Je termine à nouveau une semaine assez intense et je vais d’ailleurs devoir travailler encore un peu ce week-end. Je n’avais toutefois pas envie de manquer une nouvelle fois mon rendez-vous sur le blog. Voilà donc un petit billet pour vous expliquer l’une des raisons de mon absence la semaine dernière : les textes anglais mal rédigés…
J’en avais déjà touché un mot lorsque j’avais écrit mon article sur les traductions pour la Commission européenne. Il faut déjà savoir que l’anglais parlé au sein de la Commission européenne n’est pas forcément le bon anglais que l’on apprend à l’école. C’est un anglais baragouiné par des personnes qui viennent des quatre coins d’Europe, qui se débrouillent donc dans la langue de Shakespeare, mais qui ne sont pas des anglophones natifs. Certains s’en sortent mieux que d’autres, mais rien ne vaut un texte rédigé par un véritable anglophone.
Si je n’ai pas pu écrire mon billet la semaine dernière, c’est parce que je traduisais un document unique pour une indication d’origine protégée. Il s’agit d’un document qui reprend toutes les caractéristiques qu’un vin (ou tout autre produit d'ailleurs) doit posséder pour prétendre au label. Ce sont généralement des textes courts et plutôt faciles à traduire. Sauf quand le document a été rédigé en anglais par des personnes non natives, en l’occurrence par des Allemands. N’ayant toujours pas repris mes cours d’allemand(j'ai beaucoup de mal à trouver du temps pour ça en ce moment 😕...), la traduction m’a pris plus de temps que prévu. Il fallait en effet d’abord que je « traduise » en bon anglais (dans ma tête) le terme que le rédacteur voulait utiliser avant de traduire cette notion en français. L’allemand étant l’une des langues officielles de la Commission, je me demande pourquoi on n’a pas plutôt demandé à un traducteur allemand-français de traduire le texte original, écrit en allemand, plutôt que de traduire une mauvaise traduction (puisqu'il s'agissait de cela au final).
Je me souviens également d’un texte horrible, traduit il y a déjà plusieurs mois. Cette fois-là, il s’agissait d’un manuel d’utilisation pour un logiciel, qui avait vraisemblablement été écrit en anglais par des Français. Le réviseur m’avait d’ailleurs félicitée pour mon travail, indiquant dans ses remarques que j’avais réussi à me mettre à la place du lecteur et traduit de manière beaucoup plus compréhensible ce que les rédacteurs avaient tenté d’expliquer dans leur mauvais anglais.
Bref, c’est bien de vouloir rédiger en anglais, mais si vous n’êtes pas capable de le faire, par pitié, écrivez votre texte dans votre langue maternelle et demandez à le faire traduire par un anglophone ! Sur ce, je vous laisse, j’ai un autre document unique à traduire, cette fois-ci pour un vin hongrois… Croisez donc les doigts pour moi 😅
Le début de cette semaine a été très intense, tellement intense que je sentais que je ne réussirais pas à tout finir sans une nuit blanche. J’ai alors fait ce que je n’aurais jamais osé au début ma carrière : demander un délai supplémentaire.
Photo de Stas Knop sur Pexels
Que ce soit dans le monde de la traduction ou de la rédaction, c’est bien connu, tout est toujours urgent. À mes débuts, je travaillais d’ailleurs pour 2 agences de traduction qui avaient la manie d’appeler au bout de 2 minutes de retard (alors que bien souvent, j’étais en train de finaliser l’envoi). Et quand il s’avérait que j’avais réellement un problème(genre un plantage de Trados…), avoir un Project Manager au téléphone qui te met encore plus la pression, cela n’aide clairement pas. Mais ça, c’était avant que je ne tombe sur une agence qui se soucie de ses traducteurs 😊
Je me souviens de la première fois où j’ai pu obtenir un délai supplémentaire. Je ne sais plus exactement de quel projet de traduction il s’agissait, mais bien de la raison de mon retard inévitable : mon PC avait décidé de me lâcher… Impossible de le rallumer et pas d’autre ordinateur sous la main… Il était déjà passé 18h lorsque je me suis rendu compte que je n’arriverai pas à envoyer mon projet dans les temps, mon ordinateur refusant de se rallumer. J’ai par précaution envoyé un mail à la PM qui gérait le projet à l’époque. Le lendemain matin, mon PC faisant toujours grève, j’ai accompagné mon cher et tendre à son bureau, son patron extrêmement aimable m’ayant autorisée à emprunter un PC. Après avoir lu mon e-mail de la veille, la PM m’a directement appelée, non pas pour me stresser davantage, mais pour me demander si j’avais trouvé une solution et en me disant que je pouvais rendre le projet le lendemain à 12h si j’avais besoin de plus de temps. Elle m’avait rassurée, m’expliquant que l’agence préférait que je prenne le temps de bien faire les choses plutôt que d’envoyer un travail dans la panique.
