Un an de Duolingo

Ce mardi 24 février a été un grand jour : j’ai obtenu le badge des 365 jours d’affilée sur Duolingo (moyennant 4-5 petits gels de série par-ci, par-là). Est-ce que je suis désormais capable de tenir une conversation en allemand ? Non, du moins pas avec un local 😅. Mais que retirer de cette année complète de leçons avec le hibou vert ?

Capture d’écran de mon application Duolingo

Si je suis loin de maîtriser les déclinaisons et commets encore des erreurs quant au genre des noms, je peux dire que j’ai enrichi mon vocabulaire. Mine de rien, faire des exercices autour des mêmes mots pendant des semaines, ça permet de bien enraciner les termes dans la mémoire. Il faut dire que j’ai aussi continué à écouter régulièrement les podcasts de Learngermanwithfalk, ce qui m’a aussi aidée à améliorer ma compréhension d’expressions et de mots allemands.

En un an, je suis passée de quasi débutante au niveau 28, qui correspond au niveau A1 avancé du cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) (du moins sur l'application Duolingo). J’ai aussi eu le plaisir de voir l’application apporter de nouvelles fonctionnalités, comme l’explication des réponses (qui n'était auparavant accessible qu'aux abonnés, dont je ne fais pas partie). Comme son nom l’indique, elle vise à expliquer des notions de vocabulaire, de conjugaison ou de grammaire liées à l’exercice. Je ne sais pas si cette fonctionnalité est plus complète pour les abonné.e.s, mais je trouve que les explications sont un peu trop succinctes ou pas toujours pertinentes. Je me rappelle par exemple me demander pourquoi il fallait telle déclinaison dans une phrase, mais l’explication du mot décliné qui me posait problème concernait le sens lexical du terme et non sa déclinaison.

Je ne sais pas si c’est dû à l’atteinte de niveaux plus élevés, mais j’ai désormais quelques exercices plus axés sur la grammaire. Ils consistent généralement à reproduire par mimétisme une déclinaison sans donner d’explication donc ils restent un peu frustrant si l’on veut vraiment comprendre, mais ça change des exercices de vocabulaire. Depuis début février, l’application a également ajouté des « cartes mémo » : une série de 5 mots s’affichent en français et vous devez les traduire oralement en allemand (ou japonais, espagnol, italien, [insérez la langue que vous étudiez]). C’est un exercice beaucoup plus dynamique qui fait davantage appel à la mémoire que les exercices écrits et que j’apprécie beaucoup.

Bref, cette année complète de leçons d’allemand avec Duolingo ne m’a pas rendue bilingue, mais elle m’a aidée à mettre en place un rendez-vous quotidien avec la langue de Goethe et à enrichir mon vocabulaire. Je pense donc que l’application reste un bon outil pour s’entraîner un petit peu tous les jours, sans se prendre trop la tête. Elle doit cependant être complétée par d’autres méthodes d’apprentissage pour acquérir un niveau de langue supérieur et utile en situation réelle.

Et vous, quelle langue étudiez-vous avec le hibou vert ?

Bien sûr que les poissons ont froid, de Fanny Ruwet

Les premières semaines de février ont été un peu trop calmes, ce qui m’a permis d’avancer dans ma pile de livres à lire. Parmi les ouvrages reçus à Noël, j’avais hâte de lire le premier roman d’une humoriste et podcasteuse belge de talent : Fanny Ruwet. Je lui ai attribué un 5/5 sur mon appli de lecture tant j’ai adoré ! Il mérite donc son petit billet Croque-livre 😊

Je vous avais déjà parlé de Fanny Ruwet dans mon billet sur mes podcasts préférés, puisque j’adore écouter Les Gens qui doutent. Son premier roman, sorti en 2023, est un mélange entre autobiographie et fiction, comme aime le faire une autre autrice belge que vous retrouvez souvent sur mon blog, Amélie Nothomb, mais en beaucoup plus drôle. On y suit l’histoire d’Allie, une jeune femme au sortir d’une rupture amoureuse et qui cherche à retrouver un certain Nour, un garçon avec qui elle a noué une relation virtuelle à l’époque bénie des Skyblogs et de MSN. Seul problème, ce fameux Nour avec qui elle a parlé tous les jours pendant 1 an et demi est introuvable sur Internet. Le roman la suit donc dans son enquête (et je ne vous en dirai pas plus pour ne pas ruiner le suspense).

La deuxième épigraphe au début du roman m’a directement plongée dans l’ambiance de mon adolescence avec ces mots qui devraient évoquer quelque chose aux personnes de ma génération : « Ring ding ding ding ding ding Ring ding ding ding bem bem bem Ring ding ding ding ding ding Ring ding ding ding baa baa » (à vous de creuser si ça ne vous dit rien 😅). En plus d’être vraiment bien écrit, ce livre est délicieusement nostalgique pour toutes celles et ceux né.e.s entre les années 1980 et 1995.

Dans la courte vidéo de présentation de son livre sur la chaîne YouTube des éditions de L’Iconoclaste, Fanny explique qu’elle voulait « écrire un truc qui fait qu’on se sente moins seul.e » et qu’elle avait envie que les gens « rigolent tout fort » en lisant son roman. Je peux dire qu’elle a tapé dans le mille car, durant toute la lecture, j’avais l’impression que Fanny était dans la pièce avec moi (comme une copine qui me raconte ses histoires hein, pas comme une harceleuse qui m'observe cachée derrière le rideau de ma chambre) et j’ai plusieurs fois laissé échapper des éclats de rire. Son humour m’a d’autant plus marquée que le roman que j’avais terminé la veille (Hamnet, de Maggie O'Farrell) était particulièrement triste, à me faire pleurer. Changement d’ambiance total, quoique… Fanny a l’art de vous faire rire sur des sujets parfois lourds. Son roman aborde des thèmes qui ne font pas vraiment sourire (sauf si vous êtes sadique), comme la dépression, l’alcoolisme ou le deuil, mais toujours sur un ton à la fois léger et touchant. J’ai particulièrement adoré ses notes de bas de page, des petites pointes d’humour supplémentaires qui démontrent le talent d’humoriste de Fanny. En voici un extrait pour vous donner une idée :

Il y a une hypothèse à laquelle j’ai souvent réfléchi, concernant Nour :

– Peut-être qu’il est nulle part sur Internet parce qu’il est mort.

Ça me rendrait triste mais je me dis aussi que c’est très chic d’avoir un amant décédé20. Et puis, si en dix ans il ne m’a pas rappelée, c’est forcément qu’il est mort21.

20 Là, c'est mon romantisme de drama queen qui parle.

21 Là, par contre, c'est mon ego.

Elle lance également des petites piques à son éditeur (français) en expliquant des belgicismes. Le genre de chamaillerie linguistique franco-belge que je connais bien. Par exemple, pour le mot « commune », elle ajoute 2 notes de bas de page :

48 C'est l'équivalent de la mairie, en Belgique. Mon éditeur m'a demandé d'adapter pour que ça soit compréhensible pour le public français parce qu'il est plus large, mais non : on se coltine vos chaînes TV et votre « soixante-dix » toute notre vie, pour une fois, c'est vous qui faites un effort.

49 Désolée d'avoir été un peu sèche.

Et pour celles et ceux qui, comme moi, se demandent à quoi le titre Bien sûr que les poissons ont froid fait référence, il s’agit d’une parole de la chanson Ne partons pas fâchés de l’auteur-compositeur-interprète français Raphaël (désolée de paraître inculte, mais j'ai jamais vraiment accroché, sorry aux fans de Raphaël). Ses paroles parlant parfois de la cruauté de la vie chantées sur un air enjoué fait écho à l’« humour du désespoir » de Fanny, qu’elle définit par le fait de faire des blagues quand les choses sont tristes car il n’y a rien d’autre à faire. Bref, c’est un petit roman-médicament, qui fait beaucoup de bien au moral et que je recommande chaudement !

