailles amicales et familiales, il a été, professionnellement parlant, beaucoup moins génial. C’est ainsi sur une période de doute que s’est achevé ce mois d’août.
Vallée de la rivière Chess, Angleterre
Loin d’être intense, août m’a donné l’impression que tout le monde était en vacances. J’ai heureusement eu quelques projets de traduction à me mettre sous la dent, mais rien de très conséquent. J’ai également eu la déception de voir que les soucis financiers de mon ancienne agence de rédaction n’étaient toujours pas réglés et de ne percevoir qu’un pourcentage ridicule de la somme qu’elle doit me payer. Les 2 dernières semaines ont été particulièrement vides de projets, ma cliente la plus fidèle partant à son tour en congé. Désœuvrée mais manquant de motivation, je n’ai pas réussi à faire de la prospection. Le syndrome de l’imposteur a recommencé à se manifester, surtout en cette époque perturbée par l’IA et ChatGPT. J’espère néanmoins un retour à la normale, dès que sera terminée la saison estivale.
Les 4 premières journées du mois d’août ont compté parmi les plus belles de toutes. De retour après 8 ans dans l’une de mes villes coups de cœur, j’ai vécu des moments d’envoûtement et de plaisir partagé avec mes beaux-parents, ma nièce et mes belles-sœurs. Je ne vais pas revenir en détail sur mon séjour à Vienne, j’en ai parlé en long et en large dans ma dernière carte postale sur la capitale autrichienne. Je vous remets juste ici quelques photographies, de quoi vous donner envie de la découvrir aussi !
À peine revenue sur le sol britannique que je repartais pour quelques jours en Belgique. Un arrêt à Lille dans le nouvel appartement de ma sœur et de son chéri, une journée shopping à Namur pour l’anniversaire de l’une de mes meilleures amies et un superbe repas sous le soleil avec une grande partie de ma famille, c’était tout ce qu’il me fallait pour être pleinement épanouie. De retour en Angleterre, août s’est poursuivi par mon rendez-vous mensuel littéraire et une après-midi chez ma cousine londonienne pour son anniversaire. Il a continué par une semaine de rencontres presque quotidiennes avec des araignées, face auxquelles j’ai essayé de ne pas laisser ma peur gagner. J’ai ainsi fait d’énormes progrès en cohabitant presqu’un mois avec une tégénaire, exploit dont je ne suis pas peu fière. Le mois d’août offrant aux Anglais un dernier week-end prolongé ensoleillé, mon cher et tendre et moi-même en avons profité pour faire une belle randonnée. Notre balade pittoresque entre Rickmansworth et Chesham a revigoré autant mes jambes que mon âme. Les paysages bucoliques le long de la rivière Chess m’ont plongée dans un état d’allégresse. C’est enfin sur un décor automnal que s’est clôturé ce mois estival. Après plusieurs jours sous les gouttes, nous sommes partis à la rencontre des daims de notre quartier le tout dernier dimanche d’août. Une fois entrée dans les bois déjà tapis de feuilles d’or, j’ai ressenti la joie immense d’apercevoir les premiers reflets de la saison que j’adore.
Septembre me donne envie de redémarrer du bon pied et de le mettre à l’étrier. Espérons que l’énergie de la rentrée m’accompagnera tout au long du neuvième mois de l’année. Rendez-vous dans 4 semaines pour voir où ce début d’automne me mène.
Cette semaine a marqué la rentrée des classes en Belgique. Mais les petit.e.s écoliers et écolières n’ont pas été les seul.e.s à faire leur rentrée. La fin de l’été annonce aussi la rentrée… des araignées dans nos maisons. Depuis 2 semaines, j’enchaîne les rencontres effrayantes et vis dans un état de stress constant. J’essaye toutefois de me débarrasser de mon arachnophobie. L’un des moyens d’exorciser une peur est d’apprendre à mieux connaître l’objet de cette crainte. Comme j’adore les mots, je me suis donc intéressée à l’étymologie des termes « araignée » et « arachnophobie ».
