Mes podcasts préférés

Si vous disposez d’un compte Spotify, vous avez probablement consulté votre Wrapped de l’année, un récapitulatif de vos chansons, genres, artistes préférés et du temps passé à les écouter. Je ne vais pas ici parler des morceaux musicaux qui m’accompagnent lorsque je travaille, vu que j’ai déjà écrit un article sur le sujet et que mes goûts n’ont pas vraiment changé (je suis d'ailleurs ravie d'apprendre que mon âge d'écoute est 31 ans 😃). Mon Wrapped indique cependant que j’ai consacré 17 180 minutes de mon temps à l’écoute de podcasts. J’avais donc envie de partager certains de mes coups de cœur audio.

En tête de mon classement figure Le Podkatz de Juliette Katz, une chanteuse et actrice qui s’est fait connaître sur YouTube par sa chaîne humoristique Coucou les girls. Il s’agit de longs podcasts, d’une durée de 1h à 1h30 en général, dans lesquels elle invite des personnes connues ou totalement lambdas venues briser des tabous. Ce sont des conversations à cœur ouvert, abordant parfois des sujets très lourds comme l’homophobie, le deuil d’un enfant, ou les addictions, ainsi que des thèmes un peu plus légers mais toujours traitées avec des pincettes dans notre société, comme la sexualité. Étant donné que Juliette sort un nouvel épisode pratiquement chaque semaine depuis octobre 2022, tout un tas de sujets ont déjà été abordés. Et je les écoute à chaque fois avec intérêt, car c’est le genre de conversations qui permet d’entendre d’autres manières de penser ou de voir le monde.

Les Gens qui doutent de l’humoriste et autrice belge Fanny Ruwet est un peu dans le même style. Ce sont aussi des conversations, mais qui font plutôt intervenir d’autres humoristes ou artistes. Les discussions sont parfois très drôles, mais souvent touchantes car on découvre la face cachée de ces personnes qui dédient leur vie à nous faire rire ou rêver. J’avais eu un coup de cœur absolu, il y a plusieurs mois, pour l’épisode qu’elle avait enregistré avec Verino, un humoriste français que j’aime beaucoup, mais j’aime aussi ceux où elle questionne des auteurs ou autrices, telles que Maud Ventura, par exemple. Comme je suis une personne qui doute beaucoup d’elle-même, ça me console un peu de savoir que je suis loin d’être seule et que cela n’empêche pas de faire de grandes choses.

InPower se classe aussi dans la catégorie des conversations, mais avec un aspect pédagogique en plus. Louise Aubery, sa créatrice, interviewe des entrepreneurs et entrepreneuses de tous horizons, mais aussi des auteurs et autrices, athlètes, artistes en tous genre, ou encore des spécialistes de toutes sortes. Dernièrement, j’avais adoré le podcast qu’elle a enregistré avec Amélie Nothomb à l’occasion de la sortie du dernier roman de l’autrice belge. Parmi les sujets les plus récents qui m’ont intéressée, il y avait « Comment gagner 25 ans de vie ? » avec le spécialiste du vieillissement Dr. Christophe de Jaeger, « On nous a menti sur nos hormones » avec l’experte Laurène Sindicic ou encore « Faut-il guérir pour aimer ? » avec Félix Radu. Je n’écoute pas forcément tous les épisodes, mais je pioche régulièrement parmi les nombreux sujets abordés. Louise a l’art de poser d’excellentes questions, ce qui rend les conversations très intéressantes. Je recommande car j’apprends toujours quelque chose !

Le deuxième podcast dans mon top 5 n’est pas forcément mon préféré, mais c’est l’un des podcasts qui m’accompagnent durant ma petite routine matinale. Quand j’étais enfant, j’avais l’habitude de prendre mon petit-déjeuner sous le bruit de la radio que mon papa allumait chaque matin. Écouter des podcasts me permet de retrouver un peu cette habitude et surtout d’avoir une sorte de présence humaine (vu que je travaille chez moi, je ne retrouve pas de collègues autour de la machine à café pour discuter des derniers potins 😅). J’ai une série de courts podcasts que je mets en fond sonore quand je me prépare et mange mon petit-déjeuner pendant la semaine. Ce sont principalement des podcasts de développement personnel. Je commence toujours par mon horoscope (ne me jugez pas 🙈), puis par Everyday Positivity de Kate Cocker, le Word of the Day (mot du jour) du Merriam-Webster pour enrichir un peu mon vocabulaire anglais, suivi de Self-Care Daily de Rachel Brathen pour finir par Radio Headspace. Parfois, si mon planning est un peu moins chargé, j’écoute aussi Heure Miroir de la créatrice de contenus Marie Lopez, qui tourne également autour du développement personnel, ou bien je m’informe sur un sujet d’actualité avec L’Heure du Monde.

Mon Wrapped ne reprend que les podcasts que j’ai le plus écoutés cette année, mais je suis abonnée à bien d’autres. En juin, je vous avais d’ailleurs écrit un billet sur les podcasts consacrés à l’étude des langues. J’essaye d’en écouter plusieurs par semaine pour dire de préserver mes capacités linguistiques, mais je vous invite à (re)lire mon article sur le sujet si cela vous intéresse. J’ai cherché pendant tout un temps des podcasts consacrés à la traduction, mais n’en ai pas vraiment trouvés, du moins sur Spotify. Cela dit, je viens de retomber sur un lien que l’une de mes meilleures amies m’a transféré avec toute une liste de podcasts liés à mon métier, dont La Traduction Heureuse, que je vais m’empresser d’écouter dès que j’aurai un peu de temps devant moi. Si le sujet vous intéresse, je peux également vous conseiller la courte série « Les Traducteurs » sur Radio France.

Un autre sujet qui me passionne énormément est le féminisme. Je ne peux donc pas écrire cet article sans citer les podcasts que je considère d’intérêt public pour la cause. Si vous êtes un homme et que vous souhaitez vous remettre en question, je vous invite à écouter Mansplaining de Thomas Messias. Les épisodes durent moins de 30 minutes et traitent de la masculinité vue par un homme cisgenre, blanc et hétérosexuel, mais que je considère comme un allié de la cause féministe. Il invite souvent ses auditeurs et auditrices à avoir un autre regard sur certains classiques du cinéma ou figures masculines de la culture populaire. Les derniers épisodes étaient principalement des rediffusions, mais j’espère qu’il en sortira d’autres prochainement. Autre podcast autour de la masculinité, Les Couilles sur la table a été créé en 2018 par la journaliste et autrice française Victoire Tuaillon. Depuis quelque temps déjà, il a été repris par Tal Madesta et Naomi Titti, mais il aborde toujours des sujets brûlants sur la masculinité et les rapports hommes-femmes. Je termine par l’un de mes coups de cœur, également imaginé par Victoire Tuaillon : Le Cœur sur la table. La série de podcasts originale m’a totalement chamboulée. Elle remet en question toutes nos idées préconçues sur les relations amoureuses hétérosexuelles, tellement influencées par le patriarcat. J’ai suivi passionnément sa dizaine d’épisodes, incluant prologue, interlude et épilogue. J’ai été embarquée par la musique, le scénario, la voix, mais surtout par le contenu, qui a complètement changé mon regard (un peu comme Sorcières a marqué l'éveil de mon féminisme). Depuis, Victoire Tuaillon a cédé la place à Naomi Titti, qui accueille de nombreux documentaires audio parlant des relations non seulement romantiques, mais aussi familiales ou amicales. J’avais aussi beaucoup aimé « C’est quoi l’amour, maîtresse ? » ou « Marie et les œufs en neige ». Ce sont des podcasts à la production hyper soignée donc toujours très agréables à écouter. Bref, je vous invite à le découvrir, d’autant plus que le dernier sujet est de circonstance : « Belle famille : guide pour un Noël sans drama » 😉

Et vous, aimez-vous les podcasts ? En avez-vous à recommander ? N’hésitez pas à les partager !

2025 : acte XI

Démarrant sur une déception, le onzième acte de l’année s’est terminé avec beaucoup de satisfaction. Mois passé à cheval entre 3 pays, il m’a apporté des journées de travail enfin plus remplies. Plongée dans mon bilan de novembre, un acte où j’ai profité pleinement des dernières feuilles d’ambre.