Mon premier amour

Depuis quelques années, je prends pour habitude d’écrire sur un sujet que j’aime particulièrement à l’approche de la Saint-Valentin. Le 14 février est pour moi la fête de l’amour sous toutes ses formes, et pas uniquement celle de l’amour romantique façon Roméo et Juliette. Il coïncide d’ailleurs avec l’anniversaire de l’une des personnes que j’aime le plus au monde : ma grand-mère maternelle. Mais aujourd’hui, je vais vous parler de mon premier amour, celui qui dure encore et pour toujours : la danse.

Photo de Ahmad Odeh

Vous allez me dire que la danse n’a rien à voir avec les langues ou la traduction, mais pour moi, elle est le langage le plus universel qui soit. Tout le monde peut danser, même celles et ceux qui disent en être incapables. Il n’existe à mon sens pas de mauvais danseur ou mauvaise danseuse. La danse est la traduction en mouvements des émotions qui sont au plus profond de nos corps. Quand je danse, j’ai l’impression d’être la version la plus authentique de moi-même. Et je suis loin d’être la seule dans le cas. À mon âge, je vois souvent des femmes qui avaient dansé dans leur enfance retrouver une nouvelle jeunesse, une part d’elle-même lorsqu’elles suivent un cours de danse. Peu importe la forme qu’elle prend, la danse a ce pouvoir incroyable de vous sentir (re)vivre. Rien ne m’émeut plus que de voir une personne âgée oublier les maux de la vieillesse quand elle se met à danser. La danse a aussi cette faculté de rassembler les êtres humains. Où que vous soyez dans le monde, elle existe et est capable de nous connecter. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau que de voir un groupe de personnes danser ensemble, même si elles ne se connaissent pas, ne parlent pas la même langue, n’ont pas le même âge ou ne viennent pas des mêmes horizons (je recommande le compte Instagram d'Ed People, un jeune Belge qui parcourt le monde pour découvrir les pas de danse de chaque pays et donne le sourire aux gens simplement en dansant).

Je ne pourrai jamais assez remercier mes parents d’avoir exaucé mon souhait quand, du haut de mes 4 ans, j’ai déclaré vouloir « faire de la danse comme ça », plaçant maladroitement les bras au-dessus de ma tête pour tenter de créer une couronne classique. La danse m’a apporté bien plus que ce que j’aurais pu imaginer. Elle a renforcé ma discipline, amélioré mon endurance, fait travailler ma mémoire. Certes, je ne suis pas danseuse étoile comme j’en rêvais enfant, mais j’ai bâti autour de moi une communauté inébranlable, des amies qui m’ont accompagnée à toutes les étapes de ma vie et sur qui je peux encore compter aujourd’hui. La danse me permet de m’évader de mes soucis du quotidien, d’évacuer mon stress et de reprendre confiance en moi. Je ne me sens jamais aussi bien qu’après une séance de danse et ne connais pas de meilleur moyen pour prendre soin de ma santé physique et mentale. Peu importe que vous aimiez la valse, le hip-hop, la salsa, ou même de simplement danser comme en boîte au beau milieu de votre salon sur votre chanson préférée, la danse est la plus belle expression de vie.

Merci à toi d’exister, de me soutenir dans mes moments les plus hauts et les plus bas, de me faire du bien quoi qu’il arrive, je n’imagine pas ma vie sans toi et tant que je pourrai bouger, je continuerai de danser.

2026 : acte I

Janvier a pu sembler pour certains comme un interminable sentier. De mon côté, il a été synonyme d’un agenda bien chargé, me donnant l’impression de filer en accéléré. Entre redémarrage d’activité, retrouvailles en famille et entre amis et petits voyages improvisés, cet acte I m’aura plutôt comblée.

Ratingen

Ce mois de janvier m’a permis de remettre le pied à l’étrier. J’avais reçu 4 projets pour la Commission européenne par une nouvelle agence, ce qui m’a permis de regagner confiance. Ma cliente espagnole est également revenue avec de nouveaux projets, de quoi me rassurer pour le reste de l’année. Hélas, ce premier acte s’est accompagné d’une très mauvaise nouvelle, avec la cessation d’un contrat professionnel. J’ai ainsi perdu mon seul projet récurrent, me laissant terminer le mois avec un sentiment angoissant. À l’heure de ma publication, je ne sais pas encore quelle agence a récupéré le contrat de cette grosse institution. J’espère toutefois pouvoir retrouver un contrat plus régulier pour le reste de l’année…

Au niveau personnel, janvier a été exceptionnel. Nous avons pu le commencer en douceur chez nos parents respectifs après les réjouissances et les excès des grands repas festifs. L’année a ainsi débuté par une balade glaciale autour de lacs avec mes beaux-parents, puis par une promenade enneigée dans mon petit village belge à travers les champs. En route vers notre résidence outre-Rhin, nous avons pu faire une halte chez l’une de mes meilleures amies pour rencontrer son nouveau compagnon félin. Puis la neige a fait rapidement son apparition, en tombant à gros flocons. Comme des enfants, mon cher et tendre et moi-même avons profité d’une magnifique balade autour du lac de Ratingen dans un cadre totalement blanc. Le décor est devenu une véritable merveille lorsque le ciel s’est adouci au coucher de soleil.

Nous avons repris la route le vendredi suivant, mon autre meilleure amie m’ayant invitée à Bruxelles pour un petit ballet sur Peter Pan. Restant loger sur place, nous avons pu découvrir le lendemain la capitale belge sous la glace. Nous nous sommes bien baladés à travers la ville, nous arrêtant pour un petit café et un repas dans une friterie haut de gamme où il y a toujours file.

À peine 2 jours plus tard, c’est aux Pays-Bas que mon cher et tendre et moi-même avons fait nos routards. Devant régler un dernier souci sur notre voiture avant notre retour en Angleterre, nous avons déposé notre véhicule dans un garage de Beek, non loin de la frontière. Plutôt que d’attendre sur place durant les 5 heures de réparation, nous sommes partis en expédition. Maastricht n’était qu’à 10 minutes en train, une occasion rêvée pour découvrir cette ville de bon matin. J’ai été agréablement surprise par cette cité médiévale célèbre pour ses tartes à la cerise. La balade n’aura duré qu’une matinée, mais elle a été une pause agréable dans une semaine plutôt chargée.

Autre petite aventure réalisée au cours de ce mois, nous avons fait une balade autour du château Landsberg de Ratingen et dans ses bois. J’ai aussi profité de ce dernier mois en Allemagne pour faire quelques allers-retours en Belgique, mêlant visites familiales et médicales à des joyeusetés bureaucratiques. J’ai également bien profité des avantages de l’appartement allemand, ne manquant pas mes petites promenades quotidiennes et nos dimanches au sauna relaxants. Ce premier acte s’est terminé par un passage en Belgique pour fêter l’anniversaire de mon papa au restaurant, avant de faire une halte d’une journée chez mes beaux-parents.

Février a commencé par notre retour au Royaume-Uni et les retrouvailles avec notre nid. Il débute toutefois sous un ciel assez gris, et un agenda trop calme qui me cause des soucis. Espérons que le vent tournera ces prochaines semaines pour que je puisse redevenir sereine. Réponse dans le bilan suivant, qui devrait être publié début mars normalement.

2016-2026, c’était mieux avant ?

Si vous êtes sur Instagram, vous avez peut-être vu passer cette tendance nostalgique qui consiste à republier des photos de 2016. Une façon pour certains d’honorer le chemin parcouru ces 10 dernières années et pour d’autres de regretter cette époque révolue des années 2010, une nouvelle manière de dire « c’était mieux avant ». Je me suis soumise à l’exercice, non pas en fouillant dans mes photos, mais en relisant mes billets de blog datant de cette année 2016.