L’histoire du mot « araignée » est passionnante. Le terme français vient des mots latins araneus et aranea. Le premier, qui a donné « aragne », désignait le monstre à huit pattes, tandis que le deuxième se référait à sa toile. Le « i » précédant le « g » a été ajouté au XVIIe siècle non pas pour faire joli, mais pour donner une indication sur la prononciation de « -gne ». En effet, le « i » permettait de distinguer le « -gne » dur, comme dans « stagne », du « -gne » nasal, comme dans « montagne ». D’ailleurs, le terme « montagne » s’écrivait « montaigne ». Pendant tout un temps, les termes « araigne » et « aragne » ont coexisté. Et « araignée » alors ? Eh bien, au départ, on a ajouté le « -ée » pour parler de la toile que tissait l’aragne. Donc « araignée » désignait la toile et l’animal était nommé « aragne ». Puis de fil en aiguille, « aragne » a été mis de côté et le mot « araignée » l’a emporté, et l’on désigne désormais son filet par « toile d’araignée ». Je vous invite à regarder cette intéressante vidéo de Bernard Fripiat, qui explique tout ça bien mieux que moi. Si vous aimez la langue de Shakespeare, je vous invite à lire cet article qui explique l’origine de cobweb, tout aussi passionnante.
Et l’arachnophobie dans tout ça ? Étymologiquement, le terme vient de l’association des mots grecs φόβος (phóbos = la peur) et ἀράχνη (arakhnê = araignée). Arakhnê (ou Arachné), qui est également à l’origine du mot « arachnide » (c'est-à-dire la classe des arthropodes à laquelle appartiennent les araignées, mais aussi les scorpions et les acariens) est un personnage de la mythologie grecque. Voici son histoire, reprise dans les Géorgiques de Virgile et dans les Métamorphoses d’Ovide, racontée avec mes mots.
Il était une fois une jeune tisseuse du nom d’Arachné dont le talent était si grand que sa réputation a atteint le mont Olympe. Intriguée, Athéna a voulu observer de ses propres yeux le travail de cette surdouée du tissage. Sous les traits d’une dame âgée, la déesse des arts et des technniques rendit ainsi visite à Arachné. Sans connaître l’identité réelle de sa visiteuse, la jeune femme commit l’impair de se vanter d’être la meilleure tisseuse au monde et de surpasser les talents d’Athéna elle-même. Vexée, la déesse révéla alors son identité et lança à Arachné le défi de la surpasser lors d’un concours de tapisserie. Athéna choisit de représenter les dieux de l’Olympe dans toute leur gloire, tandis que la jeune tisseuse eut l’audace d’illustrer les relations amoureuses scandaleuses de ces divinités. Leur travail terminé, la déesse entra dans une colère folle, ne voyant aucun défaut sur l’ouvrage d’Arachné. Verte de jalousie, elle frappa la jeune tisseuse avec sa navette et détruisit sa tapisserie. Désespérée, Arachné choisit de se donner la mort et se pendit. Prise de remord, Athéna eut la bonté de lui redonner la vie, mais sous la forme d’une araignée, condamnée à tisser pour l’éternité.
Je vous épargne l’illustration traumatisante de ce mythe par Gustave Doré pour la Divine Comédie… Maintenant qu’on connaît l’origine étymologique de l’arachnophobie, que signifie exactement ce mot ? Est-ce que je peux me qualifier d’arachnophobe ? Intéressons-nous un peu aux symptômes :
Arachnophobie
Peur phobique des araignées se traduisant par une envie de fuir, une accélération de la respiration, une augmentation du rythme cardiaque, de la sueur, des douleurs dans la poitrine, des maux de tête, des pleurs et cris, de la paralysie et parfois une perte de connaissance.