Fin d’automne à Ratingen

Novembre a commencé du bon pied, avec de nouveaux projets pour la Commission que la nouvelle agence de traduction m’a attribués. S’il s’agit surtout de post-édition, j’ai retrouvé avec bonheur le plaisir de travailler pour les institutions. J’accumule déjà des projets à rendre après les congés festifs, ce qui me laisse espérer que l’an 2026 sera beaucoup plus productif. J’ai aussi été contactée par la fameuse agence qui me cause des soucis financiers, notre négociation ardue par e-mail s’étant terminée par la signature d’un nouvel échéancier. Je n’ai plus vraiment confiance, je verrai donc si d’autres mesures seront nécessaires si elle ne paye pas ses créances. Je préfère toutefois me concentrer sur le positif et sur mes contacts professionnels plus jouissifs. Me replongeant dans ces projets passionnément, j’ai terminé le mois avec un beau compliment. La coordinatrice de qualité du français pour la nouvelle agence m’a remerciée pour ma vigilance et a ajouté que c’était un plaisir de travailler avec des traducteurs qui prenaient encore leur métier à cœur. Inutile de dire que ça a fait ma journée, le sourire aux lèvres après des mois plus compliqués.

Du côté de la vie perso, novembre a été marqué par les soucis avec notre première auto. Il a commencé par fortement nous décevoir, notre garagiste nous donnant de faux espoirs. Il nous avait promis de récupérer la voiture le vendredi, ce qui m’avait fait penser que je pourrais assister à une grosse fête de famille. Il nous a ensuite parlé d’un problème d’équipement, faisant décaler d’une semaine notre voyage sur le Vieux Continent. Le garagiste ne cessant de faire des reports continus, mon cher et tendre a décidé d’aller au garage le vendredi suivant pour faire le pied de grue. Doutant des compétences du garagiste en mécanique, il a décidé de récupérer la voiture pour terminer la réparation en France ou en Belgique. Si ça peut vous rassurer, notre véhicule pouvait bien rouler. Il y avait juste une erreur de calibration, limitant la puissance de notre moyen de locomotion.

Malgré le stress de toute cette affaire, cette semaine supplémentaire nous a quand même permis de profiter des avantages de la saison en Angleterre. Nous avons pris le temps de dire aurevoir à nos voisins cervidés et d’assister aux feux d’artifices de la Guy Fawkes Night plusieurs soirs d’affilée. Le samedi 8 novembre a sonné l’heure de notre départ outre-Manche, avec un repas chez mes beaux-parents le jour-même puis un dîner avec mes parents le dimanche. La première nuit dans l’appartement de fonction allemand n’a pas été de tout repos, en raison d’une fuite de chauffe-eau. Le problème a toutefois été réglé le lendemain après-midi, nous permettant de profiter du confort de notre deuxième nid. J’ai retrouvé avec plaisir le cadre plus boisé de nos environs et les balades dans la forêt sous les dernières feuilles de la saison. Plus proche de mes racines, j’ai repris mes trajets en train pour des visites familiales qui équivalent à des cures de dopamine. Le deuxième week-end du mois a marqué le début des marchés de Noël allemands, mes beaux-parents nous rendant visite pour assister à ces événements. Le mois s’est terminé en musique, avec le concert d’un collègue de mon cher et tendre dans un bar à l’impressionnant assortiment de bières de Belgique.

Novembre nous a offert quelques premiers flocons, nous donnant un aperçu des futures célébrations. Décembre sera définitivement à la fois festif et très productif. Rendez-vous le premier vendredi de l’année pour le bilan du dernier mois écoulé !

Carte postale : Chine, partie 4 : Zhangjiajie

Je reprends enfin mon récit sur mon voyage en Chine. Après avoir exploré la capitale chinoise et admiré les trésors historiques de Pingyao et Xi’An, nous voilà prêts à découvrir l’un des décors naturels variés de l’empire du Milieu : Zhangjiajie. Ce nom difficile à prononcer cache le paysage chinois qui a inspiré David Cameron pour créer les montagnes flottantes de Pandora dans son film Avatar. C’est dans cette ville aux portes d’un paradis sauvage que je vous emmène dans cette carte postale.

Nous atterrissons vers 22h00 à l’aéroport de Zhangjiajie. Après 15 minutes en DiDi, nous déposons nos bagages au Jinyuanshan Meisu Hotel. La décoration de la chambre est sympathique, mais l’établissement est beaucoup moins premium que nos précédents hôtels. Il est difficile à trouver (nous avons dû demander à des personnes habitant l'immeuble, puis prendre un ascenseur un peu délabré avant d'arriver au bon endroit) et ne donne absolument pas vue sur la montagne, comme le suggèrent les photos de son site. En tout cas, notre chambre donne directement vue sur un grand chantier. Qu’importe, nous n’y dormons qu’une nuit. Nous avons choisi l’hôtel uniquement pour sa localisation, à distance de marche du téléphérique du mont Tianmen. Le lendemain matin, nous confions nos bagages à la réception et faisons le tour du petit marché qui se tient au pied des immeubles pour trouver de quoi nous sustenter. Nous optons pour une sorte d’omelette roulée, légèrement épicée mais succulente, que nous dégustons au pied du téléphérique, en attendant 10h00, heure à laquelle nos billets sont valides pour entrer dans la file d’attente. En moins d’une heure, nous montons à bord du téléphérique et entamons notre ascension vers l’un des plus beaux sites de notre périple.

L’excitation monte avec l’altitude. Nous apercevons le mont apparaître derrière les nuages, le temps pluvieux de ce matin-là rendant le décor encore plus époustouflant. Après avoir été suspendus par un fil pendant 20 bonnes minutes, nous arrivons au sommet du mont Tianmen. La beauté des paysages nous fait instantanément oublier le crachin et l’air frisquet, et c’est plein de motivation que nous partons à la découverte du parc national. Le site est ponctué de petites passerelles à sol vitré (à éviter si vous avez le vertige). Ces attractions ne sont toutefois pas les endroits les plus agréables du parc, car on avance au pas, sans vraiment pouvoir apprécier le paysage. Après en avoir fait 2 ou 3, nous franchissons un long pont suspendu, passons sous des arbres recouverts de bandelettes de prière rouges et visitons le temple de la montagne Tianmen, puis poursuivons notre route sur les chemins accrochés sur les parois. La pluie cesse, le ciel s’éclaircit légèrement, de même que les chemins un peu moins fréquentés de la partie Est du parc, me laissant tout le loisir de photographier ce décor fabuleux. Arrivés dans l’un des points les plus hauts du parc, nous nous retrouvons au-dessus d’une mer de nuages. C’est là que je vis l’un des moments les plus magiques de mon voyage. Tout à coup, les nuages nous enveloppent de leur voile cotonneux avant de se lever telle une vague qui s’abat sur la montagne d’en face. Un spectacle de Dame Nature que je contemple avec des yeux d’enfant et qui restera longtemps gravé dans ma mémoire.

Ce moment marque la fin de notre circuit dans les sommets du parc national. Il est temps de revenir doucement sur terre, en descendant un vertigineux tunnel creusé à travers la montagne pour arriver à l’incroyable « porte du Ciel ». Cette arche naturelle est l’endroit le plus connu du parc national du mont Tianmen. Nous pouvons l’admirer dans toute sa splendeur après avoir descendu les 999 marches de son escalier. Nous sommes d’ailleurs ravis d’avoir opté pour le circuit incluant la montée en téléphérique et la descente par le tunnel plutôt que l’inverse, vu les visages rouges et les personnes essoufflées qui grimpent les escaliers. C’est au pied de l’arche que mon cher et tendre se rend compte que l’impressionnant spectacle sons et lumières qu’il avait repéré sur TikTok se tenait à cet endroit (spectacle gratuit qui plus est). Malheureusement, nous avions déjà réservé nos places pour un autre spectacle le soir-même, qui se joue de son côté au pied de la montagne. Dommage, mais peu importe, j’étais déjà émerveillée par le spectacle naturel des nuages. Nous descendons vers le téléphérique et quittons le parc national du mont Tianmen des étoiles plein les yeux.

Avant d’assister au Fox Fairy Show au pied de la montagne, nous décidons de nous balader un peu dans la ville. Zhangjiajie a moins de charme que les cités historiques que nous avons explorées les jours précédents, mais cela permet de voir une autre facette de la Chine. Nous finissons par nous poser dans un petit restaurant aux chaises minuscules, mais aux portions énormes, comme d’habitude. Je ne me souviens plus du nom du plat, mais je me rappelle que c’était une réussite, vu que nous avons terminé nos assiettes. Après avoir contacté notre prochain hôtel pour arranger notre transport et la récupération de nos bagages dans l’autre hôtel, nous partons assister au spectacle de la « fée renard ». Le scénario est un peu spécial (c'est une sorte d'histoire d'amour entre une fée renard et un homme), la musique chinoise sonne parfois étrangement à nos oreilles occidentales, mais j’apprécie les numéros de danse et le décor absolument sublime de la montagne en arrière-plan. Je suis juste étonnée de voir de grands groupes de spectateurs chinois se lever de leurs sièges bien avant la fin de la représentation. J’imagine qu’ils craignent ne plus avoir de DiDi. Comme le nouvel hôtel a contacté un chauffeur de taxi pour nous, nous restons jusqu’aux derniers applaudissements.