Il m’a quand même fallu encore quelques années avant d’oser moi-même demander un report de délai. Étant perfectionniste, j’ai toujours considéré cela comme un échec. Or, il arrive à tout le monde de tomber malade, d’avoir des pannes informatiques, de se sentir complètement submergé ou encore de vivre des expériences personnelles douloureuses qui mettent à mal la productivité. Je ne sais plus quelles étaient les raisons exactes qui m’ont poussée à demander pour la première fois un délai supplémentaire, mais je me rappelle avoir vraiment stressé et m’être confondue en excuses. Heureusement, la PM avait fait preuve d’empathie et avait réussi à m’accorder 24h de plus, ce qui est énorme dans le monde de la traduction. Depuis ce jour, je sais que je peux demander un délai supplémentaire auprès de cette agence en cas de souci. Je n’ai d’ailleurs pas hésité en ce début de semaine à demander s’il était possible de décaler de quelques heures le rendu de mon projet récurrent de post-édition, ce qui m’a été accordé sans problème. J’ai fait de même auprès de l’agence de rédaction, dont le PM m’a non seulement autorisé à rendre mes articles le lendemain, mais m’a aussi envoyé un petit message en privé par la suite pour me demander si tout allait bien et me dire de ne pas hésiter à demander de changer le délai en cas de souci, qu’il peut toujours trouver un arrangement, et qu’il ne veut pas non plus que je m’épuise pour rendre mes articles en temps et en heure si je n’en suis pas capable pour X raison (adorable 🤗).
Tout ça pour dire que quand on est dépassé, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide. Cela dit, n’attendez pas non plus la dernière minute pour faire votre demande, ce qui reviendrait à un manque de respect. Il ne faut non plus en abuser, au risque de passer pour une personne qui gère très mal son temps. Notez aussi que les relations que j’ai avec ces 2 agences sont solides et datent de plusieurs années. Mieux vaut éviter de demander des délais supplémentaires quand on entame une collaboration avec une agence. Sur ces conseils, je vous laisse et vous souhaite un bon dernier week-end prolongé de mai !
Cela va bientôt faire 5 ans que j’ai accepté pour la première fois un projet récurrent. Quand j’ai entamé ma carrière, j’étais réticente à accepter ce genre de projets à long terme, mais avec le recul, je me dis que j’aurais dû m’y mettre plus tôt. Explications pour les traducteurs/rédacteurs en devenir.
Quand on est traducteur-traductrice ou rédacteur-rédactrice, il arrive que l’on reçoive des propositions de travail à plus long terme, comme la traduction ou la rédaction de X pages par semaine pendant plusieurs mois, une année voire plus. Au début de mon activité, je prenais un peu trop à cœur la notion de liberté inhérente au fait de travailler en freelance. Je rechignais à m’embarquer dans ce genre de projets récurrents car j’avais peur de passer à côté de projets plus intéressants par manque de temps. J’avais en outre l’impression que cela reviendrait à devenir l’employée d’une agence ou d’un client.
Puis, il y a bientôt 5 ans, l’une de mes meilleures amies (qui travaillait à l'époque en tant que project manager), m’a parlé d’une agence de traduction qui recherchait des traducteurs pour un projet de post-édition récurrent. Elle est parvenue à me convaincre de faire un essai. Si ma meilleure amie a dû un peu insister auprès de l’agence pour me laisser tenter ma chance, étant donné qu’à l’époque je n’avais pas encore suffisamment d’expérience dans des textes plus techniques, l’agence a très vite été satisfaite de mon travail. Quant aux réticences aux projets à long terme que j’éprouvais à mes débuts, elles se sont rapidement estompées.
Hormis durant l’accalmie générale de 2020, provoquée par les mesures gouvernementales en vue d’éradiquer le virus-dont-on-ne-veut-plus-entendre-parler, je n’ai plus jamais vraiment connu de période creuse. Accepter ce genre de projets à long terme, c’est en effet s’assurer d’avoir toujours un revenu à la fin du mois. Les craintes que j’avais, à savoir ne plus pouvoir accepter d’autres projets plus intéressants autant sur le plan financier qu’intellectuel, étaient totalement infondées puisque je reste quand même libre de pouvoir réduire le volume accepté ou de prendre congé, à condition bien évidemment de prévenir l’agence de mon indisponibilité. Ce projet récurrent m’a en outre permis de gagner rapidement de l’expérience et, dans mon cas, de me voir proposer par l’agence de travailler sur des traductions pour la Commission européenne. Finalement, cela ne m’a donc apporté que des bénéfices.
Bref, jeune Padawan qui te lances dans la merveilleuse aventure de la traduction ou de la rédaction à titre d’indépendant, ne crains pas les projets à long terme et accueille-les à bras ouverts ! Enfin, à bras ouverts, mais pas les yeux fermés. Il faut toujours rester attentifs aux conditions du client ou de l’agence et s’assurer que cette charge de travail récurrente soit rentable et non contraignante… Sur ces conseils, je vous souhaite à tous une bonne fin de semaine !
Cela fait bien 20 minutes que je regarde mon écran dans le blanc des yeux de la page en me demandant de quoi vous parler aujourd’hui, la petite voix en moi m’ayant presque fait abandonner l’idée d’écrire mon billet de blog face à la charge de travail qui m’attend. On est vendredi en fin d’après-midi, j’ai une traduction à rendre lundi matin à la première heure et je suis loin d’avoir terminé. Je serai donc contrainte de travailler plusieurs heures ce week-end. Comme cela m’arrive quelques fois (pas tout le temps, je vous rassure), j’avais envie de vous parler de cette réalité qui concerne pas mal de traducteurs indépendants (ou d'indépendants tout court).