Je n’ai jamais été jusqu’à perdre connaissance face à une araignée, mais je rappelle très bien d’un épisode où je suis restée bloquée en pleurs pendant plus d’une heure devant la porte des toilettes car j’avais vu une énorme tégénaire sur le mur juste à côté de la cuvette, exactement au niveau de ma tête quand je me suis assise sur le pot. Il était trop tard pour appeler mon super héros (papa, qui dormait déjà) et j’étais tiraillée entre l’envie pressante de me soulager et celle de m’enfuir le plus loin possible du monstre qui hantait les toilettes. L’une de mes meilleures amies qui a kotté avec moi m’a également retrouvée une nuit assise la tête dans les genoux sur une chaise dans la cuisine car une grosse araignée se baladait dans ma chambre et que j’étais incapable d’y dormir. Vous vous demandez pourquoi je ne les tue pas ou ne les mets pas dehors ? C’est parce que ma peur me paralyse. Tuer une araignée, de 1) c’est nul, elle n’a rien demandé, de 2) ça implique de devoir s’approcher d’elle, de la regarder pour bien viser et de risquer de la voir se mettre à courir dans tous les sens, ce qui me fait littéralement prendre la fuite. Ma peur ne se limite pas aux araignées réelles. Par exemple, je n’ai jamais pu regarder le passage dans la Forêt interdite dans le film Harry Potter et la Chambre des secrets(je me rappelle d'ailleurs m'être recroquevillée sur mon siège la tête dans les genoux à ce moment précis du film quand je suis allée le voir au cinéma, un horrible moment avec tous les bruits de pattes dans tous les sens 😭). Les illustrations, photos, même parfois les dessins animées d’araignées me mettent dans un état de malaise profond. La rédaction de cet article a d’ailleurs été compliquée par moment (avec tous ces sadiques qui s'amusent à inclure des photos d'araignée dans les articles traitant d'arachnophobie 😡).
Mais d’où vient cette peur irrationnelle des araignées ? Il existe plusieurs explications. On va oublier les inepties psychanalytiques de Freud, qui relie cette peur au sexe féminin et plus particulièrement à la mère phallique. En gros, l’araignée représenterait la méchante mère redoutée par son enfant. Si ça vous intéresse, je vous renvoie à cet article. Plus plausible, l’arachnophobie ferait partie des peurs innées ou fondamentales, tout comme l’ophiophobie (la peur des serpents), c’est-à-dire qu’elle proviendrait d’un mécanisme de survie que nos lointains ancêtres ont développé pour se protéger des morsures ou piqûres mortelles de ces animaux. Mais qu’est-ce qui expliquerait alors que certaines personnes n’ont absolument aucun problème avec les araignées et peuvent les prendre en main ou les considérer comme des animaux de compagnie ? Cela pousse apparemment certains chercheurs à considérer l’arachnophobie comme une peur héréditaire ou génétique. D’autres prétendent que l’arachnophobie serait une peur conditionnée, c’est-à-dire qu’elle serait la conséquence d’un traumatisme subi pendant l’enfance (ATTENTION, je vous renvoie à cet article en anglais, mais il comporte des photos d'araignée…). Je penche plutôt pour cette dernière explication, du moins en ce qui me concerne.
Je me rappelle ainsi que l’un de mes oncles s’amusait à faire semblant de me lancer dans la cave de chez ma grand-mère paternelle pour que j’aille rejoindre « les araignées » (merci tonton 🙄). Je ne les voyais pas, mais j’ai toujours eu horriblement peur de cette cave et d’y descendre. Cela dit, je ne me souviens pas d’avoir rencontré d’araignée chez ma grand-mère… Par contre, je me rappelle très bien la première rencontre traumatisante avec une araignée (je pense que c'était la première et les sensations sont encore vivaces…). Je ne sais pas quel âge j’avais, mais c’était à l’époque où je prenais encore des bains avec ma petite sœur. Nous avions un jouet en forme de baleine avec lequel nous n’avions plus joué depuis un certain temps qui traînait sur le bord de la baignoire. Et ce jour-là, nous avons voulu l’utiliser de nouveau… La baleine en question disposait d’un petit mécanisme qui permettait de faire jaillir de l’eau par son évent. Sauf que ce n’est pas de l’eau qui a jailli du trou, mais une énorme araignée noire qui s’est retrouvée entre nous deux dans la baignoire. Jamais nous ne sommes sortis aussi vite du bain, nos cris étant accompagnés par ceux de notre mère face à la vue du monstre à huit pattes se débattant dans l’eau. Depuis, je me rappelle en détail de chaque malheureuse rencontre avec une araignée.
Je tente toutefois de me soigner et je suis quand même fière de pouvoir dire que j’accomplis des progrès. Ainsi, je cohabite depuis plusieurs semaines avec une tégénaire dans ma salle de bain, que j’ai baptisée Jeanine (ça me fait penser à une voisine acariâtre qui passe son temps à t'observer derrière sa fenêtre, mais que tu dois quand même traiter avec politesse). Tant que Jeanine reste dans la salle de bain, je la laisse tranquille… Elle me fait généralement coucou le soir, je m’entraîne donc à me laver les dents et à me nettoyer le visage en sa présence, tout en la surveillant du coin de l’œil et en fermant bien la porte pour ne pas qu’elle se balade (je me rassure comme je peux). Et j’ai réussi à mettre dehors une araignée de plus petite taille comme une grande 😊. Je n’irai pas jusqu’à faire une thérapie (qui consiste à toucher d'énormes araignées pour vaincre sa peur...), ni à aller en Australie ou en Amazonie, mais je me soigne comme je peux.