Nous passons récupérer nos bagages puis partons vers notre pied-à-terre pour les 2 prochaines nuits : le Manyuan Resort Hotel. Rien à voir avec notre chambre de la veille ! L’hôtel est beaucoup plus classe et la chambre extrêmement confortable, avec un grand balcon donnant sur une rivière. Nous y passons une excellente nuit. Nous nous levons de bonne heure pour prendre le petit-déjeuner et nous rendre à pied jusqu’à l’entrée du parc forestier national de Zhangjiajie. Ce parc attire les touristes du monde entier car il a inspiré James Cameron pour Avatar. Nous apercevons déjà quelques exemples de ces imposantes colonnes rocheuses couvertes de végétation que l’on retrouve sur l’exolune de Pandora dans le film de Cameron. Nous pensions nous retrouver au niveau des célèbres piliers en grès après notre montée en téléphérique, mais le parc est immense et nous ne sommes absolument pas au bon endroit. Nous décidons quand même de faire une « petite » marche vers une arche naturelle. Nous nous écartons de la foule et descendons un chemin à travers une forêt, sous le chant d’oiseaux exotiques et les bruits d’insectes inconnus. Ce ne sont pas les paysages auxquels nous nous attendions, mais j’apprécie grandement la balade, dépaysante à souhait et tellement calme vu que nous ne croisons que 2 ou 3 personnes en route (cela aurait dû nous mettre la puce à l'oreille). On se rend vite compte que ce « petit » détour n’est pas si court que ça (vous vous rappelez les 500 mètres sur la montagne de Lisham à Xi'An ? C'était pareil, on ne se fiera plus aux distances indiquées sur les panneaux chinois). Arrivés devant l’arche, nous constatons qu’il faut remonter tout le chemin pour revenir vers l’accès principal des montagnes Avatar. Essoufflés et dégoulinants de sueur (car oui, il fait beaucoup plus chaud ce jour-là), nous rejoignons notre point de départ puis partons vers la station de bus du parc pour accéder au site le plus touristique. En chemin, nous trouvons un petit musée consacrée à l’ethnie locale des Miao, dont les costumes et coiffes traditionnels sont proposés en location pour prendre des photos devant les montagnes à plusieurs endroits du parc. Avant de prendre le bus, nous passons une allée remplie de stands de restauration en tous genres. Nous en profitons pour acheter une sorte de friture comme encas.

Seuls Occidentaux dans le bus, nous sommes rapidement interpelés par un groupe de Chinois, qui nous demandent d’où l’on vient. Heureusement que nous disposons de l’application WeChat et de son outil de traduction automatique car nos interlocuteurs ne parlent pas un mot d’anglais. Leurs sourires traduisent toutefois leur sympathie. Peu habités aux touristes étrangers, ils nous demandent notamment si nous aimons la Chine, question à laquelle nous répondons à l’affirmative, n’ayant connu aucune mésaventure depuis le début de notre voyage. Après quelques minutes de trajet sur des routes sinueuses, nous arrivons enfin à l’endroit du parc où se trouvent les panoramas sur les « montagnes de Pandora ». On le remarque directement à la foule de personnes qui se pressent sur les chemins de cette partie du parc. L’une des montagnes apparaît face à nous ornée de rouge tant elle compte de rubans de prière accrochés aux arbres et aux garde-fous. L’ambiance une fois au milieu de cette forêt rouge aurait été plus féerique s’il n’y avait pas eu tout ce monde (dont je fais partie, j'en suis bien consciente). Nous apercevons ensuite un pont naturel de 50 mètres de longueur avant d’arriver devant un étang rempli de tortues de Reeves, qui sont d’ailleurs en vente sur place… J’ai mal au cœur en les voyant enfermées par dizaines dans des bocaux et vendues dans des mini boîtes en plastique. J’espère au fond de moi qu’ils ne les mangent pas (rassurez-vous, ce n'est pas le cas, du moins pas cette espèce-là…).

Nous continuons de suivre la foule sur les sentiers étroits du parc et arrivons enfin au célèbre panorama sur les montagnes Avatar. Alors, oui, c’est beau, mais la foule qui se presse contre les barrières et les grands groupes dont les membres veulent se prendre chacun à leur tour en selfie devant le décor rendent l’expérience beaucoup moins agréable. Nous croisons même une dame transportée dans une chaise à porteurs, créant encore plus de chaos sur le chemin. J’ai largement préféré la randonnée du matin au cœur de la forêt, même s’il est spectaculaire de voir ces géants de pierre semblant si frêles s’élever aussi haut !

Le temps file et il est déjà l’heure de redescendre… Pour ce faire, nous embarquons dans l’ascenseur de Bailong, qui est l’ascenseur extérieur le plus haut du monde. Il s’agit en réalité de 3 ascenseurs de verre qui montent et descendent le long de la falaise. Nous parvenons à être les premiers à entrer, nous permettant de voir toute la descente (sensations garanties si vous avez le vertige). Nous nous posons un moment à leur pied, savourant une glace tout en profitant encore un peu du paysage du parc avant de voir l’arrivée de macaques. Connaissant les spécimens depuis notre voyage en Inde, nous savons pertinemment qu’il vaut mieux éviter de les approcher, surtout quand on a de la nourriture sur soi. Ce n’est apparemment pas le cas de nombreux touristes, certains tendant leurs mains vers les singes… Heureusement, un centre d’urgence se trouve à la station de bus juste en-dessous pour soigner les éventuelles griffures ou morsures. Nous levons une dernière fois les yeux vers les colonnes naturelles du parc avant de prendre le bus qui nous ramène vers l’entrée Est, la plus proche de notre hôtel. Nous rejoignons notre pied-à-terre en longeant la rivière. En chemin, nous tombons sur un grand groupe de danse, comme nous en avons vus plusieurs à Pékin (ce qui me laisse croire que les Chinois aiment vraiment danser et n'ont pas peur de le faire en pleine rue). L’ambiance est décontractée, mais nous sommes fatigués de notre journée et allons nous reposer un peu avant de sortir manger.

Après une bonne douche, nous ressortons dans le coin de Hunan, où se trouve notre hôtel, pour tenter de trouver quelque chose à manger. Du côté plus touristique de notre quartier, nous passons devant des stands de fruits et légumes, les lumières du Charming Xiangxi Grand Theatre, mais malheureusement aucun restaurant ouvert en vue. Nous nous dirigeons donc vers les quartiers plus populaires et c’est là que commence une soirée cauchemardesque pour moi… Devant les restaurants, les animaux proposés au menu sont affichés en photo ou exposés dans des bacs ou des cages… Je vois avec horreur qu’ils mangent de la tortue et observe avec dégoût d’énormes crapauds et salamandres, prêts à passer à la casserole. Je m’apitoie aussi sur les poulets et les lapins, enfermés dans des cages juste devant les restaurants. Mon cher et tendre ayant quand même faim, il commence à demander à une restauratrice ce qu’elle propose comme plat, en tentant de savoir quelle partie du corps de l’animal est servie. Il a beau lui désigner du doigt sa tête, ses propres jambes ou son propre ventre pour que la restauratrice comprenne ce qu’il lui demande, elle nous répond simplement qu’elle propose du bœuf, sans nous expliquer quelle partie exactement. Sachant que les Chinois sont friands des abats, nous nous méfions et repartons bredouilles. Nous finissons par arriver devant un petit restaurant proposant des brochettes de toutes sortes. Comme elles sont étalées sous une vitrine, nous nous disons que nous pouvons choisir celles qui nous semblent les moins aventureuses pour nos papilles européennes. Nous demandons quand même la carte pour voir les types de nouilles proposés. Armés de Google Lens pour avoir une traduction approximative des plats, nous tombons sur le mot « dog ». Mon cher et tendre pointe alors le plat en question aux propriétaires du restaurant et fait mine d’aboyer pour demander s’il s’agit bien de chien. La restauratrice nous dit alors que « malheureusement », c’est un plat d’hiver et qu’elle n’en cuisine pas pour le moment. Me voilà rassurée, bien qu’avec l’appétit légèrement coupé… Je finis quand même par avaler une brochette de poulet et un délicieux hot pot (fondue chinoise), me concentrant principalement sur les légumes. Nous rentrons à l’hôtel le ventre enfin repu et y passons notre dernière nuit.