Rien ne va dans cette photo (travailler au lit, le café sur des draps bien blancs juste à côté d’un PC portable…), mais je n’ai rien trouvé de mieux pour illustrer le travail le week-end 😅
« Tu travailles ? Mais c’est le week-end ! » C’est souvent la réaction qu’ont mes beaux-parents lorsqu’ils apprennent que j’ai un projet à boucler le samedi ou, pire, le dimanche, jour sacré du repos. Travailler le week-end ne m’a toutefois jamais vraiment dérangée ou paru inhabituel. Peut-être parce que j’ai grandi dans une famille dont les membres ont des horaires décalés ou exercent des métiers plus artistiques ou de manière indépendante et pour lesquels le week-end n’est pas forcément synonyme de repos. Ma maman, logopède indépendante, doit parfois encore travailler quelques heures le dimanche pour terminer ses bilans ou sa comptabilité (parce qu'être indépendant, c'est aussi tout un tas de petites tâches supplémentaires pour lesquelles on ne trouve pas forcément le temps en semaine). Les traducteurs freelance n’y échappent pas non plus si l’on en croit les nombreux mèmes et images humoristiques que l’on trouve en tapant « week-end » et « translator » sur Google Images. Par exemple : « Comment un traducteur définit-il le terme « week-end » ? Par deux journées de travail jusqu’à lundi ». Alors, je ne suis pas non plus de celles et ceux qui travaillent absolument tous les week-ends, mais il m’arrive, lors de périodes plus intenses, de devoir travailler en dehors des heures de travail « normales » (soit celles d'un employé de bureau, ce qui se limite à une petite partie de la grande diversité des métiers qui existent sur terre). Sachez d’ailleurs que des traducteurs décident de ne travailler que le week-end pour pouvoir être mieux payés (certains clients sont des spécialistes des projets donnés le vendredi à 16h pour le lundi à 8h...).
Si ça peut être contraignant par moment, je vous avoue que cela ne m’embête pas plus que ça de passer mon samedi et/ou mon dimanche à travailler. Contrairement à la semaine, le week-end est infiniment plus calme. Adieu les coups de fil intempestifs et la boîte mail qui se remplit ! Plus besoin de garder mon Outlook ouvert pour y jeter un œil, je sais que je suis totalement tranquille jusqu’à lundi. Niveau concentration, il n’y a pas mieux ! Puis, j’ai la chance d’exercer un métier que j’aime, alors pouvoir tapoter sur mon clavier en écoutant mes morceaux de musique préférés sans être interrompue dans le fil de mes idées, eh bien ça me plait. Qualifiez-moi de bourreau de travail si vous le voulez, mais c’est aussi ça être indépendant.
À toi qui dois aussi travailler ce week-end, je te souhaite bon courage ! Quant aux autres qui pourront savourer pleinement ces deux jours de détente, profitez-en bien ! Sur ce, je vous laisse, j’ai du boulot 😁
Ceux qui lisent mes articles régulièrement ont peut-être remarqué que j’avais manqué à mon rendez-vous hebdomadaire vendredi dernier. La semaine (et le week-end qui a suivi 🙃) avait été particulièrement chargée, mon agenda étant principalement occupé par une grosse traduction pour la Commission. Je n’aurais certainement pas pu relever cette tâche sans le fameux guide dont je voulais vous parler aujourd’hui.
Excusez l’état pitoyable de mon guide, il m’accompagne depuis 2 ans dans mes voyages et a survécu à une mini inondation 😅
Comme il y a toujours des délais (souvent serrés) à respecter dans le monde de la traduction, il faut être capable de trouver rapidement le mot ou l’expression le ou la plus juste possible pour transmettre le message du texte source. Le Guide anglais-français de la traduction de René Meertens est l’outil le plus pratique que je connaisse pour y parvenir. Il reprend des dizaines de milliers de termes anglais et présente diverses façons de les traduire en français en fonction du contexte. Par exemple, si je prends le terme identify, je peux employer le verbe « identifier » s’il s’agit d’un cadavre ou d’un criminel, « déterminer » si l’on parle d’une cause, « établir » si le verbe se trouve devant le mot « priorité » ou encore « discerner » si le complément direct est « erreur ». On trouve également de nombreux exemples d’utilisation du mot anglais dans des phrases concrètes, ainsi que la traduction de ces phrases en français. Bref, c’est une véritable mine d’or.
René Meertens, l’auteur de ce merveilleux ouvrage, a travaillé en tant que traducteur pour plusieurs grandes institutions, dont l’ONU, la Commission européenne et le bureau régional de l’OMS à Copenhague. Contrairement à ce que je pensais, il n’a pas suivi de formation de traducteur, mais plutôt des études en journalisme et en communication sociale. Il s’est familiarisé avec l’exercice de la traduction grâce à ses cours de grec et de latin et a appris les langues en autodidacte. C’est au début de sa carrière en tant que traducteur à l’ONU qu’il a eu l’idée de ce guide. L’institution fournissait (et fournit toujours d'ailleurs) un lexique général aux traducteurs qui travaillent pour elle. René Meertens trouvait cependant que ce lexique n’était pas assez général. Il a donc voulu créer un guide pratique couvrant divers domaines à destination des traducteurs.