Photo originale de Ann H, modifiée par mes soins

Premier constat, j’ai beaucoup moins écrit sur mon blog cette année-là. La raison ? J’étais apparemment débordée. En vérifiant mes comptes financiers de 2016, j’ai pourtant vu que mon chiffre d’affaires était plus bas que les années ultérieures. Je ne chômais pas, mais j’étais encore au début de ma carrière et mes journées de travail étaient principalement dédiée à la rédaction, surtout pour une plateforme où les tarifs ne volaient pas très haut. Cela dit, c’est grâce à cette plateforme que j’ai été repérée par mes 2 clients les plus fidèles, qui m’ont contactée directement pat la suite. Puis cela m’a permis d’enrichir mon expérience.

Sur les 4 billets écrits en 2016, le premier a fait remonter un douloureux souvenir. Certes, les actualités de 2026 ne sont vraiment pas joyeuses et sont au contraire terriblement anxiogènes, mais 2016 a marqué la Belgique par les attentats commis à Bruxelles, 4 mois après ceux de Paris (et entre de nombreux autres attaques terroristes à travers le monde). Donc non, niveau actu, 2016 n’était pas plus douce que 2026.

L’autre billet intéressant de cette année-là concernait la Foire du Livre de Bruxelles, un événement auquel j’assistais fidèlement au début de mon activité. Je ne manquais jamais la journée de la traduction qui s’y tenait. J’ai relu mon compte rendu de l’édition de 2016 et j’ai eu un petit coup au cœur. L’un des intervenants, Franz Lewmaitre, le chef d’unité d’interprétation de langue française de la Commission européenne, avait donné son avis sur l’avenir de la traduction. À cette époque, il avait déclaré que cela faisait plus de 25 ans qu’il entendait que notre profession allait disparaître, mais qu’elle était toujours bien en vie et qu’il y avait même de plus en plus de traducteurs-traductrices et d’interprètes. À ce moment-là, les menaces étaient la traduction automatique et les logiciels de plus en plus performants. On ne parlait toutefois pas encore d‘intelligence artificielle… Je n’ai pas vraiment vérifié si le nombre de traducteurs avait chuté ces dernières années, mais j’ai vu autour de moi, sur des forums professionnels et dans les actualités, nombre de mes collègues décider d’abandonner le métier, voyant leur chiffre d’affaires baisser à vue d’œil.

En parlant de chiffre d’affaires, j’ai d’ailleurs constaté que j’étais revenue au niveau de 2016 justement… J’envie la traductrice que j’étais cette année-là pour la confiance qu’elle avait en l’avenir et en son travail. Ces derniers temps, les avancées de l’IA me font parfois douter de mes compétences, réveillant mon syndrome de l’imposteur de plus en plus souvent. Pourtant, j’ai beaucoup plus d’expérience qu’en 2016, et j’en ai fait du chemin depuis. Je n’aurais jamais imaginé travailler pour les institutions européennes, par exemple. Pourtant, j’ai réussi à convaincre plusieurs agences de mes compétences et de mon professionnalisme. Peut-être faut-il que j’allie la légèreté de ma vingtaine à l’expérience de ma trentaine pour retrouver un nouvel élan dans ma carrière ?

Beaucoup de choses peuvent changer en une décennie. À quoi ressemblera notre monde ? Mon métier existera-t-il encore ? Écrirai-je encore sur ce blog ? Et si on se donnait rendez-vous dans 10 ans pour le savoir ?

Point culture trimestriel 2025 4/4

J’ai commencé l’an dernier à faire chaque fin de trimestre un compte rendu des lectures, films/séries, expositions ou spectacles qui m’ont marquée. Je n’avais pas encore publié celui du dernier trimestre de 2025, nous voici donc repartis pour un petit retour dans les mois d’automne et le début de l’hiver de l’année dernière.

LECTURE

La fin de l’automne marque toujours le début d’une coupure de 3 mois avec le club de lecture en Angleterre, vu que je passe l’hiver en Allemagne avec mon cher et tendre. Sur les 4 livres lus durant le dernier trimestre de 2025, 2 ont été proposés comme livre du mois au club. La seule lecture dont je ne vais pas parler ci-dessous, bien que cela a été un coup de cœur, c’est Tant mieux d’Amélie Nothomb, auquel j’ai consacré un billet Croque-Livre. En plus de cela, j’ai profité de ma trêve hivernale du club de lecture pour entamer enfin Un Avenir radieux de Pierre Lemaître, que j’ai terminé début janvier et auquel je consacrerai peut-être un prochain billet.

  • The Diary of a Bookseller, de Shaun Bythell (ma note : 3/5)

Il s’agit du premier livre que j’ai proposé moi-même au club de lecture et qui a été choisi par ses membres. Nous essayons toujours de varier un peu les genres littéraires et certains membres regrettaient que nous n’ayons pas encore eu de journal ou autobiographie. Une semaine plus tard, je tombe sur ce « journal d’un libraire » (qui a été traduit en français par Séverine Weiss sous le titre Le Libraire de Wigtown) et me dis que c’est le bouquin idéal pour une discussion en club de lecture. Je ne lui ai attribuée qu’une note de 3/5 car l’ouvrage était un peu répétitif par moment. J’ai toutefois aimé l’humour de l’auteur, qui est un véritable libraire et dont la librairie de seconde main est devenue une curiosité touristique dans la ville écossaise de Wigtown. Avec sa plume ironique, il croque le portrait de ses clients, me faisant parfois réfléchir à mes propres comportements dans les librairies (je peux y rester longtemps, mais je fais partie de ceux et celles qui ne parviennent pas à en ressortir les mains vides ). J’ai également trouvé le livre instructif car il nous fait découvrir la réalité du métier de libraire et la relation délicate que ces professionnels entretiennent avec Amazon. Sorti en 2017, ce livre n’est que le premier d’une longue série pour Shaun Bytell, ses ouvrages tournant toujours autour de sa librairie et de la lecture en général. Je ne sais pas s’ils ont tous été traduits en français, mais si vous voulez avoir un aperçu de la vie d’un libraire de seconde main en Écosse, laissez-vous tenter par Le Libraire de Wigtown !

  • Cleopatra and Frankenstein, de Coco Mellors (ma note : 3/5)

Ce livre m’a été offert par une nouvelle amie (une cliente régulière du petit café de ma librairie anglaise). Comme j’avais beaucoup aimé Blue Sisters, le deuxième roman de l’autrice britannique dont j’ai parlé dans mon deuxième point culture de 2025, mon amie s’est dit que son premier ouvrage me plairait, d’autant plus qu’il avait été recommandé par d’autres membres du club de lecture. Si j’ai aimé retrouver la plume de Coco Mellors, j’ai été moins emportée par l’histoire de Cléopâtre et Frankenstein (titre de l'ouvrage dans la traduction de Marie de Prémonville). Il s’agit d’une histoire d’amour, ou plutôt de passion, qui tourne mal, les 2 protagonistes, Cléo et Frank, sombrant l’une dans l’autodestruction et l’autre dans l’alcoolisme. Les personnages sont bien décrits, on peut facilement s’identifier à eux, mais je trouvais qu’il y avait un peu trop de drame, de sexe et d’addiction dans ce roman. C’était aussi le cas dans Blue Sisters, mais c’était amené moins frontalement. Bref, j’ai été quelque peu déçue par ce premier roman de Coco Mellors.

  • The Life Impossible, de Matt Haig (ma note : 4,5/5)

Le dernier livre imposé du club de lecture pour 2025 a été un gros coup de cœur, partagé d’ailleurs avec la majorité des membres du club. Roman relevant du réalisme magique, The Life Impossible raconte l’histoire improbable de Grace, une professeure de mathématiques britannique à la retraite qui se voit hériter de la petite maison d’une ancienne amie décédée sur l’île espagnole d’Ibiza. Le livre commence par une correspondance entre Grace et l’un de ses anciens élèves. Avec beaucoup d’autodérision, Grace raconte son arrivée sur l’île et les phénomènes étranges auxquels elle assiste. Je ne vais pas en dire plus pour ne pas gâcher la surprise, mais ce roman est un livre magnifique sur le rapport à la mort, le caractère précieux de la nature et la nécessité de prêter une plus grande attention aux petites choses de la vie. Je vous le recommande chaudement et vous en partage un petit passage, avec ma traduction probablement bien moins heureuse que celle de Laurent Bury dans Une vie impossible, la version française de cet excellent ouvrage.