Déjà notre dernier jour dans cette région de Chine ! Après le petit-déjeuner, nous partons pour l’une des autres attractions phares de la région : le grand canyon de Zhangjiajie. Il s’agit un peu d’un parc à sensations naturel, connu principalement pour son pont au sol de verre. La météo n’étant pas au beau fixe, le site est moins fréquenté, ce qui n’est pas pour me déplaire. Après avoir enfilé des chaussons, nous entamons la traversée du pont. Comme il pleuvine et que les dalles sont mouillées, on se rend un peu moins compte de la hauteur, jusqu’à ce que l’on assiste à un saut à l’élastique, qui nous fait prendre conscience de la distance qui nous sépare du sol. Une fois de l’autre côté du pont, nous longeons les parois du canyon, toujours sur des dalles en verre. J’apprécie la vue sereinement jusqu’à ce que mon regard se pose sur le cadavre d’un énorme monstre à huit pattes (bon, n'exagérons pas, disons de la taille d'une tégénaire…). Vu qu’il y a pas mal d’arbres au-dessus de nos têtes, je ne suis clairement pas rassurée… Nous prenons ensuite un ascenseur puis tentons une descente dans l’un des toboggans du parc. Je dis bien « tenter » car, pour ma part, la glissade se transforme en parcours du combattant, les bords de mes baskets freinant ma descente et m’obligeant à un exercice de poussée avec les bras pour arriver au bout. Arrivés dans le fond du canyon, nous embarquons sur un petit bateau qui nous amène à l’entrée d’un sentier longeant la rivière. La pluie tombe de plus en plus, mais cela ajoute au caractère dramatique des lieux. J’ai l’impression d’être Indiana Jones, à la recherche d’un trésor perdu au beau milieu d’une végétation luxuriante. Seulement troublée par le ruissellement de l’eau, la balade dans le fond du canyon est apaisante après la foule de la veille. Elle se termine par un passage à travers une grotte et une dernière traversée en barque.

L’exploration du parc étant plus courte que prévu, nous avons encore une bonne après-midi devant nous avant notre vol du soir. Nous décidons alors de visiter la grotte Huanglong, alias la grotte du dragon jaune, qui se trouve à 15 minutes de route de là. Après avoir traversé ses jolis jardins où tournent d’anciens moulins à eau, nous entrons dans l’antre du dragon. Étalée sur 4 étages, cette grotte karstique est monumentale. Elle attire d’ailleurs pas mal de monde. Nous nous retrouvons ainsi à devoir faire la file pour monter à bord des barques qui nous offrent une traversée sous des parois illuminées avant de rejoindre la partie de la grotte ouverte au public. La balade sur l’eau est ponctuée d’animations lumineuses et sonores présentant le dragon. J’imagine que sa légende est contée, mais il n’y a malheureusement aucune explication en anglais. Notre embarcation nous emmène jusqu’au pied d’un interminable escalier, où nous accueille le fameux dragon jaune. Je ne me souviens plus du nombre de marches que nous avons dû gravir, mais mes jambes l’ont bien senti une fois au dernier étage. Nous entamons ensuite notre descente à travers des salles remplies de stalagmites, certaines s’élevant jusqu’au sommet de la grotte. Au bout de 2 heures dans les entrailles de la terre, nous retrouvons la lumière du jour. L’heure est doucement venue de dire aurevoir à Zhangjiajie. Comme notre avion décolle seulement après 23h00, nous reprenons tranquillement nos bagages à l’hôtel puis décidons d’aller manger dans le centre-ville (là où nous avions logé le premier soir), qui a l’avantage d’avoir un MacDo. Oui, car après notre quête traumatisante de la veille pour trouver un repas, nous préférons ne prendre aucun risque alimentaire (certes, MacDo, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux, mais on ne risque au moins pas d'y manger du crapaud ou de la tortue). Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls, voyant pas mal d’autres étrangers s’y réfugier. C’est l’occasion de découvrir les spécialités locales de la chaîne de fast-food américaine, un peu plus épicées mais d’un niveau adapté à nos palais. Direction ensuite l’aéroport, où nous patientons un long moment avant de pouvoir enfin embarquer vers notre toute dernière destination chinoise…

Zhangjiajie était l’étape du voyage la plus attendue par mon cher et tendre, et c’est vrai que cela changeait totalement du décor urbain de Pékin, Pingyao et Xi’An. C’est toutefois la partie qui m’a semblée la plus touristique et là où l’on aura dépensé le plus en attractions. Pour vous donner une idée des prix, l’entrée du parc national du mont Tianmen nous a coûté environ 33€ par personne, celui du parc forestier avec les montagnes Avatar 27€ par personne, et le grand canyon 36€ par personne (activités comprises). La grotte du dragon jaune est le seul site dont nous n’avons pas dû réserver le billet (12€ par personne). Quant au spectacle du Fairy Fox Theatre, nous avions pris des places à 24€ environ.

Cette région m’aura fait découvrir un côté plus sauvage de l’empire du Milieu. Elle m’a surtout fait vivre l’un des moments les plus inoubliables de notre voyage, cet événement naturel à la fois si simple et si beau d’une vague de nuages avalant une montagne.

Tant mieux, d’Amélie Nothomb

Il y avait longtemps que je n’avais plus écrit de billet Croque-livre, mais je ne pouvais pas faire sans parler de ma lecture habituelle du dernier Amélie Nothomb. Quatre ans après avoir romancé la vie de son papa dans Premier Sang, l’autrice belge livre un récit émouvant sur l’enfance et la jeune vie d’adulte de sa maman, dont elle a tu le décès pendant longtemps. Contrairement à l’ouvrage consacré à son père, qui m’avait un peu moins plu, j’ai vraiment adoré ce dernier roman.

« Tant mieux » : c’est l’expression que répétait sa mère, même lorsqu’elle se retrouvait dans des circonstances malheureuses ou fâcheuses. Une sorte de formule magique qui lui a permis de surmonter les épreuves de la vie. J’ai d’ailleurs un peu eu l’impression de lire un conte de fées, suivant avec ravissement les aventures d’Adrienne (prénom fictif), personnage que j’ai trouvé très attachant. On la retrouve au début du livre du haut de ses 4 ans chez son horrible Bonne-Maman de Gand, où elle découvre le pouvoir de ses 2 simples mots « Tant mieux », qui l’aideront à garder la tête froide toute sa vie. Bien évidemment, Amélie romance beaucoup l’enfance de sa mère, mais les aventures qu’elle relate (qui sont bien réelles) sont peu communes. Sans vouloir en dire plus (à vous de le découvrir), cela tourne beaucoup autour des chats

Amélie raconte l’histoire de sa mère de ses 4 ans jusqu’à son mariage. Dans les 30 dernières pages, l’autrice quitte le récit et se livre d’une manière très touchante. Elle revient sur le décès de son père, qu’elle a vécu différemment, sentant toujours la présence de son papa après sa mort. Puis elle aborde la disparition de sa maman, qui a été plus brutale, définitive et qu’elle a cachée pendant un bon moment. Amélie l’a apprise durant ses 4 heures d’écriture matinale. Elle explique avoir continué à écrire pendant 1 heure avant de se laisser emporter par le chagrin. Elle en parle dans ce podcast, que j’ai adoré écouter.

J’ai trouvé qu’Amélie se répétait un peu dans ses propos au cours des dernières pages, mais on sent fortement ses émotions à travers ses mots. Elle m’a fait sourire par les réflexions de sa mère, m’a donné les larmes aux yeux, mais m’a surtout enveloppée d’une douce tendresse. Amélie Nothomb signe là un très bel hommage à sa maman et à l’amour que l’on porte à nos parents.

2025 : acte X

Mon mois d’octobre n’a vraiment pas été sobre. Riche en rebondissements, il m’a fait vivre autant de joyeux moments que de désappointements. Plutôt calme au niveau professionnel, il a été bien rempli du côté personnel. Je prends enfin le temps de faire mon bilan, l’hiver se rapprochant tout doucement.

L’automne à Coventry

Sur le plan de ma profession, ce dixième acte a connu peu d’agitation et a surtout été consacré à la prospection. Il a aussi été dédié à l’étude linguistique, avec des leçons et podcasts en russe, espagnol et en langue germanique. J’ai également vécu une petite déception, m’étant préparée mentalement à passer un test pour une institution. L’agence qui m’avait demandé de le réaliser s’est totalement trompée sur la langue pour laquelle je pouvais être testée. Le vent semble toutefois enfin tourner, une agence plus sérieuse m’ayant contactée. Intéressée par mon expérience avec la Commission, elle m’a recrutée pour travailler sur des projets de traduction et post-édition pour cette institution. Les membres de son équipe m’ont très vite paru sympathiques. Espérons que la collaboration avec cette nouvelle agence me permettra de retrouver du travail en suffisance !