Pour effectuer cette tâche colossale, le « lexicographe », terme que René Meertens affectionne pour se qualifier, a lu des dizaines de milliers de pages en anglais et a consigné toutes les traductions françaises qui lui venaient à l’esprit. Il a également lu en parallèle des articles de journaux et hebdomadaires français, tels que Le Monde ou Le Figaro, et a complété sa collection de traductions au fil des années. Un an avant la parution de son guide, René Meertens a fait appel à d’autres linguistes anglophones et francophones afin de réviser et de compléter son ouvrage. Ces années de travail, qui n’est toujours pas achevé étant donné que René Meertens continue d’enrichir son corpus, ont abouti à cette incroyable « bible » des traducteurs.
Jeune traducteur/traductrice qui lis ce poste, je ne peux que te recommander de te procurer ce guide. Il existe en version papier, mais aussi au format numérique. Quant aux lecteurs de ce billet qui seraient intéressés par ce grand monsieur qu’est René Meertens, je les invite à lire cet entretien et à consulter son fil Twitter, qui regorge de points de langue instructifs.
Si décembre sonne le glas de 2022, il a été plutôt joyeux. Le dernier mois s’est avéré plus calme que prévu, me permettant de vivre à un rythme moins soutenu. Recherche de cadeaux, séances de lecture, marchés de Noël et balades hivernales ont rythmé mes semaines avant le baisser de rideau final.
Dernières lueurs d’automne
Décembre aura commencé en beauté avec une sortie sur les différents marchés de Noël de Düsseldorf. L’an dernier, mon cher et tendre avait été déçu par l’ambiance plutôt morose qui régnait autour des chalets, bien trop distancés les uns des autres et peu fréquentés. L’atmosphère était tout autre cette année, pour notre plus grand plaisir. Le monde était au rendez-vous, emplissant les rues de conversations joyeuses, de rires et de musique. Nous en avons profité pour goûter à diverses spécialités allemandes sucrées.
Deux jours plus tard, la magie de l’hiver opère derrière ma fenêtre, le ciel faisant tomber de gros flocons. Telle une enfant, je me suis empressée de terminer mon travail pour aller marcher dans la neige, émerveillée par le tapis blanc se formant en fine couche sur le sol. Hélas, cette sortie sous la neige conjuguée à la course de la veille sous des températures frôlant le zéro m’auront mise KO. Moi qui rêvais de découvrir un nouveau marché de Noël chaque week-end, je me suis retrouvée avec une belle angine qui m’a forcée à rester bien au chaud.
Débarrassée de mon horrible mal de gorge au bout de 4 jours, j’ai convaincu mon cher et tendre de faire un autre marché de Noël le troisième week-end de décembre. J’aurais préféré visiter celui de Cologne, mais le froid glacial nous a refroidis et nous nous sommes rabattus sur un marché plus proche, celui de Duisbourg. S’étirant tout en longueur dans le centre-ville, il était moins fréquenté que celui de Düsseldorf. L’ambiance était donc un peu moins festive, mais cette plus grande tranquillité m’a permis de me jeter à l’eau. Ayant gagné en confiance grâce à mes leçons d’allemand avec Assimil, que j’ai suivies assidûment durant tout le mois, j’ai osé, pour la première fois, commander à un bar et demander en allemand le prix d’un Lebkuchenherz (ces fameux cœurs en pain d'épice). Bon, ce n’était clairement pas grand-chose, mais la fierté d’avoir été comprise et de comprendre ce que mes interlocuteurs ont répondu était immense 😎. Décembre m’aura d’ailleurs rappelé à quel point j’aimais apprendre de nouvelles langues. En m’attelant chaque matin à faire 2 leçons avant d’entamer ma journée de travail, j’ai accompli de réels progrès, ce qui m’encourage à persévérer.