People you love deeply become elemental. To hear they won’t be there any more is like hearing the air or ocean won’t be. It feels like a fatal disruption to the universe.

Les personnes que vous aimez profondément deviennent fondamentales. Apprendre qu’elle ne seront plus là, c’est comme apprendre que l’air ou l’océan n’existeront plus. C’est comme si l’univers s’écroulait.

FILMS / SÉRIES

J’ai eu un peu moins de coups de cœur pour des films ou des séries durant le dernier trimestre de de 2025. J’ai quand même de bons souvenirs de quelques titres, que je vous partage ci-dessous.

  • Severance, série créée par Dan Erickson (ma note : 3,5/5)

Cela faisait longtemps que j’avais entendu parler de cette série, sortie en 2022. Comme mon cher et tendre aime varier les abonnements sur les différentes plateformes de streaming, j’ai profité du passage de la série sur Apple TV pour enfin la regarder. Mettant en avant l’acteur américain Adam Scott, cette série de science-fiction suit les aventures d’employés d’une grande entreprise qui ont subi une opération un peu particulière. Une puce a été introduite dans leur cerveau pour permettre de dissocier leur personnalité au travail et celle dans leur vie privée. Plus concrètement, quand ils sont dans l’entreprise, les employés n’ont aucun souvenir de leur vie privée et quand ils sortent du bureau, ils n’ont plus aucune idée de ce qui s’est passé durant leur journée de travail. J’ai trouvé que la série partait un peu trop dans tous les sens au fil des épisodes, c’est parfois perturbant, mais j’aime les débats qu’elle suscite. Est-ce qu’une séparation cérébrale entre vie professionnelle et vie privée est un atout ou un inconvénient ? Notre personnalité change-t-elle si l’on nous retire nos souvenirs ? Un peu farfelu, mais intéressant sur le plan psychologique.

  • The Beast in Me, mini-série créée par Gabe Rotter (ma note : 4/5)

J’aime bien les mini-séries, elles permettent de se plonger dans une histoire pendant quelques jours sans devoir attendre des mois avant de voir la suite. En 8 épisodes, ce thriller psychologique mené avec brio par l’actrice américaine Claire Danes parle d’une autrice à succès, Aggie Wiggs, qui a du mal à retrouver l’inspiration depuis la mort de son fils, jusqu’à ce qu’un riche promoteur immobilier soupçonné de meurtre devienne son voisin. J’ai trouvé que la série était bien ficelée et qu’elle tenait en haleine jusqu’au bout. Bref, un bon thriller avec une actrice que j’aime beaucoup.

  • Frankenstein, film réalisé par Guillermo del Toro (ma note : 4,5/5)

Quand j’ai vu la bande-annonce sur Netflix de ce film autour du fameux monstre créé par Mary Shelley, j’ai absolument voulu le regarder. Et je n’ai pas été déçue. J’ai été directement charmée par l’esthétique du film, très gothique, ainsi que par la façon dont l’histoire est racontée. Le film se divise en effet en deux parties. La première expose le point de vue de Victor Frankenstein, le chirurgien qui a l’idée folle de vouloir faire revivre les morts. La deuxième nous fait comprendre l’histoire sous le regard de la créature, la rendant beaucoup plus humaine que ce que Victor ne le laisse paraître. Le monstre n’est pas toujours celui que l’on croit… C’est un petit bijou cinématographique que je vous recommande si vous aimez le genre !

  • The Thursday Murder Club, film réalisé par Chris Colombus (ma note : 4/5)

Changement total de décor et de genre avec cette comédie au casting 5 étoiles, intitulée Le Murder Club du Jeudi en français et disponible sur Netflix. On y retrouve la merveilleuse Helen Mirren, l’irrésistible Pierce Brosnan et le touchant Jonathan Pryce en pensionnaires d’une maison de retraite. Chaque jeudi, un petit groupe de ces pensionnaires, se réunissent pour enquêter sur des crimes non résolus sous la houlette d’Elizabeth Best, une ancienne espionne qui a toujours autant de cran et qui est interprétée par Helen Mirren. À l’arrivée d’une nouvelle membre, Joyce (incarnée par Ceia Imrie), le Thursday Murder Club doit toutefois élucider un véritable crime commis sur le terrain de leur maison de retraite. C’est drôle et vraiment bien joué, la clé pour une soirée ciné décontractée.

SPECTACLES / EXPOS

Mon mois d’octobre a été bien rempli avec non pas 1 mais 2 soirées de ballet au Royal Opera House de Londres qui m’ont enchantée. Décembre m’a quant à lui apporté un petit concert inattendu à Bruxelles, qui m’a permis de découvrir une pianiste, chanteuse et compositrice de talent.

  • Like Water for Chocolate, ballet de Christopher Wheeldon sur la musique de Joby Talbot (ma note : 5/5)

J’ai déjà loué les talents de Christopher Wheeldon dans mon deuxième point culture trimestriel de 2025 et ce ballet n’a fait que confirmer mon amour pour ses ballets. C’est la première fois qu’une œuvre chorégraphique me donne envie de découvrir une œuvre littéraire, le roman Como agua para chocolate (ou Chocolat amer en français) de l’autrice mexicaine Laura Esquivel. Ce ballet narratif basé sur cette œuvre relevant du réalisme magique nous raconte l’histoire de 2 amants maudits, Tita et Pedro. Benjamine de la famille, Tita n’a pas le droit de se marier pour pouvoir prendre soin de sa mère âgée. Elle noie son chagrin dans la cuisine, ses larmes ayant le pouvoir de rendre triste toutes les personnes qui goûtent à ses plats. Je ne vais pas raconter toute l’histoire ici, mais elle est merveilleusement mise en scène et chorégraphiée par Christopher Wheeldon. J’ai en plus eu la grande chance de voir le ballet avec les 2 interprètes pour lesquels il a été créé : la sublime Francesca Hayward et le talentueux Marcelino Sambé. Grands amis dans la vie, ces 2 danseurs ont une alchimie parfaite. Ajoutez à ça la musique aux influences mexicaines subtiles de Joby Talbot, les magnifiques costumes et les effets spéciaux impressionnants et vous avez un sublime ballet qui vous fait oublier le quotidien pendant un peu moins de 3 heures. Il s’est classé rapidement dans le top de mes ballets préférés tant je l’ai adoré. Je n’hésiterai pas à retourner le voir s’il est de nouveau en représentation. Pour vous donner envie, voici la bande-annonce.

  • La Fille mal gardée, ballet de Frederick Ashton sur la musique de Ferdinand Hérold (ma note : 4,5/5)

Ce deuxième ballet a 60 ans de plus que le précédent. Il s’agit également d’une histoire d’amour, mais beaucoup plus bon enfant et légère que Like Water for Chocolate. Lise et Colas sont amoureux, mais la veuve Simone, qui s’occupe de Lise, veut la marier à Alain, le fils maladroit et peureux d’un homme très riche. De ce grand classique, je ne connaissais que la danse des rubans, une chorégraphie ingénieuse durant laquelle les danseuses créent des formes géométriques en entrecroisant leurs rubans. J’ai eu le grand plaisir de découvrir que La Fille mal gardée comptait encore bien d’autres chorégraphies originales dans lesquelles les interprètes utilisent des accessoires, dont la fameuse danse des sabots, exécutée par le personnage humoristique de la veuve Simone. C’est un ballet très accessible, avec des poulets grandeur nature, un vrai poney sur scène (qui a d'ailleurs causé un problème technique en accrochant un décor en toile avec sa charrette) et des personnages caricaturaux qui font régulièrement rire le public. Bref, c’était un très chouette ballet et je suis contente de l’avoir vu au moins une fois sur scène et dans son intégralité !