Dans ma vie privée, octobre a marqué le dernier acte complet passé chez les Anglais. Mon cher et tendre doit en effet rejoindre début novembre ses collègues européens et nous passerons l’hiver outre-Rhin. Le dixième acte a aussi été un mois de grand changement, mon cher et tendre ayant voulu passer à un autre mode de déplacement. Craignant devoir de nouveau subir les tempêtes hivernales en moto, il a passé cet été son permis voiture et a acheté en occasion une auto. C’est à Birmingham que nous sommes allés la chercher, partant en train le deuxième vendredi du mois pour la récupérer. Comme il s’agissait d’un véhicule d’occasion, mon cher et tendre avait prévu de changer la courroie dans un garage Peugeot des environs. Sur les 10 minutes de trajet entre les 2 destinations, notre excitation a fait place à la préoccupation, notre voiture montrant des signes de faiblesse à l’accélération. Expliquant chez Peugeot la raison de notre panique, le garage a effectué un petit diagnostic. Notre inquiétude s’est ensuite transformé en effroi quand le représentant nous a expliqué qu’il faudrait remplacer le moteur et qu’ils ne s’occuperont donc pas de la courroie. Les mécaniciens étaient toutefois moins dramatiques, nous conseillant une réparation au prix moins astronomique et nous disant que nous pouvions rentrer à Londres sans que ce soit catastrophique. Récupérant la voiture plus tôt que prévu, nous avons tenté de profiter de notre week-end autour de cette ville déjà connue.

Après avoir redécouvert celle que l’on surnomme la deuxième cité, nous avons repris la route pour dormir dans un hôtel historique étoilé. Nous avons ainsi découvert l’abbaye de Coombe sous le manteau de la nuit, son décor façon Poudlard nous ayant directement séduits. Le petit-déjeuner du lendemain nous a redonné de l’énergie, et nous avons pris le temps de nous balader dans le parc entourant l’abbaye avant d’explorer Coventry. Nous y avons fait une belle promenade automnale autour des ruines de sa cathédrale. Avant de retourner à London, nous avons fait un petit crochet à Stratford-upon-Avon. Je rêvais depuis longtemps revoir la ville natale de Shakespeare, mais le soleil couchant nous a poussé à rapidement partir. Le trajet jusqu’à notre appartement s’est déroulé sans incident majeur, même si notre voiture a eu du mal à grimper les hauteurs. Souhaitant la réparer avant notre grand périple sur le Vieux Continent, nous avons laissé notre automobile chez un garagiste de Basildon soi-disant compétent le mercredi suivant. Le reste du mois s’est déroulé sans voiture, ce fameux garagiste nous causant bien des soucis et des mésaventures… C’est donc dans un état d’incertitude et de stress que s’est terminé cet acte pourtant plein de promesses.

Octobre n’a heureusement pas été uniquement synonyme d’inquiétude, il m’a aussi offert des moments de béatitude. Avant mon retour sur l’île britannique, j’ai ainsi eu le plaisir d’avoir un repas en famille en Belgique. Avide de profiter de mes dernières semaines sur le sol londonien, j’ai ensuite fait le plein de sorties qui m’ont fait du bien. Je me suis accordée 2 soirées de ballet, des discussions et séances de lecture dans mon petit café et un dîner avec des amis pour leur dire au revoir en beauté.

Novembre est déjà bien entamé et s’annonce plus chargé. Les problèmes avec la voiture ne sont pas encore entièrement réglés, mais nous espérons pouvoir bientôt en profiter. Rendez-vous la première semaine de décembre pour le bilan de ce dernier mois d’ambre !

Le poids de l’IA sur la santé mentale

La semaine dernière, je suis tombée sur un article publié sur LinkedIn par une traductrice audiovisuelle qui met vraiment le doigt sur les sentiments que je ressens depuis l’an dernier et que partagent certainement beaucoup d’autres de mes collègues, ainsi que tous les freelances menacé.e.s par les progrès de l’intelligence artificielle. Les conséquences de ces avancées sur nos métiers ne sont pas seulement financières, elles affectent aussi notre santé mentale

Image de Tara Winstead sur Pexels

Je me permets de traduire le début de son article pour vous expliquer un peu ce que c’est de vivre dans le monde d’aujourd’hui pour un.e freelance dont le métier est chamboulé par l’IA :

La chose la plus difficile à propos de l’IA, pour moi, c’est l’incertitude concernant la gravité de ce qui va se passer pour nous, les traducteurs. J’ai bien sûr constaté une baisse des demandes ces derniers mois, et par conséquent une baisse de revenu, mais est-ce que je suis réellement en train de perdre mon boulot ? Mon travail va-t-il disparaître complètement ? Mes qualifications, mes compétences techniques et linguistiques, et mes années d’expérience ne signifient-elles rien ? Le problème, c’est que personne ne le sait vraiment. J’ai des gens qui me disent de ne pas m’inquiéter. Des gens qui me disent que je devrais la considérer comme un outil, et non comme une menace. Des gens qui me disent de me recycler car il n’y a pas d’espoir. Mais personne ne sait vraiment. Et c’est dur, pour les êtres humains en général. Il y a une menace, mais on ne sait pas à quel point elle est dangereuse.

Elle partage ensuite plusieurs de ses pensées, en parlant notamment de la post-édition et du fait qu’elle ne se prête pas à son métier, que ce travail est « incroyablement ennuyeux et frustrant », qu’il est souvent plus chronophage et payé pour une fraction du prix. Selon elle, l’idée que c’est plus rapide, de meilleure qualité et plus simple est tout simplement un mensonge. « Cela réduit simplement les coûts ». Je suis d’accord en partie sur ce point, même si je ne mets pas tous les projets de post-édition dans le même panier. Cela fait désormais plusieurs années que je fais de la post-édition dans des projets pour les institutions européennes à des tarifs raisonnables, me disant que c’est le seul moyen de continuer à exercer mon métier. Je la rejoins toutefois lorsqu’elle rappelle que le sous-titrage et la traduction en général sont un art, un travail qui prend du temps et qui a toujours besoin de ce côté « humain », surtout dans les domaines où la créativité est reine.

Elle se demande aussi dans quoi elle pourrait bien se recycler et comment ? Cette question m’a valu beaucoup d’insomnies… La première fois qu’une agence m’a demandé de rédiger avec l’IA, j’ai littéralement éclaté en sanglots. Mon estime de soi a pris un sacré coup. Puis j’ai tenté de considérer l’IA comme un outil, essayant de l’utiliser (ce qui m'a valu énormément de frustration), mais me refusant toujours à postuler aux nombreux jobs de « formateurs d’IA ». Je laisse probablement passer des occasions de me faire de l’argent, mais former l’IA reviendrait à me tirer une balle dans le pied… Alors, je me raccroche aux projets qu’il me reste, ayant l’espoir qu’il existe encore des client.e.s qui préfèrent la plume d’un être humain aux algorithmes. L’espoir, je le retrouve aussi chaque fois que je trouve une erreur dans une traduction automatique ou un texte généré par IA, me rappelant que mes connaissances sont bien là et qu’elles sont nécessaires pour parer aux hallucinations et incompréhensions des machines.

L’anxiété ambiante autour de mon métier me fait malheureusement aussi penser au pire des scénarios, soit la disparition totale de mon métier. J’ai plusieurs fois gardé les yeux ouverts dans le noir, le regard vers le plafond en me demandant à quoi je sers si toutes mes compétences sont déléguées à une machine. Depuis enfant, j’aime écrire. J’ai choisi la traduction parce qu’elle me permettait de combiner mon amour des langues et des cultures étrangères avec ma passion pour l’écriture. Voir un logiciel rédiger en 30 secondes un texte et surtout voir des gens s’extasier sur ses prouesses (malgré les nombreux défauts de ces textes quand on les observe de plus près...), c’est un coup de poignard dans le cœur. J’ai parfois l’impression que l’IA vole une part de mon identité, de ce qui me fait vibrer, et c’est dur à supporter mentalement

L’IA est une avancée technologique, certes, mais j’ai encore du mal à ne pas la voir comme une menace pour les êtres humains. J’ai peur de vivre dans un monde où plus personne n’est capable de penser par soi-même, les yeux toujours collés à un écran, sans voir l’environnement qui se détruit autour de nous à chaque question posée à ChatGPT, qui continue de propager stéréotypes et fausses informations, floutant les limites entre réalité et fiction. Nous n’en sommes pas encore là, et j’ai l’espoir qu’un renversement de la situation est possible, mais la peur est bien présente…

Si vous passez aussi par des phases d’angoisse et de désespoir, sachez que vous n’êtes pas seul.e…. Je vous envoie tout mon courage !

Point culture trimestriel 2025 3/4

Le troisième trimestre de l’année 2025 s’est déjà écoulé, l’occasion de revenir sur mes coups de cœur culturels durant ces 3 mois d’été.