Si vous êtes arachnophobe et que vous passez par ici, je vous envoie tout mon courage. Plus que quelques semaines à tenir, on va survivre !
Le retour des vacances est toujours un peu rude quand on ouvre de nouveau les journaux et les réseaux sociaux. Préoccupée par la condition féminine dans le monde entier, je m’intéresse beaucoup aux grands sujets du féminisme. Depuis le renversement de l’arrêt Roe v. Wade et la réélection du clown orange à la Maison Blanche, l’avortement est au cœur des débats. Le guignol de 4 ans d’âge mental qui considère le monde comme sa plaine de jeux a été qualifié de « président le plus pro-vie de l’histoire » par l’hebdomadaire chrétien français La Vie. Ce terme, « pro-vie », m’a toujours horripilée. J’avais donc envie d’en parler aujourd’hui.
D’où vient le terme « pro-vie » et que signifie-t-il exactement ? Cette expression provient du terme anglophone « pro-life » apparu dans les années 1970 aux États-Unis, selon le Merriam-Webster. Dans le Cambridge Dictionary, le terme est défini comme suit :
pro-life (adjective): opposed to the belief that a pregnant woman should have the freedom to choose an abortion if she does not want to have a baby.
Traduction : pro-vie (adjectif) : opposé à la conviction qu’une femme enceinte devrait avoir la liberté de choisir d’avorter si elle ne veut pas avoir de bébé.
Le terme « pro-vie » ne semble pas être entré dans les dictionnaires académiques français. J’ai uniquement trouvé une définition sur le site de vulgarisation La langue française :
Pro-vie (adjectif) : qui s’oppose à l’interruption volontaire de grossesse et à l’euthanasie.
Il est intéressant de voir qu’en français, le terme « pro-vie » inclut aussi l’opposition à l’euthanasie. Étrange de savoir qu’un mouvement qui refuse de voir les gens mourir est prêt à sacrifier la vie d’une femme… car oui, ce qui m’embête dans ce terme, ce sont les mots choisis. Moi aussi je suis « pour la vie », une vie avec tous ses bonheurs et ses malheurs, mais dont le déroulement et la fin sont choisis en pleine conscience quand on en a la possibilité. Dire d’une personne qu’elle est « pro-vie » alors qu’elle veut empêcher les autres de vivre et de terminer leur vie comme ils et elles l’entendent me paraît totalement insensé.
Quel type de vie ces gens prônent-ils exactement ? Une vie dans laquelle une mère morte cérébralement est tenue artificiellement en vie pour donner naissance à un enfant prématuré dont la survie est incertaine ? Un enfant qui, s’il survit avec tous les séquelles qu’il risque d’avoir, subira le traumatisme d’apprendre plus tard qu’il a grandi dans le ventre de sa mère morte, comme s’il s’agissait d’une couveuse et non d’un être humain ? Je ne parle pas ici d’un roman ou d’une série dystopique, mais du cas d’Adriana Smith, une maman et infirmière de 30 ans maintenue artificiellement en vie pendant 6 semaines à cause l’interdiction de l’avortement après 6 semaines de grossesse dans l’État de Géorgie. Tout cela bien évidemment contre les souhaits de son mari et de sa famille, qui ont dû vivre un véritable cauchemar émotionnel (et ne parlons pas de son petit garçon de 7 ans)…
Les pro-vies sont-ils favorables à ce qu’une mère victime d’une fausse couche meure parce que l’équipe médicale doit attendre qu’il n’y ait plus aucun battement de cœur du fœtus pour intervenir, laissant ainsi une petite fille orpheline et un mari veuf de son épouse de seulement 28 ans ? Là encore, je ne parle pas d’une héroïne de film d’horreur, mais de Josseli Barnica, victime des lois anti-avortement du Texas. Josseli est loin d’être la seule à travers le monde. En Pologne, Izabela est morte des suites d’une septicémie alors qu’elle en était à sa 22e semaine de grossesse parce que les médecins avaient peur d’enfreindre les lois anti-avortement strictes du pays.