  • Petit concert d’UNA à la Brasserie de la Mule de Schaerbeek (ma note : 4/5)

Vendredi 5 décembre, j’avais proposé à l’une de mes cousines de lui payer un resto pour son anniversaire. Alors que nous mangions des baos dans un petit restaurant pas loin de son quartier, l’une de ses amies passe sur le trottoir, l’aperçoit et vient lui demander si elle va aussi voir le concert d’UNA, qui est l’une de leurs amies communes du conservatoire. Ma cousine avait totalement oublié, mais comme ce n’était pas loin, nous décidons d’y aller. Et quelle belle découverte ! J’ai beaucoup aimé le style indie-pop du groupe et surtout les paroles d’UNA. Certaines chansons m’ont mis les larmes aux yeux tant ses mots étaient justes. Je ne sais pas si certaines de ces chansons sont accessibles à l’écoute en ligne, mais voici son profil Instagram pour être au courant de ses prochains concerts (si vous êtes sur Bruxelles) !

Je termine ce dernier point culture trimestriel par un coup de foudre pour une autre artiste féminine, la chanteuse et compositrice néo-zélandaise Kiki Rockwell. Je l’ai découverte lors d’une de mes séances de travail. Ayant récupéré enfin des traductions pour la Commission, j’ai changé quelque peu mes pistes audio sur Spotify, me plongeant dans l’œuvre d’AURORA, chanteuse norvégienne bien plus connue qui m’enchante par sa voix de petite fée des bois. J’écoute souvent les radios des artistes que j’affectionne, ce qui me permet de découvrir de nouveaux artistes ou groupes musicaux dans le même genre. C’est ainsi que je suis tombée dans la section des « sorcières féministes musicales » de Spotify. Alors que je tapais sur mon clavier, la chanson Burn your village de Kiki Rockwell a attiré mon attention. Je suis vite allée découvrir ses différents albums et j’ai directement été attirée par les thèmes qu’elle aborde. Chanteuse définitivement féministe, mais aussi intéressée par l’histoire, Kiki Rockwell parle dans ses chansons des sorcières que l’on a brûlées, des femmes que l’on a oubliées (comme Lilith) ou encore de l’amour queer. Elle chante à la fois en anglais et en allemand et imagine toujours des clips pour chacune de ses chansons, qui s’inspirent bien souvent de mythes, légendes ou contes d’antan. C’est assez particulier, je ne suis pas sûre qu’on l’entendra un jour à la radio, mais j’aime beaucoup les artistes qui se créent tout un univers, des chansons aux costumes, en passant par leur personnage. J’avais donc envie de la faire connaître un petit peu à travers mon blog.

Et vous, quelles ont été vos bonnes découvertes littéraires, cinématographiques, musicales ou chorégraphiques ces derniers mois ? N’hésitez pas à les partager !

Le bilan de 2025

La première semaine complète de janvier se termine, les fêtes de fin d’année semblent déjà loin et l’heure en est venue au bilan de l’an dernier et à la prise de bonnes résolutions. Voici donc mon retour sur 2025, une année assez difficile

Professionnellement parlant, 2025 a été extrêmement dure. Je suis d’ailleurs loin d’être la seule dans le cas, vu l’un des grands articles du Moustique apparu dans ma boîte mail le 2 janvier. Je vous cite le titre : « IA : une traductrice perd une grande partie de ses revenus ». Mon bilan comptable de 2025 est en effet pitoyable. J’ai enchaîné les mois trop calmes, survivant uniquement grâce à mes projets récurrents. Je ne sais pas si l’IA est l’unique responsable ou si je n’ai eu simplement pas de chance l’année dernière. La cause principale de ma baisse de revenus est l’arrêt de ma collaboration avec l’agence de rédaction pour laquelle je travaillais depuis le début de mon activité et qui me doit encore plusieurs factures. À ce jour, je n’ai toujours pas récupéré l’entièreté de mon , bien que l’agence ait redoublé d’efforts ces dernières semaines pour me payer au maximum de ses capacités. L’IA est en partie coupable, plusieurs clients finaux de l’agence ayant dû mettre la clé sous la porte à cause de la baisse de demande de rédaction humaine. À cela s’est ajoutée la difficulté de prospecter. J’ai reçu beaucoup de propositions de projets, mais bien souvent liées à la formation de systèmes IA (ce que je refuse de faire par principe…) ou payés à des tarifs au ras des pâquerettes. Toutefois, l’été et surtout la fin de l’automne m’ont redonné un peu d’espoir. J’ai ainsi été contactée par 2 agences plus sérieuses qui travaillent pour les institutions européennes et, après avoir collaboré avec elles sur quelques projets, je suis un peu plus sereine pour 2026. J’ai néanmoins une nouvelle angoisse en ce début d’année, avec un gros changement dans l’un de mes projets récurrents (qui m'avait justement permis de tenir la tête hors de l'eau). Espérons que 2026 soit un peu plus douce et plus lucrative, avec une charge de travail plus stable…

Au niveau personnel, 2025 a commencé avec un enchaînement de mauvaises nouvelles familiales. J’ai en outre perdu l’un de mes repères en Angleterre, voyant le café de ma librairie préférée se séparer de sa gérante que j’adorais et connaissant de très mauvais jours, avec la menace de complètement fermer. L’existence de mon club de lecture a également été mise en péril, ce qui n’a fait que me déprimer davantage. Toutefois, j’ai pris l’habitude, depuis quelques années, d’écrire chaque fin de semaine les moments qui m’ont fait sourire sur des petits papiers colorés. Le fait d’écrire en plus chaque fin de mois mes bilans et de publier des récapitulatifs photographiques et vidéo sur mes réseaux personnels m’a cependant permis de voir les bons côtés de 2025. Et je peux dire qu’elle m’a apporté de très beaux instants et des souvenirs inoubliables.

Mes petits papiers de 2025

En 2025, j’ai ainsi eu le bonheur d’avoir la visite de mes 2 meilleures amies et de l’une de mes cousines chéries à Londres, 3 parenthèses de bonheur, parfois dans les mois les plus sombres. J’ai également eu le grand plaisir de retrouver une amie que je n’avais plus vue depuis longtemps, même si ce n’était que pour quelques heures. 2025 a aussi donné lieu à de belles fêtes de famille, autant du côté de mon cher et tendre que de la mienne. Je chéris ainsi le souvenir des 40 ans de ma belle-sœur et de son premier Noël dans sa nouvelle maison, ainsi qu’un merveilleux dîner de famille sous le soleil d’été dans la nouvelle demeure de l’une de mes cousines. L’année dernière a aussi vu la naissance et le renforcement de nouvelles amitiés et la fierté d’avoir sauvé le club de lecture.

2025 a aussi été remplie de surprises, à commencer par ce voyage inattendu en Chine, organisé par mon cher et tendre à la dernière minute, qui m’aura fait oublier mes soucis et la dépression du début d’année le temps de 2 semaines. L’année écoulée m’a également donné la joie de revisiter Budapest et Vienne (et d'assister à un concert dans la sublime salle du Musikverein) et de découvrir de nouvelles destinations britanniques, de Rye à Chelmsford en passant par la vallée de Chess. Nous avons aussi fait un petit séjour improvisé dans les Midlands de l’Ouest en Angleterre, ce qui m’a permis de découvrir la jolie ville de Coventry sous les couleurs de l’automne et de dormir dans une ancienne abbaye au décor de Poudlard. L’année m’a également offert de jolies rencontres avec la faune dans mon quartier londonien, des tableaux célestes absolument splendides et de belles découvertes littéraires, chorégraphiques et musicales.

Je n’ai pas vraiment pris de résolutions pour 2026. Je n’en vois même pas l’intérêt vu que l’on ne peut jamais savoir ce que la vie nous réserve et qu’il est très difficile de les tenir quand tout est chamboulé. J’ai toutefois des envies, comme celle de lire davantage (je n'ai pas assez écrit de billets Croque-livre à mon goût l'an dernier), de retrouver un cours de danse (cette discipline qui a toujours fait partie de moi et qui me redonne du peps quand ça ne va pas), d’écrire pour moi encore et toujours plus et de continuer mon métier vaille que vaille…

Nous verrons ce que les prochains mois nous apporteront, mais j’espère qu’ils seront porteurs de bonnes nouvelles et de doux moments pour chacun de vous.