LECTURE

Les livres du club de lecture ont occupé la majorité de ma bibliothèque ces derniers mois. Ils sont 3 sur les 4 ouvrages lus dernièrement, même si j’ai aussi poursuivi entretemps la lecture des essais de Salman Rushdie dans son recueil Languages of Truth. J’ai par contre une pile à lire énorme donc j’ai hâte de profiter des mois plus cosy de l’automne pour me remettre plus assidûment à la lecture.

  • The Silence In Between, de Josie Ferguson (ma note : 4,5/5)

Moins de 10 heures de lecture m’ont été nécessaire pour terminer le premier roman de cette autrice suédoise qui a vécu une bonne partie de sa vie à Londres et habite désormais à Singapour. Son livre ne nous embarque pas dans cette destination exotique, mais dans le Berlin à l’époque de l’édification du mur. Je vous traduis la quatrième de couverture pour vous donner plus de contexte :

« Berlin 1961. Lisette est à l’hôpital avec son bébé. Les médecins lui disent de rentrer chez elle et de se reposer, mais quand elle se réveille, tout a changé. Pendant la nuit, la frontière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest s’est fermée, divisant la ville en deux. Lisette est emmurée dans l’Est, son bébé est dans l’Ouest. Ce n’est cependant pas la première fois qu’elle vit dans une ville divisée. Elly, la fille adolescente de Lisette, a toujours eu du mal à comprendre la distance entre elle et sa mère. Elles vivent toutes les deux pour la musique, mais si Elly entend des notes autour de chaque personne qu’elle rencontre, la musique a disparu pour sa mère. Elly peut-elle désormais trouver un moyen de combler ce silence ? Se déroulant sur deux époques, la Seconde Guerre mondiale et les événements tumultueux de 1961, The Silence in Between explore les liens indestructibles de la famille, la résilience des femmes, et jusqu’où elles iront pour protéger ceux qu’elles aiment. »

J’ai vraiment adoré l’histoire, même si certains éléments étaient un peu trop faciles à deviner. J’ai aime découvrir un pan de l’Histoire que je ne connaissais pas, à savoir comment les Allemands ont vécu la fin de la guerre. Le récit est passionnant et la lecture est agrémentée de jolis passages poétiques, dans lesquels l’autrice use de métaphores, comme « My slippers sink deep down into the snow, winter’s white hands grabbing at my ankles » (ma traduction : « Mes chaussons s'enfoncent dans la neige, les mains blanches de l'hiver saisissant mes chevilles ») ou « The afternoon stretches lazily like a cat, uninterested in the passing of time, ignorant of my need for it to speed up » (« L'après-midi s'étirait paresseusement comme un chat, indifférent au temps qui passe, ignorant mon besoin de le voir s'accélérer »). Bref, une belle découverte, malheureusement pas encore accessible en français, à ma connaissance.

  • The Ghost Ship, de Kate Mosse (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour le mois d’août dans mon club de lecture était une petite brique de 486 pages, dévorées en une douzaine d’heures. Je ne connaissais absolument pas cette romancière britannique, mais beaucoup des membres du club avaient lu plusieurs de ses ouvrages, qui sont principalement des sagas historiques, dont la majorité sont traduites en français par Caroline Nicolas. The Ghost Ship est le troisième tome de ses chroniques sur la famille Joubert, et est disponible en français sous le titre La Cité des mers. Le fait qu’il s’agisse d’une saga ne m’a pas particulièrement dérangée car le roman pouvait se lire indépendamment des autres. Il m’a juste laissée sur ma faim vu qu’on ne sait pas ce qui se passe pour 2 personnages importants à la fin du roman… J’étais un peu moins fan de l’écriture, l’autrice utilisant plusieurs fois les mêmes expressions, mais l’histoire était assez passionnante pour me donner envie de tourner les pages. Cela m’a un peu rappelé les sagas historiques de Pierre Lemaitre, bien que je préfère largement ces dernières, beaucoup mieux écrites à mon goût. Si vous aimez les histoires de pirates, l’ambiance du XVIIe siècle et les conflits religieux, La Cité des mers devrait vous plaire.

  • En moi le ciel et la terre, de Fabrice Colin (ma note : 4,5/5)

Entre 2 bouquins anglais pour le club de lecture, je me suis fait plaisir avec un roman français qui avait attiré mon regard la dernière fois que je suis passée à la librairie Chantelivre de Tournai. Toujours en quête de découvrir de grandes oubliées de l’Histoire, je n’ai pas pu résister à cette sorte de biographie romancée d’Elisa Deroche, également connue sous les noms de Raymonde de Laroche ou simplement de La Baronne. Actrice, mannequin puis pilote d’avion figurant parmi les premières personnes à défier la gravité, cette femme méritait bien qu’on écrive un roman à son sujet. Et Fabrice Colin l’a fait avec une très belle plume et un riche vocabulaire, me faisant parfois ressortir mes dictionnaires face à des mots d’antan beaucoup moins usités. Son roman se lit comme un journal écrit à la première personne, passionnant durant une majeure partie du livre, mais qui m’a un peu déçue vers la fin, les belles phrases du départ se transformant en une simple suite d’informations sur les vols effectués par La Baronne à la fin de sa vie. Cela dit, la lecture de ces 56 pages ont été un beau moment.

  • All the Colours of the Dark, de Chris Whitaker (ma note : 4,5/5)

Le livre choisi pour la réunion de mon club de lecture de septembre était un roman policier de 580 pages. Pas tellement attirée par ce genre littéraire, j’ai été vite happée par cette chasse au meurtrier en série et à la recherche de jeunes femmes disparues, mêlée à des histoires d’amour, dans l’Amérique des années 1970. Il aborde certains thèmes chers à mes convictions féministes, tels que le droit à l’avortement et la violence conjugale, et met en scène une femme résiliente qui force le respect. Certains passages étaient un peu longs ou me semblaient trop détaillés, mais j’ai vraiment adoré la fin, où toutes les petites informations disséminées au fil du livre se sont assemblées les unes aux autres comme un puzzle. Le dénouement de l’affaire criminelle était vraiment inattendu, ce qui montre le talent de ce jeune auteur britannique. Vous pouvez lire cette histoire en français sous le titre Toutes les nuances de la nuit grâce au travail de la traductrice Cindy Colin-Kapen, à qui je tire mon chapeau car certains passages ne me semblent vraiment pas simples à traduire !

FILMS / SÉRIES

Mon cher et tendre et moi-même avons toujours l’habitude de regarder une série ou un film en mangeant le soir. Si beaucoup de ces œuvres visuelles ne sont pas restées gravées dans ma mémoire, certaines m’ont particulièrement marquée. Je reprends donc ici celles dont je voulais absolument parler.

  • The Girlfriend, série réalisée par Robin Wright (ma note : 4,5/5)

C’est rare qu’une série me reste en tête, mais celle-ci m’a vraiment tenue en haleine durant ses 6 épisodes (disponibles sur Prime Video). Elle est adaptée du premier roman de l’autrice américaine Michelle Frances, devenu un best-seller, traduit en français par Antoine Guillemain sous le titre La Petite Amie. Je n’ai jamais lu le livre donc je ne sais pas s’il suit la même structure que la série, mais c’est surtout cela que j’ai apprécié. L’histoire tourne autour de 3 personnages principaux : Laura, une femme de la haute société pour qui tout semble réussir, Daniel, son fils adoré, et Cherry, la nouvelle petite amie de ce dernier, qui tente de cacher son passé. Chaque épisode est divisée en 2 parties, chacune exposant le point de vue de Laura, puis celui de Cherry, ou inversement. On voit ainsi les mêmes événements interprétés différemment par la mère ou par la petite amie de Daniel, ce qui empêche les spectateurs de vraiment savoir laquelle de ces femmes est problématique. J’ai beaucoup aimé cette façon de présenter les choses, car ça démontre bien comment chaque personne peut interpréter différemment les faits, en raison de ses propres traumas, de son propre vécu, ou de sa propre réalité. Bref, je ne peux que la recommander !