Est-ce qu’être « pro-vie », c’est exiger d’une maman en deuil de porter son fœtus mort pendant plusieurs semaines et de continuer à ressentir les symptômes de grossesse alors qu’elle ne va jamais pouvoir prendre son bébé vivant dans les bras ? C’est ce qu’a vécu Elisabeth Weber en Caroline du Sud. Ancienne « pro-vie » elle-même, elle a vu son utérus se transformer en tombe, avec la peur de mourir à son tour, sans pouvoir rien faire à cause des lois anti-avortement qu’elle avait autrefois soutenues.
Je me rappelle aussi de ces militant.e.s soi-disant pro-vie au Brésil qui étaient contre l’avortement d’une petite fille de 10 ans, enceinte après les viols répétés de son oncle. Ces gens étaient-ils conscients qu’ils allaient condamner une enfant à un accouchement extrêmement à risque et à une vie totalement ruinée ? Certain.e.s ont même été jusqu’à se rendre à l’hôpital pour lui bloquer l’accès et la traiter de meurtrière alors qu’elle tenait des peluches dans les bras pour se rassurer. Ces personnes n’ont-elles aucune empathie ? La vie d’une fillette ou d’une femme est-elle aussi insignifiante à leurs yeux ?
Je cite ici de cas extrêmes, mais être « pro-vie », c’est vouloir simplement empêcher une femme de vivre sa vie comme elle l’entend, d’avoir des enfants quand et si elle se trouve dans la bonne situation (émotionnelle, amoureuse, financière...). Comme l’a si bien dit Simone Veil :
« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. »
L’arrivée d’un enfant est un bouleversement total. Les femmes qui prennent la lourde décision d’avorter en sont bien conscientes. Elles connaissent les sacrifices qu’implique la venue d’un enfant dans ce monde. Elles connaissent leurs limites, leur santé physique et mentale, l’état de leur relation amoureuse, leurs envies et besoins actuels. Forcer une femme à garder un enfant, ce n’est pas être pro-vie, c’est l’empêcher de vivre sa propre vie.
Pourquoi se dire pro-vie quand on est en réalité contre elle ? À mon sens, on n’est pas « pro-vie » quand on nie à quelqu’un.e le droit de décider de sa propre vie ou mort. Tout comme on ne dit pas « pro-avortement » (toute femme préférerait ne pas tomber enceinte plutôt que de devoir être confrontée à cette décision), mais plutôt « pro-choix », je préconise l’emploi de « anti-choix », car tout est une question de choix finalement. Et aimeriez-vous qu’une autre personne vous impose ses choix ? Je ne crois pas.
Vous êtes seul.e maître de votre vie. Vivez donc la vôtre sans imposer vos choix à autrui !
Dans ma dernière carte postale, je quittais la gare de la ville hongroise de Győr. Malgré une heure de retard, mon cher et tendre et moi-même arrivons avant ses parents, ses sœurs et notre petite nièce à Vienne, ville que nous avions déjà visitée il y a 8 ans. J’avais eu un coup de cœur absolu pour la capitale autrichienne et m’étais promis d’y retourner. J’étais impatiente de retourner flâner dans ses rues chargées d’histoire et bordées de bâtiments baroques et Art nouveau tous plus beaux les uns que les autres. Contrairement à notre première visite, durant laquelle mon cher et tendre et moi-même nous étions concentrés sur les parcs et les jardins, ce deuxième séjour à Vienne a été riche en excursions. Je tenais donc à écrire un nouveau billet sur la ville impériale, cette fois plus axé sur les palais et musées que j’ai visités.
Panorama sur Vienne et le palais de Schönbrunn depuis la Gloriette
Ma belle-famille ayant eu un vol très tôt le matin-même, notre première journée à Vienne a été plus décontractée. Notre appartement de location se trouvant à moins de 10 minutes de marche du parc du Belvédère, nous sommes allés faire un petit tour dans ses jardins. L’une des façades de ce somptueux château baroque était en travaux, mais cela ne m’a pas empêchée d’être charmée par les lieux. J’ai pris le temps d’admirer les beaux parterres de fleurs d’été ainsi que les statues immaculées peuplant les jardins.