Côté professionnel, décembre m’aura fait battre un peu de l’aile. Contrairement à octobre et novembre, il m’aura fait pousser un coup de gueule. J’avais déjà expliqué que l’une des agences de traduction avec qui j’aime particulièrement collaborer avait été rachetée par un grand groupe. Si j’ai bien reçu mon versement en temps et en heure (malgré le délai de 45 jours imposé et non négociable), je déplore la communication (ou plutôt son absence) des PM (project managers) de la nouvelle agence. Mon coup de gueule concernait les e-mails automatiques, mais le problème ne s’arrête pas là. Après avoir travaillé pendant plus de 2 ans avec une agence humaine, je me retrouve face à un grand groupe qui envoie des propositions de projets par dizaine à une flopée de traducteurs et qui attribue les projets à ceux qui répondent le plus vite. J’ai par le passé travaillé avec ce type d’agences, me disant que c’était comme ça partout. Puis j’ai commencé à collaborer avec cette agence plus humaine, dans laquelle j’ai réussi à acquérir une bonne place et dont les PM me réservaient certains projets. Je pouvais également indiquer mes disponibilités, qui étaient bien prises en considération grâce à un système de calendrier qui n’est malheureusement pas présent pour le nouveau groupe. Bref, je retrouve donc le stress des débuts, à savoir celui de répondre dans la minute aux propositions de traduction sans savoir le jour-même si le projet me sera attribué. Décembre n’aura toutefois pas été que négatif professionnellement parlant. Sur la recommandation d’une de mes meilleures amies, j’ai ainsi pris contact avec une traductrice et rédactrice indépendante qui a l’ambition de créer sa propre agence, en ayant pour objectif qu’elle soit éthique et propose des prix justes autant pour les clients que pour les traducteurs. Cela peut sembler utopique, mais je veux croire en son projet et j’espère qu’elle parviendra à ses fins. Nous verrons cela dans les mois à venir. Autre bonne nouvelle, qui concerne ma santé, mais qui reste liée à mon travail, les résultats des examens de mes mains ont révélé que mon canal carpien est intact. Cela dit, la spécialiste qui a réalisé mon électromyogramme a indiqué que mes symptômes de fourmillement et de légères douleurs dans les doigts sont avant-coureurs et que je risque donc de développer le syndrome dans les années à venir. Pour retarder le développement, je vais prendre rendez-vous avec un orthopédiste, pour voir si je ne peux pas faire quelques exercices et savoir comment améliorer la position de mes poignets. J’en ai discuté avec une autre traductrice qui m’a expliqué qu’elle souffrait, elle aussi, de fourmillements dans les mains pendant la nuit, mais que c’était dû à une compression du nerf cubital. Comme quoi, pianoter toute la journée sur un clavier, c’est loin d’être bon pour la santé 🤕
Mais revenons-en au positif, car décembre, c’est surtout un mois festif. Place aux retrouvailles en famille et à une bonne semaine de répit ! Je me suis en effet accordée une semaine de congé pour profiter au mieux de mes proches. Je serai ainsi prête à affronter la nouvelle année en pleine forme (j'espère, car la première semaine de janvier s'annonce déjà chargée). En attendant de vous retrouver en 2023, je vous souhaite un excellent réveillon et une nouvelle année pleine de joyeux frissons et de belles émotions !
Plus que 2 nuits et nous serons tous au pied du sapin pour ouvrir nos cadeaux. Je me suis dit qu’il n’était peut-être pas encore trop tard pour envoyer ma lettre au Père Noël. Sait-on jamais que mes vœux puissent s’exaucer. Mais quels présents pourrait donc bien vouloir une traductrice indépendante ? Voici ma lettre.
Cher Père Noël,
Je pense avoir été tout au long de l'année une traductrice dévouée à ses clients, passionnée par son métier et toujours déterminée à s'améliorer. J'espère ainsi mériter de voir certains de mes vœux se réaliser.
Cette année, je n'attends rien de matériel sous le sapin. J'ai déjà un beau fauteuil de bureau pour soutenir mon dos, un super clavier qui me permet de pianoter avec facilité, un agenda flambant neuf pour l'année à venir et tout le nécessaire pour pratiquer mon métier.
Cette année, je veux principalement avoir du temps. Du temps pour continuer d'approfondir mes connaissances linguistiques, du temps pour lire et écrire, et du temps pour mener à bien mes projets. Mais ce que j'aimerais surtout, c'est que le temps s'allonge et s'arrête un peu. Non pas parce qu'il me faudrait des journées de 48 heures pour accomplir tout ce que j'aimerais faire, mais simplement pour pouvoir encore pratiquer le métier que j'aime dans des conditions humaines.
Le progrès avance à grande vitesse et le spectre de l'intelligence artificielle plane de plus en plus sur nos têtes. Je ne suis pas contre ces avancées, certaines facilitent d'ailleurs mon travail et je sais qu'il va falloir les apprivoiser si je veux continuer à prospérer. Hélas, certaines agences n'y voient qu'une façon de tirer toujours plus de profit et demandent de plus en plus souvent à leurs prestataires de baisser leur prix, prétextant que le travail des traducteurs est fortement réduit (ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui, la traduction automatique n'ayant toujours pas percé tous les secrets de la langue humaine).
Du temps, il faudrait en offrir à tous les acteurs de ce métier. Du temps pour lire réellement et répondre aux e-mails ou pour formuler une demande de manière plus humaine. Du temps dont les clients tiendraient compte pour ne plus proposer de délais inacceptables. Du temps qui serait compris comme un gage de qualité et non comme une futilité.
En somme, cher Père Noël, ce que je souhaite, c'est de retrouver plus d'humanité dans un monde qui devient, à mon goût, un peu trop robotisé. Mon vœu est trop naïf probablement, mais je l'exprime sincèrement. Je continue donc de rêver qu'il sera un jour exaucé.
Je vous remercie d'avance et vous souhaite bon courage pour votre livraison, en espérant que vos rennes ne se soient pas tous transformés en livreurs Amazon 😉
En espérant que mon courrier sera lu par le vieux barbu, je vous souhaite à tous un excellent réveillon et un joyeux Noël !