2025 : acte XII

Bonne et heureuse année ! Si l’an neuf est déjà arrivé, il me reste un dernier bilan mensuel à vous partager. Le 12e acte de 2025 a nécessité que je me requinque. Plus chargé que les mois précédents, il m’a apporté un nouvel élan. C’est avec l’espoir d’une année plus bénéfique que j’ai vécu décembre et ses instants magiques.

La magie des marchés de Noël allemands

J’ai eu l’impression de vivre le dernier acte de l’année en version accélérée. Comme toujours à l’approche des fêtes, tout le monde cherche à se débarrasser des derniers projets pour passer les 2 dernières semaines de l’année sans se casser la tête. Les journées ont donc été plus chargées, mêlant les tâches professionnelles à la course aux cadeaux de Noël. Ce dernier mois s’est toutefois déroulé plus sereinement et m’a apporté une bonne surprise financièrement. L’agence de rédaction qui a encore plusieurs factures à me payer a enchaîné le versement de 2 mensualités bien en avance sur son échéancier. Espérons que cela continue une fois l’enchantement des fêtes disparu.

Du côté personnel, l’acte XII a été exceptionnel. Le doux mois de décembre s’est déroulé sous les parfums de cannelle, noix de muscade et gingembre. Il a commencé par un petit retour en Belgique, me permettant de voir notre fabuleuse Grand-Place sous ses lumières féériques. Retrouvant l’une de mes cousines en fin de journée, j’ai pu assister en sa compagnie à un concert de jeunes artistes très doués. Il a aussi débuté par la résolution du problème de notre voiture, nous permettant enfin de vivre de nouvelles aventures. Décembre s’est ainsi poursuivi par l’exploration des marchés de Noël allemands, en commençant par celui de Hattingen et son célèbre calendrier de l’Avent. Nous avons enchaîné avec les illuminations de l’immense marché d’Essen et par les installations festives du château de Benrath dans son charmant domaine.

Le 3e week-end du mois, mon cher et tendre et moi-même avons entrepris notre voyage vers nos proches avec émoi. Après un court passage chez les parents, nous sommes partis chez ma belle-sœur du côté de Rouen. Nous avons pu explorer par 2 fois ses rues bordées de maisons à colombages et son petit marché au pied de sa cathédrale du Moyen-Âge. Cette première semaine festive nous a fait retomber en enfance, notre petite nièce de 4 ans nous entraînant dans ses jeux et aventures imaginées avant que nous fassions bombance. Nous sommes ensuite revenus dans ma famille, pour célébrer de nouveau Noël puis le Nouvel An en excellente compagnie.

Les fêtes sont déjà terminées, mais le début de janvier s’annonce guilleret. Ce premier mois m’apporte en effet plusieurs retrouvailles et enfin un peu plus de travail ! Espérons que 2026 se poursuive sur la même lancée ; je continuerai mes bilans pour vous en informer. En attendant, je vous souhaite le meilleur pour les 12 mois à venir et une année qui rime avec plaisir 😊

Carte postale : Chine, partie 5 : Chengdu

Pour finir mon récit de voyage avant la fin de l’année, voici enfin la dernière partie de notre périple en Chine. Après la capitale, les plus vieilles cités de Pingyao et Xi’An et les paysages naturels de Zhangjiajie, nous nous envolons vers Chengdu, alias la ville des pandas 🐼 

Pour nos derniers jours dans l’empire du Milieu, j’ai choisi un hôtel qui m’avait charmée par sa décoration originale et ses chambres insolites, le Chengdu Zhujian Cuiwei Hotel. Nous nous endormons donc dans un décor de bois aux formes arrondies peu après avoir atterri dans notre dernière destination.

Le lendemain matin, nous explorons un peu plus les couloirs aux effets de roche de l’hôtel avant de monter prendre notre petit-déjeuner. Cela sera une grosse déception (on est bien loin de l’excellent buffet et des préparés à la minute du petit hôtel high tech de Pékin). Heureusement, nous trouvons un petit café-pâtisserie juste à côté de l’hôtel et testons quelques-unes de leurs douceurs. Ensuite, direction l’attraction phare de la ville : le Centre de recherche et d’élevage du panda géant. Le site est immense. Chaque panda dispose d’un enclos intérieur assez spacieux et de son propre jardin avec une petite pièce d’eau. Il fait très chaud ce jour-là et des panneaux indiquent un peu partout que les pandas seront principalement dans leur espace intérieur, qui est climatisé. Nous arrivons apparemment à l’heure de la sieste. Les premiers pandas que l’on voit sont presque tous endormis. Cela dit, le spectacle est assez drôle car ces gros nounours noirs et blancs s’endorment dans des positions assez farfelues. La tranquillité des pandas est primordiale. Devant chaque enclos vitré, des gardes surveillent le comportement des visiteurs. Il est ainsi interdit de toucher les vitres ou de faire trop de bruit. Quand les pandas ne dorment pas, ils sont en train de manger. Et c’est un régal de les voir mâchouiller avec bonheur leurs tiges de bambou.

Nous parvenons également à voir quelques pandas à l’extérieur, dont un qui se rafraîchissait dans sa pièce d’eau. Néanmoins, comme il fait vraiment chaud, les soigneurs du centre tentent de faire rentrer les pandas du mieux qu’ils peuvent. Nous parvenons quand même à voir quelques jeunes pandas et des bébés dans la nurserie, ainsi que quelques pandas roux, eux aussi assommés par la chaleur.

Je commence à mon tour à me sentir un peu moins bien, d’autant plus que les seuls espaces d’ombre du parc sont réservés aux pandas. Nous finissons donc par dire au revoir à ces sympathiques ours et reprenons le bus vers la ville. Comme nous avions réservé un spectacle d’opéra de Sichuan à Chengdu le soir-même, nous partons en quête d’un restaurant. Mon cher et tendre voulait m’emmener dans la chaîne de restaurants où il mange toujours avec son patron lors de ses voyages d’affaires en Chine, Lanzhou Lamian. Ils sont connus pour faire leurs nouilles sur place et pour être halal. Je peux ainsi voir à l’œuvre le cuisinier, étirant ses pâtes à la main. C’était excellent ! Après le repas, nous partons au Shufeng Yayun Sichuan Opera House de Chengdu. Rien à voir avec nos salles d’opéra classiques aux sièges de velours rouge et plafond orné. La pièce est ouverte sur l’extérieur et l’on s’installe sur des fauteuils en osier, séparés par des petits tables où l’on nous apporte du thé et des graines de tournesol. C’est inclus dans le billet, de même qu’un petit massage des épaules (on pouvait aussi opter pour un nettoyage d’oreilles, mais allez savoir pourquoi, on a préféré le massage 😆). Avant le spectacle, on se met donc dans la cour, où des masseurs et masseuses appliquent leurs mains magiques sur les spectateurs ayant choisi cette option. Je dois dire que l’expérience était plus étrange que relaxante, la masseuse réveillant des muscles que je ne connaissais pas 😁 Le spectacle commence alors que mon cher et tendre et moi-même sommes encore sous les mains des masseurs. Nous prenons donc vite place une fois complètement détendus (ou pas). Le spectacle est assez particulier. Ne vous attendez pas à voir des ténors ou sopranos entonner des airs musicaux : l’opéra du Sichuan reprend divers types de numéros traditionnels de cette province chinoise, dont une marionnette et des acrobates. Il y a également plusieurs pièces musicales et l’on doit dire qu’on a eu un peu plus de mal à apprécier. La musique chinoise semble aimer les tonalités très aigües, un peu trop parfois pour nos tympans (heureusement qu’on n’avait pas choisi le nettoyage d’oreilles 😆). Les spectateurs sont loin d’être silencieux, ils parlent entre eux, rient aux éclats et interagissent avec les artistes sur scène. Cela a d’ailleurs l’air très drôle, mais nos maigres connaissances de la langue ne nous permettent pas de comprendre la finesse de leur humour.