  • Wednesday (ou Mercredi), série réalisée par Tim Burton (ma note : 4/5)

Si vous avez lu mon point culture du dernier trimestre, vous devez savoir que j’ai toujours aimé l’univers de Tim Burton. Quand sa série sur la famille Addams est sortie en 2022, je n’étais que joie. Bon, ce n’est pas la meilleure série de tous les temps, clairement, mais je voulais en parler pour 2 passages que j’ai vraiment adorés, artistiquement parlant. Dans le premier épisode de la deuxième saison, j’ai ainsi eu le bonheur d’entendre mon morceau de musique classique favori de tous les temps, la Danse des chevaliers de Roméo et Juliette de Prokofiev, interprétée au violoncelle par Mercredi Addams. D’habitude, je suis toujours déçue par les reprises de ce morceau, mais là, j’ai tout simplement adoré. Mêler cette mélodie inégalable au décor burtonesque et au thème musical de Danny Elfman, c’était un petit bonbon audiovisuel pour moi (à l'exception d'un certain passage visuel incluant un monstre à 8 pattes) ! La deuxième surprise de la série a été chorégraphique. Lors du bal donné lors du septième épisode de la saison, les personnages de Enid et d’Agnes dansent sur la chanson The Dead Dance de Lady Gaga, qui apparaît d’ailleurs elle-même dans la série. J’ai aimé l’ingéniosité du chorégraphe, utilisant les pouvoirs d’invisibilité d’Agnes pour créer des portés spectaculaires. Si vous aimez Lady Gaga et Tim Burton, je vous invite aussi à découvrir le clip en noir et blanc de The Dead Dance que le réalisateur a dirigé pour la chanteuse, qui incarne une poupée de porcelaine dansant sur les pas de la chorégraphe Parris Goebel (qui m'avait impressionnée avec Abracadadra, dont j'ai parlé dans mon premier point culture trimestriel de l'année).

  • Le Comte de Monte-Cristo, film réalisé par Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (ma note : 4,5/5)

Sorti en 2024, ce long métrage était sur ma liste des films à voir depuis longtemps. Il était temps que le personnage du roman homonyme d’Alexandre Dumas soit joué par un acteur moins détestable que Depardieu… Et Pierre Niney l’incarne avec brio ! Je n’ai tout simplement pas vu passer les quasi 3 heures du film. Les décors sont grandioses, les acteurs excellents et le rythme de l’action captivant. Cela faisait longtemps qu’un film français m’avait autant passionnée. Un très beau film de cape et d’épée selon moi !

SPECTACLES / EXPO

Mon été a été marqué par un city-trip avec ma belle-famille à Vienne, où j’ai pu visiter de nombreux musées et assister à quelques spectacles. Je ne vais pas expliquer de nouveau ici en détail chaque lieu ou représentation, mais simplement citer mes 3 coups de cœur :

  • Le musée Sissi : beaucoup de pièces exposées, un parcours dans le palais de la Hofburg et un audioguide très complet.
  • Les concerts du Wiener Mozart Orchester au Musikverein : un régal pour les yeux et les oreilles, si l’on fait abstraction de l’entrée des retardataires dans la salle.
  • Light of Creation à la Votivkirche : un spectacle son et lumière de 30 minutes absolument splendide qui donne vie au décor de l’une des plus belles églises de Vienne.

Une fois n’est pas coutume, je termine par un coup de cœur musical pour une œuvre du XVIIIe siècle que j’ai découverte lors d’une de mes traductions pour ma cliente espagnole. Il s’agit des Élémens (pas de faute d'orthographe ici, c'est du vieux français), un opéra-ballet de Jean-Féry Rebel, et plus particulièrement de son premier mouvement, Le Cahos (orthographe ancienne de « chaos »). Tout comme Vivaldi avec ses Quatre Saisons, Jean-Féry Rebel traduit en musique les 4 éléments, ainsi que d’autres états ou émotions, dont le chaos. J’ai été surprise par sa modernité quand je l’ai écoutée. Je vous laisse découvrir si vous ne connaissez pas.

Et vous ? Avez-vous fait de belles découvertes littéraires, cinématographiques, muséales ou musicales durant cet été ? N’hésitez pas à les partager !

2025 : acte IX

Après un été plutôt extraordinaire, le neuvième acte de l’année a été beaucoup plus sédentaire. Le stress de la rentrée s’est invité dans nos chambres, assombrissant quelque peu ce premier mois aux feuilles d’ambre. Septembre a néanmoins été un peu plus productif, avec un bilan professionnel assez positif.

Couleurs d’automne à Ratingen

De retour de son congé, ma cliente espagnole m’a envoyé un nombre plus conséquent de projets. Il s’agissait principalement de courtes traductions, mais j’avais au moins de quoi occuper presque tous les jours mon attention. Après plusieurs semaines de harcèlement, j’ai aussi enfin obtenu un nouveau projet de traduction d’amendements. Le Parlement européen reprenant son activité de manière plus intense, il a fallu réaliser ce travail pratiquement dans l’urgence. J’ai donc été obligée de bosser un week-end complet, ainsi que durant plusieurs soirées, le stress me faisant garder les yeux ouverts jusqu’au lever. J’espère que les prochains projets me prendront moins de temps, l’expérience m’aidant à gagner confiance en mes talents. Quant au recouvrement de mes créances, je n’ai pas eu de bonnes nouvelles auprès de la fameuse agence. Ses récentes communications ne sont que déception, et je perds totalement espoir d’être payée intégralement pour mes dernières missions.

Le ciel d’été tournant de plus en plus au gris, j’ai principalement passé le mois de septembre dans le confort de mon nid. Me livrant à de longs moments d’introspection, j’ai apprécié pouvoir observer le changement de saison. Outre la visite quotidienne des daims aux bois majestueux, je levais souvent les yeux vers les cieux. La lune était particulièrement belle ce mois-ci, et j’ai aimé contempler sa douce lueur à la tombée de la nuit. Les passages de grosse pluie étaient souvent suivis d’agréables éclaircies, accompagnées parfois de l’arrivée providentielle de splendides arcs-en-ciel. Le soleil nous a quand même heureusement fait profiter de sa grâce, me donnant l’occasion de prendre un dernier café avec une amie en terrasse. Après avoir passé les 3 premières semaines du mois au Royaume-Uni, nous avons pris le ferry. La traversée de la mer m’a offert un coucher de soleil spectaculaire. Avant de prendre la route pour l’appartement de fonction allemand, nous avons passé le week-end chez mes beaux-parents. Ayant appris par l’une de mes tantes l’existence d’une exposition à ciel ouvert de street-art à quelques pas de chez eux, j’ai proposé à ma belle-mère d’aller photographier les lieux. La rue Notre-Dame-de-Lorette a connu une véritable transformation, ses anciens corons ornés désormais de graffs qui suscitent l’admiration. Après la visite de ce musée d’art en plein air, il a fallu rejoindre notre deuxième pied-à-terre. La dernière semaine de septembre en Allemagne s’est ensuite vite écoulée, faite de balades au parc ensoleillées, d’un anniversaire en tout petit comité et d’une séance de sauna qui m’aura bien apaisée.

L’automne et octobre sont désormais bien présents et j’ai hâte de les voir m’apporter tous les petits bonheurs de cette saison au charme envoûtant. S’il commence de manière un peu trop calme professionnellement parlant, j’espère qu’il sera quand même satisfaisant. Réponse au dernier jour de ce nouveau mois, qui, je vous le souhaite, sera synonyme de joie.

Gloire aux traducteurs et aux traductrices

Je n’ai pas écrit de billet vendredi dernier car je savais que j’allais vous publier un article ce 30 septembre à l’occasion de la Journée internationale de la traduction. Après vous avoir parlé des livres les plus traduits au monde et raconté la vie de saint Jérôme de Stridon, j’avais envie de sortir quelques-un.e.s de ces travailleurs et travailleuses de l’ombre que sont les traducteurs et les traductrices.

Photo de falarcompaulo sur Pixabay

Si la grande majorité des traducteurs et traductrices sont resté.e.s caché.e.s dans les coulisses, plusieurs ont été mis.e.s sur le devant de la scène. Commençons par les plus célèbres avec Martin Luther, ce prêtre allemand né à la fin du XVe siècle qui a établi les bases du protestantisme en traduisant la Bible en allemand, et le Néerlandais Érasme, autre théologien du XVe siècle, qui a repris le travail de saint Jérôme et a retraduit en latin le Nouveau Testament grec. Bien d’autres traducteurs (principalement des hommes…) ont contribué à la diffusion des croyances du monde entier, mais la traduction a aussi servi à faire découvrir la littérature de différentes régions de notre planète. Comme l’écriture et la traduction sont des activités connexes, il est fréquent que des écrivain.e.s goûtent à la traduction avant d’écrire leurs propres ouvrages ou profitent de leurs connaissances linguistiques pour traduire des œuvres d’homologues qu’ils ou elles admirent. Ainsi, Charles Baudelaire a fait connaître en France les poèmes de l’Américain Edgar Allan Poe, l’écrivain italien Umberto Eco a traduit dans sa langue maternelle les fameux Exercices de style du romancier français Raymond Queneau et l’autrice belge Marguerite Yourcenar s’est attelée à la traduction des Vagues de l’Anglaise Virginia Woolf (bien que beaucoup qualifient son travail d'adaptation et non de traduction vu que Marguerite a conservé son propre style d'écriture plutôt que de coller à celui de Virginia). Citons également Samuel Beckett, le dramaturge, écrivain et poète irlandais qui a traduit en français ses propres œuvres, dont En attendant Godot.