À notre époque, beaucoup de personnes peuvent se dire qu’il suffit de copier-coller un texte et de cliquer sur un bouton pour obtenir une traduction, voire de passer simplement l’appareil-photo de son smartphone sur un texte en langue étrangère pour le comprendre. Google Translate, c’est bien pratique quand on voyage à l’étranger et qu’on n’a aucune idée de ce que signifie un menu ou l’étiquette d’un produit. Mais quand on a besoin de traduire un texte plus sérieux, plus littéraire, plus commercial, et j’en passe, on n’a pas d’autre choix que de passer par un traducteur en chair et en os. Certains clients s’étonnent alors du temps nécessaire pour traduire un texte convenablement et du tarif qui en découle. J’avais donc envie aujourd’hui d’expliquer un peu plus le processus de traduction (ou du moins, la manière dont je procède).
Photo de Karolina Grabowska
On pourrait structurer ce processus en 3 ou 4 étapes.
Étape n°1 : la compréhension
La toute première étape est la phase de lecture du texte original (que l'on appelle « texte source »). Par manque de temps (les délais étant toujours plutôt serrés), j’avoue passer au-dessus de cette étape si le texte à traduire est très long. Je le fais pour les textes plus courts et de nature plus littéraire, mais quand il s’agit de textes pour la Commission européenne(qui dépassent bien souvent la dizaine de pages), je passe directement à la deuxième étape.
Étape n°2 : le premier jet
La deuxième étape est en quelque sorte un gros débroussaillage. Ayant le texte source sous les yeux, généralement du côté gauche de mon écran, j’entame le processus de traduction à proprement dit. Je traduis ainsi phrase par phrase (ou plutôt segment par segment comme j'utilise le logiciel SDL Trados). Quand il s’agit d’un court texte plutôt simple (comme celui que je vous mets en exemple), j’écris comme ça me vient, sans vraiment chercher plus loin.
Si j’ai un doute, j’ai tendance à surligner le passage pour y revenir à la troisième étape. Quand il s’agit d’un texte pour la Commission européenne ou une autre institution, cette phase de débroussaillage s’accompagne d’un gros travail de recherche. Les règlements et autres textes juridiques ou administratifs reprennent une terminologie spécifique qu’il est indispensable de respecter par souci de cohérence. Ils comportent également beaucoup de citations de textes législatifs ou d’arrêts juridiques qu’il faut reprendre telles quelles. Si je réalise ce travail de recherche consciencieusement, je tente toujours d’être la plus rapide possible durant mon premier jet, car plus j’avance, plus je comprends le texte et plus les phrases me viennent naturellement. J’ai donc aussi recours à des petits commentaires ou surlignages pour tous les points laissés en suspens ou les passages traduits dont la formulation me plaît moins. Une fois arrivée au bout du texte, je peux passer à la troisième étape.
Étape n°3 : la révision
La troisième étape consiste à relire le texte traduit (que l'on appelle « texte cible ») en le comparant au texte source. Cela permet de vérifier tout d’abord qu’aucun passage n’a été oublié. C’est la phase qui permet de traquer les erreurs courantes, telles que le contresens (quand le passage cible dit l'inverse du passage source), les anglicismes, les calques (quand on calque une expression française sur une expression anglaise, par exemple « réaliser des progrès » au lieu de « accomplir des progrès »), les fautes grammaticales et j’en passe. C’est aussi à cette étape que je reviens sur tous les points laissés en suspens, la plupart ayant été résolus au fil de ma progression dans le texte, le reste devant faire l’objet de recherches plus approfondies. En ce qui me concerne, j’ai l’habitude de relire mon texte cible à voix haute. Cela m’aide en effet à repérer les passages qui ont moins de sens, qui sonnent moins bien, les répétitions et les tics de langage, comme l’utilisation abusive des « en effet » par exemple (c'est mon cas 🙄). Notez que si vous passez par une (bonne) agence de traduction, cette étape sera répétée par un réviseur. Deux têtes et deux paires d’yeux valent toujours mieux qu’une lorsqu’il s’agit d’un texte important.
Étape n°4 : la relecture
La quatrième et dernière étape se concentre sur le texte cible. Je passe une dernière fois le texte traduit au peigne fin pour le débarrasser des coquilles, fautes d’orthographe, erreurs grammaticales et infractions aux règles typographiques(qui peuvent changer d'un client à un autre, par exemple, les espaces insécables avant les deux-points ou points-virgules sont interdites dans les textes pour la Commission). Relire uniquement le texte cible permet aussi de se détacher du texte source et de vérifier que la traduction ne se fait pas ressentir. Un texte bien traduit doit en effet donner au lecteur l’impression qu’il a directement été écrit dans sa langue, le français dans notre cas.
Vous l’aurez compris, ces 3-4 étapes ne se font pas d’un claquement de doigt (ou plutôt d'un clic de souris). S’il est vrai que les traducteurs d’aujourd’hui peuvent s’appuyer sur de nombreux outils d’aide à la traduction (j'y reviendrai dans un autre billet) et que l’industrie se tourne de plus en plus vers la post-édition (qui fait passer directement le traducteur à la troisième étape), il n’en reste pas moins que la traduction est un art qui prend du temps.