Le spectacle se termine par le numéro phare : le Bian Lian ou changement de visage, un tour de magie durant lequel des personnages typiques de l’opéra de Sichuan changent de masque en un quart de seconde. C’est unart ancestral dont l’origine est inconnue et dont le secret est bien gardé. C’est assez impressionnant ! Avant de quitter la salle de spectacle, je prends le temps d’admirer les costumes exposés sur place, puis nous rentrons à pied à l’hôtel sous le manteau de la nuit.

C’est déjà notre dernier jour complet en Chine le lendemain. Nous nous levons donc de bonne heure et passons acheter quelques pâtisseries dans la boulangerie voisine pour partir directement en ville. Nous commençons notre balade par le temple Wenshu. Nous nous mêlons aux nombreux pèlerins venus prier et les observons discrètement tourner autour d’une vertigineuse pagode et attacher des rubans de prière rouges aux endroits prévus à cet effet. Nous prenons ensuite le métro pour rejoindre la place Tianfu, le cœur de la ville de Chengdu.

Après quelques photos, nous marchons jusqu’au People’s Park, le parc des citoyens. Nous flânons sur ses allées ombragées, contemplons les statues et pièces d’eau du parc et nous posons un moment sur un banc pour déguster nos pâtisseries. Le parc est très animé, il comporte un salon de thé en plein air réputé (qui est d’ailleurs bondé), des kiosques vendant des snacks en tout genre et une curiosité locale : le jardin de la romance. Plusieurs allées du parc sont bordées de panneaux auxquels des célibataires accrochent leurs profils. Nous avons tenté de traduire plusieurs de ces feuilles, qui indiquent toujours le nom du ou de la célibataire, sa date de naissance, sa taille, un petit encadré où il ou elle se présente et les critères qu’il ou elle recherche chez un partenaire.

Nous poursuivons notre balade à Kuanzhai, l’un des anciens quartiers de la ville dont les bâtiments arborent une architecture traditionnelle chinoise. Les boutiques sont magnifiquement décorées et je m’amuse à photographier les innombrables statues de panda qui ponctuent notre chemin (préparez-vous à en voir pas mal dans mes photos 😁).

La visite suivante a été un peu un flop. Mon cher et tendre avait vu sur TikTok une librairie impressionnante (Bookworm Books China) et j’avais bien évidemment très envie d’aller la voir. Premier problème, elle ne se trouve pas au centre de Chengdu mais dans un centre commercial dans la périphérie de la ville. Nous avons mis 40 minutes en taxi pour la rejoindre. Deuxième problème, ce qui apparaissait comme une librairie avec des colonnes de livres s’étirant tout en hauteur était en fait une illusion d’optique. Ses plafonds sont recouverts de miroirs, qui donnent une impression de rangées de livres infinies. Alors, c’est très sympa sur Instagram, mais ça ne valait pas vraiment l’heure perdue dans les transports. Toutefois, comme je n’étais pas encore entrée dans une librairie chinoise, j’y ai passé une bonne heure, m’intéressant aux classiques occidentaux traduits en chinois, puis prenant le temps de choisir de jolis marque-pages pour mes meilleures amies. Et il faut dire que c’était très apaisant de se retrouver au milieu de livres après tous ces bains de foule en ville.

Après cette excursion en périphérie de Chengdu, nous reprenons un DiDi pour terminer notre visite du centre-ville. Nous nous dirigeons vers l’une des plus vieilles rues de la ville : Jinli. Celle-ci est très pittoresque avec ses lampions rouges suspendus au-dessus des allées et sur les murs des anciens bâtiments. Des fontaines, ponts en pierre et étangs ajoutent au caractère romantique des lieux. Nous nous arrêtons un moment dans l’une des boutiques de thé, où nous achetons 2 paquets parfumés avant de repartir chacun avec un verre de délicieux thé glacé.

Le jour commence à toucher à sa fin et nous nous dirigeons vers le pont Jiu Yan Qio ou pont des neuf yeux, dont les voûtes du XVIIIe siècle ont déjà revêtu leurs lumières nocturnes. Nous entamons alors une balade romantique sous les illuminations des quais de la rivière Fuhe et Nanhe, où nous attend encore une foule de statues de pandas. Nous profitons une dernière fois de l’animation locale, assistant à un petit concert improvisé et apercevant un groupe de dames faire du taï-chi au bord de l’eau.

Nous quittons ensuite l’ambiance paisible des rives pour plonger dans l’activité du  centre commercial aux écrans 3D géants de l’IFS. Je remarque un petit stand de tanghulu et m’empresse d’acheter une brochette de ces cenelles d’aubépine enrobées de sucre, douceur que j’avais adorée à Pékin. Nous marchons encore une bonne heure à travers les rues illuminées de la ville puis décidons de vivre la dernière expérience culinaire chinoise que nous voulions tenter : un hot-pot traditionnel. Mon cher et tendre avait trouvé un restaurant soi-disant plus accessible aux étrangers. Il était en effet possible de voir les différents ingrédients à mettre dans le hot-pot. Comme nous avons encore des doutes sur quoi prendre, nous optons pour un assortiment complet. Nous ne nous attendons toutefois pas à ce que ce soit aussi gros : les serveurs arrivent avec un chariot rempli d’une vingtaine de bols (dont un bon quart rempli de morceaux de viande d’origine inconnue ou d’ingrédients peu ragoûtants, que nous avons vite cachés sur les plateaux inférieurs du chariot). Nous tentons d’imiter les autres clients du restaurant, mais les serveurs viennent vite à notre rescousse pour nous expliquer comment cuire notre bouillon et comment faire pour le manger correctement. Autant dire qu’on se sent un peu bête, surtout que nous sommes les seuls étrangers du restaurant. En plus, nous avons eu le malheur de soulever quelques minutes la cloison du chaudron qui permettait de séparer le bouillon épicé du bouillon plus doux, ce qui fait que notre hot-pot est un peu plus difficile à avaler, du moins pour moi. Bref, l’expérience n’est pas vraiment une réussite, mais on aura au moins tenté un vrai hot-pot chinois. Nous rentrons à l’hôtel, en prenant le temps de passer dans une petite échoppe pour tenter une autre curiosité gustative : une glace aux petits pois (étonnamment bonne). Et il est déjà l’heure de se coucher pour notre toute dernière nuit dans l’empire du Milieu.

Notre vol n’étant prévu que dans l’après-midi, nous passons la matinée à nous balader dans le quartier entourant l’hôtel. Il pleut dehors, tout comme dans mon cœur a l’idée de fermer cette parenthèse sur le territoire chinois. Dans notre dernier DiDi vers l’aéroport, je me remémore tous les souvenirs accumulés les 12 jours précédents alors que les grands immeubles défilent.

Pays qui ne m’avait au départ jamais tentée, la Chine m’aura agréablement surprise par la diversité de ses paysages (et encore, je n’en ai vu qu’une infime partie) et par l’amabilité de ses habitants (gentillesse que leurs sourires et leurs regards traduisaient à défaut de comprendre leurs mots). J’ai aussi fortement apprécié le sentiment de sécurité dans chacune des destinations que nous avons explorées. Je n’ai été témoin d’aucun comportement agressif ou déplacé, ni de situation de pauvreté extrême (chose qui m’avait choquée dans d’autres pays d’Asie). C’est donc avec l’envie d’y retourner un jour que je m’envole vers nos contrées occidentales.

J’espère que ce long récit de voyage vous aura plu ! Si vous rêvez de découvrir l’empire du Milieu un jour, je tâcherai d’écrire un billet avec des conseils et des informations plus pratiques. À bientôt pour de nouvelles aventures !

Les mots de l’année 2025

La fin de l’année approche, l’heure est au bilan pour beaucoup, y compris les grands dictionnaires, qui élisent leur(s) mot(s) de l’année. Le vocabulaire évolue avec la société et l’élection de ces mots en dit long sur les événements ou l’actualité de l’année écoulée. J’avais donc envie de m’y intéresser aujourd’hui.