Aux côtés de la religion et de la littérature, de grandes théories scientifiques ou philosophiques ont été propagées grâce à des traducteurs et traductrices méconnu.e.s. On doit ainsi à Adélard de Bath, Jean de Séville et Gérard de Crémone, entre autres, la traduction en latin de nombreux travaux scientifiques arabes et grecs au XIIe siècle, permettant de transmettre et d’utiliser ces précieuses connaissances en médecine, sciences naturelles ou mathématiques dans toute l’Europe. Autre exemple, la philosophe et scientifique française Clémence Royer a fait connaître la théorie de Charles Darwin dans le monde francophone en traduisant L’Origine des espèces au XIXe siècle. Citons également le couple de psychanalystes britanniques James et Alix Strachey, dont la traduction de toutes les œuvres de Sigmund Freud, qu’ils côtoyaient, a servi de référence pour les traductions ultérieures du travail du fondateur de la psychanalyse dans d’autres langues.

Traduire peut aussi être politique et j’avais envie de citer 3 traductrices qui ont pu faire avancer des causes sociales. Eleanor Marx, la fille de Karl, a participé à la lutte ouvrière en traduisant en anglais les œuvres de son père au XIXe siècle. À la même époque, sur le continent américain, Mary Louise Booth a lutté contre l’esclavage en traduisant en une semaine Un Grand Peuple qui se lève d’Agénor de Gasparin, s’attirant les éloges du président Abraham Lincoln. Plus proche de notre époque, au XXe siècle, Charlotte H. Bruner a consacré toute sa vie à promouvoir la littérature africaine aux États-Unis en traduisant des œuvres d’écrivaines africaines. Je ne peux évidemment pas oublier les traductrices qui ont œuvré et lutté pour le féminisme à travers leur travail, comme les Canadiennes Barbara Godard, qui a traduit en anglais les textes de grandes autrices canadiennes francophones, Susanne de Lotbinière-Harwood, qui a écrit Re-belle et infidèle : la traduction comme pratique de réécriture au féminin, et Luise von Flotow, dont le travail est axé sur les questions de genre et le féminisme dans la traduction.

Pour découvrir d’autres noms de traducteurs et traductrices qui ont changé le monde, je vous invite à lire cet article d’Actualitté dont je me suis inspirée.

Je ne pouvais pas terminer mon billet sans citer plusieurs traducteurs francophones contemporains dont j’admire le travail :

  • Olivier Mannoni, célèbre pour avoir traduit Mein Kampf, un travail éprouvant dont il parle dans son essai Traduire Hitler.
  • André Markowicz, qui a retraduit les œuvres de grands auteurs russes, dont Gogol, Pouchkine, Dostoïevksi, et qui parle de son travail dans son journal de traduction Partages.
  • Jean-Michel Déprats, traducteur et metteur en scène surtout connu pour avoir traduit les œuvres complètes de Shakespeare.
  • Jean-François Ménard, qui a probablement bercé votre adolescence si vous avez lu en français les 7 tomes d’Harry Potter.

À cette époque où l’on cherche à remplacer les traducteurs et traductrices humain.e.s par l’IA, je trouvais important de mettre en lumière toutes ces personnes qui ont contribué à relier les peuples et de remettre en avant l’importance de la traduction, qui lie depuis toujours les êtres humains par la quête de sens et qui devrait rester la plus humaine possible pour ne pas perdre son sens…

Bonne fête et force et courage à toutes et à tous mes collègues de la traduction !

Les mots qui fâchent : coloniser

Si vous suivez l’actualité, vous n’êtes pas sans savoir que Londres a accueilli, il y a une semaine, l’une des plus grandes marches d’extrême-droite de son histoire. Le Royaume-Uni est mon pays d’adoption et voir une partie de son peuple manifester contre l’immigration est un coup dans le cœur. À la tristesse de voir ce monde devenir de plus en plus fermé sur lui-même s’ajoute la colère face à cette bêtise et de nouveau face à ces mots qu’on utilise à tort et à travers…

Photo de Puwadon Sang-ngern sur Pexels

Passons les portraits brandis en tant que martyr de l’extrémiste américain qui s’est fait tuer par plus extrémiste que lui ou l’intervention vidéo du soi-disant génie qui a l’étrange maladie de faire involontairement des saluts nazis et focalisons-nous sur l’invité d’honneur français, qui n’était autre que le Monsieur-Je-Me-Crois-Plus-Intelligent-Que-Tout-Le-Monde à la tête de gnome (je suis sûre que vous avez l’image…). J’ai entendu une petite partie de son discours et ça m’a hérissé le poil :

« Vous et nous, le peuple anglais et le peuple français sommes confrontés au même danger mortel. Vous et nous sommes colonisés par nos anciennes colonies. »

On va zapper le passage drama queen du « danger mortel » (alors qu'il n'y a rien de plus dangereux et mortel que les attaques de partisans de l'extrême-droite...) et se concentrer sur la deuxième phrase. La France et l’Angleterre seraient « colonisées ». Mais ça veut dire quoi « coloniser » au juste ?

Larousse : 1. Transformer un pays en une colonie, en un territoire dépendant d’une métropole. 2. Peupler un pays, une région de colons : les Anglais ont colonisé l’Australie. 3. Mettre un pays sous sa dépendance économique. 4. Occuper un lieu, l’envahir en s’installant en grand nombre dans des résidences secondaires, des propriétés : Les mauvais feuilletons colonisent le petit écran.

Le Robert : 1. Peupler de colons. 2. Faire d’un pays une colonie. 3. (au figuré) Envahir ; être omniprésent dans (un lieu, un domaine).

Alors, certes, les 3e et 4e définitions peuvent s’appliquer à l’Angleterre, et à Londres en particulier. Les étrangers, dont je fais partie, s’installent depuis toujours en grand nombre dans la capitale du Royaume-Uni, bien que beaucoup l’aient fuie depuis le Brexshit. C’est vrai aussi qu’il y a de plus en plus de kebabs, de restaurants indiens et de buffets asiatiques (de même que de grandes chaînes américaines, d’ailleurs, mais bizarrement, ça pose moins problème…). Oui, on peut entendre de l’espagnol, du bengali, du chinois ou du français dans le métro londonien, tout comme l’on peut y croiser, sur le même trajet, des femmes voilées, arborant des motifs africains colorés ou vêtues de salwar kameez. Mais est-ce que les Anglais ont disparu pour autant, tout comme le sont aujourd’hui d’innombrables peuples amérindiens ? NON.

Comment l’ignoble petit gnome français ose-t-il comparer la vague d’immigration actuelle aux colonies des siècles passés ? Certes, beaucoup de ces immigré.e.s arrivent par la mer, à l’instar des colons d’autrefois. Leurs intentions sont-elles toutefois similaires ? Les immigrés ont-ils imposé leur religion aux Britanniques comme l’ont fait les Britanniques, les Français, les Belges, les Portugais ou les Espagnols aux autochtones des territoires qu’ils ont envahis ? Ont-ils détruit des temples, exploité les terres, volé les richesses locales, appauvri les autochtones ? Ont-ils violé, mutilé, tué des Britanniques ? Et qu’on ne vienne pas me parler de ces quelques histoires de viols commis par des immigrés, c’est juste un moyen de détourner le public sur le véritable problème : la domination masculine au sein de nos propres foyers et la misogynie ancrée depuis des siècles dans le monde entier (mais c’est un autre débat). Les immigré.e.s d’aujourd’hui ont-ils ou elles l’intention de faire des îles britanniques la colonie de leur pays d’origine ? Clairement pas. Beaucoup cherchent simplement une vie meilleure, fuient des conditions déplorables, ou veulent rejoindre leurs proches.  

Comparer l’immigration actuelle aux colonies des grands empires d’antan, c’est un peu comme crier à l’antisémitisme face aux appels à la paix sur la bande de Gaza. Toujours ce côté « drama queen »… Et quand bien même ce serait le cas, que les anciennes colonies colonisent leurs anciens envahisseurs, ce ne serait qu’une question de karma, non ?

J’ai toujours adoré Londres pour son cosmopolitisme, le fait d’accéder à autant de cultures différentes dans une seule ville, et d’assister au mélange de ces peuples et aux richesses qui en découlent. Les manifestants britanniques de cette marche devraient s’en rappeler, eux qui entonnaient des chansons de Queen, l’un des groupes britanniques les plus emblématiques dont l’inégalable chanteur venait tout droit de… Zanzibar. Nos ancêtres ont voulu voyager et conquérir le monde, à nous d’en vivre les conséquences et arrêtons d’accuser les immigré.e.s de tous nos malheurs !