J’espère que vous comprenez désormais pourquoi il est tout simplement impossible pour un traducteur humain de traduire un texte de 20 000 mots en une journée (oui, oui, des clients aux attentes surréalistes, ça existe). En attendant que l’intelligence artificielle nous remplace un jour (j'espère le plus lointain possible), force et courage à tous mes collègues traducteurs !
Je fais partie de celles et ceux qu’on appelle des « gentils », qui aiment rendre service et qui disent « oui » un peu trop souvent sans prendre en compte leurs envies, le temps qui leur est disponible et leur forme physique ou mentale. Cela dit, j’ai appris à m’endurcir au fil de mes 10 années en tant que traductrice et rédactrice indépendante. Voici donc quelques conseils pour les « gentil(le)s » freelances qui passeraient par ici.
Photo de Miguel Á. Padriñán
Quand on est traducteur ou rédacteur indépendant et qu’on travaille avec des agences, on est constamment confronté aux demandes des gestionnaires de projets (ou PM pour Project Manager, je vous en ai déjà parlé ici). Certains sont d’ailleurs des champions pour vous pousser à accepter un projet, ce qui est normal vu que leur but est de trouver un prestataire au plus vite pour gérer la multitude d’autres demandes des clients. Quand on a du mal à dire « non » comme moi, cela peut être assez difficile de refuser, d’autant plus qu’il y a toujours la crainte de ne plus avoir autant de propositions les prochains mois ou de se faire étiqueter comme une personne trop débordée et de ne plus recevoir de proposition de l’agence en question (oui, ça peut arriver). Accepter trop de projets n’est toutefois pas du tout une bonne idée. Vous risquez de vite vous retrouver complètement débordé(e) et de ne plus savoir où donner de la tête pour tout rendre dans les délais. À cela s’ajoutent la fatigue et le stress, la formule idéale pour commettre des erreurs totalement évitables. Bref, pour ne pas arriver à ce point-là et sombrer dans le burn out, il faut apprendre à dire « non ».
La première chose à faire quand on reçoit une proposition de projet (ou une demande de service, sous n'importe quelle forme), c’est de ne pas répondre immédiatement « oui » sans réfléchir. J’ai encore entendu récemment dans un des podcasts de développement personnel que j’écoute avidement chaque matin qu’il faut se poser plusieurs questions avant de donner une réponse : « est-ce que j’ai réellement le temps de le faire ? », « est-ce que je suis en capacité (mentale, physique, émotionnelle) de le faire ? », « est-ce que j’ai vraiment la motivation de le faire ? ». Si vous répondez « non » à l’une de ces questions, il faut refuser. Toutefois, quand on veut travailler régulièrement avec un client ou une agence, il faut savoir dire « non » de la bonne façon. Par exemple, vous pouvez dire que vous ne pouvez pas accepter ce projet (pour X raisons), mais que vous êtes disponible pour un travail qui vous prendra moins de temps ou traitant d’un sujet dans lequel vous êtes plus à l’aise. Hier, j’ai ainsi dû refuser un projet de rédaction sur des hôtels, alors que j’adore ça. Plutôt que de simplement dire « non », j’ai expliqué que j’étais intéressée par le projet, mais que je n’étais pas disponible avant la fin du mois. De cette manière, le PM sait que je peux éventuellement accepter d’autres projets de ce genre et qu’il peut me recontacter le mois prochain, quand je serai plus disponible. La semaine passée, c’est un projet de traduction que j’ai dû décliner. Dans mon e-mail, j’ai cependant directement indiqué à la PM que je pouvais accepter un volume de X mots maximum et que je serai plus disponible d’ici X semaines. Elle m’a ainsi proposé un autre projet avec un délai plus long, que je pouvais cette fois-ci accepter. C’est la même chose si vous êtes confronté à un projet qui vous paraît trop complexe ou dépassant vos compétences. Au lieu de vous embourber dans un travail qui vous prendra bien trop de temps par simple manque de connaissance, n’ayez pas peur de le dire. Cela indiquera que vous êtes quelqu’un de consciencieux qui connaît ses limites.
Tout ça pour dire que les gens ne vont pas forcément se froisser si vous leur dites « non ». Poser ses limites est important, il faut juste savoir comment l’exprimer. La prochaine fois que vous hésitez face à une demande (que ce soit dans le cadre du travail ou non), prenez donc le temps de vous poser les bonnes questions plutôt que d’accepter tête baissée et de le regretter par la suite.
Sur ces bonnes paroles, je vous dis à la semaine prochaine !
Comme nous sommes pile à la fin du mois, vous auriez pu vous attendre à mon petit bilan habituel. Or, le 30 septembre, c’est la Saint-Jérôme et la Journée internationale de la traduction (et aussi celle du podcast, comme je l'ai appris ce matin, mais même si je suis très friande de ce format, ce n'est pas l'objet de ce billet). J’avais envie aujourd’hui de vous en apprendre un peu plus sur le saint patron des traducteurs.