Photo de Arturo Añez sur Pexels

Les mots de l’année chez les anglophones

Du côté anglophone, les mots de l’année sont fortement liés aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies. Merriam-Webster, le plus ancien éditeur de dictionnaires aux États-Unis, a ainsi couronné «slop» du titre de «Word of the Year». Il définit ce terme comme suit : contenu numérique de mauvaise qualité qui est généralement produit en grande quantité au moyen de l’intelligence artificielle (définition traduite par mes soins). En gros, ce sont toutes les absurdités créées par IA qui envahissent nos réseaux sociaux et Internet au global. Cela va des fausses informations aux livres entièrement rédigés par ChatGPT en passant par les vidéos improbables d’animaux aux comportements humains ou les images perturbantes générées par l’IA (qui me mettent toujours mal à l'aise quand il s'agit d'une représentation d'êtres humains). À l’origine, «slop» désignait une sorte de bouillie, un liquide pâteux peu ragoûtant qui fait « slop » quand il tombe par terre. Sur son site, Merriam-Webster indique que «slop» sous sa nouvelle définition est une sorte de pied de nez face à la menace de l’IA et qu’il «envoie un petit message à l’IA, lui disant que lorsqu’il est question de remplacer la créativité humaine, elle ne paraît parfois pas super intelligente» (traduction par mes soins). Et pour en savoir un peu plus sur «slop», je vous conseille ce court podcast.

L’ombre de l’IA plane aussi sur le choix du mot de l’année du Cambridge Dictionary. Il s’agit de l’adjectif «parasocial». Ce terme n’est pas nouveau, il était déjà présent dans les années 1950 avec l’essor de la télévision. Il désigne en effet la relation à sens unique que certaines personnes peuvent nouer par rapport à une célébrité (en l'occurrence, les présentateurs de leurs émissions préférées, comme l'explique ce podcast). Les liens parasociaux se sont accrus ces dernières années avec les réseaux sociaux et le sentiment d’instantanéité et de plus grande proximité que l’on peut ressentir par rapport à un(e) artiste, mais aussi avec la multiplication des influenceurs, YouTubeurs et toutes ces autres célébrités à plus petite échelle qui créent autour d’elles de vrais communautés de fans. S’il a plus de 70 ans, le mot est donc tout à fait d’actualité et il a même fait l’objet d’un pic de recherches sur le site du Cambridge Dictionary cet été. La raison ? Non seulement l’annonce du mariage de Taylor Swift, qui a entraîné une hausse de l’utilisation du terme par les «Swifties» (les fans de la chanteuse amérique), mais aussi la couverture médiatique sur les effets néfastes des robots conversationnels alimentés par IA, comme notre cher Grand Prédateur Technologique, sur les plus jeunes et sur la santé mentale. Ainsi, une relation «parasociale» désigne désormais aussi les relations virtuelles qu’une personne tisse avec une intelligence artificielle.

Quant à l’Oxford Dictionary, le concurrent britannique ancestral du dictionnaire de Cambridge, il a sélectionné l’expression «rage bait», après consultation d’un peu plus de 30 000 personnes. Cela désigne : du contenu en ligne délibérément conçu pour provoquer la colère ou le scandale en étant frustrant, provocateur ou offensant, généralement publié pour augmenter le trafic ou l’engagement sur une site Web ou un compte de média social en particulier (traduction par mes soins). En français, ça se traduit grossièrement par «pute-à-clics». D’après les données du dictionnaire, l’usage du mot a triplé au cours des 12 derniers mois. Cela n’est pas étonnant vu les événements mondiaux déplorables, inquiétants et agaçants qui nous sont tombés dessus depuis le début de l’année…

Les mots de l’année chez les francophones

Les grands dictionnaires de référence français que sont Larousse et Le Robert n’élisent pas de mot de l’année comme le font leurs équivalents anglophones. Cela dit, Le Robert a publié ce début du mois un top 10 des mots les plus consultés sur son dictionnaire en ligne en 2025. Les 3/4 de ces mots sont liés à des sujets politiques, y compris les 4 derniers de la liste : «vassal» (utilisé pour parler de la dépendance politique ou économique face aux États-Unis) ; «submersion» (terme dont l'extrême-droite raffole pour parler de l'immigration) ; «séditieux» (adjectif employé par Jean-Luc Mélenchon pour qualifier le risque de révolte contre l'autorité publique de l'appel à manifestation du Rassemblement national) ; et «gougnafier» (mot désuet signifiant «bon à rien» qui a été remis au goût du jour au Sénégal après avoir été utilisé par un ancien chef de cabinet pour insulter le président du pays). On trouve également des termes politiques à la 5e et à la 4e places, avec «entrisme» (qui désigne une technique d'influence qui consiste à faire entrer des individus dans un groupe pour le noyauter) et «eugénisme» (terme signifiant l'étude et la mise en œuvre de méthodes visant à "améliorer" l'espèce humaine par sélection génétique, qui a été brandi par les opposants à la loi sur le droit à l'aide à mourir adoptée au printemps). Deux ovnis dans cette liste, le mot «go» (interjection empruntée à l'anglais qui a déclenché une polémique au Canada) à la 6e place et «wesh», ce mot familier en provenance d’Algérie utilisé par les plus jeunes pour exprimer le questionnement, l’étonnement, le dépit, l’admiration ou tout simplement pour saluer quelqu’un(e), qui se hisse à la 3e place. Juste avant la 1ère place, l’élection du nouveau pape et la réforme des retraites en France ont augmenté le nombre de recherches du mot «conclave», qui désigne l’assemblée des cardinaux pour élire le nouveau pape, mais aussi par extension toute autre assemblée décisionnaire. Enfin, le mot numéro 1 de ce top ne fait que renforcer l’idée que 2025 a été une année de recul pour les droits des femmes à travers le monde. Il s’agit de «masculinisme», c’est-à-dire le mouvement qui promeut les droits et les intérêts des hommes au détriment de ceux des femmes. Les partisans de cette doctrine vont prétendre que c’est le contraire du féminisme, mais ils se trompent totalement. Le féminisme a toujours cherché l’égalité entre les hommes et les femmes et une amélioration de la place de la femme dans notre société patriarcale, ce n’est pas un mouvement contre les hommes.

Pour éviter de finir sur un thème qui plombe un peu l’ambiance, intéressons-nous maintenant aux nouveaux mots qui sont entrés dans le dictionnaire français d’Antidote. Bien qu’il soit d’origine québécoise, il s’intéresse à la langue française dans sa globalité et est un outil que j’utilise régulièrement. Vous trouverez le palmarès des 40 nouvelles entrées ici, mais j’avais envie de partager celles que je trouvais poétiques ou plus rigolotes. J’ai ainsi appris qu’on pouvait désormais manger des «brocofleurs» (un mix entre un brocoli et un chou-fleur), que l’on nettoyait les «larmes de sirène» dans les océans (expression poétique pour désigner les granulés de plastique qui polluent l'eau), que je fais face au «paradoxe du choix» quand je suis incapable de décider de la série ou du film à regarder face à la multitude de possibilités qu’offrent les plateformes, et que j’avais très peur de l’«écervelage», soit la détérioration de nos facultés humaines par l’utilisation des nouvelles technologies. Je vous donne ensuite un nouveau terme qui tombe à pile pour les fêtes de fin d’année avec le belgicisme «cacahuète de Noël». Alors, non, ne pensez pas que les Belges emballent les cacahuètes servis à l’apéro pour les mettre au pied du sapin. Cela correspond juste au «Secret Santa», soit offrir un cadeau (pas trop cher, d'où la cacahuète) à une personne tirée au hasard.

Pour finir, sachez que la RTBF (radio-télévision belge), le journal belge Le Soir et des linguistes de l’université catholique de Louvain vous proposent de sélectionner votre mot de l’année parmi une liste de 10 termes. Je vous laisse les découvrir ici. À vos votes !