En fin d’après-midi, toute la troupe se met en route pour l’Innere Stadt, c’est-à-dire la ville intérieure de Vienne. Nous commençons notre balade par l’incontournable statue dorée de Johann Strauss II au Stadtpark avant de nous enfoncer dans les ruelles historiques de la capitale impériale et d’atteindre le fameux Graben. Comme en 2017, je m’émerveille devant la beauté des bâtiments. Partout où je lève les yeux, j’aperçois des atlantes ou caryatides soutenant des balcons richement ornés, des encadrements de fenêtre aux moulures détaillées, des volutes, des guirlandes fleuries et autres ornements tout à fait à mon goût (je dois être d’une autre époque 👸). Nous passons devant la majestueuse cathédrale Saint-Étienne avec sa magnifique toiture en tuiles vernissées, puis apercevons le dôme vert de la Hofburg. Mon cher et tendre nous presse toutefois le pas pour arriver à l’heure au restaurant. Nous avons choisi Centimeter, une adresse conviviale proposant d’énormes assortiments de spécialités autrichiennes à partager. Le ventre bien rempli, nous nous dirigeons sur la Rathausplatz, qui accueille tout au long de l’été un festival de projection de concerts classiques, pop, rock ou d’opéras devant le splendide hôtel de ville gothique. L’ambiance y est très sympathique, mais la fatigue du voyage se fait sentir pour ma belle-famille et nous rentrons sagement à l’appartement pour passer une bonne nuit.
Le 1er août marque notre première journée complète à Vienne. Pour commencer, nous nous rendons à la Hofburg pour visiter l’un des sites dont ma belle-mère rêvait depuis longtemps : le musée Sissi. Nous avions acheté des Flexi Pass (dont le prix varie en fonction du nombre de sites que vous souhaitez visiter) et devons d’abord passer au guichet pour obtenir notre horaire d’entrée au musée. Pour réguler le nombre de visiteurs, les grandes attractions viennoises sont en effet uniquement accessibles sur un créneau bien précis. Heureusement pour nous, nous ne devons attendre que 15 minutes, le temps d’explorer un peu l’extérieur du palais de la Hofburg.
Les 15 minutes passés, nous entrons enfin dans le musée Sissi. Le billet de 25€ comprend l’entrée dans l’espace muséal dédié à l’impératrice, ainsi que celle dans les somptueux appartements impériaux. Je n’ai jamais été particulièrement fan des films Sissi, mais j’ai vraiment apprécié la visite, agrémentée d’un audioguide gratuit très complet. Le musée cherche à rétablir la vérité sur la vie et le caractère de l’impératrice, loin des portraits cinématographiques romancés, à l’aide d’un grand nombre d’objets personnels. Il est vraiment passionnant. J’ai particulièrement aimé pouvoir traverser les appartements impériaux, à la décoration baroque blanche et or, choix décoratif de Sissi elle-même.
Après ce voyage dans le temps et une grosse averse de courte durée, nous regagnons le Graben pour une petite marche sous la réapparition du soleil. Voyant la porte de l’église Saint-Pierre de Vienne ouverte, j’y suis entrée avec ma belle-mère pour contempler l’intérieur de cette sublime église baroque sous les notes puissantes de l’orgue. Nous sommes ensuite rentrés un moment à l’appartement pour nous changer pour la sortie du soir, puis nous sommes partis rejoindre le Naschmarkt, grand marché à moitié couvert. Je n’ai pas pris de photo du marché car il était malheureusement à moitié fermé lors de notre passage. Nous nous y sommes toutefois installés pour manger de savoureuses pizzas chez Al Bacio (je recommande).
Nous finissons juste à temps pour prendre le tram et nous rendre à l’événement que j’attendais le plus de tout le séjour : un concert du Wiener Mozart Orchester au Musikverein. J’ai eu la chance d’obtenir des réductions pour le concert par ma cliente espagnole, pour qui je travaille depuis des années (prix normal pour la catégorie la plus basse : 69€). Elle nous a gentiment réservé des places au balcon dans la plus belle salle du Musikverein, la fameuse Salle dorée. C’est là qu’est filmé chaque année le Concert du Nouvel An. Réputée dans le monde entier pour son excellente acoustique, elle est éblouissante avec ses peintures au plafond et ses lustres qui font briller les dorures. L’orchestre et les solistes, tous en tenues d’époque, sont de grande qualité et nous ont fait vivre une soirée musicale fantastique sur les airs de Mozart, mais aussi ceux de Strauss père et fils. Seul bémol, j’ai été surprise de voir que le personnel laissait entrer les retardataires dans la salle… L’assise des sièges du balcon étant rabattable et en bois, l’installation de ces personnes arrivées après le début de concert était assez bruyante. J’ai également déploré que certain.e.s membres du public n’avaient acheté leur place que dans l’objectif de prendre des photos de la salle et ne faisaient que discuter plutôt que d’écouter le concert…(j’ai d’ailleurs dû leur lancer un regard noir pour les faire taire). Malgré ces perturbations, cette soirée restera longtemps gravée dans ma mémoire !
Le MusikvereinHall d’entrée du MusikvereinLes plafonds de la Salle dorée
Nouvelle journée, nouveau palais ! Nous passons notre samedi à Vienne sur l’immense domaine de Schönbrunn. Arrivés sur place, nous nous pressons de réserver nos billets pour la visite du palais. Pour information, le Flexi Pass n’inclue que la visite des appartements d’État. Nous avons dû ajouter 9€ par personne pour accéder à l’intégralité de l’étage noble du palais (prix total : 34€ par personne). Notre créneau d’entrée dans le palais ne tombant qu’en début d’après-midi, nous prenons le temps de flâner à travers les jardins impériaux, totalement gratuits (à l'exception du zoo, de la Gloriette et du labyrinthe, bien évidemment… une visite complète de Schönbrunn peut vous coûter très cher). Le ciel est bleu et le soleil au beau fixe, nous permettant d’apprécier pleinement la beauté des fontaines, des statues et des parterres de fleurs, ainsi que le panorama sur le palais depuis la Gloriette (seule la montée sur la plateforme panoramique est payante).
L’heure est ensuite venue d’entrer dans le palais. Accompagnée de ma belle-mère et de mes belles-sœurs, pendant que mon cher et tendre et mon beau-père explorent le zoo de Schönbrunn avec ma petite nièce, je traverse les opulents appartements de François-Joseph et de Sissi ainsi que ceux occupés par Marie-Thérèse d’Autriche et ses nombreux enfants. Là encore, je m’extasie devant les lustres, les boiseries, les moulures et le mobilier d’époque. La pièce phare du palais est sa grande galerie, aux murs blancs rehaussés de dorures et aux incroyables plafonds peints. Je suis toutefois plus émue de fouler le parquet du salon où le petit Mozart a joué pour la première fois devant l’impératrice Marie-Thérèse. Et j’ai un coup de cœur pour les pièces à la décoration plus exotique, venue de Chine et d’Inde, ainsi que par l’étonnante chambre aux porcelaines.
Une fois la visite du palais de Schönbrunn terminée en fin d’après-midi, nous rentrons à l’appartement pour y manger avant d’aller en prendre de nouveau plein la vue, cette fois-ci à l’église votive. Cette église néogothique accueille pour le moment un spectacle de sons et lumières mettant en valeur sa splendide nef. Je suis déjà émerveillée avant la projection, regrettant presque de ne pas avoir vu les peintures de ses voûtes à la lumière du jour. Une fois installés, nous sommes éblouis par les illuminations des colonnes de la nef, les détails architecturaux de l’église étant mis en valeur par les animations visuelles. Le spectacle ne dure que 30 minutes, mais il vaut vraiment ses 22€ par personne (prenez les places de 2e catégorie, la première catégorie ne vaut pas le coup).
Nous voilà déjà au dimanche, notre dernier jour complet à Vienne, et je le commence seule en compagnie de ma belle-mère. Adorant toutes les deux l’architecture baroque et les palais, nous partons visiter le Trésor impérial de la Hofburg. En chemin, nous avons le plaisir de pouvoir entrer dans la cathédrale Saint-Étienne puis d’entendre ses cloches sonner pour l’appel à la messe.
Nous entrons ensuite dans une nouvelle aile de la Hofburg pour explorer le Trésor impérial. Pour 16€ l’entrée, je ne m’attendais pas à y passer autant de temps. Le nombre de merveilles que le musée renferme est incalculable. En plus des couronnes, sceptres et bijoux impériaux, il comporte toute une partie dédiée au trésor liturgique avec un grand nombre de reliques. Les détails de certaines pièces nous ont littéralement bluffées. Le musée abrite aussi plusieurs curiosités, comme une corne de « licorne », une coupe d’agate considérée comme le Saint Graal ou des icônes réalisées à partir de plumes de colibri. Nous y passons 3 bonnes heures et expédions même un peu la fin, ne consultant l’audioguide que pour les pièces qui attirent notre attention.
Couronne impériale d’Autriche et sceptre de Rodolphe II
Robe d’apparat
Le berceau de l’Aiglon
Vaisselle de baptême impérial
Couronne d’Étienne Bocksai
Roses d’or
Fiole à onguent dans la plus grosse émeraude taillée au monde
Opale
Broche de hyacinte dite La Bella
Bijou de la toison d’or
Arbre généalogique des rois et empereurs de la maison de Habsbourg
Pendentif de la parure offerte à la princesse Stéphanie de Belgique par la ville de Budapest (remarquez le lion des Flandres)
Corne de licorne (ou plutôt de narval)
Tableau en plumes de colibri
Trésor liturgique
La couronne du Saint-Empire
Coupe d’agate considérée comme le Saint Graal
Les armoiries belges
Grand collier de l’ordre de la Toison d’or
Une fois à l’air libre, nous nous baladons encore un peu dans la ville avant de prendre le métro pour rejoindre le reste de la famille au Prater, la fête foraine permanente de Vienne. Après quelques tours de manège pour ma petite nièce, nous rejoignons le canal du Danube pour une croisière. S’il est agréable de se laisser naviguer, j’avoue que la City Cruise (qui revient quand même à 32€ par personne) nous laisse sur notre faim : les explications sont succinctes et il n’y a pas de jolis bâtiments en vue. Elle vaut juste la peine si vous aimez le street-art. Nous restons dans les environs du canal pour notre dernier repas tous ensemble, pris cette fois au Cavaliere, un excellent restaurant italien. Nos pâtes et tiramisus engloutis, nous passons devant le carillon Anker puis regagnons le Graben pour une dernière balade dans l’Innere Stadt, cette fois-ci sous le manteau de la nuit.
Lundi 4 août, après avoir quitté l’appartement et mis nos bagages dans des casiers à la Hoptbahnhof, nous prenons la direction du troisième arrondissement pour admirer la Maison Hundertwasser, créée par l’artiste du même nom. Elle détonne par rapport aux bâtiments baroques, dont le très beau palais des Beaux Arts voisin, mais est tout aussi belle par ses murs colorées, recouverts de végétation.
Pour notre dernière balade dans Vienne, je propose ensuite de rejoindre le Stadtpark, où ma petite nièce s’amuse dans les plaines de jeux, pendant que je fais le tour des monuments du parc avec ma belle-mère. Une dernière photo devant les parterres fleuris puis direction le centre pour un repas express avant les adieux à ma belle-famille.
Notre vol pour Londres étant prévu plus tard dans la soirée, je profite des quelques heures qu’il me reste dans la capitale autrichienne pour visiter l’un des lieux qui m’attirent le plus : la Mozarthaus, la seule ancienne résidence de l’enfant prodige de la musique qui subsiste à Vienne. J’en ressors toutefois un peu déçue. Pour 14€ l’entrée, vous disposez d’un audioguide très détaillé, mais ne pouvez voir qu’un faible nombre d’objets exposés. Les partitions et lettres présentées dans les pièces de l’appartement, qui est quasiment vide, sont pratiquement toutes des copies (dont les originaux se trouvent en partie à la British Library). Cela dit, j’ai été très émue d’entrer dans les pièces où le grand maestro a notamment composé Les Noces de Figaro, ainsi que de voir la rue derrière la fenêtre de son bureau, vue qui l’a peut-être inspirée pour écrire plusieurs de ses chefs-d’œuvre.
C’est sous la pluie que je quitte Vienne pour la deuxième fois, le cœur presque serré de devoir dire au revoir à ses rues élégantes et chargées d’histoire. Inutile de dire que j’ai encore envie d’y retourner, ne serait-ce que pour voir sa Bibliothèque nationale (malheureusement fermée le jour où je voulais la visiter) et pour assister à d’autres concerts… Mais ne dit-on pas « jamais deux sans trois » ? Vienne, j’espère vraiment qu’on se reverra !