Saint Jérôme écrivant, Le Caravage
À le voir ainsi écrire dans le noir, enveloppé dans son drap, j’imagine qu’il était en train de finir un projet urgent à rendre le lendemain matin. En tout cas, si l’on fait abstraction de la barbe, de l’auréole et du crâne posé en décoration sur son bureau, c’est à peu près à ça que je ressemble lorsque je passe une nuit blanche à relire une traduction, à la lueur de mon ordinateur, mon plaid sur les épaules et le nez plongé dans le Guide anglais-français de la traduction de René Meertens, en quête du bon mot. Mais qui était donc ce Jérôme et pourquoi est-il devenu le saint patron des traducteurs ? C’est ce que nous allons découvrir.
Avant de devenir un saint, Jérôme était un homme à peu près comme les autres (en mieux, vu qu'il était traducteur 😁). Il est né vers 347 à Stridon, une cité romaine qui se trouverait entre la Croatie et la Slovénie actuelles. À 12 ans, il part à Rome pour suivre ses études. Quatre ans plus tard, il apprend le grec. À la suite d’un rêve, il se convertit au catholicisme et décide de partir en Terre Sainte. Il entame ainsi un voyage jusqu’à Antioche puis rejoint le désert dans le nord de la Syrie, où il vit avec d’autres ermites (comme tout bon traducteur qui se respecte 😅). Passionné par les écrits bibliques, il rédige ses premiers commentaires sur la Septante, une traduction grecque de la Bible hébraïque. Jérôme est tellement calé sur le sujet qu’il commence à se faire un nom. Après avoir vécu en ascète dans le désert, il retourne à Rome et Damase Ier, le pape de l’époque, décide de profiter de ses connaissances linguistiques pour l’embaucher comme secrétaire. Le pape fait aussi appel à lui pour mieux comprendre certains termes bibliques (et Jérôme de lui répondre « Je ne suis pas un dictionnaire » ou « Ça dépend du contexte » 😆) et lui demande de réviser la traduction latine des quatre Évangiles en la comparant à la version grecque. Il faut savoir qu’à l’époque, il existe une multitude de traductions de la Bible qui étaient très différentes les unes des autres (ce qui est normal vu qu'il existe autant de traductions possibles que de traducteurs). À la mort de Damase Ier, comme notre ami Jérôme est plutôt mal vu par le clergé à force de critiquer leur mode de vie un peu trop riche, il retourne à Antioche puis part en pèlerinage en Galilée puis en Égypte. Il décide à son retour de fonder un monastère à Bethléem. Dans cette communauté d’ascètes, les Écritures sont au centre de l’attention. Jérôme continue de parfaire ses connaissances bibliques en apprenant l’hébreu et en étudiant les versions grecque et hébraïque de l’Ancien Testament. Il entreprend alors sa propre traduction de la Bible, en s’appuyant non pas sur la version grecque, qui était largement utilisée à l’époque, mais plutôt sur la version hébraïque, plus ancienne. Il est aussi l’un des premiers à privilégier le sens plutôt que les mots. Il va ainsi passer des jours et des nuits à comparer les traductions existantes en latin, en grec et en hébreu afin de mieux comprendre chaque passage. Il recherche également le sens historique et allégorique de chaque texte avant de produire sa propre traduction. Jusqu’à sa mort le 30 septembre 420, il continue de rédiger des commentaires sur les diverses Écritures, créant ainsi une source de connaissances extrêmement précieuse.
Durant sa vie, Jérôme n’était pas toujours bien vu par le clergé, vu qu’il le critiquait fortement et prônait l’ascétisme. Sa traduction latine de la Bible, qu’on appelle la Vulgate, met du temps à être acceptée par l’Église, mais est de plus en plus utilisée au fil des siècles. Plus d’un millénaire après la mort de saint Jérôme, elle devient le tout premier livre imprimé sous la presse de Gutenberg. En 1542, le concile de Trente élève la Vulgate au rang de Bible latine officielle. Elle le restera jusqu’en 1979, où elle sera remplacée par une révision appelée Nova Vulgata. Quant à Jérôme, il est sacré Père et Docteur de l’Église par le pape Boniface VIII au XIIIe siècle et devient le saint patron des traducteurs, mais aussi des bibliothécaires, des archivistes, des archéologues, des documentalistes, des encyclopédistes, des docteurs, des pèlerins et des étudiants. En bref, il est le patron de tous ceux qui sont en quête de sens.
La Journée internationale de la traduction est célébrée le 30 septembre, date de la mort de saint Jérôme, depuis 1991, bien que la Fédération internationale des traducteurs la fête depuis 1953. Cette journée reste nécessaire, car elle rappelle l’importance de la profession de traducteur et l’immense richesse que représente chaque langage de la planète. Les langues sont les gardiennes de la culture et de l’histoire de chaque communauté. Par leur travail et leurs connaissances des langues, les traducteurs et les interprètes permettent de passer au-delà des mots et des frontières, de mieux comprendre l’autre et de pouvoir dialoguer avec l’étranger. C’est grâce à l’échange d’idées que l’on peut avancer. Et même si à mon niveau, je ne fais pas vraiment bouger les lignes, je suis toujours aussi fière de dire que je pratique ce beau métier 😊
Si vous êtes traducteur et que vous passez par ici un 30 septembre, je vous salue donc bien bas et vous souhaite bonne